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Au temps de sa splendeur à l’état de pureté, cette race fournissait à la fois des chevaux de selle et des carrossiers, en même temps que des chevaux de culture. Son aptitude est en effet mixte, mais son tempérament manque de vigueur et d’excitabilité, le système nerveux étant peu développé.

Depuis le commencement du dix-neuvième siècle, la race chevaline Germanique est allée de déchéance en déchéance. Alors elle occupait une vaste aire géographique divisée en nombreuses portions séparées les unes des autres souvent par de longues distances, mais dont la partie naturelle, celle où se trouve le berceau, n’était toutefois pas difficile à distinguer. Aujourd’hui on ne la retrouve plus à l’état de pureté que sur des points très restreints, Partout ailleurs elle a subi des croisements, et son ancienne existence ne s’y révèle plus que par la réapparition accidentelle de son type naturel en vertu de l’atavisme subsistant. Toutefois ces témoins dus à la réversion sufliraient pour rétablir l'ancien état de choses, si d’ailleurs le peu de temps écoulé depuis sa disparition ne permettait pas d’en avoir l’histoire écrite. Nous connaissons, par des documents à la fois historiques et zoologiques, ce qui s’est passé à l’égard de l’extension de celte race, absolument comme si nous y avions assisté. Le mieux sera donc de le retracer dans l’ordre où cela s’est produit. L'ancienne aire se trouvera établie dans ses limites de la meilleure façon.

Il ne peut pas y avoir de doute, pour quiconque s’est pénétré de la loi naturelle qui régit l'extension des races animales, sur le lieu du berceau de celle dont il s’agit ici. Ce lieu n’a pas pu être ailleurs que dans la partie du continent européen qui est maintenant appelée Schleswig-Holstein, entre la mer du Nord etla Baltique. La découverte du crâne de Remagen, dont il a été parlé plus haut, atteste d’ailleurs que le type vivait dans le voisinage dès l’époque quaternaire. La race s’est de là étendue vers toutes les directions, tant qu'elle a trouvé, sans concurrence, les conditions de sa subsistance. Vers le sud-est elle a gagné le Mecklembourg et on la retrouve jusque dans le pays des Cosaques, en Russie. Vers le sud et le sud-ouest, elle a peuplé l'Oldenbourg et le Hanovre, jusqu’à la rencontre des races Frisonne et Belge. Vers le nord, elle a gagné le Jutland (où seulement, soit dit en passant, on la trouve encore le plus souvent à l’état de pureté) et les autres parties du Danemark, à mesure que le sol s’en est élevé.

Telle était son aire géographique naturelle, celle qu’elle avait peuplée de son propre mouvement, lorsque, aux premiers siècles de notre ère, ceux qu’on appelle des barbares germains et scandinaves ont commencé leurs invasions. À partir de ce moment, son histoire se lie à celle de ces dernières, et nous la retrouvons partout où les vainqueurs du monde romain ont pénétré et se sont établis. Elle est arrivée dans l'ile de Bretagne avec les Angles; dans le bassin du Rhône, en Gaule et chez les Helvètes, avec les Burgundes; en Italie avec les Ostrogoths et les Lombards; en Espagne et jusque dans le nord de l'Afrique, avec les Goths et les Vandales; dans la presqu’ile du Cotentin, avec les Northmans ou Normands, les derniers établis mais non les derniers venus.

Dans ces localités, si diverses par leur climat et aussi par leurs populations chevalines antérieures, la race Germanique n’a pas eu les mêmes fortunes. C'est seulement dans les régions septentrionales qu’elle a prospéré et qu’elle s’est conservée intacte dans le cours des siècles, formant des populations nombreuses et homogènes. Il n’en a été ainsi que dans les herbages du Yorkshire, en Angleterre, et dans ceux de notre Normandie. Partout ailleurs elle s'est dégradée ou mélangée et n'aurait pu être reconnue que par ses caractères crâniologiques, qui sont indélébiles, comme dans la Bresse et lies

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Dombes, dans les maremmes de la Toscane, en Andalousie et dans le Maroc. Les hippologues qui ont décrit les populations chevalines de ces lieux étaient bien loin de se douter de leur origine germanique, Il les ont toutes considérées comme formant des races particulières; et c’est ainsi sans doute qu’ils ont été conduits à admettre que la tête busquée s’observe à la fois chez des races très différentes d’ailleurs.

Des anciennes variétés de la race chevaline Germanique, il ne subsiste plus guère, pour la raison déjà dite, soit sur l’étendue de son aire géographique naturelle, soit dans les localités lointaines où elle a été transportée, ainsi qu’on vient de le voir. Dès que l’idée de l'amélioration des races par le croisement se fit jour dans les esprits, elle en devait nécessairement subir la première application, à cause des formes peu gracieuses de son type. Il n’y a en effet pas une autre race animale qui ait été aussi généralement croisée, Les métis qu’elle a contribué à former en Allemagne, en Angleterre et en France, sont désignés par des noms particuliers (VOy. CLÉVELAND, CARROSSIERS, HANOVRIEN, NOR- MAND). Les deux seules variétés à peu près pures sont en Jutland pour l’une et en Toscane pour l’autre (voy. DANOIS et MAREMMANE).

RACE BOVINE GERMANIQUE. — Comme celui de la chevaline, le type de la race bovine Germanique (B. T. germanicus) est dolichocéphale. Le chignon est élevé au-dessus de la base des chevilles osseuses frontales et ses deux sommets sont éloignés l’un de l’autre. Ces chevilles, cylindriques à leur base, ont une direction horizontale et sont tout de suite arquées en avant. Le front présente une faible excavation centrale, dont le plan se continue par la direction des os du nez, qui sont rectilignes et en voûte plein cintre. Les lacrymaux et les grands sus-maxillaires montrent une dépression qui va s’accentuant de plus en plus jusqu’à la partie moyenne de la face, pour diminuer ensuite jusqu’au point où s'établit la connexion avec le petit susmaxillaire. La branche de celui-ci est d’abord arquée en dedans, puis en dehors pour rejoindre la partie incisive qui est grande ; en sorte que l’extrémité inférieure de la face est presque aussi large que sa base au-dessous des orbites. Cette face parait ainsi relativement courte, parce qu’elle est large et fortement creuse, de chaque côté de sa partie moyenne. La dépression, bien visible surtout quand on la regarde de trois quarts, est tout à fait caractéristique du type que nous décrivons; aucun autre ne la présente. Le profil est droit.

Ce type est confondu par Rütimeyer et par tous les auteurs allemands avec celui de la race des Pays-Bas. Ils les font tous deux dériver du Bos primigenius de Bojanus. Les deux’ types sont en effet voisins et ils ont quelques traits communs, comme par exemple les formes du chignon et la dolichocéphalie; mais ni les chevilles osseuses frontales, ni les formes nasales ni les autres formes du squelette de la face ne sont semblables. De plus, ni l’un ni l’autre n’ont rien de commun avec le type fossile indiqué, qui est d’ailleurs brachycéphale. On ne comprendrait dès lors pas l'erreur commise par ces auteurs, si elle ne s’expliquait par la méthode cràniométrique qu'ils suivent et qui les empêche de voir les formes différentes (voy. CRA= NIOMÉTRIE). Le type germanique Bovidé n'a pas encore été rencontré à l’état fossile ni à celui de crane préhistorique.

La taille des sujets est grande et l’on n’y observe que de faibles différences entre le maximum et le minimum. Ces différences sont fortes, au contraire, entre la taille des mâles et celle des femelles. Chez les premiers, elle atteint jusqu'à 1,65 ; chez les vaches elle descend parfois à 1",22 et ne s'élève guère au-dessus de 1,35. La longueur, de la nuque à la base de la queue, ne dépasse que rarement

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2 mètres. Le squelette est toujours fort et souvent même grossier dans le type naturel. La tête, volumineuse, parait souvent courte, à cause de l’élargissement du mufle et d’une grande bouche. Les cornes, souvent très courtes et tellement arquées que la pointe s’en dirige vers le plan du front, se relèvent ordinairement vers cette pointe. Le cou, épais et court, n’a que peu de fanon. La poitrine est le plus souvent étroite et le dos droit, mais parfois un peu fléchi. Les hanches sont peu écartées, la croupe est courte et ordinairement oblique, avec la base de la queue large et basse. Les membres, peu musclés, minces aux cuisses, conséquemment, sont forts aux extrémités et paraissent rarement courts. Les mamelles, volumineuses, ont toujours de gros mamelons. Ces formes, dont beaucoup laissent à désirer, sont celles des individus communs de la race; maïs celle-ci, comme on le verra en lisant la description de chacune de ses variétés, en compte bon nombre où elles se montrent améliorées.

La race bovine Germanique est pourvue des quatre couleurs de poil. On y observe conséquemment toutes les sortes de pelage résultant de la combinaison de ces couleurs blanche, noire, rouge et jaune. Le blanc avec le noir, par grandes places, ou pelage pie, s’y rencontre comme le blanc avec le rouge ou le jaune. Les deux dernières combinaisons s’y trouvent aussi pour former le pelage improprement appelé rouan. Mais le plus fréquent est celui qu’on nomme en France bringé et en Angleterre brindled, résultant de la présence, sur un fond rouge et blanc, jaune et blanc, ou tout rouge ou tout jaune, de bandes irrégulières, brunes ou noires, obliques ou verticales, plus ou moins rapprochées les unes des autres. Le mufle et les paupières, ainsi que les autres ouvertures naturelles, sont dépourvus de pigment. Les cornes, jaunâtres à la base, sont à peine rougeûtres à la pointe, même chez les sujets qui ont du noir dans le pelage. C’est le caractère de ce que nous nommons une race blonde.

Les vaches de cette race ont naturellement une forte aptitude pour la lactation. Le lait que sécrètent leurs mamelles n’est pas seulement abondant, dépassant en quantité ce qui est nécessaire pour l'alimentation copieuse du jeune, il est encore d’une richesse exceptionnelle en beurre, dont la saveur est d’une finesse remarquable. Aussi ces vaches sont-elles partout exploitées pour la laiterie et forment-elles la majeure partie de la population. Elles donnent des veaux forts à leur naissance, dont les mâles sont, pour la plupart, engraissés et abattus jeunes. Il n’y a qu'un petit nombre de bœufs de race Germauique. Ces bœufs n'ont, en général, qu'une faible propension à l’engraissement. Leur fort squelette s’oppose à ce qu'ils fournissent des rendements élevés en viande et celle-ci est de qualité médiocre.

La race bovine Germanique se trouve maintenant dans l’Allemagne du Nord, sur les côtes de la Baltique, en Holstein et dans le Mecklembourg; en Angleterre, au centre, dans les comtés de Glocester et d'Hereford principalement ; en France, dans les cinq départements de l’ancienne Normandie et dans ceux situés entre cette province et Paris, Son aire géographique actuelle est donc en trois portions nettement séparées, et même, pour l’une d'elles, par une grande distance. Dans ces conditions, il ne peut pas y avoir la moindre hésitation sur la recherche du lieu du berceau de la race, surtout après ce qui a été dit plus haut, au sujet de la race chevaline de même nom. Il est évident que les envahisseurs, partis des rivages de la Baltique pour s'établir définitivement sur nos côtes de la Manche, d’abord dans la presqu'île du Cotentin, ont amené avec eux le bétail de leur pays, qu’ils ont ensuite fait passer en Angleterre, après leur conquête. C'est

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donc dans l’ancienne Germanie que la face a pris naissance De son berceau des provinces baltiques, elle n'aurait pas pu, de son propre mouvement, s'étendre vers l’ouest, attendu qu’elle devait bientôt rencontrer, pour lui faire obstacle, la concurrence de la race des Pays-Bas. Il lui a donc fallu gagner vers le sud et vers l’est, où l’espace était libre, mais où les conditions d’existence, en raison du cEmat, ne pouvaient manquer de borner son extension. C’est pourquoi, d’ailleurs, elle serait restée dans une aire naturelle restreinte, si les hommes de son pays, incités par les mêmes circonstances, ne lui avaient conquis par la violence de nouveaux territoires.

Les variétés qui se sont formées dans cette race ont toutes une grande valeur et sont par conséquent très importantes à étudier. En Allemagne, on en distingue trois : celles de Preitenburg, de Wilstermarsch et de Mecklenburg ; en Angleterre, une seule : celle d’Jereford, en France, deux, qualifiées de Normandes, la Cotentine et l'Augeronne (voy. ces mots).

RACE OVINE GERMANIQUE. — Le type naturel de la race ovine Germanique (0. A. germanica) est brachycéphale. Son front est large, avec des arcades orbitaires fortement saillantes, en arrière desquelles se montre une dépression très accentuée. Il est dépourvu généralement de chevilles osseuses et il présente entre les orbites, au niveau de la racine du nez, une petite dépression. Les os du nez, faiblement curvilignes dans le sens longitudinal, sont en voûte ogivale, accentuée surtout à leur base par des dépressions latérales intéressant les lacrymaux, où le larmier est profond. Ces dépressions se continuent sur les grands sus-maxillaires, le long de leur connexion avec le sus-nasal, Les os incisifs sont petits, Le profil de la tête, un peu busqué au nez seulement, forme un angle très obtus. La face, tranchante, cst large à sa base et se termine en pointe aiguë.

Ce type est de grande taille, variable seulement entre 0,70 et 0",80. Ses membres sont longs, peu musclés, ce qui est surtout sensible pour les postérieurs, fournissant les gigots. Les sujets sont donc ce qu’on appelle vulgairement hauts sur jambes et fendus. Ils ont naturellement le squelette fort, une grosse tête ; mais aujourd'hui bon nombre d’entre eux, qui ont été améliorés dans le sens de la précocité du développement, les montrent réduits de volume. Les oreilles sont de longueur moyenne, leur direction est au moins horizontale et souvent un peu oblique de haut en bas.

La face et les membres, toujours dépourvus de laine, et le plus souvent la nuque aussi, portent constamment au moins des petites taches rousses disséminées, sur fond blanc. Ordinairement ces taches sont élargies et de couleur brune ou noire, aux oreilles ou autour des yeux.

La toison, presque toujours blanche, est formée de mèches longues et pointues, dont les brins atteignent jusqu’à 0,30. Ces brins ne présentent que de faibles ondulations et leur diamètre ne descend pas au-dessous de 0%*,04. Ils sont souvent mélangés de poils ordinaires droits. La peau étant peu riche en follicules laineux, l’est de même peu en glandes graisseuses et le produit de sécrétion de ces glandes est surtout riche en stéarine. La laine manque done beaucoup de douceur, ce qui, joint à sa grossièreté, en diminue considérablement la valeur.

Par tempérament, la race est peu sensible à l'humidité, mais elle supporte difficilement la chaleur sèche. Il lui faut une alimentation abondante ; clle n’est pas sobre et elle montre une aptitude prononcée pour élaborer de la graisse, Mais sa chair engraissée, dont les faisceaux de fibres sont d’ailleurs grossiers, manque de saveur. Elle donne une viande de qualité inférieure. :

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