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GERMINATION

certaines plantes cultivées que cette imperfection se manifeste. Il ne suffit donc pas que des graines fraiches aient une apparence normale, pour qu'il soit permis d'affirmer qu’elles sont aptes à germer. La constatation de l'existence de l'embryon ne peut se faire que par l’observation directe.

La graine doit être müre. Il importe de s’entendre d’une façon précise sur le sens qu'il convient d'attribuer à cette expression. Il est bien vrai que, dans la plupart des plantes, la maturité de la graine coincide avec celle du fruit qui la renferme, et il est le plus souvent légitime de déduire celle-ci de celle-là. Il est loin cependant d’en être ainsi d’une manière absolue. Des expériences plusieurs fois répétées ont montré que la faculté de germer peut s'observer dans certaines graines prises longtemps avant qu'elles soient arrivées à l’époque de la maturité apparente. Ainsi, par exemple, les pépins de pommes encore complètement vertes germent quelquefois très bien, et les jeunes individus nés dans de semblables conditions ne paraissent pas différer des autres quant à la vigueur de leur végétation.

D'autre part, on a souvent constaté que des graines, extraites de leur fruit au moment de sa maturité, ne germaient pas, sans qu'on püt attribuer ce résultat à la malformation dont nous avons parlé. Les graines des mêmes espèces germaient au contraire régulièrement quand on les conservait un certain temps après leur récolte. La seule explication qui nous paraisse acceptable de faits de cette nature, c’est que les graines en question (certaines espèces de Lins, de Géraniums, etc.) n'étaient pas mûres au moment où leurs fruits les laissaient échapper, et qu’elles ont achevé de mürir après en être sorties.

Il nous semble qu'on peut conclure de ce qui précède que la maturité de la graine, prise dans le sens physiologique du mot, ne consiste pas en réalité dans l'ensemble de certains caractères de consistance, de couleur, etc., concomitants des caractères du fruit qui a terminé son évolution; mais qu’elle se rattache à un fait qui domine tous les autres, à savoir que la graine a acquis la faculté de germer. Il est Juste cependant de faire observer que, dans le plus grand nombre des cas, la maturité physiologique coïncide avec la maturité physique ou apparente.

Cette faculté germinative que nous venons de voir constituant la manifestation essentielle de la perfection de la graine, se conserve plus ou moins longtemps, et sa persistance est sous la dépendance des conditions de milieu, aussi bien que de propriétés inhérentes à chaque espèce. La durée de la faculté germinative n’est done comparable, d'une plante à l’autre, que si les conditions où les graines ont été placées se trouvent identiques. Dans la pratique courante, les graines sont ordinairement conservées à l'air libre, et l'expérience a montré que les circonstances les plus favorables sont réalisées par un milieu sec, peu éclairé et soustrait aux brusques variations de température. Ainsi traitées, les graines des diverses espèces végétales montrent une grande diversité dans la durée de leur faculté germinative. Sans parler de celles qui peuvent germer dans leur fruit même (Citronnier, Citrouilles, Mangliers, etc.) et qui sont exceptionnelles, on sait que les graines des Ombellifères, des Composées, des Rubiacées par exemple, ne germent bien qu'à la condition d’être semées peu de temps après leur récolte ; chez quelques espèces, on a même constaté que la faculté germinative dure quelques semaines seulement; de sorte qu'il est presque indispensable de semer aussitôt après la récolte. Par contre, les graines de la plupart des Légumineuses, des Malvacées, des Graminées, etc., conservent leur vitalité pendant fort longtemps. Ainsi des graines de Haricot ont germé après avoir été enfermées pendant cent ans environ entre les feuilles d’un herbier. Des

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graines d'Orge ont encore donné une récolte après cent quarante ans, celles de la Sensitive après soixante années. On a affirmé que la germination avait été obtenue de graines trouvées dans des tombeaux gallo-romains, et âgées d’au moins dix-sept cents ans.

Nous pensons qu’il ne faut accepter qu'avec une grande réserve les affirmations de cette nature, parce qu'ici les chances d’erreur ou de fraude sont manifestes. À plus forte raison doit-on rejeter la légende si répandue du Blé des momies d'Egypte, lequel aurait germé après une période de plusieurs milliers d'années. Il ne paraît pas douteux que les gardiens des Pyramides ont abusé de la crédulité des voyageurs, en leur vendant comme blé de momie des graines récoltées dans leurs champs.

Il n’en est pas moins certain que certaines conditions peuvent prolonger beaucoup la conservation de la faculté germinative. Que des graines se trouvent soustraites à l'action des agents atmosphériques par leur enfouissement dans une terre modérément humide et fortement tassée, elles pourront se conserver intactes beaucoup plus longtemps qu’elles ne l’auraient fait à l’air libre ; et on pourra les voir germer, après nombre d'années, aussitôt qu’elles se trouveront ramenées à la surface. C’est à une semblable cause qu’est dû vraisemblablement ce fait bien connu de l'apparition d’une végétation toute nouvelle sur des terres fraichement remuées (défrichements des forêts, etc.), sans qu'il soil possible de relier ce phénomène à l'intervention de semences récemment amenées de loin par les procédés naturels de dissémination. Il est d’ailleurs facile de concevoir que toute cause qui tendra à ralentir (sans l’annihiler complètement) la fonction respiratoire des graines, aura pour effet de prolonger leur existence.

Cette considération théorique nous explique la raison d'être de la pratique déjà bien anciennement connue sous le nom de stratificalion (voy. ce mot), et qui consiste à enfermer entre des couches successives de sable légèrement humide, les graines que l’on ne peut pas semer dès leur maturité, et que l’on sait inaptes à conserver longtemps la faculté germinative.

Ici se présente une remarque qui à son importance. La provenance des graines sur lesquelles opère le cultivateur, lui est toujours imparfaitement connue toutes les fois qu’il est obligé, pour s’en procurer, d’avoir recours au commerce. La connaissance de leur aptitude à germer lui est d’autant plus nécessaire qu’il agit sur de grandes quantités, et que des intérêts considérables peuvent alors être mis en Jeu. Il existe encore à cet égard, dans le monde agricole, des croyances basées la plupart du temps sur un empirisme grossier, contre lequel on ne saurait trop se mettre en garde. De ce nombre est particulièrement l'épreuve dite par l’eau. C’est une idée fort répandue qu’une bonne graine doit tomber au fond de l’eau, et que si elle surnage c’est un indice certain de sa mauvaise qualité. Il est bien vrai que beaucoup de semences acquièrent, au moment de leur complète formation, une densité supérieure à celle de l’eau; mais le fait est loin d’être général, et, en tous cas, la densité de la graine peut être masquée par une foule de circonstances dont il faut absolument tenir compte, sous peme de s’exposer à de graves déceptions. Il suffit en effet que la graine soit difficilement mouillée par le liquide, que des inégalités de sa surface puissent retenir de légères bulles d’air, pour qu'elle surnage, bien qu'elle soit réellement plus lourde que l’eau. Que l'on projette, par exemple, des graines de Carotte récentes à la surface de l’eau, et l’on constatera que pas une d’elles ne gagnera le fond du vase; cependant elles germeront toutes, ou à peu près. La même expérience pratiquée avec des graines de Chou ou de Colza âgées de vingt années,

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