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se rapportent à des conditions anatomiques dans lesquelles il est nécessaire de se placer pour que la réunion des deux individus puisse avoir lieu; les autres ont trait à la parenté qui doit exister entre le sujet et le greffon. Il est nécessaire de préciser autant que l’état des connaissances actuelles le permet les considérations se rapportant à chacun de ces deux chapitres.

Dans toute greffe, pour que la reprise ait lieu, il est nécessaire que le tissu vivant d’un des individus s’unisse exactement à celui auquel il est réuni, de façon que le sujet qui habituellement est un végétal complet, possédant des racines, puisse puiser dans le sol des aliments et les transmettre au greffon. Pour que cette transmission puisse avoir lieu, il est clair que les deux tissus mis en contact doivent être non seulement suffisamment rapprochés pour que les phénomènes d’osmose qui président à la nutrition (voy. ce mot) des plantes puissent s’accomplir, mais que encore les cellules mises en contact soient de part et d’autre en pleine activité. La pratique donne pleinement raison à ces considérations théoriques, et les jardiniers savent bien que les greffes ne reprennent qu'à la condition expresse que greffon et sujet soient bien portants et en pleine activité vitale. Etant donné quele rapprochement des cellules vivantes est indispensable, la question qui se pose, est celle de savoir quelles sont les parties de la plante où se rencontrent ces éléments en voie d'évolution : on sait que c’est la partie de la tige comprise entre le liber et l’aubier, à laquelle on donne le nom de cambium ou de zone génératrice. Dans certains cas les rayons médullaires entrent, eux aussi, en jeu comme producteurs de cellules vivantes, pour opérer la réunion des deux parties. Cette condition anatomique est absolue et l’on peut affirmer formellement qu'il n’y a pas de reprise possible quand cette exigence n’est pas satisfaite. Cest pour cette raison précisément que la greffe des plantes monocotylédones ne peut être réussie, car la zone génératrice n’y forme pas une région déterminée, mais accompagne chaque faisceau fibro-vaseulaire dans son parcours.

A l'égard des conditions de parenté il est difficile d’être aussi affirmatif; on ne peut que citer des cas particuliers et toute théorie générale est impossible, quant à présent du moins. D’ailleurs, pour que cette question puisse être nettement tranchée, il serait nécessaire que l'on eût des idées précises sur la classification générale des plantes, idées que l’on est loin de posséder. Etant donné que tous nos systèmes de classification, quoi qu’on en ait dit, sont purement artificiels et conventionnels, que, entre ce que nous appelons espèce, genre ou famille, il ne peut y avoir de limite précise, on comprend aisément qu’il est impossible de dire à quel degré d’affinité la greffe est praticable et dans quel autre elle ne peut être effectuée. D’ailleurs la variation des limites de la possibilité de la greffe dépasse même les règles de classification les plus généralement admises. On dit d’une façon générale que la greffe est toujours possible entre diverses variétés d'une même espèce et aussi le plus généralement entre toutes les espèces d’un même genre. Par contre, elle passe pour réussir plus rarement entre végétaux de genres différents, bien qu'appartenant à la même famille. Cependant il est des exemples où des plantes de deux groupes qui pour tout le monde passent pour devoir former deux familles distinctes, peuvent s'unir entre elles; c’est ainsi que l’on cite des greffes de Scrofularinées sur Solanées. Qu’en faut-il conclure sinon que ces exemples de greffes prouvent une fois de plus quelle est la grande analogie qui existe entre ces deux groupes. Par contre, Île Pommier et le Poirier, que Linné et après lui beaucoup de botanistes autorisés n'hésitent pas à réunir dans

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le genre Pyrus, à cause de l’ensemble de leurs caractères, ne s'unissent pas quand on greffe le premier sur le second et reyrennent, mais très mal il est vrai, quand on grcffe le Poirier sur le Pommier. Que si, au contraire, l'on vient à greffer ce même Poirier sur le Cognassier, la reprise a toujours lieu. Or le Cognassier constitue pour tous les botanistes un genre bien distinct. Les exemples de ces anomalies apparentes sont nombreux; on en pourrait dresser des listes entières qui ne sauraient trouver leur place ici.

A l'égard de la réussite ou de l'impossibilité du greffage, il est un fait général qu'il importe de signaler ; 11 consiste en ce que tandis que la greffe d'individus à feuilles persistantes sur sujets à feuilles caduques, appartenant au même genre ou à des genres voisins, réussit toujours, l'inverse ne réussit jamais. Les exemples en sont nombreux. On peut greffer le Fusain du Japon sur le Fusain de nos bois; le Cerisier Laurier-Cerise sur le Cerisier mahaleb ; le Mahonia sur l’Epine-vinette ; le Bibacier sur le Cognassier, ete. Ces mêmes opérations faites en intervertissant sujet et greffon ne réussissent pas.

Un point qui a dans le greffage une importance capitale, est celui de savoir quelle peut être l’influence du sujet sur le greffon et inversement. Peut-on modilier la nature du végétal greffé en variant le sujet sur lequel la greffe est posée ? Et d'abord il est utile de rappeler que les limites dans lesquelles les greffes sont possibles, sont, comme il a été dit plus haut, fort étroites dans la généralité des cas. Il est donc à peine utile de dire que les greffes, dont on parlait autrefois, comme devant donner des produits intermédiaires entre le greffon et le sujet, n’ont jamais existé que dans des imaginations fantaisistes et qu’il faut ranger dans l’ordre des-fables, les greffes telles que celles de la Vigne sur le Noyer et d’autres plantes appartenant à différentes familles, celles des Poiriers sur les Choux, etc. De semblables erreurs sont nées d'observations incomplètes sur des greffes faites en terre dans lesquelles les greffons se sont enracinés et ont pris une vie propre, constituant ainsi de simples boutures et nullement des greffes. Sans donc tenir compte de semblables observations, il importe de savoir si dans les limites vraies du greffage les deux végétaux conjoints influent l’un sur l'autre.

Si l’on examine avec attention 1e point de la réunion du sujet et du greffon, on constate que toutes les fois qu’il existe une différence de vigueur entre les deux individus unis, cette différence persiste après le greffage, et chacune des deux plantes croit avec l'intensité qui lui est propre. C’est ainsi que si l’on considère des greffes de Pavias sur des Marronniers, ces derniers étant des arbres plus vigoureux et à croissance plus rapide que les Pavias, l’on constate toujours que la partie de la tige appartenant au Marronnier sera plus grosse que celle du Pavia qui lui fait suite ; cette différence sera le plus souvent très notable, à telle enseigne que l’on constatera au point de jonction une dépression, un amincissement subit formant le passage de l’essence la plus vigoureuse servant de sujet à celle dont la croissance est plus lente. Si l’on compare ce fait avec celui qui se produit dans la greffe du Tilleul argenté sur l'espèce à grandes feuilles, on voit qu’il donne lieu à des observations analogues, mais dans un sens inverse au premier. Le Tilleul argenté est plus vigoureux que son congénère à grandes feuilles; cette vigueur se maintient après le greffage, et l’on voit souvent, dans de semblables unions, le tronc de l'arbre être d’abord grèle, puis s’épaissir subitement avec un très gros bourrelet quand on passe du Tilleul à grandes feuilles à celui qui est argenté. Un fait identique a lieu dans la greffe du Marronnier à fleurs doubles sur l'espèce

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type, à fleurs simples. Il serait facile de signaler toute une série de faits du même ordre.

Que faut-il déduire de semblables observations, sinon que les individus greffés l’un sur l’autre conservent leur autonomie et se comportent chacun de leur côté comme ayant une vie propre. Les différences qui les distinguent quand ils eroissent librement persistent avec leur entité après le greffage. C'est qu’en effet si l’on examine sur une coupe longitudinale le point de jonction des deux individus, on voit que les deux bois ne se sont nullement influencés. Les éléments anatomiques de l'un ne se sont pas mélangés à ceux de l’autre ; ils se sont affrontés, ils se sont mis en contact mmédiat, et rien de plus. Ce fait est facile à constater dans la greffe d'individus à bois dissemblables, tels que celle du Pêcher sur Prunier par exemple, dans laquelle même la modification des couleurs propres à chacun des deux bois n’a pas lieu. Les éléments sont si peu entremêlés qu’il se produit souvent une rupture subite au point de contact. On peut donc considérer le greffage comme une sorte de bouturage dans lequel le sol est remplacé par un végétal sur lequel on implante la bouture. Mais, de même qu'une bouture est influencée par l’état du sol dans laquelle elle est placée et que sa vigueur dépendra de la plus ou moins grande fertilité de celui-ci, de même le greffon deviendra plus ou moins vigoureux et se développera avec une rapidité variable, suivant que la plante qui le portera sera à développement plus ou moins rapide et énergique.

L'ensemble des observations sur les greffes permet donc de dire que le sujet influe sur le greffon simplement dans le sens de la vigueur. Il en faut déduire que les qualités ou les défauts qui peuvent résulter du fait de la vigueur seront transmis au greffon par le sujet; mais à ce seul fait se bornera son action. C’est ainsi que l’on sait fort bien que l’on aura des Poiriers plus vigoureux quand on les greffera sur Poirier sauvage que quand la greffe sera faite sur Cognassier, dont la vigueur est plus faible; que de même le Pommier se développera plus rapidement sur Pommier Doucin que sur Pommier Paradis ; encore, que dans un cas les fruits pourront être plus petits et plus sucrés et dans l’autre plus gros et plus aqueux. On ne peut admettre qu'il se produise d’autres modifications, et les faits prouvent bien qu’elles ne se montrent pas. A cet égard, un des exemples les plus probants est celui qui consiste à greffer sur le même arbre diverses variétés de fruit appartenant à la même espèce, à des espèces différentes, ou encore toute une collection de Rosiers sur un même pied. On voit alors chaque variété se comporter comme si elle était seule; elle n’est nullement influencée par le voisinage des autres individus greffés sur le même sujet.

On a observé un fait que l’on ne peut passer sous silence. On avait, sur un Abutillon à feuilles vertes, greffé un rameau à feuilles panachées de cette même plante, et l’on put observer qu’au bout d’un certain temps la panachure se propagea sur les rameaux du sujet placés dans le voisinage du greffon. Le fait trouve difficilement son explication, d'autant que d’une part il est isolé et que de l’autre on est mal fixé sur les causes qui produisent la panachure chez les plantes. On tend cependant à considérer cet état comme étant pathologique et provenant le plus souvent d’une dénutrition partielle. En admettant cette explication, qui est encore hypothétique, on pourrait voir dans la panachure survenue chez les feuilles du sujet une dénutrition amenée par le mauvais fonctionnement des feuilles placées au-dessous de lui et appartenant au greffon panaché.

On dit souvent que la greffe a pour effet d’améliorer la qualité des fruits, en leur donnant plus de volume. Cette affirmation est basée sur ce que

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toutes les fois que l’on pratique la greffe de bourgeons à fruits, on obtient toujours, toute chose égale d'ailleurs, des fruits plus beaux que si l’on avait laissé ce même bourgeon produire sur place. On ne peut affirmer que ce fait, qui est cependant incontestable, tienne à la transplantation du bourgeon sur un autre support, car la greffe faite sur le même arbre, sur lequel le bourgeon a été prélevé, donne d'aussi beaux résultats que quand ce bourgeon est transporté sur un autre individu. Il ne faut donc pas y voir, comme on a bien voulu le dire, une amélioration due à un changement de nourriture, mais bien plutôt une action analogue à celle produite par l'incision annulaire (voy.ce mot) qui, bien que mal expliquée, est cependant indubitable.

Les avantages que procure la greffe sont nombreux. Un des principaux est celui de permettre, en donnant aux plantes des racines d’une espèce différente, la culture dans des sols où l'espèce greffée sur elle-même ne saurait prospérer. Ainsi du Poirier que l’on greffe sur Cognassier et quelquefois aussi sur Aubépine; ainsi également du Pêcher que l’on unit au Prunier ou à l’'Amandier, etc. Elle permet encore d’obtenir des individus qui fleurissent et fructifient plus tôt que si on les propageait de graines. On peut également, au moyen de la greffe, transporter au sommet des tiges des fragments d'espèces cultivées et obtenir rapidement des arbres de grande dimension. Enfin la greffe est souvent le seul moyen pour la propagation de variétés ne se reproduisant ni par graine ni par bouture ou marcotte; c’est le cas de la plupart des variétés de nos arbres fruitiers. Dans certains cas elle peut encore servir à réunir chez les plantes dioïques les deux sexes sur un même individu.

Les différentes sortes de greffes connues sont presque innombrables, c’est par centaines qu'il faut les compter. Mais la plupart ne sont que des modifications peu importantes apportées aux procédés fondamentaux. Le cadre de cet ouvrage ne peut comporter que la description des types principaux; les variations diverses qui n’ont dans la pratique qu'une faible importance seront intentionnellement laissées de côté. Toutes les greffes peuvent être classées en trois catégories distinctes. Dans la première se placent les greffes dans lesquelles le greffon et le sujet sont deux plantes complètes que l’on réunit en en rapprochant la tige ou les rameaux; ce sont les greffes par approche qui se subdivisent en différentes espèces comprenant des variétés. La seconde catégorie comprend des greffes qui se distinguent essentiellement de celles en approche en ce que l’on détache de la plante qui doit fournir le greffon, un œil avec un lambeau d’écorce que l’on insère sur le sujet. Dans la troisième série se rangent les très nombreuses variétés de greffes par rameaux. En voici un tableau synoptique :

fen placage.

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GREFFES PAR ee Mae là l'anglaise... len tête :

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GREFFES PAR ŒIL,,... “ombinée.

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ordinaire.

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GREFFES PAR RAMEAUX en incrustation.

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(simple.

à l'anglaise... compliquée.

la cheval.

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GREFFES PAR APPROCHE. — La greffe par approche est principalement usitée pour la multiplication des espèces à reprise difficile et chez lesquelles les autres formes ne réussissent pas ; à ce titre elle rend souvent de très grands services. Il n’en est pas moins vrai que son application présente des diffificultés. La principale réside dans la nécessité dans laquelle on se trouve de planter dans le voisinage l'un de l’autre les deux végétaux à greffer. Si le sujet et le greffon sont de même dimension, la difficulté est relativement faible, car le rapprochement se fait aisément. La complication augmente quand sujet et greffon sont d’âge, de vigucur ou de dimensions inégales. Il est nécessaire, dans ces conditions, d'élever l’un à la hauteur de l’autre quand les branches ne sont pas suffisamment flexibles pour permettre de les incliner jusqu’au sol. Si le greffon est de plus faible volume que la plante sujet, on l'élève sur un échafaudage et l’on plante les sujets en cercle autour de lui. Dans le cas inverse on plante les sujets-en pot et on les place sur un échafaudage à hauteur des branches du sujet.

Greffe en approche ordinaire. — Le sujet et le greffon peuvent être de grosseur égale ou bien le sujet peut être plus développé que le greffon. Les deux individus sont entaillés à l’aide de la serpette ou du greffoir, de façon à présenter une plaie bien lisse et de surface égale; l’entaille doit dépasser l'écorce et pénétrer jusque dans le bois. Les deux végétaux étant préparés, on les rapproche et on les ligature avec un lien solide qui doit établir un contact absolu entre les deux parties réunies. Les tours de spire du lien doivent laisser des endroits libres qui permettront de s'assurer que la soudure a lieu. Après un temps variable, si l’on constate que la réunion est complète, on coupe le pied du greffon et la tête du sujet. Gé mode de greffage, que l’on désigne sous le nom de greffe en approche ordinaire en placage, admet une variation dans laquelle l’incision du greffon se fait sur deux faces, de façon à tailler le rameau en forme de coin. Le sujet, à l’aide de deux coups de greffoir, reçoit une incision dans laquelle vient se loger la partie incisée du greffon. Ce mode prend le nom de greffe en approche en incrustation.

Greffe par approche a l'anglaise. — Elle diffère de la précédente en ce que les deux parties, au lieu d’être simplement affrontées, sont accrochées l’une dans l’autre par une incision faite de haut en bas dans le sujet, pour en détacher une sorte d’encoche et une incision en sens inverse sur le greffon. Ces deux incisions étant introduites l’une dans l’autre, donnent, lors de la reprise, plus de solidité à la greffe. C’est le greffage par approche à l'anglaise ordinaire. Ce système peut être modifié en coupant l'extrémité du sujet obliquement, y faisant une encoche et y insérant le greffon. On lui donne dès lors le nom de greffe a l'anglaise en téte. Les greffes en approche se pratiquent de mars à septembre. a

GREFFES PAR OEIL. — Les modes de greffage compris dans cette catégorie diffèrent essentiellement des précédents, en ce que, tandis que dans le premier cas les deux individus à réunir étaient deux végétaux complets et que le greffon n’était privé de la nourriture qu’il reçoit par la racine, qu’alors que la reprise de la greffe est opérée, dans le deuxième la partie de végétal servant de greffon est préalablement détachée de la plante qui le fournit et doit par conséquent rentrer immédiatement en contact suffisamment intime avec le sujet pour que celuici lui procure tout de suite les aliments dont il a besoin pour continuer à vivre. Si l’on veut une comparaison, on pourrait dire, sans s'éloigner de la vérité, que la greffe par œil ou par rameau est à la greffe par approche ce que la bouture est à la marcofte. On comprend sans peine que la reprise de tous les modes de greffage dont la description va

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suivre, est moins probable que celle des greffes de la précédente catégorie ; par contre, elles présentent des avantages nombreux, et notamment celui de permettre le transport du greffon à telle distance qu'il semble bon.

Greffe en écusson.— Cette greffe est une des plus employées dans la pratique courante. Elle convient à la multiplication d’un très grand nombre de végétaux. Son application est facile et rapide, et lon peut dire que c’est de toutes les greffes celle qui est le plus à portée de tout le monde. Elle présente, en outre, l'immense avantage de ne pas endommager les végétaux auxquels on l’applique, lesquels peuvent, dans les cas d’insuccès, servir comme sujet à de nouvelles greffes.

La greffe en écusson est pratiquée à deux époques différentes : au printemps, lors du départ de la végétation, et on lui donne alors le nom de greffe à œil poussant ; puis dans le courant de l'été, auquel cas on l'appelle greffe a œil dormant. La greife à œil poussant présente l'avantage de fournir tout de suite une végétation souvent suffisante pour former une plante complète dans le eours de la même saison; il importe qu’elle soit faite assez tôt pour que la végétation du greffon ne se prolonge pas outre mesure à l'automne, et que les pousses de celuici ne soient pas surprises par les premières gelées. La greffe à œil dormant doit se faire plus ou moins tôt, en saison, suivant l’état du sujet; il importe, en effet, dans ce cas comme dans le précédent, que, comme disent les praticiens, le sujet soit en sève, c’est-à-dire que la végétation y soit active. Si la greffe cst faite de bonne heure et que l’on ait la crainte de voir l'œil greffé se mettre tout de suite à végéter, on lie en botte les rameaux du sujet afin de ralentir la végétation de celui-ci. Quinzé jours à trois semaines après que la greffe a été opérée, on inspecte l'opération, et si l'œil inséré semble mauvais, il est encore temps de recommencer l'opération.

La greffe en écusson peut être faite sur un jeune sujet et près du sol, ou bien sur un individu plus âgé et à des hauteurs variables. Quoi qu'il en soit, la première condition requise est que le sujet soit bien en sève. L’œil qui doit être inséré est prélevé sur un jeune rameau, de moyenne vigueur. La première préparation à lui faire subir consiste dans le sectionnement de toutes les feuilles à l’aisselle desquelles se trouvent les yeux que l’on doit employer. La section est faite sur le pétiole, de façon à lui conserver une longueur d’un centimètre environ. Les yeux les meilleurs sont ceux qui sont placés vers le milieu des rameaux. Le prélèvement de l'œil s'opère en tenant le rameau de la main gauche et le greffoir de la main droite. On commence à inciser l'écorce à environ 1 centimètre au-dessus de l’æil, puis on détache l’œil avec un lambeau d’écorce, auquel on donne au-dessous la même longueur qu’au-dessus. Il faut s'arranger de façon à ne pas entailler le bois ou à n’en lever que le moins possible. Bon nombre de praticiens enlèvent à l’aide de la pointe du greffoir le lambeau de bois qui a pu être prélevé. Cette opération est souvent dangereuse, car l’on risque d’enlever ‘en même temps l’axe ligneux du bourgeon; pour éviter ce danger, on préfère souvent laisser le peu de bois qui est accolé au greffon, tout en s’efforçant de n’en prélever que le moins possible lors de la levée de l’écusson. Quand l’écusson se présente avec une coupe irrégulière à la base, on la rend nette par un coup de greffoir.

Le sujet qui doit recevoir l’écusson est, dans la partie où il doit être appliqué, débarrassé des feuilles ou ramilles qui peuvent entraver l’opération; puis on fait deux incisions, l’une transversale, l’autre longitudinale et venant aboutir, par une de ses extrémités, à la première, pour former une sorte de T. L’incision étant faite, à l’aide

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de la spatule en ivoire que porte le greffoir, on relève les deux bords de la plaie en détachant l’écorce du bois (fig. 46). On comprend que, pour que cette opération soit possible, il importe ‘que le sujet soit en sève, sans quoi le décollement re pourrait avoir leu.

Sujet et greffon étant préparés comme il vient d’être dit, on insère l’écusson sous l'écorce du sujet en soulevant, à l’aide de l’ongle ou de la spatule du greffoir, les deux bords de la double incision. On

Fig. 46, — Greffe en écusson.

pousse ensuite légèrement le greffon pour le faire descendre dans la plaie et empêcher son extrémité supérieure de dépasser au-dessus de l’incision transversale. L'opération étant faite, on ligature en se servant de liens divers. Dans les pépinières, on se sert souvent de feuilles de Massette, de rameaux de Joncs divers ou de raphia; quelquefois aussi on emploie de la laine, qui forme de bons liens, et n’a que l'inconvénient de coûter trop cher. La ligature de la greffe doit toujours commencer par la partie supérieure, puis se continuer en des tours de spire rapprochés pour se terminer à la base.

Le fragment de pétiole resté adhérent au greffon indiquera si la greffe reprend ou si elle est mauvaise. Dans le premier cas, ce pétiole se détachera bientôt et tombera ; il faut mal augurer de la greffe lorsque le pétiole se dessèche et reste adhérent à l’écusson.

On a apporté à la greffe en écusson diverses modifications. Une d'elles consiste à pratiquer l’incision en sens inverse, c’est-à-dire la coupe transversale à la base de l’incision longitudinale ; l’insertion se fait donc par le bas. Ce mode opératoire rend des services quand le sujet est trop vigoureux ou en trop grande activité. Quand l'œil à insérer est très gros, comme cela se présente chez le Marronnier, on fait une incision en croix, et c’est à l'intersection des deux lignes que se trouve placé le bourgeon. Enfin, quand il s’agit d'obtenir deux branches opposées, on insère deux écussons, l’un à droite, l’autre à gauche du sujet; la même ligature retient les deux écussons.

Quand la greffe est reprise, dans le courant de l'été pour la greffe à œil poussant, au printemps de l’année suivante pour celle à œil dormant, on coupe le lien par un trait longitudinal. Plus tard, quand l’œil se sera développé et aura donné naissance à un rameau, on le fixera, à l’aide d’un lien léger, contre la partie supérieure du sujet qui a été préalablement sectionné, alors que la reprise était assurée, à environ 19 centimètres au-dessus de la greffe. Il faudra veiller à ce qu’il ne se déve-

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