‹ Dictionnaire d'agricultureChapitre 91 sur 270 · HI · texte numérisé non relu

HI

GREFFE

loppe pas de rameaux gourmands, que l'on aura soin d’ébourgeonner dès le début. Enfin, au bout d’une année, on enlève la partie du sujet qui surmonte la greffe; cette opération s'appelle désongleter ou enlever l'onglet; elle se pratique à l’aide d'une serpette (voy. ce mot) spéciale.

Greffe en flûte. — Cette gretfe est assez peu pratiquée. Elle peut, comme la précédente, être faite à œil poussant ou à œil dormant. Le sujet et le greffon doivent être deux rameaux sensiblement de même grosseur. Le greffon est un manchon d’écorce portant au moins un œil et ayant une longueur qui peut être variable. On détache sur le sujet une partie d’écorce égale au greffon par lequel elle est remplacée. Après l'insertion du greffon sur lequel on peut prélever un lambeau d’écorce s’il est trop large et ne s’applique pas bien sur le -sujet, on ligature. Une modification légère apportée à ce système consiste à laisser en lanière l’écorce -du sujet, puis à relever ces lambeaux et à les attacher sur le greffon, qui se trouve ainsi préservé de da sécheresse. Les soins après la greffe sont les mêmes que ceux indiqués pour la greffe en écusson.

GREFFES PAR RAMEAUX. — Les différents systèmes -de greffe compris dans cette catégorie diffèrent de ceux de la précédente en ce qu'ici le greffon est toujours une partie de rameau ligneux ou herbacé que l’on insère sur le sujet. Pour toutes ces greffes, Al convient, d’une façon générale, que le sujet soit plus avancé en végétation que le greffon ; aussi est-on conduit dans certains cas à retarder la végétation des greffons en les coupant à l'avance et en les enterrant le Iong d'un mur au nord. Cette précaution n'est pas nécessaire quand la greffe se pratique en été, auquel cas les greffons sont coupés au moment de s’en servir. Il en va de même dans la greffe des espèces à feuilles persistantes.

Greffe de côté. — Cette greffe ressemble à celle en écusson par ce point que le sujet est incisé en T comme dans le cas précédent; mais le greffon, au lieu d’être simplement un œil, est un rameau que l’on taille en long biseau et que l’on insère sous l'écorce. On peut indistinctement prendre l'extrémité d’un rameau ou sa partie moyenne, mais il est bon de choisir une partie légèrement courbée, afin que le rameau s'éloigne du sujet lors de son insertion. On ligature solidement en commençant par le haut. Une modification à ce système consiste à prendre de très courts rameaux avec un fragment en forme d’écusson allongé. Cette greffe peut être faite à œil poussant avec des rameaux conservés, mais il est préférable de la pratiquer à -æil dormant en août et septembre.

Greffe dans l'aubier. — Dans ce système, le sujet reçoit une entaille qui intéresse ses couches corticales et pénètre obliquement jusque dans le bois. Le greffon est taillé en un double biseau et inséré dans l’entaille, en s’efforçant de faire coïncider les deux couches génératrices, puis on ligature. Cette greffe peutêtre pratiquée sur des rameaux-boutures, qui sont alors plantés sous châssis ; ce dernier système est employé pour reproduire des variétés rares ou peu vigoureuses, mais repoussant de bouture.

La greffe par côté, dans l’aubier, est préconisée pour la multiplication des arbustes de terre de bruyère, ainsi que les Conifères, par M. André. Le sujet, après la greffe, doit être abrité. Cette greffe peut être faite au printemps ou en automne.

Greffe en placage. — Le sujet et le greffon doivent être, s’il est possible, sensiblement de même volume. On enlève sur le sujet une lanière d’écorce en même temps que les premières couches du bois. Cette incision est arrêtée nettement à la base par une coupe transversale (A, fig. 47). Le greffon reçoit une incision longitudinale en biseau allongé, de façon que sa plaie ait la même surface que celle du sujet; on la termine par une section transversale à la base. On place le greffon sur le

GREFFE

sujet et on ligature solidement en commençant par le haut (B, fig. 47). Cette greffe est principalement appliquée aux plantes à feuilles persistantes ctnotamment aux Conifères et aux Ericacées. Les jeunes plantes greffées sont mises à l’étouffée sous cloche ou sous châssis. Ce mode de multiplication est surtout pratiqué au printemps, lorsque les plantes commencent à entrer en végétation.

Une modification importante à ce système consiste à pratiquer une encoche sur le sujet et sur le greffon et à insérer ces deux encoches l’une dans l’autre. La greffe qui reçoit alors le nom de greffe en placage à l’anglaise présente une plus grande à résistance au décollement que la précédente.

Greffe en couronne. — Ce mode de multiplication s'adresse particulièrement au greffage des arbres tout venus, et alors que l’on éprouve le besoin d'en modifier la variété sur sa totalité ou seulement sur une ou plusieurs de ses branches. La branche ou l'arbre à greffer est coupé net par un trait de scie, puis la plaie aplanie à l’aide de la serpette. On peut y insérer un nombre variable de greffons allant de un à quatre ou cinq quand la branche est très grosse. Ces greffons sont préparés en les taillant en biseau et en arrêtant cette coupe à la partie supérieure par une section formant cran (fig. 48). Chacun des greffons est inséré entre le bois et l'écorce que l’on a eu soin de fendre par un coup de greffoir appliqué longitudinalement, et le cran doit venir reposer sur l'aire de la coupe du sujet; on ligature et on englue avec du mastic à greffer (voy. ces mots). Quand la reprise aura lieu, on veillera à ce que les liens ne compriment pas trop les greffons et on les sectionnera à temps.

Greffe en incrustation. — Ce système peut être

Fig. 47. — Greffe en placage.

Fig. 48. — Greffe en couronne.

‘appliqué aussi bien aux arbustes de serre qu'aux

arbres de plein air; il donne de bons résultats. Il est comme un acheminement vers la greffe en fente dont il est d’ailleurs peu distinct au fond. Il con-

GREFFE

siste à enlever sur le sujet préalablement étêté un coin de bois qui sera remplacé par le greffon taillé en double biseau par deux coups de greffoir. Le greffon étant inséré) il doit exactement s'appliquer dans l’entaille faite au sujet de façon que les deux zones génératrices soient en contact), on ligature et on englue.

Greffe en fente. — C’est, après l’écussonnage, le mode de greffe le plus employé dans les pépinières, notamment pour la multiplication des arbres à tiges. Il présente l’avantage d'insérer directement au sommet d’une grosse tige, à une hauteur voulue, des rameaux de l'espèce à multiplier. Le résultat obtenu est prompt et l’arbre rapidement formé. Par contre, ce procédé présente l'inconvénient de nécessiter l’étêtement de l'arbre, ce qui, si la greffe ne réussit pas, compromet gravement le sujet.

Le greffon, qui est un rameau de l’année précédente conservé en terre si l’on fait la greffe au printemps, et au contraire un rameau de l’année que l’on a soin d’effeuiller, dans la greffe faite en automne, est préparé en le taillant suivant deux plans qui viennent se rencontrer à la base.

Ces deux coupes doivent partir de chaque côté d’un œil qui sera placé à la partie extéricure de la greffe; par suite de cette double section le greffon prend en coupe la forme d’un triangle très aigu, dont le plus petit côté est muni de l’écorce. Le greffon étant préparé, on fend sur un des côtés le sujet que l’on a coupé transversalement, enlevant ainsi toutes les branches; cette fente est faite à l’aide du ciseau ou du couteau à greffer (voy. GREFFOIR). L'insertion du greffon s'opère en ouvrant à l’aide de la main droite munie du couteau, la fente longitudinale et en y insérant avec la main gauche le greffon que l’on fait pénétrer suffisamment pour que ‘toute la partie incisée soit comprise dans la fente du sujet.

Il importe de bien faire coïncider les deux zones génératrices, et dans ce but il est souvent prudent de donner au greffon une position très faiblement inclinée, de façon que la pointe amincie émerge légèrement de l'écorce du sujet; par cette position on est sûr que la rencontre des deux cambiums aura lieu au moins au point de croisement.

Le greffon étant inséré, on termine l'opération par l'application d’une ligature qui souvent peut ne pas être indispensable à cause de la pression exercée par les deux bords de la fente sur le greffon (fig. 49). Dans tous les cas, il est nécessaire d'appliquer un engluement de mastic à greffer.Quand la greffe est pratiquée à l'automne, il peut être utile de la recouvrir d’un cornet de papier qui la préserve du desséchement. Il conviendra de veiller à la suppression de tous les bourgeons adventifs qui pourraient se développer sur la tige du sujet.

Toutes les fois que le sujet présente un diamètre de deux ou trois centimètres et au-dessus, on se trouve bien de modifier cette greffe en appliquant deux greffons au lieu d’un seul. Dans ce cas le sujet est fendu transversalement à l’aide du ciseau que l'on enfonce à coups de petit maillet en bois. Il faut avoir soin de faire basculer le ciseau ou la serpette que l’on enfonce afin que l'écorce se trouve nettement sectionnée et non déchirée comme

Fig. 49. — Greffe en fente.

GREFFE

cela aurait lieu si l’on se contentait d’enfoncer tout droit l'instrument tranchant. L'insertion des deux greffons, préparés comme il a été dit précédemment, se fait en se servant d’un petit coin de bois dur ou d'ivoire que l’on enfonce au milieu de la coupe et que l’on enlève avec précaution quand les deux greffons sont placés. On ligature et on englue. Ce système présente l'avantage d’une double chance de reprise ; mais dans le cas de la réussite des deux greffons, 1l est souvent utile au printemps suivant de supprimer le moins vigoureux, sous peine, en laissant les deux, d'obtenir une ramification confuse. Cette greffe a reçu le nom de greffe en fente double.

La greffe en fente peut être encore modifiée dans certains cas. Au lieu de sectionner la tête du sujet, on greffe à l'extrémité d’un de ses rameaux ou au sommet de sa tige encore jeune. Mais cette greffe ne peut s'appliquer qu'aux essences à feuilles caduques qui ont un gros bois ou bien aux résineux chez lesquels elle réussit très bien. Elle consiste à fendre l'extrémité des rameaux, à y insérer le greffon, puis à ligaturer et engluer. Cette greffe, qui se pratique au printemps, peut être faite avant que les arbres aient commencé à pousser; elle est dite alors greffe en fente terminale ligneuse. Lorsqu'on l’applique aux Conifères, en mai, quand leurs pousses ont déjà quelques centimètres, elle est dite alors terminale herbacée.

Enfin, pour certains Conifères à rameaux grêles ou encore pour des arbres à feuilles caduques, elle peut être faite sur bifurcation, c'est-à-dire que l’incision du sujet est faite au point de ramification de deux jeunes branches.

Greffe à l’anglaise.— Dans la greffe à l'anglaise, le sujet et le greffon doivent être de même grosseur. Dans la greffe à l'anglaise simple, sujet et greffon sont taillés en long biseau, puis appliqués l'un sur l’autre, liés et englués. Ce système a l’inconvénient de ne pas présenter une solidité suffisante, aussi l’a-t-on de bonne heure modifié en séparant sur les deux végétaux réunis des esquilles de bois qui vont s’enchâsser l’une dans l’autre. Il en résulte que le greffon est solidement fixé au sujet. Ce système est employé pour le greffage de Ia Vigne, c’est la greffe à l'anglaise compliquée.

Pour greffer certains arbustes à feuilles persistantes, on taille le sommet du sujet en un double biseau et l'on fend l’extrémité inférieure du greffon qui est inséré à cheval sur le sujet. C’est la greffe anglaise à cheval. Les individus greffés par ce système doivent être mis sous cloche ou sous châssis pour faciliter la reprise. Ce dernier mode de gretfage est d’ailleurs, d’une façon générale, assez peu employé; on préfère, pour le même cas, se servir de la greffe en placage.

Dans tous les systèmes de greffe, il est utile, quand l'opération a réussi, d’entourer les jeunes plantes ainsi multipliées, d’un certain nombre de soins qui favoriseront leur bon développement. C’est ainsi qu'il faudra veiller à ce que les ligatures ne compriment pas trop les tissus, et 11 conviendra de les couper dès que l’on verra la reprise assurée. Il conviendra également de donner tous les soins à la suppression des rameaux gourmands qui pourraient se développer sur le sujet; la greffe étant reprise, seuls les yeux provenant du greffon devront se développer. Les branches qui surmontentla greffe, dans le cas du greffage par approche ou en écusson, devront donc être supprimées, mais cela d’une façon réglée et progressive.

Il faudra veiller à ce que les pousses, souvent très vigoureuses, provenant des yeux du greffon, ne soient pas brisées par le vent, et dans ce but il convient de les munir d’un tuteur ou simplement de les attacher contre le prolongement du sujet dans le cas de l’écussonnage. L’extrémité de ce sujet ne sera complètement enlevée que quand la greffe

GREFFE DES VIGNES

sera solidement reprise; à ce moment on pratique la suppression de l’onglet devenu inutile.

Greffe des Caclées. — Il est utile d'indiquer la greffe des Cactées; car elle présente, au point de vue de l'assemblage des greifes, une différence qui est d’ailleurs plus apparente que réelle. Tandis que, dans toutes les greffes ordinaires, il convient de mettre en contact les deux zones génératrices pour que la reprise ait lieu, dans la greffe des Cactées il suffit de juxtaposer deux parties du tissu cellulaire

Fig. 50. — Greffe de Cactée.

qui entoure le bois pour -que cette reprise soit assurée. Cela tient à ce que ce tissu cellulaire est constamment en voie d'évolution, que les cellules qui les forment sont vivantes, et que par suite elles peuvent au même titre que celles du cambium se multiplier et opérer des soudures de greffes.

Les greffes de Cactées donnent lieu aux combinaisons les plus diverses entre toutes les plantes de cette même famille ; elles ne présentent qu’un simple intérêt de curiosité par les bizarreries auxquelles elles prêtent. JD:

GREFFE DES VIGNES (viticulture). —Le greffage de la Vigne est une opération très anciennement usitée. Caton recommande d'employer, dans ce cas, la greffe en fente, la greffe par approche et un troisième procédé qui consistait à faire pénétrer dans un trou, pratiqué à la vrille sur le tronc ou sur un bras, l’extrémité d’un sarment taillé en pointe. Plus récemment, M. Cazalis-Allut l’a appliquée sur des surfaces considérables dans son domaine des Aresquiers, près de Frontignan (Hérault). Le greffage de la Vigne a pris, enfin, de nos jours, une importance toute nouvelle, comme moyen de donner à nos cépages d'Europe des racines américaines résistantes à l’action du Phylloxera. Cette opération permet du reste d'obtenir des résultats divers et d’une utilité incontestable : on peut par son moyen changer la nature et la production d'un vignoble presque sans perte de temps ; c’est ainsi que sur bien des points on a substitué dans l’Hérault, l’Aramon, qui donne des vins de consommation directe, aux anciens cépages à vins de chaudière, ou que l’on a remplacé en divers lieux des cépages très sensibles au Peronospora, tels que la Carignane ou le Grenache, par d’autres résistant mieux à cette cryptogame. La greffe rend également possible de hâter la mise à fruit des Vignes d’une fructification tardive; M. Cazalis-Allut l’a employée dans ce but pour le muscat de Frontignan, qui ne commence d'ordinaire à donner une récolte complète que vers

GREFFE DES VIGNES

la quinzième année. Elle rétablit promptement la production des souches momentanément stérilisées par le recépage ou affaiblies par l’âge ; elle constitue un moyen commode d'amener à la floraison les jeunes plants de semis. On peut, en l’appliquant à des sarments rares ou précieux, obtenir une multiplication rapide de ces derniers. Enfin, en faisant vivre nos anciens cépages d'Europe, dont la supériorité ne saurait être discutée, sur des pieds américains résistants, elle les soustrait aux attaques mortelles pour eux, du Phylloxera.

Le greffage de la Vigne n’a réussi jusqu'ici que sur les diverses espèces du genre; l’une d’entre elles, le V. rotundifolia, ne reçoit que très difficilement la greffe des autres. Les tentatives faites pour grefter des Vignes sur des Ampelopsis, des Cissus et des Ampelocissus ont complètement échoué.

Il en a été de mème, comme on le comprend, à fortiori pour les essais entrepris en vue de faire vivre cette plante sur des espèces appartenant à d’autres familles (Mûrier, Ronce, Airelle, Clématite, ete.).

La soudure qui établit la continuité entre le porte-greffe (sujet) et le rameau greffé ou grefjon s'effectue par le contact des couches génératrices, dont les tissus en voie d’accroissement sont seuls susceptibles de s’unir et de se modifier, comme il est utile pour cet objet. Les conditions extérieures nécessaires à la réalisation de ce phénomène, sont : 1° une humidité suffisante pour empêcher les tissus coupés de se dessécher avant la soudure et cependant pas assez grande pour risquer d’en entrainer l’altération ; 2° une température assez élevée pour favoriser la formation rapide de nouvelles cellules dans les couches en contact. :

Le greffage qui ne consiste en définitive qu'à procurer à un rameau les racines qui lui sont nécessaires pour continuer son existence, ne modifie en rien ses qualités propres non plus que celles du sujet : la constitution de la fleur, la couleur, la forme, le goût des fruits, les époques de végétation, etc., ne sont pas changés chez la Vigne greffée, non plus que la nature des tissus des racines du sujet, quelles que soient du reste leurs qualités respectives. Le sujet ne peut influer sur la partie extérieure du cep greffé que par la vigueur plus ou moins grande qu'il imprime àsa végétation. L'opération détermine seulement, quel quesoit le porte-greffe, fût-il le pied même où a été pris le greffon, une légère augmentation dans le volume du fruit et dans la quantité de sucre qu'il renferme.

PRATIQUE DU GREFFAGE. — Age auquel les Vignes peuvent être greffées.— Les Vignes peuvent se greffer à tout âge, depuis le moment où elles sont à l’état de simple bouture, jusqu’à celui où, épuisées par de longues années de tailles répétées et rapprochées, on demande pour elles à la greffe une jeunesse et une fertilité nouvelles, en remplaçant sa charpente inférieure, qui n’est plus formée que de cicatrices, par des bois jeunes et sains. Les greffes faites sur bouturés donnent lieu à une proportion de réussite moindre que celles effectuées sur des pieds déjà enracinés, ce qui s’explique facilement par le fait qu’elles ont à subir tout à la fois les chances de ne pas s’enraciner qui menacent toutes les boutures et de ne pas se souder qui sont inhérentes à toutes les greffes. Cependant l'emploi des greffes sur boutures tend à s'étendre de plusen plus à cause de la facilité avec laquelle on obtient, en peu de temps, par leur moyen, des plants soudés et enracinés, avec lesquels il est possible de constituer des plantations régulières.

Lorsque l’on opère sur des sujets déjà enracinés, ce sont les plus jeunes, ceux d’un an, par exemple, qui donnent la plus forte proportion de reprise et les meilleures soudures; certains porte-greffes américains ne peuvent même être greffés que dans les deux premières années de leur plantation. Ce fait s'explique par la jeunesse des tissus

GREFFE DES VIGNES

mis en présence, qui est favorable à la formation prompte et abondante des cellules établissant la continuité entre le sujet et le greffon, et probablement aussi par le faible diamètre du pied qui permet d'y pratiquer la greffe en fente anglaise ou la greffe en fente pleine, systèmes préférables à la plupart des autres usités pour la Vigne.

Choix et conservation des greffons. — Les sarments destinés à servir de greffons doivent être taillés lorsqu'ils sont complètement acûtés et avant qu'aucun commencement de végétation s’y soit manifesté. On doit les prendre sains, bien lignifiés et provenant de ceps qui n’ont souffert d’aucune maladie eryptogamiqueé, notamment de l’anthracnose. La greffe assurant, comme les autres procédés de multiplication par segmentation, la permanence des caractères du pied-mère, et dans une certaine mesure, de ceux du sarment lui-même, il est important, en outre, de choisir les greffons parmi les rameaux les plus fertiles de souches présentant bien les aptitudes spéciales du type que l’on veut multiplier. On a enfin remarqué que l’on obtenait de meilleurs résultats en faisant usage de sarments d’un développement moyen et renfermant peu de moelle. Ces conditions, que l’on rencontre sur des rameaux provenant de souches déjà âgées, sont importantes en ce sens que les bois qui les remplissent, risquent moins de sécher avant la soudure et d’éclater, lorsqu'on enfonce le greffon ; la solidité et par suite la reprise de la greffe sont mieux assurées. Les sarments des jeunes plantiers, plus mous et plus faciles à dessécher, offrent moins de chances de réussite.

Les sarments destinés à faire des greffons devant être recueillis avant toute végétation et ne pouvant être employés généralement que plus tard, doivent être conservés pendant une période quelquefois assez longue. Pour en assurer la conservation, il est nécessaire de les placer dans des conditions telles que leur végétation étant arrêtée, ils ne perdent pas leur vitalité. Le meilleur moyen d’arriver à ce résultat, consiste à les enterrer dans un tas de sable presque sec, établi dans un cellier ou dans un local analogue. Lorsqu'on ne dispose pas d’une installation de ce genre, on peut les placer dans une tranchée de 1 mètre ou 1",50 de profondeur, creusée sous un hangar ou à l'exposition du nord au pied d’un mur élevé ; on les recouvre de sable, puis de terre.

Epoque du greffage. — En principe les greffes une fois faites doivent se souder le plus promptement possible; aussi est-il nécessaire de greffer pendant le cours de la végétation et préfère-t-on généralement le printemps, durant lequel elle a toute son activité, pour effectuer cette opération. On a cependant proposé, à diverses reprises, de greffer en automne, ce qui permettrait d’avoir deux périodes successives de travail pour les ouvriers greffeurs, et par suite d'obtenir dans l’année, avec le même personnel, un nombre plus considérable de greffes. Mais, si les greffes d’automne ont bien réussi dans les années où, grâce à une température favorable, la végétation se prolongeait assez pour que la soudure pût avoir lieu avant l'hiver, elles ont au contraire échoué lorsque des froids un peu hâtifs ou des pluies abondantes sont survenus peu après l'opération. Ce sont en résumé les greffes effectuées au printemps, du milieu de mars à la fin de mai ou même dans la première quinzaine de juin, qui donnent les résultats les mieux assurés et les plus réguliers dans la plupart des circonstances.

Les conditions les plus favorables pour opérer sont un temps couvert et doux, mais non à la pluie, qui préserve les sections de la greffe d’une dessiccation rapide sans menacer d'une humidité excessive qui nuirait à la soudure. Les vents du nord desséchants, ou des pluies abondantes et froides

GREFFE DES VIGNES

qui suivent le greffage constituent des conditions fàcheuses et sont généralement suivis d'échecs assez nombreux.

Systèmes de greffes usités pour la Vigne. — La Vigne peut à la rigueur se greffer par tous les moyens usités pour les plantes arbustives ; cependant un petit nombre de procédés seulement ont donné des résultats véritablement pratiques. Ce sont ces derniers seuls que nous allons étudier.

On doit, en premier lieu, éliminer les greffes herbacées qui se dessèchent le plus souvent après la soudure, puis les greffes effectuées hors de terre qui échouent la plupart du temps pour la même raison; enfin les greffes par approche qui donnent généralement lieu à des pieds peu vigoureux et à des soudures imparfaites.

Les divers procédés de greffage en fente ou analogues sont les seuls usités auiourd’hui. Les plus connus d’entre eux sont : la greffe en fente ordinaire, en fente pleine, à la Pontoise, en fente anglaise, Champin, à cheval et Camuset, à talon, Fermaud.

Greffe en fente ordinaire. — La greffe en fente ordinaire est la plus anciennement employée ; elle a été pendant longtemps à peu près seule appliquée aux Vignes. Pour l’exécuter, après avoir déchaussé la souche jusqu’à la naissance des premières racines, on la rabat à 2 ou 3 millimètres au-dessous du niveau du sol. On rafraichit avec la serpette la position de la section où devra être placé le greffon, on fend ensuite suivant le diamètre de la souche et par un plan passant par

Fig. 51. — Greffe en fente ordinaire : A, section d’une jeune branche; B, section d’une grosse branche.

l'axe, au moyen d’un ciseau approprié ou avec une serpette si le pied n’est pas trop gros. Dans le premier cas, le ciseau est placé un peu en arrière du bord du sujet (fig. 51), et une fois la fente faite, on en élargit légèrement la partie supérieure Jusqu’au point où le ciseau est enfoncé, en enlevant avec la pointe de la serpette deux petites lames de bois d’une épaisseur proportionnée au volume du greffon à insérer. On obtient ainsi une coupe plus régulière et plus nette et l’on évite l’écrasement qui résulte quelquefois de la pression trop considérable exercée par les parois de la fente sur la greffe.

Le greffon est coupé d’une longueur telle qu'il lui reste trois bourgeons et le mérithalle situé au-dessous de l'œil inférieur. Cette dernière partie du sarment est taillée en forme de lame de couteau et de telle sorte que la moelle ne soit mise à nu que d’un côté (fig. 52), ce qui s'obtient en donnant à l’une des coupes une obliquité un peu plus grande qu’à l’autre. On enfonce ensuite

GREFFE DES VIGNES

le greffon dans la fente, en exerçant une pression suffisante pour qu’il soit solidement assujetti et de manière à chercher à assurer le contact entre les couches génératrices des bois en présence, la soudure ne pouvant avoir lieu que dans ces conditions. Le moyen le plus sûr de la réaliser consiste

Page 1