‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 112 sur 477 · PROCESSION · texte numérisé non relu

PROCESSION

PROJECTA

PROCESSION I. Procession de Saint-Marc.

II. Procession du Saint-Sacrement. III. Procession de l'Évangile.

I. Procession de Saint-Marc. — (Voir Dictionn., t. x, col. 1740-1741).

II. Procession du Saint-Sacrement. — Cette institution ne remonte pas à l'antiquité puisqu'elle est postérieure au pontificat d'Urbain IV (1201-1264) qui institua la Fête-Dieu, dont saint Thomas d'Aquin composa l'office entier où il ne fait aucune mention d'une procession qui en eût fait partie. La bulle d'institution Transitwus d'Urbain IV confirmée par Clément V, au concile de Vienne (1311) ne mentionne pas non plus la procession.

Il s'en faut de bien peu de temps toutefois, car la Chronique de Donatus Bossius ' nous apprend qu' « en 1404, on porta pour la première fois solennellement le corps du Christ dans les rues de Pavie, comme il est passé depuis en usage ». Cette innovation se sera répandue au cours des années qui suivirent immédiatement le concile de 1311, car on la trouve mentionnée dans un acte du chapitre de Tournai, en 1323, dans un décret du concile de Sens, en 1320, ainsi conçu : « Quant à la solennelle procession qui se fait le jeudi de la fête en portant le divin Sacrement, comme il semble que ce soit par une sorte d'inspiration divine qu'elle s'est introduite de nos jours, nous ne statuons rien pour le présent, laissant toutes choses à la dévotion du clergé et du peuple 2. » Diestemius Blerus, prieur de Saint- Martin de Liège attribue la confirmation et l'adoption de cette solennité au pape Jean XXII (fl333)3. Nous avons dit qu'en 1404 la procession est mentionnée à Pavie, pour la première fois dans cette ville, rien ne prouve qu'elle ne fut plus anciennement pratiquée ailleurs. En 1429, le pape Martin V, dans sa bulle : Incfjabile sacramentum accorde des indulgences spéciales à l'assistance à la procession, indulgences doublées par Kugène IV en 1433, dans sa bulle : Excellenlissitno.

III. Procession de l'Évangile. — A partir d'une époque déjà ancienne, nous voyons l'usage de transporter processionnellement le livre des Évangiles qui, suivant l'expression d'Origène renferme les prémices de toute l'Écriture sainte 4. Dans les Consuetudines de Saint-Bénigne de Dijon, on lit qu' « après tierce a lieu la procession solennelle par le cloître. D'abord l'eau bénite, ensuite trois croix, puis deux textes des saints évangiles portés par deux sous-diacres revêtus de tuniques, ayant l'un et l'autre de chaque côté deux chandeliers et devant eux deux encensoirs 6 ». Cet usage était pratiqué surtout le dimanche des Hameaux. Dans l'Ordo romanus XII de Mabillon on lit ceci : Prœparatur quoddam portalorium honestissime, in quo intromittitw sanction Evangelium, quod intelligilur Christus, cl statuitur in ecclesia unie aram, unde clerus processwus est. Deinde suscipitur a diaconis pra'dictum portalorium eum Evangelio, bajulantes eum ingenti exsultatione jugum Christi suave et omis ejus levé, prœcedenle nqua bcnedictu eum candelabris atque thijmiateriis eum aliis ornamentis, insuper etiam laicorum schola eum vexillis utque janonibus longe ante prweunte 6.

Vers le milieu du xie siècle, on voit apparaître pour la première fois dans certaines églises particulières l'usage de porter le corps du Sauveur à la procession

1 Chronicon « mundi inltio ad ami. 1492. * Labbe, Concilia, t. xi, col. 1690, 1711. - ' Dans Bzovius, Continuatio Annal. Baronii, ad ann. 1230, n. 9.- -'Comment, in Joh., t. i, prsef. i, .r), /'. Cf., t. \iv, col. 2(1. - ■ Dora Martène, De antiquis monachorum ritibus, I. [V, c. i. édit. Venise, 1783, t. îv, p. 178 ; cf. P. /.., t. c.xxxv, col. 52. - • Mabillon, Muséum italicum, in-l", l'.nisiis, ItiST, t. II, p. 60; /'. /.., i. lxxviii, col. 1071. ' J.-B. Thiers, Traité de l'exposi-

des Rameaux, et encore à celle du matin du jour de la Résurrection. Ces usages précurseurs de la procession de la Fête-Dieu se font surtout remarquer dans les églises de Normandie et en Angleterre, où ils furent introduits par les moines normands après la conquête7. Le bienheureux Lanfranc, archevêque de Cantorbéry au xne siècle, signale cet usage qui s'est conservé à Rouen jusqu'à la Révolution 8.

H. Leclercq.

PROCESSIONNAL. — Du Cange n'en connaissait pas qui fût antérieur au xvne siècle et les bénédictins qui, sous la direction de dom Carpentier, préparèrent la deuxième édition du Glossaire (1734) n'ont rien connu qui permît de relever cette date. X. Barbier est parvenu à remonter jusqu'au xvie siècle avec deux processionnaux d'Angers dont l'un est de la fin du xvie siècle; l'autre, qui a disparu, serait du xve (?). Voici le titre du premier : Incipit Processionarium, secundum usum monaslerii sancti Albini ordinatum, duas continens parles : [prima continet] principales, spéciales, kadragesimales, sancti Marci et Rogalionum [processiones] : secunda pars continet stationes et processio[nes] sanctorum tant in spirituali [speciali, particulari], quam in communi. Ce livre appartenait à l'abbaye de Saint-Aubin 9; il enregistre des rites d'une époque antérieure à sa rédaction ; mais entre la fin du xvie siècle et l'époque où s'arrêtent nos études il n'est pas permis de penser qu'il témoigne pour un si lointain passé.

H. Leclercq.

PROFESSION DE FOI. — Nous avons fait connaître une formule qui se rencontre très souvent sur les monuments chrétiens Eïç 0eôc (voir Dictionn., t. m, fig. 2546; t. iv, col. 2583-2587,' fig. 4027-4028); on a publié depuis un travail sur ce sujet avec un déploiement de textes qui apprend ce que nous avions montré, à savoir qu'il existe plusieurs centaines d'inscriptions, principalement en Egypte et en Syrie, d'après lesquelles on constate que la formule s'offre à nous sous les aspects suivants: 1° eïç C-)s6ç. — 2° eïç Oeôç xocl Xpia-rôç. — 3° eïç ©eôç xai ô Xpicrroç ocùtoû àyiov Ilveûpia 10.

H. Leclercq.

PROFESSIONS. — On ne s'attend pas, espérons-le, à trouver ici un catalogue alphabétique des métiers manuels et des occupations intellectuelles dont les monuments figurés et les textes épigraphiques ou autres rendent témoignage; la plupart — à l'exception de quelques oublis peut-être - - ont été mentionnés dans le cours du Dictionnaire et on les trouvera groupés dans la Table méthodique qui mettra le point final à la publication.

IL Leclercq.

PROJECTA. — I. Une corbeille de mariage ai ive siècle. — Nous avons déjà décrit et figuré cette cassette dont la trouvaille, en 1793, a sauvé de l'oubli les noms d'un jeune ménage chrétien : Projecta et Secundus (voir Dictionn., t. x, col. 1916-1919, lig. 7653-7660), dont ce fut probablement un des plus riches présents reclus à l'occasion de leur mariage. Ce monument d'orfèvrerie est aujourd'hui désigné sous les noms de « cassette de Projecta » et de « trésor de l'Esquilin ». C'est une des pièces les plus intéressantes de la collection d'antiquités chrétiennes conservée au British Muséum; quatre pièces seulement font partie

f îon du S. Sacrement, \. IV, c. xxi. — " Lebrun-Desmarettes, Voyage liturgique en France, i>. 336; cf. Hall, archéol. de laSoc.d'arch.deTarn-et-Garonne,t. xii,p. 139. — * X. Barbier, Processionnal de l'abbaye de Saint-Aubin à Angers, dans Bail. /lis/. <•/ philol. du Comité îles irm: hist., 1885, p. 132-141. l0 E. Paterson, I ■'.•: Weôç. Bpigraphische,

(ormgeschichtliche ami religionsgesckichtlicne l ntersaehimgen, in-8*, Gûttingen, 1926.

PRO.JKCTA — PRONE

de la collection Duthuit, entrée au palais des beauxarts de la ville de Paris. Tout le reste a été dispersé, et au dire de Visconti, l'ensemble pesait 1029 onces d'argent et se composait d'un grand nombre d'objets, qui en faisait la plus riche trouvaille d'argenterie connue alors. Comme nous n'avons pas à revenir sur la description de la cassette, nous ne parlerons ici que de quatre objets provenant de ce même trésor de l'Esquilin et qui font partie de la collection Auguste Duthuit, au palais des beaux-arts de la ville de Paris. Ce sont deux couronnements de lit, pièces en bronze, ajourées et ornées de têtes de mulet, et un buste d'enfant enchâssé dans un couronnement de lit; ces ouvrages du me siècle offrent peu d'intérêt pour nos études. On en trouvera des reproductions dans W. Frcehner, Collection Auguste Duthuit. Bronzes antiques, or et argent, ivoires, verres et sculptures en pierre, in-8°, Paris, 1897, n. 55, 56, 57, pi. li, lu, lui et dans P. Gusman, L'art décoratif de Rome de la fin de la Ré publique au IVe siècle, in-fol., Paris, 1912; Les bronzes, t. n, pi. XIV.

La patère d'argent figure l'intérieur d'une grande coquille. Au centre, Venus est assise, tournée à gauche, les jambes croisées, les bras levés; elle passe autour de ses cheveux une bandelette ponctuée ' (fig. 10568). La déesse est presque nue, son manteau, à bordure brodée, ne couvrant que la jambe droite. Sur sa poitrine se croisent deux rangs de perles, gravées au pointillé et soutenant une amulette. De chaque côté, un petit Amour plane dans l'air; l'un avec une draperie sur le bras gauche, apporte une fleur de lis et un pavot; l'autre tient un miroir, aux bords ponctués, et Vénus tourne la tête vers ce miroir pour s'y regarder. Sur le rebord de la patère on voit 46 pétoncles en relief, montrant alternativement leurs deux faces. Le manche représente Adonis nu, appuyant ses deux mains sur un javelot, un chien de chasse est couché à ses pieds et lève la tête vers son maître.

Cette patère faisait, elle aussi, partie du trésor de l'Esquilin, qui, ainsi que nous l'avons dit (voir t. x, col. 1916), fut acheté par le baron de Schellersheim. Celui-ci revendit son acquisition en 1827 au duc de lilacas; mais peut-être la patère avait-elle dès lors été séparée et cédée à M. Gosselin chez qui on la voyait, à Paris, au mois de janvier 1807.

Il n'est pas superflu de rappeler que toute cette argenterie fut déclarée fausse par Gaetano Marini 2. Le doute de ce savant ne portait que sur la cassette qu'il jugeait inconvenante pour une chrétienne. Quant à la patère, elle n'a rien de chrétien et paraît être un ouvrage du ive siècle. Ce qui en fait surtout l'intérêt à nos yeux, c'est sa décoration païenne et toutes ces nudités qui montrent combien peu les fidèles s'alarmaient en pareille matière.

Bibl. — A la bibliographie donnée au t. x, col. 1918- 1919, ajouter à la suite de E.-Q. Visconti, Lettera... 1793; Opère varie, t. i, p. 232, pi. xvm, n. 22-24; Lettera inlorno ad una antica suppellelile (sic) d'argento, Roma, 1827, p. 21-22, pi. xxm; Séroux d'Agincourt, Histoire de l'art. Sculpture, t. iv H823), p. 37, 39, pi. ix; Catalogue de la vente Gosselin, 1864, p. 117, pi.; Exposition du Trocadéro, n. 1. pi. i; C.-T. Newton, Guide to the Blacas coll. of untiquities at Rritish Muséum, 1867; W. Froehner, Collection Auguste Duthuit. Bronzes antiques, etc., in-8°, Paris, 1897, p. 80-81, pi. cvm; P. Gusman, L'art décoratif de Rome de la fin de la République au IVe siècle, in-fol., Paris, 1912, pi. xxvi ; M. -T. Tozzi, // lesoro di Projecta, dans Rivista di archeol. crisl., 1932, p. 279-313.

1 Diain. : 0 m. 24; long, avec le manche : 0 m. 37; poids : 1 735 gr. — 2 Cf. Kohler, dans Amalthea, t. i, p. 301-302,

PRONE. — I. Étymologie. IL Contenu. III. Caractère. IV. Extension. V. Lieu et moment. VI. Sujet. VIL Bibliographie.

I. Étymologie. — Ce que les Latins appelaient narthex (voir Diitionn., t. xii, à ce mot), les Grecs l'appelaient Tupôvaoç, c'est-à-dire une sorte de vestibule allongé, couvert, adossé à la façade de la basilique et primitivement destiné à recevoir les catéchumènes ou certaines classes de pénitents tenus à distance du sanctuaire pendant la célébration des mystères liturgiques. On sait que cette discipline n'eut qu'un temps et ceux qui se trouvaient ainsi mis à l'écart furent admis dans la nef en avant du sanctuaire appelé naos ; cette partie que nous appelons la nef fut alors désignée sous le nom de pronaos qui lui convenait très bien. On doit noter au passage la survivance du mot grec que

10568. — Patère d'aigent.

D'après W. Froehaer, Collection Auguste Duthuit,

1897, pi. cvm.

personne sans doute, en Occident, ne comprenait plus mais qu'on employait de préférence à pronarlhex que nous necroyons pas avoir rencontré. Pronaos serviteouramment à désigner l'emplacement où s'entassaient les fidèles pendant la messe et où on leur adressait la parole : in pronao denunlialio. Par un phénomène qui n'est pas sans d'autres exemples, la matière de l'enseignement prit le nom du lieu où il se donnait et devint le « prône ».

IL Contenu. — Le prône n'est pas seulement un discours, il a une portée moins ambitieuse, c'est principalement une instruction catéchétique suivie de prières communes et d'avertissements relatifs à la vie paroissiale. Nonobstant sa forme familière et éloignée de l'éloquence, on pourrait dire à cause même de cette forme, le prône nous reporte à la période la plus lointaine des réunions chrétiennes, celle où les apôtres et

des Gesammelle Scliriften, t.

Amalthea, t. n, p. xvi.

v, p. 101-102; et Bot tiger, dans

leurs premiers successeurs distribuaient l'enseignement et traçaient aux fidèles les règles de conduite tout en leur apprenant les formules de prière et d'action de grâces. C'était une sorte d'entretien en forme de monologue qui suivait la lecture des Livres saints et contenait à la fois des explications et des exhortations pieuses. On avait vu Jésus, un jour de sabbat, dans la synagogue de Nazareth ', faire la lecture prophétique, s'asseoir et commenter ce passage, comme on avait vu saint Paul, à Antioche de Pisidie 2, lire à l'assemblée la Loi et les prophètes et adresser ensuite la parole à l'auditoire.

III. Caractère. — Nous avons dit que le prône visait plus a la familière confiance qu'à l'éloquence superbe, et les noms sous lesquels les Pères et les anciens auteurs le désignent s'inspirent de cette simplicité voulue; on l'appelle homélie, allocution, exhortation 3; rien qui évoque l'idée d'art et de magnificence oratoire. Non que, celui-ci soit repoussé ou condamné, mais il appartient à des préoccupations de nature différente et se trouve en quelque sorte à l'apogée de la prédication tandis que le prône s'y trouve être le fondement modeste et efficace. Il est permis de s'étonner et de regretter que, parmi tant de sujets révélateurs de la vie chrétienne primitive, la prédication n'ait pas trouvé son historien érudit. Elle a été le procédé fécond de l'apostolat des apôtres et les monuments de la parole sacrée nous ont été conservés en assez grand nombre. Ce fut par la parole, beaucoup plus que par les écrits que la doctrine chrétienne se répandit dans le inonde et gagna les consciences droites. Pour que cette parole remplît l'œuvre et se maintînt dans sa pureté il fallait la vigilante surveillance de l'Église s'exercant par les évêques successeurs des apôtres. Ces derniers tenaient ce devoir de la prédication comme tellement personnel qu'ils avaient établi sept diacres afin de se réserver plus de temps à consacrer « au ministère de la parole * ». Saint Paul rappelle aux Corinthiens sa mission éminente : « Le Christ, leur dit-il, ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher », et il écrit à Tite : « Dieu a manifesté en nos temps sa parole dans la prédication qui m'a été conflée sur l'ordre de notre Sauveur 6. » Cette estime de la prédication ne se démentira plus désormais et chaque évêque s'en acquitte avec plus ou moins d'efficacité. Dès le milieu du IIe siècle, un texte de saint Justin le Martyr nous apprend qu'après que le lecteur a terminé les lectures qui lui incombent, le président de l'assemblée prend la parole et, dans son allocution, instruit le peuple sur les passages qui ont été lus et l'exhorte à y conformer sa conduite ". La même pratique est indiquée par saint Cyprien '. C'est, on le voit, toujours la même préoccupation, celle d'un commentaire, d'une explication d'ordre pratique sous forme d'entretien. Le siège de l'évêque, la cathedra, se trouvant au fond de l'abside, il est probable qu'il quittait cette place trop lointaine afin de se rapprocher «les fidèles entassés dans la nef, et se tenait à l'entrée du sanctuaire.

IV. Extension. — Avant que la paix de l'an 312 aiL introduit les foules dans l'Église, la prédication s'adresse à un nombre croissant de fidèles rassemblés dans des lieux de plus en plus spacieux, mais dont les dimensions ne s'opposent pas à ce que l'évêque con-

' Luc, iv, 10 sq. J Act., mu, 14 sq. ' s Ambroise, Epist., xxxvn, 1, P. /.., t. xvi, roi. lost; s. Augustin, tract. î.xxxix, fn JoA.,n. 5; S. Grégoire le Grand, llomil., v, In Ezechiel, P. L., t. lxxvi, col. 821. — 'Act., vi, 2-1. « fit., I, 3. — • S. Justin, 1 Apol., c. LXVII. — ' S. Cyprien, Epist., LVI, n. 1. * P. L., t. xxxii, col. 37, 39, 10; S. .Icrôme, Epist., i.ii, 7, P. L., t. xxxm, col. 534; Possidlus, Vita S. Augustini, c. v, P. L., t. xxxm, col. 89; Epist., xxix, 7; ii>i"</., col. 117. — * Sozomène, Hist. eccl., 1. VII, c. xix. — l0S. Augustin, Epist., \i.i. — "Conc. Vasionense, can. 2. — "S. Maxime de Turin, llomil., en, CV, c.xn, CXIli;

serve et exerce seul la charge de la prédication. Des cas se seront présentés d'une vacance du siège ou de la maladie du titulaire et un prêtre aura alors suppléé l'évêque. Il ne faut pas se figurer le prêtre comme un personnage muet, mais à cette époque reculée, il est plutôt catéchiste que prédicateur. Au ive siècle, les conditions ne sont plus les mêmes. La reconnaissance du christianisme par Constantin, la constitution de communautés nombreuses et de paroisses urbaines multipliées impose aux prêtres le devoir de prendre la parole et d'instruire les fidèles. A Hippone et à Antioche, les évêques se départissent peu à peu de la règle ancienne et on les voit faire prêcher devant eux des prêtres qui, à vrai dire, méritent bien pareille confiance et pareil honneur, car ils se nomment saint Augustin et saint Jean Chrysostome. Il n'en est pas moins vrai que l'initiative de Valère d'Hippone déplut à certains 8. Il en est de même d'ailleurs, dès le ive siècle, à Alexandrie 9 et à Carthage l0. En Gaule, le concile de Vaison, tenu en 529, donna aux prêtres l'autorisation de prêcher au peuple u ; au vie siècle cet usage est très répandu en Occident12, quoique l'ancienne discipline se conserve sur certains points. Saint Grégoire Ier rapporte que l'abbé Équitius (+ 540) ayant prêché sans l'autorisation du pape, le clergé romain lui en fit un grief comme d'une violation de la discipline ecclésiastique IS.

Et cependant il faut compter avec l'impossibilité physique; le même saint Grégoire empêché par la maladie, charge un notaire de lire dans l'église l'homélie qu'il a écrite" et, un demi-siècle auparavant, saint Césaire d'Arles réclame le même service de ses prêtres ou de ses diacres 15. Pour ces derniers, le concile de Vaison ne leur accorde d'autre permission que de donner lecture au peuple d'une homélie des Pères si le prêtre ne peut s'en acquitter lui-même.

V. Lieu et moment. — On a dit déjà que la prédication primitivement réservée à l'évêque et adressée de l'endroit où se trouvait sa chaire a dû subir un déplacement lorsque l'édifice prit de vastes proportions. L'évêque se rapprocha de l'auditoire, monta à l'ambon et les prêtres qui le suppléaient l'imitèrent; ce n'est que beaucoup plus tard, vers le xme siècle, qu'on édifia vers le milieu de la nef principale le siège du prédicateur qui a conservé dans notre langue le nom de « chaire », sans en avoir l'apparence.

Le moment choisi pour la prédication fut placé à la suite de la lecture dont elle donnait l'explication. Fréquemment on y fait allusion au texte qui vient d'être lu (voir Dictionn., t. vi, col. 2519-2531), mais très souvent aussi, le prédicateur anticipe sur les rites eucharistiques qui vont suivre et s'efforce d'éclairer les fidèles sur la signification des mystères. Le prône avait sa place généralement à la suite de l'évangile. C'est le moment choisi dans la liturgie de saint Justin " et dans les Constitutions apostoliques ", par Eusèbe de Césaréc " et par saint Jean Chrysostome". S'il n'en est pas question dans les plus anciens Ordines romani. on lit du moins dans l'Orrfo VI que l'évêque doit prêcher aussitôt après l'évangile; c'est le moment aussi que désigne Ilonorius d'Autun ou l'auteur quel qu'il soit désigné sous ce nom20. A partir du ixe siècle, l'usage est général 2I.

s. Césaire d'Arles, Vita, dans Acla sanct., aug. t. vi, p. 67.

— " S. Grégoire, Dialogi, 1. I, c. îv. — " Homil. .VA/ in Evang., P. L., t. lxxi, col. 1169. — " Acla sanct., aug. t. vi, p. 74; Vita, c. v, n. 41. — "S. Justin, / Apol., c. lxv.

— " Constit. aposlol., 1. VIII, c. xu. — u 1'. Probst, Die Liturgie nach der Be&chreibung des Eusebius pon Caesarea, dan- Zeitschrtft fur kathol. Théologie, 1884, p. 687.

" F. Probst, Die antiochenische Messe nach den Schriften des heil.Joann.Chrgs., dans ibid., 1883. p. 258. — " Mabillon, Muséum italieum, t. n, p. 73. — " Gemma animée, l. I. e. xxv, P. L., t. CLX.xii.col. â.">2.

Page 1