‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 148 sur 477 · QUARANTE MARTYRS DE SÉRASTE — QUARRÉ-LES-TOMRES · texte numérisé non relu

QUARANTE MARTYRS DE SÉRASTE — QUARRÉ-LES-TOMRES

Studien zur Geschichte der Théologie und Kirche, herausgegeben von G.-N. Bonwetsch und R. Seeberg, t.i, 1897, p. 75-80.

« Le but du testament, dont H. Leclercq, Les martyrs, t. ii, p. 385-389, a donné une traduction française, est d'empêcher qu'après le supplice les restes des martyrs ne soient dispersés, et de leur assurer une commune sépulture dans un endroit appelé Sapei(ji. (Sareim) non loin de la ville de Zéla, dans le Pont. Lorsqu'on se rappelle ce que sont devenues, en réalité, les relique;, de nos martyrs dont saint Grégoire de Nysse disait déjà : ttjv 8k xoviv èxSîvyjv xai rrjç x<x\j.ivou rà Xetijjava ô xôa[ioç, è\iepiaQy) xal rcàcra y?) axéSov toïç àYiâ<T(j.am toutolç eùXoyEÎToa (P. G., t. xlvi, col. 784), on ne peut se défendre d'une impression de défiance. On se demande si le testament n'est pas une réplique à cette affirmation, et l'on s'étonne de trouver si développée dès cette époque l'ardeur indiscrète des fidèles que suppose l'expression des dernières volontés des martyrs.

« Mais l'ensemble de la pièce offre un tel caractère de sincérité, renferme tant de ces traits « qui ne s'in- « ventent pas » et suppose des situations si concrètes, qu'il n'y a guère moyen de la prendre pour une de ces pièces fabriquées qui encombrent la littérature hagiographique. Le document éclaire d'une lumière nouvelle l'histoire des quarante martyrs, sur laquelle nous ne possédions que des témoignages assez éloignés et des récits peu authentiques. Leurs noms, que nous rapporte l'auteur de la passion, dérivent de cette source. L'époque où le culte des reliques est arrivé à ce point de ferveur est bien celle des dernières persécutions. Dans le passage si touchant relatif à Eunoïcos, qui sera peut-être épargné vu son jeune âge, il faut relever ce trait : ïva èv -rf) y.zyi'kn ttjç àvaaTricascoç Yjixepà r?jç [i.£0'7)u.<ï>v àTroXaûcTE wç vùyr\ qui ne suppose plus une première résurrection comme la prérogative du martyre. Faisons aussi remarquer en passant que, du fait seul qu'Eunoïcos est compté parmi les martyrs dans la passion, il ne suit pas qu'en réalité il ait subi la mort avec les autres. Tout porte à croire que l'auteur n'avait aucun renseignement spécial à son sujet. Son nom, comme tous les autres, est emprunté à la suite des signatures du testament. » (Anal, boll., t. xvn, 1898, p. 467 sq.).

III. Topographie. — Le testament mentionne plusieurs localités. Nous avons nommé déjà le village de Sareim près de la ville de Zéla. Cette ville existe en Arménie, cependant il semble que la Zéla indiquée par les martyrs est plutôt la ville du même nom de la province du Pont, aujourd'hui Zilëh. Saint Grégoire de Nysse dit, en effet, que le lieu où reposaient les quarante martyrs était voisin du bourg d'Ibora (voir Dictionn., t. vu, à ce nom); or celui-ci est à quatre ou cinq heures de marche de Zilëh (Anal, boll., t. xxv, 1906, p. 241). D'autres localités sont nommées : Phidela, Chaduthi, Charisphone, Zimara; cette dernière est la seule qui ait pu être identifiée avec la statio de la route militaire de Satala à Mélitène, dans la Petite- Arménie. « On ne s'étonnera pas, dit M. Fr. Cumont, qu'une partie de ces soldats qui périrent pour la foi à Séhaste ait été originaire de Zimara, à la frontière d'Arménie, une autre des environs de Zéla, dans une tout autre contrée. La légion XII Fulminata à laquelle ils appartenaient était, avec la légion XV Apollinaris, la seule qui défendit l'Asie Mineure, et elle levait certainement ses effectifs dans une grande partie de la péninsule » (Anal, boll., t. xxm, 1904, p. 449).

Saint Éphrem affirme que les martyrs furent exposés sur la glace de l'étang. Saint Basile, Homil., xix, 3, dit qu'ils furent exposés èv \j.i<rr\ tvj 710X21, mais ajoute que la ville était bâtie autour de l'étang, Xûxvr] [i.èv,

Tuspt v^v ï) 7t6X(.ç xocTWXLCTTai. La tradition locale a conservé le souvenir de l'étang des martyrs : « il a disparu, comblé par les alluvions; mais on montre encore au pied de la citadelle une prairie humide qui en occuperait la place. » F. et E. Cumont, Voyage archéologique dans le Pont et la Petite Arménie, 1906, p. 222. On croit même reconnaître les restes des thermes voisins dans une construction carrée en gros moellons, dont la porte est aujourd'hui enfouie dans le sol jusqu'au linteau. P. Allard, Histoire des persécutions, t. v, 1908, p. 325, note 2. (Voir Sébaste.)

IV. L'ivoire de Berlin. — (Voir Dictionn., t. 11, col. 780, n. 10, fig. 1517).

H. Leclercq.

QUARRÉ-LES-TOMBES. — I. La localité.

IL Les sarcophages. III. Description. IV. Date et durée d'emploi. V. Inhumations. VI. La forme semicarénée. VII. Provenance. VIII. L'entrepôt. IX. Les cercueils et la légende. X. Bibliographie.

I. La localité. — Quarré-les-Tombes, dans le bas Morvan, fait partie de l'arrondissement d'Avallon et du département de l'Yonne, dont son territoire forme le point culminant. Le bourg s'étale sur un plateau et s'étage à flanc de coteau autour de l'église qu'environnent, protégés par un mur de soutènement, les sarcophages d'époque mérovingienne qui ont valu au village son surnom. Cette localité a été décrite dans le plus menu détail et nous n'avons pas à en parler ici, mais seulement de ce qui la signale à l'archéologie.

IL Les sarcophages. — En 1724 parurent à peu près simultanément un article de l'abbé Lebeuf, dans le Journal de Verdun et une Dissertation sur les tombeaux de Quarrée, village du duché de Bourgogne..., à Lyon, chez Marcellin-Duplain, 1724, ensuite une Lettre en forme de Dissertation à M. Thomassin, à Dijon, de l'imprimerie Auge, 1725, in-12. Ces deux pièces étaient l'ouvrage de Lazare-André Bocquillot, curé de Chastellux, ensuite chanoine d'Avallon (1649-1728), qui, ayant lu dans une chanson de geste, le Girart de Roussillon, une description poétique des cercueils de Quarré, les visita, les étudia et réfuta l'opinion qu'avait émise à leur sujet l'ingénieur Thomassin. Courtépée, historien de la Bourgogne, nous apprend qu'un certain Moreau de Mautour emprunta le manuscrit de Bocquillot, le copia et « le travestit sous son nom dans les Mémoires de l'académie des inscriptions ».

Voici un résumé des conclusions de Bocquillot. Sur un millier de tombes existant jadis il en a pu compter cinq cents environ en 1674, le reste ayant été débité en pierre à bâtir et réduit en chaux; la provenance était sans exception la carrière de Champ-Rotard, près Coutarnoux. La destination de ces tombes s'expliquait par la nécessité d'enterrer les victimes d'une grande bataille entre chrétiens et Sarrasins. Vainqueurs, les premiers jetèrent les corps des infidèles dans de grandes fosses et déposèrent leurs coreligionnaires dans des cercueils de pierre. L'explication étant enfantine, il reste à trouver une raison de pareille accumulation de tombeaux en un lieu où ne se trouva jamais une agglomération historiquement constatée. L'ingénieur Thomassin proposait une extravagance; des étrangers se faisant enterrer près de Saint-Georges, Bocquillot suppose un vaste entrepôt de cercueils à vendre, et qui d'ailleurs sont presque tous vides.

Entre temps le pillage continue; les 500 cercueils observés en 1674 se trouvent réduits à 226 en 1718; nonobstant leur origine chrétienne car il s'en trouvait six portant une croix, Bocquillot attribuait ces sarcophages au vic siècle.

III. Description. — En 1895, on comptait encore 111 cercueils de pierre autour de l'église paroissiale, tous de forme identique sauf quant à la décoration; on peut leur appliquer l'expression moderne de fabrica-

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