‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 149 sur 477 · QUARRÉ-LES-TOMBES · texte numérisé non relu

QUARRÉ-LES-TOMBES

tion « en série ». Le plus grand nombre des cuves et des couvercles présentent des stries parallèles sur les parois longitudinales et sur quelques parois transversales du côté de la tête. Il n'y a pas lieu d'épiloguer longuement sur la décoration dont on trouvera ici un schéma (fig. 10582) : croix pattée, croix de Malte, chrismes accolés, listels obliques, etc. Les cuves, assez larges aux épaules, vont en se rétrécissant dans la direction des pieds de façon très sensible; l'intérieur est complètement évidé. Plusieurs cercueils sont perforés dans la surface de fond; on y pourrait voir des trous d'écoulement, mais ces perforations n'ont rien de régulier et au lieu d'être intentionnelles elles paraissent s'expli-

10582. — Sarcophages de Quarré-les-Tombes. D'après Guignol , Essai sur Quarré-les-Tombes, 1895, p. (il -66.

quer par la présence de nœuds siliceux dans la masse de ce calcaire qu'ils ont troué en maints endroits.

Tous les couvercles sont évidés à l'intérieur, aucun d'eux n'est de forme plate ou prismatique. Un couvercle posé debout sur le sol présente un aspect analogue à la figure géométrique d'un cône tronqué coupé par moitié dans le sens de la hauteur. On peut dire que ces couvercles sont, suivant l'expression commune, « en dos d'âne », mais avec un méplat assez prononcé sur une largeur moyenne de 0 m. 20.

Parfois la l'ace antérieure offre quelques traces de décoration. Malgré leur parfaite similitude de forme, les sarcophages peuvent différer de façon considérable de poids et de volume. Le plus grand cercueil pèse plus de 800 kilogrammes et le plus petit 400 environ; pareille différence s'explique par les exigences à prévoir de la clientèle.

Voici les dimensions moyennes : longueur : 1 m. 92; largeur aux épaules : 0 m. 66; largeur aux pieds : 0 m. 32; hauteur a la tète : 0 m. 49; hauteur aux pieds : 0 m. 35. Le couvercle correspondant aux mesures de

longueur et de largeur, sa hauteur est généralement de 0 m. 27 à 0 m. 28.

IV. Date et durée d'emploi. — Bocquillot proposait le vie siècle, mais il paraît plus probable que si l'industrie a pris naissance alors, l'usage courant n'est pas antérieur au vnc ou au vme siècle. Quoique le cercueil de pierre fût un luxe que les pauvres ne pouvaient se permettre, il n'en est pas moins certain que nombre de localités témoignent de l'emploi qu'on en faisait, ce qu'attestent les noms de Serquigny, Serques, Cerqueux, Serqueux, Luziaux et Champ-aux-Lusiaux. Ces termes méconnaissables pour la plupart d'entre nous aujourd'hui témoignent de l'emploi ancien des cercueils de pierre entre le vne et le xie-xne siècle environ. Peut-être à Quarré, en raison de l'énorme approvisionnement local, l'usage des cercueils de pierre durat-il jusqu'à une époque plus basse; on utilisa ce qu'on avait sous la main et ce que le changement de mode avait privé d'une bonne part de sa valeur vénale; mais à partir du xvie siècle on les brisa et ils furent dès lors employés comme matériaux dans les voûtes et les arcs-doubleaux du sanctuaire de l'église reconstruite. Jusqu'en 1859 on en fit usage comme cénotaphes et comme pierres protectrices des sépultures.

V. Inhumations. — A Quarré, la profondeur moyenne des inhumations paraît avoir été de 0 m. 60 à 0 m. 80 au plus de terre recouvrant le cercueil; celuici reposait donc à 1 m. 35 environ du sol extérieur. Aucun sarcophage ne contenait de mobilier funéraire, ceux qui ont avancé le contraire ont fait erreur. On ne sait rien de précis touchant l'orientation des tombes; celle adoptée au xvme siècle par le curé Ch. Magdalénat était un rangement arbitraire auquel on renonça en 1747 quand le cimetière de Quarré fut clos de murs.

VI. La forme semi-carénée. — Certains cercueils présentent une forme évasée qui peut suggérer la pensée de la carène d'un navire, disposition qui exigeait l'emploi de plus larges blocs de pierre, réclamait plus de main-d'œuvre et rendait le maniement du monolithe plus difficile. La raison de cet usage parait devoir être cherchée dans la préoccupation de reproduire la nef ou nau des Francs1. « Ce mot nau ou Ravis rappelle la croyance ancienne à un voyage funéraire du cercueil en forme de barque parce qu'il doit voyager pour parvenir dans l'autre monde et atteindre le port situé fort loin dans l'immensité de l'Océan. »

VIL Provenance. — On a dit plus haut que Bocquillot attribuait tous les tombeaux de Quarré aux (arrières de Champ-Rotard et Coutarnoux. L'analyse chimique et l'étude géologique ont permis d'atteindre une précision plus grande et d'indiquer, comme origine possible des cercueils de Quarré, la bande corallienne orientée N.-E. et S.-O. qui traverse tout le département de l'Yonne; ensuite comme points plus rapprochés de Quarré, les villages de Merry-sur-Yonne, de Mailly-la- Ville et Bazarnes, respectivement à 35, 37 et 10 kilomètres de Quarré, à vol d'oiseau.

VIII. L'entrepôt. — La conjecture d'un entrepôt de cercueils, à Quarré, émise par Bocquillot, est aujourd'hui élevée au rang de certitude. Non pas qu'on ait pu relever dans les textes anciens une attestation quelconque, néanmoins on a pu conjecturer avec quelque vraisemblance que cet entrepôt aurait été créé par un monastère, entre plusieurs qui remontent à cette époque suffisamment lointaine pour retenir l'attention, tels que Saint-Symphorien d'Autun, Saint- Germain d'Auxerre, Saint -Andoehe de Saulieu. Flavignv, enfin Saint-Jean de Béomé, aujourd'hui Moutiers-Saint-Jean (Côte-d'Or) fondé vers 510. Entre

' .1.-1). Cochet, Sépultures gauloises,

iu-8", Paris, 1857, p. ni

romaines et franques.

Page 1