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QU A TRE-COURON NÉS

ces différents monastères un choix est fort hasardeux, car tous peuvent se réclamer de leur proximité de terrains aptes à la confection des sarcophages entreposés à Quarré. Entre eux tous, c'est peut-être Saint-Jean de Réomé qui réunit le plus de vraisemblance.

IX. Les cercueils et la légende. — Peut-être vers l'époque où la mode des cercueils de pierre ne trouva plus d'acquéreurs, l'entrepôt abandonné inspira à l'imagination d'un conteur la pensée qui trouva son expression dans la chanson de Girart de Roussillon, vers le xme siècle; mais ici nous sortons de l'archéologie et laissons à d'autres cette étude.

X. Bibliographie. — Bocquillot, Dissertation sur les tombeaux de Quarré, in-4°, Lyon, 1724. — Harold de Fontenay, dans Congrès scientifique de France, Autun, 1876-1878, t. ii, p. 87. — Guignot, Essai sur Quarréles-Tombes. Ses sarcophages mérovingiens et sa station préhistorique, in-12, Tours, 1895; cf. J.-B. Martin, dans L'Université catholique, t. xxi, p. 427-429. — V.-B. Henry, Mémoires historiques sur le canton de Quarréles-Tombes, 2 vol. in-8°, Auxerre, 1877. — J. Lebeuf, voir Dictionn., t. vin, col. 2124, n. 22. — Paret, Sarcophages franco-mérovingiens de Quarré-les-Tombes, dans Bulletin de la Soc. des se. hist. de V Yonne, t. lxxxiv, 1930, p. xxvii-xxviii. — Sur Bocquillot, voir C.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. v, p. 238-240.

QUATRE-COURONNÉS. — I. La passion.

IL Bibliographie.

I. Une passion ancienne, de bonne allure, et suffisante pour affirmer la réalité historique du récit, est rédigée en langue latine et. due à un certain Porphyrius, employé du cadastre, qui signa la pièce probablement au ive siècle. Voici ce qu'il nous apprend : pendant un séjour de Dioclétien en Pannonie, motivé par les grands travaux entrepris sous son règne, on comptait parmi les ouvriers quatre chrétiens d'une très grande habileté; ils avaient nom Simpronianus, Claudius, Castorius et Nicostratus. Sculpteurs de leur état, ils avaient exécuté une statue du Soleil, sigillum solis, que l'empereur fit ériger dans un temple élevé par ses ordres sur une hauteur appelée le mons pinguis. Sa satisfaction l'amena à une autre commande de colonnes et de chapiteaux en porphyre (melallo porphyretico), extrait de la hauteur nommée le mons igneus. Un sculpteur païen, Simplicius, admira le succès de ses confrères qui lui avouèrent le devoir à leurs prières à Jésus-Christ. Cet aveu et leurs encouragements entraînèrent la conversion de Simplicius qu'un évêque d'Anlioche, Cyrille, condamné ail metalla, instruisit dans la foi chrétienne. Sur ces entrefaites, les surveillants des travaux (philosophi ) découvrent la croyance des sculpteurs qu'ils dénoncent à Dioclétien, mais celui-ci répond à cette dénonciation par une nouvelle commande : des victoires, des amours, des conques et une statue d'Esculape. Aucune objection des sculpteurs touchant les victoires, les amours et les conques qui n'ont, à leurs yeux, aucune signification idolàtrique, mais refus formel de sculpter un Esculape qui est exécuté en marbre de Proconèse par un autre artiste. L'affaire est portée devant le tribun Lampadius qui s'ingénie à sauver les chrétiens, supplie, sévit et meurt avant d'avoir pris une décision. Sa femme s'adresse à Dioclétien qui fait enfermer les cinq sculpteurs vivants dans des cercueils de plomb qu'on précipite dans le fleuve, le vi des ides de novembre l. L'évêque Cyrille meurt de douleur, Dioclétien se rend à Sirmium et, après six semaines, un fidèle retire du fleuve les cinq cercueils et les dépose dans sa maison.

A ce récit de bonne qualité historique vient se souder une relation légendaire. Un an plus tard, Dioclétien, de retour à Rome y élève dans les thermes de Trajan un temple à Esculape que décore une statue du

dieu en marbre de Proconèse. Ordre est donné à tous les soldats d'y sacrifier, quatre d'entre eux, des cornicularii nommés Severus, Severianus, Carpophorus et Victorinus refusent et sont mis à mort. L'évêque Miltiade (voir ce nom) et saint Sébastien ensevelissent leurs corps au me mille de la voie Labicane. Toutefois, Miltiade qui ignore le nom de quatre cornicularii et s'aperçoit que leur dies natalis coïncide avec celui des sculpteurs pannoniens décide qu'on célébrera leur fête sous le nom de ces derniers. Ceci n'appartient plus à l'histoire mais à la fantaisie, il ne s'ensuit pas que la relation légendaire amoindrisse l'autorité du récit historique.

On rencontre d'abord une difficulté d'ordre chronologique : faut-il chercher une date à un séjour de Dioclétien en Pannonie? On ne la trouve dans tout son règne qu'antérieure à la persécution, en 294; à cette date il n'y faisait pas de martyrs et, en eût-il fait, il ne s'y trouvait pas un 18 novembre. Autre difficulté : Cyrille d'Antioche était, au dire de la Passion, condamné ad metalla depuis trois ans; or, cette condamnation ne pouvait être antérieure à la persécution de 303, ce qui reporterait le martyre des cinq sculpteurs à 306, mais à cette date Dioclétien avait abdiqué. Simple lapsus de notre Porphyre, auteur de la Passio, a-t-on dit; il a écrit Dioclétien à la place de Galère. On peut proposer autre chose, Dioclétien a abdiqué, il a construit son palais de Spalato (voir Dictionn., t. iv, col. 1003- 1034) qui n'est pas terminé et dont il poursuit la décoration. Ce soin l'a amené de Salone à Sirmium où il fait "un séjour prolongé — la Passio parle de neuf mois — et on doit se souvenir que les relations entre Sirmium et la côte dalmate sont faciles. A Sirmium, le vieil empereur fait travailler car il est encore riche et, à l'occasion, il peut sévir car, malgré son abdication, il reste le senior Auguslus que ses anciens collègues consultent et ménagent. S'il serait par trop odieux de lui imputer dans cette situation une condamnation à mort — affaire d'habitude et quelques vies humaines comptaient pour si peu de chose — il est permis de croire que n'ayant pas oublié la persécution déchaînée par lui et s'estimant bravé par le refus d'obéissance des cinq sculpteurs chrétiens, il aura trouvé bon qu'on leur appliquât la législation en vigueur. Ses anciens collègues loin d'y trouver à redire ne pouvaient que l'en féliciter.

Rien, dans tout cela, n'infirme l'authenticité de la Passio, qui tirerait même une nouvelle valeur de la mention qui y est faite de l'évêque Cyrille d'Antioche, personnage trop insignifiant pour qu'un hagiographe se soit avisé de l'y introduire et de. l'y faire jouer un rôle; on y verrait plutôt une confirmation de cette authenticité. La distinction introduite par les sculpteurs entre les statues idolâtriques et les décorations ornementales répond à ce que nous savons des idées en cours vers le commencement du ive siècle. Au point de vue documentaire et littéraire, l'auteur du récit, Porphyre, se tient à égale distance du procès-verbal et du roman; il compose une narration telle qu'un homme d'une culture moyenne peut la présenter à ses contemporains et à peu de distance de l'événement, sans artifice comme sans recherche. On a fait observer qu'il cite un passage de saint Matthieu 2 dans une version latine antérieure à la Vulgate, laquelle était admise partout à la fin du ive siècle; en outre, Porphyre emploie une expression en usage parmi les travailleurs de l'île de Brazza et probablement à Sirmium même 3.

Si on interroge la Passio on s'aperçoit que la topographie y est un peu vague et cependant la localisation de l'incident dans les collines de la Fruska-Gora

1 18 novembre, t. m, n. 10107.

* Matth., x, 39.

Corp. inscr. lat.,

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