QUATRE-COURONNÉS
QUATRE-TEMPS
Le titulus .Emilianœ prit dans la suite le nom de litulus sanctorum IV coronatorum, et le pape Léon IV (847-855) fit rebâtir l'église1 où il déposa de nombreuses reliques parmi lesquelles les SS. martyrum IIII coronatorum... corpora, cum Claudio, Nicoslrato, Simphroniano alque Caslorio et Simplicio, necnon Severo, Seueriano, Carpophoro et Victorino, IIII fralribus2... On voit la distinction entre les cinq Pannoniens et les quatuor-coronati, ensuite le groupe des quatre fratres qui leur sont étrangers. A partir de cette époque l'histoire de la basilique du Celius ne nous appartient plus, nous dirons seulement que, lors d'une restauration récente, on a découvert, sur les murs d'une salle, des traces de peintures, cachées dans une couche de badigeon. En la faisant disparaître, on a reconnu les fragments d'un calendrier liturgique du xme siècle3.
IL Bibliographie. — La première édition fut donnée par Mombritius, cf. Bibliolheca hagiographica latina, n. 1837. — \V. Wattenbach, Ueber die Légende von den heiligen vier Gekrônten, dans Sitzungsberichte der phil.-hist. Classe der k. preuss. Akad. der Wissenschaften, t. x, 1853, p. 118-126. — Budinger, Untersuchungen zur rômischen Kaisergeschichte, t. m, 1870, p. 324-338. — W. Wattenbach, dans Sitzungsberichte der k. preuss. Akad. der Wissenschalten, t. u, 1896, p. 1281-1302. — Th. -G. von Karajan, dans Sitzungsberichte der phil.-hist. Classe der k. Akademie der Wissenschajten, t. x, p. 127-137. — Th. Keim, Eine christliche Quelle tiber die erste Regierungszeit Diocletians, dans Deutsche Vierteljahrschrift fur englishtheologische Forschung, t. il, 1863, p. 3-11. — O. Hunziger, dans M. Buedinger, Untersuchungen zur rômischen Kaisergeschichte, in-8°, Leipzig, t. n, 1868, p. 262-265; t. m, p. 357-379. — O. Benndorf, dans ibid., t. m, p. 339- 356. — M. Buedinger, dans ibid., t. m, p. 357-379. — A. Duncker, Zur Chronologie der Passio sanctorum IV Coronatorum, dans Rheinisches Muséum, neue Folge, t. xxxi, 1876, p. 440-445. — J.-B. De Bossi, dans Bullettino di archeol. crist., 1879, p. 45-95. — M. Petschenig, Zur Kritik und Wùrdigung der Passio sanctorum Quatluor Coronatorum, dans Sitzungsberichte der phil.-hist. Cl. der k. Akad. der Wissenschaften, t. xcvn, 1880, p. 761-779. — C. Erbes, Die Geschichte der SS. Quatuor Coronati, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. v, 1882, p. 466-487. — Edm. Meyer, Forschungen zur deutschen Geschichte, t. xvm, 1878, p. 577-603; Ueber die Passio sanctorum Quatuor Coronatorum, dans Wissenschaflliche Beilage zum Program des Kônigl. Luisen Gymnasiums, Berlin, 1886. • — P. Karlie, Passio sanctorum Quatuor Coronatorum, III Programm c. k. Velike Dizavne gimnazije u Zadru, 1903-1904, Zadar, 1904, p. 1-22. — F. Bulic, Proviene qualche cosa nel palazzo di Diocleziano a Spalato, per es, qualche colonna, qualche pezzo architeltonico od ornamentale, qualche statua dalle lapidicine di Sirmium (Fruska Gora nella Slavonia)? dans Bull, di archeol. e stor. daim., t. xxxi, 1908, p. 111-127; cf. Anal, boll, t. xxix, 1910, p. 205-206. — H. Delehaye, De sanctis quattuor coronatis, dans Acta sanct., nov. t. III, p. 748- 784; L. Duchesne, Le culte romain des Quatre-Couronnés, dans Mél. d' archeol. et d'hist., t. xxxi, 191 1, p. 231- 246. — P. Franchi de Cavalieri, / santi Quattro, dans Sludi e testi, t. xxiv, 1912, p. 57-66. — H. Delehaye, Le culte des Quatre-Couronnés à Rome, dans Analecta bollandiana, t. xxxn, 1913, p. 64-71. — J. Zeiller,
1 A. Mufioz, La cripta e la tribima délia chiesa dei SS. IIII Coronati, dans Studi romani, t. i, 1913, p. 197-206, pi. xix, xxi; cf. p. 278-279. — ■ * Liber pontiflcalis, édit. Duchesne, t. il, p. 115. — * Munoz, R restauro délia chiesa e del chiostro dei SS. Quattro Coronati, 1914; Th. Klauser, Ein Kirchenkalendar ans der rômischen Titelkirche der heiligen Vier Gekrônten, dans Scientia sacra, in-8°, Kôln, 1935, p. 11-40. — 'G. Morin, L'origine des quatre-temps, dans Revue béné-
Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'empire romain, in-8°, Paris, 1918, p. 88-104. — N. Vulic, Les martyrs de Fruska Gora (en serbe), dans Glasnik Hist. Ges. Novi Sad, 1931, p. 359-373; Le même, Quelques observations sur la « Passio sanctorum quattuor coronatorum », dans Rivista di arch. crist. , 1934, p. 156-159.
Voir Dictionn., t. iv, col. 181, n. 29, avec le fragment philocalien retrouvé, dans Studi romani, t. i, 1913, p. 65, flg.
H. Leclercq.
QUATRE-TEMPS. — I. Origine. IL Expansion.
I. Origine. — L'institution des quatre-temps a été indûment vieillie. Bellarmin, Bomsée Hase et, en 1903, I. Alberti la font remonter à l'époque apostolique; cette opinion n'est pas soutenable, pas plus que celle avancée par Schûsler (1822), Hildebrand (1735) et les liturgistes du Moyen Age qui prétendaient rattacher cette pratique liturgique à des usages juifs. Une autre opinion fut mise en avant qui regarde les quatretemps comme un succédané chrétien des feriez messis, vindemiales et sementinse des Bomains *. Cette hypothèse rencontra beaucoup de faveur. La transformation d'une fête païenne en fête chrétienne parut séduisante. Il y avait à l'origine probablement seulement trois fériés; celle de carême, déjà instituée sous Léon Ier paraît postérieure, car la lre édition du Liber pontiflcalis ne parle que de trois jeûnes ; néanmoins P. Lejay croyait pouvoir confirmer l'existence primitive des trois-temps par une particularité de la traduction latine qu'a faite Denys le Petit des Canons apostoliques. Au canon 4, on lit : Offerri non liceat aliquid ad altare praiter novas spicas et uvas et oleum ad luminaria et thymiama (id est incensum) tempore quo sanctœ celebratur oblalio 5. Or, le texte grec ignore les épis et les raisins et ne parle de l'huile comme de l'encens, que pour l'usage de l'autel : TCpoCTàyeoGai. ti srepov eîç tô 0uaiacrT7]p(.ov Yj ëXaiov eîç tt)v Xo^vlocv vcal 6ufiia(jLa... Denys s'inspire sans doute de sources canoniques romaines dans sa retouche. Il n'y avait pas alors de férié correspondant aux quatre-temps de carême ".
Or, les païens connaissaient aussi trois fériés concepiivœ, c'est-à-dire annoncées chaque année par les prêtres et non placées à date fixe. Dans l'usage chrétien, leur place était flottante aussi et nous avons encore des formules d'indiction par lesquelles on les annonçait '. De part et d'autre, les fériés des semailles étaient les plus importantes; pendant longtemps, à Borne, on n'a fait d'ordination que mense decembri 8. Le thème développé par Ovide (vs. 597-604) sur la paix favorable à Cérès, se retrouve dans le passage d'Isaïe qu'on lit encore à la messe du mercredi. Mais le thème de la semence est transformé d'une façon grandiose dans le Rorate cœli et dans les préfaces de sacramentaires *. C'est le germe divin qui va bientôt entr'ouvrir la terre du sein virginal et donner aux élus un pain d'éternité. Sauf dans ces fériés de décembre, où tout converge vers la venue du Sauveur, la liturgie des quatre-temps contient des lectures relatives à l'expulsion des démons. Dom Morin, se fondant sur un texte de saint Léon 10, y voit une protestation contre le culte des démons, contre les pratiques païennes de ces temps de l'année. Il est possible que les chefs de l'Église romaine aient eu cette pensée et dom Morin
dictine, t. xiv, 1897, p. 337-346. — ' Édit. Turner, p. 9-10. — 8 P. Lejay, Ancienne philologie chrétienne, dans Revue d'histoire et de littér. religieuses, t. vu, 1902, p. 361-362. — ' Sacram. gelasianum, édit. Wilson, I, lxxxvii, p. 124. — - • Sur les sementinœ, cf. Ovide, Fasti, i, 557; Varron, VI, xxvi ; Festus, Pauli, p. 500. — ' Gelasianum, édit. Wilson, p. 220; Leonianum, édit. Feltoe, p. 117. — " Serm., vm, Revue bénéd., 1897, p. 345.
QUATRE-TEMPS
aurait pu citer un parallèle moderne parfaitement exact, l'institution des quarante-heures au temps de carnaval. Mais on se rappellera que saint Ambroise passe le temps de l'ofTice de vigiles à imposer les mains aux possédés; lors de la translation des saints Gervais et Protais, il écrit : Ibi vigiliae lola nocte, manus impositio '. Les veilles de solennité sont aussi des temps de pénitence. Peut-être la pratique des exorcismes avaient-elle lieu surtout à ces époques dont les quatre-temps faisaient partie 2.
Quoi qu'il en soit de cette confirmation, l'hypothèse d'une origine païenne est aujourd'hui assez négligée; elle avait d'ailleurs fait bon service depuis que l'avaient proposée S.-J. Baumgarten (1768), G.-W. Fink (1845) et Hergier (1840).
Une opinion différente a prévalu de nos jours. Un examen attentif du texte du Liber pontificalis 3, à la notice du pape Calliste, nous apprend que les quatretemps ont été établis par ce pape. Hic constitua jejunium die sabbati ter in anno fleri, frumenti, vini et otei, secundum propheliam. Après prophetiam la lre édition ajoute quarti mensis, septimi et decimi. « C'est, comme l'écrivait Duchesne dans son commentaire, le jeûne que nous appelons des quatre-temps, ou quatre-saisons, en joignant celui du commencement du carême aux trois qui sont mentionnés ici. Le pape Gélase 4 énumère les mêmes jeûnes à propos des ordinations, en se servant des mêmes formules que le Liber : quarti mensis jejunio, septimi et decimi, seu eliam quadragesimalis inilii. Ces formules se trouvent dans tous les livres de la liturgie romaine et dans les homélies de saint Léon, le plus ancien document de cette institution. Les homélies et les prières liturgiques la mettent, comme le Liber pontificalis, en rapport avec les récoltes du blé, du raisin et des olives. On n'en trouve aucune trace en Orient; même en Occident, les pays de rite gallican ne l'observèrent que plus tard. La prophétie à laquelle on rattache ici ce jeûne est celle de Zacharie, vm, 19 : Hœc dicil Dominus exerciluum : jejunium quarti et jejunium quinli et jejunium septimi et jejunium decimi erit domni Juda in gaudium et lœtitiam. On peut se demander pourquoi l'auteur du Liber désigne le jeûne des quatre-temps par l'expression jejunium sabbati, alors que cette observance s'est toujours étendue à trois jours de la semaine : le mercredi, le vendredi et le samedi. Peut-être a-t-il cru que le jeûne du samedi n'avait été observé d'abord que trois fois l'an, avant de l'être toutes les semaines; dans la notice du pape Innocent il attribue à ce pape l'institution du jeûne du samedi, sans distinction de semaines : les deux décrets seraient ainsi corrélatifs. Cette explication semble un peu raffinée, voici celle qu'on préfère. Dans l'ensemble des cérémonies des semaines de quatre-temps, celles du samedi avaient une solennité toute spéciale : c'est alors qu'avait lieu l'ordination : la stalio était invariablement à Saint- Pierre, où l'on célébrait une longue vigile, analogue à celle de Pâques; douze leçons de l'Écriture y étaient récitées, ce qui a fait donner à ces samedis le nom de sabbata in XII lectionibus. Dans les formules d'indiction de ces jeûnes, le samedi est nettement détaché des deux autres jours : Quarto igitur et sexla jeria jejunemus; sabbato autan apud beatum Petrum apostolum pariter vigilemus 5. »
II. Expansion. — La première mention du nom de quatre-temps se rencontre chez saint Philastre, évêque de Brescia (t 397). Célébrés d'abord trois fois par an.
1 Epist., xxh, 2, Ad Marcellinam, P. I-, t. xvi, col. 1020. — » P. Lejay, op. cit., t. vu, 1902, p. 362. — ■ Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i,p. 141. — l Epistolaadepiscopos Lucanise, n. xi. -- ' S. Léon, llomit., i.xxvni, i.xxx, i. \xxvi, Lxxxvin, lxxxix; Muratori, Liturg. rom. vet..
après la Pentecôte, en automne et en décembre, ils le furent plus tard, probablement déjà à l'époque de saint Léon Ier, également pendant le carême, ce qui leur valut l'appellation définitive de quatre-temps. Ce sont avant tout des jours de jeûne solennels qui, au début, se seraient maintenus à côté du jeûne hebdomadaire des jours de « station ». A partir du pontificat de saint Gélase, les quatre-temps constituent l'époque normale des ordinations. C'est probablement à cette circonstance qu'ils doivent leur maintien et leur diffusion.
L. Duchesne a cru voir dans les quatre-temps un vestige de l'ancienne semaine liturgique de Rome, dont on conservait le rite, au moins une fois par saison, ce qui se faisait primitivement chaque semaine de l'année. Cette hypothèse est difficile à accorder avec ce que nous apprend saint Augustin qu'à la fin du ive siècle les chrétiens de Rome pratiquaient encore les jeûnes des mercredis, vendredis et samedis ". Vingt ans plus tard, en 416, le pape Innocent Ier écrit à Decentius, évêque de Gubbio, pour lui rappeler l'obligation d'observer le jeûne du samedi pendant toute l'année et non pas seulement le samedi saint '. Ce qui porte à croire que les quatre-temps étaient très antérieurs à l'époque où la semaine liturgique romaine fut délaissée.
Institution propre à l'Église de Rome, les quatretemps y prirent une grande importance dès la première moitié du ve siècle, mais hors de Rome ils ne s'imposèrent que lentement. A Capoue au vie siècle, à Naples au vne et nulle part ailleurs en Italie on ne se conforme à l'usage romain 8. « Les missionnaires envoyés par le pape Grégoire Ier durent vraisemblablement l'introduire en Angleterre, de même que les moines anglosaxons en Germanie dans le cours du vme siècle. Mais pour voir cette institution acceptée généralement tant en deçà qu'au delà des Alpes, il faut attendre la pression romanisante de l'époque carolingienne *. • L'auteur d'un opuscule de ce temps10 est assez indécis en ce qui concerne la raison d'être des quatre-temps; il suggère qu'ils ont pu être institués en vue de grouper une assemblée plus considérable de fidèles à l'occasion du carême, afin de s'exhorter mutuellement à bien observer ce saint temps et à se mieux purifier en vue de la solennité pascale.
Même à Rome l'institution subit longtemps un flottement. Le Liber pontificalis u mentionne une ordination célébrée le 27 juin 683, qui est le troisième samedi après la Pentecôte, ce qui ne conviendrait pas au samedi des quatre-temps, si l'usage actuel d'après lequel les quatre-temps tombent toujours dans la première semaine après la Pentecôte avait existé. Mais c'est qu'il y avait alors et il y eut encore longtemps après cette date une certaine indétermination sur la semaine précise des quatre-temps.
Ce fut plus marqué encore ailleurs, lui Espagne, les quatre-temps ne furent introduits qu'à partir du xie siècle, date de l'adoption de la liturgie romaine, sous Grégoire VII. Sous ce même pontife nous devons relever le fait suivant. X.'Urdo romanus IX contemporain du pape Constantin 1" (708-715) reçut une nouvelle rédaction sous Etienne III et reçut une addition (probablement germanique) au sujet des quatre-temps : addition qui ne dut pas plaire à tout le monde car au concile de Seligenstadt, en 1022, les évêques de la province ecclésiastique de Mayence publièrent un Ordo des quatre-temps opposé à l'Orrfo romain, celui dont VOrdo romanus IX nous a conservé des passages.
t.i, p. «102; !.. Duchesne, op. cit.. t. I,p. t 11. note 4. — «S. Augustin, Epist., wwi. s, écrite en 396-397. — ' Epist., xxv, 7, /'. /.., t. xx, col. .">.").">. ' Morin, dans Revue binéd., î.s'.iT, p. 339. - • Id., ibid., p. 339. — "Id., ibid.. i. xx\, 1913, p. 231-234. a Liber pontificalis, t. I, p. 360.
QUATRE-TEMPS
Lors du synode romain, carême de 1078, le pape Grégoire VII blâma cette conduite, la traita de nova consuetudo, nulla fulta auctoritate, et décida qu'on se rapprocherait de la pratique romaine. Il établit une fois pour toutes que la première semaine de carême et la lre semaine après la Pentecôte seraient celles des quatre-temps1. Il y eut des résistances, notamment à Milan où l'institution ne fut introduite que par saint Charles Borromée 2.
En ce qui concerne la liturgie des quatre-temps, en particulier celle du samedi, son oflice compte parmi les plus vénérables de la liturgie romaine et rappelle les antiques vigiles célébrées pendant la nuit du samedi et se terminant par la messe du dimanche matin. Les messes des quatre-temps sont, avec celles des fêtes de Pâques et de la Pentecôte, parmi les plus anciennes et les mieux conservées du missel romain. Cependant elles ne se rattachent pas à l'ancienne liturgie romaine, mais représentent avec la messe de requiem les plus anciens offices de la férié 3.
Voir E. Molien, Quatre-Temps, dans Dictiunn. de théologie catholique, t. xm, col. 1447-1455.
H. Leclebcq.
QUEDLINBURG.— I. Le trésor. IL Le manuscrit.
I. Le trésor. — Quedlinburg-am-Harz fut l'emplacement d'une forteresse qui, à partir du IXe siècle, appartint à la famille des ducs de Saxe. Au xe siècle, Henri l'Oiseleur y fonda un monastère de femmes réservé aux grandes familles de l'empire, mais son projet ne fut réalisé que par son fils Othon Ier le Grand, le 13 septembre 930. Des domaines immenses, des privilèges exceptionnels et des richesses à proportion expliquent la formation d'un trésor qui ne tarda pas à devenir un des plus riches de l'Allemagne que les révolutions et les spoliations n'ont pas trop appauvri et qui présente aujourd'hui encore un ensemble d'orfèvrerie médiévale d'une importance considérable, dont l'histoire critique n'a été qu'esquissée. Voici la liste des principaux travaux relatifs à l'abbaye et à son trésor :
A. Udalric ab Erath, Codex diplomaticus Quedlinburgensis, in-fol., Francofurti-ad-Mœnum, 1764. — J.-A. Wallmann, Von den Altertumern der Stiftskirche zu Quedlinburg, 1776. — Fritsch, Geschichte des vormaligen Reichsstifts und der Stadt Quedlinburg, in-8°, Quedlinburg, 1828. — Ranke et Kugler, Beschreibung und Geschichte der Schlosskirche zu Quedlinburg und der in ihr vorhandenen Altertùmer, in-8°, Berlin, 1838. — F. -F. Riecke, Altertùmer und Sehensiviirdigkeiten des Stifts Quedlinburg, 1852. — Kugler, Kleine Schriflen, Stuttgart, t. i, 1853. — Steuerwald und Virgin, Die mittelalterlichen Kunstschâtze im Zittergewôlbe der Schlosskirche zu Quedlinburg, in-8°, Quedlinburg, 1855 (album de lithographies sans texte). — Fr. Bock, Kunstschâtze des Miltelalters in der Schlosskirche zu Quedlinburg, dans Wiener Zeitung, 1860. — Von Miilverstedt, Ueber den Kirchenschalz des Stiftes Quedlinburg, dans Zeilschrijldes Harzvereins, 1874. — W. Hase und F. von Quast, Die Grôber in der Schlosskirche zu Quedlinburg, in-4°, Quedlinburg, 1877. — H. Heydemann, Aus dem Pavillon fur kunstgewerbliche Altertùmer auf der Ausstellung zu Halle, dans Zeitschrift fiir bildende Kunst, t. xvn, 1882. — Quedlinburg und seine Allerthùmer, 4e édit., Quedlinburg, 1890. — Fùhrer durch Quedlinburg und Ungegend, in-12, Quedlinburg, 1897. — J.-J. Marquet de Vasselot, Le trésor de l'abbaye de Quedlinburg, dans Gazette des beaux-arts, 3e période, t. xx, 1898, p. 305-
1 Lowenfekl, dans Xeues Archiv, t. xiv, p. 620-622. — 2 Muratori, Antii/. liai. M éd. Moi, in-fol., Mediolani, 1741, t. iv, col. 852-854. — 3 L. Fischer, Die kirchlichen Quutem-
320; le même, Un coffret-reliquaire du trésor de Quedlinbourg, dans Monum. et mém. (Piot), t. vi, p. 175- 190, pi. xvi-xvn.
Tout ce trésor se composant d'objets du Moyen Age, nous n'avons à signaler qu'un vase en albâtre ou en travertin qui pourrait être d'époque romaine et qu'on donne pour l'une des hydrise scx de Cana (voir Dictionn., t. vm, 711).
IL Le manuscrit. -- La bibliothèque de Berlin possède quatre feuillets d'un manuscrit de l'Ancien Testament dans la version Itala, qui ont appartenu jadis à Quedlinburg et qui continuent à être désignés sous ce nom; ces feuillets nous offrent les plus anciennes miniatures chrétiennes actuellement connues, puisqu'elles nous reportent au ive siècle. On peut consulter à ce sujet : Adalbert Dûning, Ein neues Fragment des Quedlinburger Itala Codex, dans Qucdlinburger Gym-
10583. — Miniature du manuscrit de Quedlinburg.
D'après O. Wulff, Altchristliche und byzanlinische Kunst,
t. i, 1022, pi. xvu, n. 2.
nasialprogramm, 1888; Miilverstedt, Ueber den Kirchenschalz des Stiftes Quedlinburg. III. Das Itala- Fragment, dans Zeitschrift des Harzvereins, 1874, p. 251-263; W. Schum, Die Quedlinburger Fragmente einer illuslricrlen Itala, dans Theologischc Studien und Kritiken, 1876, p. 121-134; W. Ludtke, Untersuchungen zu den Alinialuren der Wiener Genesis, in-8°, Greifswald, 1897, p. 39; enfin et surtout V. Schultze, Die Quedlinburger Itala- Miniaturen der kôniglichen Bibliothek in Berlin. — Fragmente der àlleslen christlichen Buchmalerei, in-4°, Mûnchen, 1898, qui a publié les miniatures et donné la reproduction d'un feuillet d'écriture.
Les feuillets mesurent 0 m. 26x0 m. 30; le texte est écrit sur deux colonnes de 26 lignes chacune et sur un feuillet de 22 lignes; la largeur des colonnes est de 0 m. 10.
1er feuillet. I Reg., ix, 1-8, on y raconte comment Cis envoya son fils Saiil à la recherche de ses ânesses perdues, et la scène figure quatre personnages accompagnés de légendes. Celle que nous donnons (fig. 10583) ici montre Saûl et un serviteur près du tombeau de Rachel, tandis que deux hommes lui annoncent que les ânesses sont retrouvées.
Sur le monument on lit: MON VME NT VM || RACHEL; sur la tête de Saûl : SAVL, au-dessus des deux hommes :
ber. Ihre Enlstehung, Entwicklung und Beduntung, in-8°, Munchen, 1914. C. Callewaert, La semaine mediana et les quatre-temps, dans Rev. bénéd., t. xxxvi, 1924, p. 200-228.
QUEDLINBURG — QUENTIN (SAINT)
DVO VIRI NVNTIANTES || SAVL QVIA INVENTAE SVNT ASINAE. C'est l'interprétation de I Reg., x, 2 : Lorsque vous m'aurez quitté aujourd'hui, dit Samuel à Saùl, vous trouverez deux hommes près du tombeau de Rachel, sur la frontière de Benjamin, vers le Midi, et ils vous diront : « Les ânesses que vous étiez allé chercher sont retrouvées. »
La miniature au-dessous interprète I Reg., x, 3; on. y lit : SAVL et VIRI TRES : Lorsque vous serez
M sorti de là et qu'ayant passé outre vous serez arrivé au chêne de Thabor, vous serez rencontré par trois hommes qui iront adorer Dieu à Béthel; l'un portera trois chevreaux, l'autre trois tourtes de pain, et l'autre une bouteille de vin.
10584. — Ivoire de provenance inconnue.
D'après Wl. de Gruneisen, Sainte-Marie-Antique, 1911,
p. 324, fig. 265.
Les autres miniatures se succèdent. Nous avons le regret de ne pouvoir en donner ici la description et la reproduction '.
H. Leclercq.
QUENOUILLE. — Certains récits apocryphes ont entouré le mystère de l'Annonciation de détails imaginaires; c'est ainsi qu'ils ont représenté la Vierge occupée à filer ou à préparer des tissus précieux pour l'usage du Temple au moment où l'ange Gabriel lui adressa la salutation. Les monuments véritablement anciens qui se sont inspirés de cette particularité sont rares; nous croyons cependant qu'on peut y rattacher une plaque d'ivoire d'époque byzantine sur laquelle on voit la vierge Marie assise sur un trône sans dossier, nimbée tenant de la main droite un sceptre terminé par une croix, et de la main gauche une quenouille (fig. 10584); elle est placée sous un portique
1 O. WuKT, Altchristliche urul byzantintsche Kunsl, in-8°, Berlin, 1922, t. i, p. 282-283, pi. xvn. — » Wl. de Gruneisen, Sainte-Marie-Antique, 1911, p. 324, fig. 265. — ' Guetteur de Saint-Quentin, 13 juillet 1900; Revue archéo-
supporté par deux colonnettes en forme de palmiers: au sommet, dans les angles, deux paons. Cet ivoire a été publié sans en faire connaître la provenance 2. Mentionnons également une pyxide (voir ce mot, n° 3 de notre essai de classement) où la Vierge est représentée avec sa quenouille.
H. Leclercq.
QUENTIN (Saint). — I. Augusta Veromanduorum. IL Civitas Veromanduorum. III. Saint Quentin, apôtre et martyr. IV. Le tombeau de saint Quentin. V. Liste épiscopale. VI. Cimetière gallo-romain. VIL Épigraphie.
/. augusta VEROMAKDUORUM. — En l'année 1900, le conseil de fabrique de la basilique de Saint-Quentin fit encastrer en bonne place dans l'édifice une inscription gallo-romaine d'un très grand intérêt pour l'histoire locale. Ce fragment avait été découvert en juillet 1870 dans le sous-sol du chœur, entre la crypte du xme siècle et le grand transept. Le texte a été complété par A. Héron de Villefosse, admis par Otto Hirschfeld, commenté par Emm. Lemaire3. Voici ce texte :
nVM-AVG-D e o vol KANO-CIVIT-Vlroma/id C-SVICCIVS- Lktinus SAC-ROM-ET-AVg'-p-p- PRAEF-L-VIII-CVrafor CIVITATIS-SVEss. in QVISITOR-GA//. le GATVS...
Numini Augusti, deo Volkano civitatis Viromanduorum, Caius Suiccius Latinus, sacerdos Romœ et Augusti, primuspilus, prœfectus legionis octavse, curator civitatis Suessionum, inquisitor Galliarum, legatus...
« Au dieu Auguste et au dieu Volkanus, de la cité des Veromandues, Caius Suiccius Latinus, prêtre de Rome et d'Auguste, centurion (ou primipile), commandant de la huitième légion, curateur de la cité des Suessions (le Soissonnais), contrôleur général de l'impôt des Gaules, légat... »
D'après la paléographie, ce texte est de la seconde moitié du ne siècle ou le début du me.
Ce texte révèle la présence, vers l'endroit où il a été trouvé, d'un temple de Rome et d'Auguste, auquel avait été associé, semble-t-il, le dieu gaulois Volkanus, que nous avons vu figuré sur l'autel des Nautes parisiens (voir Dictionn., t. xm, col. 1774-1778). La découverte à Saint-Quentin d'une inscription votive en l'honneur du dieu Auguste, est une preuve nouvelle de l'identité de la ville avec Augusta Veromanduorum, que certains plaçaient au village de Vermand.
Vermand paraît avoir été un oppidum, forteresse ou place de refuge au temps de l'indépendance de la Gaule. Ses murs en terre sont gaulois et non romains. Il devint au ive siècle, la civitas Veromanduorum (d'où son nom moderne de Vermand) après qu' Augusta, c'est-à-dire Saint-Quentin, eut été ruinée, dans la seconde moitié du n ie siècle, probablement par quelque invasion des Germains. Comme on ne saurait admettre que l'inscription découverte en 1870, ait été apportée, à une époque quelconque, de Vermand à Saint-Quentin, il faut conclure que le temple d'Auguste et de Volkanus s'élevait soit sur l'emplacement de l'église actuelle, soit dans ses environs immédiats. L'église chrétienne aura donc été bâtie sur les ruines du temple païen.
Cette conclusion ne faisait que confirmer et illus-
logique, 1901, p. 137-142 : Saint-Quentin gallo-romain. Une
inscription du II' siècle de l'ère chrétienne, dans Ment, de la Soc. acad. de Saint-Quentin, t. xliii. 1899-1900, p. 34-43.
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trer celle qu'avaient imposé les découvertes faites en 1893, à Saint-Quentin sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Des tranchées faites sur cette place à une profondeur moyenne de 1 m. 60, avaient révélé les substructions d'une église depuis longtemps détruite, des sépultures et les fondations de nombreuses maisons remontant indiscutablement à l'époque du Haut-Empire romain parmi beaucoup de débris antiques et un tronçon de chaussée romaine dont on ignorait l'existence et conservé dans toutes ses parties. Qu'on y ajoute toute la série de vases, depuis les grandes amphores à pointes, depuis le dolium (voir ce mot) à panse ronde et à large ouverture, jusqu'aux coupes minuscules et élégantes de la belle époque tout s'y est rencontré avec la multiple variété de ses formes et de son coloris. La céramique plastique proprement dite n'a fourni qu'un seul échantillon de basse époque.
Jusqu'alors on possédait la quasi-certitude que jamais la grand place de Saint-Quentin n'avait reçu d'habitations à aucune époque de son histoire, et ce qui contribuait à répandre cette croyance, c'est que durant la fin de l'occupation romaine, sous les rois de la lre race et les premiers Carolingiens, deux villes absolument distinctes, disait-on, séparées par la place actuelle de l'Hôtel de ville (alors terrain absolument désert et neutre, supposait-on encore), formaient les agglomérations composant, d'abord, la ville romaine (Augusta Veromanduorum), sur le penchant de la colline, au midi, ensuite la ville nouvelle ou le monastère (vicus Sancti Quintini un peu plus tard) assise sur le plateau même.
En l'an 883, après la prise à' Augusta et du monastère par les Normands, le comte-abbé bénéficiaire Teutrick, voulant mettre les deux cités à l'abri d'une nouvelle destruction par les barbares du Nord, les réunit dans une enceinte commune et c'est de ce jour que toutes les deux prirent le nom de Saint-Quentin.
Les fouilles de 1893 ont apporté la preuve surabondante que la ville romaine s'étendait beaucoup plus loin qu'on ne l'avait cru; ces maisons viennent confirmer le témoignage des sept ou huit mille incinérations découvertes au xvne siècle, et les milliers de monnaies du Haut-Empire trouvées à Saint-Quentin, tandis que Vermand n'a donné que des médailles du Bas-Empire1.
Ainsi trois preuves irréfutables ont été apportées pour attribuer définitivement à la ville de Saint-Quentin le bénéfice d'avoir été le centre administratif, militaire et religieux du pays pendant une partie au moins de la domination romaine. Ces preuves sont : 1° Les actes du martyre de saint Quentin et de la première invention de son corps, qui remontent au commencement du vne siècle, car les Actes sincères ne nous sont pas parvenus; 2° les indications fournies par les Iiineraria et plus particulièrement la Table Théodosienne; 3° les monnaies romaines trouvées à Saint- Quentin (Augusta Veromanduorum) et à Vermand (Civitas Veromanduorum) ". La proximité de ces deux localités ressort clairement de la Passio de saint Quentin où nous lisons que le corps du martyr fut jeté dans la Somme; pour lors une femme nommée Eusébie
1 II y a donc lieu d'abandonner l'opinion exposée par Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. iv, 1701, p. 701-703 : que la ville de Saint-Quentin peut estre Augusta Veromanduorum, mais seulement depuis le Ve siècle; les trouvailles faites lors des fouilles de 1892-1893 ne permettent plus aucun doute sur l'identité de Saint- Quentin et Augusta Veromanduorum; cf. Emm. Lemaire, Les origines de Saint-Quentin et de Vermand, dans Mémoires de la Soc. acad. de Saint-Quentin, t. xl, 1891-1892, p. 252; J. Pilloy, Les fouilles de la Grand Place de Saint-Quentin, dans même revue, t. xl, 1891-1892, p. 290; Th. Eck, Saint- Quentin dans l'antiquité et au Moyen Age. Résultat des touilles faites dans la ville en 1892-1893, dans même revue,
reçut pendant son sommeil l'ordre de l'en retirer. Elle fit le long voyage et réussit à retrouver et à ressaisir les reliques. « Alors, dit la Passio, la dame prit le corps vénérable, l'enveloppa dans un linceul et voulut aller l'ensevelir dans la Civitas Veromanduorum. S'étant mise en route, elle arriva dans un municipe appelé Augusta Veromanduorum, là, il fallut déposer le corps du martyr devenant trop pesant. La femme le fit ensevelir et éleva un oratoire sur le tombeau. »
//. CIVITAS VEROMANDUORUM. — En 511, la civitas Veromanduorum fut comprise dans le royaume de Clotaire Ier et Grégoire de Tours, à la fin du siècle, la désigne sous le nom de terrilorium Veromanduorum 3 et dans son De gloria martyrum il écrit que le tombeau de saint Quentin se trouvait apud Viromandense opidum Galliarum *. Il était célèbre au vie siècle % mais ce n'est que plus tard qu'il supplanta l'ancien nom; c'était chose faite au xe siècle, où nous lisons castrum sancti Quintini, castellum sancli Quintini, et même Sanctus Quintinus 8. Sur ce point, aucun doute.
Mais opidum Viromandense désigne-t-il Saint-Quentin ou le Vermandois, ou mieux Saint-Quentin ou Vermand, situé à 11 kilomètres O.-N.-O. de cette ville? Vermand, célèbre par son camp romain, représente-t-il le chef-lieu de la civitas Veromanduorum, auquel plusieurs textes, antérieurs à l'an 1000, donnent incontestablement le nom de Viromandis, V irmandis ou Vermandis 7?
« L'opinion qui fait de Vermand le chef-lieu de la civitas Veromanduorum remonte au moins au IXe siècle, date que les bénédictins assignent aux récits de l'invention du corps de saint Quentin 8, où la civitas Virmandis est effectivement distinguée du municipium Augustœ Viromanduorum 9; la distance de 5 000 pas qui, selon les hagiographes, séparait les deux villes répond à peu près aux 11 kilomètres que l'on compte aujourd'hui entre Vermand et Saint-Quentin. Cette distinction ne saurait être admise car si, d'une part, les documents de l'époque romaine, Ptolémée et la Table de Peutinger donnent à Augusta Veromanduorum le rang de chef-lieu des Veromandui, il est certain d'autre part pour quiconque visite Vermand qu'il n'est pas possible de reconnaître une ville romaine dans cette localité, circonstance qui empêche d'adopter une opinion mixte, d'après laquelle Vermand aurait remplacé Augusta Veromanduorum ou Saint-Quentin, comme chef-lieu de la cité, vers la fin du ive siècle10. » Et Aug. Longnon opine que le village de Vermand doit à quelque demi-savant son appellation trompeuse d'origine identique à celles de Vieux-Laon, de Vieux-Reims, de Vieux-Poitiers.
La question est-elle aussi simple? Nous avons parlé des indications fournies par les Itineraria. « Voyons si les chiffres de la Table Théodosienne pourraient s'appliquer à Vermand. Nous savons que 25 lieues gauloises séparent notre ville de Soissons; comme il n'y a pas trace, soit dans les itinéraires de l'antiquité, soit sur le terrain, d'une chaussée allant directement d' Augusta Suessionum à Vermand, le voyageur qui partait de cette dernière localité pour gagner Soissons,
p. 303. — 2 Th. Eck, Les fouilles de la place de l'Hôtel de ville à Saint-Quentin (Aisne), dans Bull, archéol. du Comité, 1895, p. 41-46; Emm. Lemiiie, Essai sur l'histoire de la ville de Saint-Quentin, dans Mém. de la Soc. acad. de Saint- Quentin, IV8 série, t. i, p. 349. — 3 Grégoire de Tours, Miracula sancti Mcu-tini, 1. II, c. IX. — * De gloria marlyrum, c. lxxiii. — ■ 5 Colliette, Mémoires pour servir à l'histoire du Vermandois, t. i, p. 131-151, 226-232, 297-299, 372-391. — • Flodoard, Chronicon, ann. 931, 932, 933. — ' Hincmar, au ixe siècle, nomme Viromandis comme une ancienne ville épiscopale. — 8 Hist. litt. de la France, t. iv, p. 368. ■ — * Colliette, Mémoires, t. i, p. 143. — l* Longnon, Géographie de la Gaule au VI' siècle, 1877, p. 411-412.
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devait suivre la voie romaine d'Amiens jusqu'à Saint- Quentin où il prenait le chemin de l'Augusla Suessionum. Or, 5 lieues gauloises séparant Vermand de la Somme, à son passage au pied de Saint-Quentin, il faut pour trouver la distance de Vermand à Soissons par les chaussées antiques, ajouter au chiffre exact de XXV Leg., donné par la Table Théodosienne, cinq autres lieues de 2 222 mètres chacune; la carte aurait dû, en conséquence, marquer XXX Leg. Mais une erreur de v Leg on lî 000 mètres est absolument inadmissible, alors que la distance donnée par la carte entre Augusla Veromanduorum et Soissons, jointe à la direction de la route encore existante, concorde parfaitement avec la position de Saint-Quentin l. »
Un auteur du XVIIe siècle admettait que Saint-Quentin fut la capitale du Yermandois sous le haut Empire, puis Vermand devint le centre administratif, militaire et religieux de la province dont Augusla avait perdu le premier rang. Après le passage des barbares et la ruine de Vermand, la cité retrouva sa prééminence et redevint capitale. C'est chose possible.
Cette situation se prolongea peut-être durant deux siècles et demi environ ; alors les rôles furent intervertis; l'effort de la population se porta d'Augusta sur Vermand qui, à partir du nie siècle, semble jouir d'une prospérité due au fait que nous signalons. C'est au tour de Saint-Quentin de déchoir jusqu'à l'époque de sa ruine qui coïncide avec celle de sa voisine.
A en rechercher la raison on s'égare parmi les conjectures. Toutefois un fait historique peut suggérer une explication, c'est l'invasion germanique de 275. 11 se pourrait qu'Augusta et Vermand, forcés par les barbares, aient vu la population d' Augusla se transporter en majeure partie à Vermand considéré comme plus sûr à cause de ses solides remparts. L'explication ne suppose pas l'abandon total d'Augusta, municipe romain, qui aura conservé un noyau d'habitants en nombre suffisant pour que la ville conservât son titre 2.
III. Saint Quentin, apôtre et martyr. — « Nous avons peu d'actes de martyrs qui soient mieux écrits que ceux de saint Quentin, a dit Tillemont, et quoiqu'ils ne soient pas originaux, il y a néanmoins quelque lieu de croire qu'ils sont écrits avant le milieu du vne siècle 3. » « Dom Rivet les fait remonter « aux « premières années » de ce siècle, « avant la découverte du corps par saint Éloi, mais pas longtemps auparavant. L'auteur assure les avoir composés sur une histoire faite par une personne qui avoit assisté à la première translation du saint cinquante-cinq ans après son martyre, circonstance remarquable, qui pourroit leur mériter presque la même autorité qu'auraient les actes originaux. Mais le grand nombre de prodiges extraordinaires dont ils sont remplis porte à croire que leur auteur a ajouté, à son original, des bruits communs et des traditions peu sûres, comme il l'insinue lui-même par le terme fertw dont il se sert quelquefois \ » C'est, sans doute, pour cette raison que dom Ruinart ne les a pas admis parmi les Acta sincera.
Ces actes font de Quentin le fils d'un sénateur nommé Zenon et associent à sa mission en Gaule saint Lucien de Beauvais, saint Ouen et d'autres pièces y ajoutent saint Denis de Paris et saint Piat de Tournai. « Que si cela est véritable, observe Tillemont, il faudra dire que saint Quentin est venu en France vers l'an 245 6. » Les mêmes actes le font prêcher à Amiens avec saint Lucien, où ils se séparèrent et celui-ci se rendit
1 Einni. Lemaire, dans Mém. de la Soc. acad. de Salnt- Quentin, IVe série, t. i, l>. 397. '' Th. Kck, Les deux cimetières gallo-romains de Vermand el de Suint-Quentin, in-8°, l'aris, 1891, p. 270. — 3 Mém. pour servir ù l'hist. ecclés., t. iv, 1701, p. 133. 'Histoire littéraire de lu France,
à Beauvais; Quentin continuait à prêcher à Amiens lorsqu'y arriva un personnage que les pièces hagiographiques nomment Rictius Varus et qui ne jouit pas d'une historicité bien démontrée. Celui-ci venait de Reims par Soissons et, dès son arrivée à Amiens fit emprisonner Quentin. Alors commencent les interrogatoires qui alternent avec les tortures et les prodiges. L'atrocité des tourments semble vraiment dépasser ce que peut supporter le corps humain, néanmoins Rictius Varus fait partir Quentin sous bonne garde jusqu'à Augusta Veromanduorum où il le rejoint, lui inflige de nouveaux supplices, entre autres lui fait enfoncer deux barres de fer depuis les épaules jusqu'aux cuisses et ficher des clous entre les ongles et la chair, ailleurs encore et jusque dans la cervelle. Il n'en mourut pas, « ce qui n'est pas néanmoins aisé à croire 6 » et fut décapité. A la nuit, le corps fut précipité dans la rivière, avec une masse de plomb pour qu'il s'enfonçât dans la vase, « à 2 lieues de Vermand, à l'endroit où l'on passoit la Somme pour aller d'Amiens à Laon, quoiqu'il soit difficile de l'accorder avec la situation des lieux qui ne permet pas qu'on prenne ce chemin sans se détourner beaucoup '. »
Le martyrologe hiéronymien et les martyrologes historiques de Bède, Rhaban, Florus s'accordent sur la date du martyre au 31 octobre, il n'en est pas de même pour l'année qui varie suivant les auteurs entre 285 et 303. Cette date dépend du récit de la translation dans lequel on lit que le corps du martyr demeura dans la rivière pendant 55 ans, sous le règne de Constance et ses frères Constantin et Constant. Ces trois princes régnèrent conjointement de 337 à 340, année de la mort de Constantin. Si on en défalque cinquante-cinq années ceci nous reporte à l'an 285. Tillemont plaçait la date du martyre entre 282 et 286, « néanmoins, ajoute-t-il, nous aimons mieux ne le mettre qu'en 287 ». Le P. Benjamin Bossue préfère le 31 octobre 285 8.
Ce serait donc en 340 que se passeraient les événements que nous résumons : à Rome, une dame aveugle nommée Eusébie est avertie par un ange de sa future guérison si elle découvre le corps selon les indications qu'il lui donne. Elle se rend sur les lieux, se met en prières; on voit l'eau s'agiter et le corps du saint monter du fond de l'eau, puis nager jusqu'à ce qu'il se trouvât à portée des gens postés sur la rive. La tète coupée fit de même et pas plus que le corps n'était décomposée, mais blanche et odorante. Les barres de fer et les clous étaient encore fixés, on les détacha pour les envoyer à Rome, mais non les clous qui furent retrouvés quand saint Éloi fit lever le corps. Eusébie voulut donner au corps saint une honorable sépulture et nous avons dit plus haut pourquoi elle s'arrêta à Augusla Veromanduorum où elle fit bâtir un oratoire. Cela fait, elle recouvra la vue et tous les malades présents furent guéris.
« Nous n'aurions pas parlé si amplement de cette révélation du corps de saint Quentin, poursuit Tillemont *, qui observe que les particularités sont assez difficiles à croire, si les actes n'assuroient (pic l'histoire en a esté écrite par un témoin oculaire. Si nous l'avions, nous jugerions mieux de l'autorité qu'elle peut avoir. »
D'après un récit de Grégoire de Tours, le culte de saint Quentin était bien implanté dans la ville qui porte aujourd'hui son nom, puisqu'un prêtre qui l'habitait déféra au juge un voleur qui fut condamné à
t. in, i>. 500. ■ Mém. (Kiur servir ù l'hist. ecclés., t. iv,
p. 13:5. * Mém. pour servir ù l'histoire ecclésiastique, p. 434. : Mém. pour servir à l'hist . ecclésiastique, p. 33.V — ' Acta sanct., oclobr. t. XIII, col. 725-820. — • Mém. pour servir à l'hist. eecl.,1. i\,]>. 135-436.
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