QUERELA (SINE
être pendu. Désespéré par la rigueur de cette sentence, le prêtre ne put en obtenir l'adoucissement, alors il s'en alla prier au tombeau du saint martyr Quentin et il arriva que, le voleur ayant été suspendu à la potence, la corde se rompit et devant cette intervention divine, le juge touché de regret, accorda au coupable la grâce l. De ce fait il y a un indice à recueillir, c'est que le martyr avait un tombeau où on allait prier.
IV. Le tombeau de saint Quentin. — Où était ce tombeau? Le marlyrium élevé par Eusébie avait fait place, en 497, au dire du Gallia christiana à une église plus vaste 2. Cette reconstruction, dont la date donnée ici est peut-être un peu trop précise, explique comment on eu était arrivé à ignorer l'emplacement exact de la tombe sainte. Saint Ouen dit qu'on n'en trouvait aucune trace, mais d'après lui, il se trouvait dans l'église un endroit qu'on honorait comme le lieu de la sépulture, « quoique ce ne le fust pas ». La découverte en était due à saint Éloi au commencement de son épiscopat, voici en quelle circonstance. Un nommé Maurin, chantre de la chapelle du roi s'était vanté de trouver les reliques; il creusa la terre et un accident quelconque fit qu'il mourut le lendemain; ce fait inspira une grande frayeur et on détourna l'évêque Éloi de renouveler l'entreprise, mais après de ferventes prières il réussit (2 ou 3 janvier 641) '; la présence des clous encore enfoncés sous les chairs des ongles ne permettait aucune hésitation 4.
Saint Éloi fit ériger un tombeau derrière l'autel de l'église (citra allare) et l'enrichit d'or, d'argent et de pierreries — ■ c'était son métier d'orfèvre — et fit agrandir l'église devenue trop étroite pour la foule des pèlerins 5 : Deinde holoserico preliosissimo obvolutum compositumque honestissime corpus summa cum diligenliu citra altare transposuit; tumbam denique ex auro argentoque et gemmis miro opère desuper jabricavit. Ecclesiam quoque, quse exiguu convenlibus populis videbatur, eximio opificio amplialam decoravit. Il n'est question d'une châsse confectionnée par saint Éloi que dans des récits postérieurs.
L'abbé Fulrad entreprit la construction d'une église beaucoup plus grande que celle qu'avait déjà agrandie saint Éloi; elle fut terminée en 823 et Drogon, de Metz, en fit la dédicace le 25 octobre 825. Ce jour là, l'évêque Hughes retira le corps de saint Quentin du tombeau élevé par saint Éloi et le plaça dans un mausolée de marbre élevé dans une chapelle souterraine ou crypte de la nouvelle église. Ce ne fut pas pour longtemps puisque le 1er janvier 881, devant la menace des Normands, il fallut fuir et transporter les reliques à Laon8 et l'église fut brûlée. Le 30 octobre 885, le comte-abbé Teutrick fit replacer le corps saint. Ce qui lui arriva par la suite est assez confus et n'appartient plus à notre sujet '.
V. Liste épiscopale. — « La civilas Veromanduorum avait eu d'abord son chef-lieu à Saint-Quentin, où les évêques, aux temps les plus anciens, eurent leur résidence. Plus tard, vers le milieu du vie siècle, ils se transportèrent à Noyon (voir Dictionn., t. xn, à ce nom). Plus tard encore, vers la fin de ce siècle, le diocèse de Tournai fut confié aux prélats de Noyon et leur resta jusqu'en 1146; il reprit alors son autonomie. Ces vicissitudes ont laissé trace dans les catalogues, où l'on voit distinguées les deux séries de Saint-Quentin et de Noyon » (voir Dictionn., t. xn, col. 1769-1770).
1 Grégoire de Tours, De gloria martgrum, t. lxxiii. — ' Gallia christiana, t. ix, col. 1079. — 3 Id., ibid., et d'après le P. Le Cointe. — ' D'Achery, Spicilegium, t. n, p. 92. — 'Voir Dictionn., t. iv, col. 2686. — «Bouquet, Recueil, t. ix. — ' On trouvera des récits dans Cl. de Lu
Dans le ms. Paris, lai. 6042, qui contient le texte de Robert de Torigni, nous lisons :
Nomina episcoporum V iromandensium Hilarius, Marlinus, Germanus, Maximianus, 5. Eosonius, Aeternus, Hilarus, Divitianus, Remédias, 10. Mercorinus, Promotus, Suffronius, Alomerus, S. Medardus. Hic propler Vermandi subi>ersionem Noviomum sedem constituit episcopalcm; qui eliam pusl sancti Eleutherii episcopi Tornacensis obitum regendam suscepil ecclesiam Tornacensem. Nous avons déjà noté les réserves à faire sur ce point; voir Dictionn., t. xi, col. 105.
Suivant la remarque de L. Duchesne \ « cette liste s'ouvre par une série de quatre noms : Hilaire, Martin, Germain et Maximin, qui sont ceux de quatre des plus célèbres évêques des Cailles, au ive et au ve siècle. Il n'est pas téméraire de supposer que ce sont précisément ces personnages, dont les noms, relevés dans les diptyques liturgiques avec ceux des évêques de Vermandois, auront été considérés par le compilateur de la liste comme appartenant à la même série épiscopale. Un peu plus bas, Divitianus, Remedius et Mercorinus se rencontrent aussi dans les listes de Soissons et de Reims. J'ai bien peur que ce début ne soit en partie artificiel. A partir du v»e siècle, il n'y a plus de difficulté. L'évêque So/ronius qui assista au concile d'Orléans, en 511, où il signa comme de Veromandis, est bien à sa place et la série noyonnaise est vérifiée, après Alomerus, depuis .S. Medardus, par une suite de documents. » (Voir Dictionn., t. xi, col. 103-106; t. xn, col. 1767-1782.)
Évangéliaire. — Voir Dict., t. v, col. 831, n. 146.
VI. Cimetière gallo-romain. — A l'époque du Haut-Empire, cinq voies importantes rayonnaient autour d'Augusta Veromanduorum se dirigeant vers différentes cités. Une d'elles conduisait à Arras, une autre à Amiens, une troisième à Soissons, une quatrième à Reims, la cinquième n'était qu'un embranchement qui mettait en communication Saint-Quentin avec la route allant de Reauvais à Bavai. Dom Grenier parle de huit chaussées et Amédée Piette de onze. Le long de ces différentes voies, les Gallo-Romains enterraient leurs morts et on sait que le sol bouleversé à toutes les époques et surtout au Moyen Age ne laissa pas de livrer à différentes reprises d'intéressantes trouvailles archéologiques. Il en fut ainsi en 1634, 1639 et 1658, où ce furent surtout des urnes en terre et en verre contenant des cendres avec des médailles. Un immense cimetière devait couvrir l'espace compris entre le boulevard Richelieu, le boulevard du Nord, la rue Neuve-Saint-Jean, la place La Fayette, la rue Royale et peut-être la rue d'Orléans. Rien de chrétien.
Il en est de même pour un cimetière situé au lieudit la Croix-Saint-Claude où les monnaies recueillies embrassent une période assez courte de Constance II à Gratien (317-383) et où le journal de la fouille conduite par Th. Eck ne révèle aucun vestige chrétien.
Tout proche se trouvait un cimetière franc qui n'a pas été plus fertile en souvenirs et symboles.
VIL Èpigraphie. — Ch. Gomard a publié sous ce titre : Inscription du VIIe siècle un texte d'une fausseté insigne (daté de l'an 600) dans Bulletin monumental, t. x, 1854, p. 321-323.
H. Leclercq.
QUERELA (SINE). — On ne peut contester que l'épigraphie funéraire, païenne ou chrétienne, s'est montrée souvent indiscrète; ne parlons pas de l'âge qu'elle révèle avec précision, car celles qui avaient apporté tant de soins à le dissimuler ne pouvaient plus
Fons, Histoire de Saint-Quentin, Paris, 1627, p. 77; Tillemont, op. cit., t. iv, p. 437-438; G. Bupst, Le tombeau de saint Quentin, dans Revue arelwolugique, 1889, p. 268-275. — * L. Duchesne, Easles épiscopau.v de l'ancienne Gaule, t. m, in-8", Paris, 1915, p. 99-1U2.