QUERELA (SINE) — QUICHERAT
prendre cette révélation en mauvaise part, mais il est d'autres indiscrétions commises et qui ne regardaient personne comme les épithètes de virginius et de Virginia que se décernent les époux en évoquant l'époque de leur mariage; enfin pour nous apprendre que, contrairement à l'adage : « il en est de bons, il n'en est pas d'excellents », des conjoints tiennent à nous apprendre que l'entente parfaite ne cessa de régner entre eux.
Une inscription chrétienne du cimetière d'Hermès, nous en avertit par ces mots :
CECILIVS-MARITVSCECILIAE PLACIDINAE-COIVGI-OPTIMAE MEMORIAE-CVM-QVA VI XI-AN NIS-X BEN E- SENE • VLLA -QVERELLA- IX0YC
(Voir Dictionn., t. vu, col. 2025, n. 20, fig. 6059), au musée de Latran.
La formule cum qua vixi ann... sine ulla querella se retrouve également sur les inscriptions païennes et sur les chrétiennes: Corp. inscr. lai., t. vi, 3e part., n. 16753; t. ix, n. 3215; t. xn, n. 2983 : SINE VLLA ANIMI LAESVRA, et encore : Boldetti, Osservazioni, p. 372.
H. Leclercq.
QUÊTE. — Voir Dictionn., t. ix, col. 429-497.
QUICHERAT (Jules). — I. Biographie. II. Bibliographie.
I. Biographie. ■ — Jules Quicherat, né à Paris le 13 octobre 1814, était fils d'un ouvrier ébéniste de Paray-le-Monial venu habiter Paris pour y exercer sa profession et élever sa nombreuse famille. Jules avait un frère aîné, Louis, plus âgé que lui de quinze ans et qui a attaché son nom à deux Dictionnaires et à un Thésaurus qui sont, pour les Français de notre génération, inséparables du souvenir des humanités. Les deux frères firent leurs études au collège Sainte-Barbe et y remportèrent de solides succès. Malgré une aptitude marquée et un goût très vif pour les arts du dessin, Jules se tourna vers une carrière moins incertaine que la peinture et suivit les cours de l'École des Chartes d'où il sortit en 1837, au premier rang de sa promotion. Il fut alors attaché, sous la direction de Champollion-Figeac, aux travaux de la Bibliothèque royale et concourut à la publication des Chartes latines sur papyrus du vie siècle de l'ère chrétienne, appartenant à la Bibliothèque royale, in-fol., Paris, 1837; à lui revint le soin d'établir le lexte des chartes de Bavenne (voir Dictionn., t. xiii, col. 1456). Entre temps, il alla rédiger les volumes du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des départements; t. iv, Arras, p. 1- 426; t. v, Metz, Ve partie, p. 1-243; Charleville, p. 545- 677 *. Son premier essai en matière d'archéologie fut un exposé sommaire de cette science destiné à l'éducation du comte de Paris (1845).
Comme l'École des Chartes (voir Dictionn., t. ni, col. 997-1014) végétait dans l'obscurité, mal installée, mal dotée, et ses élèves constamment lésés dans les attributions d'emplois, Jules Quicherat et quelques amis se groupèrent en société et entreprirent la publication d'un recueil spécialement consacré à l'étude du Moyen Age, ce fut la Bibliothèque de V École des Chartes qui, dès son apparition, protestait contre les nominations de Cauchois-Lemaire et Louis Dubois aux Archives, et contre celle de Sainte-Beuve à la bibliothèque Mazarine (t. i, 1839-1840, p. 581-583). En même temps le recueil s'ouvrait par une étude de J. Quicherat sur un Fragment inédit d'un versificateur latin ancien sur
' Rédigés en 1841 cl 1812, ces catalogues ne furent publics qu'en 1S72 et on 187'.). — ; Bibliothèque de l'École 'lis (•.Inertes. 1840, p. 115-147; 1842-1843, p. 2117-272; 1849- 1850, i>. 3-13, 201-215; 1853-1854, p. 248-263; 1857-1858, ]>. 352-369. — ' IbUL, 1865, p. 513-555 (voir Dictionn.,
les figures de rhétorique (t. I, p. 51-78). Pendant dix ans, Jules Quicherat fut l'âme de la revue à laquelle il ne cessa de collaborer jusqu'à sa mort par plus de quatre-vingts mémoires ou comptes rendus critiques où il se révèle tour à tour philologue averti, historien exact, archéologue ingénieux et critique pénétrant.
Si on s'étonnait de le voir consacrer son attention et ses soins à des objets d'une médiocrité telle qu'elle confine à l'insignifiance, il faudrait rappeler que ces textes valent par les commentaires lumineux qui les ont illustrés, les déductions ingénieuses qu'il a su en tirer, les découvertes qui en furent le résultat durable, comme ce fut le cas pour une méchante épigramme attribuée à Virgile et où Quicherat montra l'ouvrage d'un homonyme, un autre Virgilius Maro, dont on ne soupçonnait pas l'existence. Puis, groupant avec art des traits épars dans les auteurs les plus divers, interprétant des textes incompris jusque-là, il restituait un obscur personnage d'une époque plus obscure encore2. Simples passe-temps qui ne doivent pas être oubliés.
En 1846, Quicherat fut désigné pour occuper la chaire d'archéologie à l'École et, à partir de 1849, la chaire de diplomatique. On peut se faire une idée de son enseignement par sa mémorable Critique des deux plus anciennes chartes de Saint- Germain-des- Prés ", et il se montrait également perspicace lorsqu'il appliquait son attention à l'étude De l'ogive et de l'architecture dite ogivale, ou de l'architecture romane 4, de même que dans une Notice sur l'album à Villard de Honnecourt, architecte du xm* siècle, travail qui révélait les procédés manuels des artistes du Moyen Age et la manière dont se faisait leur instruction 6.
La grandiloquence de Michelet avait eu prise sur l'imagination de J. Quicherat qui, fortement impressionné par les tomes iv et v de ['Histoire de France consacrés au règne de Charles VII, s'attacha à l'étude du xvc siècle et s'éprit de la sainte héroïne en laquelle il vit l'image de la patrie. Afin de la faire mieux connaître et plus aimer, il s'imposa le devoir de publier ses deux procès de condamnation et de réhabilitation. Ce projet formé en 1830 et soumis à la Société de l'histoire de France ' qui l'accueillit, fut réalisé dès l'année suivante par un premier volume contenant le procès de condamnation. Les tomes n et m contenant le procès de réhabilitation parurent en 1844 et 1845; il y joignit deux autres volumes, publiés en 1847 et 1849, dans lesquels il réunit tous les témoignages des contemporains, tous les actes originaux, tous les passages de chroniques, que neuf ans de recherches constantes n'avaient pu lui faire découvrir.
On posséda ainsi les Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, suivis de tous les documents qu'on a pu recueillir, et accompagnés de notes et d'éclaircissements, 5 vol. in-8°, Paris, 1841-1849, de 506, 472, 473, 540 et 575 pages, qui furent suivis d'Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, pour servir d'introduction au procès, in-8°, Paris, 1850, de 167 pages, l'œuvre la plus profonde sortie de la pensée de l'auteur et où son cœur et son âme ont exprimé ce que chacun doit penser de ■ la sainte du Moyen Age, que le Moyen A 140 a rejetée [et qui] doit devenir celle des temps modernes. Elle a confessé par sa mort bien des sentiments pour lesquels il convient qu'il y ait encore des martyrs. Sortie des derniers rangs du peuple, elle vint faire valoir, non pas sa personne,
t. 111, col. 953-962). — * lievue archéologique, 1850, p. 65- 76; 1851, p. 145-158; 1S.">2, p. 525-540; 1853, p. ti.">-Nl . 1854, p. 668-690. — • IbUL, 1849, p. 65-80, 164-188, 290-326. — 'liapport, dans Bull, de la Soc. de fhist. de France, 1840, p. :>7-i>.Y