‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 155 sur 477 · QUICHERAT · texte numérisé non relu

QUICHERAT

mais le dessein, qu'elle n'osait s'attribuer à elle-même, de relever un grand peuple abattu ' ».

L'érudition qui captivait J. Quicherat ne le détournait pas de travaux moins austères qui s'adressaient au très grand nombre et c'est ainsi qu'on put lire sa signature au bas d'articles de journaux, de revues, de brochures 2, qui tous le servaient dans son désir de répandre et de faire connaître la vérité historique. Simples distractions d'un jour ou d'une heure à ses travaux tels que les Recherches sur le chroniqueur Jean Castel 3, et le personnage mal connu de Thomas Bazin, sa vie et ses écrits 4 dont l'existence semble défier les aventures de l'histoire romancée. Aussi, vit-on bientôt paraître une Histoire des règnes de Charles VII et de Louis XI, par Thomas Bazin, évêque de Lisieux, jusqu'ici attribuée à Amelgard, rendue à son véritable auteur et publiée pour la lre fois avec les autres ouvrages historiques du même écrivain, pour la Société de l'histoire de France, par J. Quicherat, 4 vol. in-8°, Paris, 1855-1859, de cxliv-336, 436, 399 et 507 pages.

Divers mémoires, malgré leur intérêt, ne peuvent nous retenir6; nous rappellerons d'un mot seulement le Rodrigue de Villandrando, l'un des combattants pour l'indépendance française au XVe siècle qui, simple mémoire en 1845, devint un beau volume en 1879, et Un manuscrit interpolé de la Chronique scandaleuse 6. Enfin cette Histoire de Sainte-Barbe7 qui est un des livres qui font le mieux connaître la vie des écoliers, la distribution de la science et l'art de la pédagogie.

L'archéologie n'a pas tenu une place moins importante que l'histoire dans une existence si remplie, et c'est comme archéologue plus encore que comme historien que J. Quicherat s'est élevé au premier rang parmi ses contemporains.

Cette science entrevue par Roger de Gaignières et l'abbé Lebeuf était tombée presque dans l'oubli et c'est à peine si Du Sommerard et A. de Caumont avaient pu encore attirer sur elle l'intérêt. Quicherat pressentit l'importance du rôle des monuments dans la résurrection du passé historique de la France et eut le mérite de comprendre que leur étude doit se faire devant les monuments eux-mêmes. Dès lors commença pour lui une longue exploration, le crayon à la main pour prendre notes et croquis. Cette préparation demanda dix années, sans hâte, sans bruit, et le résultat s'en laissa deviner dans des comptes rendus critiques, tels que celui de l'édition des écrits du moine Théophile 8. C'est peu après qu'on vit paraître dans le Magasin pittoresque une série d'articles sur l'histoire du costume9 depuis le xive siècle jusqu'à 1798, première esquisse qui, retouchée, développée, aboutira à l' Histoire du costume en France10 depuis l'époque romaine, ouvrage qu'on a couvert d'éloges et dont il faut beaucoup rabattre.

C'est surtout comme professeur que Quicherat mit son empreinte sur les générations d'élèves qui reçurent un enseignement pour lequel il était doué et qui se résume en deux qualités éminentes : méthode et précision, sans aucune concession à l'éloquence. On a fait de ses cours un grand éloge, comme on trouve matière à louer tout ce qu'il y faisait entrer et tout ce qu'il tenait à en exclure. Cela pourrait donner matière à discussion. Quoi qu'il en soit, son cours, nous dit-on", « était débité d'une voix nette et claire, avec un mélange de gravité et de bonhomie qui tenait les audi-

1 Aperçus, p. 166. — ' Histoire du siège d'Orléans, in-12, Paris, 1854, 64 pages. — 3 Bibliolh. de l'École des Chartes, 1810, p. 461-477. — 'Ibid., 1841, p. 313-376. — 'Sur Georges Chastellain, sur Henri Baude. — ' Bibl. de l'École îles Chartes, 1855, p. 231-279, 412-442; 1856, p. 242-267, 556-573. — ' 3 vol. in:8°, 1860-1864. — » Biblioth. de l'École des Charles, 1843, p. 176-187. — • Depuis 1845

teurs sous le charme. Nul ne connut davantage cette sorte d'éloquence familière, d'éloquence sans prétention et sans apprêt, qui captive l'attention en portant la conviction dans les esprits. A son talent d'exposition, Quicherat en joignait un autre non moins précieux. Il savait s'aider dans ses démonstrations de son talent de dessinateur, et tout en parlant à l'esprit de ses élèves, il parlait à leurs yeux par les croquis qu'il exécutait au tableau d'une main habile. C'était un spectacle merveilleux que de l'entendre exposer le développement de notre art roman, prenant la basilique à ses origines, la suivant dans toutes ses transformations, expliquant tous ses accroissements, et de voir sa main suivre pendant ce temps les développements de sa pensée, de voir des traits nouveaux s'ajouter à l'esquisse qu'il avait tracée, de voir la figure se compliquer à mesure que sa parole racontait des transformations nouvelles, de voir enfin une grande église avec toutes ses parties sortir de cette basilique si simple qui lui avait servi de point de départ. Ce sont là des choses qu'il faut avoir vues et entendues pour les sentir, ce sont des qualités que ses élèves seuls ont pu apprécier et dont je regrette que mon faible témoignage soit impuissant à conserver le souvenir ».

Malheureusement ce cours ne fut pas rédigé par son auteur malgré les instances de ses élèves et de ses amis. On n'en possède que des fragments, des débris, ou bien des réminiscences de leçons recueillies par des élèves, et d'ailleurs on n'est pas plus favorisé pour son enseignement de la diplomatique française dont il ne nous reste que le mémoire De l'enregistrement des contrais à la curie" et celui sur la critique des chartes de Saint- Germain.

La rédaction de ces cours eût mieux servi la science peut-être que la polémique dans laquelle se jeta J. Quicherat au sujet de la position véritable d'Alésia où il se fourvoya dans une impasse sans profit pour la science et pour lui (voir Dictionn., t. XI, col. 2418- 2419); mais c'est trop dire puisque, au cours de cette polémique qui dura dix ans, il fut amené à publier son Traité de la formation française des noms de lieux (voir Dictionn., t. v, col. 2537-2556; t. ix, col. 668-671) qui a donné une impulsion heureuse aux recherches de géographie historique et qui conserve en partie sa valeur, modèle à recommander pour la clarté de l'exposition et l'horreur de ces formules algébriques qu'il jugeait plus propres à rebuter les profanes qu'à faire progresser la science.

Il faudrait encore mentionner l'active collaboration accordée aux sociétés scientifiques où pendant plus de trente années on vit paraître des mémoires sur lesquels nous pouvons passer d'autant plus rapidement que leur substance a enrichi le Dictionnaire comme ceux relatifs à des problèmes de topographie historique tels que : Sur le lieu de la bataille entre Labiénus et les Parisiens'3, sur Les Trois Saint- Germain1*, sur La rue et le château de Hautefeuille16. A partir de 1857, le Bulletin de la Société des antiquaires voit paraître le nom de Quicherat presque à chaque séance à propos d'une communication et l'année suivante il se révèle, du Comité des travaux historiques des Sociétés savantes avec la même prodigalité. Dans ses rapports et ses communications, il pourchasse impitoyablement les néologismes qui ne sont que des cache-ignorance, qu'il s'agisse de préhistoire, de classifications barba-

jusqu'en 1869. — >• In-8°, Paris, 1875; 2e édit., 1877, 680 p. et 483 fig. — "R. de Lasteyrie, dans Bulletin du Comité des trav. hist. et scient., 1882, p. 21. — "Biblioth. de l'École des Charles, 1860-1861, p. 440-446 (voir Dictionn., t. v, col. 43- 44). — " Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, t. xxi, 1852, p. 384-132. — u Ibid., t. xxix, 1866, p. 245-284. — ls Ibid., t. xi.ii, 1882, p. 9-44.

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