VII. LE « TESTAMENT » DE SAINTE RADEGONDE
Le manuscrit désigné sous ce nom fut conservé à Sainte-Croix jusqu'à la fin du xvme siècle, il semble aujourd'hui définitivement perdu '. C'était un rouleau composé de huit pièces de parchemin cousues l'une à l'autre, pliées en forme de rouleau et mesurant ensemble 12 pieds 6 pouces de long sur 8 pouces de large, soit environ un peu plus de 4 m. 10 sur 0 m. 22. Dom Mazet qui a consulté ce document en 1786 a constaté qu'il contenait dix-sept chartes ou bulles anciennes 2, dont la première était la lettre par laquelle sainte Radegonde place son monastère sous la protection de plusieurs évêques. Ce texte bien connu se lit dans YHistoria Francorum de Grégoire de Tours 3. La sainte y prend des dispositions pour assurer l'avenir de son œuvre; il n'y est pas question de testament, mais on sait que ce nom était parfois employé avec un sens différent du sens courant (voir Diclionn., t. v, col. 1709- 1710). Dom Estiennot attribuait à la fin du xie siècle l'écriture du manuscrit et dom Fonteneau ainsi que dom Mazet à la fin du xne ou au début du xme. Dom Fonteneau en a bien résumé le contenu en disant que « ce rouleau est écrit des deux côtés, contenant plusieurs bulles, chartes, et servant en cela de cartulaire à l'abbaye de Sainte-Croix * ». Cette série s'ouvre par la lettre de sainte Radegonde dont le texte comparé avec les meilleures éditions de Grégoire de Tours offre des variantes et quelques additions, mais une seule interpolation tendancieuse.
La pièce ne comporte aucune précision chronologique, elle peut prendre place entre 568 et 587 *. Mais elle est bien significative du germe de caducité qui se trouve dans toute institution humaine, fût-elle royale, quand on y lit ces prévisions alarmantes : « Si jamais, après ma mort, une personne quelconque, fût-ce l'évêque du lieu ou un mandataire du prince ou quelque autre (ce que je ne puis croire), tentait par des conseils malveillants ou par une action judiciaire de jeter le trouble dans la congrégation ou de violer la règle ou d'établir une autre abbesse que ma sœur Agnès, que la bénédiction du bienheureux Germain a consacrée sous les yeux des évêques ses frères; ou si la communauté elle-même, par impossible, en une heure de révolte, voulait introduire un changement; ou si quelqu'un, fût-ce l'évêque du lieu, voulait établir sur le monastère et ses biens, par un privilège nouveau, une domination que les prédécesseurs de l'évêque, ou d'autres, n'auraient pas exercée de mon vivant; si quelqu'un essayait en outre de sortir de la régularité, ou prétendait, fût-il prince, évêque ou grand personnage, fût-ce un parent de l'une des sœurs, diminuer ou s'approprier sacrilègement quelque chose des biens que l'excellent roi Clotaire ou les excellents rois ses fils m'ont octroyés, et que j'ai transmis avec leur permission... »
On voit l'incertitude qui plane sur la maison et sur son avenir. Radegonde n'est pas beaucoup plus rassurée en ce qui la concerne personnellement : « Saints évêques, dit-elle, faites que, lorsque Dieu m'ordonnera de quitter ce monde, mon corps soit enseveli dans la basilique que j'ai commencé d'élever... et où plusieurs de mes sœurs sont déjà enterrées, qu'elle soit alors achevée ou non. »
VIII. Mort et funérailles. — Le mercredi matin, 13 du mois d'août 587, Radegonde mourut entourée de ses filles. « Informé de son trépas, raconte Grégoire de
1 P. de Monsabert, Le « Testament » de sainte Radegonde, dans Bulletin du Comité des trav. hist., Hist. et philol., 1925, p. 129-134. — - * Bibl. municipale de Poitiers, mss. de dom Fonteneau, t. lxxix, p. 29, note de dom Mazet. —
Tours, nous nous dirigeâmes vers le monastère de Poitiers. Nous la trouvâmes couchée dans un cercueil, mais son visage resplendissait d'un éclat qui effaçait la beauté des lis et des roses. Près du cercueil se tenait la foule des religieuses, au nombre d'environ deux cents ; entraînées par les paroles de la sainte, elles menaient la vie parfaite à l'ombre du cloître, après avoir appartenu dans le siècle à des familles sénatoriales : quelques-unes même étaient de la race des rois. Elles se lamentaient en disant : ...Et comme les gémissements et les pleurs continuaient sans interruption, je me tournai vers l'abbesse : « Trêve aux larmes, et « occupez-vous de ce que réclame la situation. Voici « que notre frère Marovée, l'évêque de cette ville, est « absent, retenu par la visite des paroisses de son dio- « cèse. Veillez donc à ce que le corps de la bienheureuse « ne reçoive aucun dommage; prenez garde que si l'on « diffère trop longtemps la sépulture, il ne vienne à « perdre cette beauté que le Seigneur accorde à ses «membres précieux; hâtez les funérailles, afin qu'ils « reçoivent tous les honneurs qui leur sont dus. » — « Comment ferons-nous en l'absence de l'évêque du « lieu? répondit l'abbesse, car la place où doit reposer « la bienheureuse n'a pas encore reçu la bénédiction « sacerdotale. » Alors les notables de la ville faisant violence à mon humble personne, me dirent : <■ Pré- « sumez de la charité de votre frère dans l'épiscopat, « et bénissez l'autel. Nous avons foi dans ses senti- « ments de bienveillance et nous croyons que non seu- « lement il n'en prendra pas ombrage, mais qu'il vous « saura gré d'être intervenu. Ne refusez pas, nous vous « en prions, de donner la sépulture à ces restes sacrés. » Cédant à ces requêtes, je consacrai l'autel dans le caveau. Mais lorsque nous commençâmes à transporter le corps de la bienheureuse, des possédés se mirent à crier, confessant la sainteté de Radegonde et déclarant qu'elle les mettait à la torture. Quand nous passâmes sous les murs d'enceinte, la foule des moniales paraissant aux fenêtres des tours, ou montant même aux créneaux qui couronnaient la muraille, éclatèrent en plaintes et en lamentations; leurs cris de douleur et leurs battements de mains provoquaient les larmes de tous les assistants, les clercs eux-mêmes chargés de chanter l'office avaient peine à taire entendre les antiennes que couvraient les sanglots et les gémissements. Nous arrivâmes enfin au tombeau; l'abbesse avait fait faire un cercueil en bois, où l'on avait déposé le corps entouré d'herbes aromatiques, et l'on avait creusé la fosse plus large pour recevoir le précieux dépôt, renfermé dans un sépulcre formé de deux sarcophages de pierre à chacun desquels on avait abattu un côté pour n'en faire qu'un tombeau. Nous récitâmes alors l'oraison et nous nous retirâmes laissant à l'évêque du lieu le soin de fermer le tombeau après y avoir célébré les saints mystères e. »
IX. Reliquaire de sainte Radegonde. — Voir Dktionn., t. xtv, col, 1322-1324, fig. 10418, 10419, au mot Poitiers.
X. Légile de sainte Radegonde. — Voir Diclionn., t. vin, col. 2493-2496, fig. 7035.
XL Anneau de sainte Radegonde. — Cet anneau fut trouvé près d'Airvault, arrond. de Parthenay (Deux-Sèvres); il fit longtemps partie de la collection Benjamin Fillon; nous ne connaissons pas son propriétaire actuel. Jonc en or pur et chaton de même métal, de 0 m. 023 de diamètre encadré par trois globules en or disposés en forme de trèfle, caractéristiques de l'orfèvrerie mérovingienne (fig. 10586). Sur le
• Hist. Franc. 1. IX, c. xlii. — * Bibl. municipale de Poitiers, t. lvi, r>. 211. — ' H. Aigrain, Sainte Radegonde, in-12, Paris, 1918, p. 138. — ' Grégoire de Tours, De gloria confessorum, c. civ.
RADEGONDE (SAINTE
chaton, un monogramme placé sous une arcature, au pied un croisillon, le tout gravé en creux.
En 1863, Jules Quicherat signala ce bijou à la Société des antiquaires de France; l'année suivante, l'abbé Auber annonça que « l'anneau de sainte Radegonde a été retrouvé en 1862, entre Airvault et Moncontour, sur le terrain même où s'était livrée la mémo-
10586. — Anneau de Sainte Radegonde,
d'après Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule,
t. h, p. 351, pi. lxxv, n. 452.
rable bataille de 1569. » Et, là-dessus, il imagina tout un scénario : le bijou enlevé par les protestants en 1 562, perdu par le voleur, etc. J. Quicherat et Edm. Le Blant n'en voulurent rien croire et ce dernier montra que la lecture Radegondis était insoutenable au point de vue paléographique. « Trois lettres essentielles me semblent, dit-il, au moins douteuses. Le trait où l'on a vu le d est une courbure soudée à l'intérieur de la ligne qui ferme à droite le monogramme; or, il existe, sous cette boucle, une barre qui n'a point son emploi dans l'hypothèse avancée. M. l'abbé Auber lui-même a proposé, dans ses notices successives, de voir en deux endroits le s, qu'il est en effet difficile de montrer avec certitude. Le n qu'il reconnaît dans l'arcade extérieure du chiffre ne me paraît guère acceptable. J'ai toujours considéré cet arc comme un simple cadre, dont la mode des temps mérovingiens cerclait les monogrammes, afin de leur donner un aspect moins diffus et, pour ainsi dire, plus de solidité. »
Maximin Deloche ajoutait que « ces réflexions sont justes. L'arcature ne saurait avoir la valeur d'un n, puisque nous en connaissons dans lesquelles cette lettre a été tracée. » La lettre s n'existe pas dans le monogramme et ce qu'on donne pour un d est un <; (episemon) rétrograde. La leçon Radegondis est donc absolument inadmissible, ainsi que toute interprétation qui impliquerait la présence des lettres d, n et s ou de l'une d'elles.
« En partant, comme cela doit se faire normalement, de la partie inférieure de gauche, on voit un G mérovingien rétrograde (P), attaché par son extrémité supérieure à l'intérieur de l'arcature; au-dessus, se détache le R ; viennent ensuite : le E adossé à la droite de l'arcature, le second <,, le O suspendu, une deuxième fois le R suivi de la barre ou trait droit du premier Ç, et enfin le A final, ce qui nous donne pour l'ensemble :
+ GREGORIA
Bibl. — J. Quicherat, dans Bull, de la Soc. nat. des antig. de France, t. xxvi, 1863, p. 72; Auber, dans Revue de l'art chrétien, 1863, p. 117, 580, 631; E. Le Blant, dans ibid., 1864, p. 252 sq.; Auber, dans ibid., 1864, p. 420; dans Bull, de la Soc. nat. des antig., t. xxvm, 1865, p. 59-69; E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, p. 351, pi. lxxv, n. 452; M. Deloche, Étude historigue et archéologigue sur les anneaux sigillaires, in-8°, Paris, 1900, p. 277-280, n. ccxlvii.
XII. Épitaphe de sainte Radegonde. — Nous avons décrit l'église construite par sainte Radegonde à Poitiers pour recevoir la sépulture de ses nonnes et
1 Auber, Notice sur une inscription découverte à Sainte- Radegonde de Poitiers, dans Bull, de la Soc. des antiq. de l'Ouest, t. v, p. 361-365; Notice sur la suite d'une inscription
la sienne propre (voir Dictionn., t. xiv, col. 1319, fig. 10417). Celle-ci fut certainement honorée d'un culte, mais le sarcophage contenant la dépouille de la sainte fut placé dans le sol et rien ne semble l'avoir désigné au dehors jusqu'à ce qu'on le découvrit en l'an 1012. Il devait être muni d'un signe de reconnaissance, épitaphe ou indice quelconque, à moins qu'on ne se soit contenté de la présence d'une dalle sculptée. Ce que nous lisons dans le bréviaire d'Anne de Prye, conservé au grand séminaire de Poitiers : Speciosam portam poli ingressa es Jherusalem; gloriaris cum angelis, Radegundis, in conspectu Dei et Agni. Ut jenix revixisti. Ut aguila renovanda eris. Qui faciat in bonis desiderium tuum, renovabitur ut aguile juvenlus tua, dont on a prétendu tirer la décoration de la dalle tumulaire est pure imagination. De l'épitaphe qui fut posée en 587 nous ne savons donc rien.
A la fin du xie siècle, on reconstruisit l'église qui fut consacrée en 1099. A cette époque, le niveau du sol environnant s'était relevé et pour ne rien changer à la situation du tombeau retrouvé en 1012 on fit une crypte. En plan, cette crypte forme une nef terminée en abside et décorée, au pourtour, d'une arcature cintrée, à colonnes trapues, élevées sur un soubassement haut et uni. Autour du mur de clôture circule le déambulatoire voûté, qui conduit à trois absidioles, éclairées chacune par une baie étroite, en meurtrière. L'accessoire se reporte sans difficulté à la fin du xie siècle, mais la petite nef est certainement plus ancienne.
En 1849, l'enlèvement des boiseries du chœur avait rendu au jour une inscription métrique de l'an 1012, primitivement gravée à hauteur d'homme, mais qui, par suite de l'exhaussement du sanctuaire au xvir8 siècle, se trouvait placée au ras du sol. Elle relate la découverte du corps et mentionne les travaux exécutés dans la crypte par l'abbesse Béliarde, contemporaine du roi Robert et de l'évêque Gilbert. Cinq vers se lisaient sur la face septentrionale d'un pilier, à l'entrée du chœur, et cinq en retour sur la face occidentale. En 1883, Alf. Ramé voulut vérifier le texte publié par l'abbé Auber, il trouva les vers de la façade occidentale masqués par une boiserie récente. Quant à ceux de la face septentrionale ils avaient disparu sous le prolongement des marches du sanctuaire, rehaussé depuis quelques années au-dessus du niveau que lui avaient donné les travaux exécutés par ordre d'Anne d'Autriche. La seule partie visible se réduit aux mots : ...is bisgue peractis gravés en belles capitales du xi* siècle, hautes de 0 m. 05 l. Voici le texte reconstitué par l'abbé Auber :
ANNIS MILLE DEI CARNIS BIS SEX QVE PERACTIS 0MNIBVS ICN0TA RADECVNDIS SANCTA MANEBAT SCR0BIS IN ABSC0NS0 TVMVLVS TECEBATVR IN VM0 AVLA SV0 VENERABATVR DE N0MINE SANCT0 ABBATISSA SACRIS SCRVTANS BELIARDIS In antris PRIDIE KALENDARVM MARCII PATEFECIT CRIPTAMQVE LVCERNIS H0NESTE Fecit illustrari munduLE BELIARDIS TVMVLVM SERvavit Dum essel floBERTVS REX DVXQVE PICTAVIS WIL lelmus guintVS APEX CISLEBERT0 REgenlE Ecclesiam
" L'an 1012 après l'Incarnation du Fils de Dieu, sainte Radegonde restait encore cachée à tous. Son tombeau enfoui dans cette crypte, y avait été recouvert de terre. Son monastère ne l'honorait plus que par le souvenir de son nom, lorsque l'abbesse Béliarde, faisant des recherches dans la crypte sacrée demeurée si longtemps obscure, la découvrit la veille des calendes de mars, fit décorer le lieu saint, l'éclaira de plu-
découverte à Sainte-Radegonde de Poitiers, dans ibid., t. v, p. 537-541; A. Ramé, dans Bull. arch. du Comité, 1884, p. 18-19.
RADEGONDE (SAINTE) — RAISIN
205fi
sieurs lampes et assura ainsi l'heureuse conservation du tombeau. Sous le règne de Robert, Guillaume Ve du nom étant duc d'Aquitaine et Gislebert, évèque de l'église de Poitiers. »
H. Leclercq.
RAIS. — Ce terme est employé souvent dans l'archéologie chrétienne pour désigner les rayons d'une étoile, et dans les descriptions de l'adoration des mages on les montre suivant une étoile à cinq ou à six rais. En voici un autre exemple : Un anneau d'or, à jonc plat s'élargissant vers le chaton ovale qui porte une étoile à six rais avec cette légende circulaire : + H ÇATTIC MOY O 0C, qui doit s'entendre : 7) èXtùç U.OÙ ô @éoç '.
RAISIN. — I. Symbolisme et bénédiction liturgique. II. Monuments figurés.
I. Symbolisme et bénédiction liturgique. — Dans l'ancienne discipline chrétienne, comme l'a montré dom Jean Parisot, les fidèles offraient à l'église « les prémices du pressoir, de l'aire et des troupeaux », 7rôcoav à.TZ<yt.ç>-/Tfj Yevvr/|i.dcTcov Xïjvou, aXo>voç, (îocôv te xai TjpoêdcTCûv âojaeu; toïç tepeûaiv2. Cette prescription avait été posée dans les mêmes termes par l'auteur de la Didachè3, mais les destinataires de cette offrande étaient, avant l'établissement de la hiérarchie fixe, les « prophètes », ou, à leur défaut, les pauvres. On voit de plus, dans la Didachè, l'offrande des prémices rattachée à la loi mosaïque4. C'est pourquoi une certaine latitude était laissée au donateur, là où la loi ancienne n'avait rien fixé. On détermina postérieurement que les offrandes en nature, du blé, de l'huile, du vin, des fruits et de la laine, seraient employées à l'entretien des ministres de l'Église 5. Enfin, il était d'usage d'apporter ces dons à l'autel, et la liturgie eut, dès le commencement, des formules particulières de bénédiction pour ces prémices. Le texte des Constitutions apostoliques 6 est une bénédiction générale de tous les fruits de la terre, où le blé est, à la vérité, mentionné avec une intention spéciale, mais sans l'exclusion des autres sortes de fruits. Cependant, la législation ecclésiastique restreignit de bonne heure l'oblation liturgique des prémices aux épis et aux raisins nouveaux, qui, outre leur symbolisme eucharistique, représentent les prémices des aliments usuels. On y ajoutait l'huile pour le luminaire et l'encens pour la thurification. Mais les autres espèces de fruits devaient être portés à la maison de l'évêque et des prêtres, non à l'église7, tandis que les prémices des épis el du raisin étaient reçus à l'autel et sanctifiés par une bénédiction solennelle prononcée au cours de la célébration de la liturgie. Cet usage subsista en Orient comme en Occident, mais il semble, par un texte de Nicéphore, patriarche de Constant inople, qu'au xie siècle, les fidèles qui offraient à l'autel ces mêmes éléments pour y être bénis, les gardaient pour leur propre usage ou les consommaient sur place, à titre d'eulogie8. Nous comparerons ci-après cette pratique à celle des Églises d'Occident.
1 W. Froehner, Les musées de France, pi. xxxvm, fig. 4. - '' Constitutions apostoliques, I. VII, c. xxix, dans .I.-B. Pitra, Juris ecclesiastici Grœcorani historia et tnonuinenta, in-4°, Romae, 1864, t. î, p. 364. — 3 Didachè, c. xm, n. 3, 4; il. Jacquier, La doctrine dis douze apôtres, in-8°, Paris, 1891, p. 137, 13.8. —* Cf. Exod., xxii, 29; xxiii, 19; Num., xvui, 12. — lConstit. apost., I. U.c. xxxrv, édlt.PItra, t. i, p. 179. — * Constit. apost., 1. VIII, c. xl, édlt. Pitra, t. i, p. 410, 111. — ' Canones apostolorum,3 b (= 4), 4, (= 5),édit. Pitra, I. i, p. 1 1. — " Nicéphore, can., lxxxiv, édit. Pitra, op. cit., t. n, p. 335. — * Conciliai» Africanum, can. 4. Collectio canonum Ecclesiœ africaine, dans Labbe, Concilia, t. n, col. 1068. 10 Liber pontificalis, édll . Duchesne, in-4°, Paris, 1880, 1. 1, p. 159 : Hic constitnit fut) fruges super altare twitum fabœ et mm' benedici. — " Dans les sacramentaires qui prosentent à
La discipline était la même parmi les chrétiens d'Afrique. Un décret conciliaire du ve siècle reproduit presque textuellement les expressions du Canon apostolique cité précédemment : Nec amplius in primiliis offeratur quam de uvis et frumentis 9. Ailleurs, en Italie du moins, on avait substitué aux raisins dans cette bénédiction liturgique, les fèves, et cela non parce que, antérieurement au christianisme, elles avaient été considérées comme un aliment sacré, mais plutôt parce qu'elles constituaient la nourriture ordinaire des peuples de la péninsule.
Quoi qu'il en soit, c'est au pape Eutychien (275-283) que le Liber pontificalis rapporte la réglementation relative à cette bénédiction10. Par une restriction analogue à celle de la discipline gréco-syriaque, exprimée dans le canon des apôtres cité plus haut, l'Église de Rome n'admit plus à la bénédiction liturgique de la messe que les raisins et les fèves, à l'exclusion des autres fruits. Ces prémices étaient présentées à des jours distincts : les premiers, à Rome comme à Byzance, le 6e jour d'août, les autres, à Rome seulement, à l'échéance mobile de l'Ascension.
Le sacramentaire grégorien contient, en effet, au 6 août, la formule de bénédiction du raisin, appartenant en propre à la messe de saint Sixte (258) u :
[vin. id. aug.] Natale sancti Syxti episcopi.
Benedictio [Prejatio] uvse : Benedic, domine, et hos fructus novos uvse quos tu, domine, per rorem cœli el inundantiam pluviarum et temporum serenitate et tranquillilate, ad maluritatem perducere dignatus es; el dedisti ea ad usus nostros cum gratiarum aclione percipere, in nomine domini nostri ihesu christi, per quem hœc [omnia], domine, semper bona créas12.
Le sacramentaire gélasien assigne en propre à la messe de l'Ascension la benedictio fabœ; mais la formule est conçue, sauf une variante, dans les mêmes termes que la précédente.
Inde vero modicum anle expletum canonem [expleto canone] benedices fruges novas. Sequitur benedictio ;
Benedic, domine, et has fruges novas fabse quas [et hos fructus novos fabœ quos[ tu, domine, rore cœlesti et inundantia pluviarum ad maturitatem perducere dignatus es, ad percipiendum nobis cum gratiarum aclione in nomine domini nostri iesu christi. Per quem hœc omnia, domine, semper bona, usque expleto canone u.
Enfin l'un et l'autre élément se trouvent réunis dans une formule commune du même texte :
Benedictio uvœ vel fabœ.
Benedic, domine, hos fructus novos uvse vel fabse quos tu, domine, per rorem cœli el inundantiam pluviarum, el tempora serena alque tranquilla, ad maturitatem perducere dignatus es, ad percipiendum nobis cum gratiarum aclione, in nomine domini nostri ihesu christi, qui est benedictus u.
Nous verrons, par la citation du document grec, que la formule originale est bien la benedictio uvœ; les autres applications ont été faites postérieurement.
La finale Per quem omnia indique que les deux premières bénédictions se rattachent au canon même de
ce jour une seconde messe spéciale des martyrs Félicissime et Agapit, la Prœfatio uvœ est assignée a la messe de saint Sixte. Cf. Missel de Leofric, F.-E. Warren, The Lcofric Missal, in-8°, Oxford, 1883, p. 152; Missel de Robert de Jumiènes, dans ibid., p. 278. Après l'institution de la fêle de la Transfiguration, qui cfTaç:i peu a peu la fêle de saint Sixte, cette bénédiction passa i la messe de la Transfiguration. Missel di- Sulisbury, F.-E. Warren, op. cit., p. 152, 4; E. Martène, De antiq. Eccl. ritib., t. III, p. 586. — "Crosnier. Sacramcntarium Ecclesiœ .Xivernensis, p. 585; Warren, The Leofric Missal, p. 152. — " Tomasi, Liber sacrainentoruin, édit. Vezzosi, t. VI, p. 89; II. -A. Wilson, Y 'lie Celasian saeramentarg, in-8°, Oxford, 1894, p. 107. — " Tomasi. op. cit., p. 214; Warren, The Leofric Missal, p. 224; Martène, op. cit., p. 541 .