RAISIN — RAMEAUX (DIMANCHE DES
Au vit" siècle, le concile in Trullo reconnaît que la coutume autorisait avec les éléments eucharistiques consacrés des raisins bénis à l'autel; mais il enjoint de distinguer la bénédiction et la distribution de ces prémices de la communion sacramentelle : « Ayant appris que, dans diverses Églises, lorsque le raisin est apporté à l'autel, suivant une coutume qui a prévalu, les ministres le mêlent au sacrifice de l'oblation non sanglante, et distribuent au peuple l'un et l'autre indistinctement, nous décrétons que désormais nul des prêtres ne fasse ainsi, mais que l'on distribue au peuple l'oblation [eucharistique] qui donne la vie et remet les péchés, et que les offrandes de raisin soient considérées comme les prémices et bénies à part par les prêtres, pour être distribuées à ceux qui les demandent, en actions de grâces, pour celui qui donne les fruits par lesquels nos corps sont fortifiés et nourris selon la disposition divine. Et si quelque clerc agit contrairement à cette prescription, qu'il soit déposé l. »
Deux siècles avant le concile in Trullo, les Églises d'Afrique avaient séparé, par une distinction analogue, la bénédiction des prémices, blé et raisin, celle du lait et du miel donnés aux nouveaux baptisés, de la consécration sacramentelle. Le texte que nous citons fixe la pratique africaine à la fin du ive siècle.
Ut in sacramentis corporis et sanguinis Domini nihil amplius offeratur quam quod ipse Dominas tradidit, hoc est panis et vinum aqua mixtum. Primilise vero, seu mel et lac [et] quod uno die sollemnissimo in infantum mysterio solet ofjerri, quamvis in allari offerantur, suam tamen habeant propriam benedictionem, ut a sacramento dominici corporis et sanguinis distinguante : nec amplius in primiliis ofjeralur, quam de uvis et frumentis *.
II. Monuments figurés. — Parmi les fruits variés, magnifiques et savoureux que produisent les pays où s'est développé l'art chrétien primitif, il ne s'en trouve aucun qui ait joui d'un traitement favorable qu'on puisse comparer au raisin. L'olive n'est figurée que pour aider à reconnaître l'essence que la forme des feuilles ne désigne pas de façon suffisante. La courge ne s'impose qu'en fonction de son rôle dans l'épisode de Jonas et si le raisin, par sa souplesse, se prête à l'art, ce n'est sans doute pas une préoccupation esthétique qui l'a fait représenter tant et tant de fois. Nous pourrions énumérer par centaines les monuments figurés dans le Dictionnaire qui le font voir soit isolément, soit avec la vigne; il s'en faut que nous avancions que dans toutes ces représentations le raisin ait une signification symbolique, mais, dans un très grand nombre de cas, il évoque la pensée du vin et de la consécration eucharistique. C'est beaucoup moins le fruit lui-même que l'usage auquel il est destiné qui lui vaut cette préférence, mais s'il a parfois une signification purement décorative, il n'est pas douteux qu'il la doive, comme nous l'avons dit, à sa souplesse qui se prête avec grâce à l'ornementation, mais aussi à l'aisance avec laquelle le cep de vigne se prête à toutes les flexions et à la grâce sans pareille des pampres qui l'entourent.
Là où l'art ornemental est si souvent raide et géométrique, ou l'entrelac n'évite pas la monotonie, le cep de vigne se prête aux plus gracieux méandres et son caprice sert à tapisser une voûte, une stèle ou un pavement. Nous en avons prodigué les exemples. Qu'on rapproche cette stèle chrétienne trouvée à Alexandrie (voir Dictionn., t. i, col. 1117, fig. 272) de cette tuile trouvée à Saint-Mathurin-sur-Loire (voir Dictionn., t. v, col. 2572, fig. 4748) on retrouvera la même inspiration. Il faudrait s'engager dans un long
1 Conc. Trull., can. xxvm, dans Pitra, op. cit., t.n.p. 38. — * Conc. afric, can. iv, dans Labbe, Concilia, t. II, col. 1068. — ' [ A. Goldschmidt, Elfenbeinreliels aus (1er Zeit der karolingisclien und sdchsischen Kaiser VllI-Xl Jh., i,
inventaire si on entreprenait l'énumération des amours folâtrant parmi les branches et faisant la cueillette du raisin. Nous les rencontrons à la voûte de l'hypogée des Flaviens (voir Dictionn., t. iv, col. 1432, pi.), sur un plafond en stuc (voir Dictionn., t. i, col. 1621, fig. 389), sur les faces latérales du sarcophage de Junius Bassus (voir Dictionn., t. i, col. 1617, fig. 387), sur un pavement d'Ancône (voir Dictionn., t. i, col. 1995, fig. 546), sur le lucernaire de la crypte de saint Janvier (voir Dictionn., t. n, col. 2464, pi.).
Que ce soit à Rome, à Constantinople, en Egypte, en Syrie centrale on voit reparaître le vase à godrons et à anses d'or d'où sort un cep soutenant des grappes, nous le voyons à Chaqqara (voir Dictionn., t. m, col. 538, fig. 2602), sur un pilastre, sur une stèle à Aïkirikdjii (voit Dictionn., t. m, col. 3059, fig. 3371); parfois des oiseaux picorent goulûment les grains rebondis comme sur un beau fragment conservé à Aix (voir Dictionn., t. m, col. 2202, fig. 3114) ou s'en approchent avec défiance (voir Dictionn., t. vi, col. 2225, fig. 5654), parfois un amour (voir Dictionn., t. i, col. 1620, fig. 388) porte une grappe avec une sorte de respect, ou bien un robuste vigneron (voir Dictionn., t. vu, col. 804, fig. 6527) la charge plaisamment sur ses épaules; enfin il faut se mettre deux pour porter le raisin de Chanaan (voir Dictionn., t. m, col. 169-172, fig. 2456- 2458). Pour finir, que peut-on rappeler qui égale au point de vue artistique le calice Konchakyi (voir Dictionn., t. vu, col. 847, fig. 6535) et la chaire de Maximin de Ravenne (voir Dictionn., t. x, col. 2787, fig. 7831-7832). Enfin Dictionn., t. m, col. 3019, fig. 3341.
H. Leclercq.
RAM BON A (DIPTYQUE). — Voir Dictionn., t. iv, col. 1168, n. 87; t. ix, col. 2606, fig. 7221».
RAMEAUX (DIMANCHES DES). — I. Monuments. IL A Jérusalem. III. En Espagne.
I. Monuments. — Voir Dictionn., t. i, col. 2062- 2064, fig. 603-606; t. n, col. 1360, fig. 1751, 2230; t. v, col. 52-53, fig. 4079-4080, etc. 4.
IL A Jérusalem. — La « semaine sainte » qui commémore annuellement le mystère de la rédemption s'ouvre par une solennité qui porte le nom de dimanche des Rameaux, laquelle s'ouvre, en principe, dès la veille au soir par le « samedi de Lazare » que saint Jean Chrysostome appelle « grand samedi » : Aià toûto [ityoûo] xocXeitoci èêSou-âç- Kai worrep aûrr) xeçâXatov tùv Xourcôv é6So[jiiiScov, oûtcû Taûvrçç xe<paX9)ç to aâ66atov tô uiya* (voir Dictionn., t. vin, col. 2086-2088).
En ce samedi de Lazare, les fidèles de Jérusalem inauguraient la fête par une procession hors les murs, à Béthanie; on partait du mont Sion vers une heure de l'après-midi et on s'arrêtait pour la première fois devant l'église élevée au lieu où Marthe et Marie étaient accourues se prosterner lors de la visite que leur fit le Sauveur. Après quelques prières, on repartait à la suite de l'évêque pour ne s'arrêter qu'à Béthanie où la foule devenait compacte et s'associait à un office au cours duquel on alternait le chant des hymnes et des antiennes avec la récitation des leçons appropriées au jour et au lieu. Avant de donner le signal du renvoi des fidèles, on faisait lecture à l'ambon du passage de l'évangile selon saint Jean : « Six jours avant la fête de Pâques, Jésus se rendit à Béthanie, où se trouvait Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts... » Puis le prêtre annonçait la prochaine solennité de Pâques.
Le lendemain, dimanche des Rameaux, une véritable multitude de peuple et de moines venus de toute la
Berlin, 1914, n° 181]. — * E. Becker, Einzug Jesu in Jérusalem, dans Strena Buliciana, in-t", Zagreb, 1924, p. 337-344. — • S. Jean Chrysostome, Expositio II in psalmum CSL V, 1, P. G., t. lv, col. 520.