‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 164 sur 477 · RAMEAUX (DIMANCHE DES · texte numérisé non relu

RAMEAUX (DIMANCHE DES

Palestine se préparait à s'unir à la fête * dont Éthéria nous a donné la description suivante : « Après avoir accompli dès le chant du coq, à Y Anastasis et à l'atrium de la Croix, tout ce qui est d'usage, on officie jusqu'au jour. Ainsi donc, le dimanche matin, on se rend, suivant la coutume, à la grande basilique qui est appelée le Martyrium (voir Dictionn., t. vu, au mot Jérusalem). On la désigne sous de nom parce qu'elle est édifiée sur le Golgotha, c'est-à-dire sur la partie arrière de l'atrium de la Croix, où le Seigneur a subi sa passion, par conséquent au Martyrium. Lorsque toutes choses ont été accomplies comme d'habitude à l'église majeure, l'archidiacre, avant de prononcer le renvoi, déclare tout d'abord : « Durant toute la se- « maine, c'est-à-dire dès demain, nous nous rassemble- ' rons tous à l'heure de none au Martyrium, soit à la « grande basilique. » De même, élevant une seconde fois la voix il dit : « Aujourd'hui à la septième heure « (1 heure après-midi), nous serons tous assemblés à « l'église de l'Éléona » (voir Dictionn., t. xi, au mot Mont des Oliviers). Le renvoi étant donc prononcé à la grande basilique ou Martyrium, l'évêque est reconduit, tout en récitant des hymnes, à Y Anastasis. Là, après avoir terminé les cérémonies qu'il est d'usage d'y accomplir aux jours de dimanche, chacun, à la clôture, regagne sa demeure et se hâte de prendre sa réfection, afin qu'à la septième heure tous soient assemblés à l'église de YÉléona, c'est-à-dire sur le mont des Oliviers, où se trouve la grotte dans laquelle enseignait le Seigneur.

« En conséquence, à la septième heure, tout le monde se rend au mont des Oliviers, à YÉléona. L'évêque siège dans l'église; on récite des hymnes et des antiennes appropriées au jour et au lieu; il en est de même des lectures. Quand on approche de l'heure de none, on se rend, tout en psalmodiant des hymnes, sur Ylmbomon, c'est-à-dire à l'endroit d'où le Seigneur s'éleva vers les cieux. Là, on s'assied, car en présence de l'évêque on ordonne toujours au peuple de s'asseoir; seuls les diacres se tiennent debout en permanence. On récite encore des hymnes et des antiennes en rapport avec le lieu et le jour, cependant qu'on intercale de même des leçons et des oraisons. A l'approche de la onzième heure (5 heures du soir), on lit le passage de l'Évangile où il est dit que les enfants accoururent audevant du Seigneur avec des rameaux et des palmes en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Sei- « gneur! » Tous les enfants présents en ce lieu, même ceux qui ne peuvent marcher, parce que d'un âge trop tendre et que leurs parents portent [à califourchon] à leur cou, tiennent en leurs frêles mains de menues branches de palmier et d'olivier. Ainsi l'évêque est conduit en cortège, de la même façon que jadis le Seigneur. Et, du sommet de la montagne jusqu'à la ville, et de là à Y Anastasis, à travers la cité entière, tous les gens vont à pied, même les matrones et les hauts personnages, s'il s'en rencontre. De la sorte, en redisant le répons, ils reconduisent l'évêque d'un pas très lent, de crainte que le peuple se fatigue, si bien qu'il fait déjà nuit lorsqu'on arrive à Y Anastasis. Arrivé là, quoiqu'il fasse tard, on accomplit généralement l'office du lucernaire. On récite encore une prière au sanctuaire de la Croix, et l'on procède enfin au renvoi de l'assemblée 2. »

On aura remarqué dans cette précieuse citation qui nous reporte vers un rite établi à la fin du ive siècle que la procession des Rameaux commence à 1 heure de l'après-midi et ne se termine qu'à la chute du jour. Quelques autres documents nous permettent de suivre les modifications apportées à l'ordre des offices de ce jour pendant les siècles qui suivirent.

L'ancien Leclionnaire arménien nous apprend que l'office matinal du dimanche est célébré au Martyrium.

Il se compose du psaume xcvm ( = Vulg., xcvii), de la lecture de Ephes., i, 3-10 suivie de l'Alléluia; du psaume xcix ( = Vulg., xcvm) et de la lecture de Matth., xxi, 1-11.

La procession des Rameaux a été retardée jusqu'à

9 heures du soir. A ce moment elle quitte le mont des Oliviers au chant des hymnes et des psaumes et, à

10 heures, fait son entrée à Y Anastasis en psalmodiant le ps. cxvm ( = Vulg., cxvn), après quoi on procède au renvoi des fidèles.

Le Kanonarion de Jérusalem nous a été conservé dans une version géorgienne et nous y voyons que l'heure tardive de la procession avait été avancée de 9 heures du soir à 3 heures de l'après-midi. On se rendait d'abord à Y Imbomon au chant des hymnes. Là, on exécutait un certain nombre de stichères et on donnait lecture du passage de saint Jean, xn, 12-18, ensuite une ektcnie et une oraison. De Y Imbomon on se dirigeait vers Gethsémani, toujours au chant des hymnes, et on y lisait saint Luc, xix, 29-38; ensuite à la Piscine probatique (voir Dictionn., t. xiv, à ce mot) où on lisait saint Marc, xi, 1-10. Alors, la procession, faisant un détour, revenait sur ses pas afin de se rendre à la basilique Majeure dans laquelle on pénétrait au chant d'une hymne, et la cérémonie du jour était considérée comme terminée; après quoi on célébrait le lucernaire.

A mesure qu'on avance dans la suite des âges, on voit la procession des Rameaux se faire d'abord à 5 heures du soir puis à 9 heures, ensuite à 3 heures de l'après-midi et, finalement, le dimanche matin. C'est ce que nous montre le Typicon.

« Voici, conformément aux rubriques, quelle était l'ordonnance rituelle de cette cérémonie.

« La solennité s'ouvre à Y Anastasis, dès le soir du « dimanche de Lazare » par le chant d'un invitatoire : « Allons, nous aussi en ce jour, ô nouvel Israël! Église des nations, écrions-nous avec le prophète Zacharie : Réjouis-toi avec enthousiasme, fille de Sion; proclame, fille de Jérusalem, que voici venir à toi ton Roi, doux et sauveur, monté sur le petit de l'âne, petit mis sous le joug. Célèbre la solennité de tenir en main les rameaux des enfants. Acclame : Hosanna dans les lieux très hauts; bénie soit la venue du Roi d' Israël 1 » Cependant le patriarche accomplit le rite de l'encensement du Saint-Sépulcre, après quoi il monte au bêma ( =la chaire épiscopale) où il procède lui-même à la lecture du saint évangile selon saint Jean, xi, 45-xn, 11. Le chœur des psaltes exécute ensuite quelques tropaires et stichères appropriés à la circonstance, puis on prononce un premier renvoi.

« L'assistance se rend alors à la basilique du Martyrium où l'on attend l'arrivée des moines Spoudsei pour célébrer la vigile (àypuTCvîa) suivant le rite usuel des dimanches. Vers la fin de l'office, après le chant du canon, les psaltes entonnent le psaume processionnel cxvn. Lorsqu'on en vient au t. 19 : « Ouvrez-moi les • portes de la justice, afin que j'entre et que je loue le « Seigneur. Cette porte est celle du Seigneur; c'est par « elle que les justes entreront », le patriarche, les évêques et les prêtres procèdent ensemble à une entrée solennelle à Y Anastasis. Ils pénètrent seuls dans l'édicule du Saint-Sépulcre; l'archidiacre et les diacres viennent se placer à l'entrée du monument pour y chanter, entre le verset Benedictus et YHosanna, une antienne proclamant la royauté du Christ. Suit la lecture de la péricope évangélique de saint Jean, xxi, 15-25, couronnée par l'exécution de plusieurs tropaires ayant pour objet la célébration du mystère de la Résurrection. Sur ce, la procession se reforme et se dirige vers le Golgotha. Le patriarche accède seul au Calvaire afin d'y accom-

1 H. Vincent et F.-M. Abel, Jérusalem, t. u, 1914, p. 228- 230, 231. — " P. Geyer, Itinera hierosolymitana, p. 82-84.

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