RAMEAUX (DIMANCHE DES) — R AO UL- ROC HETTE
plir le rite de l'encensement. Dès qu'il en est redescendu, le cortège reprend sa marche vers VAnaslasis. Les psaltes contournent le Saint-Sépulcre, gagnent le chœur de l'église, où ils exécutent derechef trois odes de circonstance. Le patriarche, environné de son clergé, se rend alors à l'endroit réservé aux catéchumènes, puis on prononce le congé.
« Le moment est ainsi venu d'ouvrir l'action symbolique de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Le patriarche, escorté de tout le peuple chantant le Gloria in excelsis, gravit le mont de l'Ascension jusqu'à Béthanie où a lieu la distribution de l'olivier. Ce rite accompli, le patriarche distribue à l'assistance des palmes, des rameaux et des cierges. A cet instant, quelques hommes vigoureux se chargent de l'olivier, symbole de l'arbre de la rédemption qui sera de la sorte transporté avec honneur sur tout le parcours de la procession.
« De Béthanie, on se rend d'abord sur les lieux qui furent témoins de l'Ascension. Durant la marche, la foule enthousiasmée chante le tropaire : « Hosanna « dans les lieux très hauts! Béni soit celui qui vient au « nom du Seigneur! » A la station sur Y Imbomon, le patriarche lit solennellement l'évangile de saint Marc, xi, 1-11, qu'il fait suivre d'une longue oraison. Le cortège s'ébranle alors de nouveau et descend à Gethsémani. La station y est marquée par la lecture de l'évangile de saint Luc, xix, 29-38, accomplie par le premier vicaire du tombeau de la sainte Vierge. La procession se dirige ensuite vers la Piscine probatique. Au cours de la station, l'archiprêtre de l'église érigée en cet endroit vénéré est appelé à l'honneur de lire en public l'évangile de saint Jean, xn, 12-18, et de prononcer la prière usuelle. Faisant alors retour de la Piscine probatique, le cortège se dirige vers la porte royale de la basilique de Saint-Constantin afin d'y procéder à une entrée solennelle. De même, l'assemblée se porte au Golgotha et se range avec ordre sur l'emplacement du « Saint Jardin » (= Atrium en avant du Saint-Sépulcre). Un chantre entonne le prélude : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », etc., accompagné du verset initial du psaume cxvn. Suit la leçon prophétique de Zacharie, ix, 19, couronnée par la lecture de saint Matthieu, xxi, 1-17. A peine cette lecture est-elle terminée que le peuple se prend aussitôt à dépouiller l'olivier rapporté de Béthanie et planté, au préalable, au pied du Calvaire en souvenir du crucifiement. Sur ces entrefaites, après une ekténie du diacre suivie d'une longue oraison récitée par le patriarche, on prononce le congé.
« L'assemblée se rend alors à l'église de Saint-Constantin où se trouve la relique de la vraie Croix. On y célèbre avec pompe la liturgie de saint Jacques. La leçon de l'Apôtre est tirée de Philipp., iv, 4-9. A l'archidiacre revient l'honneur de proclamer la leçon évangélique empruntée de nouveau à saint Jean, xu, 1-11. Après la communion, toute l'assistance se porte derechef à V Anaslasis où l'on prononce le congé définitif. «Ainsi, conclut le rédacteur du Typicon «la cérémonie se termine suivant la coutume, au lieu même où elle avait commencé. Du reste, nous accomplissons encore les mêmes rites le jour de Pâques. A la sortie du clergé du Saint-Sépulcre, les psaltes exécutent du haut de l'ambon le kondakion de la fête • ».
III. En Espagne. — « En Occident, a écrit L. Duchesne 2, [le rite de la procession des Bameaux] s'introduisit assez tardivement à partir du vme et du
1 J.-B. Thibaut, Ordre des offices de la semaine sainte à .Jérusalem du IV' au -Y» siècle, in 8°, Paris, 1926, p. 16-19. Cf. A. Baumstark, La solennité des palmes dans l'ancienne et la nouvelle Home, dans Irenikon, t. xm, 1936, p. 3-24. — ' Origines du culte chrétien, 5" édit., 1920, p. 260-261. — 3 De ofliciis, I, x. — • * De ofjiciis, I, xxvm. — 5 M. Férotln,
ixe siècle. Les anciens livres liturgiques latins ne le mentionnent en aucune façon. Amalaire en parle, mais en termes qui n'indiquent pas que l'usage fût universel 3. Saint Isidore, sans mentionner explicitement la procession, parle du dies Pulmarum * et semble viser l'usage de porter ce jour-là des rameaux à l'église et de crier Hosanna. » Il eût été facile à L. Duchesne de corriger ce qu'on vient de lire.
On lit ce qui suit dans le Liber ordinum en usage du ve au xic siècle dans l'Église mozarabe : Ordo babtismi celebrandus quolibet tempore 6. Comme on le voit par ce titre, il ne s'agit ici que des rites du baptême quolibet tempore en dehors du samedi saint. A l'époque où le baptême était conféré solennellement aux catéchumènes le samedi saint, le rite de l'ouverture des oreilles ou efjetalio (c'est le terme dont se sert saint Ildefonse) 6 avait lieu en Espagne le dimanche des Bameaux. Cette cérémonie se pratiquait dans une assemblée matutinale. Si cette partie du rituel wisigothique est de la même date que l'ensemble des formules précédentes, ce qui ne paraît guère douteux, nous avons entre les mains dans le Liber le cérémonial le plus ancien de la bénédiction et de la procession des Bameaux, sous ce titre : Ordo in ramos palmarum ad missam '. On ne connaissait jusqu'ici, se rapprochant sensiblement de la date du Liber, qu'un texte incomplet du missel de Bobbio, qui date de la fin du vu» siècle : Benedictio palmœ et olivœ super altario. Saint Isidore mentionne « la célébration du jour des palmes » et fait allusion d'une façon assez claire à l'usage de porter des rameaux. D'après le Liber ordinum, l'évèque bénissait les palmes (ou des branches de saule et d'olivier) dans une église de la ville; puis la procession s'organisait, et accompagné de tout le peuple portant des rameaux, il se rendait dans une autre église, où avait lieu la tradition du symbole aux catéchumènes, suivie de la messe à l'ordinaire.
H. Leclercq.
RAOUL-ROCHETTE (Désiré). Désiré
Baoul-Bochette naquit le 7 mars 1790 à Saint-Amand (Cher) et mourut à Paris le 5 juillet 1854. L'œuvre de ce savant aurait été dévouée en entier à l'antiquité classique si on n'y rencontrait un travail que nous avons consulté et cité plusieurs fois à raison de son mérite d'autant plus digne d'éloge qu'on ne doit pas oublier la date à laquelle il a paru. Nous voulons parler des Trois mémoires sur les antiquités chrétiennes des catacombes, réunies dans le tome xm des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres qui porte la date de 1838, et c'est un centenaire qui, à nos yeux, en vaut beaucoup d'autres.
Ces mémoires sont intitulés : I. Peintures des catacombes, p. 92-169; IL Pierres sépulcrales, enuisagées sous le double rapport des formules et des symboles funéraires, p. 170-263; III. Objets déposés dans les tombeaux antiques, qui se retrouvent en tout ou en partie dans les cimetières chrétiens, p. 529-788. Cette étude occupa D. Raoul-Rochette pendant plusieurs années et les trois mémoires furent lus à l'Académie à de longs intervalles : en août 1830, en janvier 1831 et en mars 1836. L'année suivante, il adressa au public un guide intitulé Tableau des catacombes de Rome, in-12. Paris. 1S37. avec 8 planches au trait.
Les trois mémoires ne le cédaient pas a ses autres travaux par la connaissance du sujet et la sagacité de la critique. Raoul-Rochette avait, à plusieurs reprises. visité de la Borne souterraine.ee qui en était accessible
Liber ordinum, 1901, col. 24, — * De COgnitioiU baptismi. C. xxxiii. - ' M. Férotin. Le Liber ordinum en usage dans l'Église tviiigothique et mozarabe d'Espagne du V* au .\ de, COl. 178. Le titre Ad missam veut dire simplement que ta cérémonie avait lieu à L'heure de la messe: d'ailleurs. la messe proprement dite ne s'y trouve pas.