RATIONAL — RATISBONNE
romain existait au début du vie siècle et à la fin du Ve; et, d'après ce que dit Ruinart, ces deux palliums étaient identiques.
Quand les métropolitains reçurent de Rome le pallium romain, ils renoncèrent au gallican ' qui perdit son nom vers le vm« siècle et conserva celui de rational a. Cet insigne alors devint épiscopal et fut parfois désigné sous le nom de pallium des évêques et de surnuméral. Jusqu'au ixe siècle, le rational était placé sur les épaules et s'y maintenait sans fibules. Il consistait en une bande large, ornée de pierreries, posant de telle façon qu'on l'appela souvent superhuméral. Il n'y a donc pas de témérité, dit Ruinart, à croire que le rational est l'ancien pallium gallican, que le pallium romain, réservé aux métropolitains et à quelques évêques, remplaça.
II. Les deux palliums. — En 1071, Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, se rendit à Rome et le pape Alexandre lui remit deux palliums : un se trouvait sur l'autel, l'autre des mains du pontife : Honorifice a sede apostolica susceptus, Lanfrancus, unum quidem pallium ab allari Ecclesiie romanœ more accepit, allerum vero in indicium sui amoris, videlicet'cum quo missam celebrare solebat Alexander ei papa sua manu porrexil 3. Pareille faveur avait été accordée à Hincmar de Reims 4 et à Bruno de Cologne 6. Le cardinal Bona a cru que ces deux palliums n'en étaient qu'un seul, unum et idem B; mais alors le don du deuxième ne constituait pas une faveur, mais un complément; or, ce deuxième était si bien distinct du premier que le pape s'en servait chaque jour pour célébrer la messe.
L'existence de deux palliums distincts est prouvée par de nombreux textes et certains recourent au mot ralionale pour désigner l'un des deux, par exemple : Lucius III (1182), Clément III (1198), Innocent III. Le rational n'avait pas une forme constante quant aux accessoires, mais il rappelait l'insigne de ce nom que portait le grand-prêtre juif, sorte de plaque ornée de douze cabochons posée et suspendue sur la poitrine. En 1133, dans un synode romain, le pape Innocent II accorde à Berthold, évêque de Paderborn, l'usage du rational : Et quoniam tanquam Aaron ad pontiflcalis dignilalis fastigium diuina providentia te credimus evocatum, et loco Moysi ad regimen es... usum rationalis libi luisque successoribus ex apostolica sedis benignilale concedimus '. Ce rational était accordé à l'évèque et à ses successeurs et non en vertu d'un droit comme celui du métropolitain.
Semblable concession fut faite aux évêques de Toul, d'Auxerre, mais ceci est déjà d'une époque plus tardive, tandis que nous apprenons que saint Willibald (700-786), évêque d'Eichstâdt, reçut, au dire d'un de ses successeurs, à raison de sa dignité, un vêtement de grande valeur : In cujus dignilatis evidentiam vestitura magni ornalus ac sanctir (igurationis ei concessa... et successoribus... vocatur autem veslis isla Rationale. quo etiam summus sacerdos accedens ad Sancta Sanctorum olim supervesliebalur. Habebat autem Rationale summus Pontifex, in lege veleri, in prœftgurationem mullœ perfeclionis et pontificibus Novi Testamenti quibusdam concedilur in exibitionem consummatœ virtutis, quœ gratia et ratione perficilur a qua Rationale diclum esf.
H. Leclercq.
RATISBONNE. — I. La ville. IL Le christianisme. III. La Confessio de saint Emmeran. IV. Épigraphie.
1 Ibid., t. tl, p. 455. — « Ibid., t. n, p. 459. — " Guill. de Malmesbury, De gesiis ponlif., 1. I. — * Dom Marlot, Histoire de Reims, t. h, p. 649. — • Ruinart, op. cit., t. il, p. 546. — • Bona,' Rerum liturgicarum, t. n, p. 281. — ' Concilia Germaniœ, t. m, p. 326. — • Vita S. Willibaldi
I. La ville. — Ratisbonne (Regensburg) est située en Bavière, à une centaine de kilomètres à vol d'oiseau de Munich, sur la rive droite du Danube, en face du confluent du Regen et de la ville de Stadtambof à laquelle elle est reliée par un pont de pierre long de 347 mètres. Ratisbonne, l'ancienne ville gauloise de Radaspona, la Castra Regina des Romains, fut choisie par ces derniers comme centre de leur puissance sur le haut Danube; on a relevé divers vestiges de leur établissement : les assises d'une tour, les restes d'une muraille, etc. A la chute de l'empire romain, la ville tomba aux mains des Ostrogoths, ensuite elle passa aux ducs de Bavière. Lorsque le dernier d'entre eux, Tassilo, eut succombé sous les coups de Charlemagne, ce prince fit de Ratisbonne une des villes importantes de son empire et sa situation géographique en fit bientôt un grand centre commercial. Dès 887, c'était au dire d'un abbé de Reims « un lieu de rendez-vous pour les négociants et les fabricants, un entrepôt d'or et d'argent, de toile et d'écarlate, un port où abordaient et d'où partaient sans cesse des navires. »
IL Le christianisme. — Ce fut un certain Emmeran, né à Poitiers, vers 605, qui introduisit le christianisme à Ratisbonne; on a même pensé voir en lui un évêque de Poitiers et cette tradition bavaroise a été acceptée par le Gallia chrisliana; elle semble néanmoins douteuse, en tout cas le catalogue épiscopal de Poitiers ne le mentionne pas, peut-être parce qu'il aurait renoncé à ce siège, peut-être aussi parce que la tradition de Ratisbonne n'est pas fondée. II existe une Vita S. Emmerammi par l'évèque Arbeo de Freising dans laquelle on lit ces mots : Relicta igitur domo immensisque substantiis totque turbis parentum prœdictœ urbis sedi alium episcopum staluit, où l'on voit que le biographe se range à l'opinion qui fait d'Emmeran un évêque de Poitiers. Cependant à l'époque où on prétend le faire occuper ce siège, vers le milieu du viie siècle, nous voyons un évêque Dido, oncle de saint Léger d'Autun, sur la chaire de Poitiers où il succéda à Jean avant la mort de Clotaire II, roi des Francs (628). Vers 656, l'évèque Dido fut chargé par l'usurpateur Grimoald de conduire en Irlande le jeune fils de Sigebert III, et après son retour, en 663, il souscrivit à un privilège pour Corbie; enfin. Dido est nommé dans une charte (authentique?) de Childéric II, en date du 1er mars 669 ou 670; on ignore la date de sa mort, mais son successeur Ansoald occupa le siège entre 674 et 696. Il paraît donc bien difficile de trouver une vacance pendant laquelle Emmeran aurait gouverné l'Église de Poitiers, à moins qu'on ne la place entre Dido et Ansoald '.
III. La coxfessio de saint Emmeran. — Il existe à Ratisbonne une église romane placée sous le vocable de saint Emmeran et il était permis de penser que le corps de l'évèque martyr y avait reçu la sépulture; en conséquence on entreprit des fouilles le 8 mai 1894 10; elles aboutirent à un résultat presque inespéré : la découverte du sarcophage et des restes de saint Emmeran lui-même. — Du moins, le crut-on d'abord.
En 1645 on avait trouvé dans le maître-autel des reliques que l'on avait prises pour celles du saint martyr; en 1873, l'évèque de Ratisbonne avait fait procéder à une nouvelle reconnaissance de ces restes sans que le moindre doute se fût élevé sur leur authenticité. Il faut croire qu'après l'incendie de 1642 dont on ne se pressa point de réparer les ravages, la tradition sur la position exacte du corps de saint Emmeran s'effaça,
auctorc Phtlippo, c. xxm. — • B. Sepp, Arbeonis episcopi FrtsingensU Vita S. Emmerammi authentica, dans Anal. boll.,l.viu, 1899, p. 211-255; 356-357. — '• J.-A. Endres. Die neuenldeckte Confessio des heil. Emmeran zu Regensburg, dans Rômische Quarlalschrift, t. Ut, 1895, p. 1-55.
HATISbONNK
à moins de supposer — le cas ne serait pas isolé qu'elle s'était perdue depuis longtemps. Arnold de Saint-Emmeran, dans le Liber de miraculis S. Emmerammi '. nous apprend que de son temps, vers le milieu du xi° siècle, le corps du saint martyr reposait derrière l'autel de Saint-Jean-Baptiste, les pieds tournés vers cet autel, d'où le nom de ud pedes, de pedibus, qui plus tard fut mal compris et expliqué par la périphrase ad pedes sanctorum. Or, aucun document ne fait allusion à une translation postérieure à cette époque, et c'est précisément à l'endroit désigné qu'a été trouvé l'antique sarcophage, renfermant, tout semblait l'indiquer, les restes d'un martyr. Cette place correspond à peu près au milieu de l'abside: ce n'est donc pas à l'intérieur du maître-autel, mais au-dessous et un peu en arrière que se trouvait la confession de saint Emme-
'N.A^Ib&l
10587 — Inscription de Ratisbonne, d'après Rômische Quartalsahrift, t. vi, 1892, pi. i\.
ran. Le retable de pierre que l'on a retrouvé là et qui parait dater du xne siècle, masqua peut-être, depuis cette époque, l'ouverture qui donnait sur la confession et contribua à faire oublier la position exacte de celleci. On s'explique aisément qu'au xvne siècle les reliques trouvées sous l'autel aient été prises pour celles de saint Emmeran; celles-ci reposaient plus bas, dans le sarcophage que nul n'avait plus vu depuis des siècles.
Tout cet échafaudage pouvait paraître solide et recevait des suffrages 2, mais le vent tourna. M. Br. Krusch contesta l'identification proposée des ossements découverts avec ceux de saint Emmeran; M. G. Anton Weber tenailla le texte d'Arnold de Saint- Emmeran et montra, à l'aide d'une ponctuation hardie, que les conclusions tirées des fouilles étaient insoutenables; bref on avait découvert le tombeau du comte Babon d'Abensperg 3. La démonstration fut contredite mais pas réfutée *.
IV. Épigraphie. — Le doute qui persiste sur les ossements assez mal conservés n'atteint pas l'historicité et le martyre du personnage de saint Emmeran. Toutefois, on a pu se demander si, avant le milieu du vne, la ville de Ratisbonne n'avait pas compté d'autres martyrs. Aucun récit hagiographique ne témoigne en leur faveur, on ne peut invoquer qu'un monument épigraphique qui, à première vue, semble décisif. Sur une pierre calcaire mesurant 0 m. 54 sur 0 m. 30 à 0 m. 37 et 0 m. 12 d'épaisseur, on lit le texte donné ici (lig. 10587) et qui n'offre pas de difficultés à la lecture, nonobstant quelques ligatures. La forme du mono-
1 Voir les textes dans l'édition Canisius-Basnage, t. ni, p. 114. Celle des Monumenta Germaniœ omet le passage. — a H. von Walderdorfl, Die neuentdeckte Confessio des heil. Emmerwn zu Regensburg. Separalo.bdru.ck ans der Beilage zur Ausburger Postzeitung, n. 13, 1895; Anal, bail., t. xiv, 1895, p. 211-213. — s G.-A. Weber, Die Reliquien des
DICT. VKCII. OHitÉT.
gramme se rencontre en Gaule et à Rome dès le milieu du IVe siècle, et la paléographie peut être reportée vers cette date, d'où il résulterait que Ratisbonne possédait alors des martyrs locaux. Mais c'est là une conclusion bien hasardée. Le texte semble devoir se lire ainsi : In Christo. B(onse) M (emarin- ) Sarmann(a)e ou Sarmann[i\n(a)e, quiescenli in pace. Marlf i )r( i ) bus sociata .
L'expression par laquelle se termine l'inscription a reçu une double explication. Les uns y ont vu l'honneur de l'inhumation dans le voisinage des corps des martyrs (voir Dictionn., t. i, au mot Ad sanctos), les autres l'ont entendue de l'âme de la défunte admise dans la compagnie des martyrs. Ces deux opinions sont défendables et on peut citer d'autres inscriptions sur lesquelles on lit une pensée analogue, par exemple à Salone : HONORIA... MARTYRIBVS ADSCITA; à Lyon : PROCVLA... A TERRA AD MARTYRES; à Trêves : QVI MERVIT SANCTORVM SOCIARI SE- PVLCRIS; à Trêves encore : MERVIT SANCTORVM ESSE CONSORTEM
La pensée n'est donc pas nouvelle; le nom de la défunte se lit pour la première fois dans l'épigraphie chrétienne et, croyons-nous, dans l'onomastique. Si l'on tient à y découvrir un nom barbare, il n'en est que plus surprenant de lire ce nom parmi des formules chrétiennes et un symbole qui sont d'un usage courant en Gaule et en Italie aux ive et ve siècles. Qu'à pareilles dates la ville de Ratisbonne fût en possession de martyrs locaux qu'on ne nomme pas et qu'aucun texte authentique ou apocryphe ne mentionne, ceci est fait pour surprendre. Ne serait-il pas vraisemblable de croire que l'épitaphe de Sarmanna ou Sarmannina a été apportée à Ratisbonne. A quelle époque'? On sait qu'elle fut trouvée en 1849 entre la porte Saint-Jacques et le Kumpjmiïhl, dans le jardin d'un nommé Herbst, architecte; ceci ne ferme pas la porte aux conjectures et les dimensions comme le poids de la (lierre, conservée au musée de Ratisbonne, n'excluent pas l'idée de son transport dans une valise.
Bibi. — Gumpelzheimer, clans Verhandlungen des hist. Vereins fur die Oberpfalz und Regensburg, t. v, 1849, p. 24 sq., fig.; Hefner, dans Verhandlungen..., t. xiii, p. 36; Le même, Das rômische Bayern, 3e édit., 1852, p. 246, pi. n, n. 22; Edm. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, in-4°, Paris, t. i. 1856, p. 472; Becker, dans Jahrbiicher des Vereins von Alterthumsfr. im Rheinlande, t. xxvi, 1858, p. 168; Steiner, Scanmluny und Erklàrung àltchristl. Inschrijlen in den Gebieten der obern Donau und des Rheins, 1859, p. 60, n. 1 10; Steiner, Cedex inscriplionum romanarum Dannbii et Rheni, 1862, t. iv, p. 112, n. 2611; Mommsen, dans Corp. inscr. lai., t. m, vol. il, p. 734, n. 5972; Hubert, Einfùhrung des Chrislentum in Siidosldeutschl., 1874, p. 244, pi. n ; Dahlem, dans ibid., 1881, p. 21, n. 57; Janner, Geschichle der Bischôje von Reqensburg, 1883, t. i, p. 23; Ad. Ebner, Die âltesten Denkmale des Chrislenlhums in Regensburg, dans Archœologische Ehrengabe... zu Di Rossi LXX. Geburtslage, Roma, 1892, p. 154-179, pi. ix, et dans Rômische Quartalschrift, t. vi, 1892, p. 154-179, pi. ix.
H. Leclercq.
RAVENNE. I. Histoire. IL Martyrs de
Ravenne. III. Premier cimetière. IV. Liste épiscopale. V. Liturgie. VI. Rouleau de Ravenne. VII, Liber pontiftealis Ravenme. VIII. Palais et tombeau de 4'héodoric. IX. Les mosaïques. X. Mausolée de Galla Placidia. XI. Baptistère des orthodoxes. XII. La basi-
lieil. Emmeram, dans Studien und Mittlieii. ans ileni bened. und cistere. Orden, t. xxvn, 1906, p. 38-58, 254-270. — ' J.-A. Endres, Die Konfessio des Id. Emmenait zum dritteu Mal. Eine Erwiderung, dans Rom. Quartalschr., t. xxi,1907, p. 18-27; [Id., Beitrâge zur Kunst-und Kulturgeschichte des mittelalterl. Regensburgs, Ratisbonne, s. d. (1924)].
RAVENNE
lique Ursienne. XIII. Église Sainte-Croix. XIV. Chapelle du palais archiépiscopal. XV. Saint-Apollinaire- Neuf. XVI. Saint-Vital. XVII. Saint-Apollinaire in Classe. XVIII. Saint-Michel al Frigiselo. XIX. Baptistère des ariens. XX. Église Saint-François. XXI. Église Saint-Jean-l'Évangéliste. XXII. Église Sainte- Agathe-Majeure. XXIII. Église Saint-Théodore. XXIV. Église Saint- Jean-Baptiste. XXV. Les sarcophages chrétiens. XXVI. Essai de classement. 1° Mausolée de Galla Placidia; 2° Saint-Vital; 3° Cathédrale; 4° Palais archiépiscopal; 5° Musée national; 6° Saint- François; 7° Saint-Jean-Baptiste; 8° Sainte-Marie du port extérieur; 9° Saint-Apollinaire in Classe; 10° Devant la porte Neuve. XXVII. Autels. XXVIII. Transennes et plaques ajourées. XXIX. Ambons. XXX. Chapiteaux. XXXI. Colonnes. XXXII. Plat de bronze. XXXIII. Plaques d'or ciselé. XXXIV. Stuc. XXXV. Ivoire. XXXVI. Croix stationale de saint Agnellus. XXXVII. Cosmographe de Bavenne. XXXVIII. Papyrus de Bavenne. XXXIX. Épigraphie. XL. Pierres gravées. XLI. Bavenne au xvir3 siècle. XLII. Bibliographie.
I. Histoire. — Bavenne, chef-lieu de la province de ce nom, est située à 7 kilomètres de la mer Adriatique, dans une plaine marécageuse. Elle fut fondée à l'époque ombrienne mais végéta jusqu'à l'époque de l'empire romain. Auguste fit creuser un port pour abriter la flotte de l'Adriatique et il garda le nom de Portus classis; le port fut relié à la ville et au fleuve du Pô par des canaux. Entre Bavenne et Classis un quartier s'éleva qui porta le nom de Cœsarea, bâti sur pilotis. Cependant le port fut peu à peu envasé par les alluvions du fleuve, les canaux s'obstruèrent et devinrent inutilisables. Bavenne cessa d'être la station de la flotte, toutefois elle demeura le chef-lieu de la province Flaminienne. Vers le temps où Borne perdit sa grandeur politique au profit de Constantinople, l'empire d'Occident devint si peu sûr que son maître, Honorius, jugea prudent de quitter Borne pour Bavenne que sa situation géographique parmi un réseau de canaux rendait presque imprenable. La ville devint ainsi la seconde capitale de l'Italie durant le vc siècle. Odoacre y fit sa résidence, après lui Théodoric et les rois ostrogoths. Justinien reconquit cette partie de l'Italie. Lorsqu'en 5f>9 les Lombards envahirent l'Italie, les nécessités de la défense produisirent un grave changement dans l'organisation administrative de la péninsule. Dès lors et jusqu'en 751, le terme d'exarchat de Bavenne servit à désigner à la fois, dans son sens le plus général, l'ensemble des territoires possédés en Italie par les empereurs de Byzance, et, dans une acception plus particulière, celle de ces possessions qui était directement administrée par l'exarque, c'est-àdire la province dont Bavenne était la capitale.
Malgré les efforts militaires et surtout diplomatiques des empereurs byzantins pour défendre et conserver leurs possessions italiennes, l'exarchat, déjà bien réduit par les conquêtes du roi des Lombards Liutprand, succomba en 751 sous les coups du roi Astolf. Bien des causes de ruine avaient contribué à l'ébranlement de la domination byzantine, la principale fut l'influence chaque jour grandissante de l'Église romaine sur l'administration impériale et sur les populations, le conflit religieux qui mit souvent aux prises le pape et l'empereur, enfin la politique pontificale qui mit au service des rois francs l'appui longtemps donné aux basileis. La donation de Pépin en 754 fit du pape de Borne l'héritier de l'exarchat en lui
1 Cf. Ch. Diehl, Études sur l'administration byzantine dans l'Exarchat de Ravenne (5611-751), in-8", i'uris. 1888; P. Fabre, dans Bull, crit., t. xi, 1890, p. 324. — • Serm., cxxvni, P. L., t. lu, col. 552. — » G. Loreta, Le chiese di
cédant la province de Bavenne. Bien que comprise dans la donation, Bavenne ne fut pas réellement soumise à l'autorité pontificale. Ses archevêques qui y exerçaient le principal pouvoir étaient, dès l'époque de l'exarchat, entrés en rivalité avec les papes et le conflit se prolongea plusieurs siècles l.
IL Martyrs de Bavenne. ■ — On lit dans le martyrologe hiéronymien les noms de trois évêques de Bavenne : Apollinaire, qui fonda le siège épiscopal; Eleucadius, le troisième titulaire, et Sévère, le douzième. Du premier nous lisons ce témoignage dans un sermon de saint Pierre Chrysologue, un de ses successeurs au ve siècle : Bealus Apollinaris, primus sacerdotio, solus hanc ecclesiam Ravennatem vernaculo atque inclilo marlyrii honore decoravil 2. Au ve siècle on donnait à saint Apollinaire le titre de confessor mais qui avait le même sens que martyr et nous verrons que vers la première moitié du vie siècle il avait une basilique contiguë à son tombeau à Classe. Le Liber pontificalis romain nous apprend que le pape Symmaque (498-514) éleva à Borne un oratoire en son honneur, il y en eut d'autres en Italie et à l'étranger 3. On vient de lire que saint Apollinaire serait le seul martyr ravennate et son successeur Pierre Chrysologue était bien placé pour le savoir, cependant Venance Fortunat semble en avoir connu d'autres, et lui aussi habita Bavenne *:
Inde Ravennatem placitam pelé dulcins urbem pulpita sanctorum per religiosa recurrens martyris egregii tumulum \'ilalis adora mitis et Ursicini, parili sub sorte beati; rursus Apollinaris pretiosi limina ïambe fusus liumi supplcx et templa per omnia curre et ailleurs 6;
Vilalem ac reliquos quos cara Ravenna sepultat,
il s'agit ici des saints Vital et Ursicinus. En outre, dans une passion écrite vers la seconde moitié du ve siècle par un anonyme qui voudrait se faire passer pour saint Ambroise de Milan, on lit que les parents des célèbres martyrs Gervais et Protais s'appelaient Vital et Valérie. Or, Vital était consularis militaris à Bavenne, et avait eu l'occasion d'encourager pendant son supplice un martyr nommé Ursicinus à qui il avait ensuite donné la sépulture. L'auteur de la passio ne précise pas la date, mais Vital fut honoré à Bavenne où il eut une basilique sous son vocable, commencée par l'évêque Ecclesius (vers 522-532) et dont l'archevêque Maximien (546-557) fit la dédicace; on y lisait dans Vatritim une inscription en mosaïque qui confirmait le récit contenu dans la passio.
Dans la basilique de Saint-Vital on voyait alors un autel dédié à saint Ursicinus, c'est ce qui a pu faire croire à Fortunat que Vital et Ursicinus reposaient dans l'église qui avait remplacé trois oratoires dédiés respectivement à saint Vital, aux saints Gervais et Protais et aux saints Nazaire et Celse qui se partageaient la prothèse et le diaconicum. — La basilique était placée sous le vocable de Vital, Gervais et Protais ainsi qu'on le voit s :
ARDVA CONSVRCVNT VENERANDO CVLMINE TEMPLA NOMINE VITALIS SANCTIFICATA DEO.
CERVASIVSQVE TENET SIMVL HANC PROTHASIVS ARCEM QVOS CENVS ATQVE FIDES TEMPLAQVE CONSOCIANT
Le martyrologe hiéronymien, au 19 juin, rapproche ces cinq noms : In Mediolano civilate natale sanctorum.. Gervasi, Prolasi... alibi Valtrise... Vitalis, Ursicini et
ce sont en effet des saints en étroit rapport avec Milan,
Sant'Apollinare,in-Sa, Bologna, 1024. — « Venance Fortunat, Vita s. Martini. I. iv, vs. 680-685. — » Carmen VIII, m, vs. HiT. — ■ Testi-Rasponi, Codex pontificalis
Ecclesiœ Ravennatis, p. 172.
RAVENNE
ainsi que saint Victor, qui devinrent populaires à Ravenne. Ceci peut s'expliquer par le transfert de la cour impériale de Milan a Ravenne, en 409; Honorius, Galla Placldla ne pouvaient, en changeant de ville, renoncer à de chères dévotions et il se peut que Placidia ait fait élever à saint Vital un édifice dont les fondai ions ont été retrouvées sous celui qui le remplaça au vic siècle.
Peut-être est-ce à l'un des membres de la famille impériale transplantée à Ravenne que le martyr illyrien Ursicinus a dû d'avoir son autel dans la basilique de Saint-Vital, à gauche de l'abside.
Dans la passio des saints Gervais et Protais, faussement attribuée à saint Ambroise ', nous voyons reparaître les trois titulaires de la basilique de Saint- Vital et Saint-L'rsicinus. Cette pièce légendaire paraît avoir été composée à Ravenne soit à la fin du ve siècle, soit dans le premier quart du vr2 2, elle a été composée sans aucun souci historique et a exploité la donnée suivante : Vital, père de Gervais et de Protais, fut martyrisé à Ravenne ainsi qu'L'rsicinus. S'ensuit-il que Fortunat soit autorisé à placer les reliques de Vital et d'Ursicinus à Ravenne? D'après ce qu'il nous apprend, on leur y rendait un culte aussi solennel que si leurs reliques y avaient été conservées. Mais elles ne s'y trouvaient pas; c'étaient des reliques représentatives; les fouilles pratiquées à Saint-Vital en ont apporté la preuve.
Le martyrologe hiéronymien, avons-nous dit, mentionne saint Apollinaire au 23 juillet :
.v kal. aug. Ravenna Apollinaris et saint Sévère au 1er février :
Kal. feb Ravenna Severi episcopi et conf.
Ces deux dates traditionnelles ne doivent pas être contestées. Le premier est incontestablement martyr; le deuxième n'a pas de droits à ce titre et dans le manuscrit d'Epternach on le retrouve, mais au 1er janvier, avec cette variante : Ravenna depositio sancti Severi cum ffb : suis qu'on a interprété cum fratribus suis ou bien cum filiabus suis ou plus simplement conf. Dans ce même martyrologe on lit au 9 avril :
v id. april. Ravenna dedicatio oratorii sancti Polieuct,
avec cette variante : Policti. S'agit-il de saint Polyeucte, martyr de Mélitène? On ne trouve dans les textes aucune mention de cet oratoire, mais seulement dans le Liber pontificalis d'Agnellus un certain monasterium (c'est-à-dire un oratoire) sancti Pullionis construit sous l'évêque Libère III, qui vécut à la limite du ive et du ve siècle et qui fut enterré in monasterio sancti Pulionis quem suis lemporibus œdificatum est, non longe a porta quee vocatur nova. Ce Pulionis est-il le même que le Polieucti (ou Policti)! Chacun d'eux a pu avoir son martyrium à Ravenne, sans qu'on en devine le motif, pas plus qu'on ne devine pour quelle raison saint Georges, sainte Euphémie, les saints Serge et Racchus, saint Théodose y ont joui d'un culte. Les 24, 25 et 26 janvier, dans l'hiéronymien on lit Ravenna parmi beaucoup de noms sans rapport avec cette ville, de sorte qu'on a pu se demander si cette mention topographique ne se rapporte pas à ce qui se lit au 27 janvier : El dedicatio basilicœ sancti Victoris, de sorte qu'il faudrait entendre : Ravennse dedicatio basilicœ sancti Victoris. La basilique actuelle de saint Victor s'élèverait donc sur un édifice construit à
1 Bibl. hagiogr. lat., n. 3514. — * Testi-Rasponi, op. cit., p. 164. — » Testi Rasponi, op. cit., p. 63. — « P. L., t. lu, col. 552. — 6 H. D., L'hagiographie ancienne de Ravenne, dans Analecta bollandiana, t. xlvii, 1929, p. 17-21. — 6 Levi, Salle origine délia citlà di Ravenna, dans La Romagna, 1908, p. 239 sep; Félix Ravenna, suppl. u, fasc. 1, p. 77 sq. Au temps de Théodorie il y avait des juifs à Ravenne
l'époque de Théodose en l'honneur du martyr homonyme de Milan3. Peut-être Ravenne aura t-elle compté d'autres martyrs, il n'est pas difficile d'en rencontrer d'autres dans des passions de valeur douteuse, par exemple : une sainte Illuminata nata et nutrita in partibus provinciœ Ravenna', martyre à Todi; Sévère, natus et nulritus Ravennœ, martyr à Orvieto; les saintes Fosca et Maura, martyrisées à Ravenne, mais tous ces noms ne peuvent se réclamer que de documents peu anciens, si peu anciens qu'il faut descendre parfois jusqu'au xive siècle. En définitive ce qu'il y a de plus sage, c'est peut-être de s'en tenir, à l'affirmation de saint Pierre Chrysologue. qui était né à Imola et vivait au ive siècle : Beatus Apollinaris... SOLUS hanc ecclesiam Ravennalem vernaculo atque inclylo martyrii honore decoravit 4.
Mentionnons d'un mot des martyrs douteux dont les noms ne peuvent être retenus 6.
III. Premier cimetière. — Le premier évêque de Ravenne et ses successeurs jusqu'à Sévère inclusivement et peut-être jusqu'à Probus II (le quatorzième du catalogue, seconde moitié du ive siècle) furent enterrés près des murs de Classe. D'après cela on peut supposer que la première communauté chrétienne de Ravenne se composa, au moins en majorité, de la population de Classis et de ses environs où se trouvaient beaucoup d'étrangers comme dans tout port de mer *. Les plus anciennes inscriptions chrétiennes de Ravenne ont été trouvées, non près de la ville, mais dans les environs du port. Un petit cimetière découvert en 1756 par L. Lovatelli près de la basilique de Saint- Apollinaire-in-Classe donna trois épitaphes chrétiennes pour vingt-deux païennes, et quelques-unes de celles-ci ayant été remployées pour des tombes chrétiennes. En outre les plus anciennes églises de Ravenne mentionnées par Agnellus, s'élevaient dans le voisinage de Classe et les traditions ravennates des vne et viiie siècles placent à Classe le premier baptistère. Les successeurs de Probus III furent enterrés près de Ravenne et depuis que l'empereur Honorius, vers 404, eut transféré la capitale de l'empire d'Occident à Ravenne, on construisit dans l'enceinte de cette ville une cathédrale appelée Anastasis; toutefois Classe conserva son antique cathédrale avec son clergé distinct de celui de Ravenne et son organisation proprement dite : classicana Ecclesia. Toutefois l'évêque de Classe rentra dans la ville de Ravenne; mais nous n'en sommes pas là.
L'attention fut appelée sur le cimetière chrétien de Classe par J.-B. De Rossi ' qui se rendit sur place pour l'étudier. Les camaldules de Ravenne, dans leurs Vêlera monumenta ad Classem erula 8 décrivent en ces termes la découverte d'un cimetière chrétien, en 1756, près de Saint-Apollinaire-in-Classe : Lcander Lovatellus Ravennas et monacluis Camaldulensis... efjossa humo, eo loco, in quo olim templi ardica eminebat... (repperit) ad altitudinem septem circiter palmorum slratum quoddam duro admodum cœmento coagmentatum... Eodem elato conspicua fuere multa sane sepulcra, quorum idem non semper ordo. Pleraque ex lateribus omnino confecta erant, quiedam tanlummodo obstrucla lapidibus marmoreis, in ea lapidum parte, quœ in cadavera spectabal, characteribus insculplis : unum et alterum tamen inspeximus, quorum lituli in oculos inluentium incurrerent... Non dubitamus quin chrisliani iis (lapidibus) usi sint, deletis tam atque excisis gentilium œdiftciis... Hujus loci ampliludo ab Austro ad Borcam est
ainsi que nous le voyons par l'Anonyme de Valois (Monum. Germ. hisl., Chron. min., t. i, p. 326) et par la Vila S. Elentherii Tornacensis. — ' E. Ferrero, L'ordinamento délie armale romane, in-8°, Torino, 1878, p. 132, 141; De Rossi, Il primitive cimitero crisliano di Ravenna presso S. Apollinare in Classe, dans Bull, di arch. crist., 1879, p. 98-117. — ' Pages v-vi.
pulmorum jere 106, ab oriente sole in occidentem palm. 40... Distat a basilica S. Apollinaris circiter 1/8 mill. On pourrait, d'après ce qu'on vient de lire, croire que ces tombes sont postérieures à la paix de l'Église, ce qui ne s'accorde pas avec la chronologie des inscriptions. Aucune d'entre elles n'offre ce qui se rencontre souvent à Ravenne aux v°, vie et vne siècles, c'est-àdire une date certaine; aucune des tombes ne présente les sculptures qu'on y voit sur les monuments du temps
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