LXXV AEPO S I T V S EST SA VII ID MAIS
Vitalis, famnlus Dei, eremila, vixit in pacean. Ixxv depositus est sub die vij id. maias.
Bibl. — P. Monceaux, dans Bull, archéol. du Comité,
1905, p. clxxxix; P. Gauckler, Rapport sur des inscript, lut. découvertes en Tunisie, dans Nouv. arch. des miss. se. et lill., t. xv, 1908, p. 420; L. Carton, dans Bull, de la Soc. archéol. de Sousse, 1906, p. 71, n. 20; P. Monceaux, Hist. litt. de V Afrique chrétienne, t. in, p. 79, note 1 ; P. Gauckler, Inventaire des mosaïques, t. n, p. 87, n. 253.
VI. Miniature. — Le reclus Hartker (voir Dictionn., t. vi, col. 2057, fig. 5582).
VIL Bibliographie. — J. Ascn, Die Klausen in Kôln, dans Annalen des historischen Vereins fur den Niederrhein, t. ex, 1927, p. 180-201. — A. Basedow, Die Inclusen in Deutschland vornehmlich in der Gegend des N iederrheins um die Wende des XII. und xm. Iahrhunderts, Meidelberg, 1895. — J.-M. Besse, Les moines d'Orient antérieurs au concile de Chalcédoine, in-8°, Paris, 1900, p. 36-42; Les moines de l'ancienne France : Période gallo-romaine et mérovingienne, in-8°, Paris,
1906, p. 212-221 ; Anachorètes, dans Dictionn. de théol. calhol., t. i, col. 1138-1140. — M. Boudet, Documents inédits sur les recluseries du Moyen Age. La recluserie du pont Sainte-Christine à Saint-Flour, in-8°, Aurillac, 1902. — R.-M. Clay, The hermits and anachorits of England, in-12, London, 1914. — J. Cruls, Notice sur les recluseries du Moyen Age, dans Le Saint-Sacrement et l'église Saint-Martin à Liège, in-8°, Liège, 1881. p. 179-217. — E.-L. Cutts, Scènes and characters of the Middle Ages, in-8°, London, 1872, p. 93-151. — Franz Falk, Die Inctusen und Inclusinen des M itlelallers am Mittelrhein, dans Katholik, 1872, p. 711 sq.; Fin Incluse des mu. Jahrh. zu Osnabrûck, dans ibid., 1873, p. 254 sq. — L. Gougaud, La vie érémilique au Moyen Age, dans Revue d'ascétique et de mystique, t. i, 1920, p. 209-240; 313-328; Étude sur la réclusion religieuse', dans Revue Mabillon, t. xm, 1923, p. 26-39, 77-102; Ermites et reclus. Éludes sur d'anciennes formes de vie religieuse, in-12, Ligugé, 1928. — M.-C. Guigue, Ré-
el mémoires de la Société archéol. et hislor. de la Charente, série VII, t. vu, 1906-1907, p. 1-292. — 6 Vita S. Genovefœ, c. xxiv. — " Grégoire de Tours, Vitee Patrum, c. xix. — ' Hist. Franc, 1. VI, c. xxix.
RECLUS — RECOGNITIONS
cherches sur les recluseries de Lyon, in-8°, Lyon, 1887.
— J. de La Martinière, Saint Cybard. Élude critique de textes, dans Bulletin et mémoires de la Société archéolog. et histor. de la Charente, VIIe série, t. vu, 1902, p. 1-292. — Pavy, Les recluseries, in-12, Lyon, 1875. — P. Piolin, Note sur la réclusion religieuse, dans Bulletin monumental, t. xlv, 1879, p. 449-480; t. xlvi, 1880, p. 518-550. — L. Ricaud, Les reclus des Hautes-Pyrénées, in-12, Tarbes, 1902. — E. Sainte-Marie Perrin, Le reclusage (sic) en France au Moyen Age, dans Revue hebdomadaire, 19 juillet 1911, p. 598-629. — Streber, Inclusen oder Reclusen, dans Kirchenlexicon, t. vi, p. 631-643. — E. Van Wintershoven, Recluseries et ermitages dans l'ancien diocèse de Liège, dans Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, t. xxiii, 1906, p. 96-158.
H. Leclebcq.
RECOGNITIONS. — Ayant rencontré le roman chrétien des Reconnaissances, Tillemont estime qu' « il n'est pas nécessaire de s'arrêter beaucoup sur cet ouvrage, puisqu'il est plein d'erreurs, quoiqu'il puisse servir à connaître mieux les dogmes des premiers hérétiques, surtout ceux des ébionites, qui y sont extrêmement répandus. Hors cela, tous ces ouvrages, pleins d'erreurs et de fables, sont de très peu d'utilité ». On en a appelé de cette sentence un peu dédaigneuse et le roman pseudo-clémentin devint même, pendant un temps, la clef d'un problème auquel on donna une importance capitale dans l'histoire des origines du christianisme. Depuis Christian Baur et son école, le problème a été repris et débattu à différentes reprises et on s'est efforcé, à l'occasion de ce roman, de dresser un tableau des transformations successives qu'ont subies ces curieux écrits.
Aux environs de l'année 1880 ce qui paraissait le plus vraisemblable, c'est que, vers l'an 140 à Rome, un ébionite, adversaire décidé de saint Paul, mit par écrit en dix livres, sous le titre de Krfiuyy.ct Uèzpou ou llÉTpou7repîoSot, un récit légendaire des voyages et des prédications de saint Pierre, destiné à montrer cet apôtre comme véritable missionnaire des gentils et comme adversaire de Simon le Magicien. Ce dernier, personnage fort méprisable mais très réel, servait dans la légende ébionite à désigner saint Paul, faux apôtre, adversaire de la Loi. A défaut du texte primitif des Kérggmes, on possédait deux pièces qui en formaient une manière d'introduction et qu'on trouvait en tête du roman des Reconnaissances. La première pièce est une lettre d'envoi des Kérygmes fait par Pierre à l'apôtre Jacques « maître et évêque de la sainte Église », pour le prier de ne communiquer le livre à aucun païen ni à aucun juif sans de sûres garanties. Jacques répond que seuls les hommes mûrs et circoncis depuis six ans auront connaissance des Kérygmes sous promesse de secret. Un quart de siècle plus tard, vers 165 environ, un esséno-ébionite s'inspira des Kérygmes et des Périodoi pour composer une version adoucie et qui pouvait circuler parmi les milieux chrétiens sans causer trop de scandale. L'auteur, pour mieux accréditer son livre le mit en circulation sous le nom de Clément Romain dont le prestige était si.grand qu'on lui accordait le droit de donner, en quelque sorte, son apostille aux livres recommandables. Clément fut censé à la fois l'auteur et le héros de l'ouvrage auquel on imposa le titre 'AvaYvwpia(i.oi, Les reconnaissances, à raison des surprises du dénouement.
Le roman pseudo-clémentin nous est parvenu dans deux rédactions assez différentes l'une de l'autre. L'une n'existe que dans la traduction latine de Rufin d'Aqui-
1 A. Lipsius, Die Quellcn der romisch. Petrussage, p. 13 sq.
— ■ C. Schmidt, Studien zu den Pseudo-Clementincn, in-8°, Leipzig, 1929. — 3 Oscar Culmann, Le problème littéraire
lée; ce sont les Recogniliones ou Reconnaissances, divisées en dix livres. L'autre conservée en grec, est divisée en vingt Homélies (ôfAiXiou). Laquelle de ces rédactions doit être tenue pour primitive? Ni l'une ni l'autre si elles dépendent de cet écrit perdu qu'Adalbert Lipsius, en son temps, identifiait avec la rédaction des Reconnaissances dont parle Rufin à Gaudentius 1.
Le romancier, car c'est le seul nom qui convienne à l'auteur, part de l'hypothèse que Clément fut le successeur immédiat de Pierre dans le gouvernement de l'Église et reçut de celui-ci l'ordination épiscopale. On a dit que les Kérygmes étaient dédiés à Jacques; les Reconnaissances sont préfacées par Clément qui annonce à Jacques « évêque des évêques et chef de la sainte Église des Hébreux à Jérusalem » la mort violente de Pierre et raconte comment cet apôtre, le premier de tous, le véritable compagnon et ami de Jésus, établi par Jésus fondement de son Église, l'a établi, lui Clément, comme son successeur dans l'épiscopat de Rome, et lui a recommandé d'écrire en abrégé et d'adresser à Jacques le récit de leurs voyages et de leurs prédications en commun. L'ouvrage ne raconte pas le séjour de Pierre à Rome ni les circonstances de sa mort. Ces derniers récits formaient sans doute le fond d'un second écrit qui servait de suite à celui qui nous a été conservé.
Depuis 1880, les pseudo-Clémentines n'ont guère connu le repos, et on s'est appliqué à plusieurs reprises à en découvrir les sources littéraires. Tandis que l'un dégage et distingue des Kérygmes et des Actes -, l'autre repousse les actes et se prononce pour des actes plus anciens qu'il ne peut produire. En lieu et place de ces actes plus anciens on présente une source d'autant plus pure qu'elle est purement imaginaire et n'a ni droit ni titre à figurer dans l'ancienne littérature chrétienne où personne ne l'a rencontrée. Afin que le problème demeure un trou noir et l'entente radicalement impossible sur un point quelconque, comme on remarque une différence entre la fin des Homélies et celle des Reconnaissances, la question se pose de l'existence d'une conclusion dans le document primitif; or, l'un nie cette existence que l'autre affirme, de sorte qu'on retire l'impression qu'à les écouter on perd son temps et que le problème demeure entier.
Et cependant, au sein de cette obscurité où « il faut suivre l'auteur pas à pas sous peine de perdre rapidement le fil conducteur » on finit par se représenter les circonstances de temps et de lieu de la composition de l'ouvrage primitif. Les sources principales sont, on nous l'assure, les Kérygmes de Pierre et un livre de controverses apologétiques juives, d'origine égyptienne, qu'on peut dater d'avant l'année 135: il faut y ajouter les Actes de Pierre (vers 200) et un conte païen à peu près contemporain. Le tout fut macéré et mis au jour dans la TransJordanie,
Mais ces résultats ont été filtrés et clarifiés, on a éliminé des formes dérivées (Epilome grecques et syriaques et Comi>ilation arabe) pour ne retenir que les Homélies et les Reconnaissances qui doivent être deux remaniements tardifs, datés tous les deux du iv siècle. d'un Écrit fondamental plus ancien d'au moins un siècle et qui a disparu 3. • Or, on lit dans Origène une incontestable référence à un Itinéraire (IlspioSot) de Clément, dont on retrouve l'équivalent dans Reconnaissances, x, 10 sq., sans compter une autre citation, qui bien qu'ayant été contestée, ne laisse pas de paraître certaine. Concluons que, dès le premier tiers du ine siècle, il circulait, dans les milieux orientaux, un Itinéraire de Clément, auquel Épiphane se réfère encore
et historique du roman pseudo-clémentin. Étude sur le rapport entre le gnosticisme et le judéo-christianisme, in-S°, Pan-, 1930, p. 58 sq.
RECOGNITIONS
un siècle plus tard, qui diffère par plus d'un trait aussi bien des Homélies que des Reconnaissances. C'est là l' Écrit fondamental, ou si l'on veut, la première édition du roman clémentin '. »
Au premier abord le récit offre une cohérence satisfaisante et paraît d'une seule venue, son développement semble logique, mais à y regarder de plus près on s'aperçoit que les gestes de Simon le Magicien et de saint Pierre n'appartiennent pas étroitement aux aventures de Clément et de sa famille. D'où on en vient à conclure que V Écrit fondamental « est une encyclopédie à laquelle différents auteurs ont collaboré 2 ». Il s'agit de retrouver ces pièces et d'identifier, si possible, leurs auteurs. Cela a été tenté et en partie exécuté, de sorte qu'on peut actuellement tenir pour certain que les Kérygmes de Pierre ont existé sous ce nom et ont été utilisés par l'auteur de V Écrit fondamental. Mais ce n'est pas tout, seulement, on ne peut s'engager ici dans des discussions interminables et des problèmes littéraires qui relèvent d'autres études, en particulier celle de l'histoire du mouvement judéo-chrétien.
Dans les Reconnaissances, l'esprit ébionite est déjà fortement atténué. L'apôtre Paul n'est pas nommé dans tout l'ouvrage, c'est là beaucoup plus qu'une malice, mais c'est cependant un progrès. L'auteur affecte de ne connaître que douze apôtres présidés par Pierre et Jacques et il attribue à la prédication de Pierre l'expansion du christianisme dans le monde païen, ce qui procède de la même méthode. En somme, un lecteur non averti et même un disciple de Paul pouvait trouver ce silence fâcheux, mais il ne pouvait s'en indigner. Simon le Magicien demeurait seul chargé de tout l'odieux du récit; on ne voyait plus en lui qu'un dédoublement de Néron dans le rôle infernal de l'Antéchrist.
Une fois cette tache originelle dissimulée, l'ouvrage se présentait aux fidèles avec un très vif intérêt. Il était composé suivant toutes les règles du roman antique. Rien n'y manquait : voyages, épisodes d'amour, naufrages, jumeaux qui se ressemblent, voyageurs enlevés par les pirates, reconnaissances de personnes qu'une longue série d'aventures avait séparées. Clément, par suite d'une confusion qui se produisit de bonne heure, est considéré comme appartenant à la famille impériale. Mattidie, sa mère, est une dame romaine, parfaitement chaste, mariée au noble Faustus. Poursuivie d'un amour criminel par son beaufrère, voulant à la fois sauver son honneur et la réputation de sa famille, elle quitte Rome avec la permission de son mari et se rend à Athènes en vue de l'éducation de ses fils, Faustin et Faustinien. Quatre ans se passent sans recevoir de leurs nouvelles, alors Faustus s'embarque avec son troisième fils Clément pour se mettre à la recherche de sa femme et des deux aînés. A travers mille péripéties, tous les membres de la famille se retrouvent et il est très superflu de prodiguer le dédain à ce récit qui offre tout autant de valeur littéraire et d'intérêt romanesque que le plus grand nombre de compositions qui, sous l'étiquette de roman, ont été offerts en pâture à la curiosité humaine depuis le ne siècle de notre ère jusqu'à l'heure où nous vivons. Non, assurément, que nous les ayons tous lus, mais personne n'en est là et d'après une ou deux douzaines que le temps a épargnées ou peut estimer que les Reconnaissances autant que le Pasteur sont des manifestations suffisamment instructives de ce dont s'accommode l'esprit du très grand nombre.
Faustus et les siens n'étaient pas d'abord chrétiens, mais ils étaient dignes de l'être et tous le devinrent.
1 É. Amann, Chronique d'ancienne littérature chrétienne, dans Revue des sciences reliyieuses, t. xn, 1932, p. 223-224. — 2 O. Culmann, Le problème littéraire et historique du
Païens, ils avaient eu des mœurs honnêtes; or, la chasteté a ce privilège de plaire si fort à Dieu qu'il se doit à lui-même de sauver ceux qui la pratiquent par instinct naturel. « Si ce n'était une règle absolue qu'on ne peut être sauvé sans le baptême, les païens chastes seraient sauvés. » Les infidèles qui se convertissent sont ceux qui l'ont mérité par leurs mœurs réglées 3. Clément, en effet, rencontre les apôtres Pierre et Rarnabé, se fait leur compagnon, nous raconte leurs prédications, leurs luttes contre Simon et devient pour tous les membres de sa famille l'occasion d'une conversion à laquelle ils étaient si bien préparés.
C'est un artifice littéraire un peu lourd et de la catégorie de ceux qu'on appelait naguère « romans à tiroir » dans lesquels un incident sans importante entraînait un long récit complètement étranger à celui qui se déroulait jusqu'à cet instant, et qui n'attendait que la fin pour reprendre de plus belle. De la rencontre de Pierre va sortir toute une suite d'épisodes dans différentes villes du littoral de la Syrie depuis Césarée jusqu'à Antioche. Simon le Magicien, qui se présente le premier dans chacune de ces localités, commence par séduire les habitants qui voient en lui « la grande vertu de Dieu ». Mais dans chacune de ces villes, Pierre survient presque aussitôt. A Césarée et à Laodicée de Syrie, il l'oblige à une conférence contradictoire qui s'achève en déroute, à ce point que l'imposteur recourt à la fuite et à laisser le champ libre à l'apôtre qui, là et ailleurs, prêche, convertit, baptise, fonde des Églises et ordonne un clergé.
Ce cadre romanesque n'est qu'un prétexte pour entreprendre l'apologie de la religion chrétienne, montrer sa supériorité sur les opinions philosophiques et théurgiques du temps, réfuter les opinions tenues pour dangereuses. Saint Pierre n'est plus l'apôtre galiléen sincère et impulsif, c'est un polémiste habile, un philosophe, un maître homme qui met toutes les roueries du métier de sophiste au service de la vérité. La vie ascétique qu'il mène, sa rigoureuse xéropha"gie ', rappellent les esséniens. Sa femme voyage avec lui coin me une diaconesse 5. Les idées que l'on se faisait de l'état social au milieu duquel vécurent Jésus et les apôtres sont déjà tout à fait erronées ». Les données les plus simples de la chronologie apostolique sont déjà méconnues.
L'auteur est bien loin du fanatisme, il croit qu'on peut se tromper innocemment et seul, parmi tous les personnages du roman, Simon le Magicien est sans excuse. Ses disciples Apion v et Ambion représentent : le premier, l'effort pour tirer de la mythologie quelque chose de religieux, le second, la sincérité égarée, qui sera un jour récompensée par la connaissance de la vérité. Simon et Pierre disputent de métaphysique; Clément et Apion disputent de morale. Une touchante nuance de sympathie et de pitié pour les païens remplit ces pages, qu'on sent écrites par quelqu'un qui a traversé les angoisses du scepticisme et sait mieux que personne ce qu'on peut souffrir et acquérir de mérites en cherchant la vérité. Clément, comme Justin de Naplouse, a traversé toutes les philosophies, les hauts problèmes de l'immortalité de l'âme, des récompenses et des peines futures, de la Providence, des rapports de l'homme avec Dieu l'obsèdent; aucune école ne l'a satisfait; il va, en désespoir de cause, se jeter dans les plus grossières superstitions, quand la voix du Christ arrive à lui. Il trouve dans la doctrine qu'on lui donne pour celle du Christ la réponse à tous ses doutes; il est chrétien.
Le système de réfutation du paganisme qui fera la
roman pseudo-clémentin, p. 79. — 3 Homélie xm, 13, 21. — * Homélie XII, 6, 7. — 5 Homélie xm, 11. — • Homélie i, 8, 9. — ' Homélies iv, 7; v, 2, 27.
2163 RECOGNITIONS
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES 2164
base de l'argumentation de tous les Pères, se trouve déjà complet dans pseudo-Clément. Le sens primitif de la mythologie était perdu chez tout le monde; les vieux mythes physiques, devenus des historiettes messéantes, n'offraient plus aucun aliment pour les âmes. Il était facile de montrer que les dieux de l'Olympe ont donné de très mauvais exemples, et qu'en les imitant on serait un scélérat. Apion cherche vainement à s'échapper par les explications symboliques. Clément établit sans peine l'absolue impuissance du polythéisme à produire une morale sérieuse l. Clément a d'invincibles besoins de cœur; honnête, pieux, candide, il veut une religion qui satisfasse sa vive sensibilité. Un moment, les deux adversaires se rappellent des souvenirs de jeunesse, dont ils se font maintenant des armes de combat. Apion avait été autrefois l'hôte du père de Clément. Voyant un jour ce dernier triste et malade des tourments qu'il se donnait pour chercher le vrai, Apion, qui avait des prétentions médicales, lui demanda ce qu'il avait : « Le mal des jeunes... j'ai mal à l'âme », lui répondit Clément. Apion crût qu'il s'agissait d'amour, lui fit les ouvertures les plus inconvenantes, et composa pour lui une pièce de littérature erotique, que Clément fait intervenir dans le débat avec plus de malice que d'à-propos 2.
Le roman pseudo-clémentin se sépare nettement des écrits vraiment authentiques de la première inspiration chrétienne par sa prolixité, sa rhétorique, sa philosophie abstraite, empruntée, pour la plus grande partie, aux écoles grecques 3. Le livre reçut bon accueil dans l'Église qui lui laissa usurper une place jusque sur les confins du Nouveau Testament, mais il ne put s'y maintenir; cependant on essaya de l'adapter à Parianisme, mais alors il avait déjà presque terminé sa carrière et ne répondait plus à l'esprit post-nicéen. C'était un témoin aimable mais attardé d'un âge révolu, son ton ému, onctueux, semblait vieillot parmi une société plus combattive.
H. LECLEBCy.
RECOMMANDATION. — I. Recommandation de l'ame. — Voir Diclionn., t. iv, col. 435-440. Cf. A. Raumstarck, Fine Parallèle zur Commendatio anima' in griechischer Kirchenpoesie, dans Uriens christianus, nouv. série, t. iv, p. 1914-1915, p. 298-305: K. Michel, débet und Rild in frùhchrisllicher Ze.it, dans Studien iiber ehristliche Denkmàler de J. Ficker, in-8°, Leipzig, 1902, p. 27-28; A. Molien, La prière pour les défunts, Avignon, 1928, p. 86-89; P. Perdrizet, Le calendrier parisien à la fin du Moyen Age, d'après le bréviaire et les livres d'heure, dans Publications de la Fac. des leltr. de l'univ. de Strasbourg, in-8°, Paris, 1933, t. lxiii, p. 225; L. Gougaud, Étude sur les « Ordines cowmendationis animée », dans Ephemerides liturgies, nouv. série, 1935, p. 3-27; L. Gougaud, Une oraison proléijorme de l'Ordo commendationis animée, dans Revue bénédictine, t. xlvii, 1935, p. 8-11; cf. Rev. des se. relig., t. iv, 1924, p. 368, note 9.
IL Recommandation juridique. — Cf. Garsonnet, La recommandation et les bénéfices à l'époque franque, dans Nouvelle revue historique de droit français et international, 1878, p. 443-490. — E. Beaudoin, Etude sur les origines du régime féodal. Recommandation et justice seigneuriale, dans Annales de l'enseignement supérieur de Grenoble, t. i, 1889, 99 pages.
H. Leclercq.
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES. — I. Biographie. IL Les origines du Recueil. III. Son exécution.
I. Biographie. — Dom Martin Bouquet naquit à Amiens le 6 août 1685 et fit profession dans l'ordre de Saint-Benoît au monastère de Saint-Faron de Meaux le 16 août 1706. Dès qu'il eut terminé les études théologiques prescrites, il se jeta avec entrain dans le grec et l'hébreu ce qui parut de bon augure à Montfaucon (voir ce nom) qui le demanda comme collaborateur. Appelé à Paris, on lui confia la charge de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés; il renonça à ces fonctions qui lui prenaient trop d'heures plus utilement employées au travail. Cependant, comme disait de lui dom Tassin, « jamais ses études ne prirent sur les obligations de son état. Jamais il ne fit usage de la pension qu'on lui avoit accordée sur le trésor royal, sans en demander la permission à ses supérieurs. Sa physionomie heureuse, sa candeur, son commerce facile, ses manières simples et unies, et sa droiture, autant que ses grands talents lui avoient concilié l'estime et l'amitié de plusieurs personnes de distinction. Les savans françois et étrangers venoient le voir et plusieurs ont profité de ses lumières. Il avoit rendu tous les services littéraires dont il étoit capable à l'académie d'Amiens * ».
Le 22 avril 1717, dom Bouquet souscrivit avec trente de ses confrères de Saint-Germain (sur quarante-quatre) l'appel au futur concile contre la constitution L'nigenitus; il récidiva le 27 septembre et le 9 octobre 1718, et ce fut un froid entre Montfaucon et lui qui ne cessa de les séparer jusqu'au jour où on put dire : <■ Dom Martin n'est plus bernardin 6 ». Au mois d'octobre 1734 une lettre de cachet bannit dom Bouquet avec cinq autres anti-constitutionnaires irréductibles; mais les libraires qui avaient traité avec lui sollicitèrent en sa faveur, et dès 1735, après la mort du supérieur général dom Hervé Ménard, le chancelier d'Aguesseau et la garde des sceaux obtinrent sou rappel. On le vit d'abord au monastère d'Argenteuil. de là il regagna les Blancs-Manteaux, où il fut fixé par ordre du roi et où il mourut le 6 avril 1754.
IL Les origines nu RECUEIL. — La première pensée du Recueil dont le titre est devenu inséparable du nom de dom Bouquet ne lui appartient pas; elle remonte à Pierre Pithou qui conçut le dessein de réunir en un corps les principaux historiens de France soit imprimés, soit manuscrits. Son travail aboutit pendant les années 1588 et 1596, ensuite il n'en fut plus question. Fn 1635, André Du Chesne publia le plan d'une collection plus étendue, mais une fois encore le mieux fut l'ennemi du bien. Au lieu d'un travail composé seulement de deux volumes, l'un in-8°, l'autre infolio et se terminant à l'année 1285, on eut une collection qui ne s'arrêtait qu'au règne d'Henri II. Deux volumes parurent en 1636, les deux suivants furent retardes jusqu'en 1611 par la mort prématurée de l'auteur dont le fils donna, en 1649. un cinquième volume.
Ce ne fut qu'en 1676 que le ministre Colbert ayant acheté pour le roi les notes et papiers de Du Chesne, invita plusieurs crudits assemblés chez lui à conférer en sa présence au sujet de l'amélioration du recueil existant. L'illustre Du Cange fut charge de mettre l'entreprise au point; en conséquence il rédigea un Mémoire sur le projet d'un nouveau Recueil des historiens de la France, avec le plan général de ce Recueil. C'était un travail en vingt-quatre articles rédigé en latin; le projet devait être mis également en latin, il est resté manuscrit, sauf un extrait donne dans la Ribliothèque historique de la France du l'ère Jacques
1 Homélies IV et v. — s Homélie v, 2 sq. — ' N. Coui claveaux, Un roman chrétien à lu fin du I/esiècle, dans Nouvelle revue, t. m, 1er avril 1880, p. 543-567. — ' Tassin, Histoire littéruirc de la cona ré nation de Sainl-Maur, in-4°, Bruxelles,
1770, p. 699. — -'J. limites, KorrespondefU drr Maurincr mit dem Fmmcrumvrn, und Beziehungen der letzteren :u dei)
wissenschaftlichen Bewegungen des S \iu. Jahrhunderts,
in-N". Stuttgart, 1899, p. 94.
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES
Lelong1. L'original excède une main de papier. Du Cange estimait que le grand nombre de pièces découvertes touchant l'histoire de France depuis l'époque où travaillait A. Du Chesne imposait une refonte complète de son ouvrage. « Par quelle fatalité faut-il, écrivait dom Bouquet, que la présomption et la jalousie soient si souvent compagnes de la science, dans les hommes mêmes qui sembloient devoir être le moins susceptibles de l'une et de l'autre, et que les gens de lettres ne sachent ni soutenir leur avis sans passion, ni attaquer sans aigreur celui des autres? a » Colbert réclama de Du Gange un autre projet; celui-ci se récusa, restitua les papiers à lui confiés et ajouta « que, puisqu'il n'avoit pas été assez heureux pour plaire à ceux qui avoient l'autorité, il leur conseilloit de chercher de plus habiles gens que lui 3. » On a raconté que Colbert s'était vengé de cette réplique par le retrait de la pension de Du Cange *, c'est une erreur; il lui demanda un mémoire sur le projet d'une collection d'histoire byzantine et, en 1680, agréa la dédicace de cette collection.
Après la disparition de Colbert, l'archevêque de Reims, Charles-Maurice Le Tellier se flatta de réussir là où le ministre avait échoué et, nonobstant le crédit de son frère le ministre Louvois, il n'obtint pas un meilleur succès. « 11 jetta les yeux sur le P. Mabillon pour être le directeur de cette entreprise, nous dit dom Tassin; mais ce saint religieux refusa de se charger de cet emploi, dont il se croyait incapable; quoique tout le monde le jugeât très-propre à le bien remplir. Personne n'osa accepter une fonction que D. Mabillon avait cru au-dessus de ses forces » 6.
Au début du xvme siècle, lorsqu'on vit les heureux résultats des efforts de Rymer, en Angleterre, et de Leibnitz, en Allemagne, on se persuada que le temps était venu de tenter un nouvel effort et la congrégation de Saint-Maur familiarisée avec les grandes entreprises littéraires parut s'y intéresser. Une fois encore nous rencontrons la partialité des gens de lettres, accapareurs sans vergogne de tout ce qui peut les honorer. On vient de lire ce qui fut tenté par des savants illustres, ce qui n'a pas empêché un érudit breton, Arthur de La Borderie, d'écrire que « le premier plan, le premier projet, la première idée de ce grand Recueil appartient à deux bretons, dom Audren et dom Briant. » Quoi qu'en ait pu penser ou dire Léopold Delisle, les Bretons ne furent en cette affaire que les mouches du coche et leurs lettres échangées en 1711 et 1712 sont surtout intéressantes en ce qu'elles nous font voir l'intérêt porté à un projet qui trouva sa réalisation grâce à l'énergie et à la science d'un Picard.
Lorsque le chancelier d'Aguesseau prit les sceaux, une des premières entreprises qu'il proposa dans les assemblées de savants qu'il présidait en juin 1717 fut cette collection d'historiens d'après un nouveau plan dont l'exécution fut confiée au P. Lelong, qui mourut en 1721. Ce fut alors que dom Denis de Sainte-Marthe, supérieur général de la congrégation de Saint-Maur, proposa au ministre de se charger de la réalisation du projet dont l'exécution fut confiée à dom Martin Bouquet. Celui-ci a exposé le plan adopté et rempli par lui dans la préface du Recueil qu'il conduisit jusqu'au neuvième volume. Dans le privilège accordé par Louis XV, en 1733, à l'imprimeur J.-B. Coignard, le roi estime cette publication « autant utile à la république des lettres que glorieuse à notre royaume », en conséquence, il veut « favorablement traiter le dit Coignard et encourager par son exemple les autres libraires et imprimeurs à entreprendre des éditions utiles
1 1" édition, in-fol., Paris, 1719, 1. 1, p. 959-960; Hardoiiin, Nonce sur Du Cange, in-8°, Taris, 1849, p. 32-34. — s Bouquet, Recueil, t. i, préface, p. il. — * Journal des savants,
DICT. D'ARCH. CHRÉT
pour l'honneur de la France et le progrès des sciences. »
Le premier volume parut en 1738 sous le titre suivant : Recueil des historiens des Gaules et de In France, tome premier contenant tout ce qui a été fait par les Gaulois, et qui s'est passé dans les Gaules avant l'arrivée des François et plusieurs autres choses qui regar^ dent les François depuis leur origine jusqu'à Clovis, par dom Martin Bouquet, prêtre et religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, in-fol. A Paris, aux dépens des libraires associés, MDCCXXXVIII,
III. Son exécution. — Dom Bouquet avait donné les tomes i à vin et préparé le ixr qui parut avec le Xe par les soins de dom Gh. Haudiquier, le tome xi est dû à la collaboration «le dom Housseau, dom Poirier et dom Jacques Précieux; les tomes xn et xm à celle de dom Fr. Clément et dom M.-J.-J. Brial; le tome xiv de dom Jean-Joseph Brial qui prépara les tomes xvm et xix, terminés après sa mort par M. Pastoret, Fr. Daunou et Jos. Naudet; ces deux derniers mirent le tome xx en état de paraître et le tome xxi fut préparé par Guigniaut et Natalis de Wailly. Le tome xxn dû à la collaboration de Nat. de Wailly et de Léopold Delisle dont les noms se retrouvent sur le tome xxrn associés à celui de Ch. Jourdain; enfin le tome xxiv est l'œuvre de L. Delisle.
Le tome xm fut, en partie, anéanti par un incendie pendant la Révolution et complété en 1847 par un procédé lithographique. La disparition des bénédictins de Saint-Maur entraîna l'abandon du Recueil que dom Brial s'obstina à poursuivre et qui fut continué par l'Académie des inscriptions. En 1869, on vit paraître une nouvelle édition publiée sous la direction de Léopold Delisle qui l'a conduite jusqu'à son tome xxive, daté de 1904. En voici le détail :
Tome i" : contient tout ce qui a été fait par les Gaulois, et qui s'est passé dans les Gaules avant l'arrivée des François : et plusieurs autres choses qui regardent les François depuis leur origine jusqu'à Clovis, 1738; éd. nouv., 1869.
Tome il, ni : contiennent ce qui s'est passé dans les Gaules et ce que les François ont fait sous les rois de la première race, 1739, 1741; 1869.
Tome iv : contient les lettres historiques, les lois, les formules, les diplômes et plusieurs autres monuments qui concernent les Gaules et la France sous les rois de la seconde race, 1741 ; 1869.
Tome v : contient ce qui s'est passé sous les règnes de Pépin et de Charlemagne, c'est-à-dire depuis l'an 752-814 avec, les lois, etc., de ces deux rois, 1744; 1869.
Tome vi : contient les gestes de Louis le Débonnaire, d'abord roi d'Aquitaine, et ensuite empereur depuis l'an 781-840 avec les lois, etc., de ce prince, 1749; 1870.
Tome vu : renferme (contenant nouv. éd.) les gestes des fils et petits-fils de Louis le Débonnaire, depuis l'an 840-877, avec les capitulaires de Charles le Chauve et autres monuments historiques, 1749; 1870.
Tome vm : contient ce qui s'est passé depuis le commencement du règne de Louis le Bègue, fils de Charles le Chauve, jusqu'à la fin du règne de Louis V, dernier roi de la seconde race, c'est-à-dire depuis l'an 877-987; 1752; 1871.
Tome ix : renferme (contenant nouv. édit.) ce qui restoit à publier des monuments de la seconde race des rois de France, depuis le commencement du règne de Louis le Bègue, fils de Charles le Chauve, jusqu'aux premières années du règne de Hugues Capet, chef de la troisième race, c'est-à-dire depuis l'an 877-991 ; 1754; 1874.
1688, p. 379. — « Lelong, op. cit., V édit., p. 954; 2« édit., t. m, p. xvii, note *. — » Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, 1770, p. 695.
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES
REDÈS
Tome X : contient surtout ce qui s'est passé depuis le commencement du règne de Hugues Capet jusqu'à celui du roi Henri Ier, 1760; 1874.
Tome xi : contient principalement ce qui s'est passé sous le règne de Henri Ier, fils du roi Robert le Pieux, c'est-à-dire depuis l'an 1031-1060: 1767; 1876.
Tome xn : contient une partie de ce qui s'est passé sous les trois règnes de Philippe Ier, de Louis VI, dit le Gros, et de Louis VII, surnommé le Jeune, depuis l'an 1060-1180; 1781; 1877.
Tome xm : contient la suite des monumens des trois règnes de Philippe Ier, de Louis VI et de Louis VII, depuis l'an 1060-1180; 1786; 1869.
Tomes x/v, xv, xvi : contient la suite des monumens des trois règnes... depuis l'an 1060-1180; 1806, 1808, 1814; 1877, 1878.
Tomes xvn, xvm, xix : contient les monumens des règnes de Philippe-Auguste et de Louis VIII, depuis l'an 1180-1226; 1818, 1822, 1823; 1878-1880.
Tomes xx, xxi, xxn, xxm : contenant les monuments des règnes de saint Louis, de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, de Louis X, de Philippe V et de Charles IV, depuis 1226-1328; 1840, 1855, 1865, 1876; 1893-1894.
Tome xxiv : contenant les enquêtes administratives du règne de saint Louis et la chronique de l'anonyme de Béthune, publié par L. Delisle, 1904.
L'ancienne édition est entachée d'imperfections inhérentes, sinon à l'époque où elle fut exécutée, du moins aux ressources scientifiques dont disposaient les bénédictins. Citons un exemple qui se rapporte spécialement aux deux premiers volumes de la collection. On y rencontre les anciens textes grecs relatifs à la Gaule; Dora Bouquet a supprimé les signes qui devaient surmonter les majuscules; or, les noms propres sont innombrables et cette suppression se renouvelle à chaque ligne; procédé fâcheux et qui rend le texte peu utilisable. Sur ce point la nouvelle édition est irréprochable.
On ne pourrait mentionner qu'un petit nombre d'ouvrages parmi ceux qui sont consacrés à nos antiquités nationales et au Moyen Age français qui ne renvoient assez ordinairement leurs lecteurs au Recueil des historiens des Gaules et de la France dont l'utilité réelle est quelque peu entravée par les dimensions et le poids exorbitants, surtout pour le tome xxiv. Quant à la valeur scientifique elle a fait l'objet d'une apologie de H. d'Arbois de Jubain ville (voir Dictionn., t. vu, à ce nom) qui introduit une comparaison entre le Recueil et les Monumenta Germanise hislorica de Pertz : « Nous ne cacherons pas, écrit-il, notre préférence pour le Recueil et nous croyons injustes tous les reproches à lui adressés par l'érudition allemande; nous les croyons injustes bien que les savants français, par un excès de modestie, paraissent presque unanimes pour en accepter le fondement... Ce que nous croyons, c'est que le plan adopté par dom Bouquet est infiniment supérieur à celui qu'a choisi Pertz. L'opinion contraire est reçue ' ». Et là-dessus il s'embarque dans une discussion qui nous semble peu convaincante. Chaque entreprise a ses mérites et le recours à l'une ne dispense pas de l'usage de l'autre; peut-être ne seronsnous contredit par personne en écrivant que les Monumenta et le Recueil sont complémentaires et aussi
1 Bibliothèque de l'École des Chartes, t. xxvi, 1876, p. 178- 180. — ■ 2 Le P. Lelong, dans la Bibliothèque historique de la France, in-fol., Paris, 1771, t. m, p. xv-xxxv, a consacré une notice à André Du Chesne [et Martin Bouquet 1 qui appartient, pour cette dernière, à Fevret de Fontette, et qui insère à la suite : 1° le Mémoire sur le projet d'un nouveau recueil des historiens de France, qui sert de préface au plan de. Du Cange; 2° Remarques de l'abbé Gallois sur le projet précédent; 3° Plan général du recueil dressé par
indispensables l'un que l'autre à la préparation et à l'achèvement d'une œuvre historique. Ce qui demeure un des mérites incontestables du Recueil ce sont les tables dont chaque volume est pourvu 8.
H. Leclercq.
REDDIDIT. — La signification de ce mot est claire par elle-même quand on le lit sur une tombe chrétienne et nous l'y rencontrons à Rome en 268 ou 279 (De Rossi, Inscript, christ, urb. Rom., t. i, n. 10), de 296 à 304 (De Rossi, Roma sotterr., t. m, p. 46; Bull, di arch. crist., 1875, n. 88; Nuouo bull. di arch. crist., 1903, p. 276; Marangoni, Acta S. Victorini, p. 81, 83); en Afrique (Corp. inscr. lat., t. vm, n. 11 900, 17 386).
REDDIDIT SPIRITVM DEO (Bull, di arch. crist., 1873, p. 72).
REDDIDIT DEBITVM VITAE (ibid., 1873, p. 149).
REDDIDIT DOMINO RERVM DEBITVM COMV- NEM OMNIBVS, à Rome, en 483 (De Rossi, Inscr., t. i, n. 882).
REDDIT, à Rome, en 346 (id., ibid.,Suppl.,n. 1457).
REDDIDIT VITAM IN PACE DOMINI (Marucchi, Le catacombe romane, 1903, p. 213).
REDDIDIT DEBITVM VITAE SVAE (Buonarotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi antichi di vetro ornati di figure, in-8°, Firenze, 1716, p. 17).
Deux épitaphes du cimetière de Priscille emploient ce terme rapproché de ACCEPIT pour deux jeunes enfants qui reçurent le baptême et l'eucharistie lorsque la mort fut proche :
Irène, âgée de 11 mois, 6 jours, baptisée le 7 avril, morte le 13; Tyché, âgée de 1 an, 10 mois, 15 jours, baptisée le 8 des calendes et morte le jour même :
Ir<en>e . quse . vixfit)
cum. p<are>ntibus.
suis m(ensibus). XI d(iebus). VI.
accfepit) VII. id. aprilfes)
et redd ( idit ) . id. aprilfes)
Tyche. dulcis vixit. anno. uno.
mensibus . X . dieb(us) XV accepit VIII k(alend) reddidit. die s(upra) sfcripto).
Bibl. — Nuovo bulletino di archeologia crisliana, 1903, p. 276-277. Dôlger, IXOYI, t. m, pi. 48 et 49.
H. LECLEHCy.
REDÈS. — En suivant la voie qui se dirige de Téboursouk à Vaga (Tunisie), on rencontre plusieurs ruines, entre autres Henchir Bedès, sur les bords de l'oued Goutneïa. On rencontre en ce point plusieurs édifices en blocage du type trichore composé de trois absides placées sur la face d'un quadrilatère. Bien n'indique ici une origine ou une destination chrétienne.
Un peu plus loin, de l'autre côté de la rivière. se trouve un autre édifice à abside qui a sans doute été une église. Sa longueur est de 23 m. 50; il se compose de quatre parties : une nef centrale, deux nefs latérales et une abside. I.a cloison qui sépare l'abside de la nef est assez bien conservée pour que l'on puisse en reconstituer les détails : un arc en plein cintre livrant passage de l'une à l'autre, et au-dessus de lui, une fenêtre. Lue rangée d'arcades, dont l'emplacement de quelques pieds-droits, complètement abrases. est encore visible, séparait les trois nefs.
L'ne partie intéressante de cette construction est
Du Gange; 4° Mémoire de l'abbé des Tirailleries, dressé au mois de décembre 1717; 5° Addition contenant deux mémoires adressés à M. le Chancelier, eu 1718; 0° Mémoire de M.***; 7° Récit de ce qui est arrivé au sujet de L'exécution du nouveau Recueil des historiens de France, par D, Martin Bouquet et autres bénédictins. Pour cette histoire du Krcueil il y a beaucoup à prendre dans la correspondance .le dom François Clément avec dom Berthod, dans le-* Arch. des missions scient, et litt., t. vi, 1857, publiées par A. Baiilier