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XX. Le paous rémois. — Voir Dictionn., t. xm, col

XXI. Les immunités. — Nous avons dit plus haut que l'entente entre l'évêque Égidius et le roi Childebert II avait fait place à la brouille dès l'année 583, c'est donc avant cette date et après celle de l'avènement de Childebert, en 575, que doit prendre place un diplôme d'immunité accordée à Égidius : ut ab omni fiscali functione vel mutilatione prorsus haberelur ac permaneret immunis u. A défaut du diplôme nous possédons le résumé qu'en a donné Flodoard qui n'avait qu'à puiser aux archives de Reims. On voit le roi confirmer l'exemption d'impôt et confirmer toutes les donations antérieurement faites à l'Église (voir Dictionn., t. vu, au mot Immunité).

Après Childebert II, le roi Dagobert Ier accorda à l'Église de Reims, vers 625, des precepta reyalia super ecclesiasticarum immunitate rerum, dans un diplôme adressé à l'évêque Sonnatius ". Cette concession fut confirmée en 657 à l'évêque Nivard 18. Autre diplôme accordé par Dagobert III, entre 711 et 715, à l'évêque saint Rigobert et résumé par Flodoard u. On y voit le

1 Hist. Francor., 1. II, c. xxvn. — • Histor. Francor. epitomata, c. xvn. — 3 Vita S. Remigii, c. iv. — * Hist. Remens. Ecoles., 1. I, c. xm. — 5 Acta sanci., febr. t. n, p. 831. — ' Vita S. Theodorici, c. xi-xvii, dans Mabillon, Acta sanct. ord. S. Bened., t. i, p. 618-620, et Fortunat, Vita S. Germani, c. vin, dans ibid., t. i, p. 235. — ' Hist. Francor., 1. IV, c. xvi. — 8 Ibid., 1. VI, c. xxxi. — " Ibid., 1. III, c. xv. — '° Hist. Rernens. Eccl., I. I, c. xxiv. — 11 Hist. Francor., 1. IV, c. xxm, u. — 12 Ibid., 1. IV, c. XVII. — " Ibid., 1. III, c. xv; 1. IX, c. xm, xiv. — » Mirac. S. Martini, 1. III, c. xvii. — l6 Ibid., 1. IV, c. xxvi. — " Flo-

roi étendre le privilège d'immunité à toutes les propriétés de l'Église de Reims dans la ville, dans les environs et partout dans le royaume : Omnes ipsius sanctœ Dei ecclesiœ res, tam in Campania et infra urbem vel suburbanis, quam in Austrasia, seu Neustria, vel Burgundia, seu partibus Massiliœ, in Rodonico eliam, Gavalitana, Arvcrnico, Turonico, Pictavico, Lemovicino vel ubicumque infra reyna ejus ipsa Remensis Ecclesia, vel basilica beatissimi Remigii, villas aul homines habere videbatur. Les diplômes rémois avaient probablement pour but de transporter « sur des terres qui n'avaient jamais fait partie des biens fiscaux le type de l'immunité qui avait été créé pour ceux-ci 2n ».

« Désormais les fonctions qu'exercent normalement les agents royaux sont remplies par l'évêque, c'est lui qui rend la justice, qui fait les enquêtes, qui perçoit les amendes; c'est à lui que sont soumis directement tous ceux qui habitent un domaine de l'Église de Reims. L'immunité étant avant tout une exemption d'impôt, on conçoit que ce privilège a des rapports étroits, notamment avec le payement des tonlieux. On constate, par exemple, qu'en 657 Childebert déclare expressément dans son diplôme d'immunité que le privilège accordé s'entend des tonlieux et des autres taxes levées sur les domaines de l'Église de Reims 21 : Nivardus prseceptum etiam immunitatis a Childeberto reye super theloneis et quibusdam tributis ecclesie Remensi obtinuit. De même, le diplôme de Dagobert III, de 711-715, rappelle l'exception de tonlieu accordée par les prédécesseurs de ce souverain 22 et lorsqu'en 769, Carloman confirma à nouveau l'immunité, il eut soin de délivrer également un diplôme relatif aux tonlieux23. Diverses confirmations de ces privilèges suivirent en 769-794 24, 814-816 25, 830 26 et 847- 850 ".

« Non seulement les hommes habitant les domaines de l'Église de Reims se trouvaient ainsi soustraits au régime judiciaire et fiscal commun, mais l'immuniste s'efforça aussi d'obtenir pour eux l'exemption du service militaire, que l'immunité, par elle-même et à elle seule, ne leur conférait pas. En 768-771, Carloman accorda une exemption de ce genre pour le domaine de Juvigny 28 et peu après pour ceux de Courville 29 et de Crugny 30. Nous ne savons si cette faveur fut étendue également aux habitants de la cité.

« L'immunité était devenue sous le règne de Charlepagne la condition normale des terres d'Église. Aussi le roi établit-il dans chaque domaine immunitaire un avoué, chargé de le représenter. Il y avait certainement un avoué à Reims dès le début du ixe siècle : Wuljarius... jam quoque vocatus episcopus, adhuc etiam antequam ordinaretur, res quasdam Remensi Ecclesite, sed et mancipia nonnulla vel colonos reimpetrasse ac leyibus per ecclesiœ advocatos evindicasse reperilur 31, mais le premier dont nous connaissons le nom, Radulphus, n'apparaît que vers 825 82; il semble exercer la police sur le domaine immunitaire 3S.

« Au milieu des guerres fréquentes qui eurent lieu dans la Francia du ixe siècle, l'immunité était souvent un leurre. Maintes fois les évêques durent recourir à la protection d'un potens vir. Les biens de l'Église de Reims étaient, durant l'épiscopat d'Ebbon (817-840)

doard, Hist. Remens. Eccl., 1. II, c. n; Grégoire de Tours, Hist. Franc, 1. VI, c. xxxi. — ■ " Flodoard, op. cit., 1. II, c. v. — " Vita Nivardi, dans Script, rer. merov., t. v, p. 163.

— " Flodoard, op. ci*., 1. II, c. XI. — ,0 Esmein, Histoire du droit irançais, 1925, p. 134. — " Script, rer. merov., t. v, p. 163. — " Hist. Remens. Eccl., 1. II, c. xi. — 23 Id., 1. Il, c. xvii. — "' M., 1. Il, c. xvii. — ,b Id., 1. II, c. xvm. ■ — " Id., 1. II, c. xix. — »' Id., 1. III, c. iv. — " Canton de Soissons. — ï9 Canton de Fismes. — 3° Canton de Fismes.

— " Hist. Remens. Eccl., 1. II, c. xvm. — 3> Id., 1. II, c. xix.

— " Id., 1. III, c. xxvm.

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placés sous la protection d'un comte1; il n'y avait aucune antinomie entre la protection personnelle de ce personnage et la protection réelle de la defensio immunilalis2. Rien ne nous permet cependant d'affirmer qu'à l'intérieur de la cité, l'évêque ait eu besoin de recourir aux bons offices de ce comte, l'avoué pouvait suffire 3. »

XXII. La cité et les faubourgs aux vm«-ixe siècles. — Nous sommes très imparfaitement renseignés sur la cité de Reims durant le vme siècle. Les deux sources auxquelles on serait tenté de s'adresser : la Vita sancti Rigoberli est postérieure de plus d'un siècle et demi aux événements qu'elle raconte et la Vita sancti Remigii est l'ouvrage d'Hincmar, en partie fabuleux, mais où tout ne doit pas être rejeté. Il faut laisser aux romanciers le soin de la reconstitution pseudo-historique de la ville, nous avons dit ce qu'on en pouvait savoir au point de vue monumental en décrivant l'ancienne cathédrale, la basilique Jovienne et celle de Saint-Remi; sous l'épiscopat de saint Rigobert un oratoire fut aménagé dans les bâtiments de la Porte Basée et dédié à saint Michel 4.

De quoi se composait la population urbaine? « Des clercs et des serfs semblent constituer l'élément essentiel. Mais ces clercs se trouvent dans une situation fort précaire par suite des usurpations auxquelles se livrent les grands. La sécularisation des biens ecclésiastiques avait en outre privé l'Église de Reims de nombreux domaines. On retrouve un écho pittoresque de cette situation lamentable dans un passage de la Vita sancti Remigii d'Hincmar. Les quelques prêtres qui habitaient la cité en étaient réduits, pour vivre, à s'adonner au commerce; privés des dîmes et des revenus alïectés normalement aux églises, ils vendaient, probablement à leurs concitoyens, les récoltes de leurs domaines. On voudra bien cependant ne voir en eux que des marchands occasionnels; leur activité économique suppose toutefois la présence dans la cité d'un certain nombre d'acheteurs qui disposaient de quelque argent liquide. Nous ne tirerons pourtant pas des conclusions trop précises de ce texte isolé; ce n'est qu'une anecdote qui fait allusion à un épisode exceptionnel ou occasionnel. Le soin que prenaient d'ailleurs les clercs de cacher leurs bénéfices, en cousant leurs pièces de monnaie dans des feuillets de parchemin, montre combien était réduite, en ce temps, la circulation monétaire : Cujus infelici tempore de ista Remensi ecclesia non solum pretiosa quœque ablata /itérant, sed et ecclesiœ atque domus religiosarum destructe et ab episcopis juere divisa', llli quoque pauci qui erant résidai clerici negolio viclum querebant sed et denarios quos mercimonio conquirebant in cartis et librorum [oliis interdum Iigabantb. Jusqu'au début du règne de Charlemagne, l'Église de Reims se trouva dans une situation fort précaire; ce n'est guère que sous l'épiscopat d'Ebbon (817-840) qu'elle parvint à reconstituer son domaine et même à l'arrondir quelque peu. Les évêques entreprirent alors de restaurer les églises et les édifices vétustés ou ruinés 6. »

Les églises étaient nombreuses, nous en avons décrit quelques-unes des plus importantes. Le grand testament, au ixe siècle, en cite dix-sept, dont cinq

1 ht., 1. II, c. xix. — » Id., 1. III, c. xxvi. — s F. Vercauteren, Étude sur les civitates de la Belgique seconde, 1934, p. 60-61. — * Uist. Remens. Eccl., I. II, c. xn. — ' Vita S. Remigi. — * F. Vercauteren, op. cit., p. 62-63. — ! Grégoire de Tours, Liber de virtutibus S. Juliani; Flodoard, llisl. Remens. Eccles., I. I, c. xxm; 1. II, c. v-vi; 1. III, c. xxviii. — 8 Ici., ibid., 1. Il, c. XII, — • Id., ibiit., 1. II, c. xv. — 10 Id., ibid., 1. I, c. iv, x. — " Id., ibid., I. IV, c. xlviii. — " L. Deinaison, Histoire de saint Rémi, dans Travaux de l'Acad. de Reims, t. exi, 1901-1902, p. 276. — 13 Flodoard, op. cit., 1. IV, c. xxvm. — '* Id., ibid., 1. IV,

dans l'intérieur de la cité et douze dans les faubourgs, ce sont : dans la cité, la cathédrale, Saint-Symphorien, les Martyrs, Saint-Martin, Saint-Pierre; dans les faubourgs : Saint-Nicaise, Saint-Corne, Saint-Crépin, Saint-Germain, Saint-Hilaire, Saint- Jean, Saint-Martin, Saint-Maurice, Saint-Sixte, Saint-Timothée, Saint- Victor, Saint-Christophe. A cette liste peuvent s'ajouter cinq autres églises non mentionnées dans le testament, mais attestées par d'autres sources : Saint-Julien 7, Saint-Michel 8, Saint-Denis 9, Saint-Celsin 10, Saint-Hilaire en la cité n.

Aux églises viennent s'ajouter les monastères : Saint-Remi, restauré et agrandi par Hincmar 12, Saint- Pierre ls et Saint-Pierre hors cité14, enfin Saint-Thierry. Reims possédait un hôpital15. Ce n'est guère, semblet-il, avant le règne de Louis le Débonnaire que la ville eut un cloître de chanoines 16.

On a vu, à propos de la cathédrale, l'autorisation donnée par Charles le Chauve de détourner divers chemins publics 17. « Ces vise publicœ auxquelles le diplôme carolingien fait allusion sont les anciennes routes romaines qui convergeaient vers Reims; ces chaussées se prolongeaient à l'intérieur de l'enceinte et constituaient les artères principales de la cité. Il ne soutire aucun doute que la voirie du IXe siècle était, quant au tracé tout au moins, exactement la même que celle de l'époque romaine. Comme l'a déjà fait remarquer C. Jullian l8, le réseau des rues dans les villes romaines était loin d'être aussi irrégulier et capricieux qu'on l'a supposé et le Moyen Age l'a conservé le plus souvent tel quel. Il n'en fut pas autrement à Reims; un texte très curieux de la Vita Sancti Rigoberli 19, écrite à la fin du ixe siècle, montre que les rues dallées de l'époque subsistaient encore dans la cité. Néanmoins la voirie urbaine n'était plus convenablement entretenue et en bien des endroits le dallage avait disparu laissant à nu la terre battue. C'est ce qu'on peut conclure d'un passage de Flodoard, qui, racontant le retour du corps de saint Rémi au monastère du même nom, en 901, rapporte que les pluies d'automne incessantes avaient converti la ville en un vaste bourbier, de sorte qu'on craignit de ne pouvoir procéder au transfert des reliques. Heureusement une gelée bienfaisante vint, fort à propos, durcir le sol 20.

« Reims n'était pas seulement une ville de clercs; c'était aussi au ixe siècle une résidence royale; c'est à Reims que plusieurs Carolingiens se font couronner et sacrer 21. C'est là aussi qu'ils tiennent, à diverses reprises, leur cour'-2, s'installant de préférence, semblet-il, au monastère de Saint-Remi *». »

La cité de forme elliptique dessinée vers le dernier quart du in' siècle a projeté au Sud une sorte d'appendice qui a fini par rentrer dans l'enceinte et faire partie de la cité. Sa position s'explique par la création d'un cimetière hors de l'agglomération urbaine; mais avec les siècles, la loi romaine qui interdit les inhumations dans les villes cesse d'être observée et la nécropole se rattache à la cité, même on élève sur le chemin une église dédiée à saint Julien, nous apprend Grégoire de l'ours : apud Belgicœ secundw provintiam, id est subtirbano Remensis urbis u, ce que Flodoard corrige ainsi :

c. xlvi. — ,s Id., ibid., 1. III, c. x. — '• Id., ibid., 1. II, c. xix. — " Id., ibid., 1. III, c. x. — " Histoire de la Gaule, t. V, p. 51. — " Platciv... nui ob evilandum cœnum ilicbus priscis lapidibus magnis stratus erat: unde et luvc actenus pristfnum noinen serval, dans Script, rer. merov., t. vu, p. 69; cf. L. Demaison, Explication d'un passage de la vie de saint liiyobert, dans Travaux de l'Acad. de Reims, t. lxviii, 1881, p. 501-507. -" Flodoard, op. ci/., 1. IY.c.xn. — " Id., ibid., 1. II, c. xix. — "Annales Bertiniani, ad ami. 817. 849, 856, 862. — *3 F. Vercauteren, op. cit., p. 66-67. — " Liber de virtutib. S. Juliani, c. xxxn.

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Belgicae secundœ provinciœ in subiirbio Remensis urbis1; mais l'insécurité fait probablement que les habitations sont rares dans le faubourg, on y voyait surtout des champs, olcee, comme on disait alors 2, et les maisons se groupaient de préférence près de l'enceinte 3 et des églises ainsi que nous le voyons par le testament de l'évêque Sonnatius, vers 625, qui signale des maisons près de la basilique des Saints-Timothéeet-Apollinaire 4 et de l'église Saint-Nicaise 5. Ce n'est pas avant la fin du ixe siècle, dans la Vita sancli Rigoberli que nous lisons pour la première fois la mention du suburbium, mais dès lors Flodoard en fait un fréquent usage.

C'est là que se forme et se développe le bourg de Saint-Remi qui forme une petite agglomération domaniale à laquelle l'archevêque Séulfe, vers 924 ou 925, donnera une enceinte 6 distincte de celle de la ville en sorte que le suburbium possède son caslrum in quo ipse bealus pastor (Remigius) corpore quiescit, et son marché.

XXIII. Condition des terres et des personnes. — Un diplôme de Louis le Débonnaire, entre 817-825, témoigne de l'existence à l'intérieur des murs de Reims de terres fiscales 7 et, à l'époque de Flodoard, le monastère Saint-Pierre, pour femmes, était appelé regale vel fiscale, eo quod in regali potestate usque ad modernum lempora juerit habilum 8. Le fondateur Gunlberlus, vir illustris, vivait au vme siècle, peut-être plus tôt et le monastère avait été sécularisé; il était resté un bien fiscal jusqu'au début du xe siècle.

Routes et chemins faisaient partie du domaine fiscal et dépendaient du roi qui, nous l'avons dit, pouvait autoriser un évêque à détourner les vias publicas si le besoin s'en faisait sentir9.

« L'Église de Reims possédait une notable partie du sol de la cité; l'évêque, les basiliques, les monastères étaient propriétaires. Saint-Remi possédait deux accolée 10. Il est plus difficile de déterminer l'importance de la propriété foncière laïque dans la ville. Dans le courant du vme siècle, par suite de sécularisations de biens d'Église, on vit des propriétés urbaines concédées en bénéfice à des laïques; mais Louis le Débonnaire impose des restitutions, au moins partielles et ordonne à ses vassaux et fidèles la cession des terres jugées nécessaires à la construction du cloître des chanoines : volumus etiam, ut vassali et quicumque fidèles nostri ex rébus ejusdem episcopatus aliquid habent eidem operi ( = jundatio claustri canonicorum) inser ient ".

« Il n'est guère possible de connaître avec exactitude la condition juridique des habitants de la cité et encore moins l'importance relative de chacun des groupes sociaux que renfermait l'enceinte. Il est certain qu'il y avait encore quelques hommes libres dans la cité au ixe siècle. Tout au moins y possédaient-ils des terres, s'ils n'y résidaient pas eux-mêmes d'une manière permanente. Entre 804 et 814, l'évêque Vulfaire, désireux d'échanger quelques objets précieux qui se trouvaient dans le trésor de son Église, ne le fait qu'en présence des dignitaires ecclésiastiques et de certains grands laïques12. Il faut sans doute mettre au nombre de ces viri illustri le comte du pagus de Reims, l'avoué

1 Hist. Remens. Eccles., 1. I, c. xxm. — a In gloria confessorum. — 3 Hist. Remens. Eccl., 1. I, c. xxiv. — * Id., 1. II, c. v. — « Id., 1. I. c. vu. — • Id., 1. IV, c. xix. — ' Flodoard, Hist. Remens. Eccles., 1. II, c. xix. — 8 Id., ibid., 1. IV, c. xlvi; cf. E. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique en France, t. n, (1926), p. 4, n. 6. — ' Flodoard, op. cit., 1. II, c. xix ; 1. III, c. iv, x. — '" Polyptyque, édil. Gueiaid, p. 10, n. 29. — " Flodoard, op. cïf.,1. II, c. xix. — 11 Id., ibid.,l. II, c. xvm : De thesauris etiam Sanctœ Mariœ ac Sancli Remitjii nonnulla cum lestimonio virorum illustrium, tam clericorum quam laicorum mutuavil. — u Flodoard,

et les fidèles du roi qui possédaient des bénéfices dans la cité. L'n passage de Flodoard nous prouve la présence dans la cité, au début du xe siècle, de gens de bonne naissance, mais de fortune très modeste, et qui sont assurément des hommes libres 13. L'n autre document de l'an 8 47, nous apprend que l'évêque avait des vassaux; un certain Dodilo, vir nobilis, vassalus ejusdem episcopi, intervient en effet à la prière d'Hincmar, en qualité de missus, dans le domaine d'Aguilcourt ", dépendance de Saint-Remi 15. Mais rien ne prouve toutefois que ce fidèle de l'évêque résidait dans la cité.

« Ces textes ne doivent d'ailleurs pas faire illusion; leur rareté montre bien que les hommes libres n'étaient guère nombreux à Reims à l'époque carolingienne. Nous savons que l'archevêque Ebbon installa dans la cité des ouvriers auxquels il donna des habitations et peut-être même des terres 16. Nous ignorons la condition juridique de ces individus, mais la dépendance économique dans laquelle ils vivaient n'aura pas manqué d'influer sur leur statut personnel et de faire d'eux des non-libres, pareils sans doute à cet habile maçon Rumaldus servus que Louis le Débonnaire céda, en 817-825, à l'Église rémoise ".

« Sur les terres que l'abbaye de Saint-Remi possédait dans et près de la cité habitaient des colons 18. Un grand nombre de serviteurs, que les textes qualifient indifféremment de servus ou de famulus, demeuraient également dans la cité; ils étaient attachés au service de l'église, de l'évêque et des prêtres et n'étaient certainement pas libres.

« Quant aux ecclésiastiques, ils formaient évidemment la classe dominante; il n'est que de lire les écrits de. Flodoar pour s'en persuader immédiatement. Aucune donnée statistique ne nous permet malheureusement de déterminer l'importance numérique de la population urbaine ls. »

XXIV. Église de Saint-Sixte. — La Vie de saint Sixte est ancienne, mais est-elle du VIe siècle? Son âge ne peut se déduire que de celui de ses manuscrits parmi lesquels on n'en a pas désigné de véritablement anciens, en sorte qu'on peut croire que l'auteur a été surtout préoccupé par là nécessité de concilier la tradition rémoise avec la passion des saints Crépin et Crépinien qui désigne Maximien comme empereur 20. De toute façon cette Vie est antérieure à Flodoard, elle nous apprend que Sixte fit construire un oratoire qui fut placé plus tard sous son vocable et où son successeur Sinice, lui donna la sépulture : Cujus exequiis digne celebralis, sanctus Sinicius corpus ipsius in ecclesia quam ipse in suburbio civitatis construxcral, cum laudibus et hymnis honoriflee collocavit21. Elle s'élevait près de l'antique Via Cœsarea qui, de Reims, se dirigeait vers le Sud-Est et l'Italie, dans ce faubourg oriental qui prit dans la suite les noms de quartiers de Saint-Remi et de Saint-Nicaise. C'était là que les chrétiens étaient rassemblés en plus grand nombre. Là aussi que s'élevèrent au cours du ive siècle diverses églises, en particulier la basilique de Saint-Timothée, fondée de très bonne heure sous le vocable du martyr rémois22; la basilique cimétériale de Saint-Agricole édifiée par Jovin 23, la basilique de Saint-Martin voisine

Hist. Remens. Eccles., 1. IV, c. xlviii. — " Arrondissement de Laon, canton de Neufchâtel. — ls Polyptyque de Saint Rémi, édit. B. Guéiaid, p. 57. — ls Flodoard, op. cit., 1. II, c. xix. — " Id., ibid., 1. II, c. xix. — " Polyptyque de Saint-Remi, p. 19. — " F. Vercauteren, op. cit., p. 74-75. — *" L. Duche-oie, op. cit., t. m, p. 80. — 21 Acta sanct., septembr. t. i, p. 127. — " Flodoard, op. cit., 1. 1,c. rv; Marlot, Hist. de la ville de Reims, I. i, p. 18/ ; Givelet, Jadart et Demaison, Répertoire archéol. île Reims, dans Travaux de l'acad. de Reims, t. lxxxii, 1886-1887, p. 164. — " Voir plus loin, § xxxvii.

de l'hypogée chrétien dont nous avons parlé1; enfin la petite chapelle de Saint-Christophe, in qua eique subjacentibus atriis ex antiquo eral cymeterium Remensis ecclesiœ. Une estampe du xvme siècle qui représente les environs de Reims signale la présence de deux cimetières le long de la Via Cœsarea autour de l'église Saint-Agricole 2. lui fin c'est sur l'emplacement de la chapelle de Saint-Christophe que s'élèvera un jour l'abbaye de Saint-Remi.

Dans cet ensemble d'édifices du vicus christianorum, l'église de Saint-Sixte est la plus ancienne. Saint Sinice vint y rejoindre son prédécesseur et partagea son tombeau, ut in cœlis, ita etiam meruit in terris habere consortium, uni us ejusdemque lempli tumbœque sortitus cum beato Sixto sepulchrum 3. « Dotée de terres, de maisons et de vignes, elle fut desservie par une congrégation tantôt de douze, tantôt de dix prêtres, qui, dans la suite des temps, lorsque la ferveur se refroidit, furent réduits à un seul. Au ixe siècle, cette décadence et cette sorte d'abandon engagèrent à faire transporter les ossements des deux saints en l'église Saint-Remi où ils furent déposés derrière l'autel de Saint-Pierre. » L'église Saint-Sixte a été longtemps affectée au service paroissial. Son titre de paroisse ne fut éteint qu'en 1686, elle fut interdite alors, mais ne fut démolie qu'en 172G. « Elle avait encore conservé au xviie siècle un aspect archaïque qui avait frappé l'historien rémois dom Marlot. Ses murs, à l'extérieur, offraient un parement de pierres taillées en carré, sans doute de petit appareil, sectos in quadrum lapides. Il ne devait rien rester, bien entendu, de l'église du me siècle, qui avait été sûrement rebâtie à plusieurs reprises dans le cours des âges, mais d'après le renseignement que nous devons à Marlot, l'édifice, dans son dernier état, pouvait remonter en partie au xie siècle, peut-être même à une date un peu plus ancienne. Il convient d'ajouter, d'après cet auteur lui-même4, qu'en dehors de l'appareil en question, on n'y voyait aucune trace d'antiquité, les remaniements que le monument avait subis lui ayant probablement enlevé tout caractère. Nous ne savons rien de plus sur lui; les anciens plans de Reims nous le représentent avec des dimensions fort restreintes, mais ces figures sont tellement imparfaites qu'on ne peut guère les mettre à profit5. »

XXV. Église des Saints-Apotres, ensuite Saint-Symphorien. — La première église qui porta le. titre de cathédrale fut dédiée aux Saints-Apôtres, titre qu'elle garda jusqu'à la construction d'un nouvel édifice par l'évêque saint Nicaise. Nous lisons, en effet, dans la Passio sancti Nichasii : Nam antiquitus cathedra episcopalis in ecciesia quœ ad Sanctos Apostotos dicitur habebatur' et dans Flodoard : Cathedra siquidem pontiftealis antiquitus in ecciesia quse ad Apostolos dicitur, extilisse jcrlur 7.

Cette église était située à peu de distance de remplacement de la cathédrale actuelle, par derrière, vers l'Est. Son vocable primitif fut remplacé par celui de Saint-Symphorien. Le grand testament de saint Rémi, pièce d'une authenticité douteuse, mais qui peut remonter dans l'état où nous le possédons au ixe siècle, attribue à cet évêque un legs de deux sous d'or dia-

1 Voir plus liaul , § XIII. — * Bibl. nul., Cabinet des estampes, Topographie de France, Marne, Reims, t. i. — " Flodoard, Hist. Remens, Eccles., 1. I. c. m. — * Marlot, op. cit., I. i, p. 69 : ...prieter sectos in quadrum lapides quibus exterius parieles compacti surit, nihil 1ère aidiquitatis prie se fert. — 6 L. Demaison, Les cathédrales de Reims, p. 70. — • Bibl. do Reims, ins. il il, fol. 3 r°. — ' llist. Remens. Eccl., 1. I, c. vi. Flodoard, op. cit., 1. l,c. xvm. — ' Id., ibid., 1. U.c. v. 10 Id., ibid., 1. II, c. vi. — " Cerf , Histoire et description de X.-I). de Reims, t. i, p. 18; Tourneur, N.-D. de Reims, 1907, p. '.). — " Répertoire archéol. de Varrond.de Reims, p. 103 sq. — '" llist. Remens. Eccl.,\. I, C. VI. — ll... quant ab eodem in

conise infra urbem quœ dicitur ad Apostolos 9. L'évêque Sonnatius (t 20 octobre 631) porte dans son testament trois sous d'or pour la même basilique 9, et un de ses successeurs, Landon, évêque de 645 à 649, la désigne déjà ainsi : ...ad basilicam Sancti Symphoriani quœ vocatur ad Apostolos 10. On fait honneur à l'évêque Jmbelausius de la construction de cette église, celui qui siégea au concile d'Arles; c'est une conjecture qui ne repose sur aucun témoignage autorisé 11. Devenue collégiale, l'église était terminée par un chevet construit vers 1209; elle fut démolie en 1796 et des maisons furent construites sur son emplacement12. On peut admettre que cette église fut la première proprement urbaine.

XXVI. Église de la Sainte- Vierge. — Flodoard a accueilli le récit d'une révélation divine qui aurait décidé l'évêque Nicasius, tout au début du vc siècle, à construire au centre de la ville une basilique dédiée à la vierge Marie dont il fit sa cathédrale : Is namque sedis hujus sanctœ basilicam in honore perpétuée virqinis Dei genitricis Mariœ divina tradilur admonilus revelatione fundasse, quam proprio quoque consecravit sanguine ". C'est le premier monument religieux construit à la place qu'occupe aujourd'hui la « cathédralemartyre ». Flodoard dit à ce sujet qu'elle avait été fondée in hujus urbis arceu, expression qui a été discutée et interprétée. « On a cru qu'il s'agissait d'une citadelle et même d'un capitole, ce qui est absolument invraisemblable 15. Il convient de faire observer d'abord que la leçon in arce semble être un peu douteuse. On possède diverses rédactions d'une relation du martyre de saint Nicaise 16, qui se rattachent de très près au texte de Flodoard et que celui-ci a pu copier, si elles lui sont antérieures; tout au moins elles peuvent dériver d'une source commune 17. Or, elles offrent ici des variantes dont on doit tenir compte. La Passio bealissimi Nicasii, contenue dans le manuscrit 1111 de la bibliothèque de Reims et celle du manuscrit n. £ de la bibliothèque de Namur, ont la leçon in arcem sedis ipsius u, assez conforme à celle de Flodoard. sauf l'emploi de l'accusatif au lieu de l'ablatif. Mais la Passio du manuscrit lat. 5333 de la Bibliothèque nationale et la version abrégée empruntée par Surius à un manuscrit, suivant lui, très ancien, ont une variante intéressante qui nous met sur la voie d'une autre solution. Files nous parlent de la basilica sancta Dei genitricis Maria' quam matrem sedis suœ jundaveral, la basilique dont saint Nicaise avait fait son église métropolitaine 19. Dans l'écriture carolingienne, entre les mots matrem et in arcem, une confusion csl liés facile. Un copiste a pu lire l'un pour l'autre, substituer in arcem à matrem, et tomber ainsi dans une méprise qui s'explique aisément. Les preuves ne manquent pas à l'appui de cette supposition. C'est d'abord l'ni d' arcem qui paraît bien être emprunté à la leçon primitive, la correction grammaticale exigeant in arce, comme l'a, du reste, admis Flodoard. Enfin les mots sedis suse comportent l'idée d'un siège métropolitain et s'accordent bien mieux avec l'expression matrem. Remarquons que Flodoard, en nous donnant la variante in arce, y joint les mots hujus urbis; avec arce.

lui jus urbis arce fundatam ntenturaviinus, tradilur occurrisse, 1. I, c. vi. — ,s Cette explication a joui d'une grande vogue parmi les écrivains rémois : N. Bcrgicr, Le dessein de l'histoire de Reims, 1635, p. 3 1 1 ; Marlot , llist. de la ville de Reims. t. i, p. 581; Tarbé, Reims, p. 245; Cerf, llist. et deser. de N.-D. de Reims, t. i, p. 20; F. Vsrcauteren, o/>. eij.. p. 48, note 3. Nous adoptons la thèse exposée par 1.. Demaison, op. cit., p. 73-75. ■ — " Cf. Riblioth. hagiogr. lat.. t . n, p. 885. — " Ainsi Wailz, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xm, p. 117. — l' Anal, bail., t. i, 1882, p. 612. — " Surius, Vital sanctorum, t. xn, 1618, p. 264. Le ins. lat. 5333, fol. 213 V, porte la leçon matrem sedis ipsius urbis.

sedis aurait beaucoup moins convenu. Je crois donc que la leçon malrem mérite la préférence. S'il en était autrement, s'il fallait s'en tenir à celle qu'adopte Flodoard, on pourrait même lui prêter un sens satisfaisant. In arce signifierait : dans l'enceinte fortifiée, créée à la fin du me siècle, lors des invasions des barbares l. La cathédrale s'élève bien, en effet, au cœur de la cité; elle ne s'appuie pas sur un mur antique, à la différence de plusieurs autres cathédrales, comme celles rie Chartres, du Mans et de Bourges; elle est, au contraire, assez éloignée de la vieille enceinte. En aucun cas, il ne saurait être question d'une citadelle et encore moins d'un capitole 2. Ceux qui, en se laissant guider par un texte mal compris, et peut-être altéré, ont pu en tirer des conclusions pour la topographie de la ville gallo-romaine, se sont étrangement trompés 3. »

Quant à l'érection de l'église sur les ruines d'un temple païen dédié à Vénus ou à Jupiter, c'est une affirmation lancée au xvie siècle; cette fable du chanoine Ant. Colard ne compte pour rien. La cathédrale s'est élevée sur les restes d'habitations privées ce dont témoignent un hypocauste et une mosaïque trouvés près de la cour de l'archevêché.

XXVII. Le portail de la basilique du ve siècle. — « Les textes historiques nous fournissent très peu de renseignements sur la cathédrale construite par saint Nicaise. La tradition nous a seulement conservé un souvenir précis de la place où s'élevait sa façade. Le saint prélat, d'après son biographe et d'après Flodoard, fut massacré par les Vandales sur le seuil de son église, ad ostium basilicœ. Or, le lieu de ce martyre est resté à travers les siècles l'objet de la vénération des fidèles; il était indiqué autrefois par une dalle de forme circulaire, connue sous le nom de « rouelle de saint Nicaise », rotella sancti Nichasii, qui était située dans la sixième travée de la nef, à partir du grand portail, en face d'une petite porte ouverte dans le bas côté sud. Une inscription commémorative se voit aujourd'hui en cet endroit : elle a été posée à la suite de la destruction opérée en 1743 d'un édicule en marbre que Jean Quinart, chapelain de l'église de Reims, avait fait ériger en 1667 *. Quoi qu'on en ait dit, la situation de ces petits monuments successifs ne paraît avoir jamais changé dans la cathédrale actuelle, depuis une époque lointaine. Une charte de l'année 1299 ne laisse aucun doute à cet égard \ Dans un plan de la cathédrale, dessiné par un artiste rémois du xvie siècle, Jacques Cellier 6, « le lieu où sainct Nicaise fut décollé >■ figure toujours à la même place. Il y a donc là une tradition ininterrompue. Mais, nous devons le reconnaître, il en était autrement dans l'église qui a précédé la cathédrale du xme siècle. L'auteur de la vie d'Albert de Louvain, évêque de Liège, égorgé près de Reims en 1192, dans la description très précise qu'il nous donne de la tombe, nous apprend que la fosse qui avait été réservée à cette sépulture n'étant pas assez spacieuse, on avait été obligé d'empiéter sur la place occupée par la dalle de marbre de forme ronde sur laquelle saint Nicaise fut décapité, lapis marmoreus et rotundus sancti Nicluisii anlislitis super quem juit decollulus. Il en était résulté que cette dalle recouvrait la tête et les épaules du défunt. La découverte que M. H. Deneux a faite de cette tombe en 1919, a prouvé l'exactitude de ce renseignement. Reconnue d'une façon

1 C'est l'avis de Ch. Loiiquet, La mosaïque des Promenades, p. 51. — * Cf. Ch. Loriquet, dans Travaux de l'Acad. de Reims, 1868-1869, p. 24 sq. — 3 Tarbé, Reims, p. 245; Cerf, Hist. de N.-D. de Reims, t. i, p. 20; Tourneur, Notre-Dame de Reims, 7e édit., p. 9 ; Lacourt, Archevêques de Reims, dans ms. de la Bibl. de Reims, 1765, fol. 14 v°. — 4 Cerf, op. cit., 1. 1, p. 377; t. il, p. 255. — 5 L. Demaison, La cathédrale de Reims, son histoire, dans Bull, nwnum., 1902. — • Bibl.

indubitable, elle était située dans la huitième travée. Quant à la pierre de saint Nicaise, on peut constater par là qu'elle n'était pas à la place où on la voit aujourd'hui. Elle était à une dizaine de mètres en avant, vers l'entrée du chœur actuel 7. » L'hésitation n'est pas possible un seul instant entre ces deux emplacements; les fouilles prouvent que les constructeurs du xme siècle savaient exactement le lieu du martyre de saint Nicaise et la situation du mur antérieur de sa basilique. Au niveau de la dalle commémorative qui subsiste aujourd'hui on a mis à découvert des substructions qui paraissent bien être celles de cette façade.

XXVIII. Son autel et sa crypte. — « On a conjecturé que l'autel, qui devait se trouver en avant de l'abside, occupait la même place que le maître-autel de la cathédrale actuelle. Cette opinion a été confirmée par la découverte que M. H. Deneuxa faite en cet endroit, à une grande profondeur (environ 1 m. 45) de trois socles parmi les quatre soutenant les colonnes du ciborium de l'autel primitif. On peut avoir par là une idée approximative de la surface totale du monument; elle était assez restreinte et n'atteignait pas la moitié de la superficie de la cathédrale du xme siècle.

« Nous ne savons presque rien de son architecture. Une autre basilique chrétienne de Reims, celle que Jovin avait fait bâtir (voir § xxxvn) avait d'élégantes colonnes et des arcades (ou des voûtes) ornées de mosaïques en cubes de verre rehaussés d'or, miro cnlumnarum ornalu, arcubus auro et vitro lapillis inlerpositn micantibus; c'est ainsi qu'elle nous est décrite vers l'année 1066 par un écrivain anonyme qui en avait vu les restes encore debout, mais déjà menacés de ruine 8. On peut croire qu'un édifice important comme la cathédrale offrait aussi une somptueuse décoration de mosaïques et de peintures.

« Elle devait avoir les dispositions habituelles des basiliques de l'époque constantinienne : un vaisseau muni de bas côtés séparés de la nef par des colonnades; une abside voûtée en cul-de-four; une façade précédée d'un atrium.

« L'autel était surmonté d'un ciborium reposant sur quatre colonnes dont on a retrouvé les socles. Vers le milieu du vne siècle, l'évêque Landon avait fait poser sur cet autel une tour en or, tabernacle contenant la colombe eucharistique 9.

« Derrière l'autel était une crypte où saint Rémi, suivant la tradition, passait la nuit .en prière. Elle est mentionnée par Hincmar dans sa Vie de saint Rémi 10, et Flodoard nous apprend qu'après avoir été abandonnée et comblée de terre, elle fut, au commencement du xe siècle, déblayée par l'archevêque Hervé, qui la consacra à l'apôtre des Francs. Les fouilles entreprises par M. Deneux l'ont fait retrouver à la place même qu'indiquent nos anciens chroniqueurs. Sous un remblai de 1 m. 45 d'épaisseur, on découvrit un dallage en pierre qui a paru être le sol de la cathédrale bâtie par saint Nicaise. A la suite, on a dégagé, en contre-bas, un mur transversal qui fermait la crypte à l'Ouest. A ce mur sont adossés trois arcs en plein cintre reposant sur des piles de section carrée, où l'on distingue les amorces d'ares longitudinaux qui supportaient trois berceaux de voûtes. L'accès était ménagé probablement par deux escaliers, aujourd'hui détruits ou dissimulés dans les massifs de maçonnerie des fondations du xme siècle. Le mur ouest a gardé la

nat., ms. fr., 9125, fol. 68. — ' L. Demaison, dans Bull, monum., 1926, p. 76. — ■ Marlot, Metropolis Remensis historia, t. i, p. 622. — • Flodoard, Hisloria Remensis Ecclesiir, 1. II, c. vi. — 10 Acta sanct., octobr. t. i, p. 150; Beatus Remiyius in cripta quœ rétro sedem erat eeclesiee sancta' Remis, pernoctabat in oratione et Flodoard ajoute : Quam postea cryptam Heriveus in honore consecravit ejusdem beatissimi Remigii.

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trace d'un oculus, semblable aux petites fenêtres qui permettaient de voir à l'intérieur des confessions placées sous les autels. En poursuivant les travaux de déblaiement on a mis au jour les murs latéraux et déterminé le périmètre complet de la crypte1 »(fig. 10598). Son baptistère. — « Dans le voisinage de la cathédrale s'élevait un baptistère, le lemplum baptisterii, cité par Grégoire de Tours, où Clovis avait été fait chrétien 2. On a prétendu qu'il était situé sur l'un des côtés de Y atrium et que ces deux dépendances de la cathédrale primitive n'avaient disparu que dans la seconde moitié du xe siècle 3. C'est là une erreur qu'il importe de corriger. Le continuateur de l'iodoard

était annexé à l'atrium, comme on l'a supposé. En admettant, comme L. Demaison l'avait fait autrefois 6, qu'il était compris en un point indéterminé dans le périmètre de la nef actuelle et qu'on pouvait connaître « à quelques mètres près, ce lieu mémorable « auquel s'attachaient de si grands souvenirs», le prudent érudit s'était certainement trop avancé — ainsi qu'il l'a reconnu lui-même — et les recherches ultérieures ne lui ont pas donné rai'On. En réalité le problème semble devoir toujours rester insoluble. « Les « baptistères n'avaient pas d'emplacement fixe; ils « pouvaient être au nord ou au sud de l'église, derrière « l'abside ou devant l'entrée de l'atrium 7 ». On n'a

Coupe s~vr A.B

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10598. — Restitution (le la crypte. Plan et coupe. D'après Bull, du diocèse île Reims, 1925, p. 271-286.

nous rapporte que l'archevêque Adalbéron fit détruire en l'année 976 une construction voûtée, arcuatum opus, près des portes de l'église de Notre-Dame, ainsi que des fonts d'un admirable travail. On s'est imaginé que cet arcuatum opus doit être identifié avec les portiques munis d'arcades de l'atrium, et que les fonts étaient ceux de l'antique baptistère. Ces édifices auraient survécu à la basilique de Saint-Nicaise, et l'archevêque Kbbon les aurait épargnés, lorsque, comme nous le verrons, il entreprit de la rebâtir de fond en comble 4. Mais cette opinion n'a pas prévalu. Il est bien démontré aujourd'hui que les constructions mentionnées par le chroniqueur n'étaient pas antérieures à l'époque carolingienne et qu'elles se trouvaient à l'intérieur et non au dehors de l'église*. »

« Ainsi s'évanouissent toutes les conclusions que l'on avait voulu tirer de ce texte pour déterminer la position du baptistère. Il n'est nullement certain qu'il

1 L. Demaison, dans Bull, monum., 1926, p. 77-79. — 2 llistoria Francorum, 1. II, c. xxxi, — 3 Mai lot, Metr. Item. hist., t. i, p. 160. — ' I.. Demaison, Notice historique sur la

cathédrale de Reims, dans Album de la cathédrale de Reims, île Poussln-Druart, p. 2, 3. — s L. Demaison, dans Rail, monum., 1926, p. 79-80. — • L. Demaison, Le lieu du baptême de Clovis. dans G. Kurth, Clovis, 2* édit., t. Il,

donc aucune indication pour rechercher l'emplacement du baptistère de Reims. Les fouilles faites en ces dernières années dans la cathédrale ne nous ont fourni aucun indice certain. Point de fondations d'un édifice de forme ronde ou octogonale dont le caractère ne laisserait aucun doute. On a bien découvert au milieu de la nef un puits auquel aboutissait une canalisation de plomb, se dirigeant vers le bas côté nord, et l'on a pensé qu'il avait pu alimenter le baptistère, mais les recherches poursuivies aux alentours n'ont apporté aucune preuve à l'appui de cette attribution 8. Tout porte à croire qu'il a servi à un autre usage *.

i Presque toutes les églises, a écrit Yiollet-le-Duc. possèdent un puits, soit percé dans la crypte, soit dans un collatéral. Ces puits axaient primitivement été creusés pour les besoins des constructeurs10. » Peutêtre celui-ci avait-il été creusé, lors des travaux importants exécutés au milieu du xir3 siècle. Un autre,

p. 314. — ' R. de Lastcyrie, L'architecture relig. à l'époque romane, p. 123. — * F. Deshouliéies, Les fouilles de la cath. de Reims, dans Rull. monum., 1923, p. 405. — • A ce puits aboutit, vers l'Est, dans l'axe de la nef, un corridor étroit entre deux murs de piene, d'un appareil très Soigné, dont on ne sain ait détei miner la date ni la destination. — '• Dictionn. de l'archit. française, t. vu, p. 562.

REIMS

bien construit en pierres de taille, a été trouvé vers le portail, dans le bas côté sud. Il a été créé sans nul doute pour le service des maçons qui élevaient la cathédrale actuelle.

« Nous croyons avoir résumé ici tous les renseignements qui sont à notre portée sur la cathédrale de saint Nicaise. Les plus intéressants sont ceux que nous fournissent la découverte si curieuse de la crypte et celle des fondations de la façade. Pour le reste, pour ce qui concerne le baptistère et l'atrium en particulier, nos informations sont à peu près nulles. Il vaut mieux se résigner à une documentation incomplète que de hasarder des conjectures peu solides. Les débris sculptés que l'on pourrait rapporter à ce monument doivent être rares. Vers 1879, on a trouvé dans les fondations de la tour septentrionale du portail deux chapiteaux corinthiens d'un style barbare, mais on ne peut se prononcer sur leur origine '. »

XXIX. La cathédrale carolingienne. — La basilique élevée par saint Nicaise fut conservée pendant quatre siècles environ; ses fastes s'achèvent en 816 avec le couronnement de Louis le Débonnaire par le pape Etienne IV. Qu'en était-il alors de l'édifice primitif? Il avait dû subir bien des réparations. Dès le milieu du ve siècle le besoin s'en faisait sentir et, vers l'an 456, l'évêque Bennagius inscrivait à cette intention dans son testament une somme de vingt sous d'or avec des champs et des bois : Députât et solidos viginti ad ejusdem ecclesise reparationem cum agellis et sitvis2. A l'époque du sacre de 816, il fallut prévenir une ruine prochaine et l'archevêque Ebbon (voir Dictionn., t. iv, à ce nom) décida une reconstruction totale. Il existe un diplôme, publié par Mabillon, qui a permis de croire que le nouvel empereur, quelques semaines après son sacre, le 1er novembre, avait donné son approbation à cette entreprise... Sancta Remensis ecclesia, in qua prœdeccssores nostri, reges videlicet Francorum, fidem et sacri baptismatis gratiam perceperunt, in qua et nos per impositionem manus domni Slephani papse impcrialia suscepimus insignia, quamque ob honorem Dei parentumque noslrorum memoriam, sive consecrationis nostrœ dignitatcm, a fundamentis restaurare sollempniler decrevimus3. Suivant une pratique alors très répandue et qui dura relativement peu, on ajouta au vocable séculaire de la Sainte- Vierge celui du Saint-Sauveur : Dum esset ante in honore lanium Dei genitricis Marise antiquo religionis cultu, nos propter novam exaltationis gratiam superaddenles, sub invocalione Sancti Salvatoris Dei et Domini nostri Jesu Christi renovando, rébus compelentibus ditavimus '. A cet effet, l'empereur concède à perpétuité l'abbaye de Montiérender et ses dépendances pour subvenir à la reconstruction et à l'entretien futur: ...quam abbatiam cum foresta noslra indominicala et omnium rerum summa inlegritate... perpetualiter eidem Remensi ecclesia: concedimus, et ad consummandam honorabilités omnem ipsius ecclesise structuram, seu ubicumque. in postmodum necesse fuerit restaurandam, in proprium lradimush. A cela il ajoute une mine de plomb in pago Laumensi et dans les limites de ce territoire : in ipsis quoque finibus vel adjacentiis, Geminiacam villam.

L'authenticité de ce diplôme est contestée, il paraît être postérieur à Flodoard et Th. von Sickel le classe

1 L. Demaison, dansr Bull, monum., 1926, p. 80-81. —

* Flodoard, Historia Remensis Ecclesise, 1. I, c. ix. —

* Mabillon, Annal, ord. S. Benedicti, t. n (1704), appendix, p. 757, n. lxxx. — * Id., ibid. — 6 ld., ibid. — * Acla regum et imperatorum Karolinorum, t. n, p. 433, cf. p. 330. — ' Flodoard, Hist. Remens. Eccles., 1. II, c. xix. — " Id., ibid., 1. II, c. xix. — 'T. von Sickel, Acla Karolinor., t. n, p. 150, 330, place la date de ce diplôme entre 817 et 825, il lut confirmé par un diplôme de Charles le Chauve; cf.

parmi les spuria"; ce qui n'empêche que Louis se montra favorable à l'entreprise et, ainsi qu'on l'a dit plus haut, il autorisa Ebbon à tirer de l'enceinte romaine les pierres à remployer dans la nouvelle cathédrale '. A cela il ajouta la remise des redevances que l'Église et l'évêché de Reims payaient au palais impérial d'Aix-la-Chapelle 8, enfin il autorisa la déviation de toutes les routes qui avoisinaient l'église et qui eussent mis des obstacles à l'établissement des cloîtres et dépendances où devait s'établir le clergé; à cela s'ajouta la cession perpétuelle des biens qui en cet endroit pouvaient appartenir au domaine royal ». Un autre diplôme ordonne la restitution à l'Église de Reims des biens qui lui avaient été jadis enlevés et fait une nouvelle allusion à la reconstruction complète de la cathédrale 10.

L'architecte était un serf nommé Rumaldus qui y consacra le reste de ses jours11. L'empereur avait consenti à prêter ce serviteur à Ebbon qui s'employa à rassembler tous les corps de métier nécessaires à l'entreprise, logeant et assurant la vie de chacun n. Ce fut donc Rumaud qui dirigea la reconstruction de la cathédrale agrandie u. La façade fut ornée d'un fronton décoré des figures du pape et de l'empereur et de cette inscription :

Ludouicus Ciesar factus coronante Stephano Hac in sede, papa maqno: tune et Ebo ponlifex Fundamenta renonavit cuncta loci istius, Urbis jura sibi subdens, prœsul auxit omnia.

En quoi consistaient ces figures : statues, bas-reliefs ou mosaïques, on ne peut le dire, mais il y a bien des vraisemblances pour que ce soient des mosaïques ".

Il est probable que la reconstruction fut entreprise très peu de temps après le sacre impérial, vers 817 à 825 environ. Ebbon avait aussi fait bâtir dans le voisinage rie la cathédrale, un édifice destiné à recevoir les archives rie l'église, avec une crypte dédiée à saint Pierre, qui fut desservie dans la suite par Flodoard ls. Il n'en reste plus trace.

Après qu'Ebbon eût quitté le siège de Reims, en 841, Hincmar pourvut à l'achèvement de l'édifice qui n'était pas encore sous toit et dont la décoration restait à faire. Ce fut Hincmar qui fit poser une toiture en plomb et un pavement en marbre, qui donna des vitraux aux fenêtres et fit peindre les voûtes16. L'autel reçut un revêtement d'or semé de pierreries ", il était surmonté d'une grande croix également plaquée d'or et rie pierres précieuses et le trésor de l'église fut rempli d'un riche assortiment de croix, calices, patènes, châsses, vases, manuscrits dans leurs boîtiers, lampes, couronnes de lumières, tentures, tapis. En 862, Hincmar procéda à la dédicace en présence de Charles le Chauve.

Le monument avait des voûtes en cul-de-four sur ses absides. C'est ainsi qu'il faut entendre les picta> camerse dont Hincmar avait orné son église, peintures ou plus probablement mosaïques. Les architectes carolingiens connaissaient la voûte mais l'employaient timidement sur des portions peu élevées et peu étendues de la construction, par exemple sur les cryptes et les absides; pour les nefs on recourait de préférence à un plafond en bois. Il a dû en être ainsi pour l'église d'Ebbon et ri'Hincmar.

Flodoard, op. cit., 1. III, c. iv. — 10 Id., ibid., 1. II, c. xix; Sickel assigne à ce diplôme la date approximative de 826 à 830; Acla Karolinor., p. 168. — "Flodoard, op. cit. — " Id., ibid. — u Ad renovandam et ampli[icand(un basilicam. — 14 P. Deschamps, Élude sur la renaissance de la sculpture en France à l'époque romane, dans Bull, monum., t. lxxxiv, 1925, p. 14-15. — IS Flodoard, op. cit., 1. II, c. xix. — " Id., ibid., 1. III, c. v. — " Fondu en 1746 par le chanoine Godinot.

XXX. Kncore la crypte. — « Au milieu de toutes ces reconstructions, on avait laissé subsister un dernier reste de la basilique primitive : la crypte dans laquelle avait, dit-on, prié saint Rémi, existait encore, mais elle avait été remplie de terre et elle resta longtemps à l'abandon. L'archevêque Hervé, au début du xe siècle, la fit déblayer, nettoyer et orner, et la consacra en l'honneur du saint pontife *. Nous en avons parlé déjà (§ xxvm). Elle a dû être ruinée au cours des travaux opérés au xme siècle, qui ont un peu bouleversé le sol du chœur, mais il en subsiste encore des restes importants que nous avons décrits. A-t-elle été conservée dans son état ancien ou faut-il admettre qu'Hervé ne l'a pas seulement dégagée des terres qui l'obstruaient, mais qu'il l'a remaniée et reconstruite? Sommes-nous en présence d'une crypte plutôt carolingienne? On n'y a trouvé ni chapiteaux, ni autres morceaux sculptés qui eussent pu apporter un témoignage irrécusable. L'appareil aussi prête peut-être un peu à la controverse. Cependant les objections que l'on serait disposé à présenter n'ont rien de décisif. On a pu concevoir certains doutes, mais non formuler des affirmations précises. Ajoutons que le texte de Flodoard ne semble pas favoriser cette opinion. Il nous parle seulement du nettoyage opéré par Hervé, et nous montre la crypte appropriée par ses soins : mundatam et excullam. Il n'y est nullement question d'une restauration qui aurait pu en changer le caractère. Enfin, quand on examine l'état des lieux, quand on étudie les substructions, il paraît bien qu'il n'y a rien eu de changé depuis l'origine, et l'on ne voit point de traces de reprises ou de modifications extérieures. Tout bien considéré, disait L. Demaison, je tiens moi aussi pour la crypte de saint Nicaise.

« Hervé, en la rendant au culte, l'avait faite accessible à tous, et elle ne cessa d'être fréquentée, tant que dura la cathédrale carolingienne. Flodoard nous rapporte que, de son temps, un clerc, malade de la fièvre, fut guéri en assistant à une messe qui y était célébrée 2. A la fin du XIIe siècle, on s'en est servi pour y mettre en sûreté un petit trésor, toujours oublié depuis dans sa cachette. On l'a découvert, il y a peu d'années, dissimulé au pied de l'autel. Il se compose de 17-4 pièces d'argent, qui sont pour la plupart, des monnaies de l'archevêque Gervais (1055-1067). La plus ancienne remonte à Charles le Simple; les plus récentes sont de Henri Ier, comte de Champagne (1152- 1181 ) 3.

« La remise en état de la crypte paraît avoir été le seul travail accompli dans la cathédrale par l'archevêque Hervé, mais il l'a enrichie d'un mobilier précieux : couronnes et lampes d'or et d'argent, vases ornés de pierreries, étoffes de soie. Il érigea, en outre, au milieu du chœur, un autel qu'il dédia à la sainte Trinité, et qu'il entoura de tables recouvertes d'argent. Enfin il garnit d'or, de pierres précieuses et des reliques la grande croix (crucem majorera j sans doute celle qui s'offrait dans l'église à la vue des fidèles et qui avait été déjà décorée par Hincmar4. »

XXXI. La instruction de 922. — On lit dans la Chronique de Waulsort5 un conte dont le récit ne peut être passé sous silence6. Un certain comte Eilbert7, dont l'auteur fait à tort un frère du comte Herbert de Vermandois, se trouvant dans une foire très fréquen-

tée en Thiérache, y vit un cheval superbe qu'il voulut acquérir de son propriétaire, chanoine de l'Église de Reims. L'accord se fit sur le prix, mais Eilbert n'ayant pas d'argent donna un gage appartenant à sa femme Hersent. C'était un collier ciselé par saint Éloi et dont l'ornement principal consistait en un lapis siquidem beryllus qui in mediopositus sculptum retinet, qualiter in Daniele Susanna a senibus judicibus maie criminala sil (voir Diclionn., t. vi, pi. h. t., col. 809 et au mot Suzanne). Quand vint le moment du règlement de comptes, le chanoine refusa de rendre le joyau et le comte Eilbert rassembla une armée avec laquelle il fit le siège de Reims qu'il prit d'assaut. Le chanoine se cacha dans la cathédrale, on ne put l'y découvrir, alors on mit le feu à l'église qui brûla tout entière. A ce coup le chanoine se découvrit et on lui reprit le joyau qui fut restitué au comte. Le roi de France, Charles le Simple, trouva le procédé un peu vif et déclara la guerre à Eilbert qui le fit prisonnier et l'emmena à Péronne (922, lire 923).

Avec les années vinrent les remords et, pour les apaiser, Filbert fonda l'abbaye de Waulsort à laquelle il donna le joyau, cause de tant d'événements (944). Après avoir bâti six églises, la pensée lui vint, en 948, de rebâtir celle de Reims : ...senario numéro constructarum ecclesiarum seplimam ob honorem ç/enilricis Dei, ob restauralionem Remensis ecclesise adjecit.

Tout ce récit et tous ces faits sont-ils de pure invention? Ni le chanoine de Reims Flodoard, ni le moine Richer.de Saint-Remi, n'en soufflent mot. Faudra-t-il donc accepter le témoignage de la Chronique de Waulsort, qui est postérieure et suspecte. D'après G. Waitz, l'un de ses deux auteurs vivait au milieu du xne siècle, l'autre auteur écrivait en 1244 8. Le premier des deux a fait de nombreux emprunts aux vieux poèmes français qu'il a traités comme des sources historiques soit par ignorance soit par goût de romancier. Mais cet auteur n'a pas tout inventé. Le roi Charles le Simple fut bien fait prisonnier mais dans une autre circonstance. L'abbaye de Waulsort fut bien fondée par le comte Filbert en 944 s; enfin le joyau a appartenu à cette abbaye jusqu'à la Révolution, il fait partie des collections du British Muséum, c'est une intaille sur cristal représentant l'histoire de Suzanne sur lequel on lit : Lotharius, re.r Franeorum, fieri jussit. Nous l'avons décrit (voir Diclionn., t. vi, col. 609-811). Ainsi Eilbert n'a ni brûlé ni reconstruit la cathédrale de Reims mais, comme il arrive fréquemment, il s'est formé parmi les moines une prétendue tradition pour expliquer la provenance du joyau et lui créer une histoire. Aucun doute n'est possible; ces laits sont imaginaires 10.

XXXI I. Les remaniements d'Adalbéron.

Nous arrivons à l'épiscopat d'Adalbéron à propos duquel deux textes contemporains mais quelque peu énigmatiques ont arrêté longtemps les archéologues. C'est qu'au xe siècle, la cathédrale de Reims présentait une particularité consistant en une partie voûtée, fornix, ou portée sur des arcades, arcualum opus, qui occupait près d'un quart de la nef et qui fut précisément supprimée par l'archevêque Adalbéron. en l'an

Deux contemporains nous ont instruit a ce sujet.

1 Flodoard, op. cit., 1. IV, c. xm. — * Flodoard, op. cit., I. Iir,c. vi. — 3 F. Deshoulières, dans Bull, monum., 1923, p. 107; H. Deneux, dans Bull, du dioc. de Beims, 1925, p. 319. — ' Flodoard, op. cit., t. IV, c. xm; L. Demaison, dans Bull, monumental. 1926, p. 89-91. — 6 Historia Walciodorensis monasterii, dans L. d'Acheiy, Spicilegium, lre édit., t. vu, p. 517. — 6 L. Demaison, La cathédrale carolingienne de Beims et ses transformations au A7/« siècle, dans Bull, archéol. du Comité, 1907, p. 48-53. — : Filbert ou (iil-

berl OU Ybert. ' .Uoiiura. Germ.- Iiisl.. Scriptnres. t. \i\. p. 506; ("». Waitz, dans ibid.. p. 504; L. Lahaye, Étude sur l'abbaiie de Waulsort. in-8°, Liège, 1890, pense qu'il mit la dernière main à son travail en 1211. Cf. E. Sackur, dans Deutsche /.eilsct.rift fur Geschichtswissenschaft, t. u, 1889, ]>. 346, note 2. — " Histor. Walclodor. nionast., c. \i\ ; Lahaye, op. cit.; J. Bédler, Les légendes épiques, t. ci, p. 123. — l0 L. Demaison, dans Bulletin archéologique du Comité, l'.»07, p. 53.

REIMS

ce sont le continuateur1 de Flodoard et le moine Richer, dont les textes se complètent et se corroborent. I-e premier écrit qu' « Adalbéron détruisit un ouvrage à arcades qui était contre les portes de l'église Notre- Dame de Reims, et sur lequel étaient placés l'autel du Sauveur et des fonts d'un travail remarquable. » Desiruxit Adalberu... arcuatum opus quod erat secus valvas eccles'iœ Sanctœ Mariœ Remensis, supra quod «Itare Sancti Salvatoris habcbahir et fontes miro opère cranl positi '. Le moine-chroniqueur Richer nous dit qu' « Adalbéron, au début de son pontificat, s'occupa beaucoup de sa cathédrale. 11 détruisit complètement les voûtes qui formaient une haute construction, occupant près du quart de la basilique à partir de l'entrée. L'église fut agrandie et embellie par cet heureux changement de plan »; Hic [Adalbero] in initio post sui promotionem strucluris ecclesise suse plurimum studuit. Fornices enim qui ab ecclesise introitu per quarlam pêne tolius basilicw partem eminenti structura distendebantur, penitus diruit. Unde et ampliore receptaculo et digniore scemale lola ecclesia decorata est3.

Le sens de ces deux textes paraît assez clair, mais il reste à se figurer la nature de la construction dont il s'agit. J. Quicherat y voyait « une tribune adossée intérieurement au mur de la façade 4 » et portant sur une voûte. Cette explication a paru peu satisfaisante à L. Demaison 5 qui se demandait « comment se représenter une semblable tribune envahissant le vaisseau au point d'en occuper presque le quart à partir de l'entrée! A la rigueur, on pourrait imaginer que cette eminens structura si encombrante était non pas une tribune, mais quelque construction très ancienne, englobée dans l'église carolingienne et mal raccordée avec elle. Il serait d'ailleurs fort difficile de dire en quoi aurait consisté cette construction et quel motif l'aurait pu faire épargner. »

L'hypothèse est peu vraisemblable et d'ailleurs inutile. M. Ferd. Lot a proposé de faire dfi Varcuatum opus une crypte; d'après lui « la cathédrale de Reims était occupée dans le quart de sa longueur, à partir des portes, par une crypte voûtée qui sortait à moitié du sol et qui devait être fort gênante. Adalbéron la détruisit de fond en comble 6. » Cette interprétation fut repoussée par L. Demaison qui estimait que « la place des cryptes était habituellement sous les chœurs des églises, et une crypte si énorme faisant saillie dans un nef est fort invraisemblable 7. » R. de Lasteyrie lui répondait « qu'en supposant à la nef de la cathédrale une longueur totale équivalant à douze travées, ce qui est beaucoup, la crypte qui en occupait le quart n'aurait pas dépassé trois travées, ce qui n'a rien d'excessif8 ». Mais « le continuateur de Flodoard spécifie que Varcuatum opus est situé le long des portes de la basilique, secus valvas; on devait donc le traverser pour pénétrer dans l'église. Or, une crypte est toujours enfouie partiellement au moins dans le sol. Il aurait donc fallu pour entrer dans la cathédrale, traverser d'abord une partie plus ou moins souterraine. C'est bien peu probable, surtout si l'on songe que la ville de Reims n'est pas bâtie sur un terrain très accidenté, et qu'on ne saurait chercher dans les irrégularités du sol l'explication d'une pareille anomalie. D'ailleurs, une crypte est toujours une construction peu élevée; même en admettant que celle-ci sortît à moitié du sol, la saillie qu'elle aurait fait au-dessus du pavé de la nef

1 Ph. Lauer, Les Annales de Flodoard, in-8°, Paris, 1906, introd., p. lu, attribue la continuation des Annales jusqu'à l'année 978 à Brunon de Roucy, chanoine de Reims qui devint évêque de Langres en 980-981. — ! Édit. Lauer, p 160-161. — J Richer,!. III, c. xxn, dans Pertz, Scriptliores, t. ni, p. 613. — « Mélanges d'archéologie, p. 133. — 6 Bull, archéol. du Comité, 1907, p. 43. — 6 F. Lot, Les derniers earo-

eùt été peu considérable et jamais Richer n'eût pu la qualifier d'eminenti structura" ».

L'ne autre explication l'ut proposée "'. L'archevêque Ebbon en bâtissant, vers 820, une nouvelle cathédrale, lui avait donné des dimensions agrandies ce que rendait possible la permission donnée par Louis le Débonnaire de détourner au besoin les voies publiques avoisinant l'édifice. En conséquence, les agrandissements aui aient porté du côté de l'abside en sorte que la façade occidentale ne fut pas déplacée et s'éleva au même endroit que celle construite par saint Nicaise. Ce portail était précédé d'un atrium entouré d'une galerie à arcades qui avait été probablement remanié lors des travaux d'Fbbon et d'Hincmar et n'était plus Valrium primitif, mais qui occupait sans doute exactement la même surface. C'était Varcuatum oj>us démoli par Adalbéron. Quant à la phrase de Richer indiquant que ces arcs s'étendaient sur un quart de la longueur de la basilique, il ne faut pas l'appliquer dans un sens restreint à la basilique toute seule, mais à l'ensemble du monument, c'est-à-dire à l'église et à ■son parvis. Le parvis, avec les portiques aux arcs élevés, eminenti structura, qui régnaient tout autour, représentait dans cet ensemble le quart de la longueur totale. Pour les fontes miro opère dont parle le continuateur de Flodoard, on doit y reconnaître l'antique baptistère, richement orné de marbres et de mosaïques, qui pouvait abriter Valtare Sancti Sah'atoris, à côté de la cuve baptismale. Le texte de l'annaliste semble indiquer une superposition des fonts et de l'autel à Varcualum opus, mais on a cherché à établir, en s'appuyant sur un exemple emprunté à Du Cange, que la préposition supra pouvait exprimer une idée de juxtaposition, de voisinage immédiat, et nous montrer simplement que le baptistère se reliait aux arcades et se rattachait à l'atrium. C'est donc Valrium et le baptistère qu'Adalbéron aurait fait disparaître pour agrandir la cathédrale.

Cette explication fut acceptée par L. Demaison " et par M. Ph. Lauer, comme « de beaucoup la plus plausible la ». R. de Lasteyrie l'a réduite à néant. « Rien d'abord ne permet d'aflîrmer qu'Ebbon ait agrandi sa cathédrale seulement du côté de l'abside. II n'y a pas un mot dans Flodoard qui vienne à l'appui de cette supposition. L'atrium n'était plus une dépendance obligée des églises carolingiennes, et le prélat, en donnant à l'édifice des proportions plus vastes, « n'a pas « dû conserver sans nécessité un accessoire occupant « autant de place 13. »

« Les mots arcuatum opus peuvent désigner des arcades, mais ce ne sont pas celles qui auraient entouré Valrium. Richer, en effet, nous parle d'un ouvrage surmonté de voûtes, fornices; or, à cette époque, les portiques qui encadraient les quatre côtés d'un atrium étaient toujours couverts d'un appentis en charpente. D'ailleurs, d'après Richer lui-même, cet ouvrage n'était pas en avant de l'église; il était à l'intérieur du monument, le long des portes, secus valvas ecclesise, et il occupait près du quart de la basilique, à partir de l'entrée, ab ecclesise inlroitu u. En prétendant (pie des mots quartam basiliae partem, au lieu de s'appliquer à la seule basilique, doivent s'entendre de l'ensemble du monument, c'est-à-dire de l'église et de son parvis, c'est donner une interprétation tout à fait arbitraire. Il serait facile de prouver par nombre de

lingiens, p. 73. — ' Bull, archéol. du Comité, 1907, p. 45, note 1. — * Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1909, p. 231. — » Ibid., p. 231. — lu FI. Jubaru, Clovis a-t-il été baptisé à Reims? dans Éludes relig., t. lxvii, 1896, p. 307 sq. — " Bull, archéol. du Comité, 1907, p. 45 sq. — l2 Annales de Flodoard, p. 161, note. — l3 Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1909, p. 233. — " Ibid., p. 234.

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textes qu'on n'a jamais considéré l'alrium comme partie intégrante de la basilique, « et qu'on ne pou- « vait en confondre l'entrée avec celle de la basilique « elle-même ' ». « Quant au sens attribué à supra d'après une charte de 832 citée par Du Cange, il ne peut être justifié. Supra et super n'ont jamais été les équivalents de juxta et doivent toujours se traduire par sur 2.

« R. de Lastcyrie en revient donc à l'opinion de Quicherat : « Cet arcualum opus était une sorte de « large tribune portée sur des voûtes assez élevées. « Elle était adossée aux portes de la cathédrale et « occupait un espace correspondant à deux ou proba- « blement trois travées. » Il est-f)robable qu'elle communiquait avec l'intérieur par des arcades analogues à celles qui reliaient la nef aux bas côtés. Les voûtes devaient être des voûtes d'arêtes, dont les supports étaient assez rapprochés 3.

« On connaît, du reste, plusieurs exemples de semblables tribunes. Dans la partie carolingienne des ruines de Saint-Pierre de Jumièges, on voit les restes d'une tribune placée de la même façon que celle de Reims *. Sur celle-ci étaient placés un autel dédié au Sauveur et des fonts baptismaux. Nous savons que des autels avaient été établis dans les tribunes d'autres églises carolingiennes, par exemple à la cathédrale du Mans rebâtie par l'évêque Aldric. La situation des fonts offre un peu plus de difficulté, car elle n'est confirmée par aucun autre exemple, mais elle n'a rien d'invraisemblable. De bonne heure en France on a renoncé à élever des baptistères distincts des cathédrales. On pratiquait le baptême par infusion qur avait commencé à prévaloir dès le vie siècle. Les cuves baptismales destinées surtout au baptême des enfants, prirent des proportions réduites qu'elles ont conservées jusqu'à nos jours. On les introduisit à l'intérieur des églises; leur place a varié et l'on voit dans le plan de Saint-Gall (voir Dictionn., t. vi, à ce nom) les fonts installés au milieu de la nef. On a pu tout aussi bien les reporter dans une tribune.

« Ainsi les constructions signalées par nos chroniqueurs ne sont pas antérieures à la cathédrale d'Ebbon. La démonstration est faite, et il ne saurait plus être question aujourd'hui d'un baptistère du Ve siècle 5. »

XXX11L L'archevêque Seulfe ou Adalbéron. — Un chanoine de Reims contemporain de l'archevêque Samson (1140-1161) composa un abrégé en deux livres de VHisloria Hemensis Ecclesise de l-'lodoard qui fut augmenté d'un supplément jusqu'à l'époque d'Adalbéron et publié par le P. Sirmond 6. En plus de ce supplément le chanoine avait inséré quelques notes recueillies et publiées par le P. Labbe, dans sa Nooa bibliotheca manuscriptorum librorum, t. i, p. 362-364, celle-ci entre autres : « Nos prédécesseurs répétaient souvent que Seulfe avait augmenté la cathédrale de la longueur de trois arcs. Ils disaient aussi qu'il avait construit la vieille tour que l'archevêque Samson fit détruire, lorsqu'il augmenta lui-même l'église de la longueur de deux arcs, et qu'il commença à édifier une tour de chaque côté, en l'an de l'Incarnation 1152. Mais comme on ne trouve aucune mention de cette opinion dans le livre de l-'lodoard, la chose parait incertaine, n'étant confirmée ni par écrit, ni par aucun témoignage. Or l-'lodoard qui est l'auteur de cet ouvrage fut contemporain de l'archevêque Hervé, et aussi de Seulfe et d'Artaud, ainsi qu'on peut en juger par ses propres paroles, et lui qui nous a énuméré dans son récit leurs moindres œuvres n'aurait sans

1 Ibid., p. 235. — ' Ibid., p. 236. — » Ibid., p. 237, 23'.).

— ' Ibid., p. 238. — ■ Bull, montrai., 1920, p. 96-98. —

Hist. Italiens, /-.'ce/., in-fol., Paris, 1611, p. 401-400. —

llist. Remens, lied., 1. IV, c. xix. — v L. III, c. xxn. — ■

U. Chevalier, Bibliothèque liturgique, t. vil, p. 278. —

doute pas omis ce fait important, s'il en avait connu la vérité. »

Flodoard fait mémoire, en effet, de ce qui fit l'archevêque Seulfe ', il ne dit rien d'un remaniement de la cathédrale, peut-être ce remaniement fut-il l'ouvrage d'Adalbéron, à partir de 97fi. Les trois travées dont il est question dans le texte qu'on vient de lire pourraient être celles qu'il avait gagnées à l'intérieur par la démolition de Varcuatum opus. Ou bien encore, ce même Adalbéron prolongea-t-il l'édifice à l'extérieur. La vieille tour que Samson fera démolir devait être son ouvrage. On a d'autant plus de raison de le penser que Richer nous apprend qu'Adalbéron donna des cloches, campants mugientibtts 8; il fallait donc une tour pour les loger.

On l'appelait la « vieille tour > et elle s'élevait à côté du portail. Un ordinaire rédigé pendant la première moitié du xnc siècle, nous fait voir les enfants de chœur qui, le jour des Rameaux, précèdent la procession afin de chanter de là-haut, à son retour, le Gloria laus 9. Cette tour fut démolie en 1152 par l'archevêque Samson; ce n'est que beaucoup plus tard qu'on s'avisa de ne plus transcrire cette rubrique, la tour avait disparu et les enfants de chœur chantaient le répons derrière les portes fermées de l'église au moment du retour de la procession.

XXXIV. Aspect au xne siècle. — Dans la première moitié de ce siècle on peut se représenter ainsi la cathédrale. La couverture consistait en un plafond en bois avec charpente apparente. Les absides sont voûtées, revêtues de peintures ou de mosaïques. L'éclairage était échauffé par des vitraux historiés : jenestris diversas conlinenlibus historias dilucidatam 10. Au milieu de la cathédrale s'élevait un autel surmonté d'un ciborium que l'archevêque Seulfe avait fait recouvrir d'argent ". A l'entour, un riche chancel dû à la libéralité d'Adalbéron. Celui-ci avait fait exécuter un chandelier à sept branches et des couronnes de lumière d'un travail remarquable pour servir à la décoration de l'édifice12.

On voyait devant l'autel une mosaïque figurant des entrelacs, des rinceaux et des feuillages qu'on peut faire remonter jusqu'à l'époque d'Hincmar. Un fragment important a été découvert lors des fouilles de 1919, sous un remblai de 0 in. 70 d'épaisseur. Elle était formée de cubes de trois couleurs en marbre noir, en terre cuite rouge et en pierre jaune. M. H. Deneux a constaté que les cubes rouges sont formés de débris de poteries romaines, sectionnées en forme de dés.

Le pavement du chœur offrait les dalles tumulaires des archevêques avec leur épitaphe. Lors de la reconstruction du xine siècle, les tombes demeurèrent, mais les dalles furent remplacées par de simples noms. Peutêtre avaient-elles été calcinées par l'incendie de 1210". La dalle d'Adalbéron " fut épargnée et dom Marlot nous apprend qu'elle se trouvait près des degrés du sanctuaire et du lutrin l'\ Celui-ci se voyait au milieu du chœur, à l'endroit où il s'élevait encore en 191 1. a la hauteur du huitième rang de piliers, à partir du grand portail.

Adalbéron avait été inhumé au pied de l'autel de la Sainte-Croix, autel mentionné dans l'Ordinaire du xne siècle qui l'associe à l'ambon placé a L'entrée du chœur. Cet ambon, sur lequel l'archevêque bénissait les cierges le jour de la Purification devait se trouver à l'extrémité «le la huitième travée de la cathédrale du xme siècle, à proximité de la travée suivante. De-

10Richor, 1. III, c. xxm. — ,l Flodoard, op. cil., 1. IV, c. xix. — " Kicher, l. III, c. xxii-x.xm. - " Celle de l'archevêque Gervais (1055-1067) porte là trace du [eu. ■" Aujourd'hui

contre un mur du croisillon nord du transept. — '* Metrup. Hemens. hist., t. n, p. 38.

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vant l'ambon se trouvait une couronne argentée par les soins de l'archidiacre Boson (mort vers 1165) '.

I.a cathédrale possédait une sacristie où l'archevêque déposait ses vêtements pontificaux 2.

La façade occidentale avait trois portes précédées du porche. Dans le porche de gauche on voyait un autel dédié à Saint-Jean-Baptiste, dans le porche de droite un autel à saint Maurille 3.

On lit dans un Carmen ad Rotbertum, reyem Franeorum écrit vers 1 006 par Adalbéron, évêque de Laon ' :

Labitur aula tlwlis rutilât quo splendida fulvis,

et on a pu y voir que la cathédrale avait une toiture dorée, quant à y placer des coupoles dorées c'est une forte invraisemblance pour un édifice carolingien sur plan basilical. Peut-être le vers est-il une simple métaphore. Les termes qu'on y lit paraissent empruntés à une formule banale, on les retrouve à peu près identiques en d'autres écrits.

XXXV. Une reconstruction partielle. — Nous avons dit qu'en l'année 1152 l'archevêque Samson fit démolir la vieille tour avec le portail, ajouta deux travées à l'église et fit bâtir une tour de chaque côté : in unoquoque latere turrim unam reœdipcare inchoavit. On a dit avec vraisemblance qu'il avait pu s'inspirer de quelques édifices récents qu'il avait été à même de voir s'élever à Chartres, à Saint-Denis, à Amiens; il est possible qu'il ait formé le projet de rebâtir entièrement sa cathédrale, il n'en eut pas le temps, il dut se contenter des deux travées et de la façade flanquée de deux tours. Ainsi se trouva modifiée la cathédrale carolingienne.

Les fondations de ces deux tours carrées ont été retrouvées lors des fouilles récentes dans les bas côtés nord et sud, au niveau du deuxième pilier de la nef actuelle. Un mur épais de 2 m. 60 les réunissait dont on a découvert les substructions et servait de soubassement au portail. Il n'y a en tout cela rien de carolingien. Les deux travées de la nef bâties par l'archevêque Samson étaient certainement voûtées.

L'un des résultats les plus importants de ces fouilles est de nous faire connaître l'emplacement exact du portail et des tours de Samson. L'ampleur de la vieille cathédrale a été pour nous une révélation inattendue, avouait L. Demaison. L'édifice actuel ne la dépasse que de la longueur d'une travée et demie. Ceci, du reste, ne doit pas trop nous surprendre, car nous savons que l'église primitive, depuis sa fondation au début du ixe siècle, avait subi des accroissements notables : trois travées ajoutées peut-être par Adalbéron, deux par Samson en dernier lieu. Ces remaniements successifs l'avaient allongée considérablement et l'on ne peut s'étonner des dimensions qu'elle avait atteintes. Mais il ne serait pas juste d'attribuer cette importance à la seule cathédrale carolingienne qui avait été modifiée à plusieurs reprises et en partie reconstruite un demi-siècle auparavant.

Le 6 mai 1210, un immense incendie dévora une partie de la ville, l'église d'Ebbon, d'Hincmar et de Samson, la cathédrale ne fut pas épargnée, on peut croire que les parties les plus anciennes furent détruites, mais les travées récemment élevées, au xne siècle, et pourvues de voûtes, ainsi que le portail, auront pu résister au fléau tout en n'étant pas indemnes. Dans quelles conditions les fit-on disparaître pour faire place à l'édifice qui leur a succédé, nous l'ignorons et il nous suffit d'avoir conduit jusqu'ici l'histoire des cathédrales de Reims antérieures au xme, en nous appuyant sans cesse et citant souvent le travail de

1 Varin, Archiv. administrât, de Reims, t. i, p. 344. — 2 U. Chevalier, Biblioth. liturg., t. vu, p. 280. — 3 Id., ibid., t. vu, p. 292, 295, 296, 300. — ■ Bouquet, Recueil des hist.

DICT. D'ARCH. CHRÉT

L. Demaison, qui est celui qui a le mieux connu, jusque dans leurs moindres détails, le% particularités et l'ensemble de cette histoire du passé architectural de Reims.

XXXVI. Martyre et résurrection de la cathédrale. — Pour la cathédrale de Reims nous ferons une exception, unique dans ce Dictionnaire, nous parlerons de l'édifice gothique.

Nous venons de voir comment la cathédrale carolingienne avait péri le 6 mai 1210. Un an après, au jour anniversaire du désastre, l'archevêque Aubri de Humbert posa la première pierre de l'édifice, 6 mai 1211 5. Dix ans plus tard, une bulle du pape Honorius III exalte sa structura egregia et adeo dispendiosa. Nous savons par un chroniqueur du temps, Aubry de Trois-Fontaines, que pendant les vingt premières années, les travaux furent poursuivis avec une activité prodigieuse.

En 1241, le chœur était terminé et le chapitre en prit possession le 7 septembre. A cette époque, les premières travées de la nef, à partir du transept, étaient achevées, et l'album célèbre de Villard de Honnecourt nous a conservé des croquis d'une de ces travées et d'une fenêtre des bas côtés ; son dessin paraît avoir été exécuté vers 1244 ou un peu avant. A la fin du xme siècle, le vaisseau entier était achevé; l'intérieur était complet avant l'an 1300.

Lorsque le corps de l'édifice fut terminé dans son ensemble, on eut l'idée d'un monument conwnémoratif qui rappellerait les noms des architectes. Ce fut un labyrinthe, situé dans la troisième et la quatrième travée de la nef, à partir du grand portail. U affectait la disposition d'un carré, flanqué aux quatre angles de compartiments de forme polygonale. Au centre, on voyait l'effigie d'Aubri de Humbert et dans les angles les figures des maîtres de l'œuvre avec leurs noms; A l'angle supérieur, à droite, était représenté Jean d'Orbais « qui encommença la coiffe " de l'église ». En face, à gauche, Jean Le Loup « qui fut maître de l'église seize ans et encommença les portaux »; à l'angle inférieur, à gauche, Gaucher de Reims, maître pendant huit ans « qui ouvra aux voussures et portaux », enfin, à droite, Bernard de Soissons, maître pendant trente-cinq ans, « qui fit cinq voûtes et ouvra à l'O [la grande rose du portail].

La place éminente appartient à Jean d'Orbais qui traça le plan et éleva le chevet de la cathédrale; il fut l'artiste de génie qui conçut et créa l'un des plus purs chefs-d'œuvre dont puisse se glorifier la civilisation.

En 1300, le vaisseau était complet, sauf quelques travaux extérieurs. Ces travaux furent bientôt ralentis par les misères de la guerre de Cent ans et ne purent être poursuivis que fort lentement et avec des ressources intermittentes. Au début du xve siècle le sommet des tours n'était pas achevé. En 1406, le chapitre obtint du roi Charles VI l'autorisation de prendre des pierres partout à quatre lieues autour de Reims et de pratiquer les chemins et passages nécessaires pour en effectuer le transport. En 1427, l'étage supérieur de la tour septentrionale fut terminé grâce aux libéralités du cardinal Guillaume Fillastre.

Le mardi 24 juillet 1481, un fourneau allumé par des ouvriers occupés à réparer la toiture en plomb de la cathédrale, communiqua le feu à la charpente qui fut bientôt totalement embrasée. Les flammes ne s'arrêtèrent qu'aux voûtes, lorsqu'elles n'eurent plus rien à consommer. Le comble et le clocher central étaient réduits en cendres; les galeries ajourées en pierre, à la naissance du toit, les pignons des façades des croi-

de la France, t. x, p. 67, vs. 168. — ' L. Demaison, La cathédrale de Reims, son liistoire et les dates de sa construction, dans Bulletin monumental, t. lxvi, 1902, p. 3-59. — ' Le chevet.

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sillons étaient calcinés. Or, dès le lendemain, le chapitre se réunie pour aviser aux moyens à prendre en vue de la réparation du monument. Le concours empressé de tous : princes, bourgeois, prélats, clercs et religieux permit la reconstruction des parties détruites. En 1492, la toiture de la nef jusqu'à la croisée était déjà rétablie, ainsi que celle du chevet avec sa flèche; il ne restait plus à exécuter que le comble du transept et le grand clocher entre la nef et le chevet.

Les pignons du transept ne furent restaurés que vers le début du xvie siècle. En 150G, le chapitre prescrivit une expertise afin de déterminer l'état de la cathédrale et les travaux nécessaires. On reconnut l'urgence de certaines réparations, entre autres celles des "« claires-voies », c'est-à-dire des galeries ajourées qui régnaient le long des combles et qui avaient été fort maltraitées par l'incendie. Les experts réclamaient les flèches qui devaient couronner les tours du portail et l'achèvement des quatre tours commencées au bout des croisillons du transept. C'était trop demander. A la place du clocher dont la flèche s'élevait à 240 pieds de hauteur sur la croisée de l'église, on se contenta d'un humble pavillon, et sur les tours du portail on posa des toitures basses, en 1515.

Vers 1775 une menace plana un moment; il fut question de surmonter la croisée du transept d'une coupole, dans le style du Panthéon.

On avait d'ailleurs bien d'autres soins à donner à la cathédrale qui commençait à offrir des symptômes de décrépitude. Ses sculptures s'effritaient sous l'influence de la gelée et de l'infiltration des eaux; le grand portail surtout s'altérait. En 1611 et 1612, on dépensa plus de 4 500 livres pour les réparations des voussures des portes. De 1734 à 1742, on remania de nouveau le portail depuis la galerie des Rois et le groupe des statues colossales de David et de Goliath jusqu'aux gables des portes et aux soubassements. Ces opérations ont laissé des traces trop visibles et fâcheuses.

La Révolution française ne causa pas de graves détériorations à l'édifice : quelques figurines qui ornent les montants des portes de la façade occidentale furent mutilées, semble-t-il, intentionnellement. Pendant la première moitié du xixl siècle on procéda à des travaux d'entretien parfois importants; en 1845, on entreprit des restaurations considérables. Successivement, Viollet-le-Duc, en 1865; Millet, en 1876; Ruprich-Robert; Darcy en 1888 ont entretenu l'édifice sans toujours s'interdire d'appliquer leurs idées personnelles. Vers le commencement du XXe siècle, il se produisit au portail principal une crevasse inquiétante qui disloqua la grande rose. Il fallut démonter celle-ci pour la reconstruire et la remettre d'aplomb, lui même temps, on a réparé les figures colossales de David et de Goliath qui la surmontent, le fronton et la tour méridionale. Les travaux continuent toujours et s'attaquent maintenant à la tour du Nord et au portail latéral1. Ceci était écrit en 1911.

Le 3 septembre 1914, trois patrouilles de hussards prussiens, conduites chacune par un officier et guidées à coups de sifilet, parvinrent de trois côtés différents sur les hauteurs de Witry. Le 4, un obus allemand tomba sur la ville, il fut suivi de cent soixante -quatorze autres. Quelques vitraux de la cathédrale furent brisés, le groupe de la Visitation fut érallé. Ensuite, les troupes allemandes coulèrent, pendant six jours, à travers la ville, et puis ce fut la bataille de la Marne... Le 12 septembre quelques chasseurs à cheval parurent dans un faubourg de la ville, et à l'extrémité opposée les dernières patrouilles de l'arrière-garde allemande

1 L. Deinaison, La cathédrale de Reims, dans Congrès archéol. de France, 1911, p. 19-30. — ■* La cathédrale de Reims.

détalaient. Le 14 septembre, des coteaux de Nogentl'Abbesse, de Berru, de Witry, de Brimont les obus de calibre 150 commencèrent à tomber et les artilleurs allemands réglèrent leur tir sur la cathédrale. Le 18, le premier obus qui arriva au but explosa sur le parvis. Un autre troua une verrière. Un troisième entama l'abside. Un quatrième attaqua les contreforts du côté nord. Un cinquième fit crouler le petit clocher du transept. Les blessés déposés dans la nef avaient été tués ou écharpés par les éclats des projectiles et de moellons. Le 19, le tir reprit dès sept heures du matin. Et ce jour-là, vers le milieu de l'après-midi, un obus éclata sur l'échafaudage qui enveloppait la tour du Nord. Bientôt, dans les combles, la charpente du xvc siècle brûla, le plomb des toits fondit d'abord goutte à goutte, ensuite à gros bouillons. Dans la nef, prêtres et infirmières s'efforcent d'écraser les flammèches qui risquent de mettre le feu à la paille pendant qu'on évacue les blessés allemands. Il faut dès lors renoncer à rien tenter pour le salut des statues du petit porche léchées par la flamme, assommées par la chute des madriers.

Le lendemain 20 septembre, les jours suivants et durant les mois d'octobre, de novembre, de décembre, pendant toute l'année 1915 et les premiers mois de 1916, le bombardement de la cathédrale continue. La voûte est crevée, les contreforts sont ébranlés, les colonnettes, les balustrades déchiquetées. Qui n'a pas eu devant les yeux le spectacle tragique et abominable de la cathédrale saignante et héroïque, offrant sa chair meurtrie comme la rançon de la patrie saccagée.

L'histoire de cet attentat a été écrite jour par jour 2, par Monseigneur Landrieux, curé de la cathédrale martyre.

Il existe sur ce sujet une multitude d'écrits dont nous n'avons pas à rappeler les noms s et le mérite à cette place, mais il est une statistique plus éloquente que toutes les indignations, c'est le compte des obus allemands repérés qui ont frappé la cathédrale du 4 septembre 1914 au 17 septembre 1918.

1914, 63 obus; 1915, 32 obus; 1916, 7 obus; 1917, 51 obus; 1918, 6 obus. Soit, à la date de l'évacuation, 159 obus repérés dont 42 avant l'incendie et 117 après. A partir du 25 juin 1918 on a noté sur les rapports quotidiens de la gendarmerie 128 obus repérés (soit 159+128 = 287) sans parler de la journée du 24 avril 1917 qui fit de terribles ravages, mais dont on n'a pu relever les coups un par un; ni les trois mois du 21 mars au 25 juin 1918 où il n'y eut personne pour tenir à jour cette sinistre comptabilité. Et aujourd'hui, 10 juillet 1938, à l'heure même où nous achevons cette notice, toutes les pensées et tous les regards de la France se tournent vers la cathédrale ressuscitée, revêtue de sa parure de beauté immortelle, ayant trouvé un émule de Pierre d'Orbais pour la panser, la guérir, la redresser haute et fîère comme aux jours des sacres royaux, M. Henri Deneux.

XXXVII. Basilique Jovxnienne. — Cet édifice, qui fut remplacé par l'église Saint-Xicaise, nous reporte au ive siècle. Flodoard dit qu'elle fut bâtie par ce .lovin qu'on prétend avoir été d'origine rémoise (voir Dictionn., t. vu, col. 2745-2752, fig. 6344) et qui eut de beaux états de service que couronna la dignité consulaire en 'Mû. La date de sa mort n'est pas certaine, mais elle peut être reportée vers 370. Jovin reçut la sépulture dans l'église qu'il avait fait bâtir en l'honneur de saint Agricola, son parent, martyrisé à Bologne. Cocquault raconte que saint Rémi mentionne cette église dans son testament et lui fait un legs. Les moines de Saint-Nicaise célébraient chaque année son

Un crime allemand, in-S°, Paris, 1919. p. 130-174. — * 11 sullit de nommer ceux de Moi rau-Nélaton et de L. liréhier.

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obit le 7 septembre. Le nécrologe de l'abbaye l'inscrivait à cette date, mais ce manuscrit est perdu; toutefois un cérémonial de l'année 1742 porte son souvenir à la veille de ce jour : 6° septembris. Anniversarium Joi'ini, urbis Romie pra'fecti, hujus ecclesiœ fundatoris munifici, celebratur solenmiier cum vigiliis Irium lectionum et majori sacro in quo ministrant diaconus et subdiaconus, adolelur incensum, et in fine absolutis ad leclicam. Pulsatur major campana primée turris modo in fine ceremonialis descriptse. In vesperis autem accendunlur sex cerei ad altare cum quatuor ad lecticam quœ antea prœparanda est l.

Sur le portail ou à l'entrée de la basilique on lisait cette inscription gravée en lettres d'or (voir Diclionn., t. vu, col. 2750) dont voici la traduction : « Jovin embrassa avec succès la carrière des armes; il y parvint au comble des premières dignités : deux fois son mérite l'éleva au rang de maître de la cavalerie et de l'infanrerie et il s'est acquis un nom immortel dans la postérité; mais sa haute piété a droit à de plus grands éloges, la religion a sanctifié ses triomphes éclatants, en sorte qu'il s'est élevé au-dessus de la gloire que la renommée accordait à ses hauts faits et il s'est assuré par ses œuvres l'espérance de la vie éternelle. 11 choisit ce lieu où coulent les eaux saintes du salut, pour que ses restes y puisent une nouvelle vie; il embellit avec joie l'asile destiné à son corps et pourvoit à la conservation des membres destinés à la résurrection. Le Christ tout-puissant, juge vénérable et terrible, bon cependant et miséricordieux, fidèle espoir de ceux qui le prient, ne tient pas compte à ses serviteurs de leurs actions d'éclat : préférons donc avec raison les œuvres de la foi et de la piété ».

L'authenticité de ce texte contestée par Lacourt pour des raisons peu convaincantes peut être admise. Elle ne fait pas mention du consulat de Jovin en 367, c'est qu'elle est antérieure à l'obtention de cette magistrature suprême .

On a fait observer que les vers 10e et 11e :

Sedem vivacem moribundis ponere membris Corporis hospitium lœtus metator adornat

se retrouvent, sinon textuellement, du moins pastichés sur une inscription de Trêves du ve siècle :

Sedem uicturis gaudens componere membris, Corporis hospitium sanctus metator adornat.

et tout porte à croire que l'imitation est du côté de l'inscription de Trêves, d'autant plus qu'elle a été composée pour une restauration du temple auquel elle appartenait. De plus, on remarquera l'emploi de deux présents : adornat, providet, qui témoignent que la rédaction fut exécutée du vivant de Jovin. Enfin, le quatorzième vers est faux. Est-ce une erreur attribuable aux copistes?

Quoi qu'il en soit, la mention de la dignité de maître de la milice et l'omission du consulat invite à placer l'inscription entre 363 et 367. C'est vers ce temps que l'église Saint-Agricola aura été terminée et aura reçu son inscription dédicatoire. Dom Marlot estimait que la construction eut lieu vers l'année 330 et que l'évêque Aper y fut enterré dix ans après; cette date est conjecturale. Le testament dit de saint Rémi nous dit que les cinq prédécesseurs immédiats de saint Nicaise reçurent la sépulture dans cette église, mais ledit testament est probablement un faux. Ce qu'on peut en retenir c'est le vocable : Ecclesia Joviniana tituli Sancti Agricolee. On ne peut pas accorder plus de confiance à un prétendu envoi de reliques à Jovin par un pape de Rome; le détail qu'on en donne suffirait à mettre en défiance : une dent de saint Barthélémy, une dent de sainte Agnès, une dent de sainte Marguerite (voilà beaucoup de dents), des ossements de saint André et de saint Vincent; mais vers le milieu du

ive siècle un pape n'eût pas eu la pensée de débiter de cette façon les corps des martyrs.

Au dire de Flodoard, les premiers évêques de Reims auraient reçu la sépulture dans le cimetière de Saint- Sixte, mais dès que la basilique Jovinienne fut bâtie on la choisit pour y ensevelir les évêques qui seraient Aper ou Afer, Maternien, Donatien, Vivent, Sévère. C'est pour cette raison qu'on y aurait apporté le corps de saint Nicaise, décapité sur le seuil de la cathédrale, le 14 décembre 406 ou 407, ou 451. L'illustration de ce martyr éclipsa le souvenir d'Agricola et les restes de saint Nicaise donnèrent à la basilique son nouveau vocable; il y demeura jusqu'en 893, époque de sa translation dans la cathédrale par l'évêque Foulques.

La liste donnée par I-'lodoard des évêques inhumés dans l'église Saint-Agricola s'arrête à saint Nicaise. Sonnace, un de ses successeurs, mort en 631, désigna l'église Saint-Remi comme lieu de sa sépulture, toutefois il léguait à Saint-Nicaise 5 solidi d'or. Quelques années plus tard, en 649, l'évêque Landon, enterré lui aussi à Saint-Remi, fait un présent d'argenterie à Saint-Nicaise.

La légende n'épargna pas cette basilique, elle nous paraît moins intéressante que ces quelques points de repère historiques. On lit dans Y Almanach historique de Reims pour 1772 cette note de dom Philbert Léauté, moine de Saint-Nicaise : « Les édifices les plus durables doivent, tôt ou tard, comme les autres, payer leur tribut au temps, et nulle précaution ne peut les mettre à l'abri de ses ravages. Soit donc que celui-ci n'eût éprouvé que les accidents ordinaires dans la longue suite des siècles, soit que la négligence de quelques abbés, ou bien que l'usurpation même de quelques seigneurs en eût accéléré la ruine en diminuant les ressources nécessaires à son entretien, il est certain qu'on le vit, dans les temps qui précédèrent l'archevêque Gervais de La Roche-Guyon (l'an 1056), non seulement déchu de sa première beauté, mais presque sans couverture, sans portes et sans vitraux, ne montrant plus que les restes précieux sous lesquels il était prêt à s'ensevelir. »

Gervais engagea son patrimoine et reçut des secours en argent des rois Henri 1èr et Philippe Ier car ce n'était pas seulement la basilique Jovinienne mais ses dépendances qui tombaient en ruines à ce point, dit Flodoard, que les animaux s'y étaient établis. L'église n'avait conseivé que son titre de cure ou de paroisse, elle fut purifiée et l'abbaye restituée aux moines qui remplacèrent les clercs. L'archevêque bâtit un monastère, ce qui prit quatre ans, mais après lui l'archevêque Mariasses Ier, usurpateur du siège de Reims, toléra et encouragea les pires désordres. Cette situation prit fin avec Renauld Ier en 1092 qui réforma les mœurs et répara les édifices. Il est probable que la restauration faite par les soins de Gervais avait été peu solide car, de nouveau, il fallut aviser, songer à construire une église nouvelle. Ce fut l'abbé Simon des Lyons qui en prit l'initiative en 1229 et confia cette œuvre à Hughes Libergier. Les travaux commencèrent en 1231. Ce chef-d'œuvre fut démoli en brumaire an VIII (novembre 1799) sous le Consulat.

Bibl. — Ch. Givelet, L'église et l'abbaye de Saint- Nicaise de Reims. Notice historique et archéologique depuis leurs origines jusqu'à leur destruction, dans Travaux de l'académie nationale de Reims, t. xcvm, 1894- 1895, p. i-xxiv, 1-497; H. Deneux et abbé Midoux, L'ancienne église Saint-Nicaise de Reims, dans Bulletin monumental, t. lxxxv, 1926, p. 117-152; L. Maxe- 'Werly, Les vitraux de Saint-Nicaise de Reims, dans Bull, archéol. du comité des trav. hist., 1884, p. 122-130.

1 Reims, Bibl. munie., C 194-191, p. 29; Ch. Loriquet, dit : au 7 septembre; Ch. Givelet dit le 6 septembre.

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XXXVIII. Crypte de Saint-Nicaise. — On vient de voir que Jovin était cnlerré dans la basilique Saint- Agricola, depuis lors Saint-Nicaise; c'est à tort qu'on a voulu placer sa tombe dans le cimetière Saint-Sixte situé le long de la voie de Césarée l. Flodoard nous dit encore que saint Nicaise fut enterré in camelerio sancti Agricole?, templo quodam a Jovino fundato magnificeque decoralo 2. Il se pourrait qu'en ce lieu ait existé une crypte où les premiers fidèles de la communauté de Reims avaient été inhumés, ce qui inspira à Jovin le choix de ce terrain. On a su par l'hypogée ou caveau de Saint-Martin (voir § xm) ce que pouvait être originairement une crypte de fidèles vers le ivc siècle, à Reims, et on sait maintenant que les fouilles occasionnées par la destruction de Saint-Nicaise avaient mis au jour de 1814 à 1817, des chambres sépulcrales du même genre. Povillon-Piérard, l'unique témoin de ces fouilles, a pris quelques notes à leur sujet a, mais on ne possède aucun croquis. Povillon croyait y voir les vestiges et même divers appartements du palais de

sœur, sainte Eutropie. « Le lieu où on les mit, écrit dom Marlot, se voit encore à présent dans la nef de l'église, bien qu'elle ait été réédifiée par deux fois, les anciens ayant élevé un tombeau sur quatre colonnes de pierre, pour marque perpétuelle de leur dévotion, avec ces paroles gravées au-dessous de la tombe qui leur sert de soubassement : Cy est le lieu et la place où que Monsieur Saint Nicaise, jadis archevesque de Reims et Madame Sainte Eutropie, sa sœur, furent inhumés en terre, après que furent martyrs pour la foi chrestienne. Le colïre posé sur ces colonnes ornées de chapiteaux corinthiens a sept pieds de longueur et deux en largeur. »

Un dessin conservé dans les papiers de Peiresc (fig. 10599) rectifie les inexactitudes d'une gravure donnée par dom Marlot. On y voit Moïse, jeune et imberbe, recevant les tables de la Loi, ensuite David tenant le pedum pastoral et prêt à combattre le géant Goliath; ils sont d'ailleurs tous les deux de même taille. La partie centrale du bas-relief est remplie par

10599. — Sarcophage de Saint-Nicaise. D'après Le Blant, Sarcophages de la Gaule, 1886, p. 17.

Jovin. Il n'imaginait pas que les fragments de mosaïque qu'il avait trouvés pouvaient provenir de chambres funéraires, et cependant les peintures dont l'une de ces chambres était revêtue et dont il a conservé un dessin ', expliquaient suffisamment leur origine; il pouvait encore les regarder comme provenant de l'église primitive.

La chambre la mieux conservée, visitée en juillet 1817, était recouverte par trois grandes dalles de pierre formant plafond. Cette fermeture n'était pas primitive et doit être reportée à l'une des reconstructions de l'église; car une de ces pierres, provenant apparemment d'une sépulture, ou peut-être de l'intérieur même de la chambre, dans laquelle se retrouvait une couleur analogue, était encadrée d'un cordon peint en rouge et portait, également en rouge, une inscription, d'ailleurs inintelligible 6.

A défaut de témoignages authentiques, ces vestiges depuis longtemps disparus et perdus, nous auraient peut-être appris quelque chose sur les sépultures contenues dans la crypte de la basilique Jovinienne. Personne ne paraît en avoir gardé le souvenir, les moines eux-mêmes, si intéressés à conserver les traditions, avaient cessé d'entretenir la mémoire des lieux. Il y a apparence qu'il n'en subsistait rien, pas plus que de l'inscription du portail.

XXX IX. Sarcophage. — L'église Saint-Nicaise a possédé autrefois un sarcophage, aujourd'hui détruit, et qui avait orné l'antique basilica Joviniana, il aurait contenu, disait-on, les corps de saint Nicaise et de sa

' Fleury, Chronique de Champagne, t. IV, p. 4; .1. Kolb, Description historique de ftheims, p. 61. — ' llisl. Reniais. Eccl., I. 1, c. vi. — * Bibl. do Reims, Monuments religieux de la ville de Reims, II" partie, Histoire abrégée du célèbre

I deux palmiers assez rapprochés pour former une sorte d'arcade sous laquelle on voit le Sauveur debout entre saint Pierre et saint Paul. A saint Pierre le Christ remet la loi nouvelle, tandis que saint Paul tient un rouleau dans lequel le dessinateur de dom Marlot a pensé voir un calice. Saint Pierre porte sur son épaule la croix qui sera l'instrument de son supplice. Aux pieds du Sauveur un agneau debout qui le regarde et un cerf qui semble se désaltérer à l'un des fleuves découlant du tertre, mais celui-ci n'est pas indiqué. Une dernière scène représente Job vêtu d'une tunique exomide, assis sur un tabouret en forme de pliant qui remplace le fumier ou la cendre, même il pose le pied droit sur un scabellum; devant lui, sa femme qui se bouche le nez avec le pan de son vêtement et tendant un pain au bout d'un bâton dont on voit l'attache. Un ami assiste à cette scène.

Ce monument a une histoire assez curieuse pour être rapportée ici : Le Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine de M. Em. Espérandieu, dans son t. ix, p. 352, n. 7202, mentionne un fragment de sculpture en marbre blanc ayant fait partie de la collection Morel, d'abord à Reims et aujourd'hui au British Muséum. Le 11 décembre 1893, An. de Barthélémy décrivait un croquis de ce fragment : « Le sujet représenté, disait-il, se composait d'un groupe de deux soldats dont on n'a plus que la moitié médiane : on aperçoit encore la moitié d'un bouclier et la main de l'un des deux posée sur la poignée de son épée. » Ce morceau avait été trouvé,

monastère de Saint-Nicaise. — ' Jbid., Mnnum., p. 312; llisl. abr., p. 173. — ' Ch, Loriquet, Iicims pendant la domination romaine, in-S°, Reims, 1800, p. 141-145, pi. i, fig. 6.

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disait-on, une trentaine d'années auparavant, en démolissant un mur près de la porte de Mars, il se trouvait à côté d'une statue de Cybèle, déposée dans la chapelle souterraine de l'archevêché. Voici l'histoire de cette sculpture qui se rattache au sarcophage du ve siècle que nous venons de décrire.

« Ledit sarcophage était, à l'origine, adossé à une muraille; aussi sa l'ace postérieure n'avait-elle pas été sculptée. Mais dans l'église Saint-Nicaise, bâtie au XIIIe siècle, il avait été placé à droite, entre le second et le troisième pilier, et se trouvait ainsi isolé et visible sur tous ses côtés. Au xvne siècle, les religieux jugèrent que la face nue et dépourvue de tout ornement olïrait un aspect disgracieux et ils résolurent d'embellir le monument et d'en faire compléter la sculpture. Dom Le Fondeur, trésorier de l'abbaye, s'adressa dans ce but à un sculpteur renommé alors, Thibaut Poissant, d'Abbeville, qui venait, en 1653, de participer à -la décoration du mausolée du duc Henry de Montmorency, en l'église de la Visitation de Moulins l. Cet artiste, conformément aux instructions qu'il avait reçues, s'appliqua à transformer le tombeau de saint Nicaise. Pour faire pendant au bas relief primitif, il exécuta, en 1655, sur le côté opposé, un nouveau basrelief figurant le martyre du saint et de sa sœur Eutropie. En même temps, il plaça un ange de marbre à chacun des angles du couvercle du sarcophage, et le surmonta d'une urne également en marbre 2. Ainsi, dans son dernier état, le monument appartenait à la fois au ve et au xvne siècle.

« Après la démolition de l'église lors de la Révolution, le sarcophage tomba entre les mains d'un entrepreneur de maçonnerie qui le fit scier et débiter en morceaux. On prétend que le marbre servit, au commencement du xixe siècle, à faire une cheminée dans le presbytère du village de Chenay, près Reims 3. Quelques menus fragments très mutilés et sciés en travers, ont été retrouvés et recueillis au musée de Reims. En 1887, L. Demaison attira l'attention sur trois de ces fragments se rapportant aux figures du Christ et de la femme de Job et il leur consacra 4 une notice accompagnée d'une reproduction en photogravure. Depuis, d'autres morceaux sont venus se joindre à ceux-ci. On a eu l'heureuse idée de les présenter sur une maquette en plâtre où l'on avait indiqué au trait le contour des figures du bas-relief. Chacun des fragments avait été incrusté à sa place, et l'on pouvait se rendre compte ainsi de la position qu'il occupait dans l'ensemble et des sujets dont il faisait partie. Malheureusement la guerre a tout détruit et il n'en reste plus aucune trace.

« Il n'est pas douteux que le fragment de la collection Morel provient aussi du sarcophage de saint Nicaise. Le marbre est identique; les personnages ont été sciés et mutilés de la même façon que ceux du musée de Reims; mais ils ne se rattachent à aucun des sujets traités par le sculpteur du vc siècle et leur style est bien diflérent. Leurs costumes sont ceux de soldats romains dans le goût du siècle de Louis XIV. Nous avons là sûrement un reste de l'œuvre de Thibault Poissant. Ces guerriers avec leurs boucliers à l'antique, représentent certainement les barbares qui, dans le bas-relief du sculpteur abbevillois, égorgeaient saint Nicaise. Ch. Givelet partage cette opinion 6.

« Quant à la provenance de ce fragment qui aurait

1 Congrès archéologique de France, tenu à Moulins, en 1913, p. 13. — * Ch. Givelet, L'église et l'abbaue de Saint- Nicaise à Reims, in-8°, Reims, 1897, p. 96, 98, 99. — • Id., ibid., p. 101. — 4 L. Demaison, Fragment d'un sarcophage chrétien autrefois dans l'église de Saint-Nicaise, conservé au musée de Reims, dans Travaux de l'Académie de Reims, t. lxxix, 1887, p. 143 sq. — ' Op. cit., p. 101. — « L. Demai-

été découvert près de la porte de Mars « à côté d'une « statue de Cybèle », on est très fondé à en contester l'exactitude. On a bien soutenu également que le débris antique du sarcophage, représentant la femme de Job, avait été trouvé sur la place du Palais-de-Justice à Reims, lors des travaux exécutés pour la réparation des fontaines. Ce renseignement, sans doute, ne mérite pas plus de confiance. Il est vrai que ces débris ont pu être dispersés, jetés aux décombres et remis au jour dans des endroits fort imprévus.

« Aujourd'hui, hélas, il ne reste plus rien du tombeau de saint Nicaise. à l'exception du très modeste fragment conservé au British Muséum et qui a dû son salut à son transport en Angleterre 6. •■

Bibl. — Bibl. nat., ms. fr. 9530, fol. 152 (ms. de Peiresc); dom Marlot, Metropolis Remensis liistoria, t. i, p. 115 et figure très peu exacte; Le même, Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. i, p. 602; Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicli, t. iv, p. 579; Ch. Cahier, Nouveaux mélanges d'archéologie. Ivoires, miniatures et émaux, in-4°, Paris, p. 167; R. Garrucci, Storia dell' arle cristiane, in-fol., Prato, t. v, p. 66, pi. cccxli; Edm. Le Blnnt, Inscription chrét. de la Gaule, t. i, p. 447, croyait voir Pilate à la place de Job; Sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886, p. 17-18, n. 17; G. Boussinesq et G. Laurent, Histoire de Reims, t. i, 1934, p. 123-124; L. Demaison, Bas-relief du sarcophage de saint Nicaise, dans Bull, de la Soc. nal. des antiquaires de France, 1926, p. 134-136. (T. Ch. Givelet, L'église et l'abbaije de Saint-Nicaise, dans Travaux de l'Académie de Reims, L xcvin, 1891-1895, p. 96-103.

XL. Trois basiliques rémoises des ve-vie siècles. — 1° Saint-Remi. — Nous en reparlerons dans un instant ; il n'en est question ici que pour constater son existence attestée par trois fois dans les ouvrages de Grégoire de Tours '. L'église renfermait le tombeau du saint 3 et le monastère était gouverné, en 590, par l'abbé Epiphanius *. Elle avait porté d'abord le vocable de Saint-Christophe"1 qui lit place à celui du grand éveque Rémi. Elle occupait une situation un peu excentrique par rapport à la cité, se trouvant située à 1300 mètres environ au sud-sud-est de la cathédrale. Saint-Remi ne fut compris dans les murs de Reims qu'à partir du xive siècle.

2° Saint'Timothée-et-Saint-Apollinaire. — Leur basilique fut bâtie par un certain Eusebius, vir spectabilis; nous devons ce renseignement à Flodoard qui aura pu l'emprunter à une inscription. L'épithète vir speclabiiis disparut de bonne heure, on ne la retrouve même plus à partir du vu" siècle et la renaissance carolingienne ne la fit pas revivre. D'après cela cet Eusebius doit être un personnage assez ancien puisqu'on rencontre le titre vir speclabiiis pour la première fois en 378 u. Au ve siècle, on applique ce titre aux chefs de bureaux, cités par la Nolitia dignitutum; il faut donc y voir un fonctionnaire gallo-romain de la fin du ive ou du ve siècle, homme dévolus12, à qui l'évêque accorda les reliques des deux martyrs. L'église de Saint-Timothée fut unie au xe siècle, par Artaud ou Adalbéron, à l'abbaye de Saint-Remi; en 1064 on y établit un chapitre de chanoines13 qui subsista jusqu'à la Révolution. L'église était située dans le bourg de Saint-Remi, à 100 mètres, vers l'est de l'église abbatiale.

3° Saint-Julien. — Cette église avait pour patron

son, op. cit., p. 134-136. — ' Hist. Francor., 1. IX, c. xiv; 1. X, e. xix ; De gloria confessorum, c. lxxix.. — 8 De g/or. confess.,c. lxxix. — • Hist. Francor., I. IX, c. xix. — l0 Flodoard, Ilist. Remens. Eccles., 1. I, c. xvn. — " Code Théodosien, 1. VIII, lit. v, 1. 35. — "De gloria marlgrum, c. lv. — 13 Dom Marlot, Metropolis Remensis liistoria, t. Il, p. 2, 123; Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. n, p. 607.

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saint Julien de Briourîe dont elle possédait certaines reliques 1 et se trouvait située dans le faubourg; elle appartenait, dès l'an 1071, à l'abbaye de Saint-Remi 2 et était attenante au cimetière. Elle a été démolie.

4° Autres églises. — Le testament dit de saint Rémi en compte dix-sept désignées par leurs noms, mais le document n'est pas de ceux auxquels on puisse faire confiance, et ce passage est particulièrement suspect*.

5° Autres édifices. — Des épisodes comme la dévastation du Rémois par Childebert, en 556, avaient appris aux moines et aux nonnes les graves inconvénients des établissements situés en dehors des murailles, aussi, nonobstant le besoin de se trouver au large, à la campagne pour cultiver le sol et subvenir à leurs besoins, ils comprirent la nécessité de s'enfermer dans la ville et ce fut le cas pour les monastères de Saint- Thierry 4, de Saint-Remi 5, de Saint-Pierre-les-Dames 6 et de Saint-Pierre-en-la-Cité '. Il en fut de même pour l'hôpital et pour la maison épiscopale 8.

Quoique les enceintes tracées vers la seconde moitié du me siècle nous frappent presque toutes par l'exiguïté de leurs dimensions et l'entassement qui dut en être la conséquence pour les édifices et les maisons, les églises et les monastères surent s'arranger presque toujours de manière à s'étendre sur un terrain vague. On lit dans Grégoire de Toursr à propos de Saint-Remi, qui, il est vrai, se trouvait hors les murs : Erat enim haud procula basilica [S. Remigii] campus tellure fecundus, taies enim incolse olcas vocant, et hic datus basilicte sanclœ fuerat, il s'agit ici de terres arables. C'est ainsi qu'on s'isole et qu'on fait son pré carré, ce n'est pas un exemple isolé 9.

6° Cimetières. — On sait qu'à l'époque romaine les cimetières étaient toujours situés en dehors des villes; il ne pouvait exister à proximité des tombes que des jardins, des habitations rurales et des villas éparses, éloignées du centre urbain. A Reims le bourg Saint- Remi est une création du Moyen Age; il n'a point succédé à un quartier de la ville romaine, qui s'étendait surtout vers le Nord et l'Ouest dans la direction opposée.

A la fin du vne siècle, l'évêque saint Rigobert assigna aux clercs de l'Église de Reims, comme lieu de sépulture, l'église Saint-Hilaire, située près de la porte de Mars, près d'un ancien cimetière romain "'. Vers la même époque, saint Baudericus fut enseveli extra muros Remorum civitatis ". Ce n'est que plus tard que tombera la prévention contre les sépultures urbaines.

XLI. Lf. polyptyque de Saint-Remi. — Voir Diclionn., t. xiv, col. 1393-1395.

XLII. Église Saint-Remi. — L'église de la célèbre abbaye bénédictine de Saint-Remi est l'un des édifices romans les plus remarquables du nord de la France. Une circonstance ajoute encore à l'intérêt qui s'y rattache, c'est qu'elle est datée. Il existe, en effet, le récit d'un témoin oculaire, Anselme, moine de l'abbaye au xie siècle, qui nous a conservé de précieux détails sur les progrès de la construction. Cet Anselme écrivit un Itinerarium Leonis papœ dans lequel il raconte la cérémonie de la dédicace par le pape Léon IX et rapporte comment la construction demanda presque un demi siècle.

Ainsi qu'on l'a dit, les origines de Saint-Remi ont été fort modestes; c'était, au vie siècle, une humble

chapelle dédiée primitivement à saint Christophe, où le corps de saint Rémi fut déposé aussitôt après sa mort. Cet oratoire se trouvait dans un très ancien cimetière de Reims, mais il ne tarda pas à devenir insuffisant eu égard à la foule des pèlerins qui visitaient la tombe du grand évêque; il fallut le remplacer par une église plus vaste qui eut elle-même à subir des remaniements et des reconstructions successives. L'archevêque Hincmar, en même temps qu'il achevait la cathédrale commencée par Ebbon, fit relever la basilique de Saint-Remi qui tombait en ruines, et il poussa la construction de telle sorte qu'il put en faire la dédicace en 852. Malheureusement le bâtiment se ressentit de cette hâte et, au bout de cinquante ans, il était dans un tel état de décrépitude qu'il fallut entreprendre une restauration totale. Ce fut l'abbé Airard qui s'en chargea. Voici le récit d'Anselme 12 :

« En l'année 1005, Airard, entraîné par l'exemple d'un grand nombre de prélats illustres de son temps, résolut de renouveler l'église dont il avait la garde. Il fit venir des architectes en renom, et commença, à partir des fondations, un édifice en pierres de taille, beaucoup plus soigné et plus somptueux que ceux que l'on élevait alors en France, mais dont, pour ce motif, ni lui, ni ses contemporains ne pouvaient voir l'achèvement. Après avoir rempli ses fonctions d'abbé pendant vingt-huit ans environ, il mourut accablé de vieillesse, sans avoir pu terminer son oeuvre.

« Après sa mort, Thierry, son successeur, voulut achever son entreprise; mais la tâche était si lourde qu'il lui parut impossible de la mener à bonne fin. Il prit donc conseil des plus sages parmi les moines qui étaient sous sa dépendance, et des personnages les plus respectables de la province de Reims; sur leur avis, il se décida à détruire en partie l'édifice commencé par son prédécesseur, en respectant quelques fondations dont la conservation sembla nécessaire aux architectes; puis il se mit à élever une église d'une construction plus simple, mais tout aussi convenable... Di/liculter aggressus est inclioaium diruere opus; quo pane, dirulo et jundamentis quibusdam relictis quse architectis visa sont necessaria fore futuris sed.ip.ciis, divinam domum cœpit jaciliori quidern structura, sed non indécent iore construere.

« Ce fut la cinquième année de sa promotion à la dignité d'abbé, vers 1039, qu'il entreprit cette œuvre. Laïques et ecclésiastiques lui prêtèrent à l'envi leur concours; plusieurs membres du clergé employèrent d'eux-mêmes leurs chariots et leurs bœufs au transport des matériaux. On établit des fondations dans les endroits où il n'y en avait pas encore, on mit en état les colonnes du premier édifice détruit; on éleva sur elles des arceaux cintrés avec soin, et la basilique commença à prendre figure entre les mains des constructeurs. Fuis, lorsque les murs des galeries furent bâtis de toutes parts et que le faîte de la nef eut atteint une plus grande hauteur, on rasa de fond en comble la vieille église dédiée jadis par Hincmar, et l'on couvrit d'un toit provisoire le chœur des moines, afin qu'ils pussent vaquer aux offices divins sans être exposés aux intempéries.

« Sur ces entrefaites, en 1045. l'abbé Thierry mourut prématurément, après avoii gouverné son monastère pendant onze ans et huit mois. Hérimar, qui lui succéda, avait été prévôt de l'abbaye; il avait été déjà,

1 Grégoire de Tours, Miracula S. Juliani, c. XXXII. — * Mabillon, Annales, t. v, c. xxxix. — 3 Hincmar, Vita S. Remiyii, c. xxxn. — ' Acta sanct., maii t. i, p. 100; Vita S. Tlieodulfi. — * Grégoire de Tours, Ilist. Francor., 1. IX, c. xiv; 1. X, c. xix. — • Flodoaid, Ilist. Remens. Eccl., I. IV, c. xlvi. — ' Id., ibid.,1. IV, c.xxvm.- — 8 Grégoire de Tours, De virtutib. S. Martini, 1. III, c. XVII. — ' L'évêque Sonna-

tius mourut après 627 et Flodoard, Hist. Hemens. Eccl., 1. II, c. x, a connu son testament par lequel il donne a la basilique tics Saints-Tïmothée-et-ApoUinaire quasdiun casas tant juxla ipsam ecclcsiam quam infra civilatem. — I0 Mai lot , Rist. Rem. Eccl., t. i, p. Otto. — " Acta sanct., april. t. m, p. 292. — " V. Mortet, Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture en Erance au Moyen Age, p. 39-43.

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en cette qualité, l'un des collaborateurs les plus zélés de Thierry dans la construction de l'église, et lui avait fourni de nombreux subsides sur le revenu des domaines confiés à son administration. Il ne laissa donc pas longtemps l'œuvre en suspens; il fit achever l'aile droite du transept, déjà fort avancée, et l'aile gauche qui n'avait encore que des fondations, ainsi que les escaliers donnant accès aux parties supérieures. Enfin, à l'aide de poutres amenées de la forêt voisine de l'abbaye d'Orbais, il éleva une charpente sur l'édifice qui fut, dès lors, terminé dans toutes ses parties. »

La dédicace fut faite par le pape Léon IX au mois d'octobre 1049.

Nous n'abordons pas l'étude de cette église romane, mais le texte qu'on vient de lire est un précieux document en ce qu'il montre les procédés en usage lorsqu'on remplaçait une église par une autre; celle-ci disparaissait entièrement : Velusta ecclesia, ab Hincmaro archiepiscopo antiquitus dedicata, est eversa funditus.

Bibl. — L. Demaison, Date de l'église de Saint-Remi de Reims, dans Travaux de l'Académie de Reims, 1883, p. 98-308; id., L'église de Saint-Remi. Histoire abrégée de sa construction, dans ibid., t. cxi, 1901-1902, p. 273- 290; id., Église Saint-Remi, dans Congrès archéologique de France, 1911, p. 57-106.

Est-il nécessaire de rappeler que l'église atteinte à plusieurs reprises par les bombardements fut incendiée en 1918 par les obus allemands et qu'en janvier 1919 tout le grand mur méridional de la nef centrale, qu'on n'avait pu étayer, s'était écroulé, entraînant dans sa chute le bas côté et les tribunes du Sud.

La perte de cet édifice paraissait totale et après le désastre de la cathédrale celui-ci n'eût pas été moins grave à raison des souvenirs qui se rattachent à Saint- Remi et de sa beauté propre, pour l'harmonie merveilleuse que les remaniements de l'époque ogivale surent maintenir dans l'édifice roman. De cette catastrophe l'archéologie a pu tirer quelques sérieux profits. On a vu la preuve que plusieurs chapelles, dédiées à des patrons divers, avaient précédé une première église commencée au vne siècle, transformée et agrandie par Hincmar. Les fouilles ont révélé le plan et les dimensions de cette première église, à peine moins importante que celle du xie siècle; on a retrouvé les soubassements de ses murs et constaté qu'elle avait deux absides, comme les cathédrales de Mayence, de Nevers, de Besançon. On a exhumé des tombes mérovingiennes, recueilli d'admirables morceaux de sculpture romane, restes des tombeaux de Lothaire et de l'abbé Odoji.

Nous avons dit que l'église actuelle date du xie siècle. Elle n'avait pas, à l'origine, de déambulatoire, mais un chœur peu profond, accompagné de chaque côté par des chapelles absidales qui s'ouvraient à l'est du transept; sa nef était couverte par une charpente apparente. Au siècle suivant, Pierre de Celles agrandit l'édifice en bâtissant, autour d'un chœur plus vaste, des chapelles rayonnantes, on voulut accorder à cette construction nouvelle le style de la grande nef : on plaqua, au-dessus des pleins cintres romans, des formerets en tiers-point; devant chaque pilier on éleva un faisceau de colonnettes destinées à recevoir la retombée des voûtes qui furent contre-butées, à l'extérieur, par des arcs-boutants. Mais ces arcs, les plus anciens à peu près que l'on connaisse en France, trop rares et s'appuyant trop haut, poussaient le mur en dedans plutôt qu'ils n'empêchaient la poussée au dehors. Aussi la voûte fut-elle sans cesse l'objet de réparations. Lorsqu'elle s'effondra tout à fait sous le règne de Louis-Philippe, les architectes n'osant pas la

1 M. Demaison, dans Journal des débats, 2 octobre 1931. — * A. deCaumont, Abécédaire d'archéologie, 5" édit., p. 13.

rebâtir en pierre, durent se contenter d'établir une fausse voûte en bois peint et plâtre qui subsista jusqu'à l'incendie de 1918. M. II. Deneux a tenu à reconstruire en pierre, et c'est là la partie la plus ingénieuse de sa restauration. Après avoir relevé en matériaux meilleurs les murs jadis défectueux, il a imaginé de combattre la poussée des voûtes non plus du dehors, mais du dedans. Au-dessus de chaque doubleau, il a jeté d'un mur à l'autre une poutre de béton armé dont la base, dessinée suivant la courbe de l'arc, l'empêche de gauchir et prévient tout écartement. L'ensemble de ces poutres enserre toute la longueur des voussures dans une sorte de « corset » qui a permis de ne point renforcer les arcs-boutants devenus presque inutiles et de ne changer quoi que ce soit à l'aspect du monument *.

XLIII. Chapiteaux. — Dans l'étude consacrée à ces monuments nous avons mentionné celui du musée de Reims (voir Dictionn., t. m, col. 468, fig. 2525) qui avec deux autres y est entré par don gracieux. Ces trois chapiteaux en marbre blanc avaient été recueillis par Narcisse Brunette, ils proviennent vraisemblablement d'une ancienne basilique rémoise.

Le premier (fig. 2525) montre une corbeille garnie de quatre larges feuilles découpées, dérivées de la feuille d'acanthe, entrelacées de bandelettes tressées et croisées entre elles. Ces feuilles sont séparées par des cordons de perles verticaux, que surmontent des vases arrondis, ornés de godrons et munis d'anses, placés entre deux dauphins affrontés. Ce motif se répète sur chacune des quatre faces. Il n'est guère douteux que ce monument soit d'origine chrétienne et le style de la sculpture permet de l'attribuer au ve siècle.

Le deuxième chapiteau, de mêmes dimensions que le précédent, a dû appartenir au même édifice religieux et il est d'ordre corinthien, mais très dégénéré et s'éloigne notablement du type classique. D'après L. Demaison, il n'est pas sans analogie avec un chapiteau du musée de Nantes *, trouvé dans les fouilles opérées en la cathédrale de cette ville, et que l'on considère comme un reste de la première église bâtie en ce lieu. On peut également le comparer avec certains des chapiteaux antiques utilisés au xne siècle dans la construction de l'église Saint-Pierre de Montmartre 3 et que l'on y voit encore aujourd'hui; mais ces derniers sont d'un meilleur style et doivent être un peu plus anciens. On remarquera toutefois que le chapiteau du musée de Reims, bien qu'il soit le produit d'un art de décadence, est encore dans la tradition antique et diffère des imitations du chapiteau corinthien qui ont été faites au Moyen Age. Qu'on le compare avec les gros chapiteaux du croisillon nord de l'église Saint-Remi de Reims exécutés dans la première moitié du xie siècle, on verra que ceux-ci sont d'une exécution beaucoup plus maladroite.

Le troisième chapiteau est de moindre dimension que les deux précédents, mais il est taillé dans le même marbre et doit avoir la même origine. Au premier abord on pourrait le croire roman. Sa corbeille est recouverte de deux rangs de feuillages simples, non découpés, d'une facture un peu rude; de la rangée supérieure s'échappent des volutes assez gauchement tracées.

Tout ce qu'on peut dire sur l'origine de ces monuments ne dépasse pas le domaine de la conjecture.

Bibl. — L. Demaison, Trois chapiteaux de l'époque chrétienne primitive au musée de Reims, dans Bulletin monumental, t. lxix, 1905, p. 224-229.

XLIV. Mosaïques. — Nous avons dit que toutes celles qui ont été retrouvées sont d'origine païenne;

— a A. Lenoir, Statistique monumentale de Paris, atlas, 1. 1, pi. VIII.

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il faut faire une exception pour celles du Moyen Age qui ont droit à une mention.

En 1860 on découvrit sur l'emplacement du chœur de l'église Saint-Symphorien un pavement de mosaïque dont un fragment important fut recueilli au musée; il tire son intérêt principal de sa date puisque le chœur de cette église fut construit en 1209. La bordure est formée de grecques et le milieu est rempli de dessins géométriques avec rosaces et fleurons. Aucun sujet animé.

Le chœur de l'église de Saint-Remi était orné d'un pavement de mosaïque où abondaient sujets et figures et qui datait de 1090; ce pavement fut détruit à la Révolution, il n'en reste qu'une description par dom Marlot, Histoire de Reims, t. n, 1845, p. 543-544.

Vers 18C5, on mit à jour à 1 mètre environ de profondeur, sous le sol de la rue Notre-Dame (devenue rue Robert-de-Coucy), un débris de mosaïque ayant appartenu à un édifice religieux, chapelle placée sous le vocable de Saint-Nicolas, dépendant de l'Hôtel- Dieu et probablement démolie à l'époque de la construction de la cathédrale. Il semble qu'il faille rattacher à cet édifice le fragment de mosaïque exhumé à une distance de 10 à 12 mètres environ.

Il représente Abraham et Isaac partant pour le sacrifice. Le panneau entier mesure 1 m. 20 de largeur sur 0 m. 63 de hauteur, la bordure a une largeur de 0 m. 18 et les médaillons un diamètre de 0 m. 47. Edm. Le Blant a signalé un type analogue dans un vitrail de la cathédrale de Bourges, qui est un peu postérieur et du début du xme siècle. Dans les deux représentations, Isaac porte non pas le bois du sacrifice, mais la croix du Sauveur lui-même. Abraham porte la torche et le couteau. Les attributs, les costumes, la pose même des personnages sont identiques sur la mosaïque et sur le vitrail; une seule différence à signaler : à Bourges, Isaac suit Abraham, tandis qu'à Reims il le précède. Aucun doute n'est possible sur la mosaïque comme sur le vitrail, chaque personnage est accompagné de son nom en toutes lettres.

Nous n'avons ici que la scène du départ, on ne saurait préjuger du reste puisque ce fragment a été seul retrouvé, mais on peut rappeler que le sacrifice d'Abraham était représenté, quoique de façon bien différente, dans l'hypogée découvert à Reims sous l'église Saint- Martin et dont on n'a que des dessins trop librement exécutés.

Quoi qu'il en soit on peut constater l'existence à Reims, au xne siècle, d'une école de mosaïstes, s'inspirant des traditions antiques pour la confection du travail, mais en y adaptant les sujets et les décorations du Moyen Age.

Bibl. — Jadart, La mosaïque du sacrifice d'Abraham au musée de Jieims (x/r' siècle ), dans Bull, archéol.du Comité, 1892, p. 347-319, pi. xxiv. Ces médaillons conservés au musée de Reims ont été détruits pendant la guerre. Sur la chapelle Saint-Nicolas de l'Hôtel- Dieu. cf. L. Demaison, dans Bulletin monumental, t. lxxxv, 1925, p. 112-114. Cf. E. Le Blant. Les sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 101 ; Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. i, p. I IN; A. Martin et Ch. Cahier, Monographie des vil/aux de la cathédrale de Bourges, pi. i, p. 3. Voir aussi E. Chartraire, Récentes découvertes archéologiques à Reims, dans Bull. arch. du Comité, 1919, p. cviii-cxi, mentionne des restes de la décoration faite par Hincmar avant 862.

XLV. Scriptorium. — Les fables de Phèdre nous ont été conservées par deux manuscrits dont l'un

1 Voir une notice sur ce manuscrit par dom Vincent, dans l'Almanach historique de Reims, 1774, p. 81. — - * Les tables de Rliedre, édition paléographique publiée sur le manuscrit Rosanbo, par U. Robert, in-8\ Paris, 1893; et. L. Delisle, dans Biblioth. de l'École des Chartes, 1894, p. 196. — ' L.

fut détruit dans l'incendie de l'abbaye de Saint-Remi, en 1774 ', l'autre a fait partie de la bibliothèque de Pierre Pithou 2. Ce texte est du ixe siècle et présente un intérêt paléographique exceptionnel en ce qu'il offre deux traits tout à fait caractéristiques : des i allongés au commencement et même parfois dans le cours des mots, et la syllabe que abrégée par un q suivi d'un point unique. Or, ces procédés ne sont nullement familiers aux scribes de l'époque carolingienne, et ils paraissent spéciaux au scriptorium de Reims 3. Cette particularité paléographique a été relevée dans la Bible d'Hincmar, dans l'Évangéliaire de Saint-Thierry de Reims et encore dans d'autres manuscrits de cette ville. Léopold Delisle faisait observer que « si cette règle était bien établie, elle nous révélerait l'origine, jusqu'ici incertaine, de quelques-uns des plus célèbres manuscrits carlovingiens ». Il signalait alors une bible de Saint-Paul-hors-les-Murs qui présente ces caractères de ressemblance. De même P. Lejay mentionnait un Térence, ms. lut. 789'J de la Bibliothèque nationale, comme oflrant aussi cette double particularité *.

A la suite d'un deuxième examen des manuscrits du ixe et du xe siècle de la bibliothèque de Reims, il fut constaté que la plupart des manuscrits de ce dépôt renferment \'i allongé et la conjonction que abrégée en q. En voici la liste : / bis. Bible dite d'Hincmar. 36. Évangéliaire. 37. Évangéliaire. 38. Évangéiiaire sur vélin pourpré. 45. Tatiani harmonia Evangeliorum. 355. S. Ambrosii primus liber de mi/steriis et sextus de sacramenlis; ejusdem liber de paradiso et de virginibus. S. Auguslini liber de fide sijmboli, etc. 378. S. Augustinus, de Ahigistro; de Yirginitate etc. 379. S. Augustini opéra quœdam. Enfin on retrouve ces mêmes particularités dans l'évangéliaire d'Ebbon (voir Diclionn., t. iv, à ce nom) qui provient de l'abbaye de Hautvillers, voisine de Reims. Paul Durrieu tenait pour certain que l'école calligraphique de Reims a joui d'une très grande importance à l'époque carolingienne et proposait de lui restituer plusieurs manuscrits célèbres, particulièrement le fameux psautier d'L'trecht, manuscrit qui, au jugement de Maunde Thompson, a été écrit dans le nord-est de la France (voir Diclionn., t. xi, col. 1344-1357, fig. 8155-8166) 6.

XI AI. Maniscrits liturgiques. — 1. Bibliothèque de Reims, ms. 320-372. - — Ce manuscrit, designé sous le nom de « Premier sacramentaire de l'abbaye de Saint-Thierry > comprend 241 feuillets, y compris deux feuillets préliminaires cotés A et B, et les feuillets cotés 100 bis et 109 bis. Il mesure 0 m. 34 de haut sur 0 m. 26 de large. Écriture à longues lignes et. ornements permettent de rapporter l'exécution à la seconde moitié du ixe siècle.

Feuillet A. Liste des fêtes à la messe desquelles on chante le Credo (addition du xi' siècle).

Fol. 1-8. Cahier ajouté après coup et sur lequel on a copié diverses prières, notamment celles que le prêtre pouvait réciter avant la messe : Ante conspectum divins majesiatis tuer, Domine, reus assisto.

Fol. 6. Avertissement sur l'utilité d'honorer chaque jour la mémoire de quelques saints et sur l'usage qu'Alcuin avait introduit à cette occasion : Catholica fide est tenendum...

Fol. 7 v°. ^^ssa in veneralione sancti Teoderici confessoris.

Fol. 10 v°. Titre du sacramentaire écrit en lettres d'argent sur fond pourpre. Incipit liber sacramentorum de circulo anni, a sanclo Gregorio papa Romano éditas.

Demaison, Une école de copistes à Reims au /.Ye siècle, dans Trao. de l'acad. de Reims, t. xciv, 1892-1893, p. 221-222. — 1 P. Lejay, dans Bulletin critique, 15 octobre 1894. — ' L Robert, ARinuserit de Phèdre, dans Bull, de la Soc. liai, des aiUiq. de France, 1895, p. 173-174.

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qualiter missa Romana cclebralur, hoc est : primum introitus dicitur, qualis fuerit statutis diebus; deinde Kyrie eleison ; postmodum Gloria in excelsis Deo, si episcopus fuerit, tantummodo diebus dominicis sive festis; a presbiteris autem minime dicitur, nisi solo pascha; quando vero lsetania agitur, neque Gloria in excelsis Deo, neque alléluia canitur; postea dicitur oratio; sequitur aposlolus, gradalis sive alléluia.

Fol. 12. Canon de la messe. La liste des saints invoqués se termine (fol. 15) par les noms suivants : ...Johannis et Pauli, Cosmee et Damiani, Hilarii, Martini, Benedicti, Gregorii, Amandi, Medardi, Eligii.

Fol. 17-68. Oraisons pour les différentes messes de l'année, depuis la veille de Noël jusqu'à l'Avent inclusivement. En marge sont marqués les premiers mots des introïts, des graduels, des offertoires et des communions.

Fol. 68-80. Oraisons pour différentes messes et répondant à diverses intentions. Oratio quando levanlur reliquiœ. Oratio in dedicatione ecclesie. Oratio post velatum altare. Oratio in natale papie. Oratio in ordinatione prsesbileri. Orationes ad sponsas benedicendas. Jncipiunl orationes pro peccalis. Incipiunt orationes colidianœ. Incipiunt orationes matulinales. Orationes vespertinales seu matulinales collectas (sic). Oratio ad baptizandum infirnnim. Oratio aquse exorcizate in domo. Oratio ad visitandum infirmum. Oratio super penitentem. Oratio ad agapem pauperem. Oratio ad capillaturam. Oratio ad clericum faciendum. Oratio ad barbas tondendas. Oratio ad diaconam faciendam. Ad ancillam velandam. Oratio ad abbalem faciendum vel abbalissam. Oratio in tempore belli. Oratio pro lus qui iler agunt. Oratio pro pluvia postulanda. Oratio quando multum pluit. Oratio pro peste animalium. Oratio de mortalilate. Oratio super episcopum defunctum. Item atiœ orationes in agenda mortuorum. Oratio ad ponlificem ordinandum.

Fol. 81-111. Oraison des messes principalement pour les fêtes des saints. "Voici la première et la dernière rubrique de cette série : In vigilia [natalis] Domini... Natale sancti Thomse apostoli.

Fol. 111-117. Oraisons des messes pour le commun. Le dernier morceau de cette série (fol. 116) porte pour rubrique : Incipiunt orationes cotidianis diebus ad missas.

Fol. 117-125 v°. Oraisons pour les messes de différents dimanches : Dominica i post natale Domini... Dominica xxvi post Pentecosten. Sur les marges sont inscrits les premiers mots des introïts, des graduels, des offertoires et des communions.

Fol. 126-186. Oraisons pour différentes messes, pour des bénédictions, pour des exorcismes et pour diverses cérémonies. Voici les premières rubriques de cette série : Missa de sapienlia. Missa ad poslulandam gratiam Spiritus sancti. Missa in honore sanctse Mariœ. Missa ad postulanda angelica sufjragia. Missa de sanclo Johanne Babtista. Missa de sanclo Petro apostolo. Missa de sancto Stephano. Missa de sancta Cruce. Missa in ecclesia cujuslibet martyris sive confessoris... On remarque dans cette série les prières placées sous les titres suivants : Missa pro ipsa jamilia l (fol. 138)... Missa ad sponsas benedicendas (fol. 153)... Benediclio vestium virginis vel viduse (fol. 154)... Orationes et preces super penilenlem confitenlem peccata sua more solito feria quarta infra quinquagesimam (fol. 157)... Orationes ad reconciliandum pœnilentem feria v in cœna Domini (fol. 157 v0)... Ad aquam benedicendam exorcismus salis (fol. 169 bis)... Inposilio manuum super energuminum caticumenum (fol. 173 v0)... Item alio pro parvulo energumino (fol. 173 v0)... Item alise orationes super energuminum baptizatum (fol. 174)...

1 Dans deux des oraisons copiées sous cette rubrique, saint Amand est indiqué comme le patron dont l'interces-

Orationes et prseces super dœmoniacos (fol. 176)... Parmi les additions qui ont été faites à la fin de cette série (fol. 184-186), il faut citer la pièce intitulée : Missa in veneratione sancti Remigii episcopi (fol. 185).

Fol. 187-224 v°. Préfaces pour les différentes messes, en commençant à la veille de Noël. Ce recueil de préfaces se termine (fol. 224 v°) par la rubrique : Prsefalio pro vivis sive dejunctis à laquelle ne répond aucun texte, les feuillets qui devaient suivre ayant disparu.

Fol. 225-227. Fragments d'un cahier additionnel sur lequel on trouve, en caractères du xie siècle : Orationes ad benedicendum abbalem.

Ce manuscrit est également digne d'attention au point de vue de sa décoration que décrit L. Delisle en ces termes :

Les grandes initiales sont des capitales romaines, tracées avec beaucoup de pureté et de simplicité, alternativement en vert et en vermillon. Quelques initiales sont tracées en pourpre, folios 1 et 7 v°; au folio 17, grand D en pourpre avec contours argentés. Les grandes initiales du canon (fol. 14 v°-16 v°) sont en or. Aux folios 19, 19 v° et 20, grandes initiales d'or avec contours en vermillon. Ailleurs (fol. 17 v°, 18, 20 v°, 22 y0, 23, etc.) grandes initiales d'argent avec contours en vermillon.

Sur les folios 9 v° et 10 r°, portiques à entrelacs, dont l'intérieur, destiné à recevoir un titre ou un texte, est resté vide. Les huit pages suivantes (fol. 10 v°-14) sont bordées de riches encadrements à entrelacs. Le champ des folios 10 v°, 11 r° et v°, 12 v°, 13 r° et 14 r° a été peint en pourpre. Le titre du sacramentaire est écrit en lettres d'argent sur les folios 10 v° et 11 r°. Le folio 11 v° n'a point reçu d'écriture. Le folio 12 est occupé par le mot VERE, en grandes capitales peintes dans le goût des grandes lettres de la seconde Bible de Charles le Chauve (voir Dictionn., t. m, à ce nom). Sur les folios 12 v° et 13 r°, la préface en onciales d'or. Au fol. 13 v°, le mot TE forme un grand monogramme qui emplit la page. Au fol. 14, commencement du canon en onciales d'or.

Il convient de signaler sept grandes initiales peintes : au folio 17, sur un fond pourpre, grand D à entrelacs, dans l'intérieur duquel est un S formé de lignes se coupant à angles droits et terminées par des pointes de flèche; cet S est absolument semblable à celui que Jorand a reproduit dans la Grammalographie du IXe siècle (pi. xx) d'après la seconde Bible de Charles le Chauve. — Au fol. 41, sur un fond pourpre, grand D à entrelacs, dans lequel est enfermé un S, dont le trait supérieur et le trait inférieur sont arrondis, mais qui se rattache au même système que celui du folio 17. — Au folio 48, grand C, analogue au C de la planche v de la Grammalographie de Jorand. — Au folio 50, grand D sur un fond pourpre à l'extérieur et blanc à l'intérieur de la lettre. — Au folio 80, grand D légèrement esquissé à l'encre et non achevé. — Au folio 117, grand l) sur fond pourpre. — Au folio 126 grand D à l'intérieur duquel des ornements se détachent en blanc sur un fond jaune, vert et pourpre.

Ce manuscrit a été employé par les bénédictins, pour leur édition du Sacramentaire de Saint Grégoire. C'est celui qu'ils appellent Codex Theodericensis notalus 63. Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, leur en avait procuré une copie 2.

Silvestre a reproduit dans la Paléographie universelle deux pages de ce sacramentaire, le folio 121 r° et le folio 58 r°. Champollion-Figeac, dans la notice explicative qu'il a jointe aux deux planches, a rapporté l'exécution de ce sacramentaire à la première moitié du xe siècle. Sir Frédéric Madden n'a pas cru devoir

sion est spécialement invoquée. — * Sancti Gregorii opéra oninia, iu-fol., Parisiis, 1705, t. m, p. v.

REIMS

accepter cette date; il a fait remarquer1 l'analogie que les ornements du sacramentaire de Saint-Thierri présentent avec ceux de la Bible de Charles le Chauve, et il en a conclu que le manuscrit devait remonter au milieu du ixe siècle.

Le manuscrit semblerait avoir dû être composé pour le monastère où il se trouvait encore au xvne siècle, car on lit au folio 7 v° : Missa in veneralione sancli Theodorici confessoris, mais le cahier auquel appartient le feuillet 8 a été ajouté après coup; il n'en faut pas tenir compte pour rechercher à quelle Église le sacramentaire a été primitivement destiné. L. Delisle a relevé un passage du Canon de la messe où sont mentionnés les saints Médard et Éloi et il y voit le chapitre de Noyon, plutôt que celui de Soissons.

Bibl. — L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, dans Mém. de l'Acad. des inscript., t. xxxn, 1886, p. 116-122, n. xxi.

2. Bibliothèque de Reims, ms. 41H-452. Ce manuscrit désigné sous le nom de « Second sacramentaire de l'abbaye de Saint-Thierry » dérive en partie du précédent. Parchemin, 222 feuillets, cotés 1-115 et 117-223, Écriture à longues lignes du xie siècle, sauf quelques parties additionnelles qui sont du xnc. Les bénédictins, qui ont utilisé ce manuscrit sans l'avoir eu entre les mains lorsqu'ils préparaient leur édition du sacramentaire grégorien 2 le rapportaient au règne de Charlemagne, induits en erreur par une pièce qui se trouve au folio 200, dans laquelle il est question des violences exercées sur le pape Léon III, pièce qui a pu être copiée longtemps après ce pontificat.

Beaucoup de passages témoignent que le volume a été exécuté pour l'abbaye de Saint-Thierri; on lit au folio 3 : Liber Sancti Theoderici. Anathcma sit aufercnti

Fol. 1-8. Cérémonies et prières diverses : Ordinations (fol. 3). Bénédiction du roi (fol. 3 v°). Dicta Alcuini quibus ebdomadas diebus quorum sanclorum memoria celebretur (fol. 4 v°). Item specialis exomologica sive apologica oralio (fol. 5). Missa de trans/iguratione Domini (fol. 7 v°) cette dernière pièce est une addition du xne siècle.

Fol. 8 v°-12. Préface, canon et diverses prières de la messe (xne siècle). Les peintures et ornements des fol. 8 v° et 10 r° paraissent copiés d'après un manuscrit plus ancien.

Fol. 13-72 v°. Oraisons des différentes messes de l'année, à partir de la veille de Noël. En marge sont inscrits les initia des introïts, des graduels, des offertoires et des communions. Le chapitre relatif au samedi saint contient les litanies des saints (fol. 4-1 v°). Elles ont été publiées par L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, p. 309-371. A la lin de cette série on a ajouté, au xne siècle, ces oraisons : Kal. julii, natale sancli Theoderici confessoris (fol. 71 v°); /// idus decembris, elevatio corporis sancti Theoderici, abbatis cl confessoris (ibid); Kal, maii, natale sancti Thœodulfl confessoris (fol. 72 v°).

Fol. 73-121 v°. Oraisons pour les messes des fêtes des différents saints de l'année; certaines d'entre elles appartiennent à l'abbaye ou au diocèse de Reims : vu idus fcbruarii translatio sanctse Hélène regine (fol. 78); kalendis julii, natale sancli Theoderici, confessoris alque abbatis (fol. 90 v°); eodem die [kalendis septembris], natale sanctorum Sixti, Sinicii atque Nivardi (fol. 101 v°); idibus oclobris, natale sancti Basoli confessoris (fol. 109 v°); v nonas octobris, dedicatio ecclesi;r sancti Bartholomei confessoris (fol. 110 v°); Ai'/// kal. januarii, turfale sancti Nicasii sociorumque ejus (fol. 1 18 v°). — A la fin de cette division, à partir du fol. 119, on a ajouté les oraisons de diverses messes, et notamment, au fol. 119 v° : Missa de sancti Sigismundi régis (sic) contra febres, et au fol. 120 v° : Missa tam pro vivis quam et solutis debito morlis. Le dernier

morceau ainsi ajouté est une oraison relative à la translation du corps de saint Barthélemi : Omnipotens sempilerne Deus, mundi crealor et rector, qui hodierna die corpus beati Bartholomei apostoli per mare cum archa lapidea Lypparim insulam perduxisti... (fol. 121 v°).

Fol. 122-200 v°. Oraisons des messes à dire pour diverses intentions et pour le commun des saints, avec diverses prières, bénédictions ou exorcismes; entre autres : Missa in honore sanctorum confessorum Teoderici et Teodulfi (fol. 132); in veneratione sancli Bartholomei apostoli (fol. 136 v°); orationes et preces super demoniacos (fol. 159); incipit ordo ad ecclesiam dedicandem (fol. 189); exorcismus judicii sive aquœ sive ferri (fol. 197 v°); ad furta probanda, benedictio panis et casei (fol. 197 v°); [examen aquœ frigidœ a Leone papa III inslitutum] (fol. 200); ad furtum repperiendum (fol. 200).

Fol. 201-223. Recueil de bénédictions publié sous ce titre : Aliud benedictionumepiscopaliumsupplementum ex codice pervetusto Sancti Theoderici prope Remos, dans Sancti Gregorii opéra omnia, t. m (1705), p. 625- 648).

Fol. 223 et 223 v°. Messes ajoutées au xne siècle sous les titres suivants : Missa de sancto sepulcro; vm idus decembris, natale sancli Nicolai, episcopi et confessoris; xi kal. augusti, natale sanctse Marie Magdalene.

Ce sacramentaire renferme un texte des prières à réciter pour le roi dans les Églises de France au temps des premiers Capétiens.

ORATIONES AD REGEM BENEDICENDUM. DeuS, Cui

omnis potestas et dignitas famulatur, da famulo tuo il li prosperum suœ dignitatis effectum, in qua te semper timeal tibique jugiter placere contendat. Per.

alia. Omnium, Domine, fons bonorum justorumque provectuum, tribue, quœsumus, famulo tuo adeptam bene gerere dignitatem et a te sibi prestitam bonis operibus comprobare. Per.

henedictio super REGEM. Benedic, Domine, hune principem, qui régna regum omnium a sseculo moderaris, et tali cum benedictione gloriflca ut Davidicum leneat sublimitatis sceptrum, et sanclificatus repperiatur ii\ mente. Da ei tuo spiramine cum moderatione regere populum, sicuti Salomonem fecisti regnum obtinere pacificum. Sit semper cum timoré tibi subditus, tibique militet cum quiète. Sit tuo clippeo protectus, cum omnibus suis proceribus, et ubique maneant sine pugna vietores. Honorifica eum prsc cunclis regibus lerrœ, ut felicibus dominetur populis, et féliciter eum omnes nationes adorent. Vivat inter gentium catervas magnanimus. Sit ei in judiciis œquilas singularis. Sit locuples, et subditos locu pietés reddat, ut tua fultus dextera contineat fortiter patriam populumque sibi commissum; liberis ipsius tua pietate prospéra ac profutura cuncta tribue. Presla eis per tempora prolixitatem vitœ, et in diebus eorum semper oriatur juslicia, ut cum jocunditate et justitia posl labilem vitam wterno glorienlur in regno.

ITEM BENEDICTIO SUPEK REGEM ET POPULUM. Deus,

inenarrabilis auctor mundi, conditor generis humani, gubernalor imperii, confirmator regni, qui ex utero fidelis amici lui palriarcluv nostri Abrahœ prœlegisti reges sseculi profuturos, tu presentem regem hune, cum e.rercilu suo, per intercessionem sanctorum omnium uberi benedictione locupleto, et in solium regni firma stabilitate conecte. Visita eum, sicut Mogscn in rubo. Josue in agro, Jesu Nave in prœlio, Samuhelem crinitum in templo, et Ma eum prornissione siderea ac sapientiœ tuée rore perfundc qua\m\ beatus David rex in psallerio, Salomon filius ejus, le rémunérante, percepit e cselo.

1 Universal palœography, t. il, p. 622. — * Voir note 1, ci-dessus, t. m, p. iv.

REIMS

Sis ei contra acies inimicorum loricct in adversis, galea in prosperis, patienlia in proiectione, clippeum sempiternum, et presta ut gentes illi servent fidem, proceres sui habeant pacem, diligant caritalem, abstineant se a cupidilate, loquantur jusliciam, custodiant veritatem, et ita populus iste pullulel coalitus benediclione œternitatis, ut semper maneant tripudiantes in pace victores. Quod ipsum.

Oraison qui paraît se rapporter au couronnement de Louis le Bègue par le pape Jean VIII, au concile de Troyes, en 872 : oratio qua benedixit domnus apostolicus Johannes regem nostrum Ludowicum, junioris Karoli imperatoris filium. Trecas civilalis. Spiritum sanctificalionis, quœsumus, Domine, Hludouvico régi nostro propitialus infunde, et cor ejus quod manu tua contines virtute tuse benedictionis inlustra, quatinus sancli Spiritus rore fecundatus, ubertate donorum percepla, sic externis regni gubernacula teneat, ut intime conlemplationis lua> inleriora gaudia consequatur. In unitate ejusdem.

Ribl. — L. Delisle, Mémoire sur d'anc. sacrament., p. 285-289, n. cxvi.

3. Manuscrit perdu, semble-t-il, d'un Sacramentaire de Saint-Remi de Reims. Il aura disparu dans l'incendie de cette abbaye en 1774. Cependant il existe une mention qui semble le concerner dans Gust. Hœnel, Catalogi librorum manuscriptorum (c. 397 — Diclionn. des mss. de Migne, t. i, col. 1312), la voici : « Reims, 318. Sacramentarium vetustissimum S. Gregorii, achevé le 1er jour d'août de l'an 800; membr. fol. (vid. Nouv. traité de diplomatique, t. m, p. 194-195). Haenel aura inséré cette note, non d'après le manuscrit lui-même, mais d'après un catalogue, et on sait qu'il a compulsé ceux de la bibliothèque de l'Institut. Celle-ci possédait des listes envoyées au ministère de l'Intérieur sous le premier Empire, mais on ne s'explique pas qu'à cette date on y mentionnât un manuscrit brûlé en 1774. La bibliothèque de Reims ne conserve pas trace d'un catalogue de la bibliothèque de Saint-Remi avant cette date. Il se pourrait que la cote 318 dût se rapporter au 213, ms. deSaint-Thierri; quant au renvoi au Nouv. traité de diplom., c'est une erreur. Tout n'est pas absolument perdu de ce manuscrit précieux puisque dom Hughes Ménard lui a donné la première place parmi les manuscrits qu'il a utilisés pour son édition du sacramentaire grégorien dont voici le titre complet : Divi Gregorii papee huius norninis primi, cognomento magtii, liber Sacramenlorum, nunc demum correctior et locuplelior editus ex Missali ms. Sancli Eligii bibliothecœ Corbeiensis, notis et observationibus illustratus, opéra et studio, Fr. Hugonis Menardi..., in-4°, Parisiis, 1642 ( x P. L., t. lxxviii, col. 13-582).

Dom Ménard a consacré une assez longue note à ce manuscrit (P. L., col. 17-18) et Mabillon en a parlé dans ses Annales ordinis Sancli Renedicti, t. il, p. 352- 354; 2e édit., p. 328-330; ces deux notices ont été publiées in extenso par U. Chevalier (Sacramentaire et martyrologe de l'abbaye de Saint-Remy, 1900, p. vnix) qui a publié les extraits que l'abbé Joseph de Voisin avait insérés dans ses collections (Bibl. nat., ms. lat. 9493, fol. 43-71). L. Delisle avait accordé une notice à ce Sacramentaire exécuté par un certain Lambert, sous la direction du prêtre Godelgaud, qui l'avait offert à l'église de Saint-Remi. La transcription, commencée le 22 mars 798, avait été terminée le 23 juillet ou le 1er août 800 (Mémoires sur d'anc. sacram., p. 87- 89, n. xn). La transcription de J. de Voisin comprend 108 colonnes d'une écriture menue et un peu négligée, certaines parties prises dans la reliure sont inaccessibles. La plus grande partie de ces oraisons se ietrouvent dans les Sacramentaires Gélasien, Léonien et Grégorien.

Si on s'en tenait à la description de dom Ménard on pourrait croire que le prologue n'occupait que le verso du fol. 1, disposition qu'on rencontre surlems. étudié ci-dessus (n° 1) et sur un autre, néanmoins la présence de vingt-trois lignes d'écriture onciale ou capitale sur un feuillet unique est douteuse. Pour les notes chronologiques nous suivons Ménard et Voisin de préférence à Mabillon, par conséquent : 22 mars 798 et 23 juillet 800. Nous donnons le texte d'après J. de Voisin et, en note, les variantes du texte admis par Mabillon :

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