REMIREMONT
col. 250-251) et il conclut que Romary rassembla à Reiniremont des religieuses « engagées par des vœux monastiques x». La preuve décisive, il la tire de la Vie de saint Eustuise, par Jonas, où on lit que « Romary venu à Luxeuil se soumit à la règle monastique. Après y avoir longtemps vécu et avec le consentement d'Eustaise, il construisit un monastère de femmes dans son domaine, et leur imposa la règle de saint Colomban 2 : puellarum monttsterium in propria exstruxil possession, in quo et regulam beati Columbani cuslodiendam indidit. » Règle qui aurait été assurément trop austère pour des chanoinesses séculières, ajoute Mabillon, qui paraît avoir une fâcheuse idée de leurs aptitudes ascétiques. C'est ainsi qu'il observe que l'une d'entre elles ayant mangé une pomme sans permission, le démon survient pour châtier la coupable et Mabillon de dire : « On auroit bien de la peine à faire voir une telle dépendance et une telle régularité dans des chanoinesses séculières 3. » Et à propos d'une pénitence de quarante jours infligée à celle qui a commis une faute contre la règle : « Je ne says, dit-il encore, si on pourrait aisément persuader à des chanoinesses séculières de faire une si longue pénitence pour une faute qui serait commise contre la loy de Dieu; et une pénitence de quarante jours pour une faute purement régulière, ne peut assurément convenir qu'à des religieuses qui vivent dans une très étroite observance 4. »
Enfin, il invoque le costume d'autrefois d'après les anciennes statues et figures du portail de l'église; elles portent le voile qui était réservé à celles ayant fait le vœu de virginité.
II est impossible, croyons-nous, d'acquiescer à cette argumentation. Lorsqu'en 1724, dom Thuillier réimprima la Lettre avec une Préface il crut pouvoir dire qu' « on n'y a opposé que de vaines subtilitez ». Les chanoinesses ne s'étaient pas montrées, en leur temps, plus courtoises et, dans la page G de leur second façtum on pouvait lire que peut-être l'abbesse se « seroit-elle servie des mauvaises preuves qui sont dans la lettre du P. Mabillon, si elle n'en ayoit craint la conséquence », tant il est vrai que chacun croit avoir raison dans ce qu'il soutient. Et le rédacteur des Mémoires de Trévoux dit que « M. Amelot de La Houssaye qui, dans le premier article de ses Mémoires historiques, fait le précis de ce qui a été dit de plus fort sur cette dispute semble n'oser décider qui a raison ».
On reconnaîtra, croyons-nous, que la dispute engagée dans cette voie ne pouvait aboutir à une solution historique; celle-ci se trouvait dans le manuscrit du Liber vitœ auquel nous voici ramenés.
IV. Le monastère avant la règle bénédictine. — Le septième quaternion est le plus ancien du manuscrit. Les dix feuillets qui le composaient primitivement reçurent sur les premiers et les derniers qui se tiennent (fol. 32 a-34 b; 43 b; 45 a-47 a) deux nécrologes commencés vers le milieu du ixe siècle et qui, vraisemblablement étaient destinés à recevoir les noms des nonnes et ceux des laïques ou associés. Mais, dès la fin du ixe siècle et pendant le xe, ces deux nécrologes furent tellement criblés d'inscriptions qu'on est fort embarrassé de savoir si le nom se rapporte à la date juxtaposée, ou si cette préoccupation est absente.
Au fol. 35 du quaternion primitif, les indications sont prises des anciens diptyques, dont la forme et la bordure quadrangulaire semblent reproduites par le copiste. Voici ce qu'on lit :
Nomina abbatissarum, quœ in islo loco fuerunt antequam susccpla essel régula sancti Benedicti :
Mactafledis
Erkhendrudis
Sigoberga
Gebedrudis
Seuilla
Ansperga
Ermendrudis
Perpétua
abbatissa abbalissa abbatissa abbatissa abbatissa abbatissa abbatissa abbalissa
Unachila
Huna
Alahlrudis
Ruotheit
Guncia
Plictrudis
Gillrudis
Ymma
abbatissa abbalissa abbatissa abbatissa abbalissa abbatissa abbatissa