‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 246 sur 477 · REMIREMONT '— *|RENAUDOT (EUSÈBE · texte numérisé non relu

REMIREMONT '— *|RENAUDOT (EUSÈBE

in his regionibus constiluta, secundum regulam Sancti Benedicli se vivere fatentur '.

A partir de l'abbesse Thieuthilde nous pouvons cesser notre investigation sur les origines de Remiremont. A cette époque le Liber vitœ a pris soin d'insérer deux fois la liste nominale des religieuses. Un de ces catalogues est plus ancien. Au fur et à mesure que se produisait un décès, on biffait le nom de la défunte. Un jour vint où on jugea utile de rédiger une liste nouvelle, on omit les nonnes décédées et on ajouta les nouvelles venues. Le plus ancien catalogue offre 84 noms, le moins ancien 90; sur celui-ci on traça un Y\[equievit] à côté du nom des défuntes.

VI. Bibliographie. — A. Didier-Laurent, L'abbaye de Remiremont. Contribution à l'histoire critique des cinq premiers siècles de ce monastère, dans Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, t. xlvii, 1897, p. 259-498 ; Le mariage et la donation de saint Bomary, dans Bulletin de la Société philomatique des Vosges (Saint-Dié), t. xxvn, 1901-1902, p. 159-166, 359-361 ; Adalb. Ebner, Der « Liber vitœ » und die Nekrologien von Remiremont in der Bibl. Angelica zu Rom, dans Neues Archiv fur deutsche Geschichtskunde, t. xix, 1896; Mabillon, Lettre de dom Jean Mabillon à un de ses amis touchant le premier institut de l'abbaye de Remiremont, in-4°, Paris, 1687, réimprimée dans Ouvrages posthumes de dom Jean Mabillon et de dom Thierry Ruinart, in-4°, Paris, t. n (1724), p. 70-91.

H. Leclercq.

RENAUDOT (Eusèbe). — I. Biographie. II.

Bibliographie.

I. Biographie. — Eusèbe Renaudot, petit-fils de Théophraste, le célèbre fondateur de la Gazette, naquit à Paris, rue des Petits-Champs, le 22 juillet 1648. L'aïeul et parrain fut anobli l'année suivante et mourut en 1653; le père, nommé Eusèbe, tenait un Journal des principales affaires de ma famille qui nous a conservé d'utiles détails 2 qui nous montrent celle-ci « intelligente, active, habile à faire sa place au soleil, pleine d'initiatives souvent heureuses, bien en cour, persécutée par la jalousie, mais en prenant gaiement et vaillamment son parti; forte par son indépendance et aussi par les auxiliaires influents qu'elle savait se ménager habilement 3 ». Dès l'enfance Eusèbe inspira par son intelligence précoce et sa ténacité de grands espoirs à son père qui le confia aux jésuites du collège de Clermont, d'où il passa au collège d'Harcourt et y soutint ses thèses le 27 juillet 1664. « Mon fils Eusèbe, lit-on dans le Journal, soutint publiquement des thèses de philosophie grecque et latine, en présence de dix-neuf à vingt évêques et archevêques, qui honorèrent l'assemblée des plus célèbres. Cet acte le fit d'autant plus estimer qu'il y soutint en grec avec la même facilité qu'en latin. La dédicace s'en fit à Mgr Harduin de Péréfixe de Beaumont, archevêque de Paris, qu'il harangua, et toute la compagnie, d'une jolie manière, dans un discours qu'il fit à l'entrée de la dispute. Il fut couronné à la fin du magistère des arts *. » Il n'avait, dès lors, pour but que de parfaire ses études et il se tourna vers la congrégation de l'Oratoire, mais sa santé chétive l'en fit sortir et il ne dépassa pas le rang de clerc minoré ; « il resta toute sa vie malingre, souffrant de l'estomac, mélancolique, éprouvant, à certains jours, des crises d'hypocondrie qui rendaient son caractère difficile et lui-même très malheureux 6 >•. Dès sa jeunesse il avait grandi parmi une famille dont les sympathies étaient tournées vers Port-Rbyal et les jansénistes notoires; il ne s'en défendit nullement et subit avec joie l'influence d'Arnauld et de Nicole 6.

1 Labbe, Concilia, t. vu, col. 1277. — * Mémoires de la Société d'histoire de Paris, t. iv, 1877, p. 239-270; Bull, de la' Soc. d'hist. de Paris, t. xv, 1888, p. 89-93. — ' Ant.

'"Déjà, Eusèbe Renaudot passait pour une sorte de prodige et pouvait féliciter le duc d'Albret (Bouillon) de son cardinalat en un poème latin fort ample, avec des épigrammes et autres compositions en grec, chaldaïque, syriaque, hébreu, égyptiaque [copte] et samaritain. Il ajouta bientôt aux langues orientales la connaissance de la plupart des langues de l'Europe. On utilisa son érudition dans le monde des Arnauld et de Bossuet; on lui confia la mission de traduire les pièces du troisième volume de La perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'eucharistie, textes provenant des Églises orientales. La traduction parut en 1674 et révéla au public un jeune savant. L'abbé Renaudot resta attaché à cet ouvrage qui avait reçu les prémices de son activité scientifique. En 1711, il publiait un tome iv sur la foi et la liturgie des Églises d'Orient, et en 1713, un tome v sur la théologie sacramentaire. Il y joignait un recueil de documents émanés de l'Église orthodoxe (1709) et il défendait La Perpétuité contre les attaques de Jean Aymon (1708). Il faut aussi regarder comme sorti de la même inspiration l'ouvrage capital de Renaudot : Lilurgiarum orientalium collectio (1715-1716); VHistoria patriarcharum alexandrinorum jacobitarum se rattache indirectement aux études qu'il dut faire pour documenter La Perpétuité, une des plus vigoureuses ripostes opposées par le xvir3 siècle aux prétentions scientifiques des protestants. Ainsi tout ce qui compte dans cette œuvre mémorable a été la conséquence de l'impulsion donnée par Arnauld et par Bossuet; l'auteur n'a fait que continuer dans ses livres à tenir la place qui lui avait été assignée à ses débuts dans les conférences du « petit concile » de Saint-Germain.

Mais la vie d'Eusèbe Renaudot n'a pas été absorbée tout entière par des travaux d'érudition ; son activité extérieure s'exerça en des sens divers. Colbert et, plus tard, Colbert de Croissy utilisèrent sa connaissance de presque toutes les langues de l'Europe pour lui demander de lourds mais clairs mémoires sur les affaires de Rome, d'Espagne, d'Autriche, de Hollande, de Gênes, de Venise, de Savoie, de Pologne et, principalement, d'Angleterre. On le voit servir d'intermédiaire entre Versailles et la cour de Jacques II, entre ce roi exilé et ses partisans demeurés outre-mer.

Après la mort de son père (1679) qui avait succédé au chef de famille dans la direction de la Gazette, c'est au tour de l'abbé d'exercer les mêmes fonctions, en vertu du « privilège » qu'on se gardait bien de laisser sortir de la famille, « privilège » qui n'était pas sans entraîner, avec un travail considérable, une véritable action politique. Le directeur de la Gazette était l'homme le mieux informé du royaume, et si les ministres ne dédaignaient pas de prendre ses avis, ils faisaient aussi passer par ce canal les nouvelles et les doctrines qu'ils tenaient à répandre. Eusèbe Renaudot a été un de ces nombreux agents secondaires que multipliait la politique française. Il a été surtout mêlé aux affaires anglaises et romaines, aux intrigues où s'égarait la petite cour de Jacques II et aux négociations qui accompagnèrent ou suivirent le conclave d'où sortit le pape Clément XL Son action et son influence en matière diplomatique pourraient faire l'objet de développements qui ne peuvent trouver ici leur place; l'indication suffit.

Déjà, au xvne siècle, le journalisme menait loin son homme et le directeur de la Gazette de France entra en 1688 à l'Académie française, en 1690 à celle des inscriptions et médailles. Sa réputation était grande, et son voyage à Rome (1700-1701) sembla un événe-

Villien, L'abbé Eusèbe Renaudot. Essai sur sa vie et sur son œuvre liturgique, in-12, Paris, 1904, p. 7. — 'Journal, p. 90. — • Villien, op. cit., p. 23. — • Id., ibid., p. 11.

RF.NAUDOT (EUSÈBE)

ment. : sa réputation scientifique y fut consacrée, elle lui a survécu. Était-il savant? Personne n'a songé à le mettre en doute, mais que valait le savant chez Renaudot? Avouons d'abord qu'il s'était agrégé à un parti de tendances jansénistes, traditionnelles et exclusives. Il faut savoir le reconnaître, ce n'était pas de ce côté que devait venir le progrès. Dans le camp opposé, les jésuites soutenaient la cause de la raison et professaient une morale moins rigide mais mieux adaptée à la mesure de l'homme. Si les jésuites procuraient à Richard Simon le privilège d'imprimer VHistoire critique du Vieux Testament, Renaudot faisait appel au bras séculier pour le supprimer. On le voit les positions étaient prises et pas ici seulement. Dans l'affaire des rites chinois les jésuites expliquaient et édulcoraient, Renaudot dénonçait et condamnait, prêtant le concours de sa science d'orientaliste dans des mémoires secrets. Dans la question de la validité des ordinations anglicanes, Renaudot se rangeait au parti qui condamne, il lui serait bien malaisé, depuis certaines décisions récentes, de soutenir toute son argumentation, notamment sur le fait de la consécration épiscopale de Barlow (voir Dictionn. de théol. cathol., t. xi, col. 1154-1193). L'inquisition d'Espagne condamne en 1696 les Acta sanctorum où Papenbroeck (voir ce nom) avait mis en doute les visions de Simon Stock et Renaudot procure le décret à Bossuet qui s'en félicite. Dans des travaux destinés à l'Académie des inscriptions et fort heureusement restés inédits, Renaudot se divertit des millions d'années réclamés par les Égyptiens pour leur histoire; il fait remonter l'astrologie et l'astronomie aux patriarches et à Abraham qui en aurait eu, selon lui, la science infuse. Il proteste que la circoncision n'est pas un rite d'origine étrangère '. Il dérive tous les alphabets et toutes les langues de l'hébreu. Il prétend démontrer l'inutilité de l'épigraphie.

Si l'on passe à ce qui est du domaine propre de Renaudot, les liturgies orientales dont nous parlerons dans un instant, on ne le trouve solide et perspicace que sur un champ limité. Il détruit les prétentions des Maronites à l'orthodoxie. Il révoque en doute les attributions qui font remonter les liturgies orientales à des personnages illustres et anciens. Mais, sur l'âge de ces liturgies, l'opinion de Renaudot n'est pas admissible; il attribue une trop haute antiquité à celles qu'il considère comme fondamentales. Dans les problèmes un peu compliqués, il perd facilement pied, comme à propos de la personnalité du patriarche Gennadius. Enfin," on reconnaît, en le lisant, qu'il a dépouillé les nombreux manuscrits qu'il avait pu rencontrer, mais on se convainc malaisément qu'il ait toujours su reconnaître la meilleure leçon ou la plus ancienne et la plus authentique 2 ». Le vrai mérite de Renaudot est d'avoir recueilli un grand nombre de textes, de les avoir traduits et ainsi de les avoir fait entrer dans le courant de la science. Mérite modeste, mais considérable.

Eusèbe Renaudot a été un érudit et un polyglotte De telles natures sont toujours déconcertées par la critique. Le bourgeois de Paris s'imagine qu'un polyglotte est un grand maître. La science ne consiste pas dans l'entassement des textes et des connaissances, mais dans le jugement et l'usage qu'on en l'ait. C'est toujours, en fin de compte, l'esprit qui est le maître*.

Les années de vieillesse ne furent pas des années de repos. Coup sur coup paraissaient de gros volumes, attestant un labeur considérable. Les dernières années ne furent signalées que par une intervention formelle en faveur du jansénisme. Renaudot prenait plaisir à

1 Cf. Encyclopedia oj religions and ethics, t. m, p. 659-680; The catholic Encyclopedia, t. ni, p. 777; Dictionn., t. m,

passer une partie de son temps chez ses amis de Saint- Germain-des-Prés où il goûtait le charme de l'amitié, de la science et de la piété. En mourant, il légua sa bibliothèque à l'abbaye, mais ses ouvrages manuscrits et ses papiers restèrent entre les mains de son neveu, M. de Verneuil; ils n'entrèrent à la Bibliothèque -qu'en 1798 où ils forment 45 volumes, dont les 26 premiers contiennent les fragments d'ouvrages et papiers liturgiques.

IL Bibliographie. — Il n'est question ici, conformément au dessein du Dictionnaire, que de l'œuvre liturgique de Renaudot; quant à la bibliographie détaillée des ouvrages imprimés on la trouvera dans la Notice biographique par Gros de Boze donnée dans VHistoire de l'Académie des inscriptions, t. v, p. 384- 394, reproduite par Nicéron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de la République des lettres, in-12, Paris, 1727-1745, t. xn, p. 25-41; t. xx, p. 35; dans le Dictionnaire de Moréri et la Nouvelle biographie générale (Didot). M. Ant. Yillien, L'abbé Eusèbe Renaudot. Essai sur sa vie et sur son œuvre liturgique, in-12, Paris, 1904, a donné, p. xi-xiv. une bibliographie à laquelle manquent tous les renvois aux pages des livres qu'il renseigne. H. Omont a publié un I nvenlaire-sommaire des manuscrits de la collection Renaudot conservée à la Bibliothèque nationale, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, t. li, 1890, p. 270-297. A rappeler encore S. Salaville, Eusebii Renaudot dissertatio inedita de liturgiis orienlalibus, in-8°, Roma, 1938.

M. Ant. Villien, op. cit., p. 171-181, a donné une rapide étude sur Les études liturgiques avant Renaudot à laquelle on a pu proposer quelques corrections et précisions (voir Revue d'hist. eccl., t. vi, 1905, p. 411); il a ensuite donné la description des publications liturgiques (p. 182-218), dont voici le titre du tome Ier, paru en 1715 :

Lilurgiarum orientalium colleclio, in qua continentur Liturgiœ Coptitarum très : Basilii, Gregorii Theologi, et Cyrilli Alexandrini, latine conversœ secundum exemplar copticum; quie prius ex arabica earumdem versionc latine translalse fuerant a Victorio Scialach Maronita et Augustœ-Vindelicorum editœ anno MDCIV.

Adjunctee sunl rubricœ riluales ex variis codicibus mss colleclœ, et suis locis appositœ. Earumdem Lilurgiarum contexlus grœcus ex codice grœco-arabico Bibliothecœ Regiœ; priorum duorum nunquam antea editus : tertiœ pridem editus sub titulo liturgiœ sancti Marci, cum versione latina et notis necessariis. Commentarius in Liturgiam copticam sancti Basilii in quo rilus, et omnia ad disciplinam eucharisticam pertinentia explicantur, priecipue ex autoribus orientalibus. Notée breviores in reliquas liturgias.

Prœmitlunlur dissertationes 1res : I. De Liturgiarum orientalium origine et autoritale. II. De Liturgiis alexandrinis. III. De lingua coptica. Tomus primas. Chez J.-B. Avignard, in-4°, 1715.

Voici le titre du tome n, paru en 1716 :

Liturgiarum orientalium Collectio, in qua continentur Jacobitarum, Syrorum liturgise, ex multis codicibus sgriacis latine conversœ; tum liturgiœ Nestorianorum très, ex manuscriplis codicibus pariter latine conversœ. Cum commentario fusiori ad prœcipuas, et notis necessariis ad reliquas. Opéra et studio Eusebii Renaudotii Parisini. Tomus secundus.

A la suite viennent les Théories et idées maitresses de Renaudot en matière de liturgie, p. 219-243, et la Critique de l'œuvre de Renaudot, p. 244-265 ; enfin la Bibliographie des textes traduits par Renaudot, p. 267-281.

H. Leclercq.

col. 1710-1714. — « A. Villien, op. cit., p. 259. — ■ I'. I.ejay, dans Keirne crit., 1904, p. 298.

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