POSTCOMMUNION — POSTE PUBLIQUE ET PRIVÉE
POSTCOIW IVI UNION.— Voir Dictionn., t. xi, col. 674, 696, 701.
POSTE PUBLIQUE ET PRIVÉE
I. Dans l'ancienne Rome. II. Détails d'organisation. III. L'usage de la poste. IV. Les relais. V. En Occident. VI. Chez les Francs. VII. En Orient. VIII. La poste privée. IX. Les postiers. X. Bibliographie.
I. Dans l'ancienne Rome. — Les premières voies romaines, la voie Flaminienne, la voie Appienne sont contemporaines des premières conquêtes du peuple romain dans le pays des Samnites l. Elles avaient une destination stratégique en même temps qu'elles visaient l'intérêt général. Dès cette époque, les fonctionnaires disposaient d'un nombreux personnel d'esclaves et de moyens de transport qui leur permettaient d'entretenir des rapports assidus avec la capitale.
Sous la république, le soin de veiller à l'état des routes était remis aux censeurs nommés pour cinq ans mais qui n'exerçaient leur charge que pendant dixhuit mois ; le reste du temps, la haute main appartenait aux édiles 2. Ce fut sous la dépendance de ces derniers que furent créés successivement, vers l'an 520 de Rome, les quatuorvirs de la Campanie et les décemvirs viis extra Urbem purgandis 3. Le pouvoir des édiles, quant à la police de la voie publique, se maintint sous Auguste; mais alors pour l'Italie on créa, en outre, au profit des personnages consulaires, la fonction de carator de la voie Appienne, Tiburtine, Émilienne, etc. 4. Les curatores remplacèrent les commissions que l'on organisait sous la république pour chaque travail spécial.
Parmi une population guerrière et dédaigneuse des étrangers, les premières communications n'avaient été ni très régulières ni très fréquentes. C'est seulement avec l'extension de la puissance de Rome hors de l'Italie que se répand l'usage des lettres missives, malgré les indiscrétions proverbiales du gouvernement 6. C'est alors un continuel échange de dépêches officielles. En même temps Rome commence à s'encombrer de toutes les richesses extorquées aux provinces par les fermiers des impôts et les proconsuls exploiteurs Les gouverneurs de provinces songent surtout à envoyer à Rome le fruit de leurs exactions, en même temps que dans les pays nouvellement soumis ils créent des routes par le travail des légions et s'assurent les moyens de communication avec la métropole et l'évacuation rapide et sûre de leurs rapines, au moyen de stratores, dont le rôle ressemblait à celui des ordonnances de nos officiers supérieurs 6.
Ces stratores se chargeaient du transport des lettres privées, mais les particuliers se servaient plus souvent des tabellarii publicani ou serviteurs messagers des fermiers des impôts '. Ceux-là étaient répandus dans toutes les bourgades où le fisc exerçait ses droits. On sait que des sociétés, dites vectigalium s'étaient formées entre citoyens romains, presque tous chevaliers, pour prendre à bail les impôts. Ces sociétés avaient dans les grandes villes des magasins considérables; continuellement elles avaient à faire des envois à Rome. Ajoutez que les bénéfices qu'elles faisaient, et les capitaux considérables dont elles disposaient leur permettaient de se livrer à des opérations nombreuses de prêt à intérêt et de change pour lesquelles elles entretenaient des comptoirs dans les plus petites villes.
1 Tite-Live, 1. X,c. xliii; 1. XLl.c. xxvn. — * Tite-Live, 1. XXIX, c. xxxvn; Cicéron, Verr., I, c. l; Frontin, c. vin. — * Dion Cassius, 1. IV, c. xxvi. — ■ * Suétone, Uckwius, c. xxxvn ; Tacite, Annal., 1. III, c. xxxi. — » Piaule, Trim., act. III, se. m, vs. 64, 80. — • Cicéron, Epist., xv, 17, 19; Digeste, 1. I, tit. xvi, 1. 4, n. 1; 1. IV, tit. vi, 1. 10. — ' Cicéron, Ad Alticum, V, xv, 2; De prov. cons., vu, 15. ■ — 8 Suétone, Ottavius, c. xxvn. — * Aristenète, Epist.,
Le mouvement d'affaires nécessita de très bonne heure l'emploi fréquent et continuel de courriers, de tabellarii, en qui l'on pouvait avoir pleine confiance; les particuliers eurent souvent recours à eux pour le transport de leurs dépêches, et surtout dans les temps de guerre civile. On se servait aussi des messagers que les grandes familles entretenaient sur les routes pour communiquer avec les peuples qui s'étaient placés sous leur patronage. Ainsi, sous la république, l'activité privée avait presque seule utilisé les routes. C'étaient des sociétés limitées, des fonctionnaires épars, de simples particuliers qui avaient formé sur tout ce vaste territoire un système de communications. La nécessité chaque jour mieux comprise de rapports réguliers et certains entre les principaux points du territoire romain conduisit, sous l'empire, à une véritable réorganisation du système des transports.
On peut dire qu'Auguste créa les postes. Il établit d'abord sur les routes des relais de coureurs publics chargés de transmettre les dépêches d'une station à une autre. Plus tard, incomplètement satisfait, voulant des informations orales et directes sur l'état de ses armées et l'administration de ses provinces, il décida qu'on construirait sur les routes, de distance en distance, des maisons spacieuses où chevaux et voitures seraient entretenus aux frais de l'État pour servir au transport des courriers venus de toutes les parties de l'empire 8. Ces courriers appelés speculatores, expression synonyme de notre mot « espion », étaient sous les ordres directs du préfet du prétoire *. Ce système de transports organisé pour le service public fut dès le principe et resta toujours à la disposition des seuls personnages officiels10. Pour se servir de la poste impériale, il fallait se munir d'une lettre de transport : evectio, diploma, émanée de l'empereur ou de son préfet du prétoire n, ou d'un des gouverneurs de province, qui avaient toujours un certain nombre de ces lettres en blanc12. Avec cette tendance naturelle à l'homme d'user beaucoup de ce qui ne lui coûte rien, les familiers du préfet du prétoire et des grands dignitaires de l'empire ne se firent pas faute d'user largement des commodités que présentait ce moyen de transport. II fallut augmenter le nombre des voitures, puis des chevaux; les sommes allouées par le trésor public devinrent complètement insuffisantes. Les charges d'entretien durent être alors supportées par les municipes et les cités voisines de la route. Ces charges devinrent écrasantes13, mais dans l'état de détresse où les prodigalités des premiers empereurs mettaient le trésor public, on y fit peu d'attention. On démontra même par des arguments subtils qu'il en devait être ainsi.
Nerva, touché de ces plaintes réitérées, voulut exempter de cette charge les villes d'Italie14; mais le mal était le même sous Trajan. D'autres empereurs1* entreprirent de faire justice, Hadrien notamment, qui fit une loi pour exempter de ces prestations les magistrats des villes. Antonin et Septime Sévère rendirent aussi des décrets pour remédier à cet abus, mais ce furent là des concessions faites afin de se concilier la faveur populaire, les lois restèrent inexécutées. Le trésor impérial était sans cesse réduit aux expédients et les empereurs n'arrivèrent pas à alléger pour les villes le poids de cette servitude. C'est donc un fait établi qu'à cette époque chaque municipe eut à sub-
i, 26; Suétone, Caligula, c. lxiv; Tacite, IJist., 1. II, c. lxxiii. — 10 Pline, Epitt., 1. X, ep. xxxi, c.xxi; Sidoine Apollinaire, Epist., xv. ■ — " Code Théodosien, 1. VIII, tit. \ , De cursu publico. — ■ "Pline, Epist.. X, op. i.\i\, i\\n. — " Plutarque, Galba, c. vin. — " Kckhel, Doclrina nummorum veterum, t. VI, p. 40S. — ,s Spartien, Heilridims, c. vu; Severus, c. xiv; .1. Capitolin, Antoninut,