C. XI, XII
POSTE PUBLIQUE ET PRIVÉE
venir aux dépenses de la poste sur la route voisine. Des rescrits de Maximien et de Dioclétien le prouvent jusqu'à l'évidence l. Sous les empereurs qui succédèrent à Constantin, le service de la poste prit chaque jour une influence plus considérable, et son organisation se développa. Le me siècle est l'époque la plus florissante pour le système postal ; de nombreux textes nous permettent d'entrer dans quelques détails sur cette organisation.
II. Détails d'organisation. — Les maisons de poste, mansiones, mutationes, étaient éloignées l'une de l'autre de 5 et quelquefois de 8 à 9 milles, c'est-à-dire de 12 à 22 kilomètres 2. Dans les mansiones résidait un praepositus, placé à la tête d'un personnel nombreux de postillons, disposant d'un matériel considérable, et ayant aussi souvent une mission de surveillance sur de vastes greniers où s'accumulaient les rations de froment destinées aux troupes de passage. En général, ces maisons étaient situées à une journée de marche les unes des autres. Aussi voit-on le mot mansio employé quelquefois comme synonyme d'un jour de voyage 3. A leur arrivée, les voyageurs y étaient hébergés plus ou moins bien, selon les énonciations de leurs lettres de circulation, tractoriae, sigillum. Ces mansiones étaient souvent de véritables palais destinés aux haltes des empereurs et de leur suite 4. Les mutationes étaient plus petites. On y trouvait seulement des écuries et quelques chambres destinées à recevoir les hôtes. Autant que possible, ces maisons étaient situées à proximité d'une ville ou d'une bourgade. Souvent, elles ne suffisaient pas au logement des voyageurs et surtout des militaires de passage, alors on encombrait les maisons voisines. C'était au gouverneur de la province 6 à restreindre ces sortes d'exactions. Il devait aussi empêcher qu'on se permît des réquisitions sur les paysans en dehors des routes ordinaires.
Les mansiones et les mutationes contenaient pour le service de la poste un nombre considérable de chevaux et, quand les routes étaient en bon état, on arrivait à franchir rapidement de grandes distances, témoin le voyage que fit Constantin s'échappant des mains de Galère, et allant de Nicomédie jusqu'en Bretagne. Il voyagea jour et nuit, usant d'une incroyable célérité, dit Lactance, et prenant soin, pour éviter les poursuites, d'emmener avec lui tous les chevaux de poste 8. A la suite de ce voyage, le service postal dut se trouver passablement désorganisé, si, comme le dit VEpitome de Victor, Constantin fit tuer tous les chevaux de poste qu'il rencontra.
On trouvait dans les stations postales trois espèces de voitures : les rhedae, sorte d'équipage assez lourd, tantôt couvert, tantôt découvert, attelé de huit chevaux dans l'été et de dix dans l'hiver; des carrucae, voiture à l'usage de l'aristocratie, couverte presque toujours, ornée souvent de clous d'or et d'argent, attelée de deux ou quatre chevaux; des birotae, correspondant à nos cabriolets à deux roues, traînés par trois chevaux, ânes ou mulets. Le transport des dépêches se faisait quelquefois à cheval par des veredi.
Les chariots pour le transport des bagages : angariae, cursus clavutares, étaient en général traînés par des bœufs, au nombre de six ou huit, et leur charge était de 1 500 livres ', au maximum.
D'autres voitures plus petites, les carri, ne portaient
1 Code Théodosien, toc. cil. — * Orelli, Inscr., n. 459.
— 'Lactance, De mortibus persecutorum, c. xlv; Pline. Episl., xii, xiv. — * Vopiscus, Aurelianus, c. xxxv. — ' Code Théodosien, 1. V, tit. De ofjicio prœsidis, 1. I. — ' Lactance, De mortib. persec, c. xxiv : nudatus cursus publicus,
— ' Code Théodosien, De cursu publico, 1. 8, 17, 28, 30, 37.
— " Eusèbe, Hist, eccl., 1. X, c. v, n. 23-24; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. il, col. 463. • — * Eusèbe, Vita Constantini,
que 600 livres (la livre romaine pesait environ 350 grammes). De nos jours les voitures de rouliers portent un poids bien plus considérable et leurs dimensions dépassent de loin celles des charrettes romaines. Les propriétaires voisins, même les pauvres coloni étaient astreints à livrer pour le service des transports impériaux leurs charrettes et leur bétail, obligation très onéreuse dans le cas de transport de troupes, lorsqu'il fallait fournir un grand nombre de chevaux et de fourgons : paraveredi et parangariae. Alors ils ne pouvaient se servir de leurs propres voitures pour transporter le plus léger ballot, sous les peines les plus sévères. Ce roulage impérial fut supprimé en Orient par l'empereur Léon.
III. L'usage de la poste. ■ — • Constantin considérant les évêques en qualité de fonctionnaires de l'empire leur donna le droit de faire usage des voitures publiques, et nous les rencontrons pour la première fois en leur qualité de clients de la poste impériale lors du concile d'Arles, en 314 8. La mesure était amplement justifiée du moment où l'empereur imposait un déplacement aussi considérable et, d'ailleurs, les évêques catholiques n'étaient pas seuls à en bénéficier, il en fut de même à l'égard des évêques donatistes. Quelques années plus tard, en 325, même concession à l'occasion du concile de Nicée 9. Constance fera de même lors du concile de Rimini qui réunit plus de quatre cents évêques quibus omnibus annonas et cellaria dari imperator praeceperat10 et il ne manque pas de païens qui blâment ces dépenses11; ce qu'on ne dit pas assez, c'est que les évêques n'ont pas tardé à s'apercevoir des inconvénients de cette libéralité. Lors du concile de Rimini, les évêques des Gaules, de l'Aquitaine et de la Bretagne repoussent l'offre qui leur est faite afin de conserver leur indépendance : Sed id noslris, id est Aquitanis, Gallis et Brilannis, indecens visum : repudiatis flscalibus, propriis cum sumptibus vivere maluerunt 12. C'est qu'en effet, la poste est surtout l'exécutrice du bon plaisir de l'empereur et l'évêque d'Antioche Jean Chrysostome s'en aperçoit bien le jour où le comte d'Orient, d'ordre de l'eunuque Eutrope, signifie à l'évêque de se rendre dans la banlieue, aux Martyria où la rheda publica l'attend et l'emporte, sans autre explication à Constantinople".
On obtient assez facilement l'usage du cursus publicus dès qu'il s'agit d'une mission officielle. C'est ainsi que Sidoine Apollinaire député par ses compatriotes arvernes auprès d'Anthemius est autorisé par celui-ci à faire le voyage en poste14. D'autres obtiennent le même avantage pour des raisons qui semblent moins justifiées, comme c'est le cas pour un individu qui sollicite et obtient le droit d'être voiture auprès de saint Hilarion qui doit, espère-t-il, le délivrer du démon 16. Chacun a son cas intéressant à faire valoir et saint Basile sollicite la faveur de la poste impériale pour le transport d'un cadavre et le retour de la famille 16. Aussi on se plaint, on bougonne et un païen d'esprit rassis, Ammien Marcellin (voir Dictionn., t. x, à ce nom) se plaint de ce que « l'usage continuel des chevaux de service par la foule des prélats qui, dans la pensée de faire triompher chacun ses idées, couraient de synode en synode avait énervé les transports publics » ". Tous ne se montraient pas aussi réservés que les évêques des Gaules, aussi saint Athanase, lui-même, blâme cet abus, sujet de scandale pour
1. III, c. vi; 1. IV, c. xliii. — I0 Sulpice Sévère, Chronicon, 1. II, c. XLi,édit. Halm, p. 94. — "Ammien Marcellin, Hist., XXVII, c. ni. — 12 Sulpice Sévère, op. cit. — ■ "Palladius, Dial., v; Sozomène, Hist. eccl.,\. VIII, c. n. — "Sidoine Apollinaire, Epist., i, 5, édit. Luetjohann, p. 6. — " Vita Hilarionis, c. xxn. — ■ " S. Basile, Epist., cccvi. — " Ammien Marcellin, Hisloria romana, 1. XXI, c. xvi, édit. Gardthausen, t. i, p. 26.
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les catéchumènes et de risée pour les païens l. Vers la deuxième moitié du ive siècle, saint Hilaire de Poitiers reconnaît que le cursus publiais est brisé et comme anéanti : cursusque publiais attritus ad nihilum deducitur 2.
Julien l'Apostat ne se privera pas d'adresser un reproche au préfet du prétoire Mamertin à propos de cette désorganisation due « aux exigences indiscrètes de quelques-uns 3» : Cursum publiaim fatigavit quorumdam immoderata praesumptio et exactionum frequentia. Lui-même ne s'interdit pas d'y prendre part. Au début de son règne, il invite son ancien camarade de l'école d'Athènes, Basile de Césarée, à le venir voir : « Hâtezvous donc d'arriver, lui écrit-il, et usez, comme je vous l'ai dit, du cursus publicus. Vous demeurerez près de moi aussi longtemps qu'il vous plaira, puis je vous promets de vous faire transporter là où vous voudrez4. » A son ami Aétius, rélégué en Pamphylie, il écrit : « Je t'invite à te rendre près de nous. Tu te serviras de la poste publique jusqu'à mon armée avec un cheval de renfort (ou un homme d'escorte) 6.
Celui qui voyageait aux dépens de la poste impériale devait être pourvu d'une pièce officielle qu'on nomme tantôt diploma, tantôt tractoria, qui est un permis ou, comme nous dirions, un passeport. Chez les auteurs chrétiens nous voyons faire usage du mot evectio chez Septime Sévère et Sidoine Apollinaire, ou bien diploma chez saint Jérôme.
L,'evectio de saint Hilaire de Poitiers pour se rendre à Séleucie lui est délivrée per vicarium ac praesidem 6; celle qui est accordée à quatre évêques donatistes mandés au concile d'Arles par Constantin énumère d'abord leurs noms et ensuite celui du personnage à qui elle sera soumise pour être contrôlée, ici c'est Domicius Celsus, vicaire d'Afrique, en d'autres cas ce sont tous agents du cursus '. Tous les bénéficiaires sont nommés avec les gens qui les accompagnent s. Il leur sera permis d'user de chevaux de selle et de montures de supplément. Dans certains cas, on prévoit un cheval de charge pour le bagage. Dans d'autres cas, les voyageurs auront droit à l'annonaria pour eux et pour leurs montures. La formule d'une tractoria, conservée jusqu'à nous, présente une liste de provisions alimentaires : Panes tôt, vini mod. tôt, cervisiae mod. tôt, lardi libr. tôt, carnis tôt, porci tôt, porcelli tôt, verveces tôt, agni lot, anseres tôt, phasiani tôt. pulli lot, ova tôt, idei libr. tôt, gari lib. toi, mellis tôt, aceti toi, cumini tôt, piperis lot, costi tôt, caryophylli tôt, spicae tôt, cinnamomi tôt, grani maslicis tôt, dactylae tôt, pistaciae tôt, amygdalae tôt, cerea lib. tôt, salis lot, olerum leguminum carra lot, faculac tôt, pabul. equorum carra tôt '. Ainsi qu'on l'a dit, l'on trouverait difficilement dans un de nos modernes buffets de gare un menu aussi varié10. Remarquons que le bénéficiaire de Vevectio peut exiger sans retard, sine mora, qu'aux lieux fixés sur l'itinéraire, in locis solitis, les mets indiqués soient mis à sa disposition. Et le voyageur peut emmener avec lui le personnel jugé convenable à son rang, secrétaires, serviteurs, escorte. On peut s'en faire une juste idée en voyant l'appareil qui entoure Étheria (voir Dictionn., t. v, col. 572).
IV. Les relais. ■ — ■ D'une mansio à la mansio suivante, nous venons de dire qu'on ménageait des étapes afin d'accélérer le voyage en réservant des montures
1 De sgnodis, n, P. G., t. xxvi, col. 684. — * S. Hilaire, Fragmenta, III, 25. — ' Code Tkéodosien, 1. VIII, tit. v, 1. 12. — l S. Basile, Epist., xxxix. — » P. Allard, Julien l'Apostat, in-8», Paiis, 1910, t. n, p. 291. — • Sulpice Sévère, Chronicon, 1. II, c. XLII, édit. Ilnlm, p. 95. — ' Baronius, Annales, ad ann. 311, n. 48. — 8 Id., ibid., n. 70 — • Id., ibid., n. 48; I Iefele-Leclercq, Ilist. des conciles, 1. 1, 1" part., p. 407, n. 3. — ■ 10 D. Gorce, Les voyages... dans le monde chrétien des IVe et V' siècles, in-12, Paris, 1925, p. 54;
fraîches; ces étapes étaient installées dans des localités de moindre importance, généralement à proximité d'une source, c'étaient les mutationes ou relais pourvus de locaux suffisants pour les gardiens, les serviteurs, les postillons. Le nombre de relais entre deux mansiones était variable. Sur l' Ilinerarium Burdigalense, en 333, on compte entre Bordeaux et Arles trente mutationes pour onze mansiones seulement; d'Arles à Milan, soixante-trois mutationes pour vingt-deux mansiones; de Milan à Aquilée vingt-quatre mutationes pour neuf mansiones. Pour le reste du voyage le nombre des mutationes continue à l'emporter sur celui des mansiones. Les intervalles ne sont pas constants, le plus souvent c'est 5, 6, 7, 8 milles, parfois 15, 16 et même 18.
En ce qui concerne la traversée de la Gaule, on voit que les distances s'allongent : 1° au moment de la rencontre des fleuves. 11 y a 12 milles entre Elusa (Éauze) et la mutatio Vanesia (passage de la Baise à Saint-Jean-Pont-de-Gers)11; 16 milles de Narbonne à Béziers (passage de l'Orb)12, 18 milles de la mansio Cessarone (Saint-Thibéry, Hérault) à la mutatio Foro Domiti (Montbazin, Hérault, traversée de l'Hérault)13; 2° au moment de l'ascension des montagnes. Il y a 16 milles de la mansio Hebriduno (Embrun) à la mutatio Rame (Rame, commune de Champcella, Hautes- Alpes); 17 milles de la mutatio Rame, à la mansio Byrigantum (Briançon) l*.
Passons sur un autre point. Entre Tripoli et Béryte ( = Beyrouth) on comptait trois mutationes, deux entre Tyr et Ptolémaïs, une mutatio entre Scythopolis et Naplouse. Ici aussi les distances sont variables, mais celle qu'on rencontre le plus souvent est de 12 milles romains, et le chiffre le plus fréquent entre une mansio et la première mutatio qui suit est de 9 milles. Ce chiffre reparaît dans les appellations de Ad Nonum et de xo ëvva-rov appliquées à certaines agglomérations dotées du premier relais ou même issues de ce premier relais. Reprenons notre Itinerarium Burdigalense et nous y lisons ceci : Civilas Tholosa... mutatio ad Nonum, mil. vi ni"; mutatio ad Nonum... civitas Altino.mil. nui1'; Civilas Viminatio... mutatio ad Nonum, mil. VIIII"; Civitas Sarepla... mutatio ad Nonum, mil. vimu; mutatio ad Nano... in urbe Roma mil. vilil1'; Civitas Lande. ..mutatio ad Nonum, mil. vim-a.
La ville d'Alexandrie d'Egypte avait aussi sa mutatio ad Nonum, son to evvaxov et là s'élevait un monastère dont parle Jean Mosch, dans le Pré spirituel (c. clxxxiv), et on a relevé d'autres exemples41. Si on se reporte à la carte-mosaïque de Madaba (voir Dictionn., t. x, à ce nom) on y verra à proximité de Jérusalem deux mutationes appelées : TO TETAPTON et TO CNN/s [TON], quant à la localisation de ce dernier point, l'accord n'existe pas entre archéologues locaux *».
V. En Occident. — Ce qui pouvait subsister de l'institution sous le bas-Empire devait être singulièrement désorganisé, cependant il faut signaler une mention du droit d'eveclio en 458, sous Majorien *> : un gouverneur ne peut délivrer de mandat, et ne doit, lorsqu'il visite une autre cité, employer pour lui-même plus d'un chariot (angaria) et deux paraveredi et une autre angaria pour son o(ficium (voir ce mot).
Le service postal subsistait encore en Italie et en
cf. p. 261. — " Itinerarium Burdigalense, édit. Geyer, p. 3.
— "Ibid., p. 4 uIbid„ p. 4. — "Ibid., p. 6. - "Ibid.,
p.4. — uIbid.,p. 7. — " Ibid., p. 10. — » Ibid., p. 1S.
" Ibid., p. 30. — " Ibid., p. 32. — !1 F.-M. Abel, I*o Ennaion, dans Oriens clwistiuiuis, nnuv. série, t. i, 1911, p. 77-S2.
— "Germer-Durand, La carte mosaïque de Madaba, 1897; Scluilten, Die Mosaïkkarte von Madaba, p. 10; F.-M, Abel, dans Oriens clvistianus, nouv. série, t. 1, 1911, p. 90-91.
— "Novelle VII, 13.
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Afrique où les Vandales le réorg. misèrent l. « Les courriers officiels gardèrent leur ancien titre et les droits de fonctionnaires publics pour transmettre les ordres du roi; il y avait dans chaque ville des agents chargés d'entretenir et de fournir les chevaux de l'État et tout ce service fonctionna très régulièrement jusqu'à la destruction du royaume des Vandales en 533. Mais il dut disparaître après la destruction de la domination byzantine en Afrique.
« Malgré la chute de l'empire d'Occident en 476, le cursus publicus se maintint sous le règne d'Odoacre et surtout de Théodoric, roi des Ostrogoths en 493. Ce prince s'efforça de remettre en vigueur le régime postal, tout en soulr géant le peuple, ainsi que cela résulte de plusieurs lettres de Cassiodore : c'est ainsi qu'il fut interdit d'employer les chevaux de poste à un usage privé, de dépasser les limites jadis fixées pour le nombre et la charge des animaux attelés, ou d'user de la poste sans evectio, et cependant les cités étaient encore accablées de ce fardeau et se plaignaient au prince qui voulait régulariser le service. Il est probable que, dans le royaume burgonde établi depuis 414, et dans le royaume wisigoth, détaché de l'empire depuis 419, les conquérants durent utiliser aussi le cursus publicus. Le Bréviaire d'Alai ic, publié en 50G, renferme nombre de constitutions relatives au cursus pu blicus2.»
VI. Chez les Francs. — ■ Au vme siècle, les voies romaines existent encore et un certain nombre d'entre elles rendent bon service. On les retrouve mentionnées dans les textes de l'époque sous les noms de slrata et strata publica par lesquels elles se distinguent des simples chemins, viae vicinales. Les diplômes du vie et du vne siècle continuent à les mentionner 3. La poste romaine elle-même n'a pas entièrement disparu, elle a gardé son nom A' evectio publica comme au temps des Romains. Grégoire de Tours en parle ainsi 4 : Rex... pueris destinatis cum evectione publica qui res ejus per loca singula deberent capere. Mais les gouvernements barbares négligeaient l'entretien des voies romaines, laissaient tomber en ruines les stations, les relais, ne se préoccupaient pas des chevaux de poste (verédi), en sorte que la poste se trouva réduite à user des chevaux et des chariots de réquisition, paraveredi et parangariae. Cependant tout n'avait pas sombré puisqu'on lit dans les formules de Marculfe des modèles de permis ou tractoriae (1. I, n. 11) pour les envoyés publics, avec indication complète de ce qui doit être fourni au porteur, notamment pour les vivres. En 716, Chilpéric II concède encore une evectio à l'abbaye de Corbie 6. Les particuliers voyageaient beaucoup. On est frappé quand on lit les Vies des saints mérovingiens, de la facilité des déplacements. Voyez les nombreux voyages de saint Germain, évêque de Paris, ceux de saint Dumnolus, évêque du Mans, ceux de saint Éloi et de saint Colomban, et toute la vie errante de Venance Fortunat et les nombreux pèlerins qui traversaient la Gaule pour faire leurs dévotions au tombeau de saint Martin de Tours ou de saint Hilaire de Poitiers, et les
1 Hudemann, Dos Postwesen der rôm. Kaiserzeit, 3e édit., p. 19, 50, 51 ; Papencordt, Geschichte der Vandalen, p. 264. — 2 Humbert, dans Dictionn. des antiq. gr. et rom., t. i, p. 1650. — 'Pardessus, Diplomata, chartse, n. 111 (?), n. 247, en 629; n. 363, en 670; Formulée Merkelienœ, n. 3, dans E. de Bozière, Recueil, n. 205; Victor de Vite, Hist. Vandal. persec., 1. I, c. i; Paul Diacre, Hist. Langobard., 1. V, c. xvn; Capitul. de 793, art. 20, dans Baluze, Capit. reg. Francor., t. i, p. 546; Lex Burgundionum, xxvn, 3; Lex romand Burgundionum, xvn, 1; Vita S. Ausberti, dans Mabillon, Acta sanct. ord. S. Bened., t. n, col. 1061. — ' Grégoire de Tours, Hist. Franc., 1. IX, c. ix; cf. Sidoine Apollinaire, Epist., 1. V, ep. xx; Cassiodore, Hist. trip., I. V, c. v; 1. VI, c. m. — 'Bréquigny, Diplomata, p. 411. ■ — 'Grégoire de Tours, Hist. Franc., 1. III, c. xxvm; 1. IV, c. xxi; 1. V, c. vi;
relations continu' lies des évêques avec le siège de Rome (voir Dictionn., t. xiv, au mot Pèlerinage)6. Grégoire de Tours nous montre maintes fois des hommes qui traversent le royaume et qui paraissent le traverser assez rapidement. Les fonctionnaires royaux pircoureient incessamment le piys. Les armées avec leur atlir il de lourdes voitures se tri importaient assez vite d'un bout du royaume à l'autre. Tout cela prouve qu'il existait un réseau de grandes routes, et un dét; il fourni par Grégoire de Tours montre que même dans la saison des pluies ces roules étaient praticables '. Enfin Char le magne et Louis le Débonnaire s'efforcent encore de restaurer le cursus publicus en Occident 8.
VIL En Orient. — Dans l'empire d'Orient l'org.inisation postale s'était maintenue régulièrement, et les empereurs av; iont continué à légiférer à son sujet. Néanmoins tout ne fut pas admis élans le Code Juslinien; c'est rinsi qu'il 1; issa tomber les constitutions 1, 4, 5, 6, 7, 9 à 13, 15, 16 à 21, 24, 26 à 31, 35 à 39, 42, 43 à 46, 48, 49, 50, 54, 55, 56, 59, 61, 62, 63, 65 du titre correspondant du Code Théodosien. En outre, les compilateurs du Code Justinien ne se firent p is f mte d'interpréter les constitutions mi intenues ; il leur est même anivé de décomposer une constitution en deux lois différentes, p ir exemple : Code Théodosien, 40, devint Code Justinien, 8 et 9. L'étude des p'incipaux textes montre que Justinien maintint en principe, dans l'empire d'Orient, le système de la poste publique et rétablit l'envoi des inspecteurs ou curiosi cursus publici. De plus, Justinien fit reproduire élans sen Code les constitutions du Coele Théodosien concernant les charges relatives aux fournitures de fourrage, à la construction et à l'entretien des écuries; il est vrai que les provinciaux obtiendront en compensation le fumier des écuries.
VIII. La poste privée. — L'Etat ne prenait à sa charge que la transmission eles messages officiels, il ne se prêtait aucunement à servir la correspondance privée; ce n'est guère que par ruse qu'un particulier pouvait glisser un paejuet élans la valise qui ne devait pas les recevoir; saint Basile ne s'en prive pas à l'occasion9, ni saint Jérôme10. Malgré tout, c'est là une mesure exceptionnelle et le plus sûr moyen aueiuel on peut recourir est d'employer eles gens de métier qu'on désigne sous les noms de bajuL u, porlilores '-, perlatores 13 et principalement lubellurii 14, un mot qui évoque des usages depuis longtemps dépassés. « Ces peuples grossiers de l'Italie, explitme saint Jérôme, qu'Ennius appelle Casci, et qui, au dire de Cicéron, dans ses traités sur la rhétorique, cherchaient leur nourriture à la manière des bêtes, employaient, avant que le papyrus et le parchemin fussent en usage, ou bien des tablettes de bois bien polies, ou des écorces d'arbre, pour s'écrire. De là le nom de tabellarii elonné à ceux qui portaient ces lettres 15. »
Nous voyons que c'est l'usage adopté par saint Paulin, par Ausone, par Sulpice Sévère; mais c'est là
1. VIII, c. xvi ; Miracula S. Martini, 1. I, c. xn, xxv; De gloria confessorum, c. lxxix; Hist. Franc, 1. VIII, c. xxi. — ' Grégoire de Tours, Hist. Franc, 1. X, c. xix. — " Capitulaire d'Aix-la-Chapelle, mai 825, dans Baluze, Capitularia regum Francororum; Guérard, Polyptyque d'Irminon, t. i, p. 814. — »S. Basile, Epist., ccxv. — 10 S. Jéiôme, Epist., cxvui, 1; édit. Hilberg, t. n, p. 434-435. — 11 Id., Epist., xv, 5, t. i, p. 67. — '2 Id., Epist., lxviii, 2, t. i, p. 678. — 13S. Augustin, Epist., clxxxvi, 1; cxlix, 2; ccxxn, 3. — 14S. Jérôme, Epist. vm; xxxiii, 1; xxxv, 1, édit. Hilberg, t. i, p. 32, 252, 265; S. Paulin de Noie, Epistolae, xvi, 1; xxn, 1, édit. Hartel, t. i, p. 115, 154; Sidoine Apollinaire, Epistolae, vu, 2; vin, 9; ix, édit. Luetjoliann, p. 105, 135, 151, 152. — " S. Jérôme, Epistola, vm, édit. Hilberg, t. i, p. 32.
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un luxe que les riches seuls ont le moyen de se permettre; ceux qui le sont moins ou pas du tout saisissent des occasions fortuites ainsi que nous l'avons vu en publiant quelques correspondances privées (voir Diclionn., t. xm, au mot Papyrus). Le clergé trouve ainsi parmi les fidèles qui l'entourent quelqu'un disposé à se mettre en route soit pour affaires soit pour tout autre motif et qui, volontiers, se chargera de remettre une lettre à son adresse. Cependant tel n'est pas le cas à Césarée de Cappadoce où saint Basile est mal secondé; ses diocésains ne sont ni voyageurs, ni excursionnistes, ni bien complaisants et n'aiment pas à quitter leur ville '; mais cette situation est exceptionnelle. Au reste, faute de gens de bonne volonté, on pouvait donner un ordre et c'est ce que nous voyons. Dans les rangs du clergé inférieur un évêque ne manquait pas de clercs prêts à se mettre en chemin et s'il en manquait, c'était chose toute simple : saint Cyprien n'ayant personne sous la main pour emporter une lettre à Rome, ordonna lecteur et sous-diacre Saturus et Optatus qui se mirent en route 2.
Pareille mesure ne se fût peut-être pas reproduite au ive siècle, cependant on voit encore des lecteurs et des sous-diacres qui font le service de courriers, ce sont Astérius que saint Jérôme envoie à saint Augustin 3 et Amachius qui se rend de Noie à Primuliac 4. D'Hippone, on voit saint Augustin envoyer un acolyte *, mais ce sont surtout les diacres qui sont d'intrépides et infatigables courriers et les prêtres sont tout aussi disposés à rivaliser avec eux. Les moines ne sont pas les derniers à se mettre en route et non seulement pour leurs affaires, mais pour celles des évêques. On a vu saint Basile renoncer à secouer l'esprit casanier des moines Pallade et Innocent qui vivent du travail de leurs mains et hésitent à s'absenter trop longtemps6; mais il en est d'autres et il en use. « J'ai bien reçu votre aimable lettre, écrit-il à son collègue Théophile, mais j'ai attendu pour y répondre de trouver une personne qui puisse, si besoin est, vous documenter sur ce que j'aurai oublié de vous dire. Or, voici que Stratège, que son esprit religieux rend si sympathique, est venu s'offrir à porter ma réponse '. » Des courriers de cette qualité sont gens à qui on peut se confier et dont la visite double l'intérêt de la lettre. Et si la lettre se perd ils en reconstituent la substance, ce qui autorise quelques doutes sur leur discrétion 8.
Il est facile de se rendre compte que rien au monde ne devait être plus irrégulier que la poste privée. Certains lieux sont inabordables, par exemple Cucuse où fut relégué saint Jean Chrysostome; il n'est pas de tabellarius qui consente à s'aventurer dans une région tellement sauvage. D'autres, pour n'être pas « relégués », sont tout aussi inaccessibles, ce qui est le cas de l'évêque de Colonia, en Arménie, un ami de saint Basile ". Les plus favorisés le sont encore assez peu. Entre Noie et Hippone les voyages sont longs et, par conséquent rares; combien en fait-on par an? Un, deux peut-être, car l'hiver interrompt les rapports, rendant la traversée ou la marche impossibles10. Et ceux-ci habitent des régions relativement rapprochées et bien desservies, tous n'en sont pas là. « L'hiver qui s'est prolongé plus que de coutume, écrit saint Basile à Théodote, évêque de Nicopolis, m'a privé de la satisfaction du courrier11 »; saint Jean Chrysostome s'excuse de la rareté de ses lettres sur la difficulté des chemins, les rigueurs de la saison et la pénurie des voyageurs12.
'S. IJasile, Epist., CXCVIII, 1. — * S. Cyprien, Epist., xxiv. — 3 S. .Jérôme, Epist., cil, 1, t. II, p. 234. — ' S. Paulin, Epist., xvn, 3. — 'S.Augustin, Epist., CX.cn, 1 ; exciv. — •S. Basile, Epist., ceux.— 'S. Basile, Epist., cc.xLV. — "S. Paulin, C.urin., xxiv, vs. 12.") sq., édit. llartcl, t. Il, p. 220. ' S. Basile, Epist., CXCV.
- "> S. Paulin, Epist.,
Même ceux qui en ont les moyens et qui se trouvent à des distances modérées ne peuvent correspondre assidûment, selon leur désir. Paulin, pendant son séjour en Espagne, a été trois ans sans recevoir une lettre d'Ausone; et sera deux ans à Noie sans lire un seul billet venu de Primuliac.
Il est vrai qu'on n'a pas que les courriers payés, on peut recourir aux voyageurs et ceux-ci sont nombreux, mais pas assez pour satisfaire l'impatience de ceux qui se morfondent sans nouvelles. De Cucuse, saint Jean Chrysostome écrit à l'évêque Théophile : « Vous nous avez bien vite oublié et vous ajoutez au chagrin de votre départ celui de votre silence de tous les jours. N'objectez pas qu'il y a trop peu de temps que vous êtes parti : il s'est écoulé assez de jours pour qu'un voyageur ait pu venir vers moi. D'autant qu'après votre départ bien des gens sont passés ici13. »
A cet égard, saint Jérôme est plus favorisé et les pèlerins de Terre sainte, au temps de Pâques, lui apportent toujours quelques lettres; clercs ou laïques ont la curiosité de voir le grand et farouche solitaire, de l'approcher et de l'entretenir quelques instants.
IX. Les postiers. — Il y en a de toute espèce; ce sont gens qui savent qu'on les attend, qu'on les désire, qu'on a besoin d'eux et qui sont parfois intraitables. A peine arrivés, ils veulent repartir presque sans donner le délai nécessaire à la réponse. Et on a envie de se demander qui les presse si fort. Saint Jérôme reçoit de la Gaule une lettre et il répond à ses deux correspondantes : « C'est à la hâte et en une courte veillée, que, pour satisfaire au désir de celui qui me les demandait, j'ai dicté ces pages : car il était là qui frappait à ma porte le matin même du jour où il devait partir11. » Et le cas est fréquent; on ne croyait pas les anciens tellement pressés. Il semble que la raison invoquée est toujours la même; comme, de nos jours, on dirait « je vais manquer mon train », on fait valoir alors le départ d'un bateau. Saint Augustin écrit à saint Paulin de Noie : « Je vous avoue que je me suis pressé. Je pensais que Celsus resterait quelques jours encore près de moi. Mais il a trouvé tout à coup une occasion favorable de s'embarquer et il est venu m'avertir cette nuit seulement qu'il partait le lendemain15 », et saint Paulin le prévient qu'il a dû être bref parce que « celui qui va emporter la lettre court au bateau »18, ad navem currente litterarum perlatore. Mais il est cependant difficile de prendre toujours cela au sérieux, par exemple lorsque saint Jérôme, écrivant dans sa cellule de Bethléem, un traité destiné à Fabiola s'excuse d'abréger les explications parce que « le câble qui retient le bateau au rivage est déjà délié, et que les appels des marins, pour convoquer les passagers se font de plus en plus pressants » " !
Si le postier est un clerc il a la ressource d'invoquer pour justilier la hâte du départ, les occupations qui l'attendent et on veut bien, parfois s'en édifier. < J'aime, écrit saint Ambroise, ces prêtres ou ces diacres qui, lorsqu'ils vont porter des commissions quelque part, ne peuvent supporter longtemps d'être privés de l'exercice de leur ministère. »18 Et cependant on leur fait grand accueil, ce dont ils devraient se sentir flattés, ...ou gênés. Car n'y a-t-il pas une pointe de malice dans la bienveillance qu'on témoigne à des postiers, gens un peu frustes, et la pensée de s'amuser de leur embarras. Le sénateur Sidoine Apollinaire se réjouit à l'idée qu'il se fait d'avance de voir « comment
XXIII, 2; édit. Hartol, 1. 1, p. 159. — » S. Basile, Epist., cxxi. ■ — u S. Jean Chrysostome, Epist., xlvi.- — u Ed., Epist., lix.
— 14S. Jérôme, Epist., c.xvii, 12, édit. Ililberg, t. n, p. 431.
— ls S. Augustin, Epist., lxxx, 1. — "S. Paulin, Epist.. i., 1.
— " S. Jérôme, Epist., lxiv, 22, édit. Ililberg, t. i, p. 615.
— " S. Ambroise, Epist., i.xxxv, 2.
POSTE PUBLini'E ET PRIVÉE — POTERIE
pour le brave homme qu'il envoie et qui n'est pas plaisant à l'excès, tout sera nouveau lorsqu'on l'invitera, lui, pèlerin, à loger dans la maison; lui, tout timide, à partager la causerie ; lui, paysan, à se mêler à la gaieté commune; lui, pauvre, à s'asseoir à table. Lui qui a vécu parmi des gens gorgés d'oignons, régal souverain pour eux, il se verra traité avec autant de politesse que s'il se fût toujours trouvé au milieu des plus délicats l. »
Parmi les postiers il s'en rencontre de frustes comme celui qu'on vient d'entrevoir, mais il s'en trouve d'autres d'une probité si douteuse qu'on hésite à leur confier une lettre qu'ils égarent sans qu'on arrive à les en convaincre. Saint Jérôme écrit au diacre Julien : « Vous me dites que je ne vous écris pas et vous me relancez. Si je vous dis : Je vous écris souvent, mais les porteurs ont été négligents, vous me répondrez : C'est là un vieil argument de la part de ceux qui sont paresseux à écrire. Si je vous dis : Je n'ai trouvé personne pour la porter, vous me direz que vous en connaissez plusieurs, ils diront que ce n'est pas vrai, pour ne pas dire qu'ils ne les ont pas remises au destinataire 2 ».
Il y a des postiers qui s'attardent le long des chemins, il y a en d'autres qui craignent de s'aventurer dans les régions trop solitaires, d'autres qui s'attardent dans les villes et se font dépouiller de leur sac; enfin il y a la catégorie de ceux qui violent le secret du message à eux confié3. Contre ces derniers on a recours à divers procédés, notamment l'encre sympathique : Ausone avertit Paulin d'écrire « avec du lait; le papier, en séchant, conservera les caractères toujours invisibles, la cendre chaude les fera reparaître 4 », et voici qui est plus ingénieux : « Inspirez-vous de la scytale lacédémonienne, roulez des bandes étroites de parchemin autour d'un bâton cylindrique; écrivez votre lettre sur toute sa longueur. Les bandes détachées n'offriront plus que des signes confus, incohérents, si elles ne sont adaptées à un cylindre d'une égale grosseur 6 »; enfin, on peut recourir à l'emploi de l'écriture chiffrée (voir Diclionn., t. i, col. 1259-1260) ou à l'usage de la cire et du sceau : « Je vous envoie une lettre scellée, écrit Ausone à Paulin, car vous pourriez prendre mon messager pour un imposteur s'il ne se présentait sous la foi de mon sceau 6. »
Malgré ces précautions, des lettres se perdent ou n'atteignent le destinataire qu'avec des retards excessifs. Saint Augustin attend huit mois une réponse ', ou bien il reste sans nouvelles de saint Paulin pendant deux ans 8 et il en est à peu près de même avec saint Jérôme à qui il écrit : « Rien ne m'est plus pénible, dans les difficultés que je rencontre en lisant les Écritures, que la pensée de vous savoir si loin. C'est à peine si je puis vous envoyer mes lettres et recevoir les autres par intervalles, je ne dis pas de jours ou de mois, mais quelquefois d'années9 : ...per inlervalla, non dierum, non mensium, sed aliquot annorum ». Telle lettre d'Augustin à Jérôme met cinq ans à atteindre le destinataire qui n'en a pas la primeur et bougonne : « Je vous en prie, veillez à ce que désormais, quand vous m'écrirez, je sois le premier à recevoir vos lettres10. »
On n'a pas toujours le choix d'un bon postier, mais il faut avouer que Sulpice Sévère a fait un choix malheureux lorsqu'il a envoyé ses lettres à Noie par un certain Marracinus qui a des vêtements et des façons de charlatan, ce qui suggère à Paulin un essai de règlement auquel il est douteux que les postiers aient consenti à se soumettre : « Qu'ils portent les lettres
1 Sidoine Apollinaire, Epist., iv, 7, édit. Luetjohann, p. 59. — 2 S. Jérôme, Epist., vi, 1, édit. Hilberg, t. i, p. 24, — • 3 S. Basile, Epist., clxxiii. — 4 Ausone, Epist., xxm, vs. 21 sq. — 6 Id., ibid. — • Id., Epist., xxn, 1. — 'S. Au-
sans s'enorgueillir des couleurs de leurs habits, et avec l'humilité que leur prescrivent les cilices dont leurs corps sont hérissés... Que la courte chlamyde ne brille point sur leurs épaules, qu'ils aient un manteau fait de drap grossier, que le baudrier ne ceigne pas leurs reins, qu'ils n'aient qu'une corde pour ceinture... Que de longues touffes de cheveux ne flottent point impudemment sur leurs fronts; que leurs chefs soient tondus; qu'ils préfèrent la chaste difformité d'une tête rasée jusqu'à la peau aux honteux ajustements de la vanité; que leurs barbes soient inégalement et à moitié rasées, leurs fronts entièrement découverts... Qu'ils soient ornés sans affectation de l'éclat de la pureté, décemment désordonnés et honorablement méprisés; qu'ils préfèrent la beauté de l'âme aux grâces extérieures du corps; qu'ils s'étudient à paraître difformes, à rendre, avec prudence, leurs visages désagréables à voir, tout en travaillant sagement à la perfection de leurs âmes ll. »
Ce qui est surprenant, c'est qu'il découvre des postiers de cette catégorie, ce sont Cardamas, un vieil acteur en retraite, Sorianus et Victor, la merveille I21
Cardamas est infatigable et, presque chaque année, franchit la distance de Bordeaux à Noie, malgré les difficultés et les dangers des mauvais chemins, porteur des lettres de Durand et de Delphin de Bordeaux. Victor est le courrier pédestre, veredarius pedes, le coursier bipède, veredarius bipes, Sorianus vit en moine et leur arrivée à Noie est attendue des moines qu'ils édifient par leur austérité et distraient par leurs récits. Le postier Victor fait même figure de personnage. Paulin écoute ses réparties, admire ses conversations spirituelles, l'interroge à l'occasion sur tel ou tel détail de construction pour ses basiliques.
Cardamas, jadis « bon vivant », se met au régime monastique sans broncher, même en carême; il jeûne et sait se priver de boisson. Victor n'a pour vêtement qu'une peau de mouton et toujours sur les routes. Parti de Primuliac pour Noie il a rencontré son frère Postumianus à Narbonne et l'a ramené à Primuliac d'où Sévère l'a renvoyé de nouveau à Noie et il en repart après un séjour de près d'un an imposé par une crise de rhumatismes et chargé d'un paquet de lettres. « Quelques-unes sont fort courtes, écrit Paulin; toujours debout à la porte pour partir, Victor ne me permit pas de leur donner plus d'étendue; mais, lorsque je fus convaincu qu'il serait obligé de prolonger son séjour, j'eus assez de tranquillité d'esprit et de loisir pour en écrire de plus longues 13. »
X. Bibliographie. — A. Belloc, Les postes françaises, recherches historiques sur leur origine, leur développement, leur législation, in-8°, Paris, 1886. — E. Desjardins, Les tabellarii, in-8°, Paris, 1800. — D. Gorce, Les voyages, l'hospitalité et le port des lettres dans le monde chrétien des IVe et Ve siècles, in-8°, Paris, 1925, p. 193, 248. — L. Maury, Les postes romaines, étude précédée d'une notice historique sur l'origine et l'organisation du service des postes chez différents peuples anciens et modernes, in-8°, Paris, 1890. — J. Naudet, De l'administration des postes chez les Romains, dans Mémoires de l'Acad. des inscr. et belles-lettres, t. xxm, 2e part., 1858. — A. de Rothschild, Histoire de la poste aux lettres depuis ses origines les plus anciennes jusqu'à nos jours, in-18, Paris, 1874.
H. Leclercq.
POTERIE. — I. Poterie commune. IL Types généraux. III. Types barbares. IV. Usage domestique et funéraire. V. Poteries chrétiennes : Gaule et Afrique.
gustin, Epist., civ, 1. — ■ 8 Id., Epist., xlv, 1. — • Id., Epist., clxvi, 1. — 10 S. Jérôme, Epist., cv, 5, édit. Hilberg, t. il, p. 246. — " S. Paulin, Epist., xxn, 2. — 12Id., Epist., xxm. — ,3 S. Paulin, Epist., xxvm, xxxii, XLIII.
POTERIE
I. Poterie commune. — Il en est de la poterie comme de plusieurs productions des arts industriels dont la matière a peu de valeur, on ne leur a accordé d'attention qu'à raison de leur forme ou de leur décoration exceptionnelles. La terre, le plomb, le fer ont longtemps semblé indignes de l'attention des artistes, des archéologues et des collectionneurs; lorsqu'enfîn on s'est penché vers ces substances dédaignées on s'est aperçu que des produits vulgaires pouvaient offrir plus qu'un intérêt quelconque, mais des éléments d'information historique utiles à l'étude de la civilisation générale. Quand on y a songé, le mal était fait et sans remède; qui pourra jamais dire la quantité innombrable de vases trouvés dans les tombeaux et brisés sur l'heure avec cette espèce de joie sadique que met l'homme à détruire ce que le temps a épargné. Ce n'est guère que depuis le milieu du xixe siècle que les amis de l'antiquité se sont imposé le devoir de rassembler les moindres débris d'un art grossier et de leur ménager un traitement aussi respectueux, des interrogations aussi ingénieuses que leurs prédécesseurs réservaient à un art aristocratique et conventionnel l. On semble dire une contre-vérité en avançant que la poterie commune est plus instructive que la poterie artistique, et c'est elle cependant qui nous fait pénétrer plus avant dans le secret de la vie domestique de nos ancêtres à qui, pendant leur vie, elle était d'un usage quotidien, général et indispensable 2.
II. Types généraux. — Les nécropoles africaines n'ont pas été moins abondantes en poteries communes que celles de la Gaule, on y a recueilli à profusion amphorae, ampullae, ollae ossuariae, la plupart du temps intactes ou d'une restitution facile. Rarement elles se distinguent les unes des autres par une marque, par un signe pour ainsi dire individuel. Peu de ces vases retiennent l'attention par un ornement tracé au pinceau ou gravé à la pointe et il ne s'agit que de décorations purement géométriques. Une bande de peinture rouge entourant la panse, un filet noir contournant l'orifice, des stries parallèles, horizontales ou verticales, tels sont les témoignages de l'art du potier africain. Parfois une inscription est gravée ou peinte sur le haut de la panse des urnes funéraires, mais c'est là une exception.
Ces poteries peuvent être réparties en un certain nombre de types généraux que distingue leur forme extérieure, mais il est rare de rencontrer deux exem^ plaires absolument identiques. Le profil de la panse est plus ou moins convexe, les anses s'attachent plus ou moins haut sur le col; la base est plus ou moins large, le col plus ou moins élancé. Il n'y a pas lieu d'être surpris de ces différences car chaque pièce était modelée par le potier et l'usage du moule ne paraît pas avoir été connu des ouvriers qui travaillaient dans les fabriques de poterie commune. En conséquence les produits se ressemblaient, mais on n'atteignait pas à l'uniformité absolue. Il y avait des types dont on se rapprochait plus ou moins, mais dont les altérations ne peuvent échapper à l'œil exercé d'un archéologue; cependant les exemplaires conservaient le nom du type parce que le vase appartenait finalement à la catégorie ou, pour mieux dire, au profil de l'amphore, de l'urne, etc. Dès lors, il ne faut pas chercher un nom spécial pour chaque forme individuelle, mais on doit caractériser la panse, l'orifice, le col.
La panse forme le corps du vase, elle a toujours une forme arrondie parce que les anciens s'étaient avisés
1 Nous ne dressons pas un palmarès mais, il faut rappeler les noms de Grivaud de La Vincefle, de Cochet, de I taigneré, de J. Pilloy et plus près de nous de Michel Clerc, à Marseille, et de M. Félix Mouret à qui une coupe dans le style de Meidias ne faisait pas négliger les milliers d'échantillons vul-
que les volumes ronds sont ceux qui perdent le moins d'espace. Entre Vamphora qui est cylindrique et Yampulla qui est sphérique, se succèdent d'innombrables types plus ou moins allongés, plus ou moins renflés, parmi lesquels prennent place les gutlurnia et les gutli qui servaient à verser les liquides, les lagenae, diolae, ollae qui contenaient des provisions. Du profil de Vamphora qui est droit, à celui de Yampulla qui est une demi-circonférence, la transition a lieu sans lacunes. La ligne droite s'infléchit, la courbe s'accuse et par une série de formes très voisines les unes des autres, elle atteint la régularité géométrique de la demi-circonférence. Il existe quatre types de panses : cylindriques (amphorae), allongée ( gulturnia ) , ovoïde (lagenae), sphérique (ampullae).
Il arrive rarement de rencontrer un vase reposant sur un pied nettement détaché de la panse; cette forme n'est fréquente que dans la céramique artistique et décorative; ce n'est pas celle qui retient notre attention. Les vases adaptés aux besoins de la vie domestique ont une base effilée ou plane et ce type est beaucoup plus répandu. On réserve généralement la pointe effilée aux amphores destinées à contenir une quantité considérable et que pour cette raison on déplace rarement. Une fois introduites dans le cellier, il n'en coûte rien pour les installer ou pour les déplacer puisqu'elles sont enfoncées dans un sol très meuble, généralement du sable, ou appuyées contre les parois (voir Dictionn., t. i, col. 1689, flg. 423). A Hadrumète (voir Dictionn., t. vi à ce nom), dans la nécropole punique, devant la porte de chaque tombeau, l'on a trouvé plusieurs amphores disposées ainsi que nous venons de le dire.
Les vases d'usage courant, tels que cruches, pots, jarres facilement maniables ont un fond plat qui permet de les déplacer sans effort. La base est ordinairement horizontale et circulaire; il arrive qu'on garnit cette base d'une couronne qui s'en détache à peine mais qui néanmoins la renforce et dont la faible hauteur, un centimètre environ, suffit à l'isoler du récipient sur lequel on dépose le vase.
C'est un cas fort rare et presque sans exemple que l'orifice du vase soit une ouverture franche; à peu près toujours la section pratiquée au sommet est pourvue d'un col dont le profil est généralement une ligne un peu concave qui continue la courbe convexe de la panse; ou bien le col est en ligne droite et rencontre le profil de la panse suivant un angle très voisin de 00 degrés. Au type du col concave appartiennent surtout les gutturnia, au type du col droit se rattachent les ampullae, lagenae, ollae et les unguentaria.
Les cols varient de hauteur et de largeur et c'est remarque pleine de justesse qu'on a faite que « ce n'est pas au hasard et sans raison qu'on leur a donné l'une ou l'autre de ces formes. Tout, dans ces poteries ordinaires, a une cause et une fin pratiques. Lorsqu'un vase est destiné à contenir soit des liquides, soit des provisions que l'on utilise vite et qu'on renouvelle fréquemment, le col est large et court; il l'est même parfois tellement qu'on le distingue à peine. Les grandes amphores, les ollae, les dolia présentent cette disposition. D'autre part, les vases à parfums et les ampullae qui ne devaient, pour ainsi dire, livrer leur contenu que goutte à goutte, se terminent à leur partie supérieure par un col plus ou moins allongé, mais toujours très étroit. 3 »
Certains types de vases comportent des anses, elles ont parfois une destination purement utilitaire, qui
gaires retirés des Fouilles d'Enserune. — *J. de Saint-Venant,
Anciens vases à bec. Étude de géographie céramique, dans Bulletin monumental, 1899. — ' .). Toutaln, Notes sur tes
poteries communes d'Afrique, dans MCI. d'urehcol. et d'hist., 1891, t. M, p. 309-310.
POTERIE
n'exclut pas toute préoccupation artistique, en ce sens qu'elles confèrent à l'objet plus d'élégance et peuvent varier leur forme ou leur place. Une anse révèle surtout le souci d'utilité pratique, et deux anses sont moins utiles qu'une seule. En effet, ce sont les grands et lourds vaisseaux qu'on déplace rarement et qu'on manie difficilement qui sont munis de deux anses : amphorae, ollae, lagenae; dès lors, ces anses ne servent guère, elles ne sont plus proportionnées aux dimensions et au poids, elles perdent leur utilité et jusqu'à leur nom, on les appelle des « oreillettes ». S'il s'agit d'un vase comme le gullurnium ou le capis servant à verser le liquide, l'anse est d'un usage constant, elle dispense d'un effort plus pénible qui consiste à saisir la cruche par la panse ou par le col pour l'incliner. Dans ce cas l'anse est bien décollée et elle décrit une
AmpulU D,ota
10488. — Types généiaux de vases.
courbe assez prononcée entre l'orifice et la panse. Sur les vases de forme ovoïde les anses ont leurs deux points d'attache sur la panse d'où le nom qu'on leur donne : diotae, oreilles. La plupart des ollae, un grand nombre d'amphores présentent cette disposition.
Quant aux ampullae, aux unguentaria, aux dolia et autres vases à panse sphérique, ils n'ont presque jamais d'anses.
Sous réserves de quelques types que nous allons bientôt rencontrer dans les sépultures barbares de nos contrées, nous pouvons, dès maintenant, mentionner et fixer plusieurs types généraux (fig. 10488) :
1° L'amphore et le cadus consistant en une panse cylindrique à base effilée, col large ou nul, orifice large avec ou sans anses (n. 1 et 2).
2° Le guttiirnium, avec panse allongée, base plane, col concave, anse développée, orifice de forme tréflée (n. 4);
3° La lagena ou le diola à panse ovoïde, base plane, col court et large, avec ou sans anse (n. 3 et 7);
4° L'olla est pourvue d'un large orifice et ses deux anses atrophiées; le plus souvent elle n'a pas de col (n. 8);
5° L'ampulla se compose d'une panse sphérique pourvue d'un col long et étroit (n. 6); c'est presque le cas de l'unguentarium qui a la panse ovoïde (n. 5).
III. Types barbares. — En Afrique, en Gaule, en Italie, il existe une poterie d'époque romaine d'un type en quelque sorte officiel, peu compatible avec celui qu'introduisent les conquérants barbares et qui est une industrie toute particulière. La transformation de l'une à l'autre s'accomplit assez rapidement et on s'aperçoit que tout ce qui peut rappeler la céramique romaine
1 A. Bétniet, La Belyique avant et pendant les invasions des Francs, 1888, p. 30; C. Barrière-Flavy, Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule, 1. 1, 1901, p. 244. — 2Lindenschmit, Handbuch der deutschen Alterthumskunde, p. 480.
est exclu du foyer et de la tombe du Franc. Dans plusieurs cimetières de Belgique, à Samson, à Furfooz, à Spontin, on a recueilli des poteries rouges, fines et parfaites de tour, ayant tout l'aspect de la céramique romaine, mais s'en distinguant par le mode de décoration à la roulette, usage exclusivement barbare. Sontce des tombes de Francs Ripuaires, on l'a soutenu et on l'a contesté; en tout cas ce sont des tombes barbares l. Dès lors, « les grands chaudrons d'argile pour brasser les boissons disparaissent complètement des sépultures. Les vases, plutôt petits, se changent en pols-au-jeu et en plats, et les écuelles d'argile cuite en coupe de verre. Même les poteries des Romains, qui avaient été conservées en grande partie, disparaissent bientôt 2. »
Les sépultures des barbares renferment presque toujours des vases d'une teinte noirâtre, et quelquefois aussi des urnes rouge pâle et jaunâtre. Les vases noi-
10489. — Poterie franque.
D'après Barrière-Flavy, Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule, t. i, p. 243, fig. 91.
râtres sont faits d'une pâte plus fine et moins rugueuse que celle des autres poteries. D'où provient cette nuance noire? Voici ce qu'on a constaté à Herpès (voir t. vi, à ce nom) : la couleur noire est une vigoureuse teinture appliquée sur le vase terminé, un frottement prolongé l'en débarrasse et mieux encore une chaleur de 5 à 600 degrés dans un four de verrier. Cette couleur noire marque le deuil et approprie des vases indifférents à une destination funéraire 3. C'est un cas, il y en a un autre : celui où la pâte est teintée avant de recevoir une couverte. D'ailleurs, certains de ces vases noirs ont une forme caractéristique et présentent presque invariablement la figure de deux cônes tronqués joints par leurs bases, ce qui est le propre de la céramique franque (fig. 10489).
Les vases qui ont servi à l'usage domestique n'ont pas de forme bien distincte; ce sont des récipients quelconques, propres à faire cuire des aliments ou à contenir une boisson. A Éprave, province de Namur, dans les cimetières des premiers temps de l'occupation franque, les plus anciennes sépultures ne contiennent guère que de la vaisselle usuelle -- grands plats, écuelles, pots à large ouverture et anse épaisse — dont la pâte est rougeâtre et grossière. Cette vaisselle disparaît des tombeaux vers la fin du vie siècle, pour être remplacée par de petites urnes, généralement noires ou d'un gris foncé4. Tous ou presque tous ces vases de couleur sombre portent sur la panse, c'est-à-dire sur le cône supérieur, une ornementation régulière exécutée à la roulette, décor qui ne se retrouve pas sur les vases à usage domestique 6. Cette ornementation (fig. 10490) a été étudiée en vue d'en extraire les éléments d'une chronologie des cimetières francs; ce serait déjà atteindre un résultat précieux que d'établir un synchronisme entre certains cimetières où les trou-
— 3 Ph. Delamain, Le cimetière il' Herpès, p. 16. — 4 A. Bécniet, Les cimetières de la forteresse d'Êprave, dans Ann. de la Soc. arch. de Namur, t. xix. p. 13. — 5 C. Barrière- Flavy. op. cit., t. i, p. 246.
POTERIE
vailles ont donné des décors identiques jusque dans les imperfections et les points de repère, se reproduisant exactement sur des vases provenant de cimetières éloignés les uns des autres, ce qui tend à prouver l'emploi d'une même roulette dans les mains d'un même fabricant, dans une période déterminée.
« Seul le vase funéraire franc a la panse biconique, c'est-à-dire formée de deux secteurs de cône unis bout à bout par le plan de la plus large section. La forme est angulaire et n'a rien d'arrondi, le col est petit, raide, droit ou un peu rétréci vers l'orifice, mais sans apparence de courbure. Cette forme caractéristique du vase franc ne se modifie que bien peu avec les âges, et, dans les cimetières des dernières époques même, le galbe n'est guère différent; la forme est seulement un peu écrasée, l'arête de la panse ou soudure des cônes un
•490. — Types d'ornemental ion de vases francs. D'après Banïère-Flavy, op. cit., p. 247, fig. 93. rmicnies. — 2. Saint-Gérard. — 3. Harmignies. 4. Seraing.
''après 1. Harmignies
peu effacée et arrondie, le bord du col à peine recourbé en dehors et voilà tout. Parfois même on y a joint une petite anse verticale, opposée à un petit déversoir à la manière d'un tuyau de théière, mais beaucoup plus court ' ».
IV. Usage domestique et funéraire. -- Il a existé une poterie de couleur claire marquée de taches noires d'intensité inégale, suivant qu'elle a subi plus ou moins longtemps l'usage de la flamme et le contait de la braise du foyer2; cette poterie devenue caduque ou paraissant devoir être bientôt hors d'usage a été jugée bonne à servir de poterie funéraire; peut-être même à raison de sa destination nouvelle, l'aura-t-on enfumée un peu plus qu'elle n'était afin qu'elle ne déparât pas parmi les poteries noires destinées au cercueil. Quelle était l'utilité de ces vases pour le défunt? Il est probable qu'ils contenaient les aliments destinés à le sustenter pendant son long voyage, ou bien de l'eau lustrale et s'il était chrétien de l'eau bénite3. A Franchimont, près de Liège, on a trouvé l'emplacement des foyers qui servaient aux repas des cérémonies funèbres 4. Chaque peuple eut ses repas d'adieu qui précédaient ou suivaient les funérailles, repas double à l'usage des vivants et du défunt, dont la pitance déposée dans une écuelle était placée dans
1 D. van Bastelaer, Les mises de forme purement franque et leur ornementation à la roulette, 2e mémoire, 1891. — •H. Baudot, Mémoire sur les sépultures des barbares de Bourgogne, in-8°, Dijon, 1860, p. 88. — ' Hagemans, Rapport sur le cimetière franc mérovingien île Seraing, 1856, p. 30; Haigneré, Quatre cimetières mérovingiens </» Boulonnais, 1866, p. 19. — «A. Béquet.IVos fouilles en 1880, s. d. — s D. van Bastelaer, Plusieurs cimetières francs à Tliuillies, 1894, p. 65. — e Massé, dans Procès-verbal de la Société de la Brie, 10 décembre 1908. — ' Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, in-S", Rouen, 1857, p. 339. ■ — 8 Ibid., p. 351. — ' La Sormandic souterraine, in-8°.
la tombe. Le christianisme multiplia les interdictions et ce n'était pas contre les païens que légiféraient les conciles, mais contre les fidèles qui se conformaient, nonobstant leur croyance, à cet usage païen '.
Le type pur de cette poterie franque se retrouve incontestablement en Belgique et semble appartenir aux Francs de l'invasion. Dès qu'on franchit les limites de l'ancienne Belgique et qu'on entre dans les provinces du nord de la France, l'urne franque varie beaucoup et s'écarte de l'uniformité que l'on constate dans la plus grande partie des cimetières de la Belgique. Mais cela ne se fait pas tout d'un coup. En 1908, on trouva des poteries dans un cimetière situé près d'Avallon (Yonne). Les vases de formes différentes étaient ornés de dessins tracés en creux à l'aide du poinçon ou de la roulette. Leur surface était lisse et noire extérieurement et l'intérieur n'était recouvert d'aucun enduit. Tous ces ustensiles avaient été fabriqués à l'aide du tour et la pâte employée est fine. Ces divers objets sont des bols, des pots, une assiette 6.
« Si je regarde la céramique comme la première de toutes les industries, écrivait l'abbé Cochet, je considère aussi l'usage de placer des vases dans le tombeau de l'homme comme la plus ancienne de toutes les pratiques religieuses des funérailles 7. Tous les cimetières montrent aux pieds du mort un vase vide dont les hommes d'aujourd'hui nous demandent le sens et le mystère. Nous croyons l'avoir trouvé dans la piété simple, grossière, peut-être même un peu matérielle et superstitieuse de nos pères. Nous supposons donc, non sans fondement, qu'ils auront pris dans ce vase une eau sacrée, préservatrice des obsessions et possessions démoniaques, si fréquentes chez les vivants, et dont ils ne croyaient les morts ni exempts ni affranchis*. » Généralement les tumulus des barbares contiennent plusieurs vases de forme et de dimension variées qu'on retrouve généralement aux pieds ou vers l'extrémité inférieure de la tombe; il est exceptionnel de les rencontrer ailleurs. « Les pieds, dit encore l'abbé Cochet, étaient si bien la place naturelle, qu'à diverses reprises, à Londinières, à Parfondeval, à Envermeu (voir Dictionn., à ces divers noms), nous avons surpris dans ces vases des péronés ou des phalanges de doigts de pied, qui étaient tombés par suite de la décomposition des corps9. » La même observation a été faite dans beaucoup d'autres cimetières barbares en Normandie, en Picardie, dans le Pas-de-Calais, en Belgique, en Suisse, etc 10.
Par contre, dans certaines stations, ce qui est exceptionnel ailleurs devient la règle, les vases sont placés près de la tête, par exemple à Herpès11 (voir Dictionru, t. vi, à ce nom) et dans quelques cimetières du .Midi; tandis qu'à Chaillevet, à Pontavert (Aisne), cimetières francs, il y a à peu près autant de vases aux pieds qu'à la tête.
Dans les pays situes au sud de la Loire, on a mis le même acharnement qu'ailleurs à briser les vases et les poteries grossières dont il reste assez peu de chose; les rares fragments retrouvés sont de teinte grisâtre et sans aucune particularité. Il y aurait eu intérêt à pouvoir dire si la poterie wisigothe différait de celle
Dieppe, 1854, p. 199. — 10 Cochet, Sépult. gaul. rom., p. 146; liépert. archéol. de la Seine-Inférieure, 1871, p. 186; La Seine- Inférieure archéol,, 1866; Ed. Fleury, Antiquités et monum. d<- l'Aisne, t. Il, p. 150; .1. l'illoy. Études sur d\uiciens lieux de sépulture de l' Aisne, t. 1. p. 62-85; t . il, p. 9-10; l'r. Troyon, Description des tombeaux du licl-Air, près Chéscuux-sur-I.ausanc, 1841; L. Bidault, Rapport sur les sépultures mérovingiennes de Noiron-les-Ctteaux, p. 91, <lans Mém. de la Soc. d'Iiist. et d' archéol. de l'.halon-sui -Saàiu ,
t. vin, 1896; Haigneré, Quatre cimetières mérovingiens du Boulonnais, 1866, p. 19. — '■ Ph. Delamain, Le cimetière d'Herpès, 1892. p. 16.
des Burgondes et de celle des Francs. A Herpès (Charente), les exemplaires recueillis nous font voir une technique propre à la région. La plupart des vases funéraires n'offrent rien qui rappelle les vases biconiques en usage chez les Francs, ils se rapprochent plutôt de la cuvette (flg. 10491, n. 4). L'urne y est décorée de dessins variés, et, contrairement à la règle suivie dans les sépultures franques, la poterie est généralement déposée près de la tête. Le souvenir des formes
10491. — Poteries d'Herpès (Charente) et de Varimpré
(Seine-Inférieure).
D'après Barrière-Flavy, op. cit., album, pi. lxxiv, n. 2,
3, 6 et t. i, p. 323, flg. 104, 105.
romaines n'est pas aboli, mais les vases sont tous noirs et ornés à la roulette. Il faut signaler dans ce cimetière d'Herpès deux jolis vases ou cruches à bec tréflé, noirs et décorés. Le deuxième pourvu d'une anse et d'un goulot est encore un type de fabrication courante dans les fabriques de poterie de Castelnaudary (flg. 10491, n. 1 et 2). Une sépulture de ce même cimetière donna une coupe à pied, de mêmes technique, teinte et ornementation, telle qu'on n'en connaît jusqu'ici aucune dans les découvertes de l'époque barbare qui puisse lui être comparée " (flg. 1 0491 ,n. 3), si ce n'est une pièce quelque peu semblable, moins le décor, qui fut trouvée, vers 1865, à Varimpré (Seine- Inférieure) dans une sépulture gauloise; cette deuxième coupe est moins profonde et de forme plus svelte que celle des temps barbares2 (flg. 10491, n. 5).
De ces types de vases et quelques autres quoique fracturés, C. Barrière-Flavy croyait pouvoir conclure que, contrairement aux récipients en usage chez les Francs et chez les Burgondes, ceux des Wisigoths avaient une forme plus écrasée, moins élancée et s'inspirant peut-être de plus près de la céramique galloromaine.
J. de Saint-Venant qui a étudié avec autant de minutie que de patience les anciens vases à bec, retrouve dans la région du Languedoc occupée jadis par les Wisigoths, un type de vase, appelé pégau, qu'il
décrit en ces termes : « C'est, dit-il, un pichet sans col et à anse à peu près aussi large que haute. Cette panse est, en effet, un ovoïde presque sphérique et tronqué par l'ablation de deux calottes presque égales. L'une des ouvertures est fermée par un fond plat, l'autre reste béante et constitue un orifice renforcé à son pourtour d'un léger bourrelet aplati, à moulure des plus simples : boudin, baguette, ou filet à angles plus ou moins arrondis... Sur cet ourlet s'amorce une anse en arc de cercle, courte, large, mince et cannelée fréquemment de façon grossière sur sa face externe..., en hauteur cette anse ne dépasse pas le plan de l'ouverture... Diamétralement opposé à cette anse, un gros bec en entonnoir se soude sur l'ourlet du bord, sans l'interrompre; mais celui-ci persiste à peu près détaché comme un pont au-dessus de l'orifice percé de la paroi pour établir la communication du bec avec l'intérieur. Cette forme de bec et cette disposition de l'orle sont les caractéristiques les plus saillantes et les plus fixes
10492. — Pégau de Montauriol (Tarn-et-Garoime). D'après Barrière-Flavy, op. cit., t. i, p. 324, flg. 1.
de ces poteries 3 ». La panse est dépourvue d'ornements; elle porte parfois des mascarons comme le montre le pégau de Montauriol (Tarn-et-Garonne). La couleur gris cendré domine (fig. 10492).
La céramique burgonde offre des caractères qui s'écartent de tout ce qu'ont produit l'industrie franque et l'art romain en cette matière. La poterie de ce peuple est confinée dans son habitat et ne se rencontre nulle part ailleurs en Gaule; elle offre ses types les plus purs et les mieux caractérisés dans le canton de Vaud, le bas canton de Berne, la Saône-et-Loire, le Jura, le Doubs, une partie de la Côte-d'Or. En dehors de ces contrées, cette poterie dégénère rapidement, mais tout en restant distincte de celle des Francs. Ces sortes de vases se rencontrent jusque dans les cimetières situés dans les limites de la Bourgogne et dans des sépultures de Francs ou d'Alamans, par exemple à Bel-Air, à Bassecourt, etc.
Quoique le goût de la destruction ait sévi dans ces régions comme partout ailleurs généralement, il semble qu'il ait moins trouvé matière à s'exercer parce que les Burgondes faisaient un moindre usage des urnes funéraires que les Francs. En Suisse, il est des cimetières où pas une pièce, pas un fragment n'a été relevé, comme c'est le cas à Elisried et dans presque toutes les stations des environs de Berne et une grande partie de celles du canton de Soleure.
L'urne burgonde est une dégénérescence du prototype, elle offre une base sphéroïdale sur laquelle est soudé un cornet plus ou moins évasé. C'est le type burgonde par excellence, dont toutes les autres poteries ne sont que des dérivés. Les neuf dixièmes des vases provenant des sépultures barbares de Charnay appartiennent à ce type générateur et cette nécropole en a donné plus de cinq cents (fig. 10493).
Rien ne rappelle ici l'urne franque. En outre, les vases burgondes sont totalement dépourvus d'une ornementation à la roulette ; quelques lignes espacées,
1 Collection Ph. Delamain. — * Musée de Rouen. — ' J. de Saint- Venant, Anciens vases à be , Étude de géographie céramique, dans Bulletin monumental, 1899, p. 8.
POTERIE
tracées à la pointe diagonalement de droite à gauche et inversement, une succession de chevrons à raies doubles ou triples, une simple ou double rangée de petits trous obtenus par le même procédé, forment toute l'ornementation de ces vases, lorsque toutefois ils en ont une. Souvent les potiers ont employé comme décor des bourrelets disposés à l'orifice du vase, à la ligne d'intersection des deux parties et sur la panse sphéroïdale; quelquefois ces bourrelets se répètent de manière à couvrir tantôt la partie supérieure du vase (fig. 1 0493, n. 4), tantôt tout le récipient. Cette dernière ornementation, rare dans les milieux francs de la première époque, se retrouve assez fréquemment dans la Haute-Normandie, particulièrement dans l'Eure : à Guiseniers, à Harquency, aux Andelys, sans que toutefois la forme de l'urne puisse être comparée absolument à celle des Burgondes.
rencontre sur les vases de provenance alamanique cette ornementation intéressante qui caractérise la poterie franque. Cependant, à Meckenheim, nous voyons déjà apparaître une décoration plus recherchée, faite de chevrons, de losanges.de quadrillés alternant avec des roses, des étoiles, des croix, et le type franc se révèle sur des poteries de Selzen, Oberolm. Freilaubershoim, Di'tersheim, Abenheim 1. » (Fig. 10494.)
V. Poteries chrétiennes. — « La poterie, disait Camille Jullian, est une des principales ressources de l'archéologie française. Aucune région de l'empire romain n'a livré autant de débris de vaisselle en terre cuite que nos quatre grandes provinces gauloises; aucune contrée du monde savant n'est, plus que la France, fournie d'érudits fervents de la céramique. Elle est la plus étudiée de nos antiquités nationaks *. » On ne p^ut que souhaiter que cette ferveur se sou-
10493. — Types l>urgondes.
D'après liarrière-Flavy, Les (iris industriels des peuples barbares de la Gaule, album, pi. lx.w, n. 1, 3, 6, 1. Tournus (Saône-et-Loire). — ■ 2. Cestre (Côte-d'Or). — 3 et 4. Charnay (Suône-et-Loire).
La poterie ansée se rapproche beaucoup de celle des Francs, mais elle est de teinte presque exclusivement rouge ou jaunâtre.
« La poterie des sépultures alamaniques présente la plus grande diversité de formes et semble ne procéder d'aucun type déterminé, quoique appartenant à tous les genres connus. Elle tient de l'urne franque et de l'urne burgonde; cependant, on y reconnaît le plus souvent les deux cônes tronqués reliés par leur base, particularité propre au vase franc; mais l'ouverture est sans cesse di proportionnée, tantôt trop étroite, tantôt trop large. Les cônes eux-mêmes sont irréguliers; ici le cône supérieur s'allonge d'une manière disgracieuse, là le développement de la partie inférieure nuit complètement à la symétrie du vase. L'urne affecte des formes variées à l'infini. A Schwabsbourg (Hesse rhénane) on a recueilli un vase formé en réalité de deux unies superposées.
« Les récipients à anse et à bec ne sont pas rares. La panse en est assez rebondie; le bec trilobé est placé audessous du rebord. C'est exceptionnellement que l'on
1 C. Barrière-Flavy, Les arts industriels des peuples barbaresdela Gaule, t. i, 1901, p. 128. — *C. Jullian, Remarques
sur un essai d'inventaire îles flgulinse gallo-romaines, dans Hevue des études anciennes, 1899, 1. i. p. 143. — ' -I. Déchelette, La lubrique de la Graufesenque (Aveuron). Nouvelle étude sur tes origines de la poterie sigillée gallo-romaine, dans Kev. des études anciennes, 1903, t. v,p. 37-78, cf. p. 191-192; Les vases céramiques ornés de ta Gaule romaine, 2 vol. in-4", Paris, 190 1. - * A. Blanchet, Les ateliers de céramique dans la Gaule romaine, dans Huit. itreh. du Comité, 1898, p. 13-29.
tienne et rappeler les beaux travaux de J. Déchelette ', de M. A. Blanchet ' et de R. Lantier *; il semble que la poterie chrétienne a été particulièrement négligée et c'est la raison pour laquelle nous groupons ici quelques indications. On a signalé plus de soixante-dix fours à potiers ou ateliers de poterie, plusieurs d'entre eux ont obtenu les honneurs d'une inscription et d'un inventaire des moindres débris6, les rares vestiges chrétiens ont bénéficié, comme par grâce, d'une mention somm ire, ainsi ces fragments d'Andernos (voir Dictionn., t. vu, col. 1071, fig. 5890; t. ix. col. 1405-1406) sur lesquels nous voyons un chrismon et un renne suivi de son petit avec la croix gammée (fig. 10495) et auxquels on n'accorde pas même l'honneur d'une description : origine? dimensions? couleurs7?
En 1905, E. Millier signalait un vase en terre rouge découvert à Silly-le-Long (Oise), orné d'une croix et d'oiseaux encadrés par des palmes en demi-cercle. Ces oiseaux seraient des paons ou des phénix, symbole de résurrection 8.
Aussi longtemps que les archéologues seront réduits
— s R. Lantier, Le vase de Gundestriip et les potiers galloromains, dans Comptes rendus de l'Acad. des inser., 1932. p. 392-309. * T. lions: e/, La poterie t/idlo-romaine en Touraine, dams Bull. arch. du Comité. 1898, p. 30-39; Lièvre, La poterie romaine de Jarnae, dans Bull, de la Soc. nul. des antiq. île France, 1881, p. 207-213. — 'A. de Sarrau, Poterie chrétienne et sgmboles, dans Reo. des études anciennes, 1913, t. xv, p. ilo.-- ■ E. Millier, Une poterie sigillée chrétienne, dans Comptes rendus et mém. du Comité archéol. de Sentis, 1905, t. vin, p. 249-253; cf. liull. monumental, 1906, 1. 1.\\, p. 576.
POTERIE
à mentionner des poteries dispersées dans les musées et les collections particulières, décrites et non dessinées dans un Corpus, tout ce qu'ils pourront avancer sera sujet à revision l. Trouveront-ils sur le sol de la Gaule un ensemble aussi remarquable que celui qui fut découvert en 1875 à Bordeaux, dans l'ancienne rue Sainte- Hélène 2 et que nous avons déjà signalé (voir Dictionn., t. ii, col. 1073-1075, fig. 1590)? C'est une céramique particulière par la nature de la terre, sa couleur, le vernis noir qui la recouvre et les symboles qui y sont figurés. Ces poteries ont généralement une épais-
10494. — Types alamaniques. 1. Vase de Selzen (Musée de Mayence); 2 et 3. Vases de Meckenheim (musée de Bonn); 4. Vase de Selzen (musée de Mayence).
D'après Barrière-Flavy, op. cil., album, pi. lxxvii, n. 2, lxxviii, n. 1 et 5, lxxix, n. 3.
seur variant de 0 m. 006 à 0 m. 012, formées d'une argile gris clair cendré, bleuâtre, verdâtre, quelquefois jaunâtre, plus rarement gris foncé ou noir d'ardoise, d'une pâte fine, serrée, bien homogène, avec quelques paillettes de mica ; elles ont généralement une grande sonorité et présentent une cassure rectiligne à arêtes vives. Parfois, la terre moins cuite a sa surface altérée par le séjour dans le sol. On peut remarquer sur quelques fragments un noyau d'une terre moins fine ou d'une autre couleur, enveloppé alors par celle qui doit recevoir les ornements, la couleur, le lustré ou le vernis. Ce noyau de couleur différente semble être un caractère commun de fabrication de toutes les poteries de cette époque, même les plus communes.
Toutes ces poteries sont revêtues d'un vernis noir, lustré plus ou moins, parfois assez translucide pour laisser apercevoir la couleur de la terre et lui donner alors une nuance gris noir comme bronzé et quelquefois marbré, mais l'aspect général est plutôt noir. Ce vernis a dû être posé au pinceau en une ou deux fois,
1 E. Moreau, Un atelier de poterie mérovingienne à La Hardelière près Laval, dans Département de la Mayenne. Commiss. hist. et archéol., t. v, 1886-1887, p. 110; Vasseur et Repelin, Découverte de la céramique estampée (rouelles et palmettes) dans un abri sous roche des environs de Marseille, dans Bull, de la Soc. arch. de Provence, 1904, p. 83-90; J. Déchelette, Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine, narbonnaise, aquitaine et lyonnaise, t. n; J.-B. Delort,
DICT. D'ARCH. CHRÉT
ce qu'indique une répartition inégale laissant des taches là où il est plus épais et où il a coulé; il a été attaqué sur quelques pièces peu cuites. Les dessous de patères, plats, assiettes n'ont pas de vernis.
L'ornementation se trouve principalement sur les fonds et les bords de plats, d'assiettes, de coupes. La forme est ronde, le fond plat avec un rebord curviligne de 0 m. 030 à 0 m. 065 de hauteur; les diamètres varient de 0 m. 17 à 0 m. 30 pour les assiettes et les plats. Le bord relevé se termine, soit par l'épaisseur de la terre arrondie au sommet, ou par un tore ou
10495. — Poteries d'Andernos.
D'après Revue des études anciennes, 1913, t. xv, p. 440.
bourrelet saillant sur l'épaisseur de l'objet, ce tore est cannelé par six à dix petits filets plats; ces cannelures sont un des caractères constants sur les bords de nos poteries bordelaises. Le fond intérieur est divisé en zones ou anneaux concentriques par des filets légèrement creux, en nombre variable, plus ou moins espacés, plus ou moins larges, faits au tour, ayant les arêtes très vives.
Une première zone, celle la plus rapprochée du bord relevé, est unie ou ornée de guillochés faits à la molette ou à l'ébauchoir, probablement à l'aide du tour, très variables de dessins, généralement formés de points en creux, refoulant un peu la terre, quelquefois striés, très rapprochés et disposés en torsades, en écailles de poisson, en ondulations variées, en lignes ou par zones. La zone ordinairement la plus large se rapproche du centre qu'elle entoure; elle est ornée de feuilles disposées en étoile, plus ou moins régulièrement, et rayonnant du médaillon central (fig. 10496), parfois alternées avec des rosaces variant de dessins suivant les pièces ; sur quelques objets, les rosaces remplaçant les feuilles sont entrelacées comme des couronnes. Le médaillon est la partie principale des poteries par les signes symboliques qu'il contient.
Dix années de fouilles en Auvergne et dans la Franche-Comté, in-4°, Lyon, 1901 ; J. Déchelette, J. Pagès-Alary et A. Lauby, Le tumulus arverne de Celles près Neussargues (Cantal), dans L'anthropologie, 1903, t. xiv, p. 385-416; A. Guébhard, Poteries de Chastel-sur-Murat, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq. de France, 1910, p. 136-140. — ! Et aussi rue Ravez, rue Saint-Sernin, rue Esprit-des-Lois et à Loupiac de Cadillac.
POTERIE
L'empreinte des feuilles, rosaces, médaillons, est obtenue par applications successives du même poinçon, ce qui explique leur irrégularité de dispositions; pour quelques-unes on y est revenu à plusieurs fois pour les bien marquer.
Les guillochés, les rosaces, les feuilles sont très variables.
Sur certaines pièces on peut distinguer le laurier de l'olivier, sur d'autres on reconnaît une feuille ou une demi-feuille de palmier, deux fois la feuille est remplacée par une queue de paon, une autre fois cette feuille est estampée de plusieurs poissons et d'un agneau
10)06. — Poteiies de Bordeaux.
D'après Soc. arch. de Bordeaux, 1876, t. m, pi. vi, lig. 1,
4, 6, 7 et pi. vu, n. 1.
(fig. 10490, n. 4). Les symboles sont variés : poissons, agneau, paon, ancre, cerfs; les figures géométriques le sont aussi : losange, triangle, croix pattée et parfois même une inscription cinq fois répétée sans être d'ailleurs plus intelligible : EvStT; serait-ce Eustachius?
Le médaillon central des poteries est le cerf (diamètre 0 m. 032 à 0 m. 038), le bord du médaillon est dentelé ou crénelé de petites dents de scie arrondies ou triangulaires tournées vers le centre par leurs pointes. Cinq fois ce médaillon olïre le cerf accompagné d'autres signes et escorté de son faon ou d'un chien qui aboie avec force ainsi qu'on s'en aperçoit au gonflement du cou; le caractère sexuel des deux animaux est très indiqué. Ici encore des lettres sans suite A E H Z I et en légende :