AMEN
Ailleurs, alibi :
SEMPER SANCTE TVOS RICHARI PROTECE SERVOS ABSTRACTOS TERRA CAPIAT CELESTIS VT AVLA -
De chaque côté de ce tombeau on voyait ceux de saint Caïdoc et de saint Frichor, monuments d'orfèvrerie présentant chacun une épitaphe métrique de huit vers en lettres dor.
Mais il ne nous est pas possible d'énumérer dans le détail toutes les magnificences qu'Angilbert prodigua à Saint-Riquier, où se voyaient des autels à Saint- Quentin, Sainte-Croix, Saint-Denis, Saint-Maurice, Saint-Laurent et Saint-Martin.
XVIII. Le pavement. — La partie de l'église dédiée à saint Riquier était celle à laquelle était la plus haute révérence, aussi avait-elle reçu, de même probablement que le carré du transept oriental et le cancel, un de ces somptueux dallages en porphyre rouge et vert comme on en conserve des vestiges dans quelques basiliques romaines et dans le chœur de Saint-Benoîtsur-Loire. Le reste du dallage était en marbre blanc 6.
XIX. Les ambons. — Comme on doit s'y attendre, l'église possédait deux lectoria auro, arqenlo et marmoribus parafa '; on peut conjecturer qu'ils se trouvaient
1 Id., ibid., I. II, c. vri, p. 5t. — ' Id., ibid., 1. II, c. vin, p. 59. — a Id., ibid., 1. II, e. vnr, p. 59. — * Anscher, Vita, op. cit., p. 128. — 5 Hariulf, Chron., 1. II, c. xi, p. 73. - a Malbrancq, De Morinis, t. n, p. 347. — ' Hariulf, Chron., 1. Il, c. x, p. 67. — s Inslilutio, p. 298. — " Miracnla S. liicharii, 1. I, c. xvn, dans Acta sanct. O. S. B., 1. n,
à proximité de l'autel du saint Sauveur et de l'autel de saint Riquier.
XX. Les fonts baptismaux. — On sait leur existence, mais on ignore leur emplacement 8.
XXI. Le parvis. — Nous avons parlé du portail qui précédait la façade occidentale; le portail était précédé d'un parvis dont l'existence est bien attestée. Dans les Miracnla du saint, écrits en 864, nous lisons qu'il existait un espace clos de murs devant l'église, du côté de l'Occident, que l'on nomme parvis, ad mœnia quie sunl secus ecclesiam ex parte occidentis, quee oblinent vocabulum paradisi ' et cette mention n'est pas isolée. Hariulf, pour sa part, parle d'un aveugle originaire de Tournai, venu prier saint Riquier et qui passe la nuit sous le toit du parvis : compulsus est inhospitare tectum paradisi jusqu'à l'ouverture des portes de l'église le matin 10. Ce que pouvait être le toit? LTn auvent ou une galerie en appentis longeant les murs.
Une porte s'ouvrait au milieu de chacun des murs du parvis; ces portes nous sont décrites, turrita mole surgentia, contenaient probablement à l'étage supérieur une chapelle dédiée à un archange : au Sud, saint Gabriel; à l'Ouest, saint Michel; au Nord, saint Raphaël, et chacune de ces chapelles renfermait un autel La porte occidentale, considérée comme la principale, faisait face au grand portail de l'église.
XXII. Le plan. — Telle qu'elle a pu être reconstituée à l'aide de la miniature d'Hariulf et des textes de l' Institutio et de la Chronique par M. Georges Durand, nous pouvons nous représenter l'église d'Angiibert comme une basilique à bas-côtés et à double transept (tig. 10629). A la croisée de chaque transept s'élevait une tour-lanterne. En avant du portail, le parvis ou paradisus conduisant au porche encadré par deux tours à escalier en colimaçon. Le porche comportait trois portes et il était orné d'un grand relief en stuc représentant la Nativité.
Sous le transept occidental s'étendait une vaste crypte à laquelle les trois portes donnaient accès et qu'il fallait traverser pour pénétrer dans la nef. Dans ce transept s'élevait l'autel du Saint-Sauveur surmonté d'un ciborium.
La nef ou vestibulum comprenait six travées; elle était décorée de deux bas-reliefs en stuc représentant la Résurrection et l'Ascension. ITn troisième bas-relief en stuc figurait la Passion et occupait la portion du mur surmontant l'arc triomphal. En avançant dans la nef, environ à la hauteur des deux dernières travées, se voyait un cancel. Huit autels latéraux s'échelonnaient le long des bas-côtés. Dans le mur extérieur du bas-côté méridional, la porte dite de Saint-Maurice ouvrait une communication avec le cloître; il n'est pas certain qu'il en existât une en face dans le bas-côté nord.
Au milieu du transept oriental, sous la tour, un autel élevé à saint Pierre.
A l'extrémité est du transept s'ouvrait une courte travée droite, flanquée de deux escaliers cylindriques semblables à ceux qui encadraient le portail occidental. A la suite de cette travée se trouvait une abside et cet ensemble formait une sorte de chapelle qui abritait la tombe de saint Riquier encadrée par celles des saints Frichor et Caïdoc. L'abside était relevée de quelques marches et formait une espèce de sanctuaire fermé par six colonnes et abritait l'autel de saint Ri-
p. 221. — "' Hariulf, Chronicon Centulense, I. IV, c. xxxi, p. 259; Vita Angilberti : Ipsa mœnia quee vocantur paradisus, turrita mole surgentia; le mot paradisus manque dans Acta sanct., febr. 1. m, p. 102, est rétabli par Mabillon, Acta sanctorum ordinis Sancti lienedicti, l. n, p. 217.
RIQUIER (SAINT
quier, couvert d'un ciborium. Six fenêtres disposées sur deux rangées de trois, séparées par un rang de trois oculus étaient percées dans chacune des extrémités des transepts. D'autres fenêtres se trouvaient dans les murs occidentaux et orientaux de chacun de ceux-ci.
Douze fenêtres hautes, six de chaque côté, éclairaient la grande nef : d'autres fenêtres étaient percées
10629. — Essai de restitution de la basilique de S. Sauveur
et de S. Riquier, construite par Angilbert, 790-800.
D'après G. Durand, Picardie historique et monumentale,
t. iv, 1911, p. 184.
dans les murs des bas-côtés. Il en existait une à chaque travée '.
XXIII. L'église de Sainte-Marie. — Celle-ci, telle que nous la montre la miniature, se compose d'une nef avec bas-côtés, sans transept. La gravure de Petau montre cinq fenêtres, celle de Mabillon quatre seulement. Une tour cylindrique partant du sol, s'élève hors œuvre à l'extrémité orientale; sa partie inférieure est garnie de quatre ouvertures cintrées et aveuglées
' Sur le plan on n'a pas (ifïuré le petit bâtiment dont nous avons parlé comme d'une sacristie, parce qu'il est peut-être une adjonction postérieure reproduite par le dessinateur du xi" siècle. — ' Scriptura Anqilberti, dans Wariulf,
jusqu'au départ du cintre soit par des portes soit par des murs. A l'étage supérieur, trois grandes ouvertures cintrées. Au sommet, une disposition analogue à celle des tours-lanternes. Cette tour obstrue la vue et ne permet pas de décider si l'église se terminait par une abside. La façade occidentale est percée d'une porte en plein cintre surmontée d'un pignon percé d'un oculus et surmonté d'une croix. La couverture de la nef est faite d'imbrications, celle du bas-côté de carreaux.
D'après ce qu'Angilbert nous apprend de cette église nous savons qu'elle contenait treize autels, ouvrages dont un, sans doute le principal, était couvert d'un ciborium; on y voyait aussi un ambon magnifique 2. L'autel principal était dédié à Marie, les douze autres à chacun des douze apôtres. Quoique la miniature, dans Petau, ne laisse compter que cinq fenêtres (quatre seulement dans Mabillon), on est porté à croire qu'il en existait six avec autant de travées, soit six autels de chaque côté. Angilbert omet le nom de saint Pierre parce qu'il avait son autel dans la grande église.
A l'intérieur de l'église, on voyait la représentation du Christ entouré des apôtres zonatim picti, c'est-à-dire peints autour de l'abside, soit autour de l'église.
XXIV. L'oratoire de Saint-Benoit. ■ — Ses dimensions sont moindres que pour l'édifice précédent: il se compose d'une nef unique, éclairée de trois fenêtres en plein cintre et sans bas-côtés. La façade occidentale offre une porte en plein cintre, surmontée d'un pignon percé d'une seule ou de deux petites fenêtres; une croix se dresse sur ce pignon occidental, une autre croix sur le pignon oriental. La toiture est faite d'imbrications dont la grandeur et la direction varient d'un dessin à l'autre.
A cet oratoire fait suite un petit bâtiment quadrangulaire appuyé au pignon oriental et dont la destinalion est incertaine; on peut y voir un chœur à chevet plat tenant lieu d'abside, ou bien une sorte de sacristie mettant en communication, au moyen du cloître, l'oratoire de Saint-Benoît avec la grande église.
A l'intérieur, cet oratoire renfermait trois autels dédiés à saint Benoît, à saint Jérôme et à saint Grégoire '.
XXV. Le cloître. — Sa forme rectangulaire est altérée par un angle rabattu qui donne l'impression triangulaire, chaque face présente un mur plein et des arcades cintrées. La portion du cloître qui longe la grande église présente dix arcades dans le dessin de Petau et vingt-trois arcades dans le dessin de Mabillon; les écoinçons entre les arcades paraissent évidés ce qui porterait à croire que cette construction était en bois. Il semble que la toiture à imbrication veut figurer des tuiles .creuses.
Nous avons dit déjà qu'après l'office du malin cl l'office du soir toutes les bandes se rendaient de la basilique à l'église de Sainte-Marie, puis à l'oratoire de Saint -Benoît, de là on rentrait par les degrés des arcades et la portion orientale du cloître dans la basilique par la porte de Saint-Maurice. Le jour de la procession des Rameaux, en cas de mauvais temps, on sortait de l'église Sainte-Marie et on suivait le cloître jusqu'à l'escalier de la galerie à rez-de-chaussée, on montait ledit escalier et continuant par la galerie, on entrait dans la basilique par la porte de Saint-Mau rice 4. Il existait donc dans le cloître, aux environs de la grande église, un escalier ou tout au moins des marches.
On peut même se demander si la galerie n'avait pas
Chron., 1. II, c. x, p. 67. — ' Scriptura D. Angilbcrti, dans Hariutf. Chron., 1. II. c. x, p. 67; 1. II. c. vin, p. 59. — ' InstituiU) S. Angilbcrti, dans Chronicon CenluUnse, Mit,
Lot, p. 297.
RIQUIER (SAINT
deux étages, l'un à la hauteur du sol du cloître, l'autre à celle du sol de la nef de la basilique; mais ni la miniature ni les textes ne le laissent croire.
XXVI. Les reliques. — On en comptait un grand nombre et c'est pour cette raison que nous ne pouvons en donner la nomenclature. Chaque autel en contenait dont Angilbert donne le détail l.
XXVII. Le trésor. — Angilbert ne s'est pas contenté de bâtir, il a multiplié les présents et on peut considérer que le trésor de Saint-Riquier n'aura reçu que peu d'accroissement entre la mort de l'abbé (814) et la rédaction de l'inventaire dressé en 831 et conservé par Hariulf; il semble plutôt que le trésor ait perdu de sa richesse.
De altariis et altariorum sanctique Richarii ornatu.
Cumque prescriptorum sanclorum veneralioni allaria ordinala utque de eorum reliquiis venerabiliter, ut supra legitur, a nostra parvitate essenl ornata, diligenti cura tractare cepimus, qualiler ea ad laudem et gloriam Domini noslri Ihesu Christi, ob venerationem sanclorum omnium in quorum honore sunl consecrata, de donis Dei et largilale magni domini mei Caroli ejusque nobilissime prôlis, vel reliquorum bonorum hominum liberorum mihi ab illis collatis, opère fabrili in auro, argenlo, et gemmis ornare, etiam et ubi loca convenienlia existèrent desuper ciboria ponere potuissemus, sicut, prout eodem domino coopérante valuimus, facere studuimus.
Id sunt : in ecclesia sancli Salvatoris sanctique Richarii allaria jabricata XI, et ciboria duo, lectoria duo, argento et marmoribus parata duo. In ecclesia sancte Dei genilricis Maria- et sanclorum apostolorum, allaria fabricata XIII, ciborium I, et lectorium optime paratum I. In œcclesia sancti Benedicti altaria parata III. In ecclesiis vero sanclorum angelorum Gabrielis, Mychaelis et Raphaelis altaria III. Quœ fiunl simul allaria XXX, ciboria III, et lectoria III.
Nam de aliis uasis et suppellectilibus, habentur cruces auro argentoque parate X VII, ces dix-sept croix ornées d'or et d'argent sont réduites à treize : cinq majores et huit minores dans l'inventaire de 831 ; coronw aureœ II, lampades argentée VI, cuprinœ auro argentoque decoralse XII, nombre réduit à six d'argent et six de cuivre doré, en 831 ; poma aurea III, placées sur les autels, on en comptait vingt et une en 831 ; le même inventaire mentionne en outre sept autres pommes argentées et dorées qui servaient aux bannières; calices aurei magni cum patents II, item calix unus aureus magnus cum imaginibus simul cum patena sua, alii calices argentei XII cum suis patenis, en 831 il est fait mention de quatre calices d'or, deux grands calices d'argent et treize petits d'argent, deux patènes d'or, quatre grandes et treize petites d'argent, et une d'archal; ofjerloria argentea X, bassins ou disques (voir Dictionn. , t. iv, à ce mot) qui contenaient les pains offerts par les fidèles ; en 831 on en comptait quatre en or, soixante en argent, un en ivoire et un grand orné d'or et d'argent.
Ad capul sancli Richarii tabula auro et argenlo paralo I, oslia majora auro et argento parata II, alia minora II, alia osliola simililer parata II, balleus aureus I; a-t-on employé ce mot avec le sens de cingulum, auquel cas ceinturon pour ceinture ou même baudrier? Atramentarium optimum argenleum auro paralum I, un encrier d'argenl rehaussé d'or; cultellus auro et margaritis paralus I, un couteau orné d'or et de perles; codex eburneus auro argenlo et gemmis optime paratus I, ce codex ne reparaît pas sur l'inventaire de 831 à moins que ce soit le diptyque ainsi décrit : Tabulas eburneœ ex auro argentoque parata: unœ, et ce même inventaire y ajoute deux grands et deux petits diptyques d'ivoire et un en cyprès paré d'argent; ponga auro parata I, manque en 831, peut-être une épingle; incensoria argentea auro parata IV, leur nombre est doublé en 831 et il s'y ajoute un de cuivre;
hanappi argentei superaurati XIII, treize hahaps d'argent doré que nous retrouvons en 831, mais suspendus ainsi que cela se voit sur beaucoup de miniatures; conca argentea major cum imaginibus argenteis I, une grande coquille d'argent à images de même métal; bocularis argenleus I, un bouclier d'argent; urcei argentei cum aquamanilibus suis II, deux aiguières d'argent avec leurs bassins ; canna argentea I, eburnea I, chalumeaux d'argent et d'ivoire; situle argentée II, petits seaux d'argent. On n'en trouve plus qu'un seul en 831, mais avec trois de cuivre et d'airain dont un argenté : suiones argentei duo, deux chalumeaux d'argent; clavis aurea I, une clef d'or qui manque en 831 où on trouve deux clefs d'argent et une d'archal doré; schilla argentea I, une clochette d'argent ; corone argentea? cum luminibus XIII, treize couronnes de lumières en argent; en 831, il en reste sept d'argent et sept d'argent doré; columne coram altare sancli Richarii auro et argento parate VI, trabes minores cum arcubus suis argento parate III ; cloccaria auro parafa III, clocce optime XV, cum earum circulis XV (tout cela a été décrit plus haut); schillse III, trois clochettes; imagines eneœ VI, eburnea I, six images d'airain, une d'ivoire; candelebra auro parata II; au lieu de ces deux candélabres parés d'or on trouve en 831 quinze grands candélabres de fer parés d'argent et d'or et sept petits; ostia auro parata VII.
XXVIII. Le vestiaire. — Insuper donavimus ibi pallia oplima LXXVIII, le même nombre reparaît en 831, il ne peut s'agir que de tentures à suspendre devant ou sur les côtés des autels et dans les entrecolonnements; cappas CC, et en 831 ce nombre à deux cent soixante-dix-neuf; dalmaticas sericas XXIIII, dalmatiques en soie qu'on retrouve en 831 au nombre de trente-deux; albas romanas cum amictis suis auro paratas VI, albas lineas CCLX, en 831, on ne prend plus la peine de les compter; les aubes auro paratas étaient ornées de broderies (voir Dictionn., t. i, aux mots Amict et Aube); [casulas de pallio XXX, de purpura X, de storace VI, de pisce I, de platta X V , de cendalo V] l'énumération qui précède entre crochets se trouve dans une copie sans indication du lieu où il faut l'insérer; il s'agit d'un supplément de soixantedeux chasubles ; slolas auro paratas V, cinq étoles rehaussées d'or; janoncs de pallio auro paratos X, il s'agit de corporaux ou de manipules avec parements d'or, ce qu'on appelait janones adofjerendum, dans lesquels on enveloppait la réserve eucharistique; en 831 leur nombre s'était augmenté et l'inventaire mentionne quatorze fanons parés d'or, trois de brandeo, quinze d'étoffe et deux de plus parés d'or. Tantôt le fanon était rigide et orné pour recevoir le corps du Christ, tantôt c'était un morceau d'étoffe servant à s'essuyer la figure; cussinos de pallio V, cinq coussins; saga de pallio V, cinq saies pour porter la patène, quatre seulement en 831.
Ce même inventaire de 831 ajoute quelques articles à la scriptura d 'Angilbert, ce sont capsw reliquiarum aurea; et argenteœ vel eburnea; parata; XXX; ar[c]se majores très et minores III; un flabellum d'argent (voir Dictionn.. t. v, à ce mot); scijphus argenteus major /, minores argentei quatuor, ex aurichalco I, ce sont des coupes de grande dimension; on n'a pu jusqu'ici interpréter avec certitude les tutelli argenti IV; enfin on ne peut voir que des crosses d'évêques ou d'abbés dans le baculus auro, argento et cryslallo paralus I et la prœparatio baculi unius ex cristallo.
L'inventaire contient la mention d'un certain nombre de vêtements liturgiques.
1 Scriptura, dans Chron., 1. II, c. vm, p. 59. On peut consulter Hénocque, Histoire de l'abbaye et de la ville de Saint-liiquier, t. i, 1. III, c. vu, p. 158-164.
RIQU1EH (SAINT)
XXIX. Évangéliaire. — Ce manuscrit (voir Diclionn., t. v, col. 781-782, n. 1) appartient à la catégorie des livres qui se réclament du nom de Charlemagne (voir Dictionn., t. m, col. 703-706), il appartient à la bibliothèque d'Abbeville. Écrit sur vélin pourpré, 32 lignes à la page, tracées à la pointe sèche, pointées sur les côtés, se compose encore de 198 feuillets mesurant 0 m. 35 de haut sur 0 m. 25 de large. Cinq initiales et quatre miniatures à pleine page.
Ce volume est décrit par Angilbert : Evangelium auro scriptum cum tabulis argenteis, auro el lapidibus preliosis miriflee paratum, et par Hariulf, d'après l'inventaire de 831 : Evangelium auro scriptum unum cum capsa argenlea, gemmis et lapidibus fabricata. Dom Victor Cotron, au xvne siècle, dom Grenier au xvme ont admiré et décrit la reliure du volume renouvelée au xve-xvie siècle par l'abbé Eustache Lequieux (1478- 1511); cette parure d'orfèvrerie fut enlevée à la Révolution et remplacée par une broderie de chape.
Le texte débute par le prologue général, les lettres de saint Jérôme à Damase et d'Eusèbe à Carpien, puis viennent les canons ou concordances; en outre chaque évangile est précédé d'un canon en sommaire. « Chaque évangile est précédé d'un prologue et d'un sommaire, écrit dom Grenier. Les titres des prologues et des évangiles sont en lettres romaines minuscules, le commencement des évangiles en lettres romaines majuscules mêlées de quelques lettres conjointes; les lettres grises sur fond d'or sont ornées de figures en couleur de trois natures, rouge, bleue et verte; le tout renfermé dans un encadrement. On voit à la tête de chaque évangile, un tableau de l'évangélisle avec ses attributs... On croirait reconnaître la manière de teindre le vélin, qui était de mettre une feuille de vélin entre deux pièces de toile imbibées de celte couleur que l'on mettait sous la presse; en effet, plusieurs sont encore empreintes de la tissure de la toile. » La lin manque, on lit au fol. 188 : Respondit Thomas et dixit ci Dominus meus et Deus meus. A la suite vient un cahier de vélin de 10 feuillets intitulé : Breviurius lectionum evangelii anni circuli (fol. 189-198). L'état de conservation est parfait en ce qui concerne récriture, la couleur pourpre a, par endroits, tourné au violacé.
liibl. — Martène et Durand, Voyage littéraire de deuxbénédictins, 1717, t. n. p. 175; L.-C. de Belleval, dans .l/<7/!. de la Soc. d'émulation d'Abbeville, 1836-1837, p. 275 sq.; Ern. Prarond, Histoire de cinq villes ri de trois cents villages. Saint Riquier, t. v, p. 205 sq. ; Hénocque, Histoire de l'abbaye et de la ville de Sainl- Riquier, t. i, 1880, p. 173 sq.; Annuaire du département de la Somme pour 1876, p. 435 sq. ; Rigollot, dans Mém. de la Soc. des antiq. de Picardie, t. m. p. 301 ; Aie. Ledieu, Catalogue analytique des mss. de la bibl. d'Abbeville, 1886, p. 3; Catal. génér. des mss. des bibl. des départements, t. ix, p. 409; Notice sur V évangéliaire de Charlemagne, dans Revue de l'art chrétien, 1886. p. 37-48; S. Berger, Hisl. de la Vulgate, 1893, p. 267-
XXX. Bibliothèque. — Il ne s'en est conservé que deux manuscrits, l'évangéliaire que nous venons de décrire et le ms. lai. 13 359 de la Bibl. nat. Cf. L. Traube, dans Abhandlungcn der philos, und philolog. Klasse der kônigl. bayer. Akad. der Wissensch.. t. xix, part. 2, Mûnchen, 1891, p. 329-330; cf. A. Ledieu, dans Rev. de l'art chrét., 1886, p. 49 et L. Traube, op. cit., p. 330; quant à la Chronique d'Hariulf, elle échappa à l'incendie de 1131 et demeura à Saint-Riquier jusqu'au xm<" siècle, mais elle ne s'y trouvait plus à la fin
1 Scriptura Angilberti, dans Hariulf, Chron., 1. II, c. \ m, édit. Lot, p. 58. — 2 Ibid., I. II, c. VIII, p. 60. Si Georges a consacié un autel de Sainte-Marie le S septembre 799, et .Jessé, son successeur, l'autel do saint Raphaël le I septem-
du xv siècle. Sur la destinée de la Chronique, voir
F. Lot, Hariulf. Chronique de l'abbaye de Saint- Riquier, in-8°, Paris, 1894, p. lvii-lxx.
A la suite de la description du trésor, Hariulf avait inséré dans sa Chronique le catalogue de la bibliothèque, 1. III, c. m, qui a été plusieurs fois réimprimé. Cf. dom Luc d'Achery, Spicileqium, t. iv, 1661, p. 482-486; édit. de La Barre, 1727, t. n, p. 310-311;
G. Becker, Catalogi bibliothecarum antiqui, in-8°, Bonn, 1885, p. 24-29; Hariulf, Chronicon, 1. III, c. ni, édit. Lot, p. 89-93.
XXXI. Consécration de l'église. — La basilique et l'oratoire de Saint-Benoît furent consacrés le jour des calendes de janvier (1er janvier) d'une année qui n'est pas connue avec certitude mais qu'on croit être 799, puisque parmi les douze prélats consécrateurs se trouvait Georges, évèque d'Amiens, qui mourut dans le courant de cette année '. Les autels de l'église Sainte- Marie furent consacrés un 8 septembre et parmi les évêques consécrateurs on retrouve le même Georges d'Amiens, donc peut-être aussi en 799. Les autels des trois portes du parvis furent consacrés respectivement, celui de saint Gabriel, le 25 mars; celui de saint Michel, le 29 septembre; celui de saint Raphaël le 4 septembre, ce dernier par Jessé successeur de Georges sur le siège d'Amiens 2.
D'après cela on peut calculer que les constructions d'Angilbert durèrent environ neuf années. Charlemagne suivi de sa cour vint a. Saint-Riquier pour les fêtes de Pâques de l'an 800 et assista à la translation du saint dans sa nouvelle châsse.
De très bonne heure l'église de Sainte-Marie et l'oratoire Saint-Benoît furent abandonnés par les moines pour le service paroissial des habitants. Saint- Benoît dut disparaître dans les guerres du xv siècle; Sainte-Marie demeura jusqu'à la Révolution l'unique paroisse de Saint-Riquier sous le vocable de Notre- Dame; elle a disparu depuis lors 3.
XXXII. Mort d'Angilbert et la ruine de son œuvre. — Angilbert mourut le 18 février 811. Il avait marqué remplacement de sa tombe sous le porche, devant la porte principale, en face de la représentation de la Nativité. Au dire d'Hariulf, on ne pouvait, en pénétrant dans la basilique, éviter de marcher sur cette tombe. Autour de celle-ci on grava ces quatre vers inscrits sur des tables de pierre : le premier a sa tète, le second à son côté gauche, le troisième à ses pieds, le quatrième à son côté droit :
REX requiem Angilberto da pater aique pin* UEX LEX legum vitam eternam illi da quia tu es LEX LYX lucem sempei concède illi buna (/ni es LY X 1WX pacetn illi perpétuant dona es nuoniam P\X
Angilbert n'a pas eu l'étrenne de ces vers composés par Bernoin, évèque de Clermonl (811-823) qui y avait inséré Bernowino à la place à.' Angilberto.
Le 5 novembre 812, l'abbé Ribodon lit exhumer les restes d'Angilbert et les transféra dans la basilique : Simium moleste ferens talon tanlumquc virum quotidiano populi accessu ealcari, reputansque esse justum ut homo Dei intra Dei domum pausaret, levavitque ejus membra sancta el transtulil eo intra basilicam sandi Richarii, où iK reposèrent à l'entrée du chœur où l'abbé Gervin le retrouva. L'ancienne épitaphe fut rapportée en cet endroit et le diacre Micon en lit uni' nouvelle.
lai 8 15, à l'approche des Normands, les moines prirent la fuite emportant le corps de saint Riquier. ils
bre, ce ne pourrait être qu'en 800. Ce Jessô assistait ■> Rome au couronnement de Charlemagne, '-!■"> décembre 800 •G. Durand, clans /.« Picardie historique el monumentaU l. iv, p. 190, 196.