‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 280 sur 477 · ROIS (TITRES DES) — ROIS GUÉRISSEURS · texte numérisé non relu

ROIS (TITRES DES) — ROIS GUÉRISSEURS

témoignage nous est fourni par la lettre du concile d'Orléans au roi Clovis (511) : Domino suo, catholicœ Ecclesise filin Chlothovéeho glorisissimo régi; comparez le IIe concile d'Orléans (529) : cum ex prœceptione gloriosissimoram regum; le Ier concile de Clermont : Consenlienti DOMINO nostro gloriosissimo piissimoque rege Theodeberto; le Ier concile de Màcon (585) : in re.gno gloriosi DoitlNl Guntramni régis; en regard desquels se place le IIe concile d'Orange (529) : Cum ad dedicalionem busiliae quam illuslrissimus prœjectus et patricius filius nosler Liberius in Arausiea civilate fldelissima devotione construxit. Le mot vir manque ici avant illuslrissimus, mais on le trouve dans les autres documents analogues. L'étude des monnaies, des formules de Marculfe, de YHisloria Francorum de Grégoire de Tours, des epistolœ sévi merovingici confirme ces remarques par de nombreux exemples. Jamais le titre de vir inluster n'a été porté par des rois mérovingiens l (voir Dictionn., t. m, col. 966-972).

H. Leclercq.

ROIS GUÉRISSEURS. — I. Le mal des écrouelles. — Nos pères se faisaient de la royauté une opinion bien différente de la nôtre, ils partageaient assez généralement l'antique croyance au caractère sacré de certaines familles royales et consentaient à voir dans les rois chevelus de la dynastie mérovingienne ainsi que dans les rois wisigoths des êtres quasi divins, de véritables demi-dieux — ainsi s'exprime Jordanès — issus de l'Olympe germanique, adoptés comme tels par l'opinion chrétienne, au moyen de quelques textes de l'Ancien Testament complaisamment sollicités par Fortunat et quelques congénères.

Leur pouvoir s'exerçait, croyait-on, sur une affection morbide consistant dans les inflammations des ganglions lymphatiques dues aux bacilles de la tuberculose, affection que la médecine moderne désigne sous le nom d'adénite et que nos ancêtres appelaient bonnement : les écrouelles ; en latin scrojula ou strumœ. Le mal se portait de préférence sur les ganglions du cou, ce qui, faute de soins, pouvait entraîner des suppurations et la face paraissait atteinte. Fncore très répandue de nos jours, cette affection l'était beaucoup plus jadis par suite de mauvaises conditions d'hygiène, et, dans certaines régions, elle était véritablement endémique. Point mortel mais incommode et répugnant, ce mal était une pénible épreuve dont cherchaient à se délivrer ceux qui en étaient atteints, espérant leur guérison d'un remède réputé miraculeux, gratuit et, parfois même, rémunéré lorsque son effet s'était révélé salutaire.

Nous n'avons pas à suivre ici cette longue histoire d'un rite thaumaturgique qui a été pratiqué jusqu'à nos jours, c'est l'antiquité seule qui doit nous retenir et les commencements de ce miraculeux pouvoir, expression tangible de la croyance au caractère sacré de la royauté inséparable des vertus insérées dans l'onction royale. Ainsi se constitua un dualisme tenace qui mit à la base du pouvoir des rois la croyance à un caractère surnaturel. On y découvrait une conséquence du caractère sacré de la famille élue de Dieu dont les membres se succédaient sur le trône par droit héréditaire et en vertu de l'onction religieuse conférée à un membre de cette famille.

A quelle époque ce pouvoir commença-t-il à être exercé? Comment ses détenteurs furent-ils amenés à le

1 .1. Havot, dans Biblioth. de l'École des Charles, t. xlviii, 1887, p. 127-131; cf. «eu. crit., 1885, t. n, p. 21-27. - 8 M. Bloch, Les rois thaumaturges. Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, in-8°, Strasbourg, 1924. — 3 Guillaume Du Peyrat, L'histoire ecclésiastique à la cour ou les antiquitez et recherches de la chapelle et oratoire du rog

revendiquer? Comment les peuples consentirent-ils à le reconnaître et à l'invoquer? C'est ce qu'il nous reste à dire sommairement 2.

IL Les deux premières races. — Est-il possible de trouver un témoignage de la puissance guérisseuse avant les Capétiens? On se l'est demandé dès le xvie et le xvne siècles et on n'a pu en apporter un seul. Un jour de Pâques, à Fontainebleau, où il avait touché les écrouelles, Henri IV posa cette question à son dîner et son aumônier Guillaume Du Peyrat se prononça pour la négative 3. Ses contradicteurs n'apportèrent pas, et pour cause, le témoignage demandé et si complètement inconnu que personne, depuis lors, ne l'a produit. Cependant quelqu'un s'avisa de soutenir à cette époque l que le roi Clovis, le premier, avait guéri les écrouelles; mais c'était un juriste méridional, du nom d'Etienne Forcatel, auteur d'un Traité de l'empire et la philosophie des Français, paru en 1579. On y lit que Clovis avait un écuyer qu'il aimait beaucoup; cet homme appelé Lanicet fut atteint des écrouelles; il essaya en vain de divers remèdes, notamment, et par deux fois, de celui que prescrit Celse, qui est de manger un serpent. Alors Clovis eut un songe, il se vit guérissant Lanicet par simple attouchement; en même temps sa chambre paraissait se remplir d'une flamboyante lumière. Aussitôt réveillé, après avoir rendu grâces à Dieu, il toucha en effet l'écuyer dont, bien entendu, le mal disparut '". Ce conte fit fortune, mais il est superflu d'ajouter qu'il n'en vaut pas mieux.

C'est donc chez Grégoire de Tours que nous lisons pour la première fois, à propos du roi Gontran, fils de Clotaire Ier, la mention d'un pouvoir guérisseur attaché à la personne royale : « On racontait communément, parmi les fidèles, dit-il, qu'une femme, dont le fils, souffrant d'une lièvre quartaine, gisait sur son lit de douleur, s'était glissée à travers la foule jusqu'au roi et, l'approchant par derrière, lui avait arraché sans qu'il s'en aperçût quelques franges de son manteau royal; elle les mit dans l'eau et fit boire cette eau à son fils; aussitôt la fièvre tomba, le malade guérit. Je ne mets pas, pour ma part, la chose en doute •, » Après ce prince que Grégoire considère comme exceptionnellement pieux, cette vertu semble s'évanouir, en tout cas elle met longtemps avant de reparaître. Fntre le vic et le XIe siècle, pendant la durée des dynasties mérovingienne et carolingienne on ne découvre nulle trace de ce qui va devenir un des principaux lustres de la dynastie capétienne. De Louis NT à Louis IX les documents sont également muets mais cela est. du moins, explicable.

III. Les guérisseurs capétiexs. — 11 faut arriver au début du xic siècle pour rencontrer une allusion à de telles guérisons. La vie du roi Robert le Pieux, second monarque capétien, a été écrite par le moine Helgaud. C'est une sorte de vie de saint oii on nous montre ce roi, pendant un carême, à la fin de sa vie, visitant les sanctuaires fameux de Bourges, Souvigny, Brioude, Saint-Gilles, Castres, Toulouse, Saint-Antonin, Concilies et Aurillac. • Dans ce voyage il distribua beaucoup de biens aux sanctuaires et sa main s'ouvrit largement pour les pauvres, lai ces terres, il trouva beaucoup d'infirmes et particulièrement des lépreux: mais cet homme de Dieu ne les eut point en horreur, puisqu'il axait lu dans les saintes Écritures que le Christ axait reçu souvent l'hospitalité sous

de France, in-40, 1645, p. 817. — 4 Un peu auparavant, le 30 nox-embre 14.")!), a Mantoue, devant le pape fie II. lis ambassadeurs de Charles VII s'exprimaient comme s'ils croyaient cpje Clovis eût guéri les écrouelles. Cf. D'Achery, Spicilegium, in-fol., 1723, t. m, p. 821, col. 2. Cf. M. Bloch, op. cit., p. 140-141, noie 1. — « M. Blooh, op. cit., p. 358. — ' Grégoire de Tours, Hist. Franc, 1. IX, c. xxi.

ROIS GUERISSEURS

l'apparence d'un lépreux. Il allait vers eux avec allégresse, leur baisant les mains et louant en tout le Seigneur... La vertu divine accorda à cet homme parfait une telle grande grâce pour guérir les corps que, en touchant de sa très pieuse main les plaies des malades et les marquant du signe de la croix sainte, il leur enlevait toute douleur et maladie '. » Dom Bouquet et ses collaborateurs ont vu dans ce passage la première mention de la guérison des écrouelles : En origo forsan prerogativœ qua slrumosis valere gaudent Francorum reges. On partage leur avis 2, puisqu'il est question du « toucher » des malades et du signe de croix fait sur leurs plaies. Mais Robert a-t-il acquis ce pouvoir en qualité de roi? Non pas. Robert est un saint, doué de toutes les vertus chrétiennes, canonisé par la voix publique, puisqu'à son époque il n'était pas encore besoin d'une décision officielle pour être inscrit au nombre des saints; et dans quelle circonstance accomplit-il ces prodiges? Dans un pèlerinage fait, au déclin de sa vie, aux sanctuaires les plus vénérés de la Gaule et où les vertus des saints Etienne, Julien, Gilles, Antonin, de sainte Foi, etc., semblent passer en quelque sorte en lui. Mais, et voici le fait difficile à expliquer, Robert va transmettre ce don à ses successeurs. Philippe Ier (1060-1108) va se spécialiser dans la guérison des écrouelles.

Or, vers le début du xne siècle, le monastère de Saint-Médard de Soissons prétendait posséder une dent de lait de Notre-Seigneur 3, ce qui parut être une supercherie à l'abbé de Nogent-sous-Coucy, un certain Guibert, lequel ne manqua pas d'accuser ses voisins en un traité : De reliquiis sanetorum 4, où il écrivit à propos de Louis VI (1108-1137) : « N'avonsnous pas vu notre seigneur, le roi Louis, user d'un prodige coutumier? J'ai vu de mes propres yeux des malades souffrant d'écrouelles au cou, ou en d'autres parties du corps, accourir en foule pour se faire toucher par lui — toucher auquel il ajoutait un signe de croix. J'étais là, tout près de lui, et même je le défendais contre leur importunité. Le roi cependant montrait envers eux sa générosité innée; les attirant de sa main sereine, il faisait humblement sur eux le signe de la croix. Son père, Philippe, avait exercé aussi, avec ardeur, ce même pouvoir miraculeux et glorieux; je ne sais quelles fautes commises par lui le lui firent perdre. » Nul doute que Guibert ne crût que ces «je ne sais quelles fautes » étaient le double commerce adultère de Philippe Ier avec Bertrade de Montfort, ce qui avait valu au roi l'excommunication et diverses maladies ignominieuses.

Ce texte de Guibert est unique et on ne trouve le témoignage d'autres guérisons opérées par les rois de France que sous le règne de saint Louis (1226-1270); ainsi, à défaut du traité De reliquiis sanetorum, nous serions portés à croire que saint Louis fut le premier monarque guérisseur. Mais le moine Helgaud et l'abbé Guibert sont formels et nous savons que Robert le Pieux guérissait les malades, ainsi que ses successeurs; toutefois la vertu dynastique se précisa peu à peu. On en vint à se dire que le toucher royal était souverain, non contre toutes les maladies indistinctement, mais particulièrement contre l'une d'elles. Dès le règne de Philippe Ier la conviction était faite et la transformation accomplie. Le mal pourchassé, très répandu, s'appelait les écrouelles.

IV. Origine du rite. — Le prodige est anglais autant que français. Si on recherche la raison de l'apparition du rite en France à une date quelconque, on ne peut le tenter qu'après avoir fixé la date de ce rite pour l'Angleterre. Ce pays a possédé, lui aussi, un roi en grande réputation de sainteté. Guillaume de Malmesbury, dans son Historia regum, et trois liagiographes, dont Osbert de Clare, ont raconté sa vie. Il s'appelait

Edouard le Confesseur, fils d'Éthelred, qui, après avoir passé sa jeunesse en Normandie, le pays de sa mère, au temps même où Robert le Pieux étaitroi en France, gouverna l'Angleterre de 1035 à 1066 et fut le dernier souverain de la race saxonne. Or, tous les documents cités racontent qu'une jeune femme, atteinte au cou d'un mal affreux, d'une enflure répandant une odeur infecte, était allée demander au roi Edouard sa guérison; que celui-ci toucha les parties malades, faisant sur elles plusieurs signes de croix et qu'une semaine après, elle fut entièrement guérie et donna un enfant à son mari. Ce miracle était alors nouveau en Angleterre; mais Edouard l'aurait accompli déjà à plusieurs reprises alors qu'il vivait en Normandie. Tous ces textes sont postérieurs à la mort du roi saxon ; ils ne remontent qu'au début du xne siècle. Les contemporains d'Edouard croyaient-ils déjà à ce miracle, ainsi que les contemporains de Robert? Certainement les Anglais y croyaient vers 1 120 et le roi Henri Ier, comme son contemporain Louis VI, prétendait guérir les écrouelles. Même la question se posait de savoir à quel titre Edouard accomplissait ce miracle. Guillaume de Malmesbury écrit : « Quelques-uns prétendent faussement que ce roi avait le pouvoir de guérir cette maladie, non en vertu de sa sainteté (non ex sanctitate), mais à titre héréditaire comme un privilège de race royale (ex regalis prosapiœ hereditate). Et, en dépit de Guillaume, c'est cette dernière opinion qui triompha au temps de Henri II Plantagenet (1152-1189). Pierre de Blois, qui vivait à la cour de ce souverain, écrivait : « Le roi est saint et le Christ est Dieu : ce n'est pas en vain qu'il a reçu le sacrement de l'onction royale : l'efficacité en est amplement démontrée par la guérison des écrouelles ».

V. Conséquences du rite. — C'est dans le caractère sacré de la royauté qu'il faut chercher l'explication de l'attribution du pouvoir guérisseur aux rois. A partir de l'avènement de la dynastie carolingienne, la monarchie, par l'onction liturgique, parut marquée d'un sceau divin. De ce que les souverains étaient touchés par l'huile sainte, certains, comme Pierre de Blois, en conclurent qu'ils pouvaient accomplir des miracles. Le peuple acquiesça.

Cependant, le rapport entre l'onction et le pouvoir guérisseur ne parut pas dès l'abord. D'autres circonstances durent intervenir pour le mettre en évidence. Nous avons vu qu'en France ce pouvoir est d'abord réclamé par Robert le Pieux. Il n'est pas invraisemblable que ce roi ait eu recours à quelque manifestation inédite jusqu'alors pour rehausser l'éclat de son nom et se faire un titre de légitimité. Sa grande réputation de piété aura fait le reste. En Angleterre, nous venons de voir qu'il n'y a aucune raison de croire que les rois anglo-saxons, pas plus Edouard le Confesseur que ses prédécesseurs, aient jamais prétendu, en tant que rois, guérir les scrofuleux; il est certain que Henri II exerça ce pouvoir; il est vraisemblable que Henri Ier se l'appropria déjà et que, voulant le justifier, il le mit à l'abri d'un grand nom, celui de saint Edouard; mais le premier roi médecin n'apparaît que soixante-neuf ans après la mort de Robert le Pieux.

Dès le temps de la décadence carolingienne, les écrivains ecclésiastiques, Hincmar en tête, ne manquent pas, dans l'intérêt de la prédominance de l'Église sur les princes temporels, d'insister sur ce point que le pouvoir royal et son caractère sacré étaient les conséquences de l'onction sainte. Les exagérations de certains auteurs qui en vinrent, au cours des xie et xne siècles, à proclamer le caractère sacerdotal de la royauté, ne manquèrent pas de jeter

1 P. L., t. cxli, col. 931. — 2 M. Bloch, op. cit., p. 37-40. — 3 P. L., t. clvi, col. 651. — ' P. L., t. clvi.

KO IS GUERISSEURS

l'alarme parmi les milieux ecclésiastiques, ceux-là particulièrement où l'on se prononçait pour la réforme grégorienne; une réaction en fut la suite inévitable en vertu de laquelle on se refusa à voir dans les rois autre chose que des autorités temporelles et surtout on s'insurgea contre l'idée d'une transmission héréditaire du caractère surnaturel du pouvoir royal. Dès lors, les deux tendances durèrent parallèlement et se recrutèrent de partisans convaincus. Dans les milieux gravitant autour des théories et des intérêts ecclésiastiques on se montra carrément — parfois même agressivement — favorable au pouvoir spirituel et on nia la part de l'hérédité dans le caractère réputé surnaturel de la royauté; tendance qui persista dans les milieux populaires, fortement imprégnés d'opinions soutenues par le clergé. Qu'on se souvienne de l'état de l'opinion publique au xve siècle et tout spécialement des idées de Jeanne d'Arc sur le dauphin Charles avant son sacre à Reims. D'autre part, dans les milieux fréquentant l'entourage du roi, les légistes inculquaient la valeur exclusive de l'hérédité, n'accordant à l'onction que le rôle d'une confirmation solennelle et aboutissant à entraîner à leur suite même des canonistes, comme ce Felino Sandei qui ne trouve au caractère surnaturel et au pouvoir thaumaturgique de la royauté, d'autre explication que la vis parentelse.

VI. Application du rite. — Le rite est d'autant plus impressionnant qu'il est plus simple. En France comme en Angleterre, les rois posent la main sur les malades ou sur leurs plaies et font ensuite le signe de la croix sur la place touchée. Toutefois, peu à peu, le rite se développe jusqu'à prendre place parmi les imposantes cérémonies où paradent dans une majesté quasi sacerdotale les monarques absolus. A partir du xvie siècle, les rois de France font usage d'une formule consacrée : « Le roi te touche, Dieu te guérisse 1. » Quoi qu'on pense de la relation indiquée par ces mots, on ne peut que reconnaître qu'elle est profondément respectueuse. Ce ne fut pas seulement à l'occasion de son sacre que le roi « touchait », mais à différentes fêtes de l'année.

Et ceci entraîna des conséquences administratives imprévues. Pour la France, on peut encore constater dans les livres des comptes où l'on annotait soigneusement les aumônes données aux malades « touchés », la popularité du pouvoir guérisseur des rois. Des centaines de personnes, appartenant à toutes les classes sociales, vinrent chaque année de toutes les parties du pays, demander leur guérison aux rois. Même pendant les xive et xve siècles (période dont on n'a pas conservé les livres de comptes), la foi aux miracle royal survivait victorieusement aux tourmentes politiques et à la crise des monarchies française et anglaise. Pendant cette époque, des médecins, par exemple celui de Philippe le Bel, contribuèrent par leurs attestations à accréditer la croyance au pouvoir guérisseur des rois. A partir de ce règne les ecclésiastiques de France se rangèrent aux idées soutenues par la royauté et les prédicateurs tout autant que les publicistes et les historiens parlèrent abondamment du « miracle royal ». Sous Charles V ils en vinrent à détailler les cas de guérison opérées par le roi.

VIL La destinée du rite. — 1° En France. — Saint Louis touche et guérit les écrouelles qui, à cette époque, s'appellent le «mal royal». Son petit-fils, Philippe le Bel, prince très pieux nonobstant les difficultés qu'il eut avec le pape, très imbu de l'idée du droit divin des rois, croit lui-même à son propre pouvoir guérisseur en vertu de l'onction sainte qui l'a revêtu d'un caractère sacerdotal ou qu'il tient pour tel.

1 Cet emploi du subjonctif no semble dater que du sacre de Louii XV. Cf. M. Bloch, op. cit., p. 399-400. — • M. Bloch, op.

Philippe VI de Valois, en est tout autant persuadé, lui qui, en 1344, s'est fait accorder par le pape Clément VI la prérogative de communier à la messe sous les deux espèces, comme un prêtre, Charles V proclame la vertu guérisseuse dans une charte solennelle rendue en 1380 en faveur du chapitre de Reims : « Dans la sainte église de l'illustre cité... aux jours de la consécration et du couronnement, Dieu étant propice, nous reçûmes l'onction par laquelle, sous l'influence de la clémence divine, une telle vertu et une telle grâce sont répandues dans les rois de France que, par le seul contact de leurs mains, ils défendent les malades du mal des écrouelles : chose que démontre clairement l'évidence des faits, éprouvée sur des personnes innombrables 2 ». Ces mêmes miracles sont invoqués, sous Charles VII et Louis XI, par les ambassadeurs à la cour pontificale pour prouver la légitimité du pouvoir que leurs maîtres revendiquent sur l'Église. François Ier touche les écrouelles à des jours fixes, aux grandes fêtes du calendrier liturgique. Lorsque, prisonnier à Pavie, il aborda en Espagne, une foule de scrofuleux se présentèrent devant lui dans l'espoir d'être guéris. Le miracle continua. La relation du sacre de Louis XV (29 octobre 1722) imprimée dans la Gazette de France 3 mentionne la présence de plus de 2 000 malades présentés au roi dans le parc de Saint- Remi de Reims; Louis XVI en vit accourir 2400 à son sacre; mais l'an 1789 mit fin à l'exercice du don guérisseur. On eut quelques difficultés à le galvaniser en 1825 pour le sacre de Charles X qui, le 31 mai, « toucha » entre 120 et 130 malades 4, et les sœurs de l'Hospice Saint-Marcoul ne découvrirent sur ce nombre que 8 cas de guérison dont 5 certains, d'après un procès-verbal en date du 8 octobre.

2° En Angleterre. — Dans ce pays, à partir d'Henri II Plantagenet, tous les rois exercèrent leur pouvoir guérisseur ou réputé tel; les malades « signés » par le roi recevaient chacun une gratification; on a pu en retrouver la trace d'après les comptes 6. Sous Henri VIII, même après la rupture avec la papauté, et sous Edouard VI le rite continua à être observé. Elisabeth continua la tradition après avoir éliminé du rituel la Vierge et les saints. Jacques Ier et Charles Ier se refusèrent au signe de croix sur les parties malades. Après sa restauration, Charles II reprit l'ancien usage et Jacques II, catholique, revint aux prières latines, à l'invocation de la vierge Marie et des saints au signe de croix. Même après le règne de Guillaume III, la reine Anne renoua la tradition selon le rite protestant; elle « toucha » encore le 27 avril 1714, quelque temps avant sa mort. Désormais, la seule famille du prétendant Jacques III Stuart, Charles-Edouard et le cardinal Henri continuèrent le geste qui cessa avec la mort de ce dernier, en 1807.

VIII. A propos de saint Marcoul. — En France, vers la fin du Moyen Age, le culte d'un saint, saint .Marcoul, vint se mêler inextricablement à la croyance au miracle royal '. Dans une localité du diocèse de Coutances, nommée Nant, se trouvait à l'époque mérovingienne un monastère où l'on montrait la tombe d'un abbé Marculphus. L'abbaye fut détruite par les Normands et les moines fugitifs emportèrent les reliques du saint à Corbeny, sur les pentes qui descendent du plateau de Craonne. Ces reliques ne tardèrent pas à procurer des miracles variés, mais saint Marcoul, ou ses religieux, jugèrent préférable tic se réserver une spécialité suggérée par son nom : Marcoul devint guérisseur du mal au cou, c'est-à-dire de la scrofule, ce qui lui valut une grande popularité vu la Ircquence des écrouelles. Ce fut, dès lors, à qui possédées., p. 135. — ' Id., ibid., p. 397. — « Id., ibid., p. 10 1, l'J l. — « Id., ibid., p. 435-445. — • M. Hloch, op. cit., p. 261 -30S.

ROIS MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS

rait une relique du thaumaturge. Il va de soi qu'il opérait de préférence à Corbeny où affluaient les malades qui ne s'en allaient point sans leur provision de médailles en argent ou en fer-blanc avec l'effigie du saint guérisseur, ou bien encore de petites bouteilles contenant de l'eau dans laquelle une relique avait trempé. Or, il arriva que le roi Jean le Bon, au retour de la cérémonie de son sacre, s'arrêta à Corbeny; ce fut une habitude prise par ses successeurs qui occupèrent ce bref loisir par un toucher d'écrouelles. Dès lors on ne sut plus bien précisément si le roi guérissait le mal en vertu de l'onction royale de Reims ou en vertu d'une délégation du saint guérisseur. Les écrouelles s'appelaient tantôt le « mal royal », tantôt le « mal Saint-Marcoul ». Les chanoines de Reims soutenaient la première explication, les abbés de Corbeny la seconde, ce qui provoqua de plaisantes controverses, tandis que le public acceptait l'une et l'autre croyance sans chercher à les concilier.

H. Leclercq.

ROIS MÉROVINGIENS ET CARO- LINGIENS. — I. Dessein de ce travail. IL Pharamond. Le « tombeau de Pharamond ». III. Clodion. IV. Mérovée. V. Childéric. VI. Basine. VIL Clovis I". VIII. Childebert Ier. IX. Clotaire I". X. Radegonde. XL Clodomir. XII. Théodebert Ier. XIII. Clodoald. XIV. Charibert I". XV. Sigebert I". XVI. Chilpéric Ier. XVII. Frédégonde. XVIII. Dagobert. XIX. Chlodobert. XX. Clotaire IL XXI. Dagobert Ier. XXII. Berteildis. XXIII. Clovis IL XXIV. Childéric II. XXV. Clotaire III. XXVI. Thierry III. XXVII. Clovis III. XXVIII. Childebert III. XXIX. Chilpéric IL XXX. Childéric III. XXXI. Pépin le Bref. XXXII. Charlemagne.

I. Dessein de ce travail. — Il ne s'agit pas de retracer ici l'histoire de la royauté en France, ni celle de chacun des rois qui appartinrent à la première race; ce serait entreprendre un sujet étranger aux études du Dictionnaire d'archéologie. Pour ne pas sortir de son cadre, nous devons seulement établir une liste sommaire des monuments figurés qui se rapportent aux princes mérovingiens et aux premiers souverains de la dynastie carolingienne. Un certain nombre parmi eux ont déjà été décrits ou figurés, nous ne ferons qu'y renvoyer parmi d'autres qui feront l'objet d'une notice.

IL Pharamond. — Après avoir fait belle figure pendant des siècles en tête de la dynastie, ce personnage n'est plus aujourd'hui qu'une ombre et son existence même est contestée '. Il n'est pas mentionné dans VHistoria Francorum de Grégoire de Tours dont les sources remontent directement à l'époque présumée de son règne 2. Il n'est pas nommé davantage dans la compilation dite de Frédégaire, suivant laquelle le premier roi des Francs aurait été Teudemaris filins Richimeris 3. Il apparaît pour la première fois dans une chronique datée de 727, qui porte le titre de Liber historiée Francorum *; on y voit aux chapitres vi

1 G. Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens, in-8°, Paris, 1893, p. 135-137. — s G. Monod, Étude critique des sources de l'histoire mérovingienne, p. 83. — 3 Id., ibid., 2e partie, p. 88. — * B. Krusch, dans Monum. Germ. hist., Scriptores rerum inerovingicarurn, t. u, p. 244-245. Le Liber historiœ Francorum figure dans le Rec. des liistor. de la Gaule de Bouquet, t. n, p. 542 et dans P. L., t. xcvi, col. 1421. — s Br. Krusch, op. cit., p. 215 sq., et surtout G. Kurth, Études jranques, 1919, t. i, p. 31-65. — • Grégoire de Tours mentionne un prêtre du nom de Faramodus, frère de l'évêque de Paris Ragnimodus et qui brigua sa succession. Script, rer. merov., t. i, p. 438. Il y eut un Pharamond évêque de Maëstricht (673-680) et un autre évêque de Cologne (710-713) d'après Fôrstermann, Altlioclideutsch.es Namenbuch, Bonn, 1900, t. i, col. 498; cf. Script, rer. merov., t. vi, p. 303, 357, 361, 395, 409, 412, 413; .1. Demarteau,

et v comment les Francs se rattachent aux Troyens (voir Dictionn., t. v, col. 2118-2122), et par quelle suite d'événements la royauté passa du Troyen Priam à son fils Marcomir, puis à son petit-fils Pharamond, pour échoir à Clodion, son fils. Cette généalogie est des plus suspectes. Elle a été visiblement arrangée par l'auteur anonyme du Liber historiœ Francorum (un moine neustrien, et même selon toute apparence un Parisien 5), pour justifier l'origine troyenne des Francs et combler une lacune gênante entre Priam, ancêtre supposé de la dynastie, et le premier roi connu dans l'histoire, Clodion. Le nom de Pharamond est d'ailleurs un nom véritable; il est porté par plusieurs personnages de l'époque mérovingienne 6, et il se révèle à l'analyse comme authentiquement germanique '. Dans les chroniques des siècles qui suivent, le roi Pharamond prend décidément place parmi les rois des Francs 8 avec une filiation, il est vrai, un peu flottante 9; et l'époque de son règne se fixe aux environs de l'an 420. En Grande-Bretagne, Guillaume de Malmesbury10 et Henri de Huntingdon u mentionnent son avènement à la date de 425; Matthieu de Westminster18 à la date de 421. Mais tout cela ne saurait remplacer le témoignage initial et contemporain qui fait défaut.

« En Irlande aussi, Pharamond semble avoir été connu, et dans des conditions qui ont été considérées par d'excellents esprits comme une garantie d'authenticité pour l'existence de ce monarque. A la fin d'une étude qui touche à cette question, Sir Samuel Ferguson u s'étonne du scepticisme excessif que les historiens français manifestent à l'égard du premier de leurs rois. Et un historien aussi scrupuleux que J.-B. Bury ll estime que le témoignage de la tradition irlandaise est de nature à établir la réalité historique de Pharamond. Il y a lieu d'examiner de près comment se présente ce témoignage.

C'est ce qu'a fait M. J. Vendryes qui conclut en ces termes : » En admettant que, sous le nom de l'ermite Formanus se cache vraiment le roi Pharamond, la mention de ce prince dans VAided Dathi se dénonce comme n'étant pas antérieure au ixe siècle. Elle a vraisemblablement été tirée d'une chronique continentale qui enregistrait Pharamond dans la liste des rois francs. L'idée que le texte irlandais conserverait la tradition orale d'événements remontant au début du v« siècle est de tout point inadmissible; dans sa forme comme dans son fond, ce texte a été manifestement combiné d'éléments disparates et en partie tardifs. La tradition irlandaise ne peut donc être considérée comme fournissant en faveur du premier roi de France un témoignage direct, indépendant des autres. Ce témoignage a tout juste la valeur de la source d'où il est tiré; c'est assez dire qu'il n'authentifie pas Pharamond 16. »

Le « tombeau de Pharamond ». — Dans son Discours sur les anciennes sépultures de nos rois18, Mabillon écrit que « dans une ancienne généalogie citée par Chifllet l7

La plus ancienne vie de saint Lambert, 1890, p. 153, 156. — ' Henning, dans Zeitschrift fur deutsches Altertum, t. xxxvn, p. 304-317. — 9 Monum. Germ. hist., t. xi, p. 376; t. xxxi, p. 151, 620; Dom Bouquet, Recueil, t. Il, index onomastique. — " Il est donné comme fils de Marcomir. tantôt de Priam ou de Sunno. — l0 Willelmi Malmesbuiïensis, De gestis regum Anglorum, édit. Stubbs, t. i, 1887, p. 70. — 11 Henrici Huntendunencis, Historia Anglorum, édit. Th. Arnold, 1879, p. 38. — ia Flores historiarum, édit. H.-R. Luard, 1890, p. 204. — » On the legend of Dathi, dans Proceedings of the rogal Irish Academg, t. n, 1879-1888, p. 183. — " J.-B. Bury, Lifeof saint Patrick, in-8°, Londres, 1905, p. 35 1 . — ls J. Vendryes, Pharamond,roi de France, dems la tradition irlandaise, dans Mélanges d'histoire du Moyen Age offerts à F. Lot, in-8°, Paris, 1925, p. 743-767. — » Ouvrages posthumes, t. il, 1724, p. 43-58. — " Anastasis Childerici, p. 5.

ROIS MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS

il est dit que Pharamond a été inhumé à la manière des barbares, barbarico rilu, hors les murs de la ville de Reims, du côté de Laon, sur un petit monticule que l'on appelle en latin « Pyramide », dit cet auteur. Mais outre que cet anonyme ne paroit pas de grande autorité, les gens du pays ont donné de tout temps à ce monticule le nom d' « arènes » et non de « pyramide » dont il n'a point du tout la figure, et Bergier, célèbre auteur rémois [l'auteur de YHisloire des grands chemins], prétend conformément à l'ancienne tradition du pays que c'est un reste d'un amphithéâtre... Il y auroit peut-être plus d'apparence, s'il étoit certain que Pharamond ait été inhumé auprès de Reims, de dire qu'une certaine butte ou monceau de terre, que l'on voit hors de la ville, derrière l'abbaye de Saint-Nicaise, est un monument que l'on a élevé sur sa sépulture. Car sans doute que cette butte a été faite à dessein pour quelque sujet semblable... mais comme personne jusqu'à présent n'a eu la curiosité de fouiller en cet endroit, on ne peut dire au vray si cela a été fait pour Pharamond ou pour quelqu'autre payen l. » On peut le dire aujourd'hui, les fouilles ont été faites (voir Dictionn., t. xn, col. 332).

III. Clodion. — Celui-ci est le premier roi connu des Francs. On n'a aucune raison de lui attribuer une « chanson » (voir Dictionn., t. xi, col. 2039) et nous avons dit tout ce qu'on sait de lui (voir Dictionn., t. v, col. 21G4-21G5). Aucun souvenir ne se rapporte à lui, que celui de sa résidence : Dispargum, donUnous disions : « Non identifié; à chercher sur la rive gauche du Rhin entre Cologne et la mer » (voir Dictionn., t. ix, col. 824). Essayons de préciser. L'invasion dirigée par ce roi se place vers 445 et Grégoire de Tours écrit à ce sujet vers 574, dans son Historia Francorum, 1. II, c. ix : « Plusieurs rapportent que les Francs sont sortis de la Pannonie, qu'ils se fixèrent d'abord sur les pays qui bordent le Rhin, qu'ensuite ayant traversé le Rhin, ils passèrent dans la Thoringie (transacto Hheno Th'oringiam transmeasse), et que là, ils élurent, par cantons et par cités, des rois chevelus sortis de la première et pour ainsi dire de la plus noble famille d'entre eux. Ce qui est prouvé quant aux victoires de Clovis, car nous lisons dans les Fasti consulares (pie Théodemer, roi des Francs, fils de feu Ricimer, et sa mère Aschila, furent mis à mort par le glaive. On rapporte que le roi des Francs était alors Clodion, homme très vaillant et très illustre dans sa nation; il habitait le camp de Dispargum, qui est sur la frontière des Thoringiens (qui apud Dispargum castrum habitabat quod est in termino Thoringorum). Dans ces mêmes contrées, vers le Midi jusqu'à la Loire, habitaient les Romains. Au-delà de la Loire dominaient les Goths. Les Burgondes, attachés à la secte des ariens s'étaient fixés sur l'autre rive du Rhône qui baigne la cité de Lyon. Ayant envoyé des éclaireurs vers la ville de Cambrai et fait explorer tout le pays, Clodion se mit en marche, écrasa les Romains, s'empara de la ville. Après y avoir demeuré peu de temps, il occupa tout le pays jusqu'à la Somme. •

On suit les étapes de Clodion : Pannonie, rive droite du Rhin, traversée du fleuve, établissement en Thoringie, puis à Dispargum situé à la frontière de ce pays qui ne peut être que la T ongrie, c'est-à-dire la I lesbaye et Campine actuelles. La ville de Louvain appartenait à la Hesbaye et la frontière de la T ongrie devait se trouver à l'ouest de cette ville, en suivant à peu près le cours de la Dyle, ce qui nous conduit à 2 km. 500 environ de Duisbourg, près de Tcrvueren, commune éloignée seulement de 3 lieues de la Toxandrie, le pays

1 H. Judart, Doux Jean Mabillon, in-8°, Reims, 1879, p. 61-62, en était encore à ce point. — a F. Rauuekeis, Oescliiedkundig ouerzicht der yinieente Zeelheni, 1889, p. 8-9.

de Tessenderloo, localité où l'on a retrouvé des antiquités franques. Dans ces parages se trouvait le premier établissement des Francs Saliens attesté par la persistance de noms caractéristiques, tels que Franschbroek (marais des Francs) à Lummen; Seelbempden (prairie des Saliens) à Herck-la- Ville; Zeelhem, pour Salighem (séjour des Saliens) 2. C'est donc à Duisbourg, près de Tervueren, qu'il faut placer le Dispargum de Grégoire de Tours.

Ce point a été contesté pour de mauvaises raisons. Grégoire de Tours écrivait au yie, c'est seulement au vne que Frédégaire écrit : Chlodio, utilissimus vir in gente sua, qui apud Esbargem castrum residebat quod est in termino Thoringorum. Aimpin, au ixe siècle, renonce à Esbargem et revient à Disbargum et se garde bien de dire que les Francs passèrent le Rhin pour aller de Dispargum à Cambrai. Vient alors Hincmar qui, dans sa Vita S. Remigii, remplace Thoringia par Turingia qu'il nomme regionem Germanise parce qu'il la croit sur la rive droite du Rhin. De là, les Gesta regum Francorum, ixe siècle, qui écrivent qu' « après la mort de Pharamond, Clodion, son fils, fut élevé dans le royaume de son père. En ce temps commencèrent à régner les rois chevelus. Entrant en fuyant aux frontières des Thoringiens, ils y résidèrent. C'est pourquoi le roi Clodion habitait dans le château de Dispargum, aux frontières des Thoringiens, dans une contrée de la Germanie. Pour cette raison toutes les contrées qui sont au-delà du fleuve du Rhin sont désignées sous ce nom : Germanie; en Germanie, les hommes sont énormes, la race méchante et la population indomptée et féroce... Quant au roi Clodion, il envoya des explorateurs de Dispargum, château des Thoringiens, jusqu'à la ville de Cambrai; puis il passa le Rhin avec une grande armée, et ayant exterminé beaucoup de Romains, il mit en déroute les ennemis. » On vient de lire j>ost Rhenum transiens, ce qui a permis de soutenir que Clodion avait quitté Dispargum avant de traverser le Rhin. Les Gesla poursuivent leur récit : « Étant entré dans la Forêt Charbonnière, Clodion s'empara de la ville de Tournai, d'où il s'avança jusqu'à Cambrai, y demeura quelque temps, extermina les Romains qu'il y trouva et occupa tout le pays jusqu'à la Somme. » Or ici les Gesta disent avec raison que Clodion traversa la dite forêt qui s'étendait jusqu'au centre du Brabant actuel, aux environs de Bruxelles. Il est donc naturel qu'en quittant Duisbourg, près de Tervueren, l'armée franque ait dû s'engager dans cette forêt pour se diriger vers Cambrai, elle aura suivi la route de Duisbourg à Gembloux (Geminiacum) pour atteindre la grande chaussée militaire de Cologne à Bavay qui la menait jusqu'à Cambrai.

C'est donc par suite d'une confusion entre la Thuri iiLie en Saxe et la Tongrie en Hesbaye qu'on a fait traverser le Rhin à Clodion pour se rendre de Dispargum à Tournai. Au ixc siècle, la distinction d'une Thuringe en Germanie et d'une Thoringie en Germanie IIe n'était plus comprise 3.

IV. Mérovée. — Un nom, sans plus, mais appelé à Impatroniser une race et à marquer une civilisation. Aucun monument qui se rattache au personnage (voir Dictionn., t. v, col. 2104-2165; t. xi, col. 2039).

Y. Childéric Ier. — Nous n'avons pas à parler ici du règne (voir Dictionn., t. v, col. 2105-2166). La découverte du tombeau, le 27 mai 1653, révéla à l'archéologie la plus prodigieusement riche de toutes les tombes royales connues et donna un ensemble de monuments qui demeurent parmi les plus instructifs pour l'histoire des arts industriels. Nous en avons dit

— * A. de Dornon et A. de Loê, En quel lieu faut-il placer le • Dispargum », séjour de Clodion indiqué par Grégoire de Tours?, in-8°, Anvers, 1893.

ROIS MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS

quelques mots déjà (voir Diclionn., t. vi, col. 807, fig. 4935; t. xii, col. 2533-2546, fig. 9173, 9177), ici nous n'aborderons que la seule question de l'anneau sigillaire, capitale pour l'iconographie de Childéric Ier. Le monument n'existe plus, mais il est possible de le reconstituer. Le sceau consistait en un ovale de 0 m. 021 présentant un buste d'adulte, la tête de face, aux longs cheveux partagés par moitié sur le sommet du front et retombant sur les épaules de façon à encadrer le visage imberbe. Le personnage est vêtu de la tunique romaine décorée d'une plaque à cabochons sur la poitrine, ayant l'apparence du rational des Hébreux. Ainsi que sur les médaillons des empereurs de Byzance, Constantin II, Théodose II, Majorien, Justin Ier et leurs successeurs, le souverain tient de la main droite la lance. La légende porte ces mots :

CHILDIRICI RECIZ

le mot signum ou sigillum étant sous-entendu. La matrice en or de ce sceau faisait partie des bijoux trouvés dans la tombe du cimetière Saint-Brice. Remis à l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays- Bas, celui-ci les emporta à Vienne en 1656 où ils entrèrent, en 1662, dans le Cabinet impérial. En 1665, l'archevêque de Mayence, J.-Th. de Schonborn, en obtint cession de l'empereur Léopold, avec le dessein, agréé du souverain, d'offrir ces objets à Louis XIV, ce qui fut accompli au mois de juillet de cette année. Déposés d'abord au château de Saint-Germain-en- Laye, ils furent transférés au Cabinet des médailles, au palais du Louvre, et ensuite à la bibliothèque royale où ils furent en partie dérobés lors du vol de la nuit du 5 au 6 novembre 1831 (voir Dictionn., t. xi, au mot Médailles).

Jean-Jacques Chilllet qui, en 1655, décrivit et figura le premier le contenu du trésor en parle en ces termes : Habet insculptam imaginem hominis criniti largiler, capillitio in ulrumque humerum defluente ac, cincinnato. Manu dexlra jaculum tenet. Nomen ipsum litteris nondum gothicis, sed adhuc romanis expressum est Childirici régis quo indicio certi simus, cujus sit annulus, aurumque reliquum, el ad quœ tempora referendus, puis il ajoute : Utrumque Childiricus et Childericus olim scribebalur, ut Sigibertus et Sigifridus pro Sigeberto et Sigefrido. I cum E magnam habet communitatem, inquit Varro. Consuelum veteribus fuisse litteris illis uti indijferenter, Gellius tradit l. Le jour même de la découverte, le fils du médecin Chifflet tira une empreinte de cire rouge à Tournai et l'envoya à son père qui la mit sous les yeux de l'archiduc-gouverneur qui s'y intéressa et empêcha la dispersion du trésor.

La description de Chifllet qu'on vient de lire fut suivie et reproduite presque littéralement par le P. Lecointe et par l'abbé Dubos, dom Martin, Ribauld de La Chapelle et Mabillon. Dom B. de Montfaucon crut mieux faire en ajoutant une brève remarque, sans paraître songer qu'il avait mieux à faire et, qu'ayant l'original à sa portée, il devait en donner une empreinte fidèle. Il n'en fit rien, se contenta de reproduire l'image donnée par Chifflet de manière infidèle. Sous le burin de son graveur les traits ont été adoucis, le regard rectifié, les joues gonflées afin d'offrir un joli

1 Chifflet, Anastasis, p. 98-99. — • Le Magasin pittoresque, t. xix, 1851, p. 273; L. Fallue, dans Revue de Rouen, 1851, p. 258; Vallet de Viriville, Mémoire sur l'iconographie des rois de France, dans Moniteur universel, 20 janvier 1856, p. 3; cette opinion devint le « dada ».de A. Duchalais et elle encombra le Journal de Rouen, 25 août 1857; la Nouvelle biogr. génér., de Didot et Hoefer, t. x, col. 300-303, Paris, 1856; Lebas, dans L'univers pittoresque, Europe, t. xvn; Fiance, t. v, p. 124. — 3 L'univers pittoresque, Europe, t. xxxiv, France, Atlas, t. i, pi. 151, fig. 1. — ■ * Trésor de numismatique el de glyptique. Sceaux des rois et reines de

adolescent de la cour de Louis XV, tenant la lance de son bras nu et potelé.

Rien dans la gravure de Chilllet — et moins encore dans celle de Montfaucon — ne donnait l'impression d'un monument de l'époque mérovingienne, ni le style, ni le vêtement, ni même la forme des lettres, tellement qu'on en vint à douter de l'authenticité du sceau de Childéric. Un certain Th. Marion-Dumersan, vaudevilliste, chansonnier et conservateur du Cabinet des médailles et antiques, se trouvant de loisir, fit paraître une Histoire du Cabinet des médailles en 1819, dans laquelle il mentionne, p. 43, 48, les « objets trouvés dans le tombeau de Childéric »; en 1828, p. 45, il ne s'agit plus que d'un « tombeau que l'on crut être celui de Childéric »; en 1836, p. 20, le « cachet en or portait un buste de face, avec l'inscription »; enfin, en 1838, p. 29, il ne s'agissait plus que d' « objets trouvés dans un tombeau que l'on a supposé être celui de Childéric »

10632. — Sceau de Childéric.

D'après Rev. numismatique, 1857, p. 198-201.

et p. 30, on lisait : « Comme on n'a parlé de ce cachet que quelques jours après la découverte, on a supposé qu'il était apocryphe ». Cet on inconnu permit de nier l'authenticité et on s'en donna à cœur joie 2.

La disparition de l'original eût autorisé tous les soupçons si on n'avait pu invoquer pour les combattre qu'une empreinte en plâtre, informe et usée, prise avant le vol de 1831 par M. Muret, employé et dessinateur attaché au Cabinet de France. On peut en juger par les reproductions qu'en ont donné Ph. Lebas 3, Ch. Lenormant 4, Vallet de Viriville5 et l'abbé Cochet6.

Or, en 1857, M. Dauban, employé au Cabinet des médailles, en examinant les manuscrits de la bibliothèque Sainte-Geneviève, trouva une empreinte de cire rouge du sceau de Childéric dans le manuscrit coté H, j. 21'. L'auteur d'une Histoire manuscrite de Sainte- Geneviève, le P. Du Molinet (1620-1687), analysant la vie de sainte Geneviève, rencontrait le passage concernant les ascendants de Clovis 8 : genitor ejus Hildericus et écrivait en note : « Il est appelé ordinairement Childericus, et mesme ce nom se void gravé à l'entour de sa figure qui est sur son anneau d'or gardé au Cabinet du Roy, qui fut trouvé dans son sépulchre, à Tournay, l'an mil six cent cinquante-trois dont voici l'empreinte. » En regard l'empreinte fixée à la page même. La découverte de Dauban était ainsi décrite par J. de Witte 9 (fig. 10632) : « L'anneau d'or sur lequel était gravé le cachet de Childéric, montrait une tête nue et imberbe, vue de face; les yeux sail-

France, pi. xxxn, fig. 4. — ■ 6 Revue archéologique, t. xiv, 1857, pi. 313, fig. 2, p. 288. — ' Le tombeau de Childéric I°\ 1859, p. 367. — ' Aujourd'hui ras. 609, fol. 63 v», en marge. — 8 Cf. C. Jullian, Les ascendants de Clovis, dans Revue de Paris, 1928, t. v, p. 261-268. — » J. de Witte, Le cachet de Childéric, dans Revue numismatique, IIe série, t. i, 1857, p. 198-201. Il n'existe plus aujourd'hui que deux moulages, celui du Cabinet des médailles, restitué en galva noplastie par Peigné-Delacour d'après la gravure de Chifflet, peu fidèle; l'empreinte en plâtre due à Muret, prise en 1829.

ROIS MEROVINGIENS ET CAROLINGIENS

lants, le nez large et lort, les lèvres épaisses. Une abondante chevelure, séparée au milieu du front, tombe en gros flocons sur les épaules; le buste est revêtu d'une tunique recouverte d'une cuirasse. La main droite tient la lance à côté de laquelle est un objet sur lequel on croit distinguer une de ces abeilles ' qui ont été trouvées au nombre de plus de trois cents dans le tombeau de Tournai. Autour de la tête on lit : Chitdirici régis. On remarquera dans cette légende la forme du g et celle de l's. Ces lettres ont exactement la même forme sur les médailles de l'époque mérovingienne. »

Dauban publia et commenta sa découverte dont il releva toutes les preuves d'authenticité dans le dessin et le style et aussi dans la légende épigraphique; l'acquiescement fut unanime a. Il n'y a pas lieu d'entrer ici dans un long commentaire sur la chevelure abondante de Childéric 3. En ce qui concerne la plaque à cabochons qui se voit sur la poitrine, on a pu ingénieusement la rapprocher d'une plaque de verroterie cloisonnée d'or conservée au Cabinet de France '. Si cette analogie n'est rien de plus que cela elle est encore très intéressante, peut-être n'est-ce qu'une broderie de deux rangs de perles suivant l'opinion de Ripault de La Chapelle 5 et de Cochet *.

D'après le dessin de l'anneau donné par Chilïlet ', il était de forme arrondie à l'extérieur et plate à l'intérieur, il mesurait 0 m. 013 de hauteur sur tout son pourtour et 0 m. 0265 à 0 m. 027 d'ouverture, ce qui suppose une main très forte. Ces dimensions ont leur utilité à cette place ainsi qu'on le verra en étudiant l'anneau de la reine Basine.

Nous mentionnons pour mémoire un autre anneau de Childéric, en saphir, avec son image, sans légende, dont parle Mabillon 8; il a été publié par ChifTlet 9 et, à première vue, on reconnaît au style qu'il n'est pas antérieur au xme siècle. On ignore ce qu'est devenu cet anneau, mais il paraît qu'il existe à Vienne un autre cachet de saphir, ayant appartenu à Alaric, roi des Wisigoths, ce qu'atteste une inscription, et qui aurait été découvert au Tyrol 10.

Bibl. : J.-J. Chilïlet, Anastasis Childerici 1 Francorum regis, sive thésaurus sepulchralis Tornari Nerviorum efjossus et commentario illustratus, in-4°, Antwerpise, 1655; Lecointe, Annales ecclesiastici Franeorum, t. i, p. 108-110, n. xviii; Dubos, Histoire critique de l'établissement de ta monarchie française dans les Gaules, t. il, p. 252, 473; Dom Martin, La religion des Gaulois, t. il, p. 338; Mabillon, De re diplomatica, 1681, p. 375, pi. xvi ; Montfaucon, Les monumens de la monarchie jrançoise, t. i, pi. iv, iig. 1, p. 8-16: Ripault de La Chapelle, Dissertations sur l'origine des Francs, 1749, p. 75; Relation véritable sur la découverte du tombeau de Childéric Ier du nom, in-8°, Paris, 1727; De Bast, Recueil d'antiquités romaines et gauloises trouvées dans la Flandre, Gand, 1808, p. 181, pi. VI, Iig. 2; Halem, Voyage à Paris en 1790, trad. A. Chuquet, in-8°, Paris, 1895, p. 333; Dauban, Le cachet de Childéric, dans Rev. des soc. sav. des départements, t. n, 1857, p. 513-523; J. de Witte, Le cachet de Childéric, dans Revue numismatique, IIe série, t. il, 1857, p. 198- 201 ; J.-D. Cochet, France mérovingienne. Le tombeau de Childéric Ier, roi des Francs, restitué à l'aide de l'archéologie et des découvertes récentes, faites en France, en

1 M. Deloche affirme que non, selon lui c'est une boucle de cheveux. — ■ ! Dauban, Le cachet de Childéric, in-8°, Paris, 1857, p. 5-7; cf. lieu, des soc. savantes, t. Il, 1857, p. 517-518; Journal général de l'instr. publique, 2 décembre 1857, t. xxvi, n. 96, p. 713-715; Le Magasin pittoresque, t. XXV, 1857, p. 392; Journal de Rouen, 25 août 1857; La Patrie, 24 août 1857. — ' Voir Cochet, op. cit., p. 371-374. — ' Vallet de Virlville, Observations sur l'émaillerie et sur quelques monuments entaillés de l'antiquité ainsi que du Moyen Age, dans Re-

Belgique, en Allemagne et en Angleterre, in-8°, Paris, 1859, p. 350, 361-383; cf. R. Bordeaux, dans Bull, monum., IIIe série, t. vi, 1860, p. 376-381; Aug. Castan, dans Bibl. de l'École des Ch., t. xxi, 1860, p. 94- 96; J. Corblet, dans Rev. de l'art chrét., t. m, 1859, p. 473-479; Vallet de Viriville, dans Gaz. des beauxarts, t. iv, 1859, p. 249-251; Peigné-Delacourt, Recherches sur le lieu de la bataille d'Attila, in-4°, Paris, 1860; H. Schuermans, Sceau du roi Childéric Ier, dans Revue numism. belge, Ve série, t. iv, 1872, p. 235-241; cf. p. 401-406; J. Pilloy, Nouvelles recherches sur le tombeau de Childéric, dans Études sur d'anciens lieux de sépulture dans l'Aisne, in-8°, Saint-Quentin, 1899, t. m: cf. S. Reinach, dans i?ei\ archéol., 1899, t. i, p. 483- 485; A. de Longpérier, Œuvres, édit. G. Schlumberger, t. i, p. 118, note 2; t. n, p. 445; Ém. Molinier, Histoire générale des arts appliqués à l'industrie, t. iv, p. 4; E. de Béhault de Dornon, dans Annales de l'Acad. roy. d'arch. de Belgique, Ve série, t. iv, 1902, p. 203. Note sur la découverte; Ém. Babelon, Le tombeau du roi Childéric et les origines de l'orfèvrerie cloisonnée, in-8°, Paris, 1923; M. Deloche, Étude hislor. et archéol. sur les anneaux sigillaires, in-8°, Paris. 1900.

10633. — Anneau de la reine Basine.

D'après Cochet, Le tombeau de Childéric I", p.

p. 188-192; Ph. Lauer et Ch. Samaran, Les diplômes originaux des mérovingiens, in- 4°, Paris. 1908, p. 28, pi. xliii, 1.

VI. Basim:. — Lors de la découverte de la tombe de Childéric, on y trouva deux anneaux dont Chilïlet parle en ces termes, Anastasis, ch. vu, p. 97 : Annuli aurei duo Childerici, et voici ce qu'il en dit : Sed et alter Childerici regis fuit annulus aurais in ejus condilorio repertus, forma et magnitudine qua in ima tabelhc parte representatur. Un peu plus loin, il émet la conjecture que c'est l'anneau de mariage de Childéric et invoque des textes anciens et un passage d'une loi des Wisigoths, d'après lesquels l'échange des anneaux de fiançailles (voir ce mot) constitue un lien. L'abbé Cochet (voir Dictionn., t. ni, à ce nom) admet cette opinion comme «fort vraisemblable»". L'anneau dont il est ici question consiste en un simple cercle d'or massif, bombé à l'extérieur et plat à l'intérieur comme l'anneau sigillaire de Childéric. Sa hauteur, égale sur tout le pourtour, est de 0 m. 015, et son ouverture ou diamètre intérieur de 0 m. 025 (fig. 10633). Il est uni. dépourvu de chaton, d'ornement et d'inscription. Si on compare les dimensions de cet anneau à celles de l'anneau sigillaire, on constate que son diamètre est moindre de 6 à 7 millimètres et sa hauteur de 2 millimètres '2 à 3 millimètres. On pourrait, ainsi que le fait remarquer Deloche, chercher à expliquer ces grandes différences de dimensions en supposant que la

vue archéologique, t. xrv, 1857, p. 276-291, pi. c.cr.xiii, liy. 1. 2. — ■ ' Dissertation sur le tombeau de Childéric I", dans Dissertations sur l'origine des Francs, 1749, p. 75. — • Op. cit., p. 375-376. — : Anastasis, p. 96. — * De rc diplomatica, p. 135. — 'Anastasis, p. 96. — "■ Ph. Lauei et Samaran, Les diplômes originaux <les Mérovingiens, L908, p. 12S. " Cochet, Le tombeau de Childéric I", p. 361; cf. p. 317 : « Tout porte à croire que les deux anneaux d'or de Childéric fuient recueillis le jour do la découverte. ■

ROIS MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS

deuxième bague était façonnée à la mesure du petit doigt, tandis que l'anneau sigillaire était porté à l'un des autres doigts de la forte main de Childéric. Mais cette explication serait peu plausible. D'une part, en effet, si la deuxième bague était un signe de mariage, elle devait être placée à l'annulaire et non au petit doigt. Or, l'annulaire présente ou il ne s'en faut que de très peu, les mêmes dimensions que l'index ou le médius. D'autre part, un écart de 0 m. 007 de grosseur entre le petit doigt et les autres doigts d'une même main serait difficile à admettre. Dès lors on ne peut admettre que les deux bagues aient été faites pour la même main, on ne peut y voir un deuxième anneau de Childéric. Et cependant les deux bijoux sont de même type, de même forme, sortis de la même officine, à la même époque, trouvés dans le même cercueil, mais l'anneau sigillaire était celui de Childéric, et celui qui nous retient ici, celui de sa femme, la reine Basine, qu'il épousa en 463 ou 4G4, la mère de Clovis. Peut-être était-elle morte, peut-être elle-même, lors de l'ensevelissement de Childéric, aura-t-elle déposé son anneau de mariage dans la tombe.

Bibl. : M. Deloche, Étude hist. et archéol. sur les anneaux sigillaires, p. 192-195, n. clxxx.

VII. Clovis Ier. — On trouvera dans le Dictionn.2 t. m, col. 2037-2074, une étude sur Clovis, et fig. 3084, un diptyque d'ivoire du IXe siècle; l'effigie tombale est plus tardive encore, fig. 3087. Pour la mémoire liturgique, ibid., t. xi, col. 2044, et le partage du royaume entre les fils de Clovis, ibid., t. v, col. 2168. Aucun monument paléographique, diplôme, etc., n'a été conservé; pas de monnaie à son effigie ou à son nom.

Clovis fut enterré à Paris, dans la basilique qu'il avait fondée en l'honneur des apôtres Pierre et Paul et où sainte Geneviève vint elle-même reposer peu de temps après; son vocable remplaça celui des apôtres. La tombe de Clovis figurait encore dans le chœur de l'église Sainte-Geneviève à la fin du xvme siècle. La statue conservée de nos jours à Saint-Denis vient certainement de ce tombeau, mais elle ne paraît dater que de la fin du xne siècle ou même du commencement du xme. Le costume et l'attitude de cette statue sans caractère iconographique sont ceux qu'on retrouve sur les statues de l'époque de Philippe-Auguste : tunique serrée à la taille par une ceinture d'où pend une escarcelle, et main droite passée dans le cordon qui attache le manteau. La barbe et les cheveux longs semblent seuls rappeler les usages des mérovingiens. Il est possible que la figure ait été retouchée au xvne siècle lorsqu'on refit encore une fois le tombeau sur lequel elle était couchée. Le sceptre et la couronne datent de la restauration du xixp siècle.

Nous nous garderons bien de nous engager au sujet de Clovis dans une controverse récente et nous nous contenterons de maintenir les dates historiques de 496 pour le baptême et 481 pour le début du règne. Cf. L. Saltet, La conversion de Clovis, dans Bull, de liltér. ecclés., 1932, p. 97-113; Br. Krusch, Chlodovechs' Taufe in Tours 607 und die Légende Gregors von Tours, dans Neues Arcliiv, t. xciv, 1932, p. 437 sq.; W. von der Steinen, Cidodivigs' Taufe Tours 507, dans Historisches Jahrbuch, t. lui, 1933, p. 51 sq.; L. Levillain, La conversion et le baptême de Clovis, dans Revue d'hist. de l'Égl. de France, t. xxi, 1935, p. 161-192; L. Saltet, Deux poids et deux mesures en critique, dans Bull, de littér. ecclés., 1936, p. 171-190; L. Levillain, A propos de la conversion et du baptême de Clovis, dans Rev. d'hist. de l'Égl. de France, t. xxm, 1937, p. 149-156; L. Saltet, « Beau joueur » et « prudent Normand » devant un simple critique, dans Bull, de littér. ecclés., 1937, p. 49-66 ; A. Van de Vyver, La victoire contre les Alamans et la conversion de Clovis, dans Rev. belge de philol. et d'hist., t. xv, 1936, p. 858-914; t. xvi, 1937, p. 35-94.

Aucun monument figuré n'a conservé le souvenir de sainte Clotilde et des quatre fils de Clovis Ier : Childebert Ier, Thierry I", Clodomir et Clotalre I" (voir Dictionn., t. xi, col. 2047-2048); voir cependant pour Clotilde, L. Coutil, Le culte de sainte Clotilde aux Andelys, dans Revue Charlemagne, t. i, 1911, p. 54.

VIII. Childf.bert Ier. — Clausade, Note sur un sou d'or inédit du roi Childeberl. dans Bull, de la Soc. archéol. du midi de la France, 1869-1873, p. 56 (voir Dictionn., t. xi, col. 2303): J.-B Disdier, dans Bull. Soc. élud. de Draguignan, t. vu, 1869, p. 377-386; Dissertation servant d'éclaircissement à plusieurs points de l'histoire des enfants de Clovis leT, in-12, Soissons, 1743; Ch. Lenormant, Restitution d'un poème barbare relatif à des événements du règne de Childebert Ier, dans Bibliothèque de l'École des Charles, t. i, 1839, p. 321- 335 (voir Dictionn., t. vin, col. 2523-2526); Ch. Bobert, Tiers de sou d'or frappé en 557-558, au nom de Childeberl /"..., dans Rev. num., t. vu, 1842, p. 340-343.

Childebert Ier, mort en 558, fondateur du monastère de Saint-Germain-des-Prés (voir Dictionn.. t. vi, col. 1124) fut enterré dans l'église où sa tombe a occupé trois positions successives. Dora Bouillard, Hist. de Saint- Germain-des- Prés, rapporte que le roi mourut le 23 décembre, jour de la consécration de l'église, de sorte que la cérémonie des funérailles succéda immédiatement à la dédicace. Cette première église fut détruite par les Normands et la tombe disparut alors. Mais l'abbé Morart (990-1014) releva l'église et le monastère, ce qui a induit les anciens auteurs à lui attribuer la pierre tombale en demi-relief où Childebert est représenté tenant d'une main un sceptre et, de l'autre, une basilique. Cette effigie demeura dans l'abside jusqu'au xvne siècle, avec une inscription portant simplement le nom de Childebert.

Vers 1644, de grands travaux furent entrepris; l'église fut bouleversée de fond en comble, les remaniements opérés épargnèrent le tombeau de Childebert jusqu'en 1656. A cette date, écrit dom Bouillard, « il ne restait plus que les tombeaux de Childebert et d'Ultrogothe, sa femme, à mettre dans un lieu permanent; mais, parce que la décoration et les inscriptions dont on voulait les orner n'étoient pas achevées, on différa pour quelque temps... Sur la fin du mois de décembre suivant (1656) le monument destiné pour la conservation des corps de Childebert et d'Ultrogothe fut en état d'être placé au milieu du chœur... Le cercueil de plomb fut couvert d'une grande table de même matière ornée de fleurs de lys sans nombre et sur le corps de Childebert on grava ces mots :

CHILDEBERTVS REX

sur celui d'Ultrogothe :

VLTROGOTHA REGINA

« Le grand cercueil de plomb fut enfermé dans le monument de pierre de liais revêtu de marbre... couvert d'une grande tombe de pierre où Childebert est représenté en demi-relief... » celle de l'abbé Morart. On possède le texte du marché passé, le 4 octobre 1656, par nom Bernard Audebert, prieur du monastère, avec Michel Bourdin, sculpteur pour la reconstruction du tombeau (Arch. nat. L. 7-5-3). En mars-avril 1794, la tombe de Childebert fut enlevée pour faire place à l'aménagement d'un atelier de salpêtre dans le chœur de Saint-Germain-des-Prés. L'effigie fut transportée au musée des Petits-Augustins, les sculptures de Bourdin et les inscriptions disparurent « détruites, dit Lenoir, par les malveillants ». La mention de l'effigie de Childebert figure sur un catalogue soumis par Lenoir à la Commission temporaire des arts, le 16 août 1794. Lors de la dispersion du Musée des monuments français (1816) elle fut transférée à Saint-Denis.

ROIS MEROVINGIENS ET CAROLINGIENS

Montfaucon a donné un dessin de l'effigie royale qui » a été autrefois peinte en différentes couleurs. » Cette statue est très fantaisiste, mais elle accuse le style de l'époque romane et peut dater du milieu du xne siècle. La figure est taillée en faible relief dans une dalle de marbre grisâtre. On soupçonne que Michel Bourdin le fils, retoucha, refit peut-être la figure principale d'après le monument primitif plus ou moins détérioré. Une certaine mollesse dans les plis et dans l'exécution de la figure, ainsi que dans le petit modèle d'église que porte le roi, incline à douter que l'on soit en présence d'une sculpture originale du xne siècle, malgré le style général qui s'y accuse.

Bibl. : B. de Montfaucon, Les monumens de la monarchie française, in-fol., Paris, t. i (1729), p. 58, pi. xi; cf. Germain Brice, t. ni, 1752, p. 303; Piganiol de La Force, t. vin, p. 23-24; Félibien, Hist. de Paris, t. i, p. 31; J. Guiffrey, Restauration de la tombe du roi Childebert au xviie siècle, dans Bull, de la Soc. nat. des anliq. de France, t. xlviii, 1887, p. 109-116; P. Vitry et G. Brière, L'église abbatiale de Saint-Denis, 1908,

IX. Clotaire Ier. — De Lagoy, Tiers de sol d'or de Clotaire frappé à Arles, dans Revue numismatique, t. vi, 1841, p. 14-18.

X. Badegonde. — (Voir Dictionn., t. xiv, à ce nom). Nous avons dit qu'on ne pouvait retenir comme ayant appartenu à cette sainte reine que le reliquaire de la vraie croix conservé à Poitiers (voir ce nom) et le légile conservé de même au monastère Sainte-Croix (voir Dictionn., t. vin, col. 2493-2496, fig. 7035); cf. Revue Mabillon, t. i, 1905, p. 172.

XL Clodomir. — Avec ses frères, Childebert et Clotaire, il envahit le royaume burgonde, vainquit Gondemar et Sigismond, fit mourir ce dernier et reprit la campagne contre Gondemar qu'il rencontra à Yézeronce, près de Morestcl, à 8 lieues au nord de Vienne, en Dauphiné. Il existe sur ce point un tumulus désigné sous le nom de molard de Koenne, où l'on a pensé voir le tombeau de Clodomir; des fouilles pourraient seules éclaircir cette question. Cf. J. Guillemaud, Le tombeau du roi Clodomir à Yézeronce (Isère), dans Revue archéol., 1872, t. i, p. 105-117. On n'a pas manqué de voir le casque de Clodomir dans celui qui fut trouvé à Yézeronce en 1871, cette attribution est dépourvue de tout fondement (voir Dictionn., t. il, col. 2331-2332, fig. 2169).

XII. Théodebert Ier. — (Voir Dictionn.. t. xi, col. 2047, 2302-2303). Cf. M. Deloche, Des monnaies d'or au nom du roi Théodebert I", des causes de leur abondance. île leur litre élevé et de la substitution, sur ces monnaies, île la légende rot/aie o la légende impériale, dans Mém.de l'Acail.ilcs inscr.etb.-l., t. XXXII, part. lre, 1886, p. 425-139; Considérations générales sur les monnaies..., dans Revue numismatique, IIIe série, t. IV, 1886, p. 372-386; 2e mémoire : De l'organisation de la fabrication des monnaies dans l'Austrasie proprement dite sous le règne de ce prince, dans Mém. de TAcad. des inscr.. t. xxxn, part. 3, 1891, p. 93-117; cf. Ch. Robert, dans Comptes rendus de l'Acad., 1887-1888, p. 471- 480; M. Deloche, op. cit., p. 480-490; J. Millingen, Lettre... sur une monnaie inédite, attribuée èi Théodebert, dans Rev. numism., t. v, 1840, p. 424-426; Voillemer, dans ibid., t. vi, 1846, p. 111-123.

11 n'y a pas lieu de prêter attention à un chapitre de Montfaucon, op. cit., t. i, p. 50-58 : Monumens de Clovis et de ses quatre fils, qui essaie de donner une valeur archéologique aux statues qui garnissent le portail d'entrée de l'église Saint-Germain-des-1'rés et, après .Mabillon et Ruinait, prétendait y voir des statues de l'époque mérovingienne (t. i, p. 50-58. pi, vnx); elles étaient du xie siècle (voir Dictionn., t. vi, col. 1123) et furent détruites en 1793.

XIII. Clodoald. — Saint Cloud, flls de Clodomir, roi d'Orléans, tué à la bataille de Vézeronce, échappa au meurtre de ses frères, fut ordonné prêtre par Eusèbe, évêque de Paris, vers 551, se retira au bourg de Nogent qui depuis porta son nom et en légua la propriété à l'Église de Paris ainsi que de l'oratoire qu'il y avait construit sous le vocable de Saint-Martin. Cette église fut successivement monastique puis collégiale, reconstruite au xne siècle. Les anciennes vues peintes ou gravées des environs de Paris montrent l'édifice accompagné d'un clocher et d'une flèche en pierre. Dès le vme siècle, le vocable de Saint-Cloud avait remplacé celui de Saint-Martin. Clodoald avait reposé dans la crypte sous l'abside au moins jusqu'au xve siècle; à cette époque, ses reliques furent placées dans une châsse de cuivre doré datée de l'an 1408 placée dans l'église. Sous Louis XVI la vieille église menaçait ruine, on commença à en élever une autre sur un emplacement situé un peu en avant et tournée en sens inverse, du côté de l'Occident. Les parties de l'édifice du Moyen Age qui s'élevaient au-dessus du sol disparurent, on laissa subsister l'enveloppe de la crypte comme mur de soutènement. Cette enveloppe, appuyée de contreforts, présente trois baies ogivales murées qui paraissent du xme siècle. Le tombeau ne fut pas déplacé et la nouvelle église ne fut poursuivie qu'après la Bévolution.

Il est dans l'ordre des choses possibles que le corps de saint Cloud ait été inhumé dans la crypte de son église, si toutefois la crypte existait alors; le dimanche 30 avril 1375, Aymery de Magnac, évêque de Paris, transféra les ossements dans une châsse, mais la dévotion des fidèles ne se détourna pas de la crypte où, en 1696, on voyait le tombeau « relevé de deux pieds de haut... son cercueil tout entier, d'une seule pierre avec son ancienne épitaphe ». En mars 1874, des fouilles mirent au jour trois cercueils de plâtre et un en bois de chêne ou de châtaignier presque réduit en poussière, avec des poteries gallo-romaines. Ainsi le tombeau de saint Cloud n'a pas été retrouvé. Tout ce qu'on en sait c'est qu'il consistait en un cercueil en pierre, long de sept pieds (2 m. 27) surmonté d'un couvercle de marbre noir, tirant sur le bleu où on lisait l :

ARTVBVS HVNC TVMVLVM CHL0D0ALDVS CONSECRAT ALMIS EDITVS EX RECVM STEMMATE PERSPICVO.

QVI VETITVS RECNI SCEPTRVM RETINERE CADVCI BASILICAM STVDVIT HANC FABRICARE DEO

AECLESIAEQVE DEDIT MATRICIS IVRE TENENDAM VRBIS PONTIFICI CVQVE FORET PARISI

Bibl. : La vie de saint Cloud, prêtre et petit-fils de Clovis avec l'antiquité des reliques et des privilèges, par P. Perrier, Paris, 1696; F. de Guilhermy, Fouilles de Saint-Cloud, et C.-A. Ozanam, Fouilles, dans Rev. îles Suc. sav. des départ., Ve série, t. vin, 1874, p. 320-327; Stilting, dans Acta sanct., sept. t. m, p. 91-98; J. Legrand. Saint Cloud, prince, moine, prêtre, in-12, Paris, 1922: cf. Anal, boll., 1925, p. 193.

XIV. Ciiaribert Ier. — Cf. Chaudruc de Crazannes, dans Revue archéologique, 1856-1857, p. 371-373; Montfaucon. op. cit.. t. î. p. 158-159, croit que depuis Childebert jusqu'à Chidéric II tous les rois et princes francs du royaume de Paris furent enterrés à Saint- Germain-des-Prés et il rapporte a ce sujet « une chose que j'ai vu, écrit-il, de mes propres yeux. L'an 1704, lorsqu'on jettoit les fondemens du grand autel de notre église, on trouva à six ou sept pieds en terre. plusieurs cercueils de pierre, dont l'un plus grand et plus orné que les autres avoit un couvercle fait en dos d'âne, taillé en écailles. Nous nous trouvâmes là six ou

1 Ligne 6 : Pontifici urbis Parisi quicumque font.

ROIS MEROVINGIENS ET CAROLINGIENS

sept religieux, avec dom Simon Bougis, assistant du Général. La pensée me vint d'abord que ce pourroit bien être le tombeau du roi Cherebert. Nous étions tous d'avis d'ouvrir ce cercueil, mais le Père assistant s'y opposa, disant qu'un autre tombeau fut ouvert en 1645, et que quelqu'un qui n'étoit pas des nôtres enleva les pièces d'or qui étoient dedans. Nous lui remontrâmes que lui et tant de religieux étant présens, il n'y avoit point à craindre qu'on enlevât rien. Cela ne l'ébranla point, il défendit qu'on y touchât. Il fut donc couvert de terre comme auparavant. Il ne paroissoit point au dehors d'inscription ni d'épitaphe; mais il y a apparence que l'inscription étoit dedans comme dans deux autres tombeaux trouvez dans cette même église. La reine Ingoberge que Cherebert avoit répudiée, morte loin de Paris, long-tems après lui, ne fut pas enterrée avec lui. »

XV. Sigebert Ier. — Il fut enterré à Saint-Médard de Soissons auprès de son père Clotaire. Montfaucon, op. cit., t. i, p. 159, pi. xii, n. 1, 2, a publié une pierre tombale et une statue qu'il a bien raison de juger refaites au XIe siècle.

XVI. Chilpéric I". — Il fut enterré à Saint-Germain-des-Prés, sa tombe fut refaite « car ce qui reste aujourd'hui, écrit Montfaucon, a été fait vers le temps de l'abbé Morard. L'inscription qui est autour de la tombe fait foi de ce que nous disons. Ces mots :

REX CHILPERICVS HOC TEGITVR LAPIDE

sont écrits d'un caractère qui dégénère en ce que nous appelons « gothique » qui n'est pas encore bien formé ».

Bibl. : Monum. de la monarch franc., t. i, p. 160, pi. xn, n. 3.

Sceau de C.hilpéric l". — Archives nationales K. 3, n. 18. Sceau rond en cire jaune. Diamètre 0 m. 028. Tête de face à longs cheveux. La légende gravée au rebours :

t D X FRANC

Chilpericus rex Francorum

Le côté droit est détérioré.

Bibl. : Recueil de sceaux gothiques, pi. i, fig. 8; B. de .Montfaucon, Monuments, t. i, pi. xv, n. 4; Ch. Lenormant. Trésor, pi. i, fig. 6; N. de Wailly, Éléments, t. n, pi. A, n. 6: Douët d'Arcq, op. cit., n. 10; Lauer et Samaran, Diplômes, p. 29, n. 9, pi. xm, n. 9.

Un prétendu diplôme. — Cf. P. Bolland, Diplôme de Chilpéric à la cathédrale de Tournai (dans Monum. Germ. hisl., Diplomata, t. i, p. 130), dans Bulletin de la Commission royale d'histoire, t. xc, 1925, p. 143- 188. Ce diplôme était placé par Warichez, Origines de l'Église de Tournai, p. 257, entre les années 1187 et 1190; P. Rolland propose de le ramener entre 1130 et 1146, et certainement entre 1108 et 1178. Il aurait été fabriqué d'après un diplôme authentique de Chilpéric II qu'il a totalement employé en le rajustant et suppléant Chilpéric Ier à Chilpéric IL Cf. F. Vercauteren, Étude critique d'un diplôme attribué à Chilpéric /", dans Revue belge de philol. et d'hist., t. vu, 1928, p. 83-112.

Un Chilpéric bâtisseur nous est présenté dans Les faits des Romains ou Livre de César, composition des dernières années du xne siècle. L'auteur fait le récit de la bataille où Labiénus vainquit Camulogène, il insère l'épisode d'un duel dont César ne dit rien et ajoute ce chapitre : « Comment Labiénus assist la cité de Paris. » « Entre ices choses Tytus Labiénus fu venus devant Lutece, une des citez principaus de France, que l'en apele ore Paris... Entor le mont Saint Estienne et Sainte Geneviève n'avoit lors nul habitant... li rois Chilperiz... ot fet i théâtre es vignes qui sont entre Sainte Geneviève et Saint Victor. De ce] théâtre que je vos di duroit encore une partie en estant au jor

DICT. d'ARCH. CHRÉT.

que li rois Phelipes conmença Paris de murs a ceindre par devers Petit pont. »

Le théâtre dont l'auteur attribue la construction à Chilpéric n'est autre que les arènes dont une portion importante fut découverte en 1870, dans la rue Monge; la même assertion se lisait d'ailleurs dans Grégoire de Tours. Hadrien de Valois avait déjà fait observer que Chilpéric ne fit qu'une restauration de l'édifice dont il existait encore au xne siècle des parties considérables. Ces ruines disparurent en 1211 pour faire place à l'enceinte de Philippe-Auguste.

Bibl. : Grégoire de Tours, Hist. Francor., 1. V, c. xvni ; P. Meyer, Un nouveau texte sur les arènes de Paris, dans Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. xn, 1885, p. 99-100.

Il n'y a rien d'utile pour l'archéologie dans A. Carro, Notice sur la pierre de Chelles et la pierre de Chilpéric, dans Mémoires lus à la Sorbonne, Archéologie, t. i, 1861-1863, p. 175-180.

XVII. Frédégonde. — Klle survécut trente-neuf ans à son mari et mourut en 597 ; elle fut enterrée à Saint-Germain-des-Prés. C'est une simple dalle en pierre recouverte d'une mosaïque en marbre où des filets de cuivre dessinent le visage et les plis des vêtements. Le visage, les mains et les pieds sont lisses et devaient être rehaussés de peinture. On a cru longtemps y voir un travail presque contemporain de la défunte, travail curieux, mais exécuté suivant un procédé décrit par le moine Théophile dans sa Schedula diversarum artium, 1. II, c. xn; en sorte que cette mosaïque ne remonte pas au delà du xie siècle. Le procédé fut souvent employé au xne et au xmc siècle.

Bibl. : B. de Montfaucon, Monum. de la mon. franc., p. 160-161, pi. xn, n. 4; Diclionn., t. v, col. 1705-1706,

XVIII. Dagobert, prince royal. — Fils de Chilpéric Ier et de Frédégonde, mort en 580. Cet enfant mourut dans la villa royale de Braine (voir Diclionn., t. v, col. 2533) peu de temps après le concile tenu en ce lieu. Voici le récit de Grégoire de Tours : « En ces jours-là, le roi Chilpéric fut grièvement malade; et lorsqu'il commençait à entrer en convalescence, le plus jeune de ses fils, qui n'était pas encore régénéré par l'eau et le Saint-Esprit, tomba malade à son tour. Le voyant à l'extrémité, on le lava dans les eaux du baptême. Peu de temps après, il se trouva mieux ; mais son frère aîné, nommé Chlodobert, fut pris de la maladie. Sa mère, Frédégonde, le voyant en danger de mort, fut saisie de remords tardifs, et dit au roi : « Voilà longtemps que la miséricorde divine supporte nos mauvaises actions; elle nous a souvent frappés de fièvres et d'autres maux, et nous ne nous sommes pas amendés. Voilà que nous perdons nos fils; voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des orphelins les font périr, et il ne nous reste plus d'espérance d'amasser pour personne; nous thésaurisons, et nous ne savons pour qui. Ils demeureront sans maîtres ces biens souillés de rapine et de malédiction. Nos celliers ne regorgaientils pas de vin? Est-ce que le froment ne remplissait pas nos greniers? Nos trésors ne débordaient-ils pas d'or, d'argent, de pierres précieuses, de colliers et d'autres parures impériales? Et voilà que nous perdons ce que nous possédions de plus beau. Maintenant, si tu y consens, brûlons ces registres d'injustice; qu'il nous suffise, pour notre fisc, de ce qui suffisait à ton père, le roi Clotaire 1 »

« En parlant de la sorte, la reine Frédégonde se frappait la poitrine de ses poings; elle fit apporter les registres que Marc lui avait envoyés des cités qu'il administrait, les jeta au feu, et se tournant vers le roi lui dit : « Quoil tu hésites? Fais ce que tu me vois faire, « afin que si nous perdons nos chers enfants, nous

ROIS MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS

« échappions du moins aux peines éternelles. » Le roi, touché de repentir, jeta au feu tous les registres et, les ayant brûlés, envoya partout la défense de lever à l'avenir ces impôts.

« Après cela, le plus jeune de leurs enfants mourut consumé de langueur. Ils le portèrent avec beaucoup de douleur de leur maison de Braine à Paris, ils le firent ensevelir dans la basilique de Saint-Denis l. »

Launoi a soutenu que la basilica sancli Dionisi mentionnée ici était celle appelée Saint-Denis-du-Pas, mais Jaillot a montré par plusieurs exemples que dans ce texte ainsi que dans quelques autres, Parisius désigne la banlieue tout aussi bien que la ville même 2.

Venance Fortunat composa une épitaphe métrique

Chilpéric Ier et de Frédégonde, mort en 580. Peu après la mort du jeune Dagobert, ses parents placèrent Chlodobert sur un brancard et on le conduisit à Soissons, à la basilique de Saint-Médard (voir Dictionn., t. xi, à ce nom). Ses parents le présentèrent au saint tombeau, firent un vœu pour lui; mais affaibli, épuisé, il rendit l'esprit au milieu de la nuit. Il fut enseveli dans la basilique des saints martyrs Crépin et Crépinien. Il y eut à cette occasion un grand deuil parmi le peuple, les hommes en faisant entendre des gémissements, les femmes couvertes de vêtements lugubres suivirent la pompe funèbre. Le roi fit de grandes largesses aux églises et aux pauvres. Venance Fortunat composa cette épitaphe conservée par les mss.

FLERE MONENT POPVLVM CRVDELIA FVNERA REGVM

CVM CAPVT ORBIS HVMO MAESTA SEPVLCHRA TEGVNT HOC IGITVR TVMVLO RECVBANS CHLODOBERCTHVS HABETVR

QVIA TRIA LVSTRA GERENS RAPTVS AB ORBE FVIT DE PROAVO VENIENS CHLODOVECHO CELSA PROPAGO

CHLODACHARIQVE NEPOS CHILPERICIQVE GENVS QVEM DE REGINA SVMPSIT FREDEGVNDE IVGALI

AVXERAT ET NASCENS FRANCICA VOTA PVER QVO PATRIS ET PATRIAE DVM SPES ADOLESCERET AMPLA

ACCELERANTE DIE SORS INIMICA TVLIT SED CVI NVLLA NOCENT QVERVLI CONTAGIA MVNDI

NON FLEAT VLLVS AMOR QVEM MODO CINGIT HONOR NAM PVER INNOCVVS VIVENS SINE CRIMINE' LAPSVS

PERPETVI REGNI SE FAVET ARCE FRVI

acrostiche pour cet enfant désigné par son nom : Dagobercthus. Peut-être fut-elle gravée sur la tombe, elle ne nous est connue que par les manuscrits :

DVLCE CAPVT POPVLI DACOBERCTHE PERENNIS AMORE > AVXILIVM PATRIAE SPES PVERILIS OBIS ^CERMINE RECALI NASCENS CENEROSVS ET INFANS OSTENSVS TERRIS MOX QVOQVE RAPTE POLIS 5 BELLICERI VENIENS CHLODOVECHI CENTE POTENTI ECRECII PROAVI CERMINE HONORE PARI RECIBVS ANTIQVIS RESPONDENS NOBILIS INFANS

CHILPERICIQVE PATRIS VEL FREDECVNDE CENVS

TE VENERANDA TAMEN MOX ABLVIT VNDA LAVACRI

10 HINC LICET ABREPTVM LVX TENET ALTA THRONO

VIVIS HONORE ERCO ET CVM IVDEX VENERIT ORBIS

SVRRECTVRVS ERIS FVLCIDVS ORE NITENS

Titre : EpitaphiumDagobercthi, om. ms. Paris, lat. 8312 et Vatic. Regin. 329; epytaphium, Ambros. C. 74 sup. ; epitaflum, Paris, lat. 14 144; dagoberthi, Ambros. C. 74 sup.; dagoberli, Paris, lat. 8090, 14 144; Laon, 469; dadoberti, Paris, lat. 9347; tagoberti, S. Gall. 196. L'acrostiche n'est mis en évidence que par les mss. Paris, lat. 8312 et Ambros. C. 74 sup. Dans le cours de la pièce les variantes sont tout aussi insignifiantes que dans le titre.

Bibl. : Venanli Honori Clemcnliani Fortunali presbyteri italici Opéra poetica recensuil et emendavit Frid. Léo, dans Monum. Germ. hisl., Auctores anliquissimi, t. iv, part. 1 (Berolini, 1881), Miscellanca, 1. IX, n. 5; Baronius, Annales ecclesiastici, in-fol., Lucae, 1738, t. x, p. 382; Le Cointe, Annal, eccles. Francorum, in-fol., Lutec. Parisior. t. n, p. 210; Dom Félibien, Histoire de l'abbaye de Saint-Denys, in-fol., Paris, 1706, p. 549; G. Dubois, Historia Ecclesiœ Parisiensis, in-fol., Parisiis, t. i, 1690, p. 116; Dom Mabillon, Supplem. rei diplomaticœ, in-fol., Ncapoli, 1706, p. 53; Ph. Labbe, Thésaurus epitaphiorum veterum, in-8°, Parisiis, 1686, p. 580; E. Le Blant, Recueil des inscript, chrét. de la Gaule, in-4°, Paris, t. i, 1856, n. 268.

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