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ROMANE (ARCHITECTURE

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parvint à son apogée au temps de Charlemagne et de Louis le Pieux, et s'étendit sur tous les pays occupés par les peuples d'origine germanique, ou dépendant de l'empire franc; ce fut le germe plein de sève et d'originalité d'où sortit plus tard notre art roman ' ».

III. D'une définition. — J. Quicherat avait proposé cette définition légèrement injurieuse pour l'art qu'elle entend désigner : « L'architecture romane est celle qui a cessé d'être romaine, quoiqu'elle tienne beaucoup du romain et qui n'est pas encore gothique, quoiqu'elle ait déjà quelque chose de gothique 2. » D'après cela le roman ne serait qu'une transition entre Constantin et Philippe-Auguste. C'est bien autre chose. « Comme l'art romain, l'architecture romane possède l'arcade et la voûte; mais, au lieu de demander son effet monumental à l'art grec, c'est l'art grec qu'elle élimine; puis, dégagée de cette étreinte qui avait entravé toute marche en avant, elle se voue, avec ses propres ressources, à la solution du grand problème que lui a légué la civilisation païenne expirante : voûter la basilique 3 ». C'est à poursuivre cette solution que le style roman s'est épanoui dans le style ogival, mais avant d'en arriver là il a atteint des solutions qui, pour incomplètes qu'elles paraissent, ne comptent pas moins parmi les plus fécondes dans l'ascension artistique de l'humanité.

La définition de J. Quicherat qu'on vient de lire est d'autant moins satisfaisante qu'on pourrait lui objecter que Byzance a pu produire une architecture qui, pour avoir cessé d'être romaine, n'est jamais devenue gothique. Anthyme Saint-Paul a proposé une définition moins superficielle. D'après lui « l'architecture romane est l'architecture romaine épurée et complétée suivant les besoins de la liturgie catholique et le génie particulier de chacun des peuples qui» l'ont mise en œuvre du ixe au xme siècle », et, à l'objection soulevée que les églises romanes sont autres que les basiliques civiles, mais non pas supérieures, il opposait que l'art romain est dans l'art roman avec ses caractères fondamentaux : pilier, arc demi-circulaire et les trois variétés de la voûte antique engendrées par le plein cintre : berceau, arêtes, coupole. Mais l'art romain s'est laissé emmaillotter dans l'architecture grecque, dans l'entablement et dans le module et s'y est cristallisé et atrophié. Bien plus, cet art n'avait pas de système décoratif procédant de l'arc et de la voûte, et il n'a pas tenté d'associer la voûte au plan basilical. Tout cela l'architecture romane l'a accompli. Mais la cause principale qui a favorisé la transformation du romain en roman ce sont les nécessités de la liturgie catholique, nécessités qui provoquaient des difficultés graves et multiples à résoudre, ce dont se sont acquittés les architectes occidentaux suivant le génie particulier des écoles locales. Pour être plus concis sans cesser d'être exact, on peut ramener cette définition à quelques mots : l'architecture romane est la forme catholique de l'architecture romaine interprétée par les écoles françaises et étrangères 4.

IV. De l'introduction des voûtes. ■ — L'art roman s'est appliqué de préférence sur les basiliques qui, à partir du milieu du ive siècle environ, présentaient presque partout en Occident des caractères constants. « En plan, elles dessinaient un rectangle allongé dans lequel on pénétrait par un des petits côtés. L'entrée était souvent précédée d'une cour carrée nommée atrium. A l'extrémité opposée se voyait une abside, ou hémicycle voûté, qui renfermait l'autel. L'intérieur du monument était divisé en trois ou, plus rarement, en cinq galeries parallèles.

1 J.-A. Brutails, op. cit., p. 535-537. — * Mélanges d'arcliéol. et d'histoire, p. 88. — » A. Saint-Paul, op. cit., p. 169. — « A. Saint-Paul, L'architecture romane, dans Bull, mo-

Celle du milieu, qu'on appelait la nef, navis, était plus élevée que les galeries latérales des bas-côtés. Cette disposition permettait d'éclairer l'édifice à l'aide de fenêtres percées dans les murs de la nef au-dessus des combles des bas-côtés. Parfois, en avant de l'abside, on élevait un vaisseau transversal coupant la nef à angle droit et ayant à peu près même largeur et même hauteur qu'elle, c'était le transept ou, pour employer l'expression du Moyen Age, la croisée, crux, crucifixus. Parfois des tribunes s'ouvraient sur la nef au-dessus des collatéraux. Mais le transept et les tribunes sont des particularités accidentelles, on ne doit point les compter parmi les traits essentiels des basiliques 6 ».

« Ce type primitif subit, par la suite des temps, des modifications qui, graduellement, transformèrent la basilique des premiers siècles en église romane : le transept dessina plus fréquemment une saillie sur l'alignement des murs, surtout depuis l'époque carolingienne; plus souvent aussi, à partir de la même époque, l'abside fut flanquée d'absidioles et précédée d'un chœur, c'est-à-dire d'une travée droite interposée entre l'abside et le carré du transept; puis, vers le début du xc siècle, apparaissent les chevets en carole avec bas-côté tournant, sur lequel s'ouvrent, d'une part, le chœur et l'abside et, de l'autre, presque toujours des chapelles rayonnantes. Enfin, les règles se fixent au sujet des annexes : l'usage des baptistères, qui se maintient longtemps en Italie, tombe en Gaule vers le temps de Charlemagne; mais on conserve le narthex, portique en avant de l'église, le clocher, connu dès le ve siècle, la confession, la crypte proprement dite, dont Grégoire de Tours cite des exemples.

« Mais la modification essentielle, celle qui transforma radicalement l'architecture religieuse, a pour objet le mode de couverture des édifices, la substitution des voûtes aux charpentes. Il est assez singulier que les voûtes soient exclues des basiliques chrétiennes, constituées dans le monde romain où on construisit de si merveilleuses voûtes; le fait est plus surprenant encore quand on se rappelle que les architectes des basiliques ont adopté l'arcade et rejeté l'architrave avec un tel entrain « que, pendant près d'un millier d'années, du vie au xvie siècle, on chercherait vainement un exemple d'architraves dans l'ordonnance intérieure de nos églises ».

» Voici la raison de cette anomalie : c'est uniquement le genre de supports qu'une mode universellement adoptée a imposé aux architectes. Les voûtes, à cause de leur poids et de la poussée qu'elles exercent sur les murs qui les portent, ne pouvaient s'allier aux colonnes qui, dans les basiliques chrétiennes, supportaient les murs de la nef. Il fallut donc, quand on voulut voûter les églises, substituer aux colonnes des piliers plus ou moins massifs, ou, comme l'ont fait les Byzantins depuis le vie siècle, modifier complètement l'ordonnance des monuments. Or, les Latins sont restés longtemps réfractaires à ces innovations.

« De bonne heure, on fit des voûtes dans les parties de l'église qui s'y prêtaient le mieux : l'abside, les bascôtés, moins larges et moins hauts que la nef, la crypte; un cul-de-four couvre toujours l'abside et l'Afrique du Nord possède quelques basiliques de l'époque byzantine dont les collatéraux ont de petites voûtes d'arêtes. Peu à peu, la voûte gagne l'édifice tout entier, non pas seulement dans les églises de plan rayonnant, mais aussi dans les églises basilicales. En France, cette invasion de la voûte s'est d'abord affirmée dans nos provinces méridionales. En règle générale, le centre et le midi de la France devancèrent le

num., t. lv, 1889, p. 38-42. — > R. de Lasteyrie, L'architecture religieuse en France à l'époque romane, 1912, p. 7. ; 2e édit., 1929; L. Réau, L'Art du Moyen Age, 1935,

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