ROMANE (ARCHITECTURE) — ROMANI
Nord dans l'art de construire les voûtes. Cette marche est naturelle si l'on admet que le triomphe de la pierre sur le bois, du maçon sur le charpentier, est aussi une réaction de la culture romaine sur les traditions barbares l ».
La voûte en berceau, qu'on employa d'abord, avait des inconvénients, parce qu'elle pesait considérablement sur les murs qui lui servaient de piédroits. De plus elle était insuffisante dans les cas où il fallait éclairer les églises qui avaient des bas-côtés et monter la voûte à une assez grande hauteur. Les difficultés de construction furent aplanies par les arcs doubleaux et par les berceaux en arc brisé. On adopta ensuite la voûte d'arête, enfin au début du xne siècle, apparut la croisée d'ogives. C'est une invention spontanée des architectes français de la fin du xie siècle. On a prétendu longtemps que les premières croisées d'ogives avaient été employées en Italie, à Saint-Ambroise de Milan, à Saint-Michel de Pavie et dans d'autres édifices de la Lombardie, ce qui paraît aujourd'hui inadmissible. Il faut attribuer, comme l'ont fait Quicherat et Viollet-le-Duc, une part prépondérante aux architectes de l'Ile-de-France dans l'invention des voûtes d'ogives, mais il est nécessaire d'ajouter que dans d'autres régions, à la même époque, en Bourgogne, en Anjou et en Normandie, des essais analogues furent tentés. En Normandie même, on trouve des croisées d'ogives dont l'ancienneté et l'originalité sont plus grandes qu'on ne l'admet généralement.
« La plus ancienne basilique voûtée dont la mention nous soit parvenue est peut-être une église catalane, cette extraordinaire abbatiale de Ripoll, consacrée en 977, refaite et si profondément défigurée qu'il est à peu près impossible de l'étudier.
« L'introduction de la voûte modifia les supports : les colonnes firent place aux piliers, les murs minces et droits aux murs épais armés de dosserets et de contreforts. Les vides diminuèrent en même temps que les pleins augmentaient. Les colonnes gardèrent longtemps leur vogue; on sait que Charlemagne en tira de monuments antiques; on sait moins qu'au début du xne siècle encore on bâtissait des églises comme Saint- Clément de Rome, dont toutes les colonnes proviennent d'édifices romains. Mais dans quelques basiliques, on accoupla les colonnes afin de mieux contenir la poussée des voûtes latérales; ailleurs, à Tébessa, à Morsott, les colonnes sont réduites à un rôle décoratif et ce sont des piliers qui portent; ailleurs encore, à Saint-Oémétrius de Salonique, à Sainte-Marie in Cosmedin, les files de colonnes sont coupées de piliers. Enfin; les piliers l'emportèrent définitivement; ils se compliquèrent de membrures et leur plan dessina une croix.
« L'art roman se constituait brin à brin ; les essais produisaient les éléments dont la fusion forma plus tard l'architecture romane ' ».
H. Leclercq.
ROMANI, ROMANIA, ROMANUS. — I. Romani. — De tout temps les habitants de Rome s'appelèrent, dans leur propre langue, Romani, mot formé du nom Roma et du suffixe -ano servant à tirer du nom d'un pays ou d'une ville celui de ses habitants. Les Romani ne se laissèrent pas de longtemps confondre avec les peuples soumis à leur domination : Latins, Gaulois, Hellènes, Ibères, qui eux aussi gardaient leur nom originel; seuls, des individus pouvaient s'appeler Romains à condition d'en tenir le droit de leur naissance ou d'une faveur rare et recherchée. Cette situa-
1 J.-A. Brutails, op. cit., p. 541-542; [M. Aubert, .1. Verrier, L'Arcli. /r., Paris, 1941.] — ' J.-A. Brutails, op. cit., p. 542- 513. — 'Digeste, 1. [,tit, v, 1. 17; add. Justinien, Sovcll. LX.XVIII, 5. — ■• S. Augustin, Enarralio in psalm. LVlll, 1;
tion dura jusqu'au temps de Caracalla dont le célèbre édit (voir Dictionn., t. Il, à ce mot) donna ce droit à tous les habitants de l'empire : In orbe Romano qui sunt, dit Ulpien, ex conslitulione imperatoris Antonini cives Romani effecti sunt3. Le voisinage des barbares menaçant les frontières de l'empire contribua à vulgariser le nom de Romani en parlant de tous ceux qui habitaient son territoire et étaient censés devoir concourir à sa défense. Cette circonstance fondit toutes ces catégories de libres et de non libres en une sorte de nationalité unique identifiée dans la patrie romaine. Il ne manqua pas de grands esprits pour s'en réjouir et s'en enorgueillir. Quis jam cognoscit, dit saint Augustin, gentes in imperio Romano quœ quid erant, quando omnes Romani facli sunt et omnes Romani dicuntur '? Sidoine Apollinaire parle de l'empire en ces termes : In qua unica totius orbis civitate soli Barbari et servi peregrinanlur 5. Les poètes se mettent naturellement de la partie; voici d'abord Rutilius Namatianus 6:
Fecisti patriam diversis gentibus unam; Urbem fecisti quœ prius orbis erat
et Claudien semble insister particulièrement sur le nom, devenu commun, de Romani '» :
Hœcest (Roma) in gremium victos quœ solo, recepit, Ilumanumque genus communi nomine fecit.
Prudence n'est pas moins exagéré lorsqu'il écrit 8:
Deus undique génies Inclinare caput docuit sub legibus iisdem, Ronianosque omnes fieri, quos Rhenus et Ister, Quos Tagus aurifluus, quos magnus inundat Iberus
Jus fecit commune pares et nomine eodem Nexuii et domitos fraterna in vincla redegit.
Ceux qui s'abandonnaient à cette exaltation n'eurent pas besoin de vieillir beaucoup pour voir l'orbis Romanus tomber en miettes- et la distinction entre romains et barbares exprimer tout le contraire de la supériorité des premiers sur les soldats. Au reste, les barbares ne s'offusquaient pas de cette appellation et c'était, de leur part, preuve de bon sens avec, pour les plus dégrossis d'entre eux, une pointe peut-être de malice, car les Romains eux-mêmes avaient été traités de (3àp6apoi; il est vrai que c'était par les Grecs, ce qui prouve qu'on est toujours le barbare de quelqu'un. Plus tard, les Romains s'estimèrent aussi raffinés que les Grecs et regardèrent comme barbare tout ce qui n'était pas grec ou romain. Les Grecs mirent plus de temps à les qualifier de (3ip6apoiet persistèrent à les appeler ainsi jusque sous l'empire.
Barbants, au sens d'Allemand, se rencontre très souvent et d'ailleurs ce terme ne comportait aucune idée injurieuse; on le trouve dans VEdictum Theodorici, Prolog., c. xxiv, xliii, xliv, civ; chez I-ortunat, iv, 17: Romana studio, barbara proie fuit; id., iv, 8 : C.hilperice potens, si interpres barbarus exstat, Adjutor jortis; dans la loi des Burgondes, tit. LV, LXl : mulier nalione barbara; dans la Vie de saint Éloi, 1. II, c. vin, etc. Aux ixl et xL' siècles, l'.inhard, 'Walafrid Strabon, Ekkehard IV en font usage pour désigner leur nation. Si le mot barbarus est parfois associé à une épithète fâcheuse : barbari féroces, impii, avari, etc., il ne s'ensuit pas que le mot veuille dire autre chose sinon « étranger à la civilisation romaine » ou encore « étranger au christianisme », à peu près le sens plus scripturaire de gentilis. Ce mot servait à désigner l'ensemble des tribus germaniques qui n'avaient pas de
cf. in psalm. XXXIX; De civitate Dei, I. Y. c. xvn. — 5 Sidoine Apollinaire, Epist., I. I, epist. vi. — • Hulilius Namatianus, ltiner., v, 63. — ' Claudien, De laudib., 1. III, c. x, V8. 50. — » Prudence, Contra Symmaclium, vi, 501 sq.