‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 302 sur 477 · J.V.HI · texte numérisé non relu

J.V.HI

quelques grandes villes, à Antioche, à Carthage, à Cirta, dès une période antérieure à la paix de l'Église, et ce n'est pas un sujet de peu d'étonnement de ne pouvoir en dire autant pour Rome avant le triomphe de Constantin. Après un séjour probable au Transtévère, on ignore tout du premier établissement adopté par saint Pierre et ses premiers successeurs; l'existence certaine d'un cimetière papal au Vatican peut donner lieu de supposer que pendant les deux premiers siècles les évêques de Rome auront résidé dans ces parages, mais ce n'est là qu'une conjecture. Au 111e siècle, avec le pontificat de Zéphyrin (199-217) et de Calliste (217-222), nous savons que ce cimetière fut délaissé pour un autre situé sur la voie Appienne. Bien qu'on n'ait aucun indice d'un transfert de la résidence de l'évêque dans cette direction, il paraît légitime de supposer que c'est dans les environs du cimetière de Prétextât (voir ce nom), qu'on doit s'attendre à rencontrer le lieu ordinaire des assemblées de culte, le centre de l'administration charitable, le tribunal ecclésiastique, en un mot, le siège du gouvernement épiscopal. Combien cette installation dura-t-elle? On court peu de risques d'erreur en parlant d'un siècle environ, car, à la veille de la paix, la maison qui devint le palais pontifical était encore la propriété de Fausta, fille de l'empereur Maximien. On a pu proposer l'hypothèse d'un établissement chrétien à Saint-Laurent in Damaso (voir Dictionn., t. vin, col. 1953), mais il n'a pas été possible d'en apporter un commencement de preuve. D'autre part les fouilles entreprises au Latran (voir Dictionn., t. vin, à ce nom) ont fait retrouver les vestiges de plusieurs édifices publics ou privés, mais sans aucune trace d'appropriation chrétienne antérieure à Constantin. L'histoire de cette résidence épiscopale ne commence qu'en 313, elle va durer mille ans l. XXXVII. Titres presbytéraux 2. — Vers le milieu du m" siècle, le pape Fabien avait réparti entre ses sept diacres les divers quartiers de la ville et créé ainsi sept circonscriptions ecclésiastiques. A la paix de l'Église on n'introduisit aucun changement dans cette répartition; les diacres romains, toujours au nombre de sept, continuèrent à présider, chacun dans sa région, aux services de charité et d'administration temporelle. On est porté à supposer que ces sept circonscriptions diaconales furent pourvues chacune d'un établissement où le diacre avait le centre de son administration. Cette hypothèse, pourtant, n'est pas confirmée par les documents. Bien que le système des régions ecclésiastiques ait fonctionné plusieurs siècles après Constantin, il n'y a pas la moindre trace de tels établissements. Les diaconies du vne siècle sont tout autre chose 3; elles n'ont rien à voir avec l'administration diaconale et la distribution de Rome en régions ecclésiastiques. Comme le gouvernement épiscopal, l'administration des diacres avait un siège à l'établis-

1 De Rossi, Codices Palatini latini Bibliothecœ Vaticanœ, t. I, p. xxxvm sq.; H. Stevenson, dans Annali delV Istitulo di correspondenia arclreologica, 1877; L. Duchesne, Notes sur la topographie de Rome au Moyen Age, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. vu, 1887, p. 217-218; [G.-B. Giovenale, Il battistero lateranense nelle récente indagini..., Rome, 1229; E. Josi, Scoperte nella basilica constanliniana al Laterano, dans Rivista di arch. cristiana, 1934, p. 15 sq.; R. Krautheimer, La façade ancienne de Saint-Jean de Latran à Rome, dans Revue archéologique, 1935, p. 231-235]. — * L. Duchesne, Notes sur la topographie de Rome au Moyen Age. Les titres presbytéraux, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. vu, 1887, p. 217-233; [J.-P. Kirsch, Die rômischen Titelkirchen im Altertum, Paderborn, 1918; F. Lanzoni, I titoli presbiterali di Roma antica nella storia e nella legenda, dans Rivista di arch. cristiana, u, 1925, p. 195 sq.; R. Vielliard, Les titres romains et les deux éditions du Liber pontificalis, dans la même Rivista, v, 1928, p. 89 sq.; R. Krautheimer, Corpus basilicarum christianarum Romœ, C.

sèment central de l'Église, c'est-à-dire, depuis le ive siècle, dans la domus Lateranensis.

Il s'en faut cependant de beaucoup que celle-ci fût le seul établissement chrétien de Rome, au ive siècle et même auparavant. A Rome, comme à Alexandrie, la population chrétienne était trop nombreuse pour se contenter d'un seul lieu de réunion, d'un seul convenliculum christ ianorum, comme dit Ammien Marcellin. On se résolut d'assez bonne heure à scinder l'unité du presbyterium et à créer dans l'intérieur de la ville des groupes ecclésiastiques analogues à nos paroisses urbaines, sous la direction de prêtres nommés à poste fixe. Chacun de ces groupes fut pourvu d'une basilique; les prêtres résidaient dans les dépendances de l'édifice sacré; c'est ce qu'on appelait un titre : titulus.

Jusqu'où remonte cette institution? Le plus ancien texte où il soit fait allusion est un passage de saint Athanase, qui, parlant d'un concile tenu à Rome en 341, dit qu'il s'assembla dans l'église du prêtre Viton *. La plus ancienne inscription mentionnant un titulus est de l'année 377 6. D'autre part, le Liber pontificalis attribue la fondation de tituli à plusieurs papes de la première moitié du ive siècle : Marcel, Silvestre, Marc, Jules. Ses renseignements sur ce point paraissent puisés à bonne source; ils sont confirmés par les noms que portent les églises et quelquefois par l'épigraphie. On peut donc regarder comme probable que l'institution des titres presbytéraux remonte au moins à la paix de l'Eglise.

Les églises titulaires ne furent pas toutes fondées en même temps; leur fondation dut suivre le progrès de la propagande chrétienne au sein de la population de Rome. A la fin du ve siècle il y en avait vingt-cinq, et depuis longtemps, ce semble, car le Liber pontificalis paraît considérer ce nombre comme consacré par les plus anciennes traditions 6. Le dernier titre dont il mentionne la fondation est celui de Vestina (S. Vitale) sous le pape Innocent, c'est-à-dire au commencement du ve siècle.

Quelles étaient ces vingt-cinq églises?

Un document important sur ce point nous est fourni par le concile romain du 1er mars 499, où tous les prêtres assistèrent et signèrent, en joignant à leurs signatures les noms de leurs églises titulaires. Malheureusement quelques-unes de celles-ci portaient deux ou plusieurs noms; cette circonstance, jointe à d'inévitables erreurs de transcription, a introduit ici un peu d'incertitude. En étudiant les signatures de 499 on trouve plus de vingt-cinq noms d'églises. Un siècle plus tard, en 595, saint Grégoire le Grand tint un autre concile, dont les canons sont également suivis de signatures presbytérales avec indication des titres. Vingtquatre églises sont nommées. En y joignant celle de Sainte-Anastasie, que l'on sait avoir été titulaire avant saint Grégoire et après lui, on obtient juste

du Vatican, en cours de publ. ; R. Vielliard, Recherches sur les origines de la Rome chrétienne, Màcon, 1941]. — 3 [J. Lestocquoy, Administration de Rome et diaconies du VIIe au IXe siècle, dans Rivista di arch. crist. 1930, p. 261-298; H.-I. Marrou, L'origine orientale des diaconies romaines, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1940, p. 95-142.] — 4 S. Athanase, Apologia contra arianos, c. xx : fvôa Bc'tojv à ttoîtëÛTEpoç ff'jVTJTfEV. — 5 De Rossi, Inscr. christ, urb. Romee, t. r, n. 262. — ■ C'est ainsi qu'il fait ordonner par Clet, du vivant même de saint Pierre, vingt-cinq prêtres romains; Urbain remplace les patènes de verre, censées en usage jusqu'à lui, dans la messe stationale, par vingt-cinq patènes d'argent; Marcel établit ou plutôt reconstitue les vingt-cinq titres; Hilaire fait exécuter un service de vaisselle sacrée à raison de vingt-cinq pièces, une par titre (Lib. pont., t. i, p. 122, 143, 164, 244). L'auteur du Liber pontificalis n'a aucun doute sur la haute antiquité des titres presbytéraux; suivant lui ils remontent au pape Évaiiste, au commencement du ne siècle (Ibid., t. i, p. 126, cf. p. 139).

ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICAL!-

vingt-cinq titres. Sauf quelques fluctuations passagères, ce nombre se maintient par la suite, jusqu'à ce que, vers le temps de Calliste III (1119-1121), il soit porte à vingt-huit pour des raisons que nous n'avons pas à examiner ici.

L. Duchesne donne la liste des vingt-cinq titres grégoriens, en les classant par régions civiles et en indiquant, pour chacun d'eux, les plus anciens documents de leur existence et de leur qualité d'églises titulaires.

Regio I. Porta Capena.

Titulus S. XYSTI.

Mentionné pour la première fois au concile de 595.

Regio II. Cselimontium.

Titulus BVZANTIS seu PAMMACHII, postea SS. IOHANNIS ET PAVLI.

Mentionné sous le premier nom dans une inscription du temps d'Innocent Ier (401-417) (Lib. pont., t. i, p. 23(5); sous le nom de Pammachius au concile de 499 (cf. De Rossi, Inscr. christ., t. il, p. 150); sous le nom des saints Jean et Paul (Lib. pont., t. i, p. 261), Symmaque (p. 287); Agapit, dans une inscription de 566 à 578 (De Rossi, Inscr., t. i, n. 1123) et au concile de 595.

Titulus SS. Mil CORONATORVM (AEMILIANAE ?). L'église existait au ive siècle (Martyr, hiéron., au 8 nov. ; cf. De Rossi, Bull, di arcli. crist., 1879). Le titulus Jùnilianse est mentionné au concile de 499; le titulus ss. IV Coronatorum au concile de 595; L. Duchesne les croit identiques, sans en être absolument sûr '.

Regio III. Isis et Serapis.

Titulus CLEMENTIS.

L'église existait au temps du pape Damase (366- 384) dont une inscription (De Rossi, Bull, di arch. crist., 1870, p. 148) y a été trouvée. Autres documents de ce siècle : collier d'esclave mentionnant un acolyte a dominicu démentis (voir Dictionn., t. ni, col. 1874, et 2150); saint Jérôme, De viris, écrit en 392, c. xv : nominis ejus [démentis] memoriam usque hodie Romœ extrucla ecclcsia custodit; inscription du temps du pape Silice (384-399) (dans De Rossi, Bull, di arch. crist., 1870, p. 147); lettre du pape Zosime, écrite en 417 (Dom P. Constant, Episl. pont, rom., p. 944). Substructions antiques, auxquelles on a peut-être rattaché, bien avant Constantin, le souvenir du pape saint Clément. Mentionné comme titre au concile de 499; dans des inscriptions du temps d'Hormisdas (514-523) (Bull, di arch. crist., 1870, pi. xi), de 533 (Lib. pontif., t. i, p. 285; cf. De Rossi, Roma sotterr., t. m, p. 517, note 1), enfin au concile de 595 2.

Titulus SS. MARCELLINI ET PETRI.

Mentionné pour la première fois au concile de 595.

riït//us APOSTOLORVM seu AD VINCVLA S PETRI, postea EUDOXIAE.

Mentionné sous la première dénomination dans la signature du prêtre Philippe, légat du pape au concile d'Éphèse, en 431 (Hardouin, Concilia, t. i, col. 1483); l'église était évidemment titulaire dès ce temps-là. Reconstruite sous Sixte III (432-440) aux frais de la famille impériale d'Orient (inscriptions : De Rossi, Inscr. christ., t. il, p. 112, 134; cf. Martyrol. hiéron., 1" août); elle fut, en 544, choisie pour être le théâtre de la lecture publique du poème d'Arator (P. L., t. lxviii, col. 55). Mentionnée comme titulaire au concile de 499 (Apostolorum) dans le Lib. pont., t. i, p. 261 (Symmaque), dans l'inscription de 533 citée plus haut (a vinculis s. Pétri), au concile de 595 (Apostolorum).

Titulus EQUITII seu SILVESTRI.

La fondation du titre est attribuée à saint Silvestre

1 A. Munoz, Il restauro délia chiesa e del chioslro dei SS. Quatro Coroneti, Home, 1914. — ! E. Junyent, Il tilolo di San Clémente in Roma, Rome, 1932. — s R. Vielliard, Les origines du titre de Saint- M arlin-aux- Monts, Rome, 1932.

par le Lib. pont. (Silvestre); le titre est mentionné sous le nom d'Equitius au concile de 499, sous le nom de s. Silvestri, au concile de 595. Le Lib. pont., dans la notice de Silvestre, le désigne successivement des deux façons. L'auteur laurentien de la vie de Symmaque (Lib. pont., t. I, p. 46) désigne l'église sous le nom de Saint-Silvestre 3.

Regio 1111. Templum Pacis.

(Aucun titre).

Regio V. Esquiliœ.

Titulus PRAXEDIS.

Mentionné comme titre dans une épitaphe de 491 (De Rossi, Bull, di arch. crist., 1882, p. 65), aux conciles de 499 et de 595. D'après la légende (Lib. pont., t. i, p. 133) ce titre aurait été fondé vers le milieu du ne siècle.

Titulus EUSEBII.

Mentionnée comme titulaire dans le martyrologe hiéronymien (14 août) : Eusebii, tituli condiloris; cf. Lib. pont., t. i, p. cxxiv. Épitaphe (ve siècle) d'un lecteur de d(ominico) Eusebi (De Rossi, Bull, di arch. crist., 1882, p. 112). Figure parmi les titres aux conciles de 499 et de 595.

Titulus PUDENTIS seu PUDENTIANAE.

Épitaphe d'un lecteur de Pudentiana (voir Dictionn., t. xiv, col. 1969) datée de 384. Reconstruite sous les papes Sirice et Innocent (voir Dictionn., t. xiv, au mot Pudentienne). Mentionnée expressément comme titulaire aux conciles de 499 et de 595 ( Pudentis ) , dans Pépitaphe d'un prêtre mort en 489 (Pude...), d'un lecteur mort en 528 (Pudentis), d'un prêtre (Pudentianx ) mort à une date indéterminée (De Rossi, dans Bull, di arch. crist., 1867, p. 60; 1883, p. 107; Musaici, p. 10). Sur la légende voir le titre de Praxède 4.

Regio VI. Alla Semita.

Titulus VESTINAE, postea S. VITALIS.

Le Lib. pont, en raconte la fondation sous le pape Innocent Ier (401-417) comme titre presbytéral.

Mentionné avec cette qualification aux conciles de 499 (Vestinœ) et de 595 (S. Vitalis), dans l'épitaphe d'un acolyte (Vestinœ) qui est tout au plus de la fin du vie siècle (De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 1185)5.

Titulus GAI seu SUSANNAE.

Le martyrologe hiéronymien (11 août) mentionne cette église ad duas domus, juxta Diocletianas. Le nom de Gaius la rattacherait au pape de ce nom (283-296) (voir Dictionn., t. vi, au mot Gaius); celui de Suzanne à une martyre du temps de Dioclétien. Figure comme titre presbytéral aux conciles de 499 (Gai) et de 595 (Susannœ).

Titulus CYRIACI.

Se rattache par son nom au souvenir d'un martyr du temps de Dioclétien. Mentionné comme titulaire ' aux conciles de 499 et de 595. Détruit depuis le xve siècle.

Regio VII. Via Lata.

Titulus MARCELtl.

Le Lib. pont, en attribue la fondation au pape Marcel (308-309), qui aurait établi le titre. L'église est mentionnée en 418 dans une lettre du préfet de Rome Symmaque (Baronius, Annal., an. 418, n. 79). Figure parmi les titres presbytéraux en 499 et en 595.

Regio VIII. Forum romanum.

(Aucun titre).

Regio IX. Circus Flaminius.

Titulus LUCINAE seu S. LAURENTII IN LUCINA.

Le pape Damase y fut élu en 366 (Préface du Libellus precum, P. L., t. xm, col. 81). Figure parmi les

■ — 4 A. Petrigreni, La basilica di S. Pudenziana in Roma secondo gli scavi recenlemente eseguiti, C. du Vatican, 1934. — * R. Vielliard, Saint-Vital, le dernier en date des titres romains, dans Riuista di arch. crist., xn, 1935, p. 103-118.

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églises titulaires aux conciles de 499 (Lucinse) et de 595 (s. Laurentii).

Titulus DAMASI sea S. LAURENTII IN DAMASO.

L'église fut rebâtie sous Damase, en un lieu où se trouvaient peut-être antérieurement les archives du siège apostolique. Le Lib. pont, attribue à Damase la fondation du titre. Nombreuses inscriptions damasiennes et autres (De Rossi, Inscr. christ., t. n, p. 134, 135, 151 ; Lib. pont., t. i, p. 213, 214). Figure parmi les églises titulaires aux conciles de 499 (Domasi ou s. Laurentii) et de 595 (s. Damasi). Cf. s. Grégoire, Dialog., 1. IV, c. xxxi : ecclesiam b. Laurentii quœ ex nomine conditoris Damasi vocalur.

Titulus MARCI.

Le Lib. pont, rapporte que l'église fut fondée et constituée en titre par le pape Marc (336); elle se trouvait juxta Pallacinis. Un lector de Pallacine, mort peu après 348 (voir Diclionn., t. vin, col. 2251), semble avoir été attaché au clergé de cette église. Mentionnée comme titulaire aux conciles de 499 et de 595.

Regio X. Palaiium.

(Aucun titre).

Regio XI. Circus Maximus.

Titulus ANASTASIAE.

L'église existait sous Damase; son baptistère fut fondé par Longinianus, préfet de Rome en 403, sa mosaïque absidale fut exécutée au temps (461-468) du pape Hilaire (De Rossi, Inscr. christ., t. n, p. 25, 150). Saint Léon y prononça une homélie. Vers le même temps, épitaphe d'un lecteur de Belabru, vraisemblablement attaché à cette église (voir Dictionn., t. vm, col. 2253 et fig. 7024). Figure comme titulaire au concile de 499 L

Regio XII. Piscina Publica.

Titulus F ASCIOLAE, postea SS.NEREI ET ACHIL- LEI.

Existait déjà, et comme titulaire, en 377, comme il résulte de l'épitaphe du lecteur Cinnamius Opas (voir Dictionn., t. vm, col. 2253); autres épitaphes mentionnant ce titre (De Rossi, Bull, di arch. crist., 1879, p. 92; 1875, p. 51, toutes deux des environs de l'an 400). Le prêtre Félix (épitaphe dans De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 831), mort en 471, était prêtre titulaire de Fasciola (Lib. pont., t. i, p. 252). Figure comme titulaire dans les signatures des conciles de 499 (Fasciolœ) et de 595 (SS. Nerei et Achillei ) (voir Dictionn., t. v, au mot Fasciol^e).

Titulus TIGRIDAE, postea BALBINAE.

Mentionné pour la première fois dans l'épitaphe d'un prêtre : tituli sancte Ba..., du vie siècle (De Rossi, Roma solterr., t. m, p. 515). Ne figure pas, sous ce nom du moins, au concile de 499; appUraît pour la première fois en 595 2.

Regio XIII. Aventinus.

Titulus SABINAE.

Église fondée sous le pape Célestin (422-432), comme il résulte de l'inscription dédicatoire, encore existante. Épitaphe du ve siècle environ, d'un prêtre tituli Sabinœ (cf. G. Marchi, Monum. primit., 1844, p. 26). Figure parmi les titulaires en 499 et 595 3.

Titulus PRISCAE.

Épitaphe du ve siècle environ, d'un prêtre tit(uli) Priscse (Marchi, op. cit.). Figure parmi les titulaires de 499 et de 595.

Regio XIV. Trans Tiberitn.

1 E. Junyent, La maison romaine du litre, de Sainte Anastasie, dans Rivista di arch. crist., vu, 1930, p. 91 sq. — ■ P. Maranget, La basilique de Sainte-Balbine, Paris, 1931. — 3 H.-I. Marrou, Sur les origines du titre romain de Sainte- Sabine, dans Archivum fratrum praedicalorum, n, 1932, p.316-325. — 4 M. Mesnard, La basilique de Saint-Chrgsogone à Rome, Rome, 1935. — s Quatre si l'on n'admettait pas l'identification proposée ci-dessus entre le titulus Mmilianœ

Titulus IULII seu IULII ET CALLISTI vel MARIAE.

Église fondée par le pape Jules (337-352). Elle fut envahie en 358 par l'antipape Félix II; en 366, Ursinus, compétiteur de Damase, y fut élu; restaurée par le pape Célestin (422-432); théâtre de l'une des sessions du concile de 501 (Lib. pont., t. t, p. 8, 141, 142, 205, 206, 230, 231, 264). Figure parmi les titulaires de 499 (.JuliiJ et 595 (Julii et Callisti). Un document de l'année 587 (G. Marini, I papiri diplomatici, p. 138) mentionne déjà le titulus S. Mariée, appellation qui ne tarda pas à prévaloir.

Titulus CAECILIAE.

Le martyrologe hiéronymien (22 nov.) atteste que l'église existait au ive siècle; par son vocable elle se rattache à une martyre ancienne. Figure parmi les titulaires en 499 et 595.

Titulus CHRYSOGONI.

Titre mentionné pour la première fois au concile de 499. Inscriptions de 521 et 522 où figurent des prêtres de Saint-Chrysogone (De Rossi, Inscr. christ., t. r, n. 975, 977; Roma sotterr., t. m, p. 519, 522). Mentionné aussi au concile de 595 4.

Trois 6 de ces titres, celui de Saint-Sixte, celui des Saints-Marcellin-et-Pierre et celui de Sainte-Balbine ne figurent point, au moins sous ces noms, dans les signatures du concile de 499. En revanche, ce concile nous fournit cinq titres que l'on ne rencontre plus en 595, ceux de Matthieu, de Nicomède, de Crescenliana, de Tigridas et de Romanus. Pour celui-ci, L. Duchesne soupçonne une faute de copiste : au lieu de Marcellus presbyter tituli Romani, il lirait volontiers, Romanus, presbyler tituli Marcelli. Le titre, réel ou non, de Romanus ne se présente qu'une seule fois dans la liste, ce qui est rare, les prêtres du concile de 499 étant presque toujours deux ou trois par titre 6. Cette objection ne peut être opposée au titulus Tigridse, qui n'a pas non plus d'autre attestation que le concile de 499. Le titulus Crescentianœ paraît être identique avec la basilique Crescentiana dont le Liber pontificalis ' attribue la fondation au pape Anastase Ier (399-401). Cette église était située dans la deuxième région, civile ou ecclésiastique; comme elle n'est plus nommée après le concile de 499, il faut croire qu'elle disparut bientôt ou changea de vocable. Sa situation est encore à déterminer 8. Le titulus Nicomedis est attesté épigraphiquement; on a l'épitaphe d'un de ses prêtres, Victor, du ve siècle environ 9.

Qu'il y ait eu quelques modifications entre le temps de Symmaque et celui de saint Grégoire, c'est à quoi il faut s'attendre. D'abord les noms de certaines églises ont changé. Le titulus Gai a passé sous le vocable de sainte Suzanne, le titulus Fasciolœ sous celui des saints Nérée et Achillée, le titulus Pammachii ou Byzanti sous celui des saints Jean et Paul, le titulus Vestinœ sous celui de saint Vital. Pourquoi les titres qui s'appellent, en 595, Saint-Sixte, les Quatre-Couronnés, Sainte- Balbine, n'auraient-ils pas porté un siècle plus tôt, des désignations différentes? Il n'y a rien d'impossible à ce qu'ils se soient appelés respectivement titulus Crescentianse 10, titulus Aemilianœ, titulus Tigridœ.

L. Duchesne croit donc que les différences entre la liste de 499 et celle de 595 résultent de deux ou trois homonymies dont la constatation directe se fera peutêtre quelque jour. Il y a cependant un cas d'une nature différente, la substitution d'une église à une autre dans

et l'église des SS. Quattro. — 8 Une signature identique en tous points figure au concile de 595. — ■' Liber pontificalis, 1. 1, p. 218. — s Ibid., t. i, p. 218, note 3. — » De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 50. — 10 La basilique Crescentiana, fondée par le pape Anastase, était située dans la deuxième région. S'il s'agit de la deuxième légion ecclésiastique, comme l'église Saint-Sixte s'y trouvait aussi (De P>ossi, Roma solfer;-., t. m, p. 51 6), l'identifient ion aurait quelque probabilité.

ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE

la dignité rie titre presbytéral. En 499, Suint-Mathieu in Merulana figure parmi les titres sous le nom de titulus Matthmi; en 595, nous voyons apparaître pour la première fois un titulus SS. Marcellini et Pétri, identique à l'église de ce vocable qui s'élève encore, au bord de la via Merulana, à 200 mètres environ de Saint-Matthieu l. Les deux églises sont voisines, mais distinctes. Depuis le concile de 499, Saint-Matthieu ne figure jamais parmi les titres presbytéraux, tandis que le titre des Saints-Pierre-et-Marcellin n'a pas cessé depuis le temps de saint Grégoire. Il y a donc lieu de croire que, dans le courant du vie siècle, le titre aura été transporté d'une église à l'autre. A cette conclusion assez vraisemblable, L. Duchesne joint une hypothèse, c'est que le titulus Nicomedis de 499 n'est pas autre chose que l'église Saint-Matthieu. Je n'ai pour le soupçonner, dit-il, que des raisons assez faibles : d'abord le titulus Malthsei n'est représenté au concile que par un prêtre, ce qui donne à croire qu'il figure une ou deux autres fois sous un nom différent; ensuite il semble que le titulus Nicomedis doive être cherché plutôt du côté de l'Esquilin 2.

Ces considérations et ces hypothèses, quand même elles ne tomberaient pas tout à fait justes, peuvent servir à montrer combien est faible l'écart entre les deux listes de 499 et de 595 et combien il est aisé de les ramener l'une à l'autre. Si les vingt-cinq titres grégoriens ne sont pas absolument identiques aux vingtcinq titres symmachiens, il s'en faut assurément de bien peu. En 21 cas sur 25 l'identité est démontrée, pour trois autres elle est ou probable ou fort possible; pour un seul, celui des Saints-Marcellin-et-Pierre, il paraît y avoir eu transfert du titre à une église voisine de celle à laquelle il était d'abord attaché. On peut donc raisonner sur la distribution topographique des titres à la fin du vie siècle en la considérant comme représentant l'état des choses dans le courant du ve siècle.

Cela étant, on doit remarquer d'abord que ces églises se trouvent presque toutes dans une zone relativement excentrique. La partie centrale, le cœur de la ville de Rome, comprenait les quatre régions IV Templum Pacis, VIII Forum Komanum, X Palatinus, XI Circus Maximus. Là se trouvait le Capitole avec le temple de Jupiter Optimus Maximus et ses autres sanctuaires, le Palatin, la Voie Sacrée, le Forum romain et les autres forums de César, d'Auguste, de Trajan, de Nerva, de la Paix, enfin le grand cirque et le Forum Boarium. Or, tandis que, dans les autres régions, on trouve en moyenne de deux à trois églises titulaires, ici il n'y •. i a qu'une seule pour quatre régions, le titulus Anaslasiêc, au pied du Palatin, dans les limites de la XIe région.

Une telle distribution s'expliquerait difficilement si les églises dont il s'agit étaient moins anciennes. Au vie siècle ou même au déclin du Ve on ne les aurait pas construites exclusivement dans les quartiers éloignés du centre; on n'aurait pas craint de s'installer au cœur de la ville. Au iv siècle, au contraire, et surtout vers le début de l'ère de paix inaugurée par Constantin, on ne pouvait manquer d'être plus timide. La population païenne était encore très nombreuse; l'aristocratie, les fonctionnaires, appartenaient encore, sauf quelques exceptions, à la religion païenne. C'eût été les irriter sans raison et* s'attirer des désagréments de plus d'un genre que d'aller arborer les emblèmes du

1 Saint-Matthieu in Merulana a été reconstruite vers la fin du xixe siècle dans la même rue, à peu de distance. — 1 II a dû avoir quelque relation avec l'église Saint-Nicomède, près et au dehors de la porte Nomentane; l'épitaphe déjà citée d'un prêtre de ce titre se trouve dans la basilique de Saint-Laurent, il est vrai hors de sa place primitive Sur la relation topographique entre les titres et les cimetières

christianisme au milieu des plus vieux sanctuaires de la tradition romaine, à l'ombre du temple de Jupiter Capitolin, ou de la demeure sacrée des Vestales. Le clergé romain, toujours prudent, se garda bien d'en agir ainsi. Du reste, certaines habitudes, certaines traditions même, contribuaient à le retenir dans les quartiers excentriques. On ne peut évidemment accepter dans tous leurs détails les légendes qui se sont formées autour de la plupart des églises titulaires; mais on ne saurait non plus mépriser une certaine indication générale qui ressort de leur ensemble et que les découvertes archéologiques ont quelquefois confirmée. Plusieurs de ces vénérables édifices revendiquent une origine antérieure à Constantin et même à la persécution de Dioclétien. Or, il est difficile de ne pas se rendre aux raisons exposées par J.-B. De Rossi 3 et E. Junyent * en faveur de la haute antiquité du dominieum démentis, où des fouilles contemporaines ont révélé la plus étonnante et la plus instructive stratification de constructions antiques (voir Dictionn., t. ni, au mot Clément). On a pu voir, par cet exemple, ce que l'on était en droit d'attendre de fouilles semblables pratiquées au-dessous d'églises comme Sainte-Pudentienne, Sainte-Anastasie, Saints-Jean-et-Paul, Saint-Martinaux-Monts, Sainte-Sabine, Saint-Chrysogone. Depuis que fut exprimé ce souhait par L. Duchesne, il a été en partie réalisé. Quoi de plus naturel, d'ailleurs, que d'admettre qu'il existait à Rome, avant la persécution de Dioclétien, plusieurs lieux de réunion, plusieurs conventicula christianorum? On évalue à 30 ou 40 000 âmes la population chrétienne de la capitale, vers le milieu du me siècle. A la faveur de la longue paix qui suivit la catastrophe de Valérien, ce chiffre dut s'élever considérablement. Dès lors il devenait impossible de pourvoir au service de culte et de charité sans avoir quelques centres de ralliement et d'administration. Il est sûr que la communauté chrétienne de Rome possédait des immeubles au moment de la persécution de Dioclétien. Ils furent confisqués en 303, mais en 311, Galère donna ordre 6 de rendre aux chrétiens « les maisons où ils se rassemblaient », et cette disposition fut confirmée et étendue dans les édits publiés les deux années suivantes par Maxence, Constantin et Licinius. Les procès- verbaux de la confiscation des propriétés ecclésiastiques de Rome en 303 et de leur restitution en 311 furent lus in-extenso à la conférence de Cartilage, en 411. Si nous avions encore ces documents, nous y verrions sans doute désignés par leurs noms les anciens conventicula de l'Église romaine. Malheureusement le manuscrit qui nous a conservé le protocole de la conférence de Carthage ne va pas jusqu'à l'endroit où figuraient ces procès-verbaux et nous n'en avons plus qu'un rapide abrégé dans le Breviarium collationis de saint Augustin. On y voit cependant que, en 311, le pape Miltiade, ayant ieçu de Maxence et de son préfet du prétoire des lettres de restitution, envoya ses diacres au préfet de Rome ad recipienda loca ecclesiastica '. Nul doute que le culte chrétien n'ait été aussitôt réinstallé dans ces édifices. Après huit ou neuf ans de persécution on avait évidemment à pourvoir à bien des nécessités : il est à croire qu'on ne s'empressa pas de bâtir de nouvelles églises et que les anciennes furent employées tant qu'il ne fut pas nécessaire de leur en substituer d'autres. Peut-être aussi certaines installations provisoires, auxquelles on avait recouru pendant la confiscation, devinrent-elles définitives 7. Mais

suburbains, cf. De Hossi, Iïoma sotterr., t. m, p. 514 sq. — 3 De Rossi, Hall, di archéol. crist., 1870, p. 163. — « 1£. Junyent. Il titolo di San Clémente in Roma, Rome, 1932. — 5 liusébe, Hist. eccles., 1. VIII, c. xvn. — 'S. Augustin, Breviarium collationis, 1. III, n. 31-30. — ; C'est ce qui semble, indiqué, pour le titulus Marcelli, par la légende de cette église.

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tes édifices devinrent bientôt insuffisants; au déclin du ive siècle et au commencement du suivant il est souvent question de reconstructions d'églises. Damase dédie à saint Laurent nova tecta, expression qui caractérise une reconstruction l. Sainte-Pudentienne est rebâtie sous son successeur Sirice, le litulus Aposlolorum sous Sixte III.

On peut donc dire d'une façon générale que la distribution topographique des églises presbytérales correspond à une époque où le paganisme était encore à Rome, soit légalement, soit de fait, dans une situation prépondérante, c'est-à-dire au ine siècle et à la plus grande partie du IVe.

Une autre observation, corrélative de la précédente, c'est que, autant qu'on a pu le constater, les titres presbytéraux n'occupent jamais l'emplacement des édifices publics 2.

XXXVIII. Basiliques non titulaires. — Elles remontent au ive ou au Ve siècle, mais ne furent jamais titres presbytéraux.

Regio II. Cœlimontium.

BasilicaS. STEPHANI. Fondée sous le pape Simplicius (468-483) {Lib. pont., t. i, p. 249), embellie par les papes Jean et Félix IV (523-530) (De Rossi, Inscr. christ., t. n, p. 152). Porte le titre presbytéral dans un document de 938 (Reg. Sublacense, n. 24).

Regio V. Esguiliœ.

Basilica LIBER II, postea S. MARIAE. Sainte-Marie-Majeure, fondée sous Libère (352-366), juxta macellum Livise, très endommagée en 366 {Lib. pont., 1. 1, p. 209, note 18). Reconstruite par Sixte III (432-440) sous le vocable de Sainte-Marie {Lib. pont., t. i, p. 232, 235, note) et devenue depuis lors comme la seconde cathédrale de Rome (voir Dictionn., t. vi, col. 13, fig. 4771) 3.

Basilica HIERUSALEM seu SESSORIANA vel HELENIANA. Fondée par Constantin {Lib. pont., t. i, p. 179) dans le palaiium Sessorianum; inscription dédiée vers 425; théâtre d'une session du concile de 501 {Lib. pont., t. i, p. 196, note 75). Devint plus tard une église presbytérale titulaire, ainsi nommée sous Calliste II (1119-1124) et depuis lors.

Basilica S. ANDREAE. Fondée par le pape Simplicius, entre 471 et 483, dans une maison léguée à l'église par le magister militum Valila et ayant appartenu à la famille des Junii Bassi {Lib. pont., t. i, p. 249, note 2; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1871; voir Dictionn., t. xn, col. 2352, fig. 9117). Actuellement détruite.

Basilica S. BIBIANAE. Fondée sur le tombeau de sainte Bibiane (Viviana), juxta palatium Licinianum, par le pape Simplicius {Lib. pont., t. i, p. 249, 250, note 4).

Regio VI. Alla Semita.

Basilica S. AGATHAE. Église arienne, fondée entre 469 et 472 par le patrice Ricimer, appropriée au culte catholique par saint Grégoire Ier en 591 ou 592 {Lib. pont., t. i, p. 312, 313, note 8). (Voir Dictionn., t. i, col. 2819.) 4

Regio VIL Via Lata.

Basilica IULIA. Fondée par le pape Jules, regione VII juxta forum divi Traiani {Lib. pont., t. i, p. 8, p. 255, note 4); peut-être fut-elle titulaire à l'origine,

1 Cf. l'inscription dédicatoire de Sainte-Marie-Majeure : Virgo Maria tibi Xystus nova tecta dicavi. — * Il y aurait une exception à faire pour Saint-Laurent in Lucina, qui s'élève actuellement sur un emplacement que l'on considère comme ayant été occupé par l'obélisque d'Auguste et le cadran solaire du Champ de Mars. — 3 G. Biasotti, La basilica esquilina di S. Maria Maggiore, Rome, 1911. — 4 C. Hulsen, C. Cecchelli, G. Giovannoni, A. Monneret de Villard, A. Munoz, S. Agata dei Goti, Rome, 1924. — 5 S.Jérôme, Epist., cxxvn, 5, édit. I. Hilberg, dans Corp. script, eccles. lai., t. lvi, p. 149. ■ — * Id., ibid., cxxvn, 8, p. 152. — ' L.

elle ne l'était certainement plus en 499. Rebâtie par Pelage Ier et Jean III (vers 561) sous le vocable des saints apôtres Philippe et Jacques {Lib. pont., t. i, p. 303 sq.). Titre presbytéral depuis Calliste II.

XXXLX. Le monachisme a Rome. — Après ce qui a été exposé dans le Dictionnaire (t. il, col. 3047-3248 ; t. xi, col. 1774-1947) touchant le cénobitisme et le monachisme, il ne peut être ici question d'autre chose que des manifestations localisées à Rome et des oppositions qu'elles y provoquèrent dans le courant du ive siècle, principalement à la suite de la faveur accordée par le pape Damase à l'institution ascétique.

Entre 356 et 362, plus probablement vers 357, saint Athanase écrivit la « Vie de saint Antoine » dont le succès fut immense; mais avant d'écrire cette vie, l'évêque illustre l'avait contée à tout venant et principalement pendant son séjour à Rome où il était arrivé à la fin de 339 et avait vécu plusieurs années. Voici ce que nous en savons par saint Jérôme : « En ce temps-là aucune femme de haute naissance ne connaissait, à Rome, la vocation monastique, ni n'osait, en raison de la nouveauté de la chose, adopter un nom que les masses considéraient alors comme ignominieux et vil. Marcella apprit à connaître, de prêtres d'Alexandrie, de l'évêque Athanase et plus tard de Pierre — qui fuyant la persécution occasionnée par l'hérésie arienne, s'étaient réfugiés à Rome comme au port le plus sûr de leur communion — le mode de vie du bienheureux Antoine, lequel était encore de ce monde, les monastères de Pakhôme en Thébaïde, et la discipline imposée aux vierges et aux veuves. Et elle ne rougit pas d'embrasser une profession qui, elle le savait maintenant, plaisait au Christ. Pas mal d'années plus tard, Sophronia, d'autres encore, firent comme elle \.. (voir Dictionn., t. x, au nom Marcella). Tel fut le point de départ du mouvement d'où sortirent, poursuit saint Jérôme « ces nombreux monastères de vierges et cette multitude innombrable de moines 6 » qui se voyaient à Rome ou aux environs de la ville '. Le séjour de saint Athanase permet de placer vers 340 ses entretiens avec Marcella, du vivant d'Antoine, mort en 356, puisque Pierre d'Alexandrie ne vint à Rome que de 374 à 378.

Mais la notion de la vie monastique n'y est-elle pas antérieure à 340? Nous avons publié et commenté (voir Dictionn., t. i, col. 1313, fig. 307) une inscription d'une abbesse Serena, morte en l'an 514, supérieure du monastère voisin de la basilique de Sainte-Agnès 8. Cette abbesse étant âgée de 85 ans en 514, il est permis de reporter l'existence du monastère au siècle précédent. Or les Gesta sanctœ Agnes " nous apprennent non seulement l'existence de ce monastère, mais nous savons qu'eux-mêmes furent écrits vers 415-420 10, ce qui reporte le monastère avant cette date. De plus, ces mêmes Gesta attribuent la fondation à Constantine, fille de Constantin le Grand, morte en 354. L'auteur des dits Gesta n'est pas connu, mais il a suivi de près toutes les données historiques et chronologiques relatives à la jeune martyre : âge d'Agnès, nom du juge qui la condamne, fondation de la basilique11; enfin les données topographiques offrent les mêmes garanties d'exactitude : sépulture dans un agellus

Gougaud, Les critiques formulées contre les premiers moines d'Occident, dans Revue Mabillon, t. xxiv, 1934, p. 145. — 8 F. Savio, Costantina, figlia dell' imperatore Costantino magno e la basilica di S. Agnese a Roma, dans Atti délia reale accademia délie scienze di Torino, t. xlvii, 1907. — * Acta sanct., jan. t. n, p. 715-718; P. L., t. xvn, col. 735- 742; FI. Jubaru, Sainte Agnès, in-8°, Paris, 1907, p. 358- 363. — l0 Cette date est établie par le commentaire de ces Gesta dans une homélie de saint Maxime de Turin. — " Ph. Schmitz, La première communauté de vierges ù Rome, dans Revue bénédictine, t. xxxvm, 1926, p. 189-195.

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ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICAL

familial, non loin de la sépulture d'Émérentienne, et présence du mausolée de Constantine près de la basilique. Ce sont là de fortes raisons d'accorder toute confiance aux Gesta et d'accepter leur affirmation que la fondatrice du monastère romain de Sainte-Agnès mourut en 354. Or cette affirmation ne contredit en rien celle de saint Jérôme sur l'introduction du monachisme à Rome par Marcella à la suggestion de saint Athanase, aux environs de l'an 340. Jérôme n'est pas à l'abri des distractions et, parfois, de grosses distractions ' et, d'ailleurs dans le texte que nous avons traduit, s'il affirme qu'avant Marcella aucune femme noble n'avait fait profession de monachisme, il laisse entendre que des vierges de condition sociale inférieure y étaient entrées depuis peu de temps à Rome :

Nlllla NOBILIUM FEMINARUM... Romœ, prOpOSitUIll

monachorum... propter re.i novilatem... ignominiosum... et vile in populis. Avant l'initiative de Marcella, l'état monastique semblait fait pour la plèbe et non pour la noblesse. C'était donc une innovation mais seulement parmi cette caste.

Peut-on aller plus loin et proposer une date? On l'ignore, mais une fois le titre de fondatrice reconnu à Constantine on peut croire que la fondation est antérieure à 350, date de son départ de Rome pour Sirmium. Née vers 320, mariée en 335 à Annibalien, veuve en 337, on peut incliner à situer la fondation de la basilique et du monastère dans la période de veuvage 337-350. C'est alors que prend place le séjour à Rome de saint Athanase (339-341), accompagné du moine égyptien Isidore, père spirituel d'une communauté de soixante-dix nonnes.

Dès la seconde moitié du ive siècle, la diffusion du monachisme va s'accélérant à Rome et en Italie et nous en savons trop peu de chose pour ne pas utiliser un opuscule, intitulé Consu.ltation.es Zacchœi et Apollonii, rédigé en Italie, vers 3(>0, par un anonyme qui est peut-être Firmïcus Maternus. On y entend le païen Apollonius, déjà ébranlé dans ses convictions, interroger Zacchams : « Dis-moi ce qu'est la congrégation ou secte des moines et pourquoi, même de la part des nôtres, elle est un objet d'aversion. • Voici la réponse : « Plusieurs, sous le couvert de ce genre de vie, commettent des actes détestables et, bien que sujets à des reproches différents, ils manquent cependant tous à leur engagement. Ceux dont les dispositions sont les plus mauvaises, parmi ces dévoyés, simulent pour un temps la pratique de l'abstinence et de la continence, et d'abord s'insinuent et provoquent une familiarité dangereuse. Faisant illusion par de vaines opinions aux femmes qu'ils ont captivées, il les attirent à servir leur misérable passion; soit qu'avides de cadeaux ils recherchent les gains sordides de l'avarice, soit qu'ils les soumettent par la ruse, ils en triomphent et les détournent de la résolution d'une vie de chasteté 2. » Tous ces reproches n'empêchent pas Zacchaeus de proclamer les bons côtés de l'institution, au sein de laquelle il demande qu'on sache distinguer différentes classes :

« Ceux qui gardent le célibat ou qui s'interdisent les secondes noces et s'en tiennent là. D'autres qui, vivant dans les villes, s'imposent un logis solitaire, une nourriture chétive, le jeûne jusqu'au soir, la récitation des psaumes, la couchée sur la dure et le lever de nuit. Ils se réunissent, mais ne vivent pas ensemble. Enfin, la classe la plus vénérable se compose de ceux qui vivent

1 Far exemple, il fait honneur à Euslochium d'être la première noble qui ait, à Kome, embrassé la virginité (Epist., xxn, 15), mais Asella l'avait précédée dans cette voie depuis plus de trente ans {Epist., xxiv), et Marcellina, sreur de saint Ambroise, reçut le voile des vierges, des mains du pape Libère, en 353. — 'P. L., t. xx, col. 1071llfifi; édit. G. Morin, dans Florileijiiirïi pulristicum, fasc.

solitaires dans des rochers, des cavernes, entièrement adonnés à la prière et à la lutte contre les tentations ».

Ce classement, cette description s'offraient presque certainement aux regards des observateurs tant à Rome qu'en Italie, mais il ne faut rien exagérer. Lorsqu'en 388 saint Augustin écrit son opuscule De moribus catholicœ Ecclesiœ, il dit avoir connu à Milan un diversorium sanclorum où un prêtre dirige une nombreuse communauté. Il a, ajoute-t-il, connu à Rome plusieurs communautés de ce genre3; mais ce n'est que depuis son baptême qu'il en a entendu parler (27 avril 387). Jusqu'alors il n'avait, dit-il, jamais ouï parler de saint Antoine, ni des foules monastiques ni de l'existence du monastère de Milan où il vivait alors 4.

La correspondance de saint Jérôme, pendant ses années de séjour à Rome (382-385), ne fait aucune allusion à l'existence de monastères organisés. Le palais de Marcella sur l'Aventin (voir Dictionn., t. vin, col. 2254-2258; t. x, col. 1761) était une tiède retraite beaucoup plus qu'un monastère, nonobstant l'impétueux ascète qui y remplissait les fonctions de père spirituel et de professeur. Nous savons bien qu'à propos de la veuve Léa, morte en 384, il emploie les mots de monasterii princeps, de mater virginum. 5 sans préciser le sens de ces expressions; c'est seulement en 398 qu'il signala dans Rome mulli monachi 8 et, en 413, les crebra virginum monasteria et la monachorum innumerabilis mullitudo 7. C'est aux représentants de cette catégorie qu'il demande : « Que faites-vous dans les villes, vous qui, par votre nom, êtes voués à la solitude? » 8.

« Dans les dernières années du IVe siècle, on vit se produiie à Rome une réaction très prononcée contre le mouvement ascétique dont Jérôme avait pris la direction. Sous l'influence des idées propagées par les nouveaux épicuriens, des défections alarmantes s'étaient produites dans les rangs des moines et des vierges ".Jérôme intervint vigoureusement. Mais déjà, en 384, un événement s'était produit qui avait occasionné, à Rome, une véritable manifestation populaire contre les moines. Blesilla, jeune femme intelligente et pleine de promesses, fille de Paula (voir Dictionn., t. xm, à ce nom) et sœur d'Eustoehium, qui venait de se jeter à corps perdu dans l'étude des Écritures et dans l'ascétisme sous la direction de saint Jérôme, vint à mourir subitement; au cours de ses funérailles, sa mère, qui n'avait pu réussir à comprimer sa douleur, était tombée inanimée. On avait alors accusé Jérôme d'avoir exténué cette frêle créature et de l'avoir, à force de jeûnes et d'austérités, prématurément conduite au tombeau. « Qu'attend-on pour chasser de Rome la détestable engeance des moines, pour les lapider, pour les jeter à l'eau ? » s'était écriée la populace 10.

« On ne voit pas que les papes aient favorisé l'essor du monachisme occidental à ses débuts, sauf peut-être Damase, l'ami de Jérôme. D'après leurs notices du Liber pontificalis — d'ailleurs sujettes à caution en ceci — Sirice (384-399) et Innocent I" (402-417) se seraient servis des monastères romains comme de lieux de réclusion pour y incarcérer les gens dangereux. Saint Paulin de Noie rapporte qu'à son passage à Rome, en 394, il fut revu par Sirice avec une hautaine réserve (superba discretio). Il faudra attendre la fin du vi'- siècle pour voir un pape, saint Grégoire le

39, 1935. ' De muribus caihol. Eccl., 1. I, c. xxxm, 70; P. L., t. xxxn, col. 1339. — * Confessiones, 1. VIII, c. vi. — s S. Jérôme, Epist., xxm, 2. — • S. Jérôme, Epist., lxvi, t. — ' S. Jérôme, Epist., cxxvn, 8. — "S. Jérôme, Epist., xiv, 6; LVIII, 5. — - • F. Cavallera, Saint Jérôme, sa vie et son œuvre, t. i, 1922, p. 136-157. — " S. .len'iine, Epist., xxxix, fi.

ROM

HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE

Grand (590-604), faire appel aux forces vives du monachisme ■ ».

XL. Primauté romaine et l'Orient. — Jusqu'à une époque assez rapprochée de nous, on admettait généralement que la conception catholique de l'Église avait été à peu près étrangère aux premières générations chrétiennes et que la primauté romaine ne s'était pas nettement dessinée avant la fin du ive siècle. L'analyse minutieuse des textes authentiques et des faits connus a permis de renouveler la question et d'aboutir à des conclusions fermes. P. Batifîol (voir Dictionn., t. ix, col. 1744-1749), au terme d'une longue enquête, est arrivé à montrer dans l'Église naissante et le catholicisme (1909) que les Livres saints, les documents et la littérature chrétienne ancienne permettaient de saisir, avant même la paix de l'Église, les premiers linéaments de l'idée catholique et les premières manifestations de la primauté romaine. Dans La paix constantinienne et le catholicisme (1914), il étudia les rapports avec l'empire romain depuis la fin du me siècle jusqu'au milieu du ive, période au cours de laquelle l'Église fut officiellement reconnue, comblée de faveurs et de privilèges par Constantin, mais menacée dans son indépendance par les interventions indiscrètes du prince, persécutée par Constance qui prétendait lui imposer l'arianisme. Dans un troisième volume intitulé Le Siège apostolique (1924), le même auteur exposait les vicissitudes de la période suivante qui s'étend du concile de Rimini au concile de Chalcédoine : 359-451. On voit ici successivement la réaction du catholicisme contre l'intrusion du prince et de l'hérésie, le rétablissement de la communion catholique sur la base de l'unité de foi et de la communion avec l'Église de Rome, le rôle de cette Église comme arbitre de la foi, de l'ordre, de la communion, sa sollicitude de toutes les Églises à titre d'héritière de l'administratio de l'apôtre Pierre. Le sujet ainsi présenté et développé c'est donc le progrès constant et l'avènement définitif du principalus romain. Démonstration historique à l'aide de matériaux rigoureusement vérifiés d'une vérité religieuse. Bien que conduite d'après un point de vue particulier, cette histoire du catholicisme depuis Damase jusqu'à saint Léon éclaire toutes les perspectives et se rattache à tous les débats de ce temps-là. Du point de vue romain, la primauté romaine paraît aussi ancienne que la papauté, puisqu'elle remonte sans contestation possible jusqu'à saint Clément au ier siècle; jamais sans doute elle n'a cessé de s'affirmer plus ou moins; elle s'est de siècle en siècle affirmée avec plus de précision et saint Léon l'ait vraiment figure de pape au sens actuel de ce mot. L'histoire des progrès de la papauté est la contre-partie de l'histoire des résistances que Rome a rencontrées et dont elle a triomphé par son habileté diplomatique et par l'adhésion de la conscience chrétienne.

Sur les questions de foi, l'autorité supérieure de l'Église de Rome, héritière de saint Pierre, a été reconnue dès une période si rapprochée des origines qu'elle appartient aux origines mêmes; en Occident, les témoignages s'enchaînent et se succèdent depuis le IIe siècle; en Orient aussi, quoique avec moins d'empressement. Pour les questions de discipline, d'organisation, de juridiction, l'Église de Rome a dû tenir compte de résistances et même de fins de non-recevoir. Il arrivait que d'autres Églises se tournassent vers elle quand elles y avaient intérêt, pour s'assurer un appui, à l'occasion d'un conflit, à la suite d'une condamnation; après quoi, une fois le service rendu, on se détournait d'elle pour un temps plus ou moins long. Témoin l'histoire de l'Orient et de ses conciles, des suppliques ou des impertinences venues d'Antioche ou de Constantinople. Témoin encore l'attitude des Africains, si jaloux de leur autonomie qu'on n'en se-

rait peut-être pas venu à bout sans le donatisme et sans les Vandales ariens.

Enfin dans les rapports avec Rome, rien ne ressemble moins à l'histoire du catholicisme latin que celle du catholicisme grec. Dans tout l'Occident, Rome avait la partie belle : capitale de l'empire, elle était non seulement l'Église de saint Pierre, mais encore la seule Église apostolique. Pour les questions de foi on ne pouvait attendre le mot d'ordre que de Home, seule dépositaire de la tradition apostolique. Les difficultés ne pouvaient surgir que pour la discipline, pour les appels. Tout autre était la situation en Orient. D'abord les Cirées n'ont jamais pu se départir d'une défiance dédaigneuse à l'égard des Latins. Ensuite l'Orient comptait de nombreuses Églises apostoliques, qui, devant Rome, ne se décidaient pas toujours à se soumettre franchement; il avait même sa Cathedra Pétri, son Église de saint Pierre, celle d'Antioche. Par surcroît, Constantin et ses successeurs coupèrent en deux l'empire, isolant ainsi l'Orient de la vieille Rome, dressant en face d'elle avec Constantinople une « nouvelle Rome ». Enfin les empereurs byzantins, qui se piquaient de théologie et qui ne s'inclinaient pas devant leurs collègues d'Occident, faisaient lourdement sentir à leurs Églises, avec le poids de leur protection et de leur encombrante sollicitude, les chaînes d'une politique souvent hostile à la vieille Rome. De là tous les obstacles qui entravaient en Orient le progrès de la suprématie romaine. En ces régions, elle n'a pu agir que d'une façon intermittente, souvent indirecte, avec des résultats très divers selon les circonstances. Volontiers on se passait d'elle, comme à Constantinople en 381 ; parfois l'on refusait même d'entendre ses légats, comme à Éphèse, en 449.

Deux années plus tard, à Chalcédoine, en 451, la papauté romaine remporte son triomphe, nonobstant le canon 28e qui étendait les pouvoirs de l'évêque de Constantinople. Mais ce fut un triomphe sans lendemain, que suivirent des ruptures, des schismes, pour aboutir à ce schisme qui dure depuis neuf siècles et qu'on peut craindre définitif.

XLI. Le siège romain « dit le droit » 2. — « La période qui va du premier concile de Constantinople au concile de Chalcédoine (381-451) est particulièrement fournie en documents. Il semblerait qu'à la veille des incroyables transformations qui vont amener les invasions barbares, la papauté se doive à elle-même de briller d'un plus vif éclat, afin que, durant les années sombres où elle finira par entrer comme toutes les grandes institutions de l'Occident, il reste un souvenir plus exact de ce qu'elle fut dans le passé, de ce qu'elle doit être dans l'avenir. Et puis il passe sur la chaire de Pierre pendant ces trois quarts de siècle quelques hommes du plus rare mérite. Damase, Innocent Ier, Léon le Grand, c'en est assez pour donner à la curie pontificale des habitudes de gouvernement, pour accoutumer les évêques de toutes les parties de l'Em- ,pire à regarder vers Rome, quelle que soit l'attraction que puissent exercer les résidences impériales, Milan ou Constantinople. Car, il n'est pas hors de propos de le remarquer, c'est précisément à l'âge où Rome n'est plus rien au point de vue politique, où elle n'est plus riche que des soucis d'un passé glorieux, que les papes voient, ne disons pas grandir, mais se préciser, s'affirmer leur situation de chefs de l'Église entière. Et même des pontifes plus obscurs comme Sirice (38 1- 398), Anastase Pr (398-401), Boniface I" (418-422), Célestin Ier (422-432) n'ont pas laissé d'attacher leur nom à des interventions notoires du Saint-Siège. Il

1 L. Gougaud, op. cit., p. 152-154. — * É. Amann, Chronique d'hist. anc. de l'Église, dans Revue des sciences religieuses, t. v, 1925, p. 354-356.

n'est pas jusqu'au pape Zosime (417-418) dont l'histoire n'apporte une contribution intéressante à une étude sur les droits pontificaux dans l'ancienne Église. Il est entendu qu'il fut maladroit et malheureux. Son intervention brusquée dans l'affaire de la primatie d'Arles, ses incompréhensibles revirements dans l'histoire du pélagianisme ont laissé de bien fâcheux souvenirs. Mais, tout de même, il est le signataire de la fameuse Tractoria qui met un terme aux controverses pélagiennes, et cette intervention décisive du Siège apostolique dans une question où, semble-t-il, l'Orient et l'Occident ont pris une attitude différente ne laisse pas que d'être significative.

« Au vrai c'est la fonction du Siège romain qui s'affirme le mieux pendant cette période, celle de « dire le droit ». Et d'abord dans les questions de doctrine. Quatre questions dogmatiques, toutes de grande importance, sont soulevées et résolues dans cette courte période. Au lendemain de la victoire homéenne, c'est Rome qui rétablit, sans difficulté en Occident, au prix de négociations plus laborieuses et plus délicates en Orient, le eonsubstantiel nicéen, en même temps qu'elle oppose à l'apollinarisme et aux premières aberrations christologiques une fin de non-recevoir qui sera bientôt décisive. A ce point de vue les divers synodes tenus à Rome sous le pape Damase méritent une étude approfondie. S'ils n'ont pas, au point de vue politique, l'importance du concile rassemblé en Orient en 381, il n'y a rien de paradoxal à dire qu'ils sont de plus grande conséquence au point de vue de la doctrine. Trente ans plus tard, ce sont les questions du péché originel et de la grâce, qui, soulevées en Afrique, reçoivent finalement de Rome leur solution définitive. Le Siège apostolique semble d'ailleurs apporter dans toute l'affaire une pondération qui fait contraste avec les impatiences et les outrances mêmes qui échappent facilement au génie d'Augustin. Qu'on relise à ce point de vue VIndiculus de qratia Dei, autrement dit les prieteritorum Sedis apostolicœ episcoporum auctorilales, et l'on verra de quel côté de la Méditerranée se trouve le sens de la mesure : Profundiores vero difficilioresque parles incurrentium questionum... sicul non audemus contemnere ita non necesse habemus adstruere dit ce document intéressant, lit c'est de la doctrine d'Augustin qu'il s'agit et à l'égard de laquelle le Siège apostolique adopte une attitude de réserve qui était la prudence même.

« Même geste du pape Célestin dans l'affaire de N'estorius : rappel énergique à l'archevêque de Constantinople des grands principes qui dominent la question si imprudemment soulevée par lui; mais nulle hâte non plus à accentuer en face d'un litige infiniment délicat les points discutables d'une théologie opposée à celle de Xestorius. A coup sûr, s'il avait commissionné Cyrille pour obtenir de l'évêque de Constantinople la rétractation des graves propos qu'on lui prêtait, Célestin n'avait point donné mission au patriarche d'Alexandrie de rédiger les fameux anathématismes qui allaient mettre le feu à l'Orient. Au concile d'Éphèse, en 431, ses légats approuvent finalement la position dogmatique prise par Cyrille, position qui est très sûre; ils n'entérinent pas pour autant tout l'ensemble de la doctrine alexandrine. Au fait, c'est bien plutôt la théologie de Vacte d'union signé en 433 entre Jean d'Antioche et Cyrille qui représente la doctrine romaine. Et celle-ci va s'affirmer avec une majesté sereine dans le Tome à Flavien, quand il s'agira de couper court aux premières offensives du monophysisme. C'est vraiment saint Léon qui apparaît connue le grand arbitre dans toutes ces querelles christologiques et on a raison d'insister sur la signification de son geste. Léon ne propose pas au concile assemblé une question à débattre, il lui envoie une solution toute

faite, sur laquelle il ne s'agit plus de discuter et qu'il convient seulement de recevoir avec un respect souverain, sauf à tirer de l'acte pontifical les conséquences qui en découlent quant au jugement des personnages mis en cause par le brigandage d'Éphèse.

«.Ces interventions doctrinales du Saint-Siège ne sont pas les seules que l'on pourrait relever dans cette courte période; signalons au moins l'affaire de Priscillien, celle de Jovinien, celle de l'origénisme dans sa première phase. Mais s'il « dit le droit », et avec quelle autorité dans les questions de doctrine, le Siège apostolique le dit encore dans les questions de personne. Nulle affaire n'est plus caractéristique à ce point de vue que celle de saint Jean Chrysostome; nulle n'éclaire mieux la manière dont le pape conçoit son rôle dans les questions soulevées en Orient et où il n'a pas directement à intervenir. »

XLII. Rome centre de l'unité ecclésiastique '. — « A « dire le droit » ne se borne pas la fonction du Siège apostolique. Il doit être aussi le centre de l'unité ecclésiastique et c'est ici qu'il faut surtout oublier les façons d'agir actuelles, pour comprendre ce qu'est au ve siècle l'action de l'évêque de Rome. Tout en ayant de l'unité ecclésiastique un besoin aussi vif que le nôtre, les communautés de cette époque ne la réalisent pas de la manière à laquelle nous sommes habitués. L'unité de l'Église catholique romaine se marque aujourd'hui principalement dans le fait que le souverain pontife intervient directement et immédiatement dans la nomination de tous les évêques, qu'il entretient avec les chefs de chacune des Églises particulières un commerce direct et fréquent. Les diverses dignités qui s'interposent entre le simple évêque et le souverain pontife, patriarches, primats, métropolitains, ne sont, à bien dire, que des titres sans réalité. Du Vatican, l'impulsion se transmet directement à chacun des évêques de la chrétienté. L'antiquité ecclésiastique a procédé d'une autre manière. Les évêques des différentes villes (avec des territoires plus ou moins vastes) se groupent d'abord en provinces. A partir du ive siècle la province ecclésiastique joue un rôle considérable dans les diverses affaires; son concile fréquemment assemblé est la grande autorité et la première instance (souvent la dernière) pour les questions contentieuses. C'est le métropolitain, l'évêque de la capitale civile, qui ordonne les évêques de son ressort et veille à l'observation des règles ecclésiastiques. Ceci est commun à l'Orient et à l'Occident. A partir de 381, il y a tendance dans les parties orientales de l'Empire à grouper les provinces ecclésiastiques en des circonscriptions plus vastes et qui correspondent aux diocèses civils. Ce ne sont pas encore les patriarcats, puisque ceux-ci en définitive ne correspondent que très vaguement aux diocèses. C'est un groupement sui generis, inspiré, à n'en pas douter, par la vue des avantages que procure dans la vie civile le groupement des provinces en des circonscriptions plus étendues. Pour l'instant l'unité de l'Église d'Orient est assurée par le fait que les évêques de la ville capitale des diocèses sont en communion les uns avec les autres. L'union des Églises orientales avec la chaire de Pierre est assurée de même par la communion qui existe entre ces potentats ecclésiastiques et l'évêque de Rome. Si les évêques d'Alexandrie, d'Antioche, de Césarée sont en communion avec Home, tous les métropolitains qui dépendent de ces primats sont eux-mêmes rattachés au centre de l'unité et par eux, indirectement, les évêques des Églises de moindre importance groupés autour des métropolitains. En d'autres termes, l'intercommunion ecclésiastique est assurée par l'intermé-

1 É. Amann, Clironique d'Iiist.jinc. de l'Église, dans Hevue des sciences religieuses, t. V, 1925, p. 356-3ÔS.

ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE

diaire des échelons hiérarchiques superposés. Ajoutons qu'au point de vue administratif Rome ne cherche pas à s'immiscer dans les afïaires de ces Églises lointaines; seuls des appels directs à son autorité peuvent motiver son intervention.

« Cette hiérarchie de puissances superposées n'est pas complètement inconnue à l'Occident, mais elle n'a jamais pris la consistance qu'elle a très vite» acquise en Orient. D'abord le système des provinces ecclésiastiques n'existe pas dans l'Italie méridionale. Toute la région au sud de Rome, à laquelle il faut joindre les grandes îles méditerranéennes, relève directement et immédiatement du successeur de Pierre, qui est, à ce point de vue, le métropolitain de l'Italie entendue dans le sens que nous venons de dire. Dans cette vaste région il jouit du véritable pouvoir administratif; il ordonne les évêques, réunit et préside le synode, veille par lui-même à l'observation des lois ecclésiastiques. Les autres territoires de l'empire d'Occident connaissent les divisions en provinces ecclésiastiques, et même jusqu'à un certain point le groupement des provinces dans les cadres du diocèse civil. Milan, par exemple, est vraiment la capitale religieuse du diocèse civil d'Italie, Carthage du diocèse d'Afrique; mais on ne voit pas que rien de semblable soit réalisé pour le diocèse d'Espagne, ou pour celui de Gaule. La tentative de constituer Arles en une primatie des Gaules n'a jamais réussi, et bientôt d'ailleurs une grande partie de ces régions va tomber sous les dominations barbares qui pendant longtemps empêcheront les communications avec le siège romain. On voit donc que l'intercommunion des Églises occidentales est assurée en principe de la même manière que celle des Églises orientales. Mais bien vite l'évêque de Rome jouera le rôle de patriarche par rapport à toutes les Églises d'Occident et cette circonstance amènera dans cette partie de la chrétienté une cohésion beaucoup plus grande que dans la portion orientale de l'empire. »

XLIII. La primauté du Siège romain. — Pendant le dernier quart du ive siècle (373-397), le siège épiscopal de Milan reçut un tel éclat de la présence de saint Ambroise et la ville de Milan tint un rôle politique si prépondérant en Occident que le prestige de la ville et du siège de Rome en souffrirent. Sans rien faire pour y contribuer directement, Ambroise y participa en faisant acte de métropolitain dans toute l'Italie du Nord; il prit l'habitude de réunir autour de lui périodiquement une trentaine d'évêques sufîragants, au chef-lieu de la province, pour tenir des conciles et il inculqua autour de lui le sentiment d'une supériorité incontestée. Cependant il n'empiéta pas sur les droits avérés du siège de Rome, tout reposait sur la valeur personnelle d'Ambroise dont la disparition entraîna à bref délai le déclin dès le début du ve siècle.

C'est une courte éclipse à laquelle les papes de Rome ne se sont d'ailleurs jamais prêtés, bien décidés à maintenir leur primatie sur toute l'Italie jusqu'aux Alpes. On a dit plus haut qu'à partir de 378, Damase a dû tolérer qu'on limitât sa juridiction aux provinces du vicarius Urbi et aux îles ; mais c'est là une concession sur laquelle on sera toujours prêt à revenir. Un concile quasi-annuel maintient un contact étroit entre les évêques réunis autour du tombeau de saint Pierre et le pape qui légifère avec eux et pour eux. En 38(5, le pape Sirice adresse aux absents la synodale Cum in nnum les informant des décisions prises, au nombre desquelles se trouve l'interdiction d'admettre dans le clergé quiconque aura géré une fonction publique après son baptême ou épousé une veuve, l'obligation de la continence pour les clercs mariés, la défense pour un évêque d'accueillir un clerc chassé d'une

autre Église et celle d'ordonner un Adèle étranger ou de sacrer seul un évoque. Dans d'autres cas, le pape Sirice ne recourt pas à un concile, il prend sa décision à lui seul, ou bien il se contente d'une consultation restreinte à son presbyterium. La synodale de 386 fut envoyée à différentes provinces d'Occident, notamment à l'Afrique, malgré que cette province se montrât si généralement mal disposée à ce qu'on s'occupât d'elle. Il n'en est pas de même ailleurs et la juridiction romaine s'y fait sentir avec moins de résistance.

Quelques années auparavant, en 381, le pape Damase avait accueilli l'appel de Léonce de Salone et avait reconnu son innocence; mais après cette date, Damase et son successeur, Sirice, se tiennent en dehors des affaires épiscopales italo-illyriennes qu'ils semblent se résigner à laisser sous la juridiction de l'évêque de Milan. Il est certain que pendant toute cette période, les relations entre Rome et Milan demeurent correctes mais froides. S'il arrive au pape de faire acte d'autorité en condamnant Jovinien, il ne manque pas d'informer l'évêque de Milan que «les fauteurs de cette nouvelle hérésie blasphématoire doivent demeurer hors de l'Église, condamnés par sentence divine et par notre jugement éternellement ». Là-dessus, Ambroise réunit un concile à Milan qui entérine ladite condamnation, la prend à son compte et la communique, en réponse, à Sirice. La démarche est d'une déférence irréprochable dans les termes, mais peut-être l'intention cache-t-elle une arrière-pensée.

On joue ainsi à faire assaut de finesses, et toute occasion est saisie et exploitée. En 385 ou 386, le pape Sirice reconnaît à l'évêque Anysius de Thessalonique le droit de confirmation sur toutes les élections épiscopales en Illyricum (Dacie et Macédoine comprises). Ce n'est rien moins qu'une délégation de l'autorité romaine sur des régions troublées conférée à Anysius. Ambroise et ses conciles de 392 et 393 n'y contredisent pas, ils confirment, mais cette décision parallèle et conforme est une sorte de reconnaissance sinon une approbation.

L'autorité romaine n'hésite pas, elle recherche même, pourrait-on dire, les occasions de faire sentir son autorité notamment en Gaule et en Espagne. En 386, Sirice dénonce l'élection irrégulière de l'évêque gaulois Agrécius à l'empereur Maxime qui lui répond que l'affaire sera soumise aux évêques catholiques gaulois, mais les droits de juridiction du siège romain sont reconnus, encore que transférés.

Sur le terrain des principes la prépondérance romaine est reconnue et proclamée; c'est ce dont témoignent deux pièces importantes. L'une d'elles est connue sous le nom de Epistola ad Gallos; on l'a qualifiée aussi « la plus ancienne décrétale ». Nous l'avons déjà fait connaître (voir Dictionn., t. vin, col. 2805- 2809), elle paraît appartenir au pape Damase et nous fait voir les évêques gaulois s'adressant au Siège apostolique touchant la loi et les traditions. Le pape, dans sa réponse, leur rappelle les conditions mises à l'accession aux ordres sacrés : célibat ou continence conjugale des clercs admis aux ordres majeurs; pas de consécration épiscopale sans l'agrément du métropolitain et la présence d'au moins trois évêques; obligation pour chaque prélat de respecter les condamnations prononcées par d'autres évêques; interdiction des transactions. Tous ces points doivent être observés sous peine de « s'exclure de la société des catholiques et de la communion du Siège apostolique ». On voit que dans ce cas l'Église romaine — et elle seule — est appelée à dire le droit et à interpréter la tradition.

L'autre pièce est une lettre du pape Sirice à Himérius de Tarragone, datée du 10 février 385, répondant à un mémoire adressé au pape Damase, mort depuis. Le pape Sirice a soumis ces questions à son concile,

ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE

le premier qu'il ait tenu et envoie ses réponses sur tous les points dont le détail importe moins que cet avertissement : « Pour chacun des cas sur lesquels, par l'intermédiaire de notre fils le prêtre Bassianus, tu avais consulté l'Église romaine, comme la tête du corps auquel lu appartiens, nous avons répondu suffisamment, à mon avis. Maintenant, pour que les canons soient respectés et que les décrets ainsi posés soient observés, nous incitons ta fraternité à faire connaître ce que nous venons de répondre à ta consultation, à tous nos co-évêques, non seulement ceux qui sont établis dans ta province, mais aussi à tous ceux de Carthaginoise, Bétique, Lusitanie et Galice, ainsi qu'à ceux des provinces limitrophes. »

Le ton est haut et ferme; en outre, chaque prescription est renforcée d'une menace de sanction d'être retranché de la communion romaine. Pour en agir de la sorte, le pape se réclame de la succession apostolique : Portamusonera omnium qui grauanlur... immo hsec portât in nobis beatus apostolus Petrus qui nos in omnibus, ut confidimus, administralionis suœ prolegil et tuetur heredes qui lui impose le droit d'exprimer la tradition sur toutes les Églises : Apud nos et apud omnes Ecclesias.

Il est donc bien vrai de dire que « ces deux textes sont d'une grande portée : ils représentent les premières décrétâtes, et le nom nouveau, qui est ainsi introduit dans le droit ecclésiastique, est significatif des progrès de l'Église romaine. Avant le dernier quart du ive siècle, les écrits des papes ne consistaient guère qu'en brèves missives privées et lettres pastorales étoffées de citations scripturaires. Avec Sirice — peut-être déjà avec Damase — paraissent les éléments de style empruntés aux décrets conciliaires et aussi à la langue juridique des lois civiles. Consulté par des évêques, le pontife romain leur adresse de véritables « rescrits », comme le prince à des fonctionnaires; il « dit le droit », soit pour le constater, soit pour le faire. Dans la lettre à Himerius, Sirice écrit : jubemus, decernimus. Les lettres aux évêques subuibicaires et aux évêques africains, qui sont aussi des décrétales, ont moins de solennité dans la forme, mais autant de fermeté dans le fonds. Désormais à côté des canons des conciles et étroitement liés à eux ou appuyés sur eux, le droit ecclésiastique disposera des décrétales des papes.

o C'est sur tout l'Occident que l'Église romaine étend ainsi son autorité souveraine et l'on comprend que le pape romain apparaisse aux Orientaux comme le chef ecclésiastique de toutes ces contrées. Saint Jérôme a distingué dans la chrétienté, les Églises d'Orient, celles d'Egypte et celles du Siège apostolique, voulant dire par là les Églises occidentales, expression singulière mais vigoureuse en son raccourci '. »

Le travail qui s'est accompli pendant ce quart de siècle a été décisif pour l'Église de Rome et l'institution dont elle est inséparable. Or il faut observer que ceux qui ont présidé pendant cette période à sa destinée n'appartiennent pas à la catégorie de ces hommes éminents que, d'instinct, on nomme de « grands papes ». Ni Damase, ni Sirice, ni Anastase ne sont du nombre de ceux qui s'affirment parmi leurs contemporains et s'imposent à la postérité. Les débuts de Damase furent laborieux et toute la durée de son pontificat assez difficile. Les quinze années du pontificat de Sirice sont plus calmes et s'il l'a emporté sur saint Jérôme, on hésite à croire que ce fut un malheur car

1 J.-R. Palanque, Le Siège romain, dans A. Kliche et V. Martin, Histoire de l'Église, t. m, 1936, p. 484. — * [Voir surtout aujourd'hui : R. Vielliard, Recherches sur les origines de la Home chrétienne, Mâcon, 1941.] — ' 1'. Ailard,

personne ne peut imaginer ce qu'eut été Jérôme, pape, mais on sait ce que fut Sirice. Le cardinal de Retz disait que l'impulsion imprimée à l'État par Richelieu fut telle que la Fronde en fut retardée pendant plusieurs années et on pourrait soutenir non sans vraisemblance que l'essor donné à la papauté par le pape Damase soutint l'institution fortement et victorieusement au moins pendant toute la durée du pontificat de son successeur. L'institution papale ne dépend ni dans ses origines ni dans son développement de la coïncidence qui existe entre le fait de Rome capitale du monde au début de notre ère et l'Église exerçant la primauté par le rayonnement de son prestige sur les autres Églises. Ce qui est incontestable comme l'évidence c'est l'affirmation d'une part et, d'autre part, l'aveu du principe de cette primauté. L'Église romaine se considère, s'impose comme « Siège apostolique » et cette expression damasienne reparaît dans toutes les décrétales de Sirice, sous la plume de saint Ambroise et sous celle de Priscillien.

C'est surtout dans le décret pseudo-Gélasien (voir Diclionn., t. VI, au mot Gélasien) que nous lisons cette déclaration attribuée à un « concile romain tenu sous Damase » : « Ce n'est pas par des décisions de conciles que l'Église romaine a été mise au-dessus des autres Eglises, mais elle a obtenu la primauté par la parole du Seigneur Nôtre-Sauveur dans l'Évangile : « Tu es Pierre et sur cette pierre, etc.. » Le premier siège de l'apôtre Pierre est donc l'Église romaine « qui n'a pas de tache ni de rouille ni rien de ce genre » (Ephés., v, 27). Le deuxième siège a été consacré à Alexandrie, au nom de Pierre, par Marc, l'évangéliste, son disciple... Le troisième siège du bienheureux apôtre Pierre à Antioche est tenu pour honorable parce qu'il a résidé là avant de venir à Rome et que là a résonné pour la première fois le nom du nouveau peuple des chrétiens ». Le texte, suivant certains, vient du concile romain de 382. S'il en est ainsi on voit que Ambroise de Milan, Valérien d'Aquilée, Anemius de Sirmium, Britton de Trêves, tous présents à ce concile, ont ratifié ce texte qui étayait si fortement le fondement de la primauté romaine.

XLIV. Rome au iv siècle -. — A défaut de quelque Mirabilia urbis Romœ ou d'Itineraria qui n'existent pas pour l'époque que nous étudions, c'est un pèlerin, un poète qui va nous décrire Rome vers les derniers jours du IV8 siècle, Prudence, dont les écrits contiennent des détails précieux pour l'historien et pour l'archéologue. Paul Ailard qui était maître en ces deux sciences a su tirer de ces poèmes une image sinon complète, au moins vivante et pittoresque de la Rome païenne, de la Rome chrétienne et de la Rome souterraine vers le temps où nous sommes parvenus. La Rome monumentale à quelques années seulement de sa capture et de sa ruine par Alaric se dresse encore debout et vivante dans ces poèmes, avant que le marteau n'ait encore abattu aucun temple, aucune statue consacrée aux dieux 3.

Le païen qui sort de sa maison de l'Esquilin ou de Suburre aperçoit d'un coup d'œii la ville en fête et partout des jeux. Devant lui le haut Capitole, les prêtres couronnés de lauriers s'empressent autour des temples tandis que sur la voie sacrée on entend mugir les victimes '. Les sacri lices sont désormais affaire individuelle, simplement tolérée car, depuis 394, l'État se refuse à toute participation aux frais du culte idolàtrique. Néanmoins les temples sont tous debout : le Capitole, le temple de Rome et celui de Vénus ',

Home au IV* siècle, d'après les poèmes de Prudence, dans Hevue des questions historiques, t. xxxvi, 1884, p, 5-61. — 4 Prudence, Contra Sgmmachum. 1. 1, vs. 21.V21S. — ' Id., ibid., 1. I, vs. 219-222.

HOME. UlSTOlKE CIVILE ET PONTIFICALE

celui de Jupiter Tonnant ' et tant d'autres 2 que Prudence nomme pêle-mêle parce qu'il les a vus au Forum; ici « un Hercule se dressant dans la rigidité fauve de son bronze3 »; là, les statues équestres de Castor et Pollux, dont le temple s'élève au pied du Palatin 4; plus loin, vers le Capitole, celui de Janus Bifrons s, qui existait encore au vic siècle avec son revêtement de bronze 6 et près duquel se célébraient aux calendes de janvier, des rites idolâtriques et des festins sacrés7; faisant pendant à celui-ci, le temple de Saturne *. Puis viennent, ornant, çà et là le Forum, les statues des vieux héros de la légende latine : Enée, ltalus, le père Sabin, c'est-à-dire Romulus, divinisé sous le nom de Quirinus, le fabuleux Picus; devant chacune de ces statues, nous apprend Prudence, était posé un antique autel '.

Ces vestiges d'un culte de plus en plus délaissé et à qui ses fidèles eux-mêmes n'accordent plus aucune confiance ne sont pas les seuls. D'autres subsistent, tels le temple d'Hercule, sur l'Aventin, desservi par les prêtres Saliens, et dont un membre de la gens Pinaria était flamen héréditaire10; s'élevant sur la même colline, au milieu d'un bois sacré, le temple de Diane d'où les chevaux devaient être tenus à l'écart et sur les parois duquel une fresque encore visible faisait voir Hippolyte enlevé dans l'Olympe par la chaste déesse n. Pareil assemblage faisait ressembler Rome à un musée et à un panthéon. « Ici, une statue apportée de Corinthe; là, an marbre provenant d'Athènes incendiée. La terre de Cléopâtre a envoyé des cynocéphales et le désert d'Ammon des dieux au front cornu comme des vaches. Chaque fois que le char d'un nouveau triomphateur est entré dans Rome, chaque fois furent élevés des autels à de nouveaux dieux 12. » Parmi tout cela l'art exerce son prestige en faveur de l'idolâtrie et Prudence avoue que les artistes grecs ont présenté des dieux à la folie des hommes; le ciseau de Miron et le marteau de Polyclète ont fait naître des immortels ", qui défilent chacun avec son caractère, son attribut, ou son symbole ", alors qu'on n'a pas paru songer à élever des temples à Mentor et à Phidias 16.

Un culte plus humble, plus familier se rencontrait presque partout, celui des divinités tutélaires attachées à chaque ville, chaque rue, chaque maison et représentées sous la forme de petits reptiles. « Les portes, les -demeures, les thermes, les écuries possédaient leur génie : dans toutes les parties de la ville, sur tous ses membres, pour ainsi dire, ils étaient représentés; il n'y avait pas un coin qui n'eût le sien 16. »

Ces particularités n'enlèvent à la ville rien de sa richesse et de sa magnificence qui lui sont dues pour son mérite intrinsèque d'être Rome, la ville des Romains, êtres supérieurs incomparables à tout le reste de l'humanité, car c'est Prudence qui estime qu' « il y a une aussi grande distance entre le Romain et le barbare, qu'entre le quadrupède et le bipède, le muet et le parlant, le chrétien et le païen 17 :

Tantum distant Romanu et Barbara, quantum Quadrupes abjuncta est bipedi, vel muta loquenti. Quantum etiam, qui rite Dei prœcepta sequuntur, Cultibus a stolidis et eorum erroribus absunt.

Gloire ancienne et nouvelle qu'attestent les arcs de triomphe, couronnés des statues des généraux, debout

1 Claudien, De VI consulatu Honorii, vs. 44. — a Claudien, De laude Stilichonis, 1. II, vs. 227-228. — 3 Prudence, Contra Symmachum, 1. 1, vs. 226, 229. — « Id., ibid., 1. 1, vs. 227- 231. — 6 Id., ibid., 1. I, vs. 233. — • Procope, Histor. arcana, 1. I, c. xxv. — ' Prudence, op. cit., 1. I, vs. 237-240. — 8 Id., ibid., 1. I, vs. 234. — • Id., ibid., 1. I, vs. 232-237. — ,0 Id., ibid., 1.1, vs. 120-121. — u Id., ibid.,l. II, vs. 53-56. — " Id., ibid., 1. II, vs. 352-359. — ■ '* Prudence, Peristeplianon, x,

sur leur quadrige d'airain qui courbe les captifs agenouillés I8.

Deux poètes païens, Claudien et Rutilius, célèbrent à leur tour « les arcs innombrables autour desquels étincellent les trophées arrachés aux nations vaincues 19, « trophées innombrables dont la ville est remplie, et qu'il est aussi diflîcile de compter que les étoiles du ciel 20 ». Les trois poètes ont été frappés de l'effet magique du soleil frappant de ses rayons les toits dorés des temples et des palais de Rome. « L'œil, dit Claudien, reste ébloui de tout ce métal embrasé; le scintillement de tant d'or fatigue la prunelle tremblante n. » — « Les temples étincelants, écrit Rutilius, troublent nos yeux, qui ne les peuvent regarder en face 22. » Prudence, le chrétien, a compris et rendu avec plus d'éclat encore la fête lumineuse offerte par la grande ville à quiconque est capable de comprendre la poésie du soleil. « Ses rayons, dit-il, illuminent d'une splendeur égale toutes les parties de Rome, ils frappent ses faîtes dorés, mais ils frappent aussi les humbles toits noirs de fumée; ils entrent dans les édifices de marbres éblouissants dont le Capitole est couronné, mais ils pénètrent aussi dans les étroites ouvertures des prisons, dans les bouches des cloaques, dans les honteuses cellules des bouges les plus infects 23. »

Malgré cet éblouissement, Prudence et, sans aucun doute, beaucoup d'autres bons chrétiens comme lui ne peuvent manquer de se scandaliser à la vue de tout ce qui offense la morale. On passe condamnation sur ce qui est du ressort de l'art et de la fable, mais la morale y souffre de tels accrocs que l'honnête homme et le croyant ne peuvent qu'en être révoltés. Le luxe des femmes le scandalise. « Leur beauté naturelle ne leur suflit pas, elles y ajoutent des attraits menteurs. Elles s'imaginent que la main du divin artiste qui a modelé leur visage laissa son œuvre incomplète, elles attachent à leur front un diadème de grenats d'un bleu d'hyacinthe, elles ceignent leur col pur du feu des colliers, à leurs oreilles elles suspendent de lourdes émeraudes, elles enroulent dans leurs beaux cheveux des rangs de blanches perles; des chaînes d'or entrelacées couvrent leur tête d'un tissu rigide 24. » Non contentes de cette magnificence artificielle qui évoque certaines fresques des catacombes et des mosaïques de Ravenne, Prudence ajouta à ce portrait que les femmes de son temps se couvrent de fard '" :

... non enim contenta décore Ingenito externam mentitur femina formant. At velut arti/icis Domini manus imperfectum Os dederit, quod adhuc res exigat aut hyacinthis Pingere sulilibus redimitse frontis in arce. Colla vel ignitis sincera incingere sertis, Auribus aut gravidis virides suspendere baccas, Nectitur et nitidis concharum calculus albens Crinibus aureolisque riyet coma texta catenis. Teedet sacrilegas matrum percurrere curas, Muneribus dotata Dei quœ plasmata fuco Inficiunt, ut pigmentis cultis inlita perdat Quod fuerat, falso non agnoscenda colore.

Les hommes ne sont pas moins préoccupés de leur parure. « Ils se réjouissent d'emprunter leurs habits, non à la laine des brebis, mais aux dépouilles d'une plante d'Orient; ils aiment à couvrir leur corps de tissus ornés de broderies aux couleurs variées. Pour eux on carde les laines les plus molles; celui-ci porte une tunique dont une course rapide révèle l'indécence,

vs. 265-270. — '« Id., ibid., vs. 271-290. — " Id., ibid., va. 291-292. — " Contra Symmachum, 1. II, vs. 445-449. — " Id., ibid., \s. 816-819. — '• Ibid., vs. 556-561. — " Claudien, De VI cons. Honorii, 49, 50. — 2° Rutilius, Itinerarium, 1. I, vs. 93, 94. — 2l Claudien, De VI cons. Honorii, vs. 51, 52. — za Rutilius, Itinerarium, I. I, vs. 95. — ■ " Prudence, Conlr. Symmachum, 1. II, vs. 831-836. — " Harmatigenia, vs. 264- 272. — ,s Ibid., vs. 273-276.

ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE

ou des vêtements tissés de plumes d'oiseaux; cet autre, fardé, poudré, exhale les parfums d'une femme l.

Tous sont ainsi parés pour aller s'asseoir dans le Grand Cirque et y applaudir frénétiquement chars, chevaux et cochers, s'émouvoir devant l'adresse des danseurs de corde et l'intrépide hardiesse des dompteurs 2, se divertir à la vue et au récit des aventures les plus sales, des danses les plus obscènes, des histrions les plus dégradés 3. Avec cet auditoire luxueux s'entassait sur les gradins supérieurs une cohue avide d'assister à d'ignobles pantomimes 4, d'acclamer les acteurs dont le répertoire était encore tout païen à en juger par les titres des pièces : Jupiter et Léda, V Enlèvement d'Europe, Vénus et Adonis et par ce que nous en connaissons : « Jupiter transformé en cygne séduit Léda sur la scène; le même Jupiter métamorphosé en taureau enlève Europe, enfin une courtisane vient répandre en présence de tous des larmes coupables sur les blessures d'Adonis et les prêtres des dieux contemplent sans s'émouvoir le lupanar de la sainte Cypris 6 ». Cette foule réclame encore et on lui accorde les combats de gladiateurs 6 (voir Dictionn., t. vi, à ce mot) sous les yeux des vestales dont les privilèges ont été abolis par Gratien, en 382 ', mais dont la corporation subsiste encore sous Honorius, en 403. Leur recrutement, de jour en plus plus difficile, rendait presque impossible leur conservation; elles disparurent le jour où la dernière d'entre elles abandonna le temple de Vesta ou tomba morte auprès de son autel refroidi.

Depuis longtemps déjà, selon le mot de saint Jérôme, les araignées tissaient leurs toiles dans les temples délaissés, les basiliques chrétiennes s'élevaient de plus en plus nombreuses, étincelantes, envahies par une foule de fidèles. On ne doit pas supposer à tous ces édifices la magnificence des églises construites et dotées par Constantin au Vatican, au Latran et sur la voie d'Ostie, mais c'est d'après le même plan, avec des matériaux plus simples et une décoration plus sobre que les papes Silvestre, Jules, Marc, Libère, Damase et Sirice pourvurent à la construction et à la réfection des édifices nécessaires au culte. Prudence les a vus et nous en a décrit le vaste atrium auquel donnait accès une porte consacrée et qu'entouraient des portiques couverts 8, sous lesquels tous pouvaient se promener et se délasser en s'appuyant sur les cancels qui régnent entre les colonnes et en regardant les fontaines jaillissantes \

La basilique de Saint-Paul, élevée par Constantin sur la rive gauche du Tibre, le long de la voie d'Ostie, au temps où la vit Prudence venait d'être rebâtie « avec une royale magnificence par un bon prince qui dépensa à cette œuvre d'immenses trésors 10 ». On le croira sans peine en lisant que « toutes les poutres étaient revêtues d'or en feuilles, afin qu'au-dedans l'édifice parût éclairé comme par une aurore; les lambris de couleur brune étaient soutenus par quatre rangs de colonnes en marbre de Paros; des morceaux de verre brillants ornaient de couleurs variées la courbe des arcs : en levant les yeux on eût cru voir des prés semés de fleurs printanières " ». — Non moins riche était l'église bâtie auprès de la catacombe de Cyriaque, non loin du tombeau de saint Hippolyte. Prudence la décrit ainsi : « C'est un temple d'une splendeur royale; ses murs sont élevés, sa majesté superbe et il a reçu les dons, les plus opulents. Deux rangs de colonnes soutiennent la charpente du toit, posés sous

1 Hamartiyenia, vs. 361, 364. — ■ J Ibid., vs. 367-370. — 3 Ibid., vs. 316-318. — « Ibid., vs. 309-311. — s Pcristeplianon, X, vs. 228-230. — « Ibid., VI, vs. 64-66. — ' Symmaque, Epist., 1. X, c. liv. — 8 Peristepnanon, II, vs. 172- 175, 177. — ■ S. Paulin, Natale S. Felicis, x. — 10 Peristephanon, XII, vs. 45-48. — » Ibid., XI, vs. 49-54. — •« Ibid.,

ses poutres dorées. De chaque côté s'allongent d'étroits enfoncements, couverts d'un toit surbaissé. Mais au milieu s'ouvre une allée plus large, que couronne un comble élevé. En face un tribunal est supporté par de nombreux degrés : de là le pontife prêche Dieu n ». On voit ici une basilique du type bien connu avec sa nef à colonnes, son comble en charpente et la chaire épiscopale située dans l'abside. Faut-il y voir une description de la basilique de Saint-Laurent (voir Dictionn., t. vm, col. 1931 sq.)?13 C'est d'autant moins probable qu'il a décrit le tombeau de saint Hippolyte, chambre souterraine transformée en oratoire, mais trop petite pour contenir la foule des pèlerins : il montre ensuite celle-ci remontant à la surface du sol, et se répandant dans la basilica major consacrée au même saint, où se célébrait l'office solennel le jour anniversaire de son martyre. Toutes les basiliques du ive siècle se ressemblaient par les grandes lignes et l'ordonnance générale, mais aucune hésitation n'est possible ici car, outre que Baronius rapporte que de son temps on voyait encore quelques restes d'une basilique consacrée à saint Hippolyte à côté de la basilique de Saint-Laurent, à l'entrée du cimetière de Cyriaque14, on a retrouvé l'emplacement de cette basilique 15 et l'on y a découvert une inscription damasienne qui rappelle des réparations et reconstructions importantes exécutées dans la domus martyris Hippolyti (voir Dictionn., t. iv, col. 194, n. 63) :

Laeta Deo plebs sancta canat quod mœnia crescunt et renouata domim martyris Hippoliti ornamenta operis surgunt.

S'il n'a pas décrit la basilique de Saint-Laurent, Prudence y fait allusion lorsqu'il nous apprend que, lors de son voyage à Rome, cette église était fréquentée de préférence par l'aristocratie romaine convertie : « Nous voyons, dit-il, des familles illustres, où le père et la mère sont d'une noblesse égale, y vouer à Dieu leurs clarissimes enfants. Celui qui autrefois portait les bandelettes des pontifes est marqué aujourd'hui du signe de la croix, et dans ton temple, ô Laurent, entre la vestale Claudia 16. » Ces ex-votos d'enfants clarissimes nous sont attestés précisément pour la basilique Saint-Laurent par un petit monument qui peut être contemporain de Prudence. Ce sont deux médailles de dévotion représentant l'oblation de deux enfants au tombeau d'un martyr (voir Dictionn., t. i, col. 1826, fig. 492; col. 1825, fig. 491). L'un se nommait Gaudentianus; son père s'approche, le tenant d'une main, et de l'autre portant un calice qu'il va déposer sur la memoria. L'autre est une fillette déjà grande, Successa, qui s'avance seule, tenant un cierge allumé. Le tombeau est représenté sur les deux médailles avec une forme presque semblable, entouré d'un cancel, surmonté d'un ciborium posé sur des colonnes torses : de la corniche du ciborium tombent des festons ou des voiles repliés et sur l'une des médailles il est garni de cierges allumés. Cette confession est celle de Saint-Laurent, car sur l'autre face la scène de son martyre est représentée; nous la voyons telle qu'elle existait avant que le pape Sixte III, en 432. la fît orner, au dire du Liber pontificalis, de colonnes droites en porphyre, par conséquent dans l'état où la vit Prudence lui-même, entourée de cancels d'argent, don de Constantin.

Prudence nomme une troisième basilique romaine

XI, vs. 215-226. — " R. Krautheimer, Corttributi per la storia délia basilica di S. Lorenzo fuori le mura, dans liivista di arch. crist., xi, 1934, p. 285 sq. — " Baronius, In martyrolog. roman., 13 août. — '* De Hossi, Bull, di archeol. crist., 1882, p. 176; 1883, p. 60. — '• Peristephanon, II, vs. 517-528.

KO. ME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE

« placée en vue des tours de la ville, une vierge veille sur le salut des Romains ». C'est Sainte-Agnès, au sujet de laquelle il n'entre dans aucun détail.

Il est, heureusement, moins sobre à l'égard des baptistères, et Rome en possédait plusieurs. L'un d'eux élevé par Constantin auprès du Latran, un autre construit par le même prince sur la voie Nomentane, proche de Sainte- Agnès, enfin un troisième élevé par le pape Damase, près de la basilique de Saint- Pierre, au Vatican, pour mettre à profit une source qui inondait l'antique cimetière (voir Dictionn., t. iv, col. 168, n. 4). Le baptistère du Vatican était célèbre dans l'antiquité. Damase avait mis à l'entrée de l'édicule une inscription où se lisaient ces mots :

VNA PETRI SEDES VNVM VERVMQVE LAVACRVM

D'autres vers étaient inscrits au-dessus de la fontaine sacrée que Prudence nous décrit l :

Dcxtra Pelruni reyio tectis tenet aureis receptum

Canens oliva, murmurons fluenlo :

Xamque supercilio suri liquor ortus excitavit

l'ontem perennem chrismatis feraeem, Nunc pretiosa mit per marmora lubricatque clivum,

Donec virenti flueluet colymbo.

Interior tumuli pars est, ubi lapsibus sonoris

Stagnum nivali volvitur profundo.

Omnicolor vitreas pictura superne tingit undas.

Musci relucent et virescit aurum.

Cyaneus latex umbram trahit imminentis ostri :

Crédits tnoveri /luclibus lacunar.

Pastor oues alit ipse illic gelidi riyore fontis,

Videt sitire quas flueuta Christi.

« Le Tibre, fleuve sacré, coule entre deux tombeaux. La rive droite abrite sous ses toits d'or le corps recouvré de Pierre, dans une région blanche d'oliviers et remplie du murmure des eaux. Une source sort des rochers; elle alimente la fontaine éternelle de la grâce. Elle coule dans un lit formé de marbres précieux, et suit la pente glissante, jusqu'à ce qu'elle précipite ses flots dans un bassin verdoyant. Il est creusé dans l'intérieur de la montagne, et la chute sonore des eaux fait bouillonner ses froides profondeurs. Au-dessus de la piscine, les mille couleurs des peintures se mirent d'en haut dans les ondes, les mousses brillent, l'or prend des teintes verdoyantes. L'azur de l'eau reflète la pourpre des murailles : les lambris semblent se mouvoir dans les flots. Le Pasteur lui-même y nourrit de l'eau glacée ses brebis, qu'il a vu soupirer, altérées, vers les fontaines du Christ. »

Ainsi la voûte du baptistère figurait le bon Pasteur dont l'image se reflétait dans la piscine.

Peinture et mosaïque tenaient dès lors une place importante dans les basiliques et baptistères romains, de même qu'à Milan, à Noie, à Fondi, et Prudence consacrerait ses derniers loisirs à la composition d'un recueil d'inscriptions poétiques devant servir à l'interprétation des scènes bibliques représentées dans les églises (voir Dictionn., t. iv, col. 1191-1195). La basilique de Sainte-Marie-Majeure nous a conservé un exemple de ces cycles de peintures bibliques tels qu'ils commençaient à s'introduire. Le Diltochseon de Prudence contient, dans sa première partie, vingt-quatre légendes de quatre vers chacune, consacrées aux sujets tirés de l'Ancien Testament et dans sa seconde partie vingt-cinq quatrains (un de plus) relatifs aux sujets tirés du Nouveau-Testament.

A Rome on commençait à représenter le martyre des saints. On lit dans la notice du pape Silvestre au Liber pôntiflcalis que Constantin avait fait placer devant les reliques de saint Laurent un bas-relief représentant sa passion; la basilique de Sainte-Pétronille, au cimetière de Domitille, offrait sur deux colonnettes des bas-reliefs représentant le martyre des

dict. d'arch. chrét.

saints Nérée et Achillée (von Dictionn., t. iv, col. 1422, fig. 3848); une pierre gravée du même temps montre la décapitation d'une martyre (voir Dictionn., t. i, col. 430, fig. 78); enfin Prudence, dans son Ditlocheeon consacre un quatrain à la Passio S. Stephani qu'il a pu voir à Rome où il put se complaire parmi les splendeurs du culte des vigiles. Alors, dit-il, « des lumières pendaient, suspendues à des chaînes mobiles, et brillaient au milieu des lambris : la flamme nageant dans l'huile épaisse traversait de clartés vacillantes le verre transparent; on eût cru voir, au-dessus de sa tête, la voûte étoilée du ciel où brillent les deux Ourses, et, du côté vers lequel se tourne le timon du Rouvier, étincelant, épars, d'innombrables astres de pourpre 2 ».

On s'attend bien à ce qu'un pèlerin à Rome, sous le règne d'Honorius, n'ait pas négligé la visite des catacombes auxquelles les grands travaux récemment exécutés sous le pontificat de Damase avaient donné une importance capitale parmi les sanctuaires de la ville. Prudence, comme bien d'autres visiteurs, avait l'imagination remplie de ce qu'il verrait dans ces souterrains : « A peine, disait-il peut-être avant son voyage, savons-nous par la renommée de combien de saints cachés Rome est pleine, combien de tombes sacrées fleurissent le riche sol de la Ville. Nous [Espagnols], qui sommes privés de ces biens, et ne pouvons contempler les traces du sang des martyrs, nous levons les yeux au ciel 3. » Et après son pèlerinage il dit encore : « Nous avons vu, dans la ville de Romulus, les cendres innombrables des saints 4 ». Cependant, et c'est ce qui donne à ce témoignage d'un visiteur son plus grand intérêt, à quelques années de là, à partir de 410, les inhumations prendront fin dans les catacombes. Prudence aura été un des derniers à rencontrer dans les sombres galeries des clercs et une famille éplorée venant déposer un cadavre dans un loculus, ou bien des fossores défonçant un arcosolium pour y aménager des tombes nouvelles. On assistait à la transformation par des escaliers plus nombreux et plus spacieux, des luminaires plus larges, des chapelles plus luxueuses, des inscriptions multipliées. Quelques familles chrétiennes obtenaient encore à prix d'argent la permission de déposer leurs défunts ad sanctos, mais l'œuvre des excavations régulières avait pris fin, on ne creusait pas de nouvelles galeries et on aménageait seulement quelques cubicules.

Prudence visita le cimetière de Saint-Hippolyte, sur la voie Tiburtine, et comme ses contemporains il réservait son attention pour les tombes saintes dont quelques-unes étaient signalées par le mot martyr ou le sigle équivalent. Ceux qui n'avaient pas la satisfaction d'y venir eux-mêmes chargeaient leurs amis de copier les épitaphes et c'est la demande que l'évèque de Saragosse, Valérien, avait adressée à Prudence qui se dérobait poliment 5 : « Vous me demandez, ô Valérien consacré au Christ, quelles sont les épitaphes gravées sur les tombeaux et quels noms on y lit. Il est difficile de vous répondre, tant sont grandes les multitudes de justes immolées par une fureur impie, alors que la Rome troyenne honorait les dieux nationaux. Beaucoup de tombes portent des lettres gravées, et nous lisons ainsi le nom du martyr ou une épitaphe quelconque. Il y a aussi cependant des mai--' bres muets fermant des tombes silencieuses, et révélant seulement un nombre. On peut savoir ainsi combien de cadavres anonymes gisent ensemble. »

Prudence n'est pas le seul pèlerin du ive siècle qui nous ait laissé ses impressions sur les catacombes.

1 Peristephanon, XII, vs. 29-44. — a Cathemerinon, V, vs. 311-148. — 3 Peristephanon, II, vs. 541-548. — 4 Ibid., XI, vs. 1-2. — s Ibid., XI, vs. 3-15.

ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIKICAEK

« Pendant que je demeurais, dans mon enfance, à Home où je recevais une éducation libérale, j'avais coutume, nous apprend saint Jérôme, de visiter chaque dimanche, avec des condisciples de mon âge, les sépulcres des apôtres et des martyrs; nous entrions souvent dans les cryptes, creusées dans les profondeurs de la terre, et dont les murs sont garnis de sépultures à droite et à gauche. L'obscurité est si grande qu'il semble en y pénétrant qu'on pourrait s'appliquer à soi-même ce mot du prophète : Qu'ils descendent tout vivants dans les abîmes I De temps en temps, un peu de jour qui tombe d'en haut y tempère l'horreur des ténèbres. Vous ne pouvez pas dire que vous voyez des fenêtres, mais plutôt des trous lumineux. Puis on continue à marcher pas à pas; dans la nuit dont ces souterrains vous entourent, vous vous rappelez ce vers de Virgile : « Ici tout fait frissonner, et le silence même « est plein d'épouvante ' ». La description que donne Prudence n'est pas moins curieuse : « Non loin des murs de Rome, dit-il, et de la zone cultivée qui les j entoure, une crypte cachée ouvre ses fosses profondes. : La pente étroite d'un sentier qui replie sur lui-même ' ses degrés introduit dans les détours de cette retraite, d'où la lumière est bannie. Car le jour atteint à peine la première ouverture des portes et n'éclaire que le seuil du vestibule. A mesure que l'on avance dans les dédales de la caverne, la nuit devient plus épaisse, quoique, de temps en temps, les ouvertures pratiquées dans la voûte y fassent pénétrer un brillant rayon de soleil. Au milieu des obscurs détours formés par les | chambres étroites et les noires galeries qui se croisent, '■ un peu de jour tombe ainsi, d'en haut, dans les en- | trailles de la colline. Dans le fond de la crypte sou- i terraine il est encore possible de deviner l'éclat et de suivre la lumière du soleil absent 2. »

On s'explique sans peine l'attrait exercé sur les pèlerins par cette mise en scène émouvante associée à la magnificence des décorations et à la sainteté des cérémonies. « Dans le secret de cette retraite avait été porté le corps d'Hippolyte, à la place où s'élève l'autel consacré à Dieu. La même table donne la nourriture sacramentelle et recouvre les os du martyr *. a « Cette ' petite chapelle, qui contient le vêtement périssable ; qu'a rejeté son âme, resplendit d'argent massif. Des ; mains riches et généreuses ont revêtu ses murs d'une surface brillante comme un miroir. Non contentes d'en ! avoir garni l'entrée de marbres de Paros, elles ont dépensé des sommes considérables pour les orner 4. » Toutes ces splendeurs étaient destinées à périr lors du siège de Rome par les Goths, en 537 et 538, sous la conduite de Vitigès; les marbres, les mosaïques, les plaqués disparurent, mais du moins Prudence avait pu admirer l'ensemble qu'il a pris soin de nous décrire.

XLV. Lh triomphe du christianisme a Home. ■ — Quelques mots suffiront à rappeler ici l'effort suprême tenté à Rome, en 394, pour restaurer le paganisme que Julien l'Apostat avait réussi à galvaniser trente ans plus tôt. Le rhéteur Eugène, proclamé empereur par Arbogast, l'assassin de Valentinien II, n'était que le prête-nom d'une entreprise organisée par Flavien Nicomaque, préfet païen du prétoire et partisan fanatique de l'ancienne religion nationale. Nous avons raconté déjà les péripéties de cette lutte dont Rome

1 S. Jérôme, In Ezechielem, XL, vs. 5. — » Peristephanon, XI, vs. 155-168. — 3 Ibid., XI, vs. 169-172. — « Ibid., XI, vs. 183-188. — s L. Delisle, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1867, p. 2!t7 sq.; Ch. Moiel, dans Hev. archéologique, t. xvil, 1868, p. 451 sq.; t. xvm, p. 44 sq.; De Rossi, dans Bull, di archeol. crist., 1868, p. 49 sq., 61 sq.; Ad. Ebner, Geschichte der Literalur des Mitlelalters, 2° édit., t. i, p. 312; trad. franc, par Aymeric et Condamln, Lyon, 1883, p. 336; Seel'elder, Ueber dos Carmen adv. Flavianum, in-8°, Gomïmd,

fut le théâtre (voir Dictionn., t. v, col. 1651-1668, au mot Flavien Nicomaque) ô. Pendant quelques mois, la ville reprit l'aspect de jadis au temps des autels, des sacrifices, des pontifes, des orgies, des lustrations, et comme cette ferveur soudaine n'étouffait pas toute lueur de bon sens et tout pressentiment de danger prochain, on renforça les travaux de défense de l'enceinte d'Aurélien, assez défectueuse sur différents points. On ne pouvait hésiter sur la nécessité d'une rencontre, elle eut lieu tout près d'Aquilée (5 septembre 394) et s'acheva par la défaite et la mort d'Eugène et de Nicomaque Flavien. Théodose, que rien n'arrêtait plus, se rendit à Rome où il réunit le Sénat dont il engagea la faction païenne à se convertir, sans réussir à la persuader. Prudence interprète ainsi son discours : « Tout ce qu'embrasse le monde, ô Rome, t'est soumis; c'est Dieu qui l'a voulu, qui t'a établie la souveraine et dominatrice du globe terrestre et qui t'a fait fouler aux pieds tous les êtres mortels. Il messied à ta dignité de reine d'abaisser tes regards à la contemplation d'une terre caduque et de placer la majesté dans des objets humbles et inférieurs à toi. Je ne souffrirai pas que sous ma conduite tu t'attaches à d'antiques folies, que tu adores ces dieux monstrueux et vermoulus... Tu as instruit tous les peuples et tu leur a donné des lois et tu te mettrais au niveau des barbares par le culte avilissant des faux dieux! Reconnais sur mes armes le signe glorieux de la croix qui jadis aussi a valu à Constantin la victoire. Soumets-toi à la puissance de Dieu qui s'est manifestée; abandonne toutes les superstitions ridicules et les puérilités du service des dieux; laisse enfin vides ces sanctuaires indignes du grand nom de l'Empire *. »

Prudence ne s'en tient pas là. « Dans sa vieillesse, dit-il, Rome apprend à rougir de son passé, elle a honte des siècles écoulés, elle déteste les années qu'elle a vécues dans les souillures de la superstition. Le souvenir du sang innocent des martyrs répandu dans toute la campagne qui avoisine ses murailles, la vue des milliers de tombeaux qui l'entourent augmentent ses regrets et sa douleur de ce sinistre jugement... On embrasse la foi du Christ avec toute la ferveur de l'amour ». Non, ajoute-t-il, le triomphe de Marius après sa victoire sur Jugurtha n'a rien de comparable à celui de Théodose I Celui-ci a conduit la ville sur le chemin de la domination sans fin, une domination qui ne verra jamais vieillir mais rajeunir sans cesse les forces de Rome. Jetez un coup d'reil dans la salle du Sénat! Il n'y reste plus que bien peu de partisans des ténèbres dans ces jours où le soleil de la foi est déjà haut dans le ciel! Regardez le peuple! Combien sont rares ceux qui ne se détournent pas avec horreur de l'autel souillé de Jupiter !'

Il est plaisant, à quelques années seulement des catastrophes imminentes qu'Alaric. Vitigès, Totila et plusieurs autres infligeront à Home, d'entendre parler de cette domination qui ne doit pas vieillir, comme si on tenait les destins dans sa poche. Théodose fut un vainqueur indulgent et son triomphe n'entraîna pas de réactions violentes pour Rome. Par ses soins, Fabius Pasifilus exerçait les pouvoirs de préfet provisoire du prétoire et de préfet de la ville. On ne vit pas de tumultes, les chrétiens se piquèrent de modération et se contentèrent de déboulonner la statue de Flavien Nico-

1901 ; voir les éditions Mommsen, dans Hermès, t. IV, 1870, p. 354 sq., ot Bahiens, Poetar latini minores, 1881, t. m, p. 286 sq. — ' Prudence, Contra Sgmmachum, 1. I, vs. 427, 455, 465, 500; cf. Zositue, Hist., 1. IV, c. lix, édit. Bonn, p. 2 15; Théodoret, llist. eccl., 1. V, c. xxm; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1S68, p. 70; V. Schultze, Geschichte des Untergangs des griech. rom. Ueidenthums, Iéna, 1887, t. i, p. 2lJ4-2,J.">. : Prudence, op. cit., 1. I, vs. 511 sq., 542, 575, 580.

ROMK. HISTOlRK CIVILE KT PONTIFICAL!-:

tnaque, bien moins à raison de son effervescence païenne que pour les abus de pouvoir auxquels avait donné lieu son administration. La statue ne fut pas détruite mais reléguée dans un magasin d'où on la fît sortir quelques années plus tard (431) [jour l'installer fur le forum de Trajan l, ce fut une reslitutio honoris 2 qui n'eût pas déplu à Théodose lui-même qui avait exprimé aux sénateurs ses regrets de la disparition prématurée de Flavien; il ne fut pas le seul à en parler avec indulgence3; il est vrai que d'autres lui furent sévères ainsi qu'à sa tentative de restauration du paganisme qui n'était même pas romain, mais tout bariolé d'orientalisme : Isis, Osiris, Mithra.

Théodose mourut à Milan au commencement de l'année 395 et sa disparition allait séparer pour toujours désormais Rome et Constantinople qui auraient chacune sa destinée politique en attendant d'avoir chacune sa destinée religieuse.

XLVI. Le paganisme stationnaikk a Home au ive siècle. — C'est chose entendue que Constantin adopta la religion chrétienne, mais avec toutes sortes de ménagements pour le paganisme. Les lois qu'il rendit contre le culte païen firent plus de bruit que de besogne et le meilleur commentaire du Code Théodosien se trouve dans le Corpus des inscriptions. Celles-ci nous font connaître des faits irrécusables : érections d'autels ou de statues aux divinités, fêtes, offrandes, hommages à elles adressés par des nobles romains, des sénateurs : Clodius Mermogenianus Csesarius, Cœlius Hilarianus, Quintus Clodius Flavianus, Lucius Ragonius Venustrus, Lllpius Egnatius Faventinus, Petronius Apollodonus, Sextilius Agesileus Fdesius, Nonius Victor Olympius, Aurelius Victor Augentius et d'autres jusque vers 391 4.

Ainsi quoiqu'en puissent dire les lois, le paganisme dure; même en admettant qu'il ne prospère plus, du moins il se défend. En 341, Constant interdit la superstition et soumet les sacrifices à un châtiment 5; en 353, Constance ordonne la fermeture des temples et menace de mort les sacrifices païens6; mais ces lois inappliquées deviennent bien vite caduques après l'avènement de Julien et désormais tout est à reprendre et ce n'est pas avant le règne de Gratien et sa loi de 382 que le paganisme court un véritable danger. Cette loi marque un pas décisif par la suppression des privilèges dont jouissaient les prêtres païens et des revenus attribués aux temples des dieux. Désormais les uns et les autres cessant d'être subventionnés n'ont d'autre perspective que la ruine et la disparition, les libéralités des particuliers n'étant pas assez larges et régulières pour assurer l'entretien prolongé. Certains sénateurs par esprit d'opposition, par gloriole, soutiendraient plus ou moins longtemps le culte païen, mais non pas toujours, seulement cela pouvait le prolonger assez longtemps. L'affaire de l'autel de la Victoire est assez connue pour n'être rappelée que d'un mot et le conflit entre saint Ambroise et Symmaque aboutit beaucoup moins à la satisfaction morale du maintien de la statue symbolique de la Victoire qu'à la prétention de sacrifier aux dieux au nom de l'État. Ni Gratien ni Valentinien III n'y consentirent et l'abandon définitif, vers 382 ', du titre de pontifex maximus par les empereurs marqua un autre effort vers l'affranchissement total du paganisme; mais on n'y arrivait que pas à pas.

1 Le socle fut exhumé en 1849 devant la basilique Ulpienne. — * Corp. inscr. lat., t. vi, n. 1783; cf. De Rossi, dans Annali de//' is/i7. archeol., 1849, p. 285 sq., pi. L. — 3 Rufin, Hist. eccles., 1. II, c. xxxm. — « R. Lanciani, dans Notizie degli scavi, 1883, p. 481. — s Code Théodosien, 1. XVI, tit. x, 1. 2. — 6 Cod. Théodosien, 1. XVI, tit. x, 1. 4. — ' J.-R. Palanque, L'empereur Gratien et le grand ponli-

Le vieux paganisme olympien était depuis longtemps déjà en assez mauvaise posture pour subir une brusque dégringolade si les cultes orientaux n'étaient venus, au début de notre ère, le revigorer, et, en particulier, le mithriacisme (voir Diclionn., t. xi, au mot Mithra). Le lieu préféré des assemblées se trouvait dans le mithrwum de la VIF région, non loin de l'église actuelle de Saint-Silvestre in capite, et dans le temple de Cybèle, qui s'élevait à gauche de l'entrée de Saint- Pierre, près du cirque de Néron.

On a retrouvé plusieurs inscriptions de ce mithrœum. La plus importante, découverte en 1867, à peu près sur l'emplacement qu'il occupait, sous le palais Marignoli, a permis de constater qu'il fut restauré entre 382 et 391 aux propres frais du sénateur Tamesius Augentius Olympius, qui se fait gloire de s'être passé des subsides de l'État : sumptus tuos nec, Roma, requirit. Mithra possédait beaucoup d'autres sanctuaires à Rome, leur nombre approche aujourd'hui de la centaine et parmi eux un certain nombre furent certainement aménagés au cours du ive siècle, d'autres étaient de réputation assez fâcheuse, par exemple celui dont le préfet de la ville, Gracchus, fit crocheter la porte pour briser les statues qui s'y trouvaient (377) \

Le culte de Cybèle, la « grande mère des dieux » n'était pas moins suivi, ainsi qu'en témoignèrent les inscriptions trouvées en 1608 et 1609, relatives à des criobolies et des taurobolies qui y furent célébrées entre 301 et 390 9. Et c'est là un curieux contraste avec les spectacles liturgiques qui se déroulaient à la même époque aux baptistères du Latran, du Vatican et d'ailleurs, parmi une foule ardente et mobile pour la religion nouvelle, tandis que certains s'obstinent dans les superstitions du passé. Dans les inscriptions postérieures à 350 on lit encore le titre in œternum renalus qui fait pendant au baptême; delibutus sacralissimis mysteriis qui copie le langage de l'initiation chrétienne, et jusqu'à ces animée suœ mentisque custodes qu'on peut rapprocher de nos anges gardiens, ou le puter sacrorum et le paler patrum qui évoque un rapprochement avec le pontife suprême 10.

Dans ce qu'on pourrait appeler le paganisme classique, le culte de Vesta a conservé longtemps ses partisans, fidèles familiers de l'antique sanctuaire du Forum. Les fouilles de 1883-1884 et 1901 ont fait connaître l'atrium de Vesta et la demeure des Vestales dans les derniers temps de son existence. Ces lieux auront vu sans aucun doute les sanclissimœ et piissimx frémissantes de reconnaissance envers le préfet de la ville, Vettius Agorius Prœtextatus, qui en 363, sous le règne de Julien, les avait prises sous sa protection, à titre de pontifex Vestas que lui donnent deux inscriptions. Sa statue a été retrouvée en 1883. Or c'est ce même Praetextatus qui habitait sur l'Esquilin, dans la via Merulana actuelle et dont la demeure qui fut retrouvée en 1591 contenait la statue de la Vestale Cœlia Concordia dont le piédestal disait que Prétextât l'avait élevée propler egregiam ejus pudicitiam insignemque circa cultum divinum sanetitatem11. Caelia Concordia fut la dernière des Vestales maximse.

Lors des fouilles de 1883 on put retrouver dans la maison des Vestales le monument d'une Vestalis maxima dont le nom avait été gratté sur l'inscription dédicatoire du socle de la statue, que l'inscription laté-

ftcat païen, dans Byzantion, vm (1933), p. 41-47. — a S. Jérôme, Epist. cvii, n. 2, ad Lœtam; Prudence, Contra Symmachum, 1. I, vs. 561 sq. — • Corp. inscr. lat., t. VI, n. 497-504; L. Duchesne, Liber pontifie, t. i, p. 120, 193, note Go; t. n, p. 563. — 10 Lanciani, dans Notizie degli scavi, 1883, p. 481. — " Corpus inscriptionum latinarum, t. vi, n. 2145.

HOMK. HISTOIRE CIVILE ET PO NTIFIC A L E

raie de dédicace permet de reporter à l'année 364 l :

OB MERITVM CASTITATIS

PVDICITIAE ADQ-IN SACRIS RELIGIONIBVSQVE

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