DOCTRINAE MIRABILIS /////////////E-V-V-MAX PONTIFICES VV CC
PRO • MAG • MACRINIO- SOSSIANO-V-C-P-M- Le martelage du nom ne pourrait s'expliquer que par la conversion au christianisme ou par la violation des vœux. Ce dernier cas est peu vraisemblable car cette défaillance de mœurs eût fait scandale et les écrivains chrétiens ne se fussent pas privés d'en garder le souvenir. Au contraire, les textes mentionnent la conversion d'une vestale à la foi chrétienne. Prudence met en scène cette vestale appelée Claudia et nous la montre entrant dans la basilique de Saint-Laurent. Peut-être Claudia se sera-t-elle retirée au monastère de femmes proche de Sainte-Agnès qui existait vers le temps dont nous parlons 2.
Ceci dit quant aux individus, il faut ajouter relativement aux édifices que le ive siècle n'en vit pas la destruction, mais tout au plus la fermeture avec les inconvénients qui en sont inséparables. A Rome, la première transformation d'un temple en église chrétienne ne paraît pas antérieure à l'année 526; les seuls textes qui mentionnent des destructions de temples avant cette date sont des inscriptions d'une fausseté manifeste de la fabrication de Pirro Ligorio 3. Il y eut peu de changements. Les temples qui avaient été voués aux dieux perdirent leur destination progressivement; les autres qui avaient reçu d'abord une destination civile reçurent de nouvelles affectations. Ce fut le cas du temple de Saturne sous le Capitole, principalement consacré à la garde du trésor public et qui, successivement, perdit son nom païen et son affectation cultuelle, mais garda sa destination, ce qui lui valut sous le règne de Gratien l'avantage d'une restauration et presque d'une reconstruction. .Mais celle-ci fut conduite avec un sans-gène inouï comme nous le voyons par ce qui subsiste : les bases de colonnes sont d'inégale grandeur, et trois des fûts sont composés de tambours superposés sans ordre ni proportion J. C'est en 391 que Théodose interdit par une loi tous les sacrifices païens, même accomplis à titre privé et édicta des peines contre la visite des temples des dieux : Nemo se hostiis polluai, nemo insontem viclimam cœdat, nemo delubra adeat 5; ce n'est pas la démolition, et peu de temps après la mort de Théodose une ordonnance d'Honorius rappelle qu' « en même temps que nous interdisons les sacrifices, nous voulons que les monuments publics soient conservés à titre d'ornement : Sicut sacrificiel prohibemus, ita volumus publicorum operum ornamenta servari », En 408, Honorius renouvelle la prescription, à Rome, de traiter dans les villes et dans les banlieues les temples comme propriété de l'État, mais d'abattre partout les autels : -Edificiu lemplorum... ad usum publicum vindicentur 7.
La volonté d'épargner les monuments païens au ive siècle trouve sa confirmation dans ce fait que le
1 Notizie deyli scavi, 1883, p. 454, n. 13. — » O. Marrucchi, Nuova descrizione délia casa délie vestali secondo il resultato dei piii recenli scavi, Roma, 1887; Nuovo bull. di arclieol. crisl., 1899, p. 199 sq.; cf. p. 203, 211, n. 1. — 3 G. Henzen, dans Corp. inscr. lat., t. vi, p. li, — « A. Nibby, Roma antica, t. n, p. 108 sq.; Richter, Topographie der Stadt Rom, 1901, p. 80. — s Code Théodosien, 1. XVI, tit. x, 1. 10. — 6 Code Théodosien, 1. XVI, tit. x, 1. 15. — ' Code Théodosien, 1. XVI, lit. x, 1. 19. — » Aurel-Symmachus, Relationes, 21, édit. Meyer-Lipsi», 1872, p. 28 sq. — » S. Augustin,
pape Damase dépose devant un tribunal que le préfet Symmaque n'a causé aucun préjudice à des chrétiens, et sur-le-champ Symmaque affirme qu'aucun chrétien n'a comparu devant lui sous l'inculpation d'avoir endommagé des monuments du culte païen 8. C'est à la lumière de ces faits positifs qu'il faut interpréter certains passages littéraires de forme trop oratoire pour demeurer strictement historiques. Lorsque saint Augustin avance dans un sermon : Eversis in urbe Roma omnibus simulacris ', il n'autorise pas à soutenir qu'à Rome toutes les statues des dieux sont renversées ,0. De même lorsque saint Jérôme annonce que Templa Jouis et cœrimoniœ ceciderunt11 et encore que « le Capitole doré est dans le délabrement de l'abandon; la poussière et les toiles d'araignées recouvrent tous les temples de Rome; la cité sort de chez elle et la foule débordante du peuple ne fait que passer devant les sanctuaires à demi ruinés pour courir aux tombeaux des martyrs. Qui n'est pas entraîné à la foi par la sagesse, qu'il le soit du inoins par la honte12 ». XL VIL L'empereur Honorius a Rome. — La succession de Théodose le Grand pesa lourdement sur le règne de ses fils Arcadius et Honorius. Celui-ci avait l'empire d'Occident et montra l'intention de confirmer les avantages dont la religion chrétienne était en possession et se montrait disposé à les accroître : Quia temporibus nostris addi polius reverenliœ cupimus, quam ex lus, quœ olim prœstita sunt immulari ". L'intention était bonne, mais l'homme n'était pas à la mesure des événements quand ceux-ci dépendaient des volontés d'Alaric. Après avoir ravagé 1' IIlyrie, la Macédoine, la Thessalie, conquis Athènes, détruit Eleusis et Olympie, le Goth après une pause gagna la Pannonie et les Alpes Juliennes; en 401, il foulait le sol italien où il se heurta à Stilicon qui lui livra deux sanglantes batailles à Pollentia et à Vérone pendant qu'Honorius fuy#it Milan pour s'enfermer à Ravenne. La victoire de Pollentia, gagnée le jour de Pâques 402, délivrait Rome d'une menace imminente, mais qui devait reparaître sept années plus tard. Dans l'empire l'enthousiasme fut grand et Prudence demanda à l'empereur de venir triompher dans Rome. Ce n'est point la superstition qui a vaincu ll :
Sed vis cruda oirum per/ractaque congredientum Pectora nec trepidans animas succumbere leto Pro patria et pulcram per oulnera quœrere laudens
et c'est au nom de Rome qu'il lui dit15 :
Ilegnator mundi, Christo sociabere in œvum Quo ductore meum trahis ad aelestia regnum.
Car Rome aspirait à prendre sa revanche de Milan devenu séjour de la cour impériale et à faire, ne fut-ce qu'un jour, figure de capitale. Honorius n'osa ou ne voulut pas refuser, il se rendit à Rome en compagnie de Stilicon, et ce fut le dernier triomphe d'un empereur romain (décembre 403). Un cortège l'alla attendre au pont Milvius (voir Dictionn., t. x, col. 2761-2763, lig. 7819) et lui prodigua les acclamations : Au plus invincible et au plus heureux des princes, au doux et immortel empereur, au vainqueur, au triomphateur ls. » La population avait profité de la circonstance pour faire prendre l'air à des oripeaux depuis longtemps fanés 17.
Serm., cv, De verbis evang. Lue., XI, 13; P. L., t. xxxviu, col. 624. — l0 Tfllemont, Ilist. des empereurs, t. iv, p. 518.
— " S. Jérôme, l.il>. II adversus Jovinianum, n. 38, P. L., t. xxiu, col. 338. — " S. Jérôme, Epist., cvn, Ad Lestant, 1 ; P. L., I. xxii, col. 868. — " Code Théodosien, 1. XVI, l. \i, I. 29. — "Prudence, Contra Symmachnm, 1. II, v>. 703-705, édit. Dressel, p. 279. — ,s Id., ibid., vs. 757-758,
— '* Corp, inscr. Int., 1. VI, n. 1187 sq. — 1T Prudence, Contra Siimnutchum, 1. Il, vs. 725 : /tores, caranie, pallia, toute la triperie italiolo.
ROME. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE
Lors de ce séjour à Rome, on peut croire que l'empereur visita le tombeau de l'Apôtre; il lui eût été difficile de s'en dispenser : Imperator venit Romam. Quo festinat? demande saint Augustin. Ad lemplum imperatoris an ad memoriam piscatoris? l. Sa présence, attendue et réclamée, devait signaler une mesure depuis longtemps sollicitée : la suppression des combats de gladiateurs 2 :
Quod genus ut sceleris jam ncscial aurea Roma, Te precor, Aasonii dux augustissime regni, El tam triste sacrum jubeas ut cxteru tolli.
Après un siècle presque accompli depuis la proclamation du christianisme, en 403, on ne concevait pas de triomphe sans un combat de gladiateurs. Cette fête prévue et annoncée fut l'occasion d'un événement sur les circonstances duquel nous ne reviendrons pas (voir Dictionn., t. i, col. 1674-1675; t. vi, col. 1280- 1281) et qui amena l'interdiction de ces jeux qu'on aura vus à Rome pour la dernière fois. Honorius ému par le dévouement du moine Télémaque édicta, sous des peines sévères, l'interdiction à Rome des combats de gladiateurs.
L'amphithéâtre Flavien subsista sous le nom de Colisée (voir Dictionn., t. i, au mot Amphithéâtre) avec tout un appareil légendaire, mais on n'y vit plus de massacres humains. Vers le temps où Honorius porta la loi d'interdiction, on avait vu un préfet de l'annone (voir Dictionn., t. i, à ce mot), Arpagius Lupus, faire construire à Porto un bâtiment pour les lutteurs. On n'eut pas le temps de l'inaugurer ni d'en faire usage. C'est ce que nous apprend l'inscription dédicatoire qui porte au revers, en caractères du ve- VIe siècle, une addition disant que le bâtiment, demeuré sans emploi dès l'origine, reçut par les soins d'Acholius Abydus une autre destination 3 :
...ECESSITATE CERTAMEN
...VLOS ARMABANTVR
...DITO SED SINE VSV AB INITIO DERe/ICTO
...IVNQAM ANUEHAC PVBLICA ADIVMENTA
...HOLIVS ABYDVS -VC-