‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 305 sur 477 · REC DN THEODE RICO FELIX R0MA · texte numérisé non relu

REC DN THEODE RICO FELIX R0MA

Régnante Domino noslro Theodorico. Bono Romse ou Félix Roma l.

Ce qui ne laisse pas d'être plaisant c'est de lire sur des monnaies ostrogothiques des symboles et des légendes d'un âge révolu : l'aigle, la louve, la victoire et l'acclamation INVICTA ROMA. Les Excerpta Valesiana nous apprennent à quel degré d'impécuniosité le gouvernement se trouvait réduit. On n'imagina rien de mieux que de prélever sur l'impôt des vins 200 livres d'or pour l'entretien du palais et des murs de la ville. Cela paraît chose admirable et les mêmes Excerpta en tirent matière à la louange de Théodoric : « Il fit, disent-ils, des dons en argent et en froment et remplit par une sage administration le trésor de l'État qu'il avait trouvé complètement vide. Il n'entreprit rien contre la religion catholique. Il accorda au peuple les jeux du cirque et d'autres jeux publics, ce qui lui valut des Romains même les noms de Trajan ou de Valentinien, tant son règne rappelait celui des empereurs. » Panem et circenses, les contemporains de Théodoric n'en demandaient pas plus. Les Excerpta nous apprennent encore que les distributions « au peuple et aux pauvres » de Rome s'élevaient à 120 000 boisseaux de blé par année. A ce compte, l'ancienne administration de l'annone connut un renouveau de prospérité. Dans le diplôme de nomination du nouveau préfet de l'annone, on l'avertit d'apaiser les cris du peuple qui réclame du pain, de distribuer aux affamés le blé que le préfet du prétoire fait venir de régions lointaines, et d'étendre sa surveillance sur les détaillants tels que boulangers, bouchers, charcutiers, etc.

On a loué copieusement Théodoric, qui eut cette chance de succéder à des princes et à des gouverne-

1 G. Marini, Iscriziotii anliche doliari, édit. De Rossi- Dressel, dans Biblioth. dell' accad. s/or. yitirid., t. m, p. 74 sa;., n. 149-lf>9a; et Corpus inscriptiomim latinarum.

ments qui étaient loin de le valoir, ainsi on a exagéré la louange dans la mesure même où on a cru se tenir le plus près des sources. Fut-il aimé par la population romaine? Question oiseuse. Les Romains n'aiment qu'à flatter ceux qu'ils redoutent en s'égosillant à les acclamer, sauf à battre, le jour venu, leurs cadavres. Cette population est presque aussi amorale qu'une peuplade soudanaise et c'est se payer de grands mots que lui prêter une animosité persistante contre l'arianisme du roi ostrogoth. Elle l'applaudissait, lui obéissait et le redoutait avec la même platitude qu'un Cola di Rienzo. toujours et uniquement avide du spectacle et de l'audition d'un cabotin de grande marque, de quelque nom qu'il s'appelât : Sylla, (îracchus, Néron ou Théodoric, et la série continue.

Nous venons de dire que Théodoric avait galvanisé la préfecture de l'annone, il avait fait mieux encore en rajeunissant les réjouissances publiques. Puisque les combats de gladiateurs étaient impossibles et interdits, on les remplaçait par les combats de bêtes féroces où les bestiaires risquaient leur vie et répandaient leur sang pour le plus grand plaisir d'une populace hurlante.

« lin édit concernant les jeux, rédigé par Cassiodore, contient, à côté de longues dissertations archéologiques d'une science douteuse, une précieuse peinture des scènes dangereuses des combats d'animaux. Nous y apprenons aussi que les nouveaux consuls célébraient leur entrée en charge non seulement par d'opulentes distributions d'argent, mais encore par des jeux publics dans l'arène. Quand, en 519, le gendre de Théodoric, Eutharic, commença son consulat, on amena d'Afrique à Rome des bêtes sauvages de différentes espèces pour les besoins de l'amphithéâtre Flavien. Les Romains contemplèrent avec admiration ces animaux qu'ils avaient désappris à connaître.

« Les vastes espaces du Cirque Maxime entre l'Aventin et le Palatin retentirent aussi, au temps des Goths, des cris des conducteurs de chars et de ceux de la foule. Cassiodore nous montre dans sa description la grandiose porte à douze passages d'où les chars se précipitaient dans des courses furieuses, puis au centre la spina avec les deux gigantesques obélisques d'Egypte; le plus grand avait été apporté par l'empereur Constance, l'autre existait dès Auguste -.

« L'état du Cirque Maxime devait être à l'époque essentiellement le même qu'au temps de sa création par Trajan. Mais il est fort possible qu'une partie des étages qui l'entourent et où se trouvaient les sièges des spectateurs fût déjà écroulée. Une restauration complète ne paraissait pas opportune : la population fortement diminuée ne suffisait plus à remplir les six immenses espaces réservés aux spectateurs.

« L'agitation des partis dans les jeux du cirque était toujours fort vive à Rome, bien qu'il n'y eût point la même licence et le même déchaînement de passions qui se manifestait à Constantinople où précisément à cette époque, en l'année 501, une lutte à l'hippodrome (voir Didionn., t. vi, à ce mot) entre la faction verte et la faction bleue entraîna la mort de trois mille hommes. Huit années plus tard, les plaines du cirque furent aussi l'occasion à Rome de scènes barbares. Deux sénateurs. Importunus et Théodoric, firent tomber leur suite, l'épée à la main, sur le parti des verts (prasina). Des édits du roi au Sénat et au peuple furent nécessaires pour rétablir l'ordre.

« Dans ses édits, Cassiodore parle dos théâtres avec indignation, s'emporte contre l'immoralité des

t. xv, p. 441, n. 1663 sq. — ■ * Le premier de ces obélisques orne aujourd'hui la place du I.alrnn e( le second celle du Peuple.

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spectacles et des divertissements. Il déclare que le souverain est obligé de céder quelque chose à la folie du peuple et à son goût effréné des plaisirs et il recommande au tribunus voluptatum de tenir l'ordre et la décence parmi les artistes des différentes catégories * ».

LXV. Symmaque et son pontificat. — Le séjour de Théodoric à Rome pendant six mois avait donné l'illusion d'un éclat dont on ne se faisait plus une juste idée, éclat factice et tout extérieur. Fulgence de Ruspe, témoin émerveillé de ces brillantes cavalcades, laissait échapper cette phrase de badaud : « Oh, combien doit être belle la Jérusalem céleste si, sur la terre, Rome brille d'un tel éclat '-. » Une fois le roi goth rentré à Ravenne, la diversion faite par sa visite et la retraite épiscopale acceptée par Laurent ne laissaient plus l'occasion de faire revivre l'élection contestée; les sénateurs imaginèrent autre chose, sinon mieux et répandirent pendant tout l'hiver des calomnies sur la conduite privée du pape Symmaque, l'accusant de mœurs légères avec une certaine Conditaria 3 et d'avoir acheté à prix d'argent la fonction pontificale. Théodoric voulut tirer l'affaire au clair et pensa avoir découvert un moyen d'attirer le pape à Ravenne sous prétexte de lui expliquer la raison pour laquelle la fête de Pâques devant être célébrée cette année (501) dans toutes les Églises le 22 avril, on l'avait fêtée à Rome le 25 mars 4. Convoqué à Rimini, le pape y aperçut ces mêmes femmes avec qui on l'accusait de relations criminelles; comprenant le piège à lui tendu, il s'enfuit la nuit avec un clerc, courut jusqu'à Rome et s'enferma dans Saint-Pierre. Cette fugue déconcerta Théodoric qui crut à la culpabilité du pape et envoya Pierre, évêque d'Altinum, administrer l'Église de Rome. Celui-ci aggrava la mesure en refusant d'entretenir aucun rapport avec Symmaque et en célébrant à nouveau le 22 avril la fête de Pâques, déjà célébrée le 25 mars. Cette intervention d'un souverain arien dans une question de discipline catholique était chose grave, bien plus encore lorsque Théodoric convoqua un concile d'évêques italiens pour juger le pape. Certains parmi eux hésitèrent; néanmoins le concile s'assembla en mai 501 à Sainte-Marie au Transtévère et Symmaque consentit à comparaître devant ses pairs; il déclara accepter leur jugement et se soumettre à leur condamnation s'il était reconnu coupable. Une autre session devait se tenir à Sainte Croix de Jérusalem; tandis que le pape s'y rendait avec sa suite, il fut assailli, attaqué par les partisans de Laurent, deux de ses prêtres Dignissimus et Gordianus furent tués, d'autres blessés et le pape regagna précipitamment Saint-Pierre d'où il fut impossible de le faire sortir désormais, quelques instances qu'on lui en fît.

Le concile se réunit le 23 octobre 501 et déclara que Symmaque n'avait pu être jugé et qu'il était renvoyé au tribunal de Dieu; en attendant, il ne pouvait être reconnu comme coupable et devait être reconnu comme pasteur légitime : Symmachus, papa, sedis apostolicie prœsul, ab hujus modi propositionibus impetitus, quantum ad homines respicit, quia totum cousis obsisteniibus superius designalis constat arbitrio divino juisse dimissum, sit immunis et liber et christianse plebi sine aliqua de objectis obligatione in omnibus ecclesiis suis ad jus sedis suœ perlinentibus et tradat dii'ina mi/sleria, quia cum ab impuç/nalorum suorum

1 H. Grisar, Histoire de Borne et des papes, trad. E. Ledos, t. ii, p. 23-24. — 2 Vita S. Fulgenlii, c. xm, P. L., t. lxv, col. 131 ; cf. G. Lapeyre, Saint Fulgence de Ruspe. Un évêque catholique africain sous la domination vandale, in-8°, Paris, 1929. — 3 Elle est mentionnée dans le Liber pontificalis laurentien. — 4 L. Duchesne, L'Église au VIe siècle, in-8°, Paris, 1925, p. 116. — 6 L. Duchesne, L'Église au

petitione propter superius designatus causas obligari non poluisse cognovimus. Ses églises et son temporel lui seraient remis; les fidèles devaient lui obéir; les clercs se rallieraient à lui sous peine d'être considérés comme schismatiques.

« C'était, a-t-on dit 6, une absolution par contumace. Le roi, au fond, désirait une condamnation soit par contumace, soit dans les formes. Mais les évêques, empêchés de suivre les formes, ne voulurent point procéder par contumace contre le successeur de saint Pierre. Bonnes intentions, fâcheux résultats. Le concile se dispersa sans avoir fléchi les résistances. Pour comble de malheur, Laurent revint à Rome. Aux premiers bruits de cette affaire il avait quitté Nocera et s'était transporté à Ravenne. Les évêques étaient à peine partis que ses partisans, à leur tête les sénateurs Festus et Probinus, réclamèrent sa présence. Toujours mal disposé pour Symmaque, Théodoric céda et Rome se trouva bientôt pourvue d'un antipape. Laurent était reconnu dans les églises de la ville et même de la banlieue, à Saint-Paul notamment, où son portrait fut placé parmi ceux des papes ". A son rival il ne restait que la basilique de Saint-Pierre. Le populaire cependant paraît avoir été plutôt favorable à Symmaque. Les partisans de celui-ci avaient pour chef un sénateur Faustus, assez mal en cour ». Au dehors l'opinion était partagée : l'archevêque de Milan, qui avait dirigé le concile, et celui de Ravenne tenaient ferme pour Symmaque; mais Marcellien d'Aquilée patronait Laurent. Il n'avait pas signé le décret d'absolution. »

Un autre concile ou une autre session du même concile se tint le 6 novembre 502, à Saint-Pierre, et sous la présidence du pape. Symmaque trouvait sans doute qu'on avait beaucoup invoqué contre lui le décret de 483 sur l'aliénation des biens ecclésiastiques, il songeait à s'en débarrasser. A cet effet, il déclara et fit déclarer par le concile que ni le préfet Basile, ni l'assemblée réunie sous sa présidence n'avaient eu qualité pour légiférer sur la matière et qu'ainsi la loi n'existant pas, lui Symmaque, n'avait pu y contrevenir. Cela fait, le pape reprit ce même décret de Basile, lui donna une nouvelle rédaction et le proclama cette fois, en toute validité. Cette loi ecclésiastique, homologuée bientôt par l'autorité royale, reçut une grande publicité; elle t'ait époque dans l'histoire de la législation sur le bien d'Église 8.

« Si le pape Symmaque attendait de cette démarche un effet salutaire et immédiat, il dut être cruellement déçu. L'apaisement ne se produisit pas. Pendant quatre ans encore, on ne cessa de se battre dans les rues de Rome à propos du pape et de l'antipape. Il est question de guerre civile, d'homicides, de clercs massacrés, de religieuses insultées. Festus et Probinus d'un côté, de l'autre Fauste, excitaient leurs partisans. Il y eut aussi des conflits de plume. Les évêques étaient à peine partis qu'il paraissait un pamphlet : Adversus sgnodum absolutionis incongruae. Symmaque fit écrire en sens contraire par Ennodius, un jeune diacre de Milan, qui lui était fort attaché. Ses clercs se mirent aussi à l'œuvre et jetèrent dans le public tout un groupe de pièces fausses, en patois latin, destinées à montrer que « le premier siège ne peut être jugé par personne »; que, pour condamner un évêque, il faut un tel nombre de témoins (soixante-douze) qu'en pra-

VI* siècle, 1925, p. 121. — e Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. xxvm. — ' Cassiodore, Variée, 1. III, n. 20. — 8 Un recueil d'extraits de ces canons (can. 4, 6, 7, 8) fut mis en circulation par une lettre de Théodoric, adressée au Sénat : Pervenit ad nos, dans Monum. Germ. hist., Auct. ant., t. xn, p. 392, du 11 mars 507. Il paraît avoir été envoyé de Ravenne à Arles, peut-être au préfet du prétoire.

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tique il est toujours impossible de le réunir; que la Pâque du 22 avril est une invention hérétique, depuis longtemps condamnée, que le baptême pascal peut être célébré en dehors du Latran, et ainsi de suite. C'est ce qu'on appelle les apocryphes symmachiens : Constitution Silvestri, Gesla Liberii, Gesta Xysti, Gesta Polychronii, Synodus Sinnessana. Ces principes sont inculqués par des récits de conciles ou de procès où interviennent les papes Marcellin, Silvestre, Libère, Sixte III et Polychrone, évêque fictif de Jérusalem. Silvestre est censé légiférer, entre autres choses, sur la date de Pâque et sur la procédure à suivre contre les évêques; Marcellin, Sixte III, Polychrone fournissent des exemples de papes ou d'évêques accusés et que leurs inférieurs ne jugent pas; Libère, enfin, légitime, en fondant et en utilisant le baptistère de Saint-Pierre, la dérogation que Symmaque a été obligé de faire à l'usage en célébrant au Vatican, et non au Latran, les solennités pascales.

« Au concile de 502, Symmaque avait pu passer en revue ce que son clergé lui conservait de fidélités. Sur les 74 prêtres qui avaient paru en 499, il n'en restait plus que la moitié; des sept diacres, deux seulement auxquels il faut joindre Hormisdas et Agapit, récemment nommés par Symmaque, et qui tous deux devinrent papes. Des opposants, nous ne connaissons qu'un seul, le diacre Pascharius, un des plus obstinés partisans de Laurent. C'était un homme instruit; on a de lui un traité sur le Saint-Esprit1; ses vertus, sa charité surtout lui avaient valu une grande popularité. Peu à peu l'opposition à Symmaque diminua. Après tout, Laurent, évincé en 499, avait souscrit lui-même à l'élection de son compétiteur. Quel que pût être celui-ci, il n'avait plus contre lui aucun titre valable 2. » La situation se serait prolongée longtemps encore si, en 507, un diacre grec, Dioscore, d'origine alexandrine et réfugié à Rome pour cause d'orthodoxie, n'avait consenti à aller soutenir les droits de Symmaque devant Théodoric; il y apporta tant d'habileté que le Goth ordonna au patrice Festus de rendre les églises au pape légitime. Festus obéit, Laurent se retira et lit pénitence, le clergé, à part quelques exceptions, se rallia à Symmaque.

De cet épisode, il est demeuré un témoignage qu'on lit peu : les apocryphes symmachiens, et un recueil célèbre connu sous le nom de Liber pontificalis (voir Diclionn., t. ix, à ce mot), c'est-à-dire un recueil de biographies des papes dont l'importance est grande pour l'histoire des pontifes romains. En voici une vue sommaire en quelques lignes par l'érudit qui l'a le mieux connu et utilisé : « Vers la fin du règne de Constantin, un compilateur romain avait constitué, pour un certain Valentin (voir Dictionn., t. m, col. 1556, fig. 2910), un recueil de documents chronologiques, dont un exemplaire, exécuté par le calligraphe Furius Dionysius Filocalus (voir Dictionn., t. v, à ce nom), contemporain des papes Libère et Damase, nous est connu par diverses copies. Au nombre des pièces de son recueil figurait un catalogue des papes avec la durée de leurs épiscopats respectifs et, çà et là, quelques notes historiques. C'est ce que nous appelons le catalogue libérien, parce que dans le livre de Filocalus il est continué jusqu'à Libère. D'autres catalogues, combinaisons de celui-ci et de la chronique de saint Jérôme, étaient en circulation. L'un d'eux

1 P. L., t. lxii, col. 9. — 2 L. Duchesne, Les schismes romains au 17e siècle, dans Mél. d'archéol. cl d'hist., t. XV, 1915, et dans L'Église au VI' siècle, 1925, p. 123-123. — J L. Duchesne, L'Église au VI» siècle, p. 127-128. Le cadre a été fourni par le catalogue libérien, qui s'y trouva incorporé tout entier et l'on essaya de le faire passer polir

sans doute fut repris, peu après l'avènement d'Hormisdas, par un des anciens partisans de Laurent, et prolongé, avec quelques développements narratifs, jusqu'à la mort de Symmaque. De ce livre pontifical laurentien il ne reste plus que la vie de Symmaque avec la fin de celle d' Anastase II. En revanche nous en avons un autre, qui fut compilé peu après celui-ci, dans un esprit tout opposé, mais malheureusement par une personne peu qualifiée pour faire de l'histoire sérieuse. Jusqu'à la fin du ve siècle, c'est un mélange bizarre de renseignements puisés à bonne source, de légendes et de fantaisies diverses. A partir de la vie de Symmaque, le contemporain se révèle par un notable progrès dans l'exactitude; mais l'auteur est un clerc de condition inférieure; il nous présente les choses comme les pouvait voir un homme du peuple3. »

LXVI. Hormisdas et la réconciliation avec l'Orient. — A Rome le schisme s'éteignait peu à peu ; en Orient la scission dogmatique s'aggravait chaque jour sous l'empereur Anastase, monophysite déclaré, agressif et injurieux. Ce basileus avait traité Symmaque de manichéen et s'attira une réponse de même ton. LTne fois de plus, il montrait la source de tout le mal dans le schisme acacien et dans l'attachement des Grecs à cette erreur. « Crois-tu, disait-il, parce que tu es empereur, n'avoir pas à redouter le jugement de Dieu? Te crois-tu comme empereur soustrait à l'autorité du prince des apôtres, Pierre? Compare donc la dignité impériale à celle de chef de l'Église. L'un n'a souci que d'intérêts temporels, l'autre a souci des choses de Dieu. Empereur, c'est de lui que tu reçois le baptême et les sacrements, tu lui demandes ses prières et sa bénédiction, tu sollicites de lui une pénitence. Respecte Dieu en nous et nous le respecterons en toi. Et si tu ne respectes pas Dieu, comment peux-tu revendiquer les privilèges de celui à qui tu refuses l'honneur qui lui est dû? Jette un regard, empereur, sur la longue chaîne de ceux qui ont persécuté la foi depuis les origines du christianisme. Ils sont tombés, tandis que la vraie religion voit grandir l'éclat de sa puissance en raison des persécutions qu'elle subit 4. » Ainsi engagée et poursuivie, la correspondance conduisait à une rupture. L'ne lettre du pape aux évêques d'Illyricum, de Dardanie et de Dacie laissait prévoir la persécution (8 octobre 512) 5, mais Symmaque mourut le 19 juillet 514 et son successeur, Hormisdas, fut élu et consacré le lendemain (20 juillet).

Hormisdas était un pacificateur et la situation s'offrait d'autant plus favorable pour lui que l'empereur Anastase avait à compter avec la révolte de Vitalien, soutenu par les catholiques, qui exigeait la reprise des négociations avec le pape. Des négociations s'engagèrent, mais elles échouèrent. Sur ces entrefaites le basileus mourut subitement et laissa l'empire à Justin I,r mieux disposé en faveur de l'Église (1er juillet 518). Justin et son neveu Justinien, ainsi que le patriarche byzantin Jean, prièrent Hormisdas de se rendre personnellement en Orient ou d'y envoyer des légats avec de pleins pouvoirs pour restaurer la paix 6. Le pape se rendit à Ravenne afin de consulter Théodoric sur la conduite à suivre, et quoique le roi goth n'eût rien à gagner à un rapprochement entre Romains et Byzantins, il ne s'y opposa pas. Hormisdas envoya donc Germain, évêque de Capoue. un autre évêque nommé Jean et quelques autres clercs (début de 519),

l'œuvre du pape Damase. Nous avons connaissance d'une rédaction arrêtée à l'année 530; mais celle-ci ne semble pas représenter tout à fail le texte original, lequel doit remonter au temps d'I lormisdas. — ' .laffc, Heg. pont, rom., n. 7G1. — bl., ihiil., n. 7(53. — « Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vm, col. 434.

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porteurs d'un libellus ou formule d'union que le patriarche de Constantinople consentit à souscrire le jeudi saint, 28 mars. La formule fit le tour de l'empire grec et Hormisdas mourut le 6 août 523.

LXVII. Le pape Jean I", martyr (523-526). - Le schisme laurentien avait soulevé des difficultés entre Théodoric et Rome. Les rapports ne cessèrent de s'aigrir jusqu'au jour où Théodoric se crut menacé dans son autorité. La population romaine, et le Sénat surtout, était demeurée fidèle à l'idée d'unité et très attachée à celui qui la représentait à ses yeux, l'empereur d'Orient. Cette attitude fit craindre au roi le loyalisme des Romains car il sentait bien qu'entre eux et lui s'élevait la barrière de la religion. Ce fut l'origine du dissentiment croissant entre le roi arien ostrogoth et ses sujets romains catholiques. Les sénateurs Boèce et Symmaque, deux des chefs de l'aristocratie romaine, accusés de complots avec les basileis de Constantinople, furent mis à mort (524-525). L'empereur Justin Ier, par un édit de la fin de l'année 524, ordonna la fermeture des églises ariennes de Constantinople et l'exclusion des ariens de toute fonction civile et militaire. Cet édit, appliqué en Orient, souleva de véhémentes protestations de la part de Théodoric qui ordonna au pape Jean Ier de se transporter à Constantinople et d'exiger de' Justin le retrait de l'édit contre les ariens sous peine de représailles contre les catholiques.

Le pape, accompagné de cinq évêques et de quatre sénateurs, se rendit à Constantinople où il fut reçu avec les plus grands honneurs. La population vint à sa rencontre jusqu'au quinzième mille, l'empereur se prosterna devant le pape et se fit couronner par lui quoique déjà couronné. Jean Ier demeura à Constantinople de Noël à Pâques 526, ayant occupé la place d'honneur devant le patriarche et chanté la messe en latin. Ce fut tout, car l'empereur fit des concessions aux ariens mais refusa d'admettre qu'un arien converti retournât à l'arianisme. Arrivé à Ravenne pour y rendre compte de sa mission, Jean Ier fut arrêté, emprisonné et mourut en prison, le 18 mai 526. Le corps du pape martyr fut transporté à Rome et enseveli à Saint-Pierre. Théodoric lui donna un successeur, Félix IV, et mourut lui-même le 30 avril 526 : Ordinatus est ex jussu Theodorici régis, lit-on dans le Liber pontiftcalis.

LXVIII. La succession du pape Félix IV. — Le nouveau pape n'aura pu que se réjouir en lisant la lettre du jeune roi Athalaric félicitant le Sénat de s'être conformé aux ordres de son aïeul l, car Félix IV « personnellement digne d'occuper le siège apostolique, joignait aux vertus de son état, nous ne pouvons en douter, un dévouement spécial à la royauté barbare installée à Ravenne 2 », et il ne fallait rien de moins pour lui attirer la confiance d'un vieillard soupçonneux se sentant prêt à quitter la vie et à laisser son pouvoir royal à une régente. Le pontificat de Félix IV fut paisible et ne dura qu'un peu plus de quatre ans (mai 526-septemdre 530); sa mort fut l'occasion d'un schisme violent provoqué par deux candidats élus et ordonnés en même temps : Dioscore, dans la basilique Constantinienne et Boniface, dans la basilique de Jules. Le schisme qui s'annonçait s'évanouit presque aussitôt par la mort du premier des concurrents; la paix semblait rendue, mais le survivant poussa loin ses exigences. Il voulut que les

1 Cassiodore, Variœ, 1. VIII, ep. 15. — ! L. Duchesne, La succession du pape Félix IV, dans Mélanges d'archéol. et d'hist., t. m, 1883, p. 239-266; tous les passages entre guillemets insérés dans ce § sans autre attribution sont empruntés à ce travail de L. Duchesne. — 3 Thiel, Epistolee romanor. pontif., t. i, p. 304; Jaffé, Reg., n. 841.

partisans du défunt fissent leur soumission, jetassent ï'anathème et le consignassent par écrit; enfin, dans le but d'éviter le retour des rivalités dans l'avenir, il entendit désigner lui-même son successeur. On le lui concéda, et un procès-verbal écrit suivi d'un serment solennel prononcé sur le tombeau de saint Pierre reconnut l'héritier présomptif en la personne du diacre Vigile. Le consentement donné, on le regretta et le pape lui-même, Boniface II, y renonça comme à un excès de pouvoir et le procès-verbal fut brûlé publiquement en présence du clergé et du sénat. L'acte de condamnation de Dioscore ne fut pas autrement traité, mais seulement sous le pontificat d'Agapit, en 535.

On vient de voir que le schisme de 530 n'avait duré qu'un mois et jusqu'à nos jours on était mal instruit sur l'un des deux protagonistes : Boniface. Sa notice au Liber ponlificalis nous apprend qu'il était romain de naissance et fils d'un certain Sigisbuld dont le nom est tout germanique, sans qu'on puisse préciser. Quant à Dioscore, il était grec, diacre de l'Église d'Alexandrie qu'il avait dû fuir pour se soustraire aux violences du parti monophysite. Devenu romain de condition il le fut aussi de cœur et ne ménagea pas ses services et son dévouement sous les deux pontificats de Symmaque et d'Hormisdas. Nous l'avons entrevu déjà se rendant à la cour de Ravenne et y réussissant à convaincre Théodoric d'accorder sa faveur au pape Symmaque et à écarter le diacre Laurent. En 519, on le retrouve à Constantinople, légat avec Hormisdas pour l'affaire de la réunion des Églises. « Hormisdas avait une telle estime pour lui et appréciait à un si haut degré son zèle et son intelligence qu'il crut devoir le signaler à toutes les Églises d'Italie comme le principal auteur du rétablissement de la paix religieuse. II aurait voulu en faire un patriarche d'Alexandrie; il écrivit même à ce sujet à l'empereur qui, de son côté, songeait à Dioscore pour le siège d'Antioche 3. Ces projets n'eurent pas de suite, sans doute à cause de la situation de ces deux métropoles où le parti monophysite devenait de plus en plus fort et intraitable. Dioscore revint à Rome, mais l'estime publique n'avait pas cessé de l'entourer : dès que les sentiments purent s'exprimer avec quelque liberté, un parti puissant se forma pour l'élever sur la chaire de Saint-Pierre », ce qui ne devait pas plaire à Ravenne.

La situation résultant de ce qu'on vient de dire s'est trouvée confirmée par trois documents découverts et publiés en 1883 4 d'après un liber canonum du x-xie siècle de la bibliothèque capitulaire de Novare, coté XXX, 66. Cette collection nous a conservé un document mentionné deux fois dans le Liber pontiftcalis : l'acte par lequel les partisans de Dioscore se rallièrent à Boniface II et anathématisèrent son compétiteur. Cette même collection nous apprend que Félix IV avait désigné Boniface comme son successeur. La pièce est intitulée : Prœceptum papse Felicis morientis per quod sibi Bonifacium archidiaconum suum posl se subslituere cupiebat; elle n'est pas datée, mais elle a dû être rédigée après le 31 août 530 (après la VIIIe indiction), le pape étant mort au mois de septembre, et Boniface II fut ordonné le dimanche 22 septembre 530.

« Dans son mandement aux évêques (du diocèse suburbicaire), aux prêtres, aux diacres et au clergé de

— * A. Amelli, Documenti inediti relativi al pontificato di Felice IV (526) e di Bonifacio II (530) estralti da un codice délia biblioteca capitolare di Novara, dans Scuola cattolica, Milano, t. xxi, 1883. Cf. Reifferscheid, dans Sitzungsberichte der philos, hist. Classe der k. Akad. der Wissensch., t. lxviii, 1871, p. 613-627.

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