SAINT-MARTIN-A.UX-MONTS. — C'est ici le titu
lus jEquitii fondé par le pape Silvestre (314-335) et appelé à l'origine de son nom, agrandi par le pape Symmaque (498-514) par l'addition d'une église dédiée à S. Martin; il faut lui accorder un peu plus d'attention.
On trouve la mention du « titre d'Equitius » dans les actes du concile romain de 499; trois fois on lit ces mots : presbyter tituli Equitii, en regard des noms de Félix, Sébastien et Adéodat qui occupent, dans la liste de 67 prêtres, les 13e, 34e et 43e places. C'était alors un usage qui tendait à tomber en désuétude et les fidèles préféraient donner à une église le nom d'un saint patron plutôt que celui du fondateur dont le souvenir allait en s'estompant chaque jour un peu plus. C'est ce qui explique pourquoi, dans le Liber pontifiealis laurentien, l'auteur, qui écrivait entre 514 et 519, a écrit dans la notice du pape Symmaque : beati Martini ecclesiam iuxla S. Silvestrum Palatini inl. v. pecuniis fabricans et exornans eo ipso insistente dedicavit. Ainsi, au début du vie siècle, Silvestre, le grand pape, commençait à éclipser Equitius; l'identification n'est d'ailleurs pas douteuse un seul instant grâce à la mention iuxla thermas domitianas. Toutefois, cette élimination du fondateur aura pu déplaire à certains qui s'ingénièrent à en donner une raison; d'après eux, le prêtre Equitius donna le terrain du pape Silvestre à charge d'y créer un « titre ». Soit que l'explication parût laisser à désirer, soit pour toute autre raison, on l'inséra à deux reprises dans la notice du pape Silvestre, au début et à la fin. Voici les deux passages : I. Hic [Silvester] fecit in urbe Roma ecclesiam in Prœdium cuiusdam presbiteri sui, qui cognominabatur Equitius, quem lilulum romanum constituit, iuxta termas Domitianas, qui usque in hodiernum diem appellatur titulus Equitii, ubi et hœc dona constituit : patenam argenteam, pensanlem libras XX, ex dono Augusti Constantini. Donavit autem... l — II. Hisdem lemporibus constituit beaius Silvester in urbe Roma titulum suum in regione III iuxla thermos Domitianas qui cognominantur Traianas, titulum Silvestri, ubi donavit Constantinus Auguslus : patenam argenteam... Obtulil et omnia necessaria litulo Equitii 2. Ces deux passages n'appartenaient pas à la rédaction primitive, ce sont des remaniements introduits vers le milieu du vie siècle 3; insertions assez maladroites, puisque le premier passage est comme perdu entre l'histoire du baptême de Constantin et le récit du concile de Nicée, et le deuxième passage est inséré tout à la fin, après la description des églises de Capoue et de Naples, au lieu de prendre place à côté des basiliques romaines.
Rien, dans les pièces d'archives ni dans le monument, ne fournit le moindre indice pour attribuer avec certitude à Silvestre la fondation du titre. L'auteur qui écrivait vers le milieu du vie siècle a eu beau jeu pour combiner un petit roman dans lequel il fit entrer Equitius, le pape Silvestre et l'empereur Constantin. Tout ceci permettait d'expliquer les deux noms que portait le titre d'Equitius-Silvestre. On a proposé autre chose *.
Au début du vie siècle, dans ce même concile de 499, nous voyons que le titulus Pammachi porte dans le Liber pontifiealis le vocable des Saints- Jean-
t. v, 1928, p. 89-103, et résumé dans Les origines du titre de Saint-Martin aux Monts à Rome, Rome, 1931, p. 15. — ' Nous citons ici l'opinion de M. R. Vielliard, op. cit., p. 20 sq.
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et Paul > ; il en est de même pour le tilulus Veslinse qui porte lui aussi le vocable des Saints-Gervais-et- Protais 2. En pourrait-on conclure qu'Equitius dédia le titre à S. Silvestre? Cette hypothèse soulève des objections sérieuses. Si le « titre » fut consacré à S. Silvestre au ve siècle, ses dimensions sont disproportionnées à celles d'autres basiliques du même temps, telles que Sainte-Sabine, Saint-Vital, les Saints- Jean-et-Paul, qui peuvent contenir des milliers de fidèles, alors que l'exiguïté du titulus Equitii n'offre rien de pareil, étant réduit au rez-de-chaussée d'"ne maison privée dont les étages supérieurs sont habités par les prêtres.
Si Equitius vivait au ive siècle et s'il a demandé à l'un des successeurs immédiats de Silvestre de consacrer à celui-ci la nouvelle église titulaire, on se heurte à l'objection que le culte du premier confesseur à Rome aurait comporté un autel à son nom, non sur sa tombe, mais dans une église à l'intérieur de la ville. On venait l'honorer en ce lieu où se conservaient son nom et son souvenir. Son prestige ne cessait de grandir à une époque où Rome se sentait de plus en plus menacée, on devait lui rendre un culte au cimetière de Priscille où il reposait, peut-être dans le titre de l'Esquilin où il avait vécu et qui portait encore son nom. Quant au titulus Equitii, pourquoi son souvenir y était-il attaché? Peut-être y avait-il habité, mais c'est une conjecture, rien de plus. « Rien n'oblige à rejeter cette croyance populaire par laquelle on explique sans invraisemblance la double dénomination du titre; on évite ainsi les objections graves que soulèvent les hypothèses de la fondation du titre par Silvestre ou de l'introduction de son culte par Equitius. On peut même, sans trop de hardiesse, supposer que Silvestre avait exercé là les fonctions de prêtre titulaire avant son élection à l'épiscopat; l'église où le peuple de Rome venait maintenant implorer sa protection était celle-là même où autrefois il distribuait aux petits et aux humbles la parole divine et le corps du Christ. Lorsque Silvestre en prit possession, le titre venait-il d'être fondé ou existait-il depuis longtemps? Aucun document littéraire ne permet de répondre à cette question; il est impossible de savoir à quelle date Equitius vécut et fit don de sa propriété à l'Eglise romaine. Toutefois, comme son nom s'est conservé jusqu'au vie siècle et n'a été évincé complètement par celui de Silvestre qu'à cette époque tardive, il y a de bonnes raisons de croire que l'expression titulus Equitii était en usage depuis longtemps lorsque celle de titulus Silvestri commença à prévaloir, sinon Silvestre aurait tout de suite supplanté Equitius a. »
« La maison titulaire fondée par Equitius et illustrée par le passage de S. Silvestre existe encore au flanc de l'Esquilin; tout rongés qu'ils soient par l'humidité, ses vieux murs se reconnaissent à leur appareil soigné, sous un manteau pittoresque de mousse et de salpêtre; les voûtes ont résisté à la pesée des siècles et, par endroits, la fresque antique est demeurée attachée. Tout le gros œuvre a donc subsisté, bien que caché en plus d'un point par des constructions plus récentes : il est possible d'en dresser le plan exact et de se rendre compte de la disposition intérieure du titre (fig. 10G54). C'est là un fait unique à Rome; car dans les quelques rares titres où l'on retrouve les murs du m' et iv siècle, à Saint-Clément, à Sainte -Anastasie. à Saints-Jean et-Paul, on arrive tout au plus à déterminer le périmètre de la maison; mais la structure interne de celle-ci nous échappe à cause des transformations radicales qui y furent apportées. Le titre d'Equitius au contraire, grâce à une série de circonstances heureuses, a été préservé des reconstructions ou des
remaniements profonds dont tous les autres « titres » ont eu à souffrir : comme la basilique de Saint- Martin, élevée au vie siècle tout à côté, était assez vaste pour contenir les fidèles du quartier désormais entièrement chrétien, il ne fut pas nécessaire de démolir, pour l'agrandir, la salle liturgique où se conservait le souvenir de Silvestre Les prêtres desservants et, après eux, les moines qui s'y installèrent au Moyen Age, continuèrent à habiter le premier et le second étage de la maison d'Equitius; ils y entreprirent quelques travaux d'aménagement et, craignant que le rez-de-chaussée ne s'effondrât sous le poids de ces constructions nouvelles, ils renforcèrent les piliers de la salle liturgique en les entourant d'une gaîne épaisse de maçonnerie. Cette carapace protectrice a assuré la conservation des murs romains, mais elle a donné au sanctuaire un aspect étrange : tous ces murs énormes empêchent de saisir d'un coup d'œil l'ordonnance des lieux et la variété des appareils accroît encore la confusion '. »
10634. — Plan de la maison d'Equitius
dans son état primitif.
D'après P.. Vielliard, Les origines du litre de Saint-Martin-
aux-Monts à Home, Paris, 1931, p. 25, fig. 3.
A la fin du \" siècle, le pape Symmaque (498-514) éleva l'église actuelle à laquelle l'ancienne servit de confession et, vers la fin du vin* siècle, l'œuvre de Symmaque fut restaurée par Hadrien Ier : Ecclesiam beati Martini situm iuxta titulum sancti Silvestri... renovavil. Léon III l'enrichit de ses dons et c'est à tel te occasion qu'on trouve mentionnée la diaconia SS. Silvestri et Martini quœ ponitur iuxta Orfeam. L'œuvre de Symmaque fut restaurée par Serge II (844-847) dont le nom se lit sur l'ambon : Salvo domino nostro beatissimo Sergio papa iuniore. Dès que les travaux furent terminés, on apporta en grande solennité de nombreuses reliques trouvées les unes dans les catacombes, d'autres à l'intérieur de Rome dans d'autres églises. La liste en est donnée par le Liber pontificalis et par une inscription qui se trouve encore à l'entrée de la confession; celle-ci est l'œuvre d'un faussaire, exécutée au milieu du xvir2 siècle ».
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1 Liber ponti/icalis, t. i, p. 261. ' tbid., t. i, p. 220. — » R. Vielliard, op. cit.. p. 23-24. — ' M. Vieillard, op. cit., p. 24-26. ' H. Vielliard, op. cit., p. 84-87.
ROME. LES EGLISES AU MOYEN AGE
chesne, dans Mél. d'archéol. et d'hist., t. vu, 1887, p. 22; G. A. Filippini, Ristretto di tutto quello che appartiene ail' anlichità e veneratione délia chiesa dei SS. Silveslro e Martino ai Monti, Roma, 1639; Forcella, t. iv, p. 3-34; t. xm, p. 421; H. Grisar, Hist. de Rome et des papes au Moyen Aye, t. i; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 382-383, n. 110; P. Kehr, Ital. pontiflcia, t. i, p. 45; J. P. Kirsch, Die rômischen Titelkirchen, p. 41-45; Lubin, p. 345; Marlinelli, p. 255; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 318-323; E. Mtintz, dans Mél. d'arch. et d'hist., t. vm, 1888, p. 108; Nibby, p. 543 sq.; Paneiroli, 1" éd., p. 618; 2e éd., p. 217; Piazza, p. 421; P. Pouyard, I monumenti esistenti in S. Martino e memorie islorico critiehe délia chiesa di SS. Silvestro e Martino, dans Ms. de l'Arch. dell' Ord. dei Carmelitani de Observantia; J.-B. de Rossi, Musaici cristiani, pi. xxxiv; M. -S. de Rossi, Necropoli arcaica romana, e parte di essa scoperla presso S. Martino ai Monti, dans Bull, délia Commiss. arch. com. di Roma, 1885; Silvagni, Sopra un rifacimento secentesco di un' iscrizione médiévale, dans Arch. soc. romana, t. xxxv, 1912, p. 108-117; Ugonio, p. 249; R. Vielliard, Les titres romains et les deux éditions du Liber pontiftcalis, dans Rivista di archeol. cristiana, t. v, 1928, p. 89-103; Le même, Les origines du titre de Saint- Martin-aux-Monts à Rome, in-8°, Paris, 1931; J. Wilpert, Die rotnischen Mosaiken und Matereien,in- fol., Freiburg im Br., 1915, t. i, p. 323-337.
5. SAInrTE-PRAXÈDK. — (Voir Dictionn., t. xiv, col. 1691-1700.)
Le plus ancien monument de cette basilique est une épitaphe de l'année 491 qui fait mention d'un prêtre tituli Praxedis; on en trouve d'autres parmi les signataires du concile de 499. La basilique fut restaurée par le pape Hadrien Ie1 (772-795) et par Pascal I" (817-824), qui, le 20 juillet 817, consacra un autel contenant d'innombrables reliques. Ce même pape Pascal fonda un monastère de moines grecs qu'on trouve mentionné dans les notices de Grégoire IV (827-844) et de Léon IV (847-855).
Bibl. : Adinolfl, n, p. 129-143; D. Angeli, p. 510; M. Armellini, 1™ éd., p. 555; 2e éd., p. 237; [E. Baldracco, 77 quadriportico délia basilica di S. Prassede, dans Rivista di archeol. crisl., t. xxi, 1944-1945, p. 107-120; Le même, La cripta dei sec. xi nella chiese di Santa Prassede in Roma, ibid., t. xvm, 1941, p. 277-296; Le même, Note sull' oratorio di S. Zenone, ibid., t. xix, 1942, p. 185-210]; N. Bertocci, Notizie délia basilica di S. Prassede, Roma, 1879; A. Busiri, La colonna santa nel tempio di Gerusalemme ed il sarcofago di Probo Anicio, Roma, 1888; Bruti, vol. xvm (tom. xvn), fol. 316-342 (ital.): vol. xn (tom. xi), fol. 235 V.-253 (lat.); vol. vi (tom. v), fol. 272-309); Cenni (Brevi) délia basilica di S. Prassede nell' occasione dei vu centenario dacchè venna affidata ei monaci Vallombrosani e dei ricollamento délia sacra colonna nella suo sede antica, Roma, 1898; Ciampini, Vêlera monimenta, t. n, p. 143; C. Corvisieri, Dell acqua Tocia in Roma, dans II Buonarotti, série III, 1. 1, 1870, p. 47; B. Davanzati, Notizie al pellegrino délia basilica di S. Prassede, in-4°, Rome, 1725; L. Duchesne, dans Mél. d'archéol. et d'hist., t. vu, 1887, p. 222; P. Fedele, Tabularium sanclœ Praxedis, dans Arch. délia r. Soc. rom. di stor. palria, t. xxvn, 1904, p. 26-78; t. xxvm, 1905, p. 41-114; Forcella, t. il, p. 489-524; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 423, n. 23; P. Kehr, Ital. pont., t. i, p. 49-53; J.-P. Kirsch, Die rômischen Titelkirchen, p. 52-54; Lubin, p. 342; Martinelli, p. 286 ; H. Marucchi, Tiers, et égl. de Rome, p. 323- 336 ; [G. Matthise, Restauri di monumenti, La facciata délia chiesa di S. Prassede a Roma, dans Bolletino d'Arte, III, xxxi (1937-1938), p. 518-521]; Munoz,
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