V. Premiers monastères grecs de Rome
Nous avons rappelé déjà les origines de l'introduction et de l'expansion du monachisme en Occident (voir Dictionn., t. n, col. 3175-3179) et notamment à Rome où, pour la première fois, on vit l'évêque Athanase d'Alexandrie, accompagné de deux moines égyptiens, Ammon et Isidore, le 16 avril de l'an 339. C'est entre 356 et 357 que le même Athanase écrit la « Vie de saint Antoine » qui était traduite en latin vers 371 et pouvait dès lors circuler et être lue dans Rome. Quelques années plus tard, en 381, S. Épiphane de Salamine, S. Jérôme et Pierre d'Antioche familiarisaient les Romains avec le monachisme oriental. Les controverses dogmatiques qui remplissent le ive siècle et les siècles suivants attirent à Rome les légats synodaux qui, souvent, sont des moines orientaux. C'est ainsi que nous y voyons Jean Cassien vers 405, et plus tard le célèbre Denis le Petit, originaires l'un et l'autre de la Scythie Mineure (Dobroudja), et bien d'autres qui font à Rome des séjours plus ou moins longs, soit isolément, soit par groupe. La plus ancienne attestation d'un groupe monastique établi à Rome nous reporte [aux environs de l'année 640). Vers cette date nous rencontrons trois monastères17 :
1. S. -André et Ste-Lucie de Renati. — On n'en connaît pas avec certitude l'emplacement; les uns opinent pour l'Esquilin, proche des trophées de Marius u, d'autres croient reconnaître les deux oratoires en question dans les anciennes églises de Ste- Lucie delta Tinta et de S. -André dei Marmorari, aujourd'hui S. -Yves des Bretons ,9. Il est certain que
■ Manon, art. cité, p. 97-98. — 2 H. Vielliard, Origines de la Home chrétienne, p. 117-119; pi. vil. — 'Seize sur dix-huit : Ste-Agathe et Ste-Boniface font seules exception. — ■ Art. cités plus haut et dans une note de son admirable édition du Liber pont., t. i, p. 364, n. 7; cf. t. u, p. 253, n. 7. — " Voir, outre les travaux cités ci-dessus, A. Bartoli, Gli Horrea Agrippiana et la Diaconia di San Teodoro, dans Alonumenti antichi <lc l'Acad. <lei Lincei, t. XXVII, 2, p. 374-402; A. Kalshach, Die Umwandlungd.es hciilnischen in das christliche rômische Stadtbild, dans Scientia Sacra, Thealogische Festgabe fur Kardinal Schlitte, Cologne, 193."), p. 71-84. — ' Marrou, art. cité, p. 97-99. — ' Grefî. 1", /(<•</., V, 25. — ■ ld., ibid., XI, 27. — ' ld., ibid., x, 8; Marrou, art. cité, p. 101. — " Gesta episcop. Neapol., c. xxxmi, p. 418, éd. Waitz
(Monum. Germ. hist.. Script, rer. Longobardic.) : entre 672/674 et 693/695. — " Étude des diaconies de Naples : Marrou, art. cité, p. 102-110. — " R. Devreesse, Le patriarchat d'Antioche depuis la paix de l'Église jusqu'à la conquête arabe, Paris, 1945, p. 86, n. 4; Jean d'Asie, i, 4, 5; Michel le Syrien, éd. Chabot, p. 306-307. — ■' Marrou, art. cité. p. 110-115. — " ld., ibid., p. 120-136. — " Cassien. Conl., XXI, I, 2-3; n, 1; vin, 1; IX, 7. — » Marrou, art. cité, p. 134. — " [F. Antonelli, / primi monasteri di monaci orientali in Roma, dans Rivista di arch. cris!., v, 192S, p. 105-121.] — " Pressutti, Regesta Honorii 111, t. i, Itomae, KSSS, p. (xvii ; M. Annellini, Le chiese di Iioma, 2' éd., in-8°, Roma, 1891, p. 809. — " Lifter pontificaUs, t. n, p. 39, note 47; cf. P. Kehr, Italia pontificia, t. i, p. 89.
HOME. PARTICULARITÉS
les propriétés de ce monastère s'étendaient du côté de Tivoli et à l'Est de Rome, ce qui a incliné à le situer sur l'Esquilin 1. En tout cas, il existait au temps de saint Grégoire le Grand qui écrit, vers 593-594, dans ses Dialogues en parlant de l'abbé Probus : qui nunc in hac urbe monasierio pra-slo est, quod appellatur Renati 2 et lors d'un synode tenu le 5 octobre 600, ce Probus, de simple laïque, fut élu par le pape comme abbé du monastère de Renati. A cette époque le monastère était composé de sujets latins et un demisiècle plus tard, en 649, le personnel était remplacé par une colonie de moines arméniens. Lors du synode réuni cette année-là au Latran par le pape Martin Ier au sujet de l'hérésie monothélite, on signale la présence d'un groupe de trente-sept moines orientaux qui présentent un libelle d'orthodoxie et condamnent les chefs du monothélisme Sergius, Pirrhus et Paul avec leurs adhérents 3. Parmi ces moines se trouve un Thalassius abba presbyter venerabilis monasterii Armenissarum in hac Romana civilale, qui appellatur Renati 4. La substitution des moines orientaux aux moines latins s'était donc opérée entre 600 et 649 et même quelques années avant cette dernière date puisque le primicier qui introduit les moines au synode distingue parmi eux ceux qui étaient venus alors in prsesenti adventantes et ceux qui habitaient Rome auparavant : jam per annos habitantes in hac Romana civitate 6; au nombre de ces derniers se trouvait Thalassius.
On peut deviner que les motifs ne manquèrent pas aux moines orientaux pour s'expatrier à cette époque. C'est d'abord l'invasion des Perses qui, en 614, s'emparent de Jérusalem, ensuite l'invasion arabe et les querelles religieuses sous le pontificat d'Honorius I" (625-638).
2. SS.-Vincent-et-Anastase. — Ce monastère appelé ad Aquas Salvias et aujourd'hui dette Tre Fontane ne trouve pas de plus anciennes attestations que ce même concile de Latran, en 649, où nous entrevoyons un Georgius abba presbyter venerabilis monasterii de Cilisia, qui ponitur in Aquas Satvias, quod in hac Romana civitate habitare dignoscitur 6. Le cas ressemble assez à celui du monastère précédent pour qu'on suppose que les mêmes circonstances ont donné naissance à tous les deux; cependant, on a proposé une autre explication. Les Actes dits des SS. Pierre et Paul parlent des Aquœ Salviœ comme du théâtre du supplice de S. Paul; de vagues traditions mentionnent un pin et un roseau comme caractérisant ce lieu, de même qu'un térébinthe désignait le voisinage du tombeau de S. Pierre. Dès avant Constantin, un cimetière chrétien dit Cœmeterium Zenonis se trouvait aux Aquœ Salviœ et S. Grégoire le Grand a exprimé dans une inscription la croyance de son temps que l'apôtre Paul avait souffert pour le Christ aux Aquœ Salviœ '. Dans le siècle qui suivit son pontificat, les pèlerins de Rome se rendaient, comme ils le faisaient déjà sans doute auparavant, à ce lieu consacré et venaient visiter le monastère fondé par Narsès; en effet, les Itineraria du vne siècle à l'usage des pèlerins font une mention expresse de ce sanctuaire s. D'après ce passage, il y aurait eu déjà un monasterium aux Aquœ Salviœ vers le temps du pape Honorius. L'attribution de la fondation à Narsès n'est proclamée qu'aux environs de l'an mil par
1 Chr. Huelsen, Le chiese di Roma, 1927, p. 304 sq. — ' S. Grégoire, Dialogi, 1. IV, c. xm, dans P. L., t. lxxvh, col. 337. — 3 Mansi, Conc. ampliss. coll., t. x, col. 904 sq. — * Id., ibid., t. x, col. 903, 909. — s Id., ibid., t. x, col. 903. — 6 Id., ibid., t. x, col. 903. — ' Registrum, 1. XIV, epist. xiv. — 8 De Rossi, Roma sotterranea, t. i (1863), p. 182 sq.; cf. p. 141. — " Benoît, Chronicon, n. 9, dans Monum. Germ. hist., Script., t. ni, p. 699 : Narsus facit œcclesia
le chroniqueur Renoît du Mont Soracte, mais J.-R. de Rossi a fait valoir la crédibilité de ce renseignement, car Renoît appuie souvent ses assertions sur des inscriptions aujourd'hui disparues ".
Les fouilles sont venues corroborer la tradition; commencées en 1867, elles ont fuit retrouver une inscription de 688 ou 689 10 qui dit qu'à cette époque, sous le pape Serge Ier, l'église élevée au lieu de la décapitation de l'apôtre existait « depuis longtemps déjà ». La lecture en est malaisée, les suppléments incertains, mais on voit tout de suite que ce n'est pas une inscription funéraire. On ne saurait douter que ce soit une inscription historique rappelant un édifice à la mémoire de Paul (fig. 10655)^ AS PAVLI Q ; SCAM ou SCUM PRISCADVDum; V CVNCT0S CONS ; NISI IAM SERCIVS; et le sigle PP (papa). Une autre inscription trouvée au même lieu mentionne la deuxième année du pape Serge, soit 688 ou 689 n. L'église, à en juger par les traces qui furent découvertes, s'étendait sur la colline comme l'église actuelle12 et assez exactement à la même place. D'anciens dessins montrent qu'elle se composait d'un double hall qui suivait les sources.
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10655. — Inscription rappelant un édifice
à la mémoire de S. Paul.
D'après De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 84, n. 2.
Des débris de sculptures de marbre se rapportent assez bien par leur caractère artistique au temps de Narsès. Au xc siècle, les Romains, en offrant le couvent à S. Nil pour y installer des moines grecs, lui dirent qu'il avait toujours été une possession de « la nation grécanique » u. C'est ce qu'il est nécessaire d'examiner de plus près.
Renoît du Mont Soracte a-t-il tiré parti d'anciennes inscriptions perdues depuis? C'est possible, mais ce qui est certain, c'est qu'il a fait des emprunts textuels à la Chronique de Rède. Celui-ci écrit à l'année 524 : ...reliquiœ beali martiris Anastasii primo monasterium deinde Romam advectœ venerantur in monasterio beati Pauti Aposloli, quod dicitur ad Aquas Satvias, et Renoît ne fait que le reproduire lorsqu'il écrit : Narsus vero patricius fecil ecclesia cum monasterium beali Pauli aposloli, qui dicitur ad Aquas Satvias, reliquie beati Anastasii marlyris adducte venerantur. Dès le viie siècle, le monastère ad Aquas Salvias était nommé, par allusion à la nationalité de ceux qui l'habitaient, le « monastère de Cilicie ». Or c'est en Cilicie que se trouvait Tarse, patrie de S. Paul. Il semble donc qu'à l'endroit consacré traditionnellement par le martyre de l'apôtre, se trouvait une colonie monastique,
cum monasterium beati Pauli apostoli qui dicitur ad Aquas Salvias; cf. De Rossi, Bull, du arch. crist., 1887, p. 79; F. Giorgi, Cenni sull'origine del monastero di S. Anastasio ad Aquas Salvias, dans Arch. s/or. rom., t. i, 1877, p. 49. — 10 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 83. — " Id., ibid., p. 84, n. 3, p. 88. — ia Due au cardinal Aldobrandini (1540). — u Graecanicae genti semper addictum, dans Vita S. Nili, Romae, 1624, p. 154.
ROME. LITURGIE
de ses compatriotes qui, peut-être, y avaient été attirés et établis par le patrice Narsés. Quant à fixer d'une manière précise la date de leur installation, c'est évidemment avant (549, on n'en saurait dire plus. 3. S.-Saba sur l'Aventin. — On n'est pas plus informé pour le monastère de S.-Saba. La première date qu'on rencontre est l'année 768, lorsque l'anti-pape Constantin, frère du duc Toto de Nepi fut outrageusement conduit par la populace romaine au monastère Cellas nouas ou de S.-Saba et y fut enfermé l. La maison était alors prospère et avait au moins un siècle d'existence. Dans la Vita Sancli Cregorii Agrigentini, écrite par Léonce, abbé de S.-Saba 2, il est question du monastère, mais cette Vita est sans valeur critique et ne contient aucune indication chronologique recevable. Le Grégoire d'Agrigente est-il celui qu'on trouve mentionné dans la correspondance de S. Grégoire le Grand \ on est tenté de le croire; en tout cas il doit appartenir à la fin du VIe ou au début du vne siècle. Léonce dit qu'il a vécu à une époque très proche de la sienne propre qui paraît être le milieu du vnc siècle, et il dit que Grégoire de Girgenti venu à Rome, avant d'être évêque, se présenta à l'abbé de S.-Saba et sollicita une cellule dans le monastère : air^caç xsXXiov rcapà toù Y]youjjtivw tgo p.ovaoTY)pîou toù àyto'j Zâ&a 4. A l'époque où vivait Léonce, le monastère devait être habité par des moines Sabaïtes depuis plusieurs années, ce qui nous conduit vers la première moitié du vne siècle. Le témoignage de Léonce est le seul que nous possédions pour le vne siècle et les monuments ne nous apprennent rien de plus précis. Les fouilles exécutées sous l'église actuelle en 1901-1902 ont permis de retrouver l'ancien oratoire avec ses peintures, chétifs fragments du vne-vine siècle 6.
Vlll. LITURGIE ROMAINE. En conformité
avec son titre, le Dictionnaire a fait à la liturgie sa juste part. Ambrosienne, celtique, gallicane, grecque, mozarabe ont fait l'objet de notices développées que le lecteur trouvera à chacun de ces mots. Ici, nous abordons la dernière de ces sections fondamentales, la liturgie romaine, et nous restreindrons notre exposition aux indications essentielles. Sous peine de redire et de répéter ce qui a été exposé déjà, il nous faut présenter seulement un sommaire de l'exposition offerte dans son détail chaque fois que la rencontre d'un mot l'a rendue nécessaire. Les institutions et les rites romains ont été l'objet d'une sorte de prédilection qui, pour ne leur avoir pas ménagé l'espace, autorise aujourd'hui à le resserrer.
I. Origines dans l'Église de Rome. — Ce que nous savons des origines de la liturgie dans l'Église de Rome n'autorise pas à introduire une différence entre ce qui s'y pratiquait et l'usage des autres Eglises apostoliques tel que nous l'avons exposé déjà (voir Dictionn., t. i, col. 783-808 et t. xi, col. 720-733). Les mêmes rites sont entourés et suivis de manifestations analogues (voir Dictionn., t. vi, col. 1322-1327), mais il faut se garder de voir dans celles-ci, fussentelles habituelles, des phénomènes sacrés nécessaires et appartenant à l'institution eucharistique, un centre de la liturgie naissante. Prophéties, extases, interprétations ne peuvent être produites à volonté et il est difficile et laborieux de les soumettre à un règlement, D'ailleurs, cette effervescence spirituelle disparaîl de liés lionne heure; dès le début du n siècle on ne la
' Liber ponliftealis, éd. Duchesne, t. i, p. 171. '-' /'. G., t. xr.vm, col. 549-716. — 3 Reaistr., I, i.xx, UCXXIX; III, xn. — ' P. G., t. xcvm, col. 01 (i. Notizie degli
scuui, 1901, p. 10-14; 1902, p. 270-273, :',:>7, Itti.".; J. Wilpert, Die rômische Mosaiken und Malereien, 1916, pi.
rencontre plus que de façon exceptionnelle et pendant toute la période dont nous parlons ici ou n'en relève aucun symptôme à Rome. Le seul témoignage de ce qui s'y passe c'est le morceau précieux inséré par S. Clément, pape, dans la description qu'il nous a conservée de la prière solennelle (elle que l'évèque la prononce dans l'assemblée liturgique des fidèles, et cela vers l'année 95 de notre ère (voir Dictionn., t. xi, col. 554-556). C'est ce qu'on pourrait appeler l'incunable du rite romain.
Non moins précieux, et plus encore peut-être, est le passage de l' Apologie de S. Justin, écrite à Rome vers l'an 150-160. Ici, c'est le cadre d'une messe telle qu'on la célèbre à Rome à cette date et pendant une longue période de temps précédente, car S. Justin décrit un rite déjà affermi dans ses gestes et dans ses formules et qui est régulièrement célébré le dimanche; mais il ne donne aucun texte, aucune formule (voir Dictionn., t. xi, col. 561-562). Avec S. Clément et S. Justin nous sommes demeurés à Rome pendant la période d'environ un siècle qui s'est écoulée après l'arrivée dans cette ville des premiers convertis de la Pentecôte.
Mais n'abandonnons pas ces auteurs sans leur demander tout ce qu'ils peuvent nous apprendre. S. Clément reprend la formule de salutation qui se retrouve dans toutes les épîtres de S. Paul : ~/â.ç>i.c, xal £tp/)v7), « la grâce et la paix », et laisse voir que, vers la fin du rr siècle, l'Église de Rome est entièrement constituée et la communauté chrétienne complètement organisée. Il n'y a pas que la grande prière déjà mentionnée dans la lettre mais celle-ci qui remplit le service d'une sorte de préface 6 :
Contemplons Dieu par la pensée; considérons des yeux de l'unie sa volonté pleine de patience; réfléchissons combien il est débonnaire envers toute sa création :
Les cieux, mis en branle par son ordre, lui obéissent en paix.
Le jour et la nuit accomplissent la course qu'il leur a prescrite, sans s'entraver l'un l'autre.
Le soleil, la lune et les chœurs des astres parcourent d'après son ordre, avec harmonie et sans aucun écart, les orbites qu'il leur a marqués.
La terre féconde, docile à sa volonté, fournit en abondance, dans les saisons convenables, leur nourriture aux hommes, aux animaux, à tous les êtres qui vivent à sa surface; elle n'hésite pas, elle ne change rien à ses décrets.
Les mêmes ordres maintiennent les mystérieux jugements (rendus) dans les abîmes, les sentences inexprimables (prononcées) dans les enfers.
La mer immense dont son action créatrice a creusé le lit en réservoir, ne franchit point les barrières qu'il a établies, mais selon qu'il lui a ordonné, ainsi fait-elle.
Il lui a dit : « Tu viendras jusqu'ici et des flots se briseront sur ton propre sein. »
L'océan infranchissable aux hommes et les mondes qui sont au delà de l'océan se dirigent par les mêmes ordres du Maître.
Les saisons du printemps, de l'été, de l'automne, de l'hiver se succèdent pacifiquement l'une à l'autre.
Les vents, en leurs demeures, accomplissent aux temps marqués leur office sans trouble; les sources intarissables, créées pour la jouissance et la santé offrent aux hommes sans s'épuiser leurs mamelles pleines de vie;
les moindres des animaux se réunissent dans la paix cl la concorde.
Le souverain créateur et martre de l'univers a disposé (pie toutes ces choses resteraient dans la paix et la concorde, bienfaisant qu'il est pour toutes ses créatures, mais plus que prodigue envers nous qui recourons à ses miséricordes
(î.xix, ci.xx; 11. Grlsar, S. Saba suW Aoentino, dans Çtoilta cattolica, 1901-1902; Styger, dans Rom. (>uartalschr„ t. xxvm, 1911, p. 49-96; [.I. Lestocquoy, Notes sur /Yy/i.v de Sainl-Saba, dans Rivista di urch. crist., VI, 1929, p. 313- 357.] ' S. Clément, Epist. I ad Corinth., xix, 3-xx, 12.
ROME. LITU RGIE
par Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et la majesté dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Nous avons rassemblé dans un autre travail les moindres indices qu'on peut relever des usages liturgiques à Rome pendant la période antérieure au triomphe de l'Eglise et nous ne transcrirons pas ces textes de nouveau '; cependant, il est indispensable de retenir l'attention sur un piètre romain du me siècle dont l'activité littéraire est apparue depuis un siècle, et depuis quelques années surtout, sous un jour nouveau : S. Hippolyte (voir Dictiorm., t. vi, col. 2409-2433) », érudit tout pénétré de la tradition chrétienne et l'un des témoins les mieux instruits du premier quart du me siècle, pour lequel ses ouvrages jettent la plus vive lumière en ce qui concerne l'Église de Rome et sa liturgie. L'écrit capital en cette matière est celui qui est intitulé : Tradition apostolique (voir Dictionn., t. vi, col. 2411-2418).
On ne connaît ce traité qu'au travers de traductions et de recensions plus ou moins tardives mais qui, attentivement comparées et interrogées, nous restituent un document ecclésiastique de première importance, règlement établi à Rome au début du ine siècle. Il s'agit là d'une ancienne constitution restituée à son véritable auteur, pièce unique dans les trois premiers siècles, pour la plénitude et la précision des renseignements qu'elle nous apporte sur le culte et l'organisation d'une Église chrétienne, laquelle n'est autre que l'Église de Rome 3. Il est maintenant démontré que le livre VIIIe des Constitutions apostoliques, [le Testament de N.-S. J.-C], et les Canons arabes d' Hippolyte dérivent du texte désigné longtemps sous le titre de Constitution de l'Église égyptienne, ainsi nommé parce qu'il fut d'abord connu par des versions coptes, arabe et éthiopienne [avant qu'un palimpseste de Vérone nous en restituât une traduction latine, malheureusement fragmentaire] : ce texte n'est autre que l'œuvre propre d'Hippolyte qu'est la Tradition apostolique, laquelle est, en fait, le plus vieil Ordo romain. Il n'y a pas lieu de répéter ce qu'on en a dit (voir Dictionn., t. vi, col. 2411-2418), et il est bon de se souvenir qu'Hippulyte, chasseur d'hérésies par amour passionné pour l'orthodoxie, nous apporte un témoignage qu'on ne peut contester ni amoindrir, et qui doit être situé aux environs de l'an [215 «].
De ces monuments antérieurs au triomphe de l'Église, il faut se transporter après cet événement capital. Dès lors les documents consignent des traits liturgiques plus développés : formules et usages, qui peuvent nous mettre sur la voie de ce qui a suivi. On voit les particularités rituelles se fixer, se cristalliser, s'affirmer et s'épanouir en cérémonies qui tendent à se compliquer et à s'alourdir. De même les formules se développent et s'éloignent de l'improvisation. Des usages s'implantent et les métropoles leur portent un attachement d'où l'orgueil n'est pas toujours absent, ce qui aboutit dès le IV siècle à ramener à quatre types principaux les liturgies connues, dont le type romain.
Celui-ci est malheureusement démuni de monuments techniques pour l'époque où l'Orient, et prin-
cipalement la Syrie, en est abondamment pourvu. On a quelque peine à s'expliquer cette indigence en Afrique, en Gaule, en Italie et à Rome surtout pendant tout le iv siècle (Voir Dictionn., t. i, col. 592- 619, 620-657, col. 1373-1442; t. vi, col. 473-593; t. xn, col. 391-491). D'après le peu qu'on puisse entrevoir on constate « qu'en Occident la diversité précéda l'unité. 11 est aisé de constater que, depuis le déclin du îv siècle, les Églises latines ne suivaient pas toutes le même rituel. L'histoire de l'évangélisation de l'Occident donne raison au pape Innocent Ier quand il la l'ait procéder tout entière de Home et qu'il fonde sur ce fait le droit primordial de la liturgie romaine à être la seule liturgie latine : Quis enim nesciat aut non advertat id quod a principe apostolorum Pelro Roman.se. ecclesiw truditum est ac ruine usque cusloditur ab omnibus debere seruari, nec superduci aut inlroduci aliquid quod auctoritalem non habeat. aut aliunde accipere videatur exemplum ? Prœsertim cum sit manifestum in omnem Italiam, Galliam, Hispanias, Africain, atque Siciliam insulasque interjacentes nullum instituisse ecclesias, nisi eos quos venerabilis apostolus Pelrus aut ejus successores constituerunl sacerdotes? Aut leganl si in his provinciis alius apostolorum invenitur aut legitur docuisse. Quod si non legunl, quia nusquam inveniunt, oporlet eos hoc sequi quod ecclesia Romana custodit, a qua eos principiurn accepisse non dubium est.
« Cependant, quelque étrange que pût paraître le fait, il est sûr que, du temps du pape Innocent, l'usage liturgique romain n'était pas le seul que l'on observât en Occident et même en Italie. L'évêque à qui est adressée la lettre citée est l'évêque d'Eugubium, localité d'Ombrie, appartenant au diocèse métropolitain du pape. Il avait, comme suffragant direct, des raisons spéciales de se conformer aux usages de Rome : néanmoins il était tenté d'en introduire d'autres. La coutume romaine était attaquée sur son propre terrain.
« La lettre d'Innocent Ier à Decentius est de l'année 416; les particularités liturgiques et disciplinaires qui s'y trouvent opposées aux usages romains sont toutes caractéristiques de l'usage que l'on est convenu d'appeler gallican. Celui-ci existait donc déjà au commencement du v siècle; il avait même assez de vigueur pour entreprendre contre la liturgie romaine et cela jusque dans le diocèse suburbicaire. Cet usage, on peut le constater par de très nombreux documents, était suivi dans les Églises de l'Italie du Nord (diocèse métropolitain de Milan) 5, de la Gaule, de l'Espagne 6. »
II existait par conséquent une rivalité entre deux types occidentaux liturgiques ; le gallican et le romain. Si le mot rivalité semble trop dur, qu'on mette « concurrence » ou « distinction ». Or le gallican, tel que nous pouvons le connaître, correspond au IV siècle et plus précisément au milieu de ce siècle. A cette date, on ne sait où trouver en Gaule une ville dont le rayonnement ecclésiastique soit assez intense pour se faire sentir jusque dans les limites du diocèse suburbicaire. Si on ne peut s'arrêter dans la Gaule transalpine, peut-être est-il permis de se tourner vers la
1 Monumenla Ecclesiœ liturgica, t. i, n. 627-657, 745-784, 803-842, 2262-2316. — ! [On n'accueillera qu'avec circonspection la thèse proposée par P. Nautin, Hippolyte et Josipe, Paris, 1947, qui retire à ■ Hippolyte » (un écrivain oriental, non romain) la paternité d'un certain nombre d'ouvrages, dont notre Tradition apostolique, pour l'attribuer à un hypothétique « .losipos ».] — ' R.-H. ConnoIIy, The so-ealled Egyptian Church order and derived documents, dans Textes and Studies, vm, 4, Cambridge, 1916; [G. Dix, The treatise on the apostolic Tradition of S. Hippolytus oj Rome, Historical introduction, textual materials and transla-
tion, with apparatus criticus and some critical notes, Londres, 1937; Hippolyte de Rome, La Tradition apostolique, texte latin, introduction, traduction et notes de B. Botte, coll. Sources chrétiennes, xi, Paris, 1946]. — ' [G. Dix, éd. cit., p. xxxv-xxxvn.] — 5 Les documents font défaut pour Aquilée, pour les provinces danubiennes et la Dalmatie. Il est probable que, dans la province d'Aquilée et dans les provinces danubiennes, l'usage liturgique ressemblait plutôt à celui de Milan qu'à celui de Rome. — a L. Duchesne, Origines du culte chrétien, 5e éd., 1923, p. 89-91. Duchesne y ajoute « la Bretagne et plus tard l'Irlande », mais pas dès 416.
ROME. LITURGIE
Cisalpine et la ville de Milan dont l'influence s'exerce à une période d'organisation intérieure. Mais cette influence dura peu et ne dépassa pas la durée de la situation politique de la ville qui s'éclipsa vers les premières années du ve siècle. Dès lors Rome retrouva son prestige et « les papes jugèrent apparemment qu'il n'y avait aucun inconvénient à laisser subsister des usages liturgiques un peu différents des leurs, ou, en tout cas, qu'il y avait des questions plus pressantes à résoudre. Ils se bornèrent à défendre leur diocèse métropolitain contre l'invasion du rit gallican et laissèrent les églises des autres provinces s'organiser comme elles l'entendaient ' ».
L'état déplorable qu'offrit l'Église gallicane au point de vue disciplinaire à l'époque mérovingienne rehaussa la pratique romaine dont on ne pouvait contester le prestige aussi bien dans son orthodoxie que dans son culte. C'est ce qui décida certains évêques des Gaules à recourir parfois au siège apostolique qui répondait à leurs demandes rituelles en leur envoyant ses propres livres et recommandant son propre usage.
Pendant la période du vie au ixe siècle le rite romain fit des progrès lents, mais continus, qui l'amenèrent enfin à la prépondérance. II est possible d'en suivre les principaux faits résumés par L. Duchesne 2 :
« En 538, l'évêque de Braga, Profuturus, métropolitain du royaume suève 3 de Galice, écrivit au pape Vigile pour le consulter sur un certain nombre de points de liturgie. Nous avons encore la réponse du pape 4. Il y avait joint divers appendices contenant des règlements disciplinaires et, en fait de textes liturgiques, l'ordre des cérémonies du baptême et de la messe romaine. Pour celle-ci, le pape se bornait à envoyer ce que nous appelons l'ordinaire de la messe, la partie invariable du texte; mais il avertissait l'évêque de Braga que l'on avait coutume d'y joindre à divers endroits des formules analogues à la solennité du jour. De ces formules, qui représentent la partie la plus considérable de ce que l'on appelait le Liber sacramcntoriun ou sacramentaire, Vigile se contenta de donner un spécimen, en choisissant celles de la fête de Pâques. Il suppose que l'évêque de Braga pourra rédiger lui-même son sacramentaire, au cas où il jugerait à propos de se conformer au rit romain. Sur ce point le pape n'exprime ni ordre ni conseil. Néanmoins les documents liturgiques envoyés par lui en Galice y furent accueillis avec le plus grand respect. On le vit clairement un peu plus tard, lorsque le roi des Suèves s'étant converti au catholicisme, les évêques de ce pays jugèrent opportun de donner une assiette définitive aux règles ecclésiastiques. Dans le concile national qu'ils tinrent en 561, les textes liturgiques envoyés de Rome à Profuturus furent imposés comme obligatoires 6. De là dut procéder une liturgie mixte où, sur le fond romain des Ordines de la messe et du baptême, on ne put manquer d'ajouter quelques développements soit indigènes soit empruntés à la liturgie gallicane. Aucun livre de liturgie suève n'étant venu jusqu'à nous, il est impossible de se faire une idée de ces combinaisons qui, du reste, ne furent pas longtemps en vigueur. En 588, le royaume suève ayant été annexé au royaume wisigoth, les Églises de ce pays entrèrent dans l'obédience des conciles nationaux de Tolède, très zélés pour
1 L. Duchesne, ibid., p. 98. — ' Id., ibid., p. 100 sq. — 1 Les Suèves et leur roi étaient encore ariens en ce moment; leur conversion n'eut lieu que vers Tannée 550. — ■ ' Jaffé, Regesta, n. 907. — * Conc. Hracarense, can. 4 : Item l>Iacnil ut eodem online missœ eclebrentur ab omnibus quem Projuturus quondam hujus métropolitaine ecclesiœ episcopus ab ipsa apostolicœ sedis auctoritate suscepit scriptum; can. 5 :
l'unité liturgique. Les usages romains introduits en Galice furent traités comme des dissidences et soigneusement extirpés au profit de la liturgie gallicane.
« A la fin du vie siècle, la mission romaine envoyée en Angleterre introduisit naturellement la liturgie romaine dans les chrétientés qu'elle fondait à nouveau. Mais cette première mission n'eut pas un succès durable. L'évangélisation de l'Anglo-Saxonie fut reprise, bientôt après, par des missionnaires irlandais venus du Nord, dont le principal établissement était à Lindisfarne (voir Dictionn., t. ix, à ce nom). Avec ces nouveaux apôtres, la liturgie usitée en Irlande, c'est-à-dire la liturgie gallicane, pénétra dans les Églises anglo-saxonnes. De là, conflit d'usages entre les missions irlandaises de Lindisfarne et la mission de Kent, peu active, mais toujours romaine de principes, sinon de personnel. La succession épiscopale de Cantorbéry étant venue à s'éteindre, le pape Vitalien envoya en Angleterre (668) un nouvel archevêque, Théodore, moine grec de Tarse en Cilicie. C'est à cet homme, énergique et habile autant que consciencieux, que l'Église anglaise doit sa fondation définitive. Il sut concilier les éléments divers et quelque peu opposés qu'il trouva dans les missions confiées à ses soins. Sous sa main forte et sage, l'unité se fit et l'œuvre d'évangélisation s'en trouva bien. Il n'est pas douteux qu'il n'ait fait des concessions, dans le domaine liturgique, aux usages introduits par les apôtres irlandais. Aussi les plus vieux livres anglo-saxons sont-ils loin de contenir la liturgie romaine sous une forme absolument pure. Ils abondent en détails gallicans. Du reste l'attitude de Théodore, en ce qui regarde la liturgie, s'accordait avec les instructions données par saint Grégoire le Grand à Augustin, son disciple, le premier évêque de Cantorbéry : Cum una sil fides, cur sunt ecclesiarum consuetudines tam diversœ, et altéra consuetudo missarum est in Romana Ecclesia atque altéra in Galliarum ecclesiis tenetur? — Novit fraternitas tua Romanse Ecclesiœ consuctudinem in qua se meminit nutrilam. Sed mihi placet ut sine in Romana, sine in Galliarum, sive in qualibet Ecclesia aliquid invenisli quod plus omnipotenti Deo possit placere, sollicite eligas et in Anglorum Ecclesia, quœ adhuc in fide nova est institutione prœcipua quœ de multis Ecclesiis colligere potuisli, in/undas. Non enim pro locis res, sed pro rébus loca nobis amanda sunt. Ex singulis ergo quibusque Ecclesiis quœ pia, quœ religiosa, quœ recta sunt collige, et hœc quasi in fasciculum collecta apud Anglorum mentes in consuetudinem depone '.
« Mais il y avait en Angleterre, du vivant même de Théodore, des personnes plus zélées pour la pureté des usages romains. Ses conflits avec S. Wilfrid pourraient en fournir la preuve. Cette tendance ultramontaine, comme on dirait à présent, fut transportée sur le continent par S. Boniface (voir Dictionn., t. vi, col. 1194-1206), l'apôtre de la Germanie et le réformateur de l'Église franque. Par lui fut inauguré ce mouvement vers Rome qui, favorisé par de nouvelles relations politiques, entraîna, entre autres conséquences, la suppression de la liturgie gallicane dans les églises du royaume franc.
« Dès avant S. Boniface la liturgie romaine avait fait sentir son influence en Gaule. Pendant le vne siè-
Item plaçait ut nullus eum baptizandi ordinem prœtermittat quem et antea tenait inetropolitana Bracarensis ecclesia, et pro amputanda aliquorum dubietate prardietus Profuturus episcopus scriptum sibi et direction a saie beatissimi apostoli Pétri suscepit. — * S. Grégoire, Registr., 1. XI. ep, lxiv (56«). Sur l'authenticité de cette lettre, cf. Momnisen, S'eues Archiu, t. xvu, p. 390, 395.
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cle, ce pays fut sans cesse traversé par les missionnaires romains qui se rendaient en Angleterre. De leur côté, les Anglais convertis faisaient volontiers le voyage de Rome; ils en rapportaient des reliques, des images, des livres, surtout des livres liturgiques. Il dut en rester ou en être copiés quelques-uns dans les évêchés et monastères où s'arrêtaient les pieux voyageurs. Enfin, les moines de S. Colomban1, qui ont tant fait pour la propagation de la règle bénédictine, auront contribué aussi à répandre les coutumes liturgiques de l'Église romaine.
« Les livres gallicans, peu nombreux, qui nous sont parvenus, remontent à la dernière période du régime mérovingien. Presque tous contiennent des formules d'origine romaine, des messes en l'honneur de saints romains. Dès le temps de Grégoire de Tours, un livre romain d'origine, quoique sans caractère officiel, le martyrologe hiéronymien, fut introduit en Gaule et adapté à l'usage du pays (voir Dictionn., t. x, col. 2530-2563). C'est sous Charles Martel, au plus tard, que fut exécuté le sacramentaire de S. -Denis, que l'on appelle sacramentaire gélasien et qui est, en effet, un livre romain pour le fond. D'autres livres ou fragments de livres, soit romains, soit mixtes, remontent à cette époque, c'est-à-dire à un temps où l'influence de S. Boniface ne s'était pas encore exercée sur l'Église franque, au moins dans les limites de l'ancienne Gaule.
I« Que S. Boniface ait poussé vivement à la réforme liturgique et à l'adoption des usages romains, c'est ce dont il n'est pas permis de douter. Cependant nous connaissons peu le détail de son activité à cet égard. Il ne pouvait manquer d'être vigoureusement soutenu par les papes, dont il était le conseiller autant que le légat. On apporta même en ces choses un zèle, une passion acrimonieuse, qui sont bien loin de l'esprit du document pseudo-grégorien cité tout à l'heure. Un des rites les plus touchants de la messe gallicane, c'est la bénédiction du peuple par l'évêque, au moment de la communion. On tenait tant à ce rite qu'il fut maintenu, même après l'adoption de la liturgie romaine; presque tous les sacramentaires du Moyen Age contiennent des formules de bénédiction; maintenant encore elles sont en usage dans l'église de Lyon. Or, voici comme le pape Zacharie en parlait dans une lettre à Boniface 2 :
Pro benedictionibus autem quas faciunt Galli, ut nosti, frater, multis vitiis variant. Nam non ex apostolica traditione hoc jaciunt, sed per vanam gloriam hoc operantur, sibi ipsis damnationem adhibcnles, dum scriptum est : « Si quis vobis evangetizaverit prœter id quod evangelizatum est, anathema sit ». Regulam catholicœ tradilionis suscepisli, frater amantissime : sic omnibus prœdica omnesque doce, sicut a sancta Romana, cui Deo auctore deservimus, accepisti Ecclesia.
« C'est sous l'épiscopat de S. Chrodegang (732- 766), et plus probablement depuis son retour de Rome en 754, que l'Église de Metz adopta la liturgie romaine (voir Dictionn., t. xi, col. 838-831). Le chant, la Romana cantilena, était, de toutes les innovations liturgiques, la plus apparente et la plus remarquée. C'est celle qui a laissé le plus de trace dans les livres et les correspondances. Le pape Paul envoya, vers l'année 760, au roi Pépin, YAntiphonaire et le Responsorial de Rome. Cette même année 760, l'évêque de Rouen, Remedius, fils de Charles Martel, étant venu en ambassade à Rome, obtint du pape la permission d'emmener avec lui le sous-directeur (secundus) de la Schola cantorum, pour initier ses moines
1 Cf. Malnory, Quid Luxovienses monachi ad regulam monasteriorum atque ad communem Ecclesiœ profeetum contu-
" aux modulations de la psalmodie » romaine (voir Dictionn., t. ix, col. 1637). Ce personnage ayant été, peu après, rappelé par le pape, l'évêque envoya ses moines neustriens terminer leur éducation musicale à Rome même.
« Ce sont là des faits isolés. Il y eut une mesure générale, un décret du roi Pépin, par lequel fut supprimé l'usage gallican. Ce décret est perdu, mais il se trouve mentionné dans Yadmonitio generalis publiée par Charlemagne, en 789 3. On y lit, en effet, c. lxxx : Omni clero. Ut canlum Romanum pteniter discant et ordinabiliter per nocturnale vel gradale officium peragatur, secundum quod beatx mémorise genilor nosler Pippinus rex decertavit ut fieret, quando Gallicanum lulit, ob unanimitatem apostolicie sedis et sanclœ Dei Ecclesiœ pacificam concordiam (voir Dictionn., t. m, col. 807-813). »
IL Formules liturgiques. — Sans nous écarter du rite romain nous y voyons la prière se modeler en formules de types différents. C'est d'abord la forme litanique dans laquelle il y a alternance entre le ministre et les fidèles (voir Dictionn., t. ix, col. 1550- 1553). Le ministre était ordinairement un diacre, mais à Rome le préchantre fut, d'assez bonne heure, substitué au diacre.
Ensuite vient la forme collective, dans laquelle c'est le président de l'assemblée qui suggère la prière à réciter; celle-ci peut être silencieuse et se prolonger quelques instants dans l'attitude consacrée : debout, les bras élevés, à genoux ou prosterné la face contre terre. On n'en rencontre pas d'exemple tout à fait antique; cependant la liturgie romaine nous a conservé dans l'office du vendredi saint un groupe de neuf oraisons qui fait suite à l'évangile et qui consiste dans une admonition de l'officiant, un avertissement du diacre et une prière :
Oremus, dilectissimi nobis, in primis pro Ecclesia sancta Dei, ut eam Deus et Dominus pacificare, adunare et custodire dignetur per universum orbem terrarum. subiciens ei principatus et potestales, detque nobis iranquillam et quietam vitam degenlibus glorificare Deum Palrem omnipotentem. Oremus.
Adnunliat diaconus : Ftectamus genua!
Iterum dicit : Levate !
Omnipotens, sempiterne, Deus, qui gloriam tuam omnibus in Christo gentibus revelasti, custodi opéra misericordise tuée, ut Ecclesia tua toto orbe diffusa stabiti fide in con/essione tui nominis perseveret. Per eumdem Chrislum...
A cette catégorie, on peut rattacher VOrate fratres de la messe quotidienne, simple avertissement suivi d'une formule secrète faite en silence par les fidèles et par l'officiant. Enfin, il existe une forme plus brève encore qui se rencontre dans un appel d'un seul mot : Oremus.
Les formules romaines : Flectamus genua, Levate (corpora vestra), nous ont conservé l'indication de l'attitude imposée.
Vient enfin la prière eucharistique précédée d'un dialogue entre le célébrant et l'auditoire : Dominus vobiscum. — Et cum spiritu tuo. — Sursum corda. — Habemus ad Dominum. — Gratias agamus Domino Deo noslro. — Dignum et juslum est, que suit la Préface, le Sanctus et le Canon actionis.
III. Calendrier. — On peut dire que le calendrier de Rome est à la base du système liturgique de toutes les Églises d'Occident et cette constatation a son prix pour l'établissement du fait de l'unité des liturgies latines. Il faut distinguer le calendrier du mar-
lerint, in-8°, Paris, 1894, p. 20. — ' Jafté, Reg. pont, rom., n. 2291 (en 751). — 4 Hardouin, Concilia, t. iv, col. 843.
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tyrologe, car si parfois les deux se sont fondus ensemble, il n'en reste pas moins vrai qu'originairement, le calendrier est consacré à la commémoraison des fêtes et le martyrologe aux anniversaires des martyrs. On voudrait pouvoir fixer la plus ancienne forme et distinguer les accroissements successifs du calendrier, malheureusement les sources ne le permettent pas. Pour éviter toute confusion entre elles, il serait utile de distinguer le martyrologe du calendrier, qui est essentiellement local et de réserver le nom de martyrologe pour les compilations dont le martyrologe hiérohymien est un représentant bien connu. A l'origine, les chrétiens n'eurent pas de calendrier, ou du moins n'en eurent pas d'autre que le calendrier civil en usage dans les pays qu'ils habitaient. Les seules fêtes ou dates observées sont celles de Pâques et de la Pentecôte, empruntées elles-mêmes au calendrier juif et qui deviendront les gonds de l'année liturgique chrétienne. Ces deux fêtes étaient comme des pierres d'attente qui appelaient en quelque façon un édifice. Ce fut l'objet d'une lente évolution, les fêtes des saints ou les événements bibliques s'ajoutant à ceux qui commémoraient Pâques et la Pentecôte.
Pour reconstituer le calendrier, romain dans sa période primitive, au vne siècle et en deçà, on a eu recours à divers documents : 1° la liste des martyrs; 2° celle des liluli; 3° celle des staliones; 4° celle des églises de collectes; on aurait pu y ajouter la liste des diaconies et consulter aussi le Liber ponliftcalis et les sacramentaires romains.
Ces listes ont une grande importance car il existe un lien incontestable entre le calendrier liturgique, les églises ou stations et les cimetières, et on doit toujours se souvenir que la liturgie romaine dans sa première période est une liturgie essentiellement locale, on pourrait dire topographique. C'est la liturgie de la ville de Rome, de ses églises et de ses cimetières. Du reste, il faut bien remarquer que ce fut aussi à l'origine le caractère de toutes les liturgies; dans toutes, les fêtes et les anniversaires se rattachent aux saints ou martyrs locaux, à leurs tombeaux, aux églises ou chapelles élevées sur place. La topographie a donc joué un rôle de premier ordre dans la genèse du calendrier et dans son évolution.
Les fêtes selon le cours de l'année (voir Dictionn., 1. v, col. 1403-1452) commencent dans les sacramentaires romains avec la fête de Noël. Chaque fête ou chaque anniversaire prend place à son jour fixe et on peut ainsi signaler la date de leur apparition au calendrier. On a ainsi toute l'histoire de l'année chrétienne romaine dans sa première période '.