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IV. Ll'I'ERCALES ET Cil ANDELKU R. - l'île triple

condition à remplir pour opérer la substitution d'une pratique à une autre est la continuité de temps, la similitude de rites, la coïncidence de date.

Or, entre la disparition des lupercales et l'institution de la procession de la Chandeleur à Rome par le pape Serge I". il y a solution de continuité.

Les lois portées par l'empereur Théodose pour précipiter la disparition du paganisme ne l'entraînèrent pas aussitôt; un siècle plus tard, le pape Gélase (492-496) (■(imposait un traité intitulé AdoerSUS Andromacluun senatorem où l'on voit ce sénateur protester contre ['interdiction des lupercales. interdiction que celui-ci estimait ne pouvoir qu'être funeste à Rome. Jusqu'a-

— ' Ps. Cyrille de Jérusalem, Oratio in occurswn Domini,

P. G., t. xxxm, col. 1201. — " Théophane. Clvonographia, ann. Chr. 534, édit. de Bonn, p. 3l.">. — ' L. Duchesne. Origines (lu culte chrétien, 1898, p. 261. Cf. K. de Moi eau. L'Orient et Home dans la lèle du I février, dans Nouvelle revue théologique, t. i.\u, 1933, p. 5-20.

PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE

lors les empereurs avaient toléré et c'est le pape Gélase qui avait prononcé leur suppression : Quia auditos esse non constat, dum haec mata hodieque perdurant... Et ideo nunc ea removenda suadeo. Tout ce que pouvait prescrire le pape c'était l'interdiction aux fidèles de participer à la cérémonie : Pustremo quod ad me perlinet, nullus baptizatus, nullus chrislianus hoc celebret, et soli hoc pagani quorum ritus est exsequentur '. \insi l'interdiction prononcée par Gélase n'entraîne pas l'abolition et on peut croire que le pontificat si court de Gélase ne vit pas disparaître les lupercales, quoique après VAdversus Andromachum il n'en soit plus question.

Entre les lupercales et la Chandeleur il n'y a pas similitude de rite. Celui du 15 février consistait dans le sacrifice d'un bouc et d'un chien dans une grotte, suivi d'une course des initiés nus une lanière à la main autour du Palatin, cherchant à frapper dans le dos les femmes qui prenaient la fuite à leur vue 2. Il n'y a là rien qui rappelle le rite de la procession de la Chandeleur, ni son itinéraire qui ne se déroulait pas autour du Palatin et la via sacra dans la longueur du Forum 3. La procession du 2 février partait de Saint-Hadrien, passait devant l'arc de Nerva, traversait le forum Traiani (en réalité le forum transitorium), sortait ad arcum Aureae, montait par Saint-Pierre-ès-Liens, passait pet silicem juxta Domum Orphei, arrivait à Sainte-Praxède et, de là, à Sainte-Marie-Majeure 4.

Les lupercales qu'interdisait le pape Gélase n'étaient plus la cérémonie rituelle païenne, mais plutôt un divertissement. Lui-même en fait la remarque quand il dit à Andromachus : Dicite, lupercaliorum patroni,... et cantilenarum turpium defensores, somme toute quelque chose d'analogue à l'exhibition de notre carnaval, et c'étaient les païens eux-mêmes qui avaient dénaturé la fête : Vos ergo primi in lupercalia commisistis. Nonobstant cette déchéance, il se trouvait des païens pour continuer à y voir un rite de préservation contre la peste et contre la stérilité des champs; quant à l'eJicacité.le pape rappelait qu'en 472 l'empereur Anthemius vint à Rome pendant les lupercales ce qui n'empêcha pas la peste de sévir avec une si grande violence ut toleranda Dix fuerit. Ainsi, le rite païen (inopérant) contre les épidémies est sans rapport avec le rite de la Chandeleur qui ne visait à rien de semblable.

Les cierges bénits devaient, à ce titre, être considérés comme ayant une vertu, mais Bède qui parle de ces cierges, en 727, ne dit pas qu'ils fussent bénits; Amalaire non plus au ixe siècle, ni ces contemporains, les liturgistes carolingiens, et la plus ancienne bénédiction des cierges ne se lit qu'au xne siècle, dans un Ordo romanus.

Enfin, la coïncidence de date fait défaut : on fêtait les Lupercales le 15 lévrier, on célèbre la Purification le 2 de ce mois, et ceci serait décisif à défaut d'autres preuves. Lorsque le pape Serge Ier gratifia d'une procession chacune des quatre fêtes de la sainte Vierge, ce rite fut conservé pour le 15 août, à Rome, jusqu'au xiie siècle; pour les 25 mars et 8 septembre jusqu'à la fin de ce siècle; seule, la procession du 2 février fut conservée ainsi qu'en témoignent les Ordines romani

' P. L., t. lix, col. 110-116. 'J, Marquardt, Le culte chez les Romains, 1890, t. Il, p. 179-181. — $ S. Augustin, De civit. Dei, 1. XVIII, n. xn. — ' Ordo romanus XI, 29; P. L., t. lxxviii, col. 1037. Cf. R. Lanciani, Forma urbis Homee, pi. xxn, xxm. — ' J. Toutain, Les lupercales romaines et la fête chrétienne de la Purification de la Vierge uu de la Chandeleur (le 2 février), dans Revue de l'histoire des reliyions, t. lxxix, 1919, p. 1-13. L'auteur croit que les lupercales ont dû survivre à l'interdiction portée contre elles par le pape Gélase. A ce prix la solution de continuité qu'on a fait valoir plus haut entre l'abolition des lupercales

XI et XII, de Mabillon, livrets qui ont pour auteurs le chanoine Benoît (1140-11431 et Cencius Camerarius (1192-1198).

Les réserves qui viennent d'être exposées ont été contestées sans réussir à persuader 6 et nous tenons pour acquis que la fête de purification de la Vierge n'est pas d'origine romaine *.

1° Les quatre fêtes de la Vierge sont, à Rome, des fêtes d'importation byzantine, introduites à Rome entre le pontifient de saint Grégoire, qui ne les connaît pas et celui du pape Serge Ier, qui a donné à ces quatre fêtes une procession ou letania. — 2° La fête du 2 février était une création liturgique de l'Église de Jérusalem, où elle est attestée par la Peregrinatio d'Éthéria, à la fin du ive siècle, dont le témoignage est hors de toute contestation. Ce jour-là, nous dit-elle, l'usage veut que le sermon prenne pour thème la présentation du Sauveur et les paroles de Siméon. La rencontre de l'enfant et du vieillard a valu à la fête son nom d'Hypapanti. A la fin du IVe siècle, Éthéria ne dit rien du luminaire caractéristique devenu en usage au Ve siècle. Or, on lit dans la vie de saint Théodose par Cyrille de Scythopolis ' que Longin, spoudaios de l'Anastasis, envoie le jeune Théodose, fraîchement débarqué à Jérusalem, à la fondation d'Hikelia, au Kalhisma, ou église du « Repos de la Vierge », entre Jérusalem et Bethléem 8. Et à ce propos l'hagiographe nous apprend que la pieuse diaconesse Hikelia a été la première à introduire l'usage des cierges à la fête de l'Hypapanti, et cela vers 450. Voici le texte . A">tt) Se tote r) fxaxapîa 'IxsXta Tcàaav eùae6etaç 68ôv s^.aaxrjoaaa xocxéSeiÇev èv upcoTOiç y.zzà X7]pîwv YÎV£a6ai T7]v Ù7raTrâvTY]ai,v toù aco-rrjpoç r)[xwv Oeoû.

On ne peut que conclure de là que la fête de l'Hypapanti, avec sa signification de commémoration de la présentation du Sauveur au Temple et conjointement de la purification de Marie, avec son rite caractéristique de la Chandeleur, est née bien loin de Rome et — par ses origines et par sa signification native — est en dehors de la perspective des lupercales.

Comment cette création de l'Église de Jérusalem fut transportée et adoptée à Constantinople et, plus tard, dans l'Église de Rome, c'est ce qui a été indiqué déjà lorsqu'on a fait voir que la fête de l'Hypapanti ne pouvait être une fête locale païenne de Rome évoluée en fête chrétienne.

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