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V. AMBURBALE ET CHANDELEUR. - « Dom de

Bruyne a publié, d'après le ms. 18 29 fi de la Bibliothèthèque nationale, xe siècle, provenant de Corbie, un sermon anonyme et inédit sur les Rogations 9. Ce sermon a dû être composé en France, assurait l'éditeur, plutôt qu'en Italie ou en Espagne, et c'est à peu près tout ce que l'on peut dire de son origine. Le principal intérêt du sermon est dans quelques lignes qu'il consacre à l'origine des processions de la Chandeleur et des Rogations. Les voici :

Hic et ipsa /esta rogationum pro fertililate agrorum roganda ab antiquis inventa sunt. Duo enim apud illos mqxima habebantur sollemnia, quae ipsi vocabant amburbale et arvambale.

Amburbale dicebant ab ambitu urbis. Circuibunl enim civitates suas lustrantes eus sacris quibusdam suis,

et l'institution de la Chandeleur serait « bouchée ». Mais, ainsi qu'on a eu raison de le faire remarquer, aucun texte décisif n'étant allégué, on reste libre de supposer que Gélase a réellement donné le coup de grâce aux lupercales dès la fin du v« siècle. — 6 Nous rappelons la brève réponse de F. BatilToI, L'origine de la fête de la Chandeleur, dans ibid., p. 395-396. — ' H. Usener, Der heilige Theodosios, in-8°, Leipzig, 1890, p. 106. — " H. Vincent et F.-M. Abel, Bethléem, in-4°, Paris, 1914, p. 3, note. — 9 D. De Bruyne, L'origine des processions de la Chandeleur et des Rogations à propos d'un sermon inédit, dans Revue bénédictine, t. xxxiv, 1922, p. 14-26.

PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE

sicut mos erat genlilitatis, et hoc pro pace petenda jaciebant in qainto anno. Quam sollempnitatem singulis annis transtulimus in honorent beatue Mariae quarto nonus februari.

Arvambate l vero celebrabant omni anno ab ambilu aruorum pro fertililate eorum, ut dictum est. Quam sollempnitatem islis rogationibus imitamur nostros circtuneuntes agros, non tam pro fertililate eorum quam pro céleris necessitatibus animae et corporis. Et digne hoc fieri constitution est a sanctis palribus, ut qui pascalibus gaudiis libère et ultra modum deliciis indulsimus, saltem his tribus diebus carnem macérantes je junio, orationi atque eleemosinis sludiosius insislamus.

Le texte qu'on vient de lire, et dont on ignore l'auteur, l'origine et la date, avance sur l'origine des Rogations une opinion formellement contredite par Grégoire de Tours dont l'autorité l'emporte de loin sur celle d'un anonyme, ce qui devrait déjà mettre en garde contre ce que celui-ci écrit au sujet de la Chandeleur.

« Dom de Bruyne, qui rejette l'opinion qui en fait une transformation des lupercales, adopte la suggestion que lui fournit son texte inédit : « La Chandeleur, « écrit-il, est une procession indépendante de la Puri- « fication et plus ancienne; une tradition de grande « autorité la rattache à une cérémonie païenne peu « connue, Vamburbale; le témoin le plus ancien de « cette tradition est notre sermon de Corbie. »

La « tradition de grande autorité » est un sermon anonyme, d'origine et de date inconnues, qui, on vient de le dire, avance au sujet des Rogations ce qui est formellement contredit par Grégoire de Tours et par Sidoine Apollinaire. Étrange preuve d'autorité, qu'il tient à la circonstance d'être inédit. Car ce n'est pas à dire que l'assertion contenue dans le sermon de Corbie est ratifiée par Bède dans son De temporum ratione, c. xn, en 725; bède, on l'a dit, fait de la Chandeleur la suite des lupercales et croit que la fête chrétienne est célébrée dans la pensée du royaume céleste, non utique in lustrationem terrestris impvrii quinquennem. Rède a connu la lustratio quinquennis, mais ne consent pas à y voir, ainsi que l'anonyme de Corbie, le prototype de la Chandeleur.

Rhaban Maur copie Bède de même qu'Amalaire et pseudo-Alcuin qui copie Amalaire, tout cela n'apporte pas une preuve nouvelle. L'idée (pie la Chandeleur serait dérivée de Vamburbale, qui est l'idée de l'anonyme de Corbie, se retrouve dans une homélie attribuée à saint Éloi et dans une homélie attribuée à saint Ildefonse, il faudrait avant d'en faire usage pouvoir déterminer leur origine, mais de toutes façons l'homélie attribuée à saint Éloi ne dépend pas de l'anonyme de Corbie. Ce dernier pense que les païens faisaient la lustration de leurs cités et que celle lustration portait le nom (Vamburbale et se célébrait tous les cinq ans en vue d'obtenir la paix, pro pace petenda, et que cet amburbale a donné naissance à la Chandeleur. C'est là pure conjecture et conjecture cpii ne soutient pas l'examen.

\,'amburbale se faisait, dit-on, tous les cinq ans 2; la Chandeleur se célèbre chaque année. On ignore à quelle date se faisait Vamburbale et les critiques qui le lixent au 2 février le font en vertu d'une pétition de principe supposant que la Chandeleur est la suite de Vamburbale.

On peut conclure avec 1'. Batiffol : ■ Quand il y a

1 Le mot aroambale est une cacographie pour ambarimle, qui seul est latin. 2 l'auh -Wissowa, Real-Encyclopâdie, au mot Amburbium. • * P. Batiffol, Critique d'un travail sur les origines de Ut Chandeleur, dans liull. de lu Soc. nul. des antiq. de France, l'.VSJ., |). 240-245. » Ordo romanus XII, 12; Sciendum Ituucu quod Dominus

prolongement d'une fête païenne dans une fête chrétienne, ce que le christianisme garde et doit garder, c'est la date. — En somme, l'anonyme de Corbie nous apporte une conjecture qui ne vaut pas mieux que celle de Bède 3. »

VI. Le rite de la fête. — L'Ordo romanus XI fait voir le pape arrivant de Sainte-Martine à Saint- Hadrien ubi est crux stalionalis, escorté des cardinaux, des évêques et de la Curie entière. De Saint-Hadrien on se rend à Sainte-Marie-Majeure, le cortège précédé par la croix stationale, au chant de l'antienne Adorna lhalamum. Le pape et sa suite psalmodient et marchent sans chaussures *. A l'arrivée à Sainte-Marie-Majeure, on répète l'antienne, le sous-diacre porte la croix à l'autel, et le pape chante la messe 5.

Préalablement à la procession, on a procédé à la bénédiction des cierges. Le chanoine Benoît et Cencius Camérarius placent cettebénédiction, à Sainte-Martine, par le dernier des cardinaux-prêtres et la distribution au peuple est faite par le pape en personne : manu propria populo cereos porrigit. La distribution des cierges aux cardinaux et au clergé se fait à Saint- Hadrien, église contiguë à Sainte-Martine. En arrivant à Sainte-Marie-Majeure, le pape prend la chasuble blanche et la mitre précieuse.

L'Orrfo romanus, dit de Saint-Amand '.nous permet de retrouver cette fête au vme siècle. Le 2 février, à l'aurore, le clergé et le peuple viennent de toutes les églises à Saint-Hadrien : Procedunt omnes de universas ecclesias sipe de litulis cum letania vel anliphonas psallendo, et cerea accensa portantes omnes in manibus, per lurmas suas. Le pape se trouve dans le sacrarium de Saint-Hadrien, où il se revêt de vêtements noirs et les diacres de planètes noires. Tous (les clercs) pénètrent dans le sacrarium et reçoivent du pontife chacun un cierge. La bénédiction une fois terminée, on chante l'antienne Exsurgc Domine, le pape quitte le sacrarium et se rend à l'autel de la basilique de Saint-Hadrien, où il prononce l'oraison. La procession sort alors de Saint-Hadrien précédée par sept croix portées par sept staurofores, accompagnés par le peuple, Ensuite viennent les prêtres, les sous-diacres, et, avec les diacres, le pape précédé par deux cierges allumés et deux croix. Derrière le pape, la sehola cantorum et on s'achemine ainsi vers Sainte-Marie-Majeure. Ainsi au vme siècle tout le peuple porte un cierge à la main et la bénédiction des cierges a été instituée entre le vin1' et le xn0 siècle. Après ce qui a été dit de l'emploi des cierges dans la liturgie (voir Dictionn., t. m, col. 1613- 1622), on bornera à rappeler ici ce qui offre un rapport plus particulier avec la fête dont nous parlons.

A Rome, les cierges étaient un signe de dignité, au débul du V* siècle, dans l'étiquette impériale, ainsi que nous le voyons par la Notifia dignitatum illustrée où le portrait de l'empereur est posé sur une table drapée et flanqué de deux cierges allumés. Cette pratique alors très ancienne, se continua sous les empereurs chrétiens, lui 330, la Chronique d'Alexandrie nous apprend que Constantin se lit élever une statue dorée tenant l'image de la T'j/r, de Constant inople et ordonna que le jour anniversaire de la fondation de cette ville, 1 1 mai. cette statue serait promenée en procession par des soldats tenant tous à la main des cierges blancs '.

Dans la liturgie romaine, au vue siècle, on voit le diacre lisant l'Evangile (pie flanquent deux acolytes portant des cierges allumes et l'Ordo romanasdt Saint-

/><(/)(! in omnibus processionibus in quibus pedes oadil, pedibus discalceatis ineedil, una tantum excepta in Bxaltatione su nette Crucis. - ' Ordo romanus XI. 2'.'; P. L., l. lxxviit, col. 1036-1037. ' L. Duchesne, Origines du culte chrétien, 1898, p. 162-463. : Chrontcon pasehak, «an. Chr. 330, édtt. Bonn, i>..">'2>>.

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