‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 54 sur 477 · PRÉSENTATION DE JÉSUS — PRÉSENTATION DE MARIE · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DE JÉSUS — PRÉSENTATION DE MARIE

Amand * prescrit d'accompagner le pape qui se rend du secretarium à l'autel pour célébrer la messe, par deux cierges allumés qu'on fixera dans deux chandeliers. Bientôt cela ne suffît plus et le pape est précédé par sept cierges allumés qui, pendant la messe, seront placés derrière l'autel et se retrouvent de nos jours encore dans les sept cierges en usage pour la messe pontificale 2. Dans la liturgie du vme siècle, ces cierges sont toujours portés ou posés devant le pape dont ils honorent la dignité 3. Ceci autorise à croire que les cierges portés par les fidèles à la procession du 2 lévrier rendent hommage non au pape mais à la Vierge portant l'Enfant-Jésus, invisible mais à laquelle tous pensent dans cette procession. Cette interprétation est d'autant plus vraisemblable que d'après VOrdo romanus de Saint-Arnaud, le pape est vêtu de noir J. Cette couleur s'explique par le fait que Marie se rendit au Temple pour sa purification légale et que pendant ce trajet elle est impure (légalement) jusqu'à ce qu'elle ait offert son fils. Le vêtement noir du pape et des diacres symbolise cette impureté. De même que les vêtements blancs que le pontife revêtira pour la messe à Sainte-Marie-Majeure seront un signe que la purification de Marie est accomplie 6.

H. Leclercq.

PRÉSENTATION DE MARIE (FÊTE DE LA). — L'Église grecque célèbre le 21 novembre la fête de l'EïaoSoç de la vierge Marie au Temple, c'est-à-dire de la Présentation. On a pensé que cette fête remontait au ixe et, peut-être, à la fin du vnie siècle, et qu'elle était d'origine palestinienne. Le témoignage le plus ancien qu'on croyait en avoir se trouvant dans l'offîce du jour et appartenant à Sergius l'Hagiopolite, un mélode hiérosolymitain. Lorsque la fête fut introduite dans l'Église de Constantinople, vers 870, ce fut Georges de Nicomédie qui la popularisa par ses panégyriques et qui composa la plus grande partie de l'offîce. La date ainsi assignée est trop tardive. On n'est pas réduit à descendre jusqu'à Georges de Nicomédie puisqu'un nom plus ancien se lit comme celui de l'auteur de deux ou trois homélies inédites consacrées à cette fête, et ce nom, qui est le plus ancien de tous, n'est autre que celui d'André de Crète (voir Dictionn., t. i, à ce nom). Dans le ms. 76 du monastère d'Esphigmenou, à l'Athos, on lit une homélie portant ce titre : Elç Ta sIooSlcx xai, Sià tyjv yévvY)aiv tîjç ©eotôxou ". Dans le manuscrit 300 de Saint-Panteleïmon, à l'Athos, autre homélie du même auteur sur le même mystère : Elç tv)v ©eotôxov, ûte 7Tpoo7)vé)(6r] etç xov vaôv TpiETiÇouaa '. Dans le ms. laud. SI de la Bodléïenne, autre homélie du même qui ne paraît pas différente de la précédente": même ms., homélie du même auteur et différente de celle-ci9; autre dans ce même ms.10, et enfin dans le ms. 00 de la bibliothèque du Saint-Sépulcre à Jérusalem un fragment d'une homélie sur le même mystère u.

Il ressort de ces indications que saint André de Crète a laissé deux ou trois homélies sur la Présentation de Marie au Temple; d'où on doit conclure que, de son temps, la fête existait dans la liturgie. La conclusion

1 L. Duchesne, op. cil., p. 440-442. — 2 E. Bishop, 0/ six candies on the altar, an inquiry, dans The Downside review, 1906, p. 188-203. — » Voir VOrdo d'Einsiedeln, l'Ordo romanus l, n. 8, de Mabillon. — * L'officiant porte aujourd'hui la chappe violette. — 5 P. Batiffol, La fête de la Chandeleur et les lupercales, dans Bull, (le la Soc. des antiq. de France, 1916, p. 133-150; reproduit et retouché dans Études de liturgie et d'archéologie chrétiennes, in-12, Paris, 1919, p. 193- 215. — * Spir. Lambros, Catalogue of the greek manuscripts on mount Athos, Cambridge, 1895-1900, n. 2089. — ' Id., ibid., n. 5207. — 8 Calai, codd. grœc. bibl. bodl., cod. Laud. 81, fol. 55. — » Op. cit., cod. Laud. 81, fol. 132. — ll>Op. cil., cod. Laud. 81,io\. 49. — " Papadopoulos-Kerameus.'Iepo- Où/jfJUTr/.r, fJcoÀtollTi'/.r,, t. II, p. 107. — l'P. G., t. XCVIII,

est rigoureuse puisque les Évangiles ne mentionnent pas la présentation de Marie, il n'est donc pas question d'un commentaire de l'Écriture sainte. Comme saint André de Crète, originaire de Damas, a passé sa vie principalement à Jérusalem, à Constantinople et dans l'île de Crète, la question se pose de savoir le lieu et la date de ces homélies. Comme elles sont inédites, la réponse est difficile, mais ce qu'on sait de la vie de saint André permet de. leur assigner Constantinople ou l'île de Crète. Nous savons en effet, par un encomion de Nicétas, que saint André, venu à Jérusalem à l'âge de 14 ans, en partit dans sa jeunesse pour porter à l'empereur Constantin Pogonat les actes d'un synode diocésain, tenu à Jérusalem à l'occasion du monothélisme. A son arrivée à Byzance, l'empereur était mort et Justinien II l'avait remplacé (685 ou, plus tard, 686). André s'acquitta de sa mission et entra dans un couvent de la capitale. Il ne revint jamais à Jérusalem, ainsi ses homélies furent prêchées soit à Constantinople où il devint diacre puis orphanotrophe de la Grande- Église, ou bien à Gortyne en Crète dont il devint archevêque et mourut à Erissos, près de Mitylène en 725 ou 740, cette dernière date paraissant préférable.

Les deux ou trois homélies se placent donc à Constantinople ou à Gortyne entre 685 et 740; il faut donc conclure que, dès la fin du vne siècle, la fête de la Présentation de Marie au Temple existait à Jérusalem ou à Constantinople ou dans l'île de Crète, et, au plus tard dès le début du vme siècle.

Il servirait peu de mettre en doute l'authenticité de ces homélies puisqu'on dehors d'elles nous possédons celle d'un contemporain d'André, saint Germain Ier de Constantinople (715-730)", prêchée à l'occasion de la fête comme on le voit par le début : 'ISoù xal 7râXiv ÉTÉpa TravY)Y'jpiç xal çatSpà èop-TY) tîjç fji7)Tpôç toû Kupfou13, et parla conclusion 8ôç toïç ttjv cty)v éopTTjv teXoGctiv u. Il est vrai qu'on peut hésiter entre saint Germain I" (715-730) et Germain II (1222-1210). mais il semble qu'il faille se prononcer en faveur de saint Germain Ier pour deux raisons principales : 1° à cause de la tradition manuscrite unanimement favorable à ce patriarche 15; 2° à cause de certaines expressions de l'homélie elle-même qui ne peuvent bien se comprendre dans la bouche de Germain IL II faut conclure d'après cela que l'homélie en question est réellement de saint Germain et que la fête de la Présentation de la sainte Vierge était célébrée à Constantinople sous son patriarcat, durant les premières années du vme siècle.

A ces indices on ajoutera que la Présentation de Marie au Temple était fêtée à Constantinople sous le patriarche saint Taraise (784-806), bien avant Georges de Nicomédie. Nous en possédons un témoignage authentique dans l'homélie de ce patriarche prononcée le jour de cette fête 16 : OatSpà xal roxpâ8o5;oç yj tvxpoûaa 7ravr)Yuptç- Par suite, ce n'était au ixe siècle, pas même à la fin du vme que nous trouvons la fête signalée pour la première fois, mais à la fin du vne, tant à Constantinople qu'à Jérusalem, son pays d'origine. Enfin, on signale une homélie encore inédite de saint Jean Chrysostome " qui, si elle était authentique,

col. 309-320. — »ibid., t. cxvm, col. 309. — "Ibid., t. xcvnr,

col. 317. — " Une vingtaine de manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de Paris attribuent cette homélie à saint Germain : Catalogus codicum hagiographicorum bibliothecst nationalis Farisiensir. in-8c; Parisus 18i)fc p. ïi9. — 16 P. G., t. xcvm, col. 1481-1500. — >' Bibl. nat., ms. gr. 1190, fol. 77-81 : Toû èv àyioiz Ttarpo; y'^ùv Twctvvou, ap)£ie?rtoTi(5irou I\"rjv<7TavT[vo7t6),s()>ç tovj .\p-j'70'7iô[xo'j Xoyoç ctç rà EiToÊia rfjç \JiZEpay(ac 0eot6xou. Calai, codd. hagiogr. grœeor. Bibl. nat. Paris., p. 91. Epiphane, moine du couvent de Callistrate à Constantinople, signale au début du ixe siècle, dans la vie de la sainte Vierge, la Présentation de Marie au Temple, à l'âge de 3 ans. De vita B. \irginis, P. G., t. cxx, col. 192.

Page 1