NON MAIA
X. Fouilles de 1935-t936. — A l'automne de 1935, une crevasse obstrua le passage de la spelunca magna et imposa de grands travaux de restauration dans les galeries à droite de celle-ci 2. Les trouvailles ont peu d'importance : quelques fragments de sarcophages montrant Jonas et un banquet; un sarcophage entier avec l'Amour et Psyché. Une inscription est intéressante : 0 m. 56 x 0 m. 43; hauteur des lettres 0 m. 032 (fig. 10516) 3 :
FBCRESCEN
LOCVM QV ADR isomum in cymi-
TERO PRAETESTAT/
NV MARTORE PARI
CLVSVOS TE V PRIMVQV
IOVIN
XL La fresque du couronnement d'épines. — Lors des fouilles dirigées en 1850 par le P. Marchi on déblaya un cubicule orné de très anciennes peintures qu'on estima du ne siècle de notre ère et qui présentaient un intérêt d'autant plus vif qu'elles interprétaient divers épisodes des récits évangéliqu'îs, parmi lesquels le couronnement d'épines, au jugement de Marchi. Alors à ses débuts dans la carrière, J.-B. De Rossi accepta cette interprétation, mais il n'eut jamais l'occasion de se prononcer explicitement et d'ailleurs les circonstances avaient rendu cette crypte inabordable; il se borna à mentionner la fresque une seule fois 4. L'occasion s'offrait si belle au P. Garrucci qu'il la saisit et déclara tout net qu'il s'agissait du baptême du Christ, ce qu'approuva Th. Roller, mais, en 1903, J. Wilpert revint à l'explication de bon sens et donna une reproduction en couleurs que nous avons donnée (Dictionn., t. v, pi. hors texte). La crypte, entre temps, était redevenue accessible et on la désigna dès lors sous le nom de >< crypte de la passion » ou « du couronnement d'épines ». Une intervention de O. Marucchi (voir Dictionn., t. x, à ce nom) ramena la faveur à la thèse périmée de Garrucci et il fut de nouveau question du baptême du Christ 5 avec cette retouche que les divers autres épisodes représentés étant tirés de l'évangile de saint Jean (résurrection de Lazare et entretien avec la Samaritaine), celui-ci devait s'inspirer du même évangéliste qui ne dit rien du couronnement d'épines et parle du témoignage de Jean rendu sur les bords du Jourdain. On doit ajouter que l'épisode de la guérison de l'hémorroïsse, qui appartient à ce groupe de peintures, n'est rapportée que par les synoptiques (voirDî'e-
1 Fr. Fornari, Riparazione e cliiusiira di ana frassa nel cimitero di Pretestato in Roma, dans Riuista di arch. crist., 1932, p. 7-15. — 2 E. Josi, Cimitero di Pretestato. Scauo 1935-1936, Recupero di frammenti di sarcofagi edi iscrizioni, dans ibid., 1936, p. 207-219. — • Id., ibid., p. 215, fig. 7. — 4 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1872, p. 64. — 5 Nuovo bull. di arch. crist., 1908, p. 130-142, 236-237; 1909, p. 157- 185, pi. vii-ix. — ' Ibid., 1908, p. 236. Gf, Bacci, Qsserva-
tionn.A. vi, col. 2200, fig. 5641). On ne peut omettre de dire que sur la planche en couleurs donnée par J. "Wilpert, dans Le pitture délie catacombe romane, pi. xvm (et Dictionn., t. v, pi. h. t.), le fragment sur lequel on voit un oiseau perché sur une branche se trouve exactement contre le fragment principal tandis que dans la photographie prise et publiée par Marucchi dans le Nuovo bull. di arch. crist., 1909, pi. ix, ces deux fragments sont séparés par plus de 0 m. 01, ce qui porterait à croire à certaines manipulations 6. S'il est difficile d'expliquer la présence d'un oiseau perché assistant au couronnement d'épines, il n'est pas moins
FlffVESQ iOCVM'QVAD
TCAQfRMnSTA ■ NVMARTQMPAB) UMVQ]
SagÉf lW
10516. Inscription du cimiterium Prœtestali. D'après op. cit., 1936, p. 215, fig. 7.
difficile d'expliquer comment et pourquoi saint Jean- Baptiste voulant rendre témoignage à Jésus lui a fait prendre une couronne (non d'épines mais) de feuillage et lui caresse l'occiput avec un roseau tandis qu'un homme à côté de lui brandit son bâton. N'est-ce pas là tout simplement le percutiebant capul ejus arundine; quant à l'oiseau perché sur une branche n'est-ce pas certain coq dont le chant devait percer de douleur l'apôtre Pierre?
XII. La crypte de saint Janvier 7. — Dès 1853, J.-B. De Rossi, dans un mémoire lu à l'Académie pontificale d'archéologie, affirma, en comparant la position de la catacombe nouvellement découverte avec celle des autres cimetières de la voie Appienne et avec les données topographiques des anciens Ilineraria, que les deux étages souterrains qui venaient d'être découverts et dont on vient de lire une brève description devaient faire partie du cimetière de Prétextât. Son affirmation n'était déjà plus une conjecture et, quatre ans plus tard, de nouvelles découvertes confirmèrent la vérité de ses affirmations. En 1857, les maçons qui travaillaient à réparer les ruines du cimetière de Calliste, vinrent chercher des matériaux de l'autre côté de la voie Appienne, dans les souterrains contigus à la vigne dei pupazzi, voisins de l'église Saint-Urbain alla Cafjarella e. Leur travail les conduisant assez avant dans ces souterrains, ils pénétrèrent, à travers les décombres, dans une large et belle crypte située au même niveau que celle du couronnement d'épines.
zioni dalV affresco délie coronazione di spine in Pretestato, dans Rômische Quartalschrift, 1908, p. 30-41; A. de Waal, In der Pràlexlat-Kalakombe wenn nicht Taufe Chrisli nicht Dornenkronung, aias demi? dans ibid., 1911, p. 3-18; A. Baumstark, Die Fresken in der sog. Passionskrgpte im Coem. Pràtextat, dans ibid., 1911, p. 112-121. — 'Cf. P. Allard, Rome souterraine, in-8°, Paris, 1874, p. 117-122. — "Profili, dans Giornale di Roma, 4 maggio, 1858.
PRÉTEXTÂT (CATACOMHIi DE]
Prévenu aussitôt. De Hossi accourut, se glissa, en rampant, par l'ouverture à peine déblayée, et entra clans la crypte. A sa grande surprise il n'y vit pas A'arcosoliiun. Cependant on était en présence d'un sanctuaire historique. En examinant de plus près, on reconnut que la crypte n'était pas creusée dans le tuf, mais, quoique souterraine, bâtie en solide maçonnerie (voir Dictionn., t. vu, col. 2145-2147). Sur trois côtés s'ouvrent des niches destinées à recevoir des sarcophages. Les murailles portent encore les traces d'un revêtement en marbre grec. La façade qui regarde l'intérieur du cimetière est construite en belles briques jaunes (voir Dictionn., t. vu, col. 2146, fig. (il 43) et décorée de pilastres en briques rouges et de corniches en terre cuite, comme les tombeaux païens de la voie Appienne ou de la voie Latine. Ce mode de construction et de décoration est le signe incontestable d'une haute antiquité. La comparaison avec des édifices païens d'une
épaules. Cette peinture est presque détruite; des chrétiens, dans leur désir de reposer le plus près possible du martyr, firent percer la muraille, au milieu même de la fresque, pour y pratiquer des loculi.
Quand De Hossi examina de près ces loculi, il reconnut que sur le bord de la niche qui coupe en deux l'image du bon Pasteur, la chaux qui cimentait la fermeture conservait en grande partie les lettres qu'on y avait tracées en scellant le tombeau. Les lettres encore visibles formaient cette légende inattendue l : REFRICERI IANVARIVS ACATOPVS FELICISSIM
« Que Janvier, Agatopus, Felicissimus, martyrs, rafraîchissent l'âme de... »
10.">17. ■ — Inscription de saint Janvier. D'après ISull. di itrcli. crisl., 1872, pi. v.
architecture analogue, par exemple avec les ruines des Vigiles de la vu'' cohorte, dans le Transtévère, nous permet de fixer la date de cet édifice sépulcral à la dernière moitié du n' siècle. La voûte de la chapelle est peinte à fresque, et ses peintures rappellent les meilleures productions de l'art à cette époque. Quatre guirlandes, l'une de roses, l'autre d'épis, la troisième de raisins et de feuilles de vigne, la dernière de feuilles de laurier, s'enroulent autour de la voûte; dans les trois premières des oiseaux voltigent, et l'on voit des nids d'où sortent déjeunes tètes emplumées. Peut-être ces guirlandes symbolisent-elles ici les diverses saisons de l'année; la dernière, l'hiver, celle où il n'y a plus de Heurs, plus de nids, celle où les oiseaux ne chantent plus, est représentée par le laurier, emblème de la victoire qui couronne la période suprême de la vie du chrétien, cette période à la fois dépouillée et pleine d'espérance. Au-dessous de ces guirlandes se déroule une longue fresque, moins bien conservée, qui représente des moissonneurs, la faucille à la main, coupant des blés épais, d'autres cueillent des roses, vendangent la vigne, font la cueillette des olives (voir Dictionn., t. il, col. 2464, pi. h. t. en couleurs). Enfin plus bas que tout cela, dans l'arc de la voûte, on reconnaît une scène champêtre dont le centre est occupé par la figure du bon Pasteur portant une brebis sur ses
'Sur la figure que nous donnons ici la partie du plâtre avec l'acclamation manque, elle figure sur le dessin publié d'après l'état de la crypte au moment de la découverte, cf.
Ces mots, cette prière d'un parent en deuil pour une âme regrettée et chérie, avaient été gravés dans la chaux fraîche il y a quinze siècles; de nos jours ils sont venus révéler à un antiquaire du xixc siècle un secret longtemps cherché : l'emplacement de la tombe des martyrs auxquels ils sont adressés. De nombreux exemples d'invocations analogues, découvertes dans d'autres cimetières, tout près des reliques des martyrs célèbres, firent penser à De Hossi que les tombeaux des trois saints qui avaient autrefois rendu illustre le cimetière de Prétextât ne devaient pas être éloignés. Deux ans plus tard, celle belle conjecture reçut une première confirmation.
C'était le 18 février lS.Vi que le déblaiement de la cripta quadrata. ainsi qu'il l'appelait, avait été terminé par De Hossi qui signalait eu face d'elle une autre cryple non moins importante mais encore obstruée. Entre elles, il trouva, le \9 février, deux petits fragments d'une plaque de marbre portant une inscription en caractères damasiens du type le plus correct et de la plus grande dimension rencontrée jusqu'alors -. On ne put trouver d'abord qu'un fragment portant les lettres BEA3; mais, au commencement de l'année 1866. on sut que l'inscription avait été retrouvée presque entière [Kir la découverte d'une grande quantité de fragments qui confirmaient, lettre par lettre, la restitution
Bail. >li arcli. crisl., 1863, p. 3. — ' De Hossi, BllII. di urcli. crisl., 1863, p. 16, — ■ De Rossi, Bulletino <ti archéologie
(■ristiaiiti . ,*('>:;. p. 17.
PRÉTEXTÂT (CATACOMBE DE
proposée1. En 1872, De Rossi parla de treize fragments et nombre de menues parcelles avaient été retrouvées parmi les gravois et principalement sous l'arc de la porte d'entrée 2. C'est à l'aide de ces débris que l'archéologue avait su, dès 1863, reconstituer l'inscription sous cette forme 3 (voir Dictionn., t. vil, col. 2147, fig. 6144) :
BEATfSSmjo marjyri
lANVan'o rfaMASVS Episcop.
FEcit
Aussi avait-il le droit d'écrire, en 1872, que poursuivant ses investigations, il avait retrouvé toutes les lettres de l'inscription, excepté deux, de sorte que non seulement celle-ci se trouvait restaurée, mais rédigée et disposée exactement telle qu'il avait conjecturé
10518. — Inscription du tribun Quirin (?). D'après Rio. di arch. criât., 1927, p. 231, flg. 9.
neuf années plus tôt 4. Nous donnons ici les deux états de l'inscription : les parties noires représentent les fragments connus depuis 1863, les parties ombrées, les suppléments qui complétèrent le texte jusqu'en 1872 (fig. 10517). L'inscription damasienne, ouvrage de Furius DionisiusFilocal us (voir D/c/z'onn., t. v, col. 1594- 1600) était gravée sur une dalle de marbre mesurant 1 m. 90x0 m. 88. La hauteur des lettres variait entre 0 m. 09 et 0 ni. 1 1 . C'est le type d'une inscription dédicaloire damasienne dont on connaît d'autres exemples 5.
La découverte de l'inscription ne laissait plus de place à l'hésitation; la crypte était celle de saint Janvier, on pouvait rechercher les autres mentionnées dans les Notifia.
XIII. Fragment épigrapiuque en l'honneur d'un martyr. — Le 30 novembre 1907 on trouva dans une galerie du plan inférieur un fragment de marbre mesurant 0 m. 13x0 m. 21 et présentant quatre caractères de type philocalien, hauts de 0 m. 055. — Le même jour, autre trouvaille d'un fragment philocalien portant deux lettres de mêmes dimensions que les précédentes et disposées verticalement au commencement d'une ligne ainsi que le montrent quelques lettres d'un module plus réduit, disposées verticalement et qui, d'après d'autres exemples (voir Dictionn., t. v, col. 1595, fig. 4459), ont dû appartenir à cette phrase bien connue : Damasi episCCFi C\ Itor atque amatoT. C'est la signature d'une inscription damasienne et la lettre initiale de la quatrième ligne de
1 Id., ibid., 1866, p. 16. — 2 Id., ibid., 1872, p. 17. — a Id., ibid., 1863, p. 171. — * Id., ibid., 1872, p. 72-73 pi. v. — • E. Josi, Le iscrizioni damasiane in PrctisUdo,
l'inscription. — Le 11 mars 1908, toujours au plan inférieur, dans la galerie parallèle à l'escalier du cubicule du couronnement, nouvelle trouvaille toujours en caractères philocaliens : cinq lettres à l'extrémité des lre, 2e et 3e lignes et la signature complète du graveur : FVPIVS DiONYSIVS...; cette fois c'est l'angle supérieur droit de l'inscription. D'après les distances entre les lettres, le poème a dû compter huit lignes afin d'égaler la hauteur de la signature verticale. — Le 1er avril 1908, dans la 5e galerie à gauche de la grande artère parallèle à l'escalier du cubicule du couronnement, à droite en descendant, quatrième trouvaille, un fragment de 0 m. 325x0 m. 19 cent., même qualité de marbre, même type philocalien, hauteur des lettres 0 m. 056, qui sont au nombre de dix réparties sur quatre lignes. — En novembre 1919, dans la quatrième galerie, à droite de la grande artère partant du 2e escalier du plan inférieur, cinquième trouvaille de deux petits fragments qui se rejoignent et donnent six lettres sur deux lignes. — Le 18 novembre 1927, à la suite d'un déblai d'un tas de fragments de sarcophages qui obstruaient la spelunca magna, sixième trouvaille donnant treize lettres disposées sur quatre lignes, de type identique aux caractères des cinq fragments précédents (fig. 10518) et on voit ici le rapprochement entre les fragments n. 1, 3, 6, ce qui donne :
....in armis
mundi
....cas a
....ijra.
On sait que Damase ne craignait pas de se répéter, ainsi on peut compléter la 2' li^ne par ces mots qu'il emploie souvent dans ses compositions poétiques : ...coniempto principe mundi
A la 3e ligne on peut compléter le mot cas[tr]a et à la 4e le mot l[yra]nni; ce qui se retrouve dans les poésies damasiennes sous les formes suivantes : impia castra et jussa ou feritate tyranni. D'après ces expressions on serait porté à croire qu'il est question d'un militaire et d'un martyr. Or, parmi les martyrs vénérés au cimetière de Prétextât trois sources, la Notilia ecclesiarum, le De locis sanctorum marlijrum et l'Itinéraire de Malmesbury parlent d'un certain Quirinus ou Cyrinus mentionné comme tribun dans la passio des saints Alexandre, Eventius et Théodule; nous lisons encore son nom sur une inscription du ve siècle, trouvée en 1908 au cimetière de Prétextât et que nous donnerons plus loin. Il semble donc que le poème damasien peut s'adresser au tribun martyr Quirin au sujet duquel on lit dans le manuscrit de Berne du martyrologe hiéronymien : Romee in cimiterio Prétextait via Appia depositio Quirini marlyris.
XIII. La crypte de Félicissime et Agapit 6. — Les fouilles exécutées en 1866 mirent au jour, de l'autre côté de la spelunca magna sur lequel s'ouvre la crypte de saint Janvier, un sanctuaire qui, par sa construction et son style, paraissait encore plus ancien que cette dernière, et devait remonter aux premières années du ne siècle. Saint Janvier ayant été martyrisé en 162, J.-B. De Rossi ne craignit pas de désigner la seconde crypte comme étant la place certaine du tombeau de saint Quirinus, martyrisé en 130. Un sarcophage trouvé dans cette crypte paraît même celui où furent conservés les restes du tribun martyr, car, sur sa face principale, on distingue le buste d'un personnage revêtu du laticlave; or, le laticlave était le signe distinctif des tribuns d'ordre sénatorial.
dans Rivista di itreheologia cristiana, 1927, p. 220-221. — «Paul Allard, Rome souterraine, in-8°, Paris, 874, p. 122, 593-596.
PRÉTEXTÂT (CATACOMBE DE
Une souscription provoquée en Angleterre, en 1870, parmi les amis des antiquités chrétiennes, fournit à la Commission d'archéologie sacrée les moyens de continuer les fouilles que le manque de ressources avait fait interrompre. Les excavations amenèrent la découverte de deux autres cryptes. L'une, située sur le même ambulacre que celles de saint Janvier et la suivante, à 35 mètres environ de cette dernière, aura renfermé le tombeau des saints Félicissime et Agapit que nous avons vus rapprochés de saint Janvier dans une môme invocation. Elle a dû être, au ive siècle, un des oratoires les plus visités de la catacombe; elle renferme un grand arcosolium, autrefois revêtu de plaques de marbre, dont on a retrouvé de nombreux fragments et dont la moitié porte encore l'empreinte. En face de cette tombe s'ouvre une abside semi-circulaire, très vaste et d'une forme encore sans exemple dans les catacombes (voir Dictionn., t. v, col. 1253, flg. 4320). Deux
épars dans les catacombes romaines, trouva au mois de janvier 1874, en examinant l'un après l'autre les fragments dispersés le long de la spelunca magna un morceau de marbre épais de 0 m. 04, qui lui parut avoir servi à clore une tombe. Au mois d'avril de la même année, il retrouva un second morceau s'adaptant au premier : les deux réunis étaient trop grands pour avoir formé la fermeture d'un simple loculus : ils avaient dû faire partie de la mensa ou tablette horizontale d'un arcosolium. Sur l'un de ces fragments on lit plusieurs grafïîtes : le plus important est celui-ci écrit en caractères cursifs 1 :
Felicissimus et Agapitus.
Ces mots (qui, par leur paléographie, appartiennent à la période comprise entre le ive et le vie siècle) ne sont pas au vocatif, comme dans les proscinèmes de la chapelle des papes au cimetière de Calliste, mais au
S7\lNrxjTU"KV7Vnrvn5TTOBÀPVITQVÔSR^ CflJQ HICRVClSINVïCTAECOMITESPARrEROMI
rectorissanctime jutvmqvefidemqs aetheriaspetiereipomosre gnaqjpic
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FEL1C ÎSSIMO ETAGÀPETO SAr) pRSMARTYRIBDAMASVSEPÏS
Inscription damasienne des martyrs Félicissime et Agapit. D'après Riv. di nrch. crist., 1927, p. 235, fig. 11.
colonnes de porphyre s'élevaient de chaque côté de Varcosolium (fig. 4319), qui était fermé par une grille de marbre travaillée à jour, deux colonnes d'albâtre décoraient l'entrée de l'abside qui lui faisait vis-à-vis.
A quel martyr était dédié ce splendide sanctuaire? Malgré toutes ses recherches, J.-B. De Rossi ne put trouver, parmi les ruines amoncelées en ce point de la catacombe, que quatre fragments d'une inscription originale, et ces fragments rapprochés ne donnèrent que ces lettres : ....VS MARTYS (fig. 4318). D'heureuses découvertes faites en 1874 par Mariano Armellini permirent de répondre à la question posée en corrigeant l'hypothèse de De Rossi qui y voyait le sanctuaire de saint Quirinus et en restituant cette crypte aux martyrs Félicissime et Agapit dont les corps reposant dans Varcosolium faisaient face à la vaste abside destinée à recevoir la foule des pèlerins, qui se pressaient dans ce sanctuaire au rve siècle.
De Rossi n'eut point, depuis 1870, l'heureuse fortune de retrouver la seconde partie du lilulus original dont les fragments recueillis dans Varcosolium même de cette crypte lui avaient donné ces mots incomplets : ...VS MARTYS. Mais le temps n'est plus où les innombrables débris de pierres, de marbres et de tuiles de la Rome souterraine étaient rejetés avec mépris, et où les explorateurs des catacombes ne faisaient cas que des inscriptions intactes. L'exemple de De Rossi a fait comprendre que le plus petit fragment peut être l'occasion des découvertes les plus importantes, et que le devoir comme l'intérêt de l'archéologue est de ne rien laisser perdre. M. Armellini, qui venait de passer en revue près de quatre mille marbres gravés encore
nominatif, et paraissent une indication du lieu de sépulture des deux saints, le mot quiescunt, ou tout autre semblable étant sous-entendu; peut-être ont-ils été écrits sur la pierre même de Varcosolium où reposaient les martyrs par quelque pèlerin ou par un prêtre venu en ce lieu célébrer la sainte messe.
Si l'on pouvait reconnaître Varcosolium sur lequel était posée la tablette dont deux fragments ont été retrouvés, on aurait découvert en même temps l'emplacement de In sépulture de Félicissime et Agapit. L'examen minutieux du marbre, la comparaison entre son épaisseur et l'empreinte laissée sur la chaux qui recouvrait la portion subsistante de la muraille fermant, jusqu'à hauteur d'appui, Varcosolium de la crypte vaste et ornée découverte en 1870, l'identité de l'enduit de couleur rouge trouvé sur la partie plane de cette muraille et de celui qui est encore visible sur un des bords de la tablette, démontrent que celle-ci s'adaptait à Varcosolium de cette crypte. • J'hésite seulement, disait Armellini, à déterminer la position précise qu'elle occupait, la tombe se trouvant aujourd'hui trop ruinée, la forme de Varcosolium étant d'ailleurs très irrégulière et ayant perdu son aspect primitif à cause des ornements ajoutés postérieurement .
Voici donc, reconnu avec certitude. le nom de cette crypte si vénérée au iv siècle; elle renferma, jusqu'à la translation opérée par le pape Léon IV, en 848, les corps des deux compagnons de martyre du pape
1 M. Armellini, Scoperta d'un graflito Storico net cemeterio ili Pretestato, in-8», Ronia, 1874, p. 38-43; cf. De Rossi, dans
juin. ,r, „r,h. çrist., isTi. p. 35-37.
PRÉTEXTÂT (CATACOMBE DE
Sixte II, Félicissime et Agapit. Le pape Damase la décora avec sa magnificence accoutumée; il l'éclaira par un luminaire, la revêtit de marbres précieux, l'orna de colonnes d'albâtre et de porphyre, et, au-dessus de la mensa, ferma l'arc du tombeau par une grille élégante en marbre phrygien (voir Dictionn., t. v, col. 1255, fig. 4322, 4323). C'est lui aussi, sans doute, qui fit construire en face de Varcosolium la gracieuse abside destinée à recevoir la foule des pèlerins. Deux inscriptions furent placées par Damase dans ce sanctuaire : l'une est un éloge en vers des martyrs dont le texte nous avait été conservé par la sylloge épigraphique de Tours.
Au mois de janvier 1927, lors de la démolition de l'église Saint-Nicolas a Cesarini, on découvrit dans les dalles du pavement, trois plaques portant presque entier, le poème damasien à l'honneur des martyrs, gravé en caractères philocaliens (fig. 10519) :
[ASPICE ET HIC TVMVLVS RETINET CAELESTIA MEMBRA] SANCTORVM SVB1T0 RAPVIT QVOS RECIA C[0ELI] Hl CRVCIS INVICTAE COMITES PARITERQ MIN[ISTRIj RECTORIS SANCTI MERITVMQVE FIDEMQ - S[ECVTI] AETHERIAS PETIERE DOMOS RECNAQ PI0[RVM] VNICA IN HIS CAVDET ROMANAE CLORIA [PLEBIS] QVOD DVCE TVNC XYSTO XPI MERVERE TRIVM[F0S] FELICISSIMO ET ACAPETO SANCTIS MARTYRIB DAMASVS