‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 69 sur 477 · I' RI ÈRE · texte numérisé non relu

I' RI ÈRE

VLPIVS-IVLIANVS-DOLENS

EVPLIES- PELAGIES-COIVGI

PRAESTANISSIMAE ■ ADQVE

AMANTISSIME • SPIRITO

POSVIT • SERELICTVM • AB

EAMORFANVM -VT- PETAS

PRO ME

E. Paribeni. Iscrizioni crisliane inédite, clans h'uono

bull. di archeot. crist., 1910, p. 11, n. 4.

ATTICE DORMI IN PACE DE TVA INCOLVMITATE SECVRVS ETPRONOSTRIS PECCATIS PETE SOL- LICITVS. Bull., 1894, p. 58.

PETE ET ROGA PRO FRATPES ET SODALES TVOS. Muratori, Noo. thés, vêler, inscr., p. mcmxxxiv, n. 9.

SANCTIQVE TVI MANES NOBIS PETENTIBVS ADSINT VT SEMPER LIBENTERQVE PSALMOS TIBIQVE DICAMVS.

Narni, en 373, De Rossi, Roma sotterr., t. ni, p. 499.

IV. Prière pour la victoire des rois francs. — La bibliothèque de Karls une possède un manuscrit orinaire de Reichenau, le cod. OOLIII, volumineux palimpseste qui, au jugement de A. Holder « fut vraisemblablement apporté en 724 d'Austrasie à Reichenau par Pirmin (t 753) ». Cette conjecture se trouve fortifiée par un texte contenu au folio 16 reclo du ms. et qui est celui d'une « prière pour la victoire des rois francs sur les rebelles ». Cette prière est écrite en onciale qu'on peut dater approximativement du premier quart du vne siècle, malgré la difficulté de dater cette écriture. Voici le texte :

Due dne ds omnium Creator terribelis et fortis iustus et meserecors qui sulu.s es rix bonus sulus pris tans ' prista francora™ rigibus victuriam ut libe rati o rebelli suo sa/uenf"' quia tu sulus pius omni potens eternus qui libe rasti israhel de oranidiis malum egipto * qui fici.sM patris elictos et sanc /i/îcasti eos 3 per uerbum tuum quod est dns ihs xps

Bibl. — A. Dold et A. Baumstark, Dos Palimpsestsakramentar im Codex Augiensis c.xn.Ein Messbuch aeltester Struktur aus dem Alpengebiet, mit Anhang : Zwei altfrànkische Gebele ans Codex Autj. CCLlll, in-80. Leipzig, 1925, p. 37; cf. A. Holder, Die Reichnauer Handschriften, t. i, p. 568.

V. Prières dans les armées byzantines. — Nous avons exposé les objections que certains parmi les fidèles soulevaient contre le service militaire à l'époque des persécutions (voir Dictionn., t. xi, col. 1130-1154); à partir de la paix de l'Église, cet état d'esprit disparut et les armées impériales, ayant à leur tête le labarum (voir Dictionn., t. vm, à ce mot) sont précédées de la croix et d'icônes 4. L'empereur Léon le Sage s'adressant à ses troupes, leur dit que les soldats byzantins ne sont pas seulement les défenseurs de l'empire, mais les soldats de Dieu et les champions de l'Église 6. Leurs ennemis sont les ennemis de Dieu et les peuples baptisés sont leurs frères 6. Les Taclica nous décrivent les

1 II Macch., I, 24. — a Corr. de omnibus malis egipti. — 1 II Macch., i,25. — -4 Th?ophylacteSimocattès, 1. II, cm; 1. V,c.x,xvi; Pisidès, De e.vpeditione pcrsica.l. I,n. 139-150; P. G., t. xcn, col. 1197 sq.;cf . J .P.irgoire, L' Enlise byzantine de 527 à 847, \n-\2, Paris, 1905, p. 18sq. — *Tactica,l. XVIII, 19, 133. — ' Tactica, 1. XVIII, 44. — ' Tactica, 1. XII, 15. ■ — 8 Ms. de Moscou, biblioth. du Saint-Synode, xm-xve

pratiques religieuses de l'armée byzantine. Dans le Slrategicon, qui date de la fin du vie siècle, la religion préside à la vie militaire mais avec modération, ainsi qu'il convient dans une nation chrétienne; quelques siècles plus tard, au xe et au xic siècle, les cérémonies religieuses ont tout envahi et l'armée a pris quelque chose de monastique.

Deux fois par jour, le matin et le soir, dès le lever du soleil, les soldats doivent prier avant de rien entreprendre et le soir encore, ils prient après le dîner '. Ces prières sont faites en commun dans le camp et, à ce sujet, un traité attribué à Nicéphore Phocas (963-969) apporte de précieux détails *. On y lit qu'« il faut que le commandant en chef de l'armée prenne les dispositions suivantes concernant les généraux, officiers et hommes de troupe.

« Dans le camp où se trouve réunie l'armée, au moment de la doxologie * et des hymnes du soir et du matin, les aumôniers militaires doivent faire des prières ferventes, contenant un grand nombre de supplications et commençant ainsi : eÏ7i:cou,Ev nrxvzeç, êÇ ôXtjç fyuyj}ç xod èÇ ôXtjç -rrjç Siavoiaç r)(i.wveÏ7rc>u.ev ,0. Après avoir terminé les hymnes, l'ensemble de l'armée doit répéter le Kyrie eleison jusqu'à cent fois, au milieu du recueillement, de la crainte de Dieu et des larmes. Personne n'aura l'audace, au moment de la prière, de se livrer à quelque occupation que ce soit. Si l'on se trouve occupé à un service, et dans l'état où l'on se trouve, qu'on soit à cheval ou à pied (on doit se livrer à la prière) : si l'on est à cheval, on doit descendre, se poster debout à l'endroit où l'on se trouve, tourné vers l'Est, et on doit prononcer sa prière à Dieu, pénétré de crainte. Si l'on est à pied, on doit faire de même. Mais si, une fois que l'heure de la prière fervente a sonné, un homme est surpris à se livrer à quelque occupation que ce soit, et s'il ne prononce pas sa prière à Dieu, pénétré de la crainte de Dieu, debout et sans s'intéresser à autre chose, cet homme-là sera soumis à la flagellation, à la tonsure et aux moqueries publiques et relevé de son grade pour être placé à un poste inférieur — Voilà pour la prière. »

Il faut prier avant de livrer bataille, et une fois que « la force de Dieu aura ranimé de son bras vigoureux le cœur et les esprits des troupes », alors on marchera vers l'ennemi, fût-il deux fois supérieur en nombre.

Avant la bataille, on bénira les étendards et on adressera une prédication à l'armée : le général en chargera les xavTXTopeç, choisis parmi les officiers ou les soldats exerçant le plus de prestige sur la troupe. Et l'auteur des STpaTYjYixà TcapayyéXijLaTa résume ainsi le contenu de ces harangues : « Il faut proclamer que les victoires accomplissent la prophétie et la prédiction des saints et prédire la déroute de l'ennemi d'après les livres sacrés. »

Cela ne suffit pas encore. Le commandant en chef recommandera un jeûne de trois jours, ne prenant qu'un aliment sec vers le soir. Cela fait, la veille de la bataille, les aumôniers célébreront des messes et l'armée s'approchera de la communion ; alors on marchera à l'ennemi en invoquant Dieu et la Vierge, un homme criant : « A notre aide » et l'armée répondant : « Seigneur I ».

Quand on sera près de l'ennemi, chacun prononcera la prière : « Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, aie pitié de nous. Amen. » — et on partira à l'assaut au pas,

siècle, fol. 115 V-136 v°, sous le titre de —zoy.-r,-;r/. xO:ii: y.a.1 oTJvxalcç jSTcxv,<popoo 8îT7rrJTO-j ; édit. J. Kulakowsky, dans Mémoires de l'Acad. impér. des sciences de Saint- Pétersbourg, Classe des sciences historiques-philologiques, VIIIe série, t. vm, n. 9. — 9 Le Gloria in excelsis. — I0 Constantin Porphyrogénète, Liber cerimoniarum, c. cxxv, 9.

sans tumulte ni cri. Un coup de clairon annoncera qu'il est temps de faire cette prière : « Seigneur Jésus- Christ, notre Dieu, aie pitié de nous. Amen, et dirigenous, les chrétiens, rends-nous capables de nous dresser et de lutter juscpj'à la mort pour notre foi et pour nos frères, fortifiant et ranimant nos âmes et nos cœurs et tout notre corps. Toi le Dieu puissant des batailles à l'incomparable vigueur, grâce à l'intercession de celle qui t'a mis au monde, mère de Dieu, et de tous les saints. Amen '. »

H. Leclercq.

PRIGNY. — Nous avons décrit au mot Orfèvrerie (voir Dictionn., t. xn, col. 2484-2497) le trésor d'argenterie trouvé à Traprain Law, près de Glascow et nous avons reproduit l'inscription lue sur un vase (fig. 9153) : Prumiaco efccle )sia(e ) Pict(avensis). On peut lire Prumiaco ou Prumiaco, ces lectures désignent un grand domaine gallo-romain du diocèse de Poitiers appelé jadis Primiacus, aujourd'hui Prigny, dans le pays de Retz (Loire- Inférieure). Voici à ce sujet l'opinion de Maurice Besnier : Dès l'antiquité gallo-romaine, Prigny était habité -. Il dépendait de la civitas des Pictones; on sait par Grégoire de Tours qu'au vie siècle de notre ère, le rattachement du virus Ratiatensis à Nantes n'était pas encore effectué8. La désinence même du nom de Prumiacus atteste qu'il y avait là, autour de la butte sur laquelle devait se dresser le château du Moyen Age, un domaine r jral. Des squelettes et des monnaies antiques ont été trouvés aux environs, près du Collet * et sur le parcours de la route moderne des Moutiers à Arthon-en- Retz 6 et des tuiles à rebord un peu au nord de Prigny, à la ferme de la Pairie s. au voisinage immédiat d'un vieux chemin qui se dirige vers le Clion, au Nord- Ouest Un autre vieux chemin, parallèle lui aussi à une route construite de nos jours, va vers le Nord-Est, jusqu'à Arthon 7. Plusieurs érudits du pays se sont demandé si, à l'époque romaine et au début du Moyen Age, il n'existait pas un port à Prigny même : « La butte et la tour semblent avoir commandé l'entrée d'un havre qui, aujourd'hui, est une prairie, mais dans lequel la mer a dû avoir accès par les canaux qui s'embouchent à Bourgneuf et au bourg des Moutiers 8. Cette hypothèse aurait été confirmée par la découverte dans cette prairie même \ de plusieurs ancres marines '".

C'est la position de Prigny au voisinage de la mer et sa prospérité pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne qui expliqueraient le pillage de son église par des pirates et la présence d'un trésor de monnaies et d'argenterie provenant du pays de Retz à traprain Law en Ecosse. M. W. Ridgeway a très heureusement rapproché la trouvaille de Traprain Law de celle de 1 .">• Mi monnaies d'argent découvertes en 1854, à Ballinrees, près de Coleraine, dans le Londonderry"; ici et là les pièces les plus récentes, 2 à Traprain Law, 140 à Ballin-

' J.-R. Vieillefond, Les protiques religieuses «/ans l'urinée byzantine d'après les truites militaires, dans Revue des études anciennes, t. xxxvn, 1935, p. ii22-:i.'io. — 2 L. M litre, Les

villes disparues de la Luire- Intérieure, II. 7. La baie de Bourijneiij et ses ports, dans Bulletin de la Sue. île géographie de

Sautes, 1898, p. 355-434. - ' Grégoire de Tours, De gloria confessorum, c. liv; in/ra ipsum Pictavorum terminum qui uiljecii civitati Namnetico, idestin vico Ratiatensi. — '('■. Allant, L'ancien part de Prigny et le grand prieuré des Moutiers, in-S", Angers, 1893, p. 36. — * L. Maître, op. cit., p. 39:5 (lors de la construction de la route). — ' L. Maître, op. cit. r L. Maître, La conquête de lu Basse-Loire par le réseau des noies romaines, dans Bull, de la Soc. areli. de Saules, 19(18, p. 97 et la carte. — * Ch. de Sourdeval, Études sur le littoral vendéen, dans Mémoires de la Société des antiquaires lie l'Ouest, 1864, p. 215. " Aux environs de 1865. — 10 Deux, au dire de Ch. de Sourdeval, Ancienne navigation sur le littoral septentrional de lu Vendée, dans Mrm. de lu Sue.

rees sont à l'effigie d'Honorius. Us doivent provenir tous deux du butin fait en Gaule. M. Ridgeway rappelle à leur propos la légende irlandaise de Niall-auxneuf-otages, roi d'Irlande, contemporain de saint Patrice, qui aurait régné de 379 à 406 et conduit ses bandes d'aventuriers d'abord en Ecosse, puis, à deux reprises en Gaule, dans l'Armorique et la vallée de la Loire. Ce sont peut-être des compagnons de Niall qui auront enlevé à l'église du domaine rural de Prumiacus les objets de Traprain Law, enfouis là-bas à l'approche d'un danger. La présence de cette argenterie galloromaine aux environs d'Edimbourg semble bien se rattacher aux mouvements de peuples et aux incursions maritimes qui ont suivi la mort de Théodose, alors que, au dire de saint Jérôme 12, vers l'an 406, « des nations innombrables et très féroces ont envahi les Gaules entières 13. »

H. Leclercq.

PRIME. — I. Date. IL Lieu d'origine. III. Raison d'être. IV. Signes avant-coureurs.

I. Date. — L'origine et la chronologie de Jean Cassien, moine gallo-romain, offrent de moins en moins d'incertitude. Il était venu, très jeune encore, habiter la Palestine où il se fit moine et vécut jusqu'à l'âge de 25 ou 30 ans. Vers 385 à 390, il se rendit en Egypte visiter différents monastères et y consacra sept années, après quoi il reparut dans son monastère de Palestine, par conséquent vers 392 à 397, et y séjourna quelques semaines avant de lui dire un adieu définitif. C'est donc évidemment de son premier séjour, celui-ci assez prolongé, qu'il faut entendre ce qu'il écrit dans ses Institutions que : Scicndum... hanc matutinam... canonicam junctionem NOSTRO TBMPORE in nostro quoque monasterio primitus institutam ". Ce disant, il parle de l'heure canonique appelée prime, dont l'établissement doit prendre place au cours d'une période qui s'étend de 375 environ à 385-390 au plus tard.

IL Lieu d'origine. — Que faut-il entendre par nostro monasterio? Jean Cassien, de son aveu, s'était rendu en Egypte venant de Bethleemetici cœnobii rudimentis l5. Son inséparable ami. Germain, annonçait qu'ils s'étaient engagés tous deux formellement à revenir, lors de leur départ coram cunctis fratribus, in spelseo in quo Dominas noster ex aula uteri Dirginalis c/Julsil1". A cela on peut ajouter ce que dit Cassien : Nostrum monasterium... non longe fuit a speleeo in quo J). S. .1 . ('.. ex Virgine nasci dignatus est", à quoi il ajoute : In nostro monasterio... ubi I). S. ./. C. natus ex Virgine, humaine infantile suscipere incrementa dignatus, nostrum quoque adhuc in rcligione teneram ac lactentem infantiam sua gratia confirmavit 18. D'où il est permis de conclure que le monastère en question était fort rapproche de la crèche du Sauveur, puisque la communauté s'y réunissait à certains jours solennels, d'où certains se sont déterminés à faire de Cassien

des antiq. de l'Ouest, 1870-1871, p. 129; (rois d'après F. (iui'lnux. Histoire de lu conquête du murais breton vendéen et du port de Bourgneuf, dans Huit, de la Soc. arcli. de Santés, 1(.>22, p. S; quatre d'après ('■. Allanl, op. cit., p. 57. F. (iuilloux insinue (pie Prigny pourrai! être identifié avec Portos Segor de Ptolémée où César aurait construit sa Hotte pour la campagne contre les Venètes. — " W. Ridgeway, Niall of tlie nine hostages in connexion witli the treasurcs <>/ Trap-

ruin law and Ballinrees, dans 77ic journal of roman studies, 1924, p. 123-136. — " S. Jérôme, Lpist., cxxm, 16. /'. /... t. xxn, col. 1057. — "M. Besnier, Prumiacus, Prigny, dans Bévue des éludes anciennes, t. XXVIII, 1926, p. '217-251; Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1926, p. 19- 5o; Revue archéologique, 1926, p. 311. — " Cassien, Institutioncs, 1. III, c. iv. — "Cassien, Collationes, 1. XI, c. \. "Cassien, ibid., 1. XVII, c. v. ■ — " Cassien, Institutiuncs, I. IV, c. xxxi. — '" Cassien, Institutiones, 1. lit. c. IV.

un moine de saint Jérôme, ce que n'ont pu admettre Tillemont1, ni le I'. Jules Pargoire' parce qu'une maison de Bethléem, bâtie en 389, ce qui est le cas du monastère de saint Jérôme, ait pu loger pendant des années ce même Cassien parti pour l'Egypte en 390 au plus tard Ht Cassien y avait eu des confrères déjà anciens dans le cloître et qu'on ne peut placer au monastère de saint Jérôme pour la même raison lui fin, si ce dernier établit dans sa fondation l'office de prime, il est assez surprenant qu'il n'en ait jamais souillé mot.

On pourrait même être tenté de croire qu'il mit un certain temps à accueillir cet oflice nouveau qui était en vigueur dans le monastère de Cassien, car on n'en voit aucune mention dans VEpitaphium Paulae où la communauté de sainte Paule mime, hora tcrlia, sexta, nona, vespere, noctis medio per ordinem psalterium cantabant 3. On ne peut donc faire inaugurer l'heure de prime dans le monastère de saint Jérôme; on n'a plus de raison de l'instaurer dans un monastère auquel auraient appartenu les moines qu'Éthéria vit dans l'église de la Nativité lors de son pèlerinage, car elle ne fait aucune mention de la maison qu'ils habitaient. Il n'y a pas lieu non plus de loger Cassien dans le monastère de l'abbé Jean, restauré par Justinien 4 dont on ne peut dire s'il existait avant 380. Voici maintenant la conjecture ingénieuse et prudente du P. Pargoire 5 :

« Lors de son passage à Bethléem, dit-il, le futur correspondant de Lausus connut un certain Poseidonios qui, pour avoir vécu de longs jours avec saint Jérôme, en disait beaucoup de mal. Ses propos confiés à Palladius « dans le creux de l'oreille s » devaient trouver un jour leur place dans l'Histoire lausiaque, tout comme le nom des trois pauvres diables auxquels la présence du Dalmate avait rendu la vie impossible à Bethléem. Ce ne sont là, semble-t-il, que des cancans jaloux et rancuniers, mais il s'en dégage des renseignements utiles. A la façon dont un auteur les accueille et les colporte, on devine facilement (pie la ville de David possédait alors, dans ses environs, un monastère d'une orthodoxie douteuse, un petit nid de semi-origénistes où, quelques années auparavant, Cassien n'avait pas dû se trouver mal du tout. Cassien certes n'est pas un hérétique, au moins de ce côté, mais ses accointances avec les origénistes ou les prétendus origénistes ne semblent pas douteuses. Sa préface des Institutions et son traité De Incarnalione " décernent de grands éloges au solitaire de Bethléem ; mais rien n'empêche de chercher ses traces à l'endroit même où Palladius entendit, une année durant, décrier le nom de Jérôme. »

Poseidonios en sa qualité d'Égyptien avait choisi une maison en relations avec son pays, ce qui était le cas du monastère de Cassien. Or, Poseidonios habitait, nous le savons par Palladius, èTréxeiva toû Iloitieviou \ ce qui peut désigner le « village des Pasteurs » et, par conséquent, la Tour d'Ader ou du Troupeau qui s'élevait au delà du village des Pasteurs, au delà par conséquent du Beth-Saour moderne. Identifiée soit avec Déir er Raouat (couvent des bergers), soit avec Séiar et Ghanem (enclos des brebis), sa position justifie pleinement les trois mots de Palladius : èiréxeiva toG Floi^eviou. Seulement l'existence de ce bourg n'est pas certaine au IVe siècle et alors le Ilottiéviov de Palladius, simple synonyme du T\oi\iviov d'Épiphane \ peut fort bien représenter la Tour d'Ader elle-même, et c'est au delà de cette tour que Poseidonios et les

1 Tillemont, Mémoires pour servir à l'kisl. eccl., t. xn, p. 126; t. xiv, p. 158,741. — * Prime etcomplies, dans Revue d'hist. et de litt. relig., t. ni, 1898, p. 281 -288. — 3S.. Jérôme, Epist., cxm, Ad Eustochium, n. 19. P. L., t. xxn.col. 896. — 4 Procope, De œdifieiis, 1. V, c. ix. — ■ s Op. cit., p. 283- 285. — ' Palladius, Historia lausiaca, c. î.xxvm. — ' De Incarnalione, 1. VU, c. xxvi. — " Palladius, Ilist. lausiaca,

siens auraient habité. » Ce qui le prouverait, c'est que les anciens pèlerins ne signalent aucun monastère au champ des Pasteurs. Sainte Paule, nous dit Jérôme, descendit non loin de Bethléem ad Turrim Ader, id est Gregis, juxta quem Jacob pavit grèges suos et postures nocte vigilantes audire meruerunt : Gloria in excelsis Deo, el super terrain paxlu... Llle y entendit peut-être l'écho des voix angéliques, mais elle n'y vit pas de moines. Arculphe n'en vit pas davantage juxta Turrim Gader n, ni les deux auteurs qui ont fourni à Pierre Diacre les deux phrases suivantes : In lurrc aulem Codes (probablement Gader = Ader) domus fuit Jacob cujus jundamenta usque hodie parent ,2 et : Ad orienlem in Turre Ader. id est gregis, mille passibus a civitatc segregata ecclesia est, trium pastorum dominicss nalivitalis consciorum monumentacontinens13, 11 faut arriver au premier quart du ixe siècle pour rencontrer le monastère de rioiu.vt.ov : Ilpôç àva-roXïjv ir\c, Br)0Xeé|i. èari. fi.ovaeîTï)p(.ov tô XEyôiisvov IIot.jjLvi.ov, sv6a èœavY) ô "A.yyzkoç, toIç noi[ièa\..

Ce passage doit être tiré d'Épiphane 14. I.e monastère qu'il signale ainsi pour la première fois, un peu avant 820, n'acquit jamais une grande importance et ne resta pas longtemps debout. Les auteurs contemporains des croisades ne le mentionnent déjà plus, soit qu'ils aient une phrase pour le champ des Pasteurs, soit qu'ils feignent d'ignorer ce pèlerinage 15. »

Jean Cassien ne dit pas qu'en ce lieu du rioiuiviov on ait innové l'heure de prime; la coïncidence avec le chant du Gloria in excelsis ne lui eût pas échappée. L'incertitude persiste, mais la convenance pour le monastère situé à l'est de Bethléem, à quelque distance sud-est du champ des Pasteurs subsiste.

III. Raison d'être. — On lit dans les Institutions de Cassien, qu'à Bethléem les moines, après l'office nocturne suivi des laudes, allaient se ; reposer16; reliquas horas rejeclioni corporum deputatas a majoribus nostris invenimus. C'était là un usage traditionnel, mais les paresseux en abusèrent; comme aucun exercice de communauté n'était là qui vînt les forcer à quitter leurs cellules, au lieu de se lever pour travailler de l'esprit ou des mains jusqu'à l'heure de tierce, ils prirent l'habitude d'attendre tranquillement dans leurs lits le signal de cet oflice. Une réaction s'imposait. Pour remédier à pareil état de choses, les anciens décidèrent que l'on continuerait, selon l'usage, à se reposer après la psalmodie nocturne, mais que dorénavant, au lever du soleil, à l'heure où le travail devenait possible, la communauté devrait se réunir pour réciter prime; tout le monde était tenu au chœur, personne ne pourrait plus, comme par le passé, prolonger indûment le temps du sommeil : Cum... neglegentiores... inducius somni longius prolelarent, quippe quos vel extra relias progredi, vel de suis slratis consurgere ante horam tertium, nulla conventus ullius nécessitas invitarct... decretum est... est usque ad solis ortum... jessis corporibus refectione eoncessa, invitait post hœc religionis hujus observanlia cuncli pariter e slratis suis consurgerent '7. Tel est le récit de Cassien ; on n'a pas de raison de le mettre en doute et Tillemont avait dit qu'on institua « la prière de prime parce qu'il y en avait qui au lieu de travailler lorsque le jour estoit venu, dormoient depuis matines jusqu'à tierce 18 ».

IV. Signes avant-coureirs. — Les moines avaient eu jusqu'alors six réunions, ils en eurent sept désor-

c. lxxvii. — " Enarralio Syriae, P. G., t. cxx, col. 264.

— '"S. Jérôme, Epist. CXIIl, Ad Eustochium. — " L. II, c. vi. — li De loeis sanctis. — l3 Ibid. — ll Enarralio Syriœ, P. G., t. cxx, col. 264. — " J. Pargoire.op. cit., p. 284-285.

— 18 Instiluliones, 1. III, c. iv. — " Id., ibid. — " Le Nain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. xn, p. 126.

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