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VIII. LE ROLE HISTORIQUE DE LA CATACOMBE DE

Priscille. — « De toutes les vieilles générations de l'Église romaine, il nous reste un souvenir monumental des plus précieux, l'étage supérieur et primitif du cimetière de Priscille. Leurs épitaphes s'y lisent encore ; elles sont brèves, les noms seulement accompagnés quelquefois de l'acclamation Pax tecum. Çà et là quelques peintures archaïques décorent des chambres où de petits groupes ont pu se réunir en assemblées funéraires. Ces galeries priscilliennes nous représentent évidemment le premier cimetière collectif de l'Église romaine. »

Le commentaire de cette indication de L. Duchesne nous a été heureusement développé par lui-même de la façon suivante : « Je me suis demandé souvent où était, avant le ive siècle, le siège social de la communauté chrétienne, à Rome, ce qu'on appelait au ive siècle, la maison de l'Église, domus Ecclesiœ, c'est-à-dire la résidence épiscopale, avec l'église principale et les locaux d'administration. Dès l'avènement de Constantin, tout cet ensemble fut installé au Latran et s'y est maintenu mille ans durant. Mais avant?

« Eh bien, et c'est ici une première conjecture, je crois que le siège de l'association chrétienne se trouvait non point à l'intérieur de la ville, mais assez loin hors des murs, sur la voie Appienne, là où nous visitons maintenant les vieilles cryptes de Calliste et de Prétextât. Règle générale : toutes les fois que l'on peut reconstituer les domiciles primitifs d'une Église locale, on constate que le cimetière, nécessairement suburbain, est antérieur à la cathédrale, laquelle, le plus souvent, est, comme le Latran, dans une situation exce.itrique par rapport à l'ensemble de la ville. C'est le cas, en particulier, pour l'Église de Tours, où la fondation du cimetière était attribuée au premier évêque, celle de la cathédrale au second seulement. Je pourrais citer bien d'autres exemples.

« A Rome, je ne vois ni dans les monuments, ni même dans les légendes, rien qui nous révèle une tradition quelconque d'après laquelle le Latran aurait été précédé intra muros d'un établissement analogue.

'i Où nous trouvons des indices d'établissement officiel, c'est au cimetière de Calliste. Le cimetière de Calliste a été, sans qu'on ait jamais su pourquoi, le lieu de sépulture ordinaire des papes du me siècle. Lorsque le personnage d'où il tire son nom fut associé par Zéphyrin au gouvernement de l'Église romaine, le pape le préposa etç tô xot,u.7)Trjpi.ov ; il lui confia la direction non pas d'un cimetière, mais du cimetière. Pourquoi cette antonomase? Pourquoi ce cimetière s'appelait-il le cimetière? A ce moment il y en avait déjà plusieurs autres, épars en diverses régions de la banlieue. De Rossi a proposé une explication très difficile et qui a le tort de se rattacher à son hypothèse sur l'association chrétienne constituée en collège funéraire (voir Dictionn., t. ni, col. 2113). Je n'ai jamais pu accepter

celte idée et De Rossi n'a pas réussi non plus à la faire entrer dans la tête de Mommsen, le meilleur juge en cette matière. Négligeons donc et l'hypothèse et l'explication.

« A mon avis, si l'on disait le cimetière, c'est que l'établissement désigné ainsi était le cimetière officiel, non pas, encore une fois, le cimetière unique, non pas le premier en dignité (quelle hiérarchie peut-il y avoir entre cimetières?), mais le cimetière rattaché spécialement à l'administration centrale de l'Église ■. Et notons bien que là, et là seulement, nous trouvons un point d'attache pour la direction centrale de la communauté chrétienne. Si l'on tient compte de ce que nulle attache de ce genre ne se rencontre en ville et aussi de ce que, en règle générale, les établissements suburbains (ou cimetières) ont toujours précédé les établissements intra muros (ou cathédrales), on arrive à conjecturer que le prédécesseur immédiat du Latran pontifical est à chercher sur la voie Appienne, vers le point où Calliste a laissé son nom.

i Mais avant le me siècle? — Avant le me siècle le siège social était ailleurs; il y avait un autre cimetière par antonomase, un autre tô xoiu.Y]TY)pi.ov. Cet ancien établissement ayant été abandonné, ou fut conduit à désigner son successeur par le nom de celui qui avait organisé le changement, soit comme diacre, soit comme pape. De là la dénomination de cimetière de Calliste, nécessaire pour distinguer le nouvel établissement de l'ancien.

« Maintenant, où se trouvait cet ancien établissement? En dehors de la via Salaria et même du cimetière de Priscille, il y a sans doute quelques tombes, ou chambres, ou galeries isolées vraiment antiques, mais nulle part une nécropole qui puisse soutenir la comparaison avec celle-là. comme antiquité et comme développement Le cimetière de Priscille a contenu et contient encore, par centaines, des tombes dont les caractères archéologiques sont tels que nous n'hésitons pas à les faire remonter au temps de saint Justin, d'Hermas, même de saint Clément. Grâce aux belles découvertes de J.-R. De Rossi, nous savons maintenant que ces cryptes ont été creusées dans une propriété de la famille des Acilii, chrétienne de bonne heure, dont l'un des membres, le consul Acilius Glabrion, ligure parmi les victimes de Domitien. Il faut, je crois, être très réservé à l'endroit des conjectures qui rattacheraient la Priscille, éponyme du cimetière, à la femme du juif Aquila, dont il est question dans les Actes et dans les épîtres de saint Paul. Mais, ceci mis à part, le cimetière de Priscille présente une antiquité telle (pie son développement connu n'est pas loin d'atteindre l'âge apostolique, et ce développement est si large que l'on doit écarter toute idée d'appropriation simplement familiale. Nous avons affaire à un établissement intéressant la communauté chrétienne dans son ensemble. Ce n'est pas un cimetière, c'est le cimetière.

« Si maintenant on admet que le cimetière était, en ces très anciens temps, l'établissement central de la communauté chrétienne, la résidence plus ou moins habituelle de I'évêque, en tout cas le siège de son administration, on voit d'ici l'intérêt qui s'attache à la nécropole priscillienne, au sol qui la recouvre et à tout ce qui peut s'y trouver de débris chrétiens.

« Quoi d'étonnant, maintenant, que des traditions aient rattaché le souvenir de l'apôtre Pierre à des monuments si anciens? Il y apparaissait dans l'exercice de la plus auguste des fonctions épiscopales : la célébration solennelle des rites de l'initiation chré-

1 L. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, t. i, p. 243. — 2 C'est ainsi que, bien longtemps après Constantin, on disait l'église tout simplement, pour désigner la cathédrale.

P RISC IL LE (CIMETIÈRE DE

tienne. On y montrait un siège sur lequel il avait présidé a ces imposantes cérémonies. Admettons que la tradition ait été trop précise et qu'elle rapporte à saint Pierre ce qui n'était vrai que de ses plus anciens successeurs. Toujours est-il que la sedes Pétri parait bien avoir eu là son domicile, peut-être son premier domicile, avant de se transporter sur la voie Appienne, puis au Latran, puis au Vatican.

« Cependant, et je ne me le dissimule nullement, il n'y a encore ici que des conjectures. Ce n'est pas une raison pour ne pas dire ce que nous pensons, ou conjecturons, ou soupçonnons. La science certaine pour des événements si anciens et des traditions si faiblement documentées, n'est pas facile à atteindre. Il faut quelquefois beaucoup de tâtonnements avant d'arriver à une solution acceptable. Conjecturons donc, humblement et timidement, sans donner nos hypothèses pour des vérités acquises, sans nous y attacher au point qu'il nous en coûte de les sacrifier au premier rayon de lumière qui viendrait à les rejeter dans l'ombre.

« Du reste, une chose résulte clairement, c'est que si l'on veut atteindre la plus haute antiquité possible dans l'archéologie chrétienne de Rome, c'est du côté du cimetière de Priscille et de son voisinage vers la voie Nomentane que doivent se. porter les investigations '. »

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