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IX. DÉVELOPPEMENT DE LA NÉCROPOLE. Oll

vient de voir que les vraisemblances portent à admettre que le cimetière de Priscille tire son nom d'une matrone Priscille, mère du sénateur Pudens; on n'en saurait dire plus, en l'état de nos connaissances, ni écrire des dates précises impossibles à justifier. Il fut un moment où on avança comme une chose certaine que ce cimetière avait été établi dans une villa appartenant aux Acilii dlabrion, mais il semble plus conforme aux faits réels d'admettre qu'à l'origine il exista deux régions cimétériales distinctes et indépendantes l'une de l'autre et encore ne serait-ce qu'à la condition d'admettre comme démontrée la conjecture de J.-B. De Rossi, d'un lien de parenté existant entre la famille des Pudens et celle des Acilii. Il n'est pas sans exemple de rencontrer certains membres d'une famille noble enterrés dans l'hypogée d'une autre famille et nous en avons un exemple dans la crypte de Lucine, près du cimetière de Calliste, où on a trouvé ces gentilices : AKCAIA BHPA et AIKINIA *AYCT€INA (voir Dictionn., t. i, col. 2871, fig. 971-075). Il n'en est pas moins vrai qu'il faut maintenir une distinction entre le cimetière de Priscille et la région des Acilii. celle-ci creusée comme tant d'autres dans un tuf terreux, celui-là dans une espèce de tuf peu consistant - constitué par la dernière couche des produits volcaniques du sol romain, appelé improprement arénaire. Que le cimetière soit fort ancien, c'est indubitable; les inscriptions appartiennent, en partie du moins, au iie siècle et telle peinture qui décore un arcosolium de la région primitive nous a conservé la plus ancienne représentation de la vierge Marie tenant son Fils (voir Dictionn., t. il, col. 2476, pi. hors texte, en couleurs), qui peut remonter au commencement de ce siècle. Si on veut bien tenir compte que cette fresque se trouve à l'intérieur du cimetière et pas dans sa partie la plus ancienne, on pourra conclure à la très haute antiquité de la région qui est antérieure à celle à peintures, région qui peut ainsi remonter au rr siècle, mais dont on ne peut juger par des décorations qui ont toutes disparu par suite de l'éboulement des parois qu'il fallut remplacer par des maçonneries. Cette réfection entraîna la ruine de sépultures qui, à en juger par quelques vestiges, devaient consister en niches surmontées d'arcosolia et mesurées pour recevoir un sarcophage au ras du sol.

D'autres indices d'une haute antiquité sont quelques vestiges de constructions dans lesquels on reconnaît les procédés en usage au ier siècle et les traces d'une entrée primitive encore qu'impraticable de nos jours. L'entrée actuelle s'ouvre sur la voie Salaire et conduit directement à une chambre assez spacieuse dans les parois de laquelle s'ouvrent différents cubicules ou chapelles dont une qui porte le nom de capella greca conserve sa décoration picturale du n8 siècle (voir Dictionn., t. n, col. 2084-2106). C'était une sorte de petite église souterraine, construite et aménagée dans une espèce de caverne de l'arénaire, avec son escalier distinct et, à l'origine, isolé de la région précédente. Ses fresques autorisent à la dater de la première moitié du ne siècle, elle était donc de peu postérieure à la région cimétériale. de sorte que ce n'est pas le noyau du cimetière de Priscille, mais une annexe très ancienne.

Dans le laps de temps écoulé entre la fondation du noyau et l'aménagement de la capella greca on doit placer la fondation de l'hypogée des Acilii Glabrion, fourni lui aussi de son entrée particulière et isolé en attendant le jour, qui tarda peu, où il fut pour ainsi dire absorbé dans les développements que prit la nécropole. Tandis que les galeries cimétériales étreignaient successivement cet hypogée sur ses diverses faces, on ménagea à quelques mètres de là un escalier de larges dimensions qui conduisait à un premier étage avec lequel on communiquait à gauche ainsi qu'avec l'hypogée des Acilii. Un étage inférieur se développait autour d'une galerie dont la hauteur était exceptionnelle dans la Rome souterraine. Sur sa droite on n'a pas encore dégagé l'extrémité de cette galerie, sur le côté opposé, elle s'étend sous l'étage inférieur et présente vingt-trois cubicules.

Après quelques degrés, elle conduit à un vaste ambulacre d'où rayonnent à droite et à gauche des galeries et deux escaliers menant, l'un, à une sorte de caverne, l'autre, à droite, à une réserve d'eau. Cette immense région du second niveau fut creusée vers la fin du iie siècle et on y enterra jusqu'à une époque tardive; toutefois on a justement fait remarquer que l'élévation anormale de ses galeries témoigne que les différents niveaux correspondent à diverses campagnes d'excavation. A la fin du nie siècle ou au commencement du ive. on pratiqua un nouvel escalier au niveau inférieur de la plus ancienne région de l'arénaire, escalier qui par sa direction forme comme un immense châssis avec le précédent et les deux plus grandes galeries du second plan.

Ainsi donc le développement du cimetière de Pris cille s'est fait dans l'ordre suivant :

ier siècle : région primitive dite de l'arénaire.

Fin du Ier au début du IIe siècle : région des Acilii.

lre moitié du ne siècle : la capella greca.

Fin du ne siècle : le niveau intérieur.

Commencement du ive siècle : construction, sur les ruines de la villa des Acilii, correspondant à leur hypogée, d'une basilique connue sous le vocable de Saint-Silvestre, autour de laquelle se groupèrent d'autres chapelles, ce qui valut à la nécropole le nom d* caemeterium Priscillœ ad S. Silvestrum.

X. Description de la capella OHBCA. — Nous avons consacré déjà un travail à ce sujet (voir Dictionn., t. n, col. 2084-2106), où nous axons étudié la configuration et la décoration picturale; ici, nous décrirons l'atrium avec son épigraphie (voir ibid., fig. 2060).

L'atrium consiste en un vestibule bâti en maçonne-

1 L. Duchesne, Lettre d O. Maruccht, Home. 12 juillet 1901, dans Nuovo Intll. di archeol. cristiana, 1901, p. 113-118. — * Appelé capellaccio.

PRISCILLE (CIMETIÈRE DE

rie et mesurant 13 m. 74 de long sur 3 m. 72 de large sous cinq voûtes en arêtes. Au point Q se trouve un escalier de seize marches dont les quatre dernières sont taillées à même dans le roc, alors que les autres sont maçonnées. L'alrium devait s'ouvrir sur d'autres pièces que la capella. mais la dévastation n'en laissait rien reconnaître et il a fallu reconstruire les murs et les voûtes en 1863. On peut se faire une idée des lieux par la figure 2065 (t. n, col. 2101) : l'escalier, la voûte en arêtes, le revêtement de stuc à deux couches avec une décoration en simples filets.

L'atrium, son escalier et les cryptes contiguës, sauf N, sont contemporains de la capella greca, à laquelle elle servait en quelque sorte de nef, alors que la capella servait de sanctuaire. L'atrium recevait les fidèles et la capella le clergé. Ce fut à la fois une église et un cimetière; il suffit de dire que cet usage s'est conservé dans une multitude d'édifices du culte jusqu'à la fin du xvme siècle. On a dû faire usage de galeries plus anciennes, mais en les transformant, sans pouvoir éviter certaines anomalies dont les traces subsistent. Par exemple, la construction de l'escalier aura probablement rencontré un obstacle au niveau du sol et on y remédia en le rétrécissant vers l'entrée. On fit entrer dans les murs de soutien des lits alternés de pierres de tuf taillées et de briques, tandis que dans la capella les murs de remplissage sont en tuf brut pris sur les lieux. Sur le plan on fait cette distinction en indiquant ces derniers par un semis de hachures et les murs alternés de briques par une teinte plate noire.

Une autre transformation doit être mentionnée : les galeries M furent transformées en réservoir d'eau et on y posa un revêtement de ciment, épais de 0 m. 04, composé de chaux, de pouzzolane et de tessons de poterie broyés. Le croisement des galeries devint une chambre à voûtes en arêtes et on ménagea au centre du pavé un puits carré, surmonté à la voûte d'une ouverture circulaire, oculus, servant à l'introduction de l'eau. En P se trouvait une vanne qu'on pouvait abaisser ou hausser suivant le cas. En construisant Valrium avec ses cryptes, on renonça à faire usage de la piscine dont on boucha Voculus et dont on combla le puits.

Les chambres ou chapelles donnant sur l'atrium n'ont presque rien conservé de leur décoration primitive. Cependant nous savons qu'en B on voyait des fresques et des reliefs en stuc; des premières il n'est resté que quelques filets rouges, des seconds, sur la paroi droite, un pied et l'extrémité d'un manteau; sur la paroi gauche, une figure privée de sa tête et de son bras gauche, le personnage tient un bâton ou un flambeau.

A l'entrée à droite, on distingue encore quelques vestiges de rinceaux en forme de feuilles d'acanthe; l'arc de cette entrée était décoré de pampres dont on aperçoit des traces. Cette chambre avait une clôture qui a laissé un indice dans le trou pratiqué dans le mur pour recevoir le verrou. En haut (voir fig. 2065) et au point E du plan, on voit encore l'installation qui avait été faite pour permettre à la porte de tourner sur ses gonds.

Dans la chapelle C, tout a été nouvellement reconstruit.

Dans la pièce D, on a refait la maçonnerie de la paroi gauche et celle de la voûte; la paroi droite a pu être conservée ; elle présente un endroit fait de deux couches de stuc, sans peinture. Au point 6 du plan on voit un graffite représentant un homme, tenant des deux mains, en travers devant lui, un bâton.

La chambre N ne fut pas creusée avant le me siècle, elle est pourvue de trois arcosolia et d'un lucernaire : les parois reçurent une double couche de stuc mais aucune peinture. Tout cela fut très maltraité, saccagé

DICT. D'ARCH: ÇHRÉT.

et détruit. On a trouvé en ce lieu un fragment de sarcophage portant le nom de PAVLVS et on a tout lieu de penser que c'est à ce défunt que se rapporte une acclamation lue sur la paroi gauche :

Paule vives

« Paul, tu vivras », avait dit un visiteur. Au-dessous de ce grafiite on en voit un autre qui fut tracé dans le mortier encore frais, mais il est indéchiffrable.

Dans cette chambre N se trouve aujourd'hui l'inscription suivante dont la provenance est incertaine (fig. 10531) :

VlXIÏ^ÀWN-LÎCCt

10531. — Inscription de la chambre N au cimetière de

Priscille.

D'après J. Wilpert, l'ractio punis, 1896, p. 93, fig. 16.

Les deux monogrammes isolés doivent être développés ainsi : XP laràç, et IHcoùç. A la 3e ligne il faut lire sui pour sul.

La grande chapelle E était recouverte jusqu'à la voûte de plaques de marbre; quelques-unes adhèrent encore aux parois; il a fallu reconstruire entièrement la voûte qui s'était effondrée et dont on ignore la décoration primitive. Le niveau du sol a été relevé de 0 m. 49; on a élevé un tribunal qui recouvre en partie une épitaphe, ce qui atteste que la forme antique de cette chambre a été modifiée. Lorsqu'après la paix on entreprit la réfection des lieux où reposaient des martyrs on procéda ici à des aménagements importants. Aux parois de tuf on substitua des murs en pierre taillée et en briques alternées, comme dans la crypte N. Ce fut alors aussi qu'on plaça en yj du plan, une base circulaire en maçonnerie, près du tribunal sur lequel posait le récipient d'huile qui servait à alimenter les lampes brûlant devant les tombes saintes. Comme le sous-sol avait déjà reçu des corps, on fut obligé de fabriquer trois tombeaux en maçonnerie (n. 12, 14 et 15 du plan) dont les deux derniers occupent une grande partie de ce tribunal. Sur le mortier scellant la dalle de l'un d'eux, dont la chaux tombait en miettes, on a pu lire encore l :

LOCVS MARTVRIAE DP XII...

Trois des épitaphes primitives ont pu être conservées ; une d'elles est fixée devant le tribunal 2 : elpHNH TH C£MNOTATH xAI OIAANAPOù AOYKIC O CYNBIOC

« A Irène très vertueuse et fidèle, Lucius, son mari. »

Ce même Lucius perdit également sa fille (voir fig. 2066, t. n, col. 2103) 3 :

AYPHA-AOYKIAAA

TH TAYKYTATH 0YI~ATPI

AOYKIC O TTATHP

« A Aurélia Lucilla, sa fille très chérie. Lucius, son père. »

' De Rossi, Bull, di arch. crisl., 1880, p. 29. — 2 Id., ibid., 1886, p. 157, n. 248. — 3 Id., ibid., 1886, p. 157, n. 249.—

PRISCILLE (CIMETIÈRE DE

Ces deux inscriptions proviennent de formée, ainsi qu'on appelait les t mbes creusées dans le sol, car cette chapelle ne comportait pas de loculi; la dalle, très épaisse, fut trouvée brisée en plusieurs morceaux et fixée à la paroi droite; d'après sa paléographie l'épitaphe d'Aurelia Lucilla peut être reportée vers le temps de Marc-Aurèle. Le gentilice Aurélia a dû être commun à la fille et au père qui s'appelait donc Aurelius Lucius.

Une troisième pierre était fixée à la paroi droite près de l'entrée; on y lisait ceci l :

KHIA Q 0OIBH

TH OIAANAP00 • KA

niT00N-O CYNBIOC

KAI-GAYTCO

« A Ceia Phœbe, épouse fidèle et à lui-même, Capiton, son mari. » A la première ligne devait se trouver un médaillon contenant un symbole ou, peut-être, un portrait. Dernier quart du 11e siècle.

Dans le sol de cette même chapelle on trouva trois sarcophages d'adultes dont deux ornés de sculptures ont été laissés à découvert; le troisième, non décoré, fut recouvert de terre. Les bas-reliefs des deux premiers n'offrent que peu d'intérêt; sur l'un, entre des stries verticales, on voit un buste inachevé de femme, et, au-dessous, un cartouche anépigraphe; sur l'autre, un buste d'homme posant sur deux cornes d'abondance; de chaque côté des stries ondées et, aux extrémités, deux génies s'appuyant sur un flambeau éteint. Peut-être ces sarcophages ont-ils contenu deux des membres de la famille de Lucius.

Dans la même chambre ou chapelle furent trouvées trois inscriptions latines que voici :

LOCVS APRILINIS ET HABENTES SEBI FECERVNT

« Tombeau d'Aprilinis et d'Abe.itis qu'ils se sont fait. »

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