ENSEVELISSEMENT
saint Urbain : Ministri diaboli jaclaverunl corpus S. Luciani de tribunali ante conspectum sancLorum; quod quidem ncmo cliristianorum, propter tyrannorum cdiclum, ausus esl sepelire '. Mais c'était là une faiblesse contre laquelle les chefs des communautés stimulaient l'audace des chrétiens; une lettre du clergé de Rome à l'Église de Carthage contient, en effet, cet avis caractéristique : El quod maximum esl corpora martyrum aut ceterorum, si non sepelianlur, grande periculum imminel eis quitus incumbit hoc opus-. C'est ainsi qu'à force de courage, d'ingéniosité, de dévouement, les fidèles étaient rentrés en possession des restes de saint Polycarpe et des Actes sincères nous montrent le succès d'autres entreprises non moins ardues, comme le recouvrement des restes des martjTs Justin, Épipode, Théodote, Taraque '.
Parfois il fallait y renoncer; les chiens, les animaux sauvages devaient déchiqueter et dévorer les restes misérables auxquels était refusée la sépulture, ou bien les corps étaient jetés dans les rivières ou dans la mer, brûlés et les cendres livrées au vent afin que les chrétiens se trouvassent dans l'impossibilité de les recueillir, de leur donner une honorable sépulture et de leur rendre le culte habituel. C'était pour braver ce raffinement de sévérité et réconforter les fidèles que le prêtre Pionius de SmjTne, prêt à être brûlé vit et déjà sur le bûcher, disait à haute voix : Hsec me ducil causa, hœc me ralio polissimum compelli ad morlem, ut populus omnis inielligat resurreciionem futurum esse posl morlem *. Les magistrats romains, en détruisant les corps des martyrs, ne croyaient pas seulement les priver de sépulture, ils croyaient leur interdire tout espoir de résurrection. C'est ce que nous dit la lettre de l'Église de Lyon-Vienne : Igitur marlyrum corpora... tandem cremala et in cineres redacla, in priefluenlis Rhodani alveum sparsa sunt ab impiis, ne ullse deinceps eorum reliquise in terris iupercssent. Atque id agebant prorsus quasi Deo superiores et resurreciionem illis adimere passent : ut, quemadmodum ipsi dicebanl, ne spes quidem ulla resurgendi eis relinquerelur ; qua jreli novam quamdam ac peregrinam nobis invehunt religionem et gravissima qaœque tormenla contemnunt, promptique et alacres morlem subeunl. Videamus nunc an sint resurrecluri et utrum adcsse ipsis Deus suus ac de manibus noslris ipsos eripere valeat.
Pour ingénieuse que se fît la haine des païens, l'ardente piété des fidèles ne se laissait pas décourager. Ni le péril ni les sacrifices n'arrêtèrent les femmes chrétiennes empressées à sauvegarder les restes des martyrs, et, plus souvent que ceux des hommes, leurs noms paraissent dans les récits relatifs à ces œuvres pieuses. Sozomène dit qu'au temps de Julien l'Apostat, une fidèle enleva les cendres de trois frères massacrés et brûlés par les idolâtres de Gaza '; la précieuse relation du mart>Te de saint Maximilien décapité en Afrique, sous le consulat de
■ Acta sanct., maii t. vi, p. 13; Pwisio S. Iremci, Mustiolic, n. 3, dans Acla sanci., 3 julll. — » S. Cypricn, Epist., VIII, édit. Ilartel, t. ii, p. -188. — ' Acta S. 'justini, n. 5; Acta S. Epipodii, n. J2 ; Passio S. Theodori, n. 35; Acta S. Tarachi, n. 11, dans Acta sincera, p. 60, 78, 351, 447. — ' Acta S. Pionii, n. 12, dans Acta sanct., février, t. i, p. 42.
— '■ .Sozoménc, Ilist. eccl., I. V, c. ix, P. G., t. Lxvii, col. 1257.
— • Acta S. Maximiliani, n. 3. — ' Passio S. Cornetii, dans Schelstrate, Antiq. eccl. dissert, illuslr., t. i, p. 188. — " Passio S. A/rœ, n. 4. — • Cotclier, MoTtgrum lecli triumplii, p. 240.— '<> PaisioS. Irenœi, n. 3; Acta S. Pautini, n. 17; Acta SS. Abdon et Sennen, a. 7; Acla S. Stepimni papiv, n. 13; Acta S. Timotliei, n. 2, dans Acta sancl.. 3, 13, 30 juillet, 2, 22 aoilt; Acta SS. Eusebii, Marcetti. daii.s De RossI, Roma sollirntnea, t. m, p. 207. — ^' Acta S. Cteinentis, n. 49; Acla S. Pancralii, n. 4; Acla S. Torpetis, n. 9; Acta S. ftestituti.n. 5; Acta S. V'incentii episc, n. 11; Passio S.
Tuscus et d'Anulinus, se termine par ces mots' : El Pompeiana matrona corpus ejus de judice eruit, et. imposito in dormitorio suo, perduxit ad Carthaginem et sub monliculo, juxla Cyprianum martyrem, secus palatium condidit ». Les actes de saint Corneille et le Liber pontificalis nous montrent une autre matrone, Lucine, enlevant de nuit le corps du saint pontife et l'ensevelissant près de la catacombe de Calliste, dans un hypogée qu'elle possédait : Corpus cujus noclu collegil beala Lucina cum clericis et sepelivii in crypta juxla cœmeterium Callixti, via Appia, in prœdio suo '. Un libellus antiquissimus de la passion de saint Denis, cité au ix« siècle par Hilduin, nomme une femme noble, appelée CatuUa, qui ensevelit les restes du martjT.
A côté de ces textes, il faut encore rappeler des documents compris dans les Acla sincera de Ruinart : l'histoire de trois chrétiennes dérobant le cadavre de sainte Afra *; celle de deux autres qui, nous dit-on, « plus hardies que les hommes », osèrent charger sur une civière et emporter le corps sanglant de saint Saturnin de Toulouse; celle de deux femmes esclaves s'emparant des restes mortels de sainte Julitte '.
Dans la masse des pièces tenues pour suspectes, la donnée est la même. Bien que tous, en ces temps de sacrifice, aient, à coup sûr, également souhaité de soustraire les corps des saints aux mains païennes, peu d'hommes sont expressément nommés comme l'ayant tenté ou accompli. A prendre sans autre examen ces nombreuses relations, on y trouve, alors qu'il s'agit de faits de l'espèce, six noms d'hommes qui, presque tous, sont des évêques ou des diacres : Irénée, Paulin, Quirinus, Etienne, Silvestre, Hippolj-te'"; quinze noms de chrétiennes y sont notés au sujet de la même entreprise : Sophie, Octavilla, Celerina, Justa, Florentia, Liceria, Alexandria, Petronia, Sabinilla, Grata, Theodora, Cleopatra, Abundantia, Apollonia, Theoctista; puis une matrona nobilis qui ensevelit les restes de saint Cassien ". L'accord singulier de ces pièces avec les documents qui méritent toute confiance ne permet guère de douter qu'à l'âge des persécutions les femmes n'aient été au premier rang parmi les fidèles qui sedévouèrent à uneoeuvresi généreuse. Sans insister outre mesure sur cette mention prépondérante des femmes, alors qu'il s'agissait d'honneurs suprêmes à rendre aux martyrs, il en faut encore rapprocher un détail qui en confirme l'exactitude. Dans les relevés des actes et passions donnés par Surius, par Assémani et par les boUandistes.pourquatreinentions d'embaumement faits par les hommes '-, on en rencontre quatorze attribués à des chrétiennes ".
Cinq des actes qui viennent d'être cités montrent ces chrétiennes déposant les restes des saints in priedio suo, in agello suo, in horlo domus sua:. C'est ce que fit Lucine, qui déposa le pape Corneille in crypta... in priedio suo. Plus d'une catacombe a dû son origine à ces ensevelissements : Cœmeterium Timotliei,
Viti, n. 18 ; Acta S. Hermagorn; n. 22, Acta S. Cassiaiii, n. 1 4; MoTlgrium S. Diomedis, n. 8; .^Icla S. Ptolemci, n. S; Passio S. Alcxandri, n. 9; Passio S. AbimJii, n. 1; Passio S. Vcri, n. lu, dans Acta sanct., 23 janv., 12, 17, 29 mai, 6, 15 Juin, 12 juin., 13, 16, 24, 2fi août, 16scpt.,10 oct. ; .Ida S. Crcaorii Spolet., n. 6; Marlijriuni S. Anaslasia\ n. 40, dans Surius, Vila;, 24, 25 Aie. ; Marluriiim S. SIratun iccs, dans .\ssiinani, Acta sanct. orient, cl occid. t. ii, p. 121. — "Acta S. Priini, n. 7; S. Aqitilinw, n. 18; S. Caltisti, n. G; Passio S. .Venmv, n. 9, dans Acla sanct., 9, 13 juin. 14 oct., 11 novembre. — » Acla S. Cteinentis, 9 ; S. Pancralii, 4 ; S. Torpetis, 9 ; S. Restiliiti, 5; S. Vinccnlii episc, 11; S. Scliastiantc, 25; S. liermagora;, 22; S. Cassiani, 14; Mari. S. Diomcdis,S; Pa.ssio S. Alcxandri, d; S. Abundii,H;Mart. S. Varii,lO;S. Samonœ, 15; Acta S. Crcgorii Spolet., G, dans Acla sanct., 23 jonv,, 12,13, 17, 29 mal, 0,7 juin, 12 juin., 13, 10, 26 août, 10 sept., 19 oct., 15 nov.,24 déc; Assémani, t. n, p. 121.