‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 127 sur 331 · ESPRIT DE VIN — ESPRIT (LE SAINT · texte numérisé non relu

ESPRIT DE VIN — ESPRIT (LE SAINT

valent bien s'enduire au préalable le crâne d'un onguent, ils avaient ainsi un nimbe lumineux qui flambait sans les rôtir. On lit dans VÉnéide, II, 682, ces mots : Ecce levis summo de vertice visus luU fundere lumen apex lacluque innoxia mollis lambere flamma comas.

Dans les temples païens, les prêtres des idoles se livraient ainsi à des prestiges qui reposent au fond sur des observations physiques. Si on ajoute à l'esprit de vin enflammé du sel ou du soufre, on obtient des effets renforcés qui, on le voit par le texte d'Hippolyte, ont été connus et pratiqués dès le début de notre ère. C'est ce que nous apprend aussi un texte de Pline, Historia naluralis, 1. XXXV, c. clxxv : Liisil et Anaxilans eo (du soufre), addens in calicem vini prunaqiie subdita circamferens, exardescenlis repercussu pallorem dirum velui dejunclorum effundente convivis; mais ceci n'était, sous Auguste, qu'un jeu de société.

C'est une scène de ce genre qui fait partie de l'initiation païenne à laquelle se prêta le futur empereur Julien. Elle nous est racontée par saint Grégoire de Nazianze ', par Sozomène = et par Théodoret ' et encore dans un roman syriaque * :

Julien descend dans un sanctuaire interdit au vulgaire et effrayant (xar/jci (i.èv zic, ti tôjv àSÙTcov xcôv Toîç TToXX&îç àpâxcov xal çopcpiôv, Grégoire); il s'agit de consulter là, dans l'obscurité, les démons des enfers (Ç'ifpcù Ttvl y.aX ÛTïO/Oovioiç Saifioci... CTuyyivEaSai. Grégoire). Soudain les prêtres, usant de leurs prestiges ordinaires, font apparaître devant lui les démons (i?,omkvr\c, Se TrpoapaW.ôvxcov aÙTÔi tcôv Inl toù- Totç (iE|iY))(avEU[jiévcjv xal YOTjTEtati; 7rapacpaivo(J.évtov çaa(i.âTMV, Sozomène; Toùç aTia xEcôvaç IxâXeaE Sai- [jtovaç. 'Exeîvcov Se \xztol T-f;(; ctuvtjôouç çavTaoiaç èTri- 9av^vTcov, Théodoret). lissent toujours plus nombreux et plus épouvantables, poussent des cris étranges, exhalent des odeurs infectes; ce sont des spectres flamboyants (...xà SeîjjiaTa, xal àel TrXeîco xal çcoPepciTEpa, 'riX'^^K ftvàç çaaiv àrjOeti; xal oStiàç Tôjv àY)S<ôv xal TtupauYY) çàajiaTa, Grégoire). Julien, glacé d'épouvante, tremble comme un enfant; par un effet que l'on appellerait aujourd'hui un réflexe, il a peur du diable et fait instinctivement le signe de la croix. Le geste met à l'instant en fuite tous les démons. On peut s'étonner et regretter aussi cette conclusion, qui montre que Grégoire de Nazianze et les autres croyaient fermement que Julien avait vu des démons, alors qu'on lui donna une inoffensive représentation assaisonnée de flots d'esprit de vin, dans laquelle des imposteurs jouaient une fantasmagorie dont le signe de croix n'a pas dû VTaisemblablement troubler beaucoup l'ordonnance. Il n'y a pas que Julien qui ait été dupe dans cette affaire '.

H. Leclercq.

ESPRIT (Le Saint-). La colombe a été adoptée par toute l'antiquité chrétienne pour figurer r Esprit-Saint. Deux récits bibliques avaient, dès la fin du 1" siècle et le début du siècle suivant, familiarisé les imaginations avec le sens de ce symbole. La colombe rapportant à Noé le rameau verdoyant annonçait la paix divine apportée à la terre par l'Esprit de Dieu. La colombe voletant au-dessus du Sauveur pendant

' S. Grégoire de Nazianze, Oral. iv,n.55-5G, P. G.,t.xxxv, col. 577. — ' Sozomène, Hisl. eccles., 1. V, c. il, 5-6, P. G., t. Lxvn, col. 1213. — ' Théodoret, Hist. eccles., 1. III, c. m, P. G., t. Lxxxii, col. 1092. — ' Nôldel<c, Ein zweiler syrischer Julianus roman., dans Zeitschri/t dcr deutsch. morgenland. Gesellschaft, 1874, t. .xxvm, p. 661. — ' H. Diels, Die Enldeckimg des Alkoliols, dans Abltandlungen des Kônigl. preuss. Akademie der Wissenschaflen, Philos, hist. Classe, 1913, fase. 3; L. Parmentier, La découverte de l'alcool, dans Revue de l'instrucUon publique en

son baptême dans le Jourdain renforçait cette interprétation. C'est ce que TertuUien exposait quand il rendait compte du choix de cet animal simplicitalis et innocentiœ, quod eliam corporaliler ipso fellc careat, et ajoutait : Quemadmodum cnim post aquos diluvii, quibus iniquilas antiqua purgala est, post baptismum, ut ita dixtrim, mundi paccm cxlestis irse preeco cclumba terris adnunliavit dimissa ex arca et cum olea reversa, quod signum eliam apud nationes puci prgtenditur, eadcm dispositione spirilalis efjcctus terne, id est carni nostrse cmergenti de lavacro post vetcra delicta cclumba Sandi Spiritus odvolat pacem Dei odjerens, emissa de cœlo, ubi Ecclesia est arca figurata '.

Non seulement sur les images du baptême de Noire- Seigneur le Saint-Esprit est repré.senté sous forme de colombe', mais encore on le voit intervenir sous cette même forme lors du baptême des simples fidèles (fig. 871, 1115). Sur la mosaïque de l'arc triomphal de Sainte-Maric-Majeure, à l'instant où l'ange vient annoncer l'incarnation, le Saint-Esprit descend sur la Vierge sous forme de colombe K Dans l'évangélialre de Rabulas, œuvre originale composée en Mésopotamie en 586, le miniaturiste travaillait probablement d'après un original grec; ayant à représenter la Pentecôte, il figure le Saint-Esprit par une colombe". Un groupe symbolique inspiré par le baptême du Christ nous montre l'Agneau divin '" ou encore, la croix ", et le Saint-Esprit sous l'image d'une colombe qui descend, tandis que des rayons lumineux ou des ondes s'échappent de son bec. Plusieurs lampes chrétiennes en bronze nous font voir une colombe perchée sur la croix ou sur le chrisme; il est à peine douteux qu'elle figure le Saint-Esprit '".

C'est dans les baptistères surtout que la colombe symbolise tout naturellement l'Esprit-Saint, puisque c'est là que s'accomplit l'opération qui introduit cet Esprit dans les âmes. Le baptême du Christ ou bien la décoration ornementale figurent la colombe et ce type hiératique est maintenant adopté partout, en sorte que saint Paulin, voulant faire exécuter dans la basilique de saint Félix, à Noie, une représentation de la Trinité, s'en explique ainsi •' : Pleno coruscat Trinitas myslerio :

Stat Chrislus agno : vox Patris cœlo tonal El per columbam Spiritus Sanclus fluit.

Le même symbolisme a encore déterminé le choix de la colombe, figure du Saint-Esprit, comme représentation de l'inspiration divine. Nous rencontrons déjà cette conception dans les récits de l'antiquité sur le choix d'évêques provoqué par l'apparition d'une colombe. Par exemple, le pape Fabien est élevé sur le siège épiscopal de Rome à la suite de l'apparition d'une colombe, laquelle vint se poser sur sa tête pendant que les clercs et les fidèles se trouvaient assemblés pour procéder à l'élection d'un évêque '*. Le pape Grégoire I" reçut de bonne heure comme attribut la colombe, sjmbole de l'assistance spéciale et des dons de l'Esprit-Saint. Son biographe, le diacre Jean, qui écrivait pendant le dernier quart du ix" siècle, raconte qu'à cette époque saint Grégoire était communément représenté avec la colombe, et la légende de l'apparition d'une colombe auprès de la tête du

Belgique, 1913, t. i.vi, p. 175-182. — • TertuUien, De baptismo, c. viu. — ' Voir Diclionn., au mot Baptême, t. n, col. 351 sq. — ' De Rossî. Musaiei dellc chiesc di Roma, pi. V. — " H. Leclercq, Mcutucl d'archéol. chrét., 1907, t. II, fis- 392. — " De Hossi. Musaici, pi. xxxvii: abside du Latran. -- " Ibid. : abside Saintc-Pudcntienne. — " Voir Diclionn., au mot Colombe t. lu, col. 2229, note 4. -■ " S. Paulin. Epistolw, xxxn, 10, P. L., t. lxi, col. a-SC. — " Eusèbe. Historia ecclesiasiica, I. VI, c. xxix, P. G., t. XX. col. 588.

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