III. Christianisme. — D'après leur propre tradition
' Corp. inscr. grue, t. ni, n. 5128 ; Code Tliéodosien, I. XII, lit. xn, lex 2. — - L. Ducliesne, Autonomies ecîésiasliques. Kglises séparées, in-12, Paris, 1896, p. 303-303. — ' Ibid., p. 288. — ' J.-A. Letronne, Matériaux pour l'histoire du chrislicaiisme en Egypte, en Nubie et en Abyssinie contenus dans trois mémoires académiques sur des inscriptions grecques des
les Éthiopiens auraient reçu la foi chrétienne de neuf saints originaires « du pays de Rome », qui auraient choisi le 'figré intérieur comme leur principal champ d'apostolat. De ce nombre fut saint Pantaléon, appelé aussi Pantaléémon, dont le père est qualifié de tertius inter viros qui ad Homanorum imperatoris dexleram sedenl. Voici la carrière apostolique du saint homme : il se construit sur une montagne près d'Axoum une petite cellule large de deux coudées et une palme, longue de deux coudées, haute de cinq. Cela fait, il s'y installe debout, immobile, sans boire, ni manger, ni dormir pendant quarante-cinq ans. Passons.
Les .\ctes des apôtres, vni, 27-40, rapportent l'entretien d'un serviteur de la kandakt d'Ethiopie avec un apôtre qui, chemin faisant, le baptise. Cet homme, qualifié EÙvoû/oç SuvàcrT/iç, n'est pas désigné par son nom; il était juif, avait visité Jérusalem et regagnait son pays, c'est-à-dire la région s'étendant au sud de l'Egypte, depuis Syène jusqu'à Méroe ^ Naturellement on a imaginé faire de cet eunuque l'introducteur du christianisme dans ces régions "; c'est une invention qui ne comporte même pas de discussion. On peut mettre au même rang les missions attribuées à l'apôtre saint Matthieu in JElhiopiam et à saint Barthélémy in Indiam cileriorcm, cette dernière désignation se rapporte d'ailleurs à l'Asie.
Eusêbe, souvent instruit de traditions anciennes, nous apprend que le philosophe Pantène ^- originaire de Sicile et qui organisa, s'il ne le fonda point, le Didascalée d'Alexandrie — aurait, au cours de ses voyages, prêché l'évangile parmi les Indiens '. Le terme est alors si vague qu'on n'en ose rien induire, Inde pouvant désigner le Ycmen actuel aussi bien que l'Abyssinie ou l'Hindoustan. Saint Jérôme assure que c'est aux Rrahmancs que s'adresse Pantène; mais il ne dit pas où il a pris ce renseignement. Au reste, Eusèbo parait sceptique, c'est un «■ on-dit » qu'il enregistre et il se garde prudemment de prendre parti. Il est peut-être plus sceptique encore quand il rapporte que Pantène trouva des chrétiens qui lisaient l'évangile de saint Matthieu en hébreu, tel que le leur avait apporté saint Barthélémy, leur premier apôtre. Si la tradition de cet évangile a quelque valeur, elle cadrerait assez bien avec la situation linguistique en Abyssinie et dans l'Arabie Heureuse. La langue commune, dans ces pays, était une langue sémitique, la Bible put y être traduite de bonne heure en hébreu », Les catalogues byzantins des douze apôtres envoient Barthélémy aux « Arabes heureux », 'IvSoTç toï; xaXoujjiÉvotç- s'jSaiijtôai. Mais ces textes posttrieurs, ampUfications ou interprétations de celui d'Eusèbe, ne nous apprennent rien.
L'Ethiopie n'est mentionnée nulle part dans l'ancien personnel apostolique. Eusèbe n'en dit rien. Leucius Charinus et le catalogue byzantin sont tout aussi silencieux. Rufin expédie saint Matthieu en Ethiopie et probablement sans ombre de raison; on peut taire les attributions du faux Abdias. Au reste, qu'entendent ces auteurs par le mot Ethiopie? Est-ce la Nubie ou le royaume d'Axoum? On ne saurait le dire. En somme, jusqu'au iv« siècle, nous ignorons tout du christianisme dans ces immenses régions, nous ignorons avant tout s'il y a pénétré.
IV. S.viNT Frumence. — L'introduction du christianisme parmi les peuples habitant le bassin supérieur du Nil n'est pas antérieure au iv^ siècle. La conversion du pays est un fait avéré par les récits dé-
v'et Vf 5it"des,ln-4», Paiis, 1832, p. 44. — ' Dillmanii, Veber die An/unge des Axumitischen Reiches, dans Abhandlungen de I'.\cad. deBerlin, 1878, p. 177 sq. — • A. Wiedemann, L'Ethiopie au temps de Tibère et le trésorier de la reine Candace, dans Le Muséon . 1884, t. m, p. 117-126. — ' Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c.x.P. (;.,t.xx,col.453. — "L. nuchesne, op. cr(., p. 307, n. 2.
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taillés et concordants de Rufm, de Socrate et de Sozomène, confirnice par une lettre de Constance aux princes d'Axoum. Il est même certain qu'avant cette conversion générale, les fréquentes relations maritimes et commerciales de l'ÉgApte avec les côtes de l'Yémen et de la Troglodytique avaient déjà conduit dans ces régions des chrétiens qui s'y étaient établis : ils aidèrent saint Frumence à opérer quelques conversions parmi les indigènes, mais la conversion totale des Axoumites ne doit prendre place que vers l'an 330, après le voyage de Frumence à Alexandrie et son retour à Axoum comme évcque '. Dans sa continuation de l'Histoire ecclcsiastiqiic d'Eusèbe (I, ix), Rufm nous a conservé un récit curieux, puisé par lui à bonne source et dont l'ensemble est incontesté, malgré quelques erreurs sur la géographie des pays du sud et de l'est =.
In ea divisionc orbis, quœ ad pra-dicaiidum verbum Dei, sorte, per aposlolos ctlebrala est, ciim aliœ aliis provincise obvenissent, Thomse Parthia et Matihœo Elhiopia, eique adhœrens citerior India BaTtholomseo dicitur sorte décréta. Inter quant Partliiamque média, scd longo inlerior Iruclu, India ullerior jacct, multis variisque linguis et yentibus habitula; quam velut longe remotani nullus apostolicœ prœdiealionis vomere impresserat; quœ tamen temporibus Constantini, tati quadam ex causa semina fidei prima sascepit.
Melrodorus quidam philosopbus, inspiciendorum locorum et orbis pcrscrutandi gratia, ulteriorem dicitur Indiam pénétrasse. Cujus exempta invitatus Mcropius quidam,Tyrius philosophus, simili ex causa, adiré Indiam voluit, habens secum duos pucrulos, quos liberalibw! lilteris. utpote propinquos, inslituebat; quorum, uniix qui eral junior, ^Hdesius, aller Frumcntius vocabatur. Igitur pervisis et in notitiam caplis his quibus animus pasccbatur, eum philosophas redire cœpissel, aquse vel cœlerorum necessariurum causa, ad portum quemdam navis qna vehebatur applicuit ". Aloris est inibi barbarorum, ul si quando fa'dus sibi cum Romanis turbatum vicinœ nunliaverunt génies, omnes qui apud cos c.v Romanis invenli jucrinl jugulenlur. Invadilur navis philosophi, cuncli cum ipso pariter perimuntur ; pueruli reperti sub arbore méditantes et lectiones suas parantes, barbarorum miserulione servait, ducuntur ad regcm. Horum illc alierum, id est JEdesium sibi pincernam fecil; Frumentio veru, quem quasi perspicacem dcprehenderal cl prudcnlcm, ralioncs suas scriniaque conimisit, exqaoet honore magnoapud regem ha bili et inamore.
Al vero moriens rex uxorem cum parvulo filio rcgni reliquil hxredem; adolescenlibus autem quid vcllent agendi dcdil libercun facuUatem; quos tamen regina supplicitcr exorat, tanquam quœ nihil haberet in loto régna fidelius ut secum, usquequo adolescerel filius. regendi rcgni soUicitudincm . parlircnlur, et prœeipue Frumenlium, cujus prudentia ad modcrandum sufjicerct regnum : nam alius fidcm puram et sobriam mentem simpliciler exhibebal. Idque dum agcrenl cl rcgni gubernacula Frumcntius haberet in manibus, Deo mentem ejus et animas instiganle, requirere sollicilus ccepit. si qui inter negotiatores romanos christiani cssent, et ipsis polestatem maximum dure, ac monere ut conventicula pcr loca singula faccrent, ad quœ romano ritu, oralionis causa, confluèrent; sed et ipsa mullo magis eadem lacère, cl ita cirtcros cohortari, javorc cl beneficiis invitare, prœstarc quidquid opporlunum fuissel, loca sedificiis aliaquc nrccssaria prœbere, cl omnino gestirc ul chrislianorum ibi semen exsurgerel. Sed cum regius
' J.-A.Lctronno, i>i>.cil..\i. 25; Huiln, Ilisl.cccl.,l. I.c.ix, P. 1.., t. XXI, col. 479; S. Athnmise, Apol. ad Conutaiitiiini. c. XXXI, p. (j., t. XXV, col. 6.'}<i. — = J. Dcramcy, Inlrnduction et restauration du chrisliunisme en Ahussinic (.33tf- 480), extrait de la Jtemie de l'histoire des religions, 18!i.">, p. 5-0. - — ' Relâche ù .Xduulis, \Tnlscinhlnl)lenipnt. —
puer adolevissct, qui procuralioncm regni gerebant, expleiis omnibus et ex fuie traditis, mullum lied delinentibus et rogantibus ul manerent, regina vel ftlio ad orbem tamen nostrum revertuntur. JEdesio destinante Tyrum, parentes propinquosque reviscre, Frumcntius Alexandriam pergit, dicens sequum non esse opus occultare dominicum. Igitur rem omnem ut gesta est exponit episcopo. ac monel ut provideat virum aliquem dignum, quem congregalis jam plurimis christianis, et ecclesiis conslructis ' in barbarico loco, cpiseopum mittat. Tum vero Alhanasius, nam is nuper sacerdotium acceperat, atientius cl propensius Frumcnlii dicta gesiaque considerans, in concilio sacerdolum ait : • El quem alium inveniemus virum talem, in quo sit Spiritus Dei sicut in te, qui hœc pcssil implere? » Et Iradito ei saccrdoiio, redire eum cum Domini gratia unde vencral jubet. Qui cum episcopus perrexisset ad Indiam, lanta ei data esse a Deo virtutum gratia dicitur, ut signa pcr eum aposlolica fièrent, et infinitus mimerus barbarorum converteretur ad fidcm. Ex quo in Indiœ partibus et popuU chrislianorum ei ecclesiœ factœ sunt et sacerdolum ccepit. Quœ nos ita gesta, non opinionc vulgi, scd ipso JEdesio Tyri presbylero puslmodum facto, qui Frumcnlii comes prius fuerat, rejercntc cognovimus.
La date de ces événements peut faire l'objet de quelques discussions. Au dire de l'historien Socrate *, le christianisme n'aurait pas pénétré dans l'Inde intérieure avant l'époque de Constantin. S'il entend par là le royaume axoumite, Métrodore, qui paraît avoir été en rapport avec Constantin et lui avait offert les objets de curiosité rapportés de son voyage, aura dû visiter ces contrées vers l'année 324 à 325. Rufin fait ordonner Frumence dès le début de l'épiscopal de saint Athanasc, nam is (Alhanasius) r.uper sacerdotium suscepcrat; or l'ordination d'Athanasc est de 328 et le séjour des deux jeunes Tyriens à la cour ne peut guère être moindre d'une quinzaine d'années. Le nuper de Rufin, comme le vecôoti de Socralc, mérite correction: l'ordination de Frumence dut avoir lieu peu avant 310 ou peu après 346, car dans l'intervalle de ces six années Athanase fut absent d'Alexandrie.
Le navire qui iiortait Mérope de Tyr rcU'icha probablement dans une baie voisine de l'archipel de Dhalak, près de Massaouah '. ^dcsius et Frumence auront remonté des ri\ages <lc la mer Rouge vers Axoum par les plateaux du Tigré, en quatre ou cinq jours de marche. Les mesures prises par les deux Tyriens, lorstjue la faveur royale leur eut permis d'agir ouvertement pour l'avantage des négociants gréco-romains, nous mollirent clairement que les rois d'Axoum mesnraienl étroitement aux étrangers le droit de pratiquer leur culte dans le royaume; quant à parler en public de leurs croyances, il semble qu'il n'en était même pas question. Requirere sollicilus cœpit (Frumcntius) si qui inter negotiatores romanus christiani cssent.
Au retour du voyage à .Mcxandric, Frumence et ses collaborateurs travaillèrent avec tant de succès à l'établissement du christianisme chez les Axoumites, qu'en peu d'années il s'éleva une Église llorissanle et Frumence fut désigné sous le nom de Kedus Faramunalos. dit Kasateberhan (rilluminalcur). Ces événements s'accomphrenl sous le règne des deux frères Aizanas et Saïzanas ". Ces succès sont constatés, non seulement par les .tcnkussars élhiopiens, mais par une lettre de l'empereur Constance adressée on 350 aux deux rois d'Axoum précités '. A cotte date,
« Socrate, Ilisloria ccclesiiislica,]. I. c. xi.\. /'. (/.. t. i.xvii. col. 125. — ' .Mossuouah est il environ KIU kiloniètrcs d'Axoum. — • On les nomme aussi Abralin et Alsubitlm ot dans le synaxnire éthiopien : Ela-Auda cl l-;iii-.\/.|{iiaKu«. — ' S. Alhniinsc, Apningia ad Conslanliiiiii. .M. 1'. (■'., t. XXV, col. Gliii.
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saint Athanase était fugitif, déclaré par Constance ennemi de l'État et, à ce titre, la cour impériale se préoccupa du rôle rempli par le grand docteur ortlioiloxe dans l'alTaire de la mission abyssinienne. Cette lettre, dont l'authenticité est au dessus de tout soupçon ', donnerait lieu de croire que les deux princes auxquels elle était adressée pratiquaient le christianisme. Cependant nous possédons une inscription (l'Aïzanas par laquelle on voit qu'il était païen -, Il s'y qualifie seul du titre de roi, mais il mentionne ses deux frères Saïzanas et Adéfas.
A l'époque où Constance écrivait au roi d'Axoum, saint Athanase, fugitif, se disposait à tenter une »lcniièie démarche conciliatrice auprès de l'empereur. V'nc copie de la lettre venue entre ses mains l'induisit à composer une Apolof/ie, dans laquelle il inséra le texte de la lettre en question; la voici :
« Constance, vainqueur, très grand, auguste, à Aïzanas et Saïzanas.
« La connaissance du Dieu suprême est pour nous l'objet de notre pensée et de notre zèle le plus grand. 11 faut, croyons-nous, que les hommes de notre temps l)artagent notre préoccupation, afin de conduire leur vie au terme de l'espérance, sachant ce qu'il y a de mieux touchant la Divinité et ne différant en rien dans la recherche de la justice et de la vérité. Vous jugeant dignes de la même bienveillance dont jouissent les Romains et vous associant aux mêmes mesures, nous ordonnons qu'un seul et unique dogme domine dans les Églises.
« Envoyez donc l'évêque Frumence en Egypte par le chemin le plus direct auprès de l'évêque Georges et de ses collègues égyptien.s qui sont les maîtres de. l'ordination et les juges de la doctrine. Vous savez, sans doute, à moins que vous ne soyez seuls à ignorer ce que tous savent, que Frumence est la créature d'Athanase et celui-ci, couvert de crimes, n'a pu s'en justifier; il est donc tombé de son siège et il erre d'une province à l'autre, s'imaginant prouver son innocence par ce moyen.
« Si Frumence obéit volontiers avec l'intention de rendre compte de toute sa conduite, il prouvera par sa soumission son orthodoxie: qu'il soit jugé sur sa vie entière et produise ses raisons devant ceux étabhs pour en connaître Ceux-ci le rétabliront s'il est digne d'être rétabh, mais s'il hésite, s'il se dérobe, la preuve sera tenue pour faite que, docile aux enseignements d'Athanase, il en partage les fausses doctrines touchant la Divinité et n'est pas moins criminel que son maître.
« Nous appréhendons qu'.\thanase, ayant gagné Axoum, n'y corrompe autour de lui par ses discours séducteurs et impies, destructeurs des Églises, perturbateur des communautés, blasphémateur du Dieu suprême; bien plus, qu'il ne fournisse au peuple l'occasion d'un bouleversement. Si Frumence est dûment averti, il ne pourra que gagner beaucoup dans la conversation du vénérable évêque Georges, il trouvera un semblable entretien chez les autres évêques et reconnaîtra la justesse de cette doctrine.
» Que Dieu vous garde, frères très honorés! »
Cette lettre fut écrite peu après la deuxième expulsion violente d'Athanase de son siège d'.\lexandrie (,355). Frumence était alors un personnage assez considérable pour que sa prédication pût contrecarrer la propagande arienne et provoquer l'intervention impériale. Peut-être Constance escomptait-il la déférence
' I. Guidi, dans Diclionnairc d'histoire cl de géograpliie, t. I, col. 221. — ' Corp. inscr. ffrirc, t. m, n. 512S. — ' Philostorge, Hist. eccl. fragm., 1. III. c. XLVi, P. G., t. Lxv, col. 48t-4SU. — ' Meriaba n'est autre que Saba de la Bible. — 'J.-A. Letronnc, L'arien Tluophile, di( l'Indien, a-l-il été réellement envoijv dans l'Inde pur l'empereur
des princes axoumites, afin d'envoyer Théophile de Dibous importer l'hérésie arienne à Axoum '; Il dut y renoncer. Frumence demeura pacifiquement sur son siège, néanmoins il est fort aventureux de parler des « grands effets de conversion et de salut » opérés par lui et « des oratoires grecs, d'abord privés, qui devinrent des églises et des centres de jour en jour accrus et multipliés t. Ces afiTirmations sont, à leur manière, aussi vagues que les légendes qu'elles prétendent remplacer. La mort, qui enleva Constance en 361 , ne lui donna pas le temps de revenir à la charge.
V. THÉopmLE DE Dibous. — Vers le même temps où l'évêque Frumence implantait le christianisme chez les Éthiopiens, dans la partie nord del'Abyssinie, l'empereur Constance se consolait de l'échec de ses projets par l'envol d'une mission au sud de l'Arabie appelée alors Arabie Heureuse. Là se trouvait un étabUssement pollllquo que, pour plus de commodité, nous nommerons le royaume des Homérites ou Hlmyarites et comprenant tout l'angle sud de la péninsule arabique, jusqu'à Moka et Aden, avec des ramifications d'influence s'étendant sur la côte africaine jusqu'à Zanzibar et au delà. C'était un État sinon prospère, du moins obstiné à vhTe; le siège de Meriaba *, la destruction d'Aden ne l'ébranlèrent pas, ces Arabes continuèrent à servir d'intermédiaires entre l'Inde et l'Egypte. La mission envoyée par Constance et relatée par l'arien Philostorge était conduite par un certain Théophile appelé V Indien, parce que, né dans l'Inde, il avait été envoyé très jeune en otage à Constantinople par les Dibeni, ses compatriotes, dont le pays était une île appelée Dibus ou Dibous, de laquelle ils tiraient leur nom ^. On ne sait ce que c'est que cette île de Dibous, Identifiée tantôt avec Socotora, tantôt avec Diu, tantôt avec une des îles de la côte abyssinienne, mais Théophile en savait plus que nous sur ce point, puisque, sa mission terminée, avant de rentrer dans l'empire, il voulut revoir son île natale. Il eut la satisfaction d'y trouver des chrétiens et la mortification d'avoir à les gourmander, car il trouva mauvais qu'ils demeurassent assis pour entendre la lecture de l'évangile. Il les confirma dans la vraie doctrine ', c'est-à-dire l'arianisme, qui s'y trouvait établi, passa chez les Axoumites et retourna auprès de l'empereur.
Il s'en faut que tout soit satisfaisant dans ce récit. Baronius n'en croit rien du tout; .lacques Godefroy le tient, ou peu s'en faut, pour une fable; Tlllemont le repousse sans en rien retenir et n'y voit qu'une invention de Philostorge '; Letronne estime que, « dans l'état actuel du récit, il est presque impossible qu'une critique un peu sévère consente à l'admettre ' » et Il résout toutes les difficultés par cette explication que : « Théophile n'étolt point né dans l'Inde, qu'il n'avoit point voyagé dans l'Inde, mais qu'ici le mot Inde ne désigne qu'un point quelconque des côtes méridionales de la mer Rouge, soit en Afrique, soit en Arabie. »
Ce terme Inde a reçu des anciens l'extension la plus arbitraire et s'appliquait abusivement aux pays situés à l'est du fleuve Indus jusqu'aux réglons méridionales de l'Asie, jusqu'à r.\rabie et enfin jusqu'aux côtes éthiopiennes de la mer Rouge. Cette confusion est ancienne, mais du ni' au \T= siècle de notre ère elle est courante. Pour y obvier, on recourut à des qualifications particuUèrcs qui furent à leur tour confondues entre elles et donnent naissance à de nouvelles erreurs. Les historiens ecclésiastiques nous montrent que
Constance duns l'intérêt de sa secte, dans Matériait.j: pour riiistoirc, p. 111-141. — • L. Ducliesnc, Autonomies ecclésiastiques, p. 313, note 1, conjecture que les ctirctiens de Dibous pourraient avoir été des néophytes de Frumence, auquel cas il n'eussent pas été ariens. — ' MCm. pour servir à l'hist. eccl., t. vn, p. 289. — • J. A. Letronne, op. cil, p. 114.
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l'Inde éthiopienne et arabe était distinguée par les mots èvSo-épto ou biSo-i-a, dont Socrate, Sozomène et Philostorge font usage pour désigner l'Étliiopie et le paj's des Homérites. Ici le mot a intérieure » est relatif k l'empire romain. Or, c'est la même CApression qu'emploie Cosmas Indicopleustes pour désigner l'autre Inde. Lui aussi parle d'une Inde intérieure ft avec un sens opposé à celui que les historiens ecclésiastiques donnent à ce mot. De là, on le comprend, une foule de méprises; en voici un exemple caractéristique.
Socrate et Sozomène racontent le voyage de Métrodore dans l'Inde intérieure sur les côtes d'Ethiopie et d'.\rabie, voyage dont nous avons parlé. Or Théodoret, relatant le même fait, emploie les mots -q layjxTi] IvSîa, et Rufm, ceux de India ulterior, et tous les deux ont évidemment voulu désigner le " continent de l'Inde »; mais le récit détaillé de Socrate et de Sozomène prouve que l'erreur n'est pas de leur côté; elle provient de ce que Ru fin et Théodoret ont interprété dans l'autre sens le mot « intérieure « de l'original qu'ils avaient sous les yeux. Théodoret a fait la même faute à l'occasion de saint Frumence. Selon lui, ce saint personnage, ayant envie de visiter la « dernière Inde », t)]v è<T/i—ry 'IvStav, et ne se laissant pas effrayer par les périls de la grande mer, -roû [icviXo'j TrsXâyouç zaTaçpov/jCTai;, alla répandre la lumière de l'évangile dans cette contrée lointaine. Il est clair que Théodoret a voulu parler ici de l'Inde, et cependant c'est un fait démontré, que ce sont les Abyssins et non les Indiens que saint Frumence a convertis. Philostorge a commis la même erreur, il a été dupe de la signification équivoque d'un terme géographique, ce qui explique comment il a laissé dans son récit une circonstance qui, à elle seule, dénonce cette erreur : je veux parler de la qualité d'otage qu'il donne è Théophile de Dibous. Inacceptable si elle b'apphque à une contrée quelconque de l'Hindoustan, elle est naturelle si elle s'entend de la côte d'Ethiopie vers Adoulis et Axoum. On voit des prisonniers axoumites orner le triomphe de l'empereur Aurélien, on voit de même les Romains faire alliance avec les peuples des côtes de l'Ethiopie et de l'Arabie, leur envoyer des ambassades et en recevoir d'eux. Un rescrit de Constance, relatif à ceux qui se rendent dans ces parages, montre que les relations étaient fréquentes. Nous savons que des vaisseaux romains stationnaient dans la mer Rouge pour défendre les bâtiments de commerce contre les pirates arabes et assurer la perception des droits imposés ù certains ports; de là à s'assurer de quelques habitants d'une île voisine à titre d'otages, il n'y a qu'un pas. Enfin, nous savons que Philostorge, arien convaincu, saisit toutes les occasions qui s'offrent à lui de grandir le rôle et d'étendre le domaine de l'arianisme. 11 serait bien aise de laisser entendre que c'est Théophile de Dibous qui a initié les Axoumites au christianisme, alors que nous savons que c'est Frumence; ce n'est pas assez, il confond de bonne foi ou intentionnellement les deux acceptions du mot Inde, ce qui lui permet d'étendre les conquêtes ariennes dans la direction de l' Indus, alors que Théophile, né sur les bords de la mer Rouge, ne s'en était pas écarté. 11 y a plus. Saint Grégoire de Nyssc ai)plique à ce même Théophile, dit V Indien, l'épitlute de Théophile le litcmnnje, dénomination qui s'appliquait aux riverains de la mer Uouge depuis Bérénice jusqu'à Adoulis. Enfin, ce Théophile le Blemmtie est désigné par le concile de Constantinople de 3.')8 !.ous la qualification de Théophile le Libyen; or ces deuxépithètes.B/cmmyc et i-ifti/e/i, fixent positivement le sens qu'il faut donner à celle (l'Indien; elles nous montrent que Théophile était né en Ethiopie et non dans l'Inde.
Né en Ethiopie, livré en otage à Constantinople,
Théophile devenait un précieux instrument dans les mains de Constance, désireux d'envoyer une mission arienne chez les Axoumites et en .\rabie. La mission n'est attestée que par le seul Philostorge, de qui le zèle rehgieux aura, une fois de plus, guidé la plume dans l'intérêt de l'arianisme; mais la concordance des époques est décisive. La lettre de Constance à Aïzanas et à Saizanas n'est plus seulement attestée par l'insertion qu'en fit saint Athanase dans son Apologie, mais encore par l'inscription d'Axoum, qui renferme le récit des victoires de ces deux princes. L'envoi de la lettre et l'envoi de la mission sont une double forme de l'intervention de Constance en 350; les historiens ecclésiastiques ont passé ces deux graves démarches sous silence pour une raison analogue à celle qui guidait Philostorge. Celui-ci exagérait les faits relatifs à l'arianisme, ceux-là taisaient le plus possible ces faits, dans le désir de diminuer l'importance del'hérésic. Il est fort possible qu'en donnant à Théophile l'épithètc de Blemmyc, saint Grégoire de Nysse ait été bien aiso de lancer une épigramme; les Blemmyes, peuplade bien connue de son temps, jouissaient d'une réputation déplorable, le pillage, la rapine étaient leur seul métier et rappeler l'origine blemmye de Théophile, c'était faire pressentir les méthodes d'apostolat de l'évèquc arien.
Théophile, natif de l'île de Dibous, avait été envoyé comme otage à la cour de Constantin (323-337), où il reçut une éducation chrétienne et même une formation ascétique. Eusèbe de Xicomédie (t 341 ou 342) le promut au diaconat, mais ce ne fut qu'à la veille de sa mission éthiopienne qu'il reçut la consécration épiscopale. Ce que nous apprend Philostorge à son sujet est, on l'a vu, sujet à caution. Nous n'avons que les extraits faits dans l'ouvrage de Philostorge par Photius; heureusement Suidas nous a laissé quelques pages intéressantes et c'est au moyen de ces sources que H. de Valois a pu reconstituer, presque en entier, le récit de la mission de Théophile auprès du roi des Homérites.
Fertiir Consfantiam Icgaios misisse ad ecs qui nunc Homeritœ, olim Sabœi, vocantur, eo ccncilio ut ad veram pidatem illos traducen-l. Proinde nuignificis muneribus et blanda vcrbcrum persuasione regcm illius gentis sibi eonciliare slatuit atque ex eo slaiim oppoilunitatem nactus, religionis ibi scminci spargere. l'ostulaoit ctiam ut Romanis illuc navigantibus et regionis incolis qui ad Christi fidcm eoniwrii vellcnt ecclesias œdificarc liceret. Dédit etiam legatis miignnm l'im pecuniœ quam œdificandis ecclcsiis impcndcrenl. Ilujus porro legationis princeps crat Theophilus Indus, qui olim quidcm, Constantino imperium administrante, admodum juvcnis obses Trapà Ttôv Ai^évoiv missus juerat ad Romanos. Ilorum regio Dibous insula est. Incola: vcro ipsi quoque Indi eognominantiir. Porro hune Theophilum veram de Deo opinionem amplexum esse, sed et monasticam vitam clcgisse et ad gradum diaconi promotum esse, Eusebio sacras ci manus imponente. Postea vero cum legationcm banc <}brundam suscepissct, a suœ communionis Itominibus cpiscopali dignitate eum ornalum esse.
Ccterum Cunstantius, eum com legationcm magnificam et valdc graciosam esse vcllcl, duccntos equos ex Cappadncia generosissimos nai'ibus impositos multaque alla dona, partim ad conciliandam admirationem, partim ad alliciendos animas misit. Theophilus igitur, cum ad Sabivos venissct, gentis principi persuadera eonatus est ut Christum colcrct et a gentilium crrore rccederet. Et Judieorum quidem solita /raus ac malitia in prolundissimiim silcntium sesc abdcre coacllv sunl, cum Theophilus, lulmirandis operibus edilis. fidcm Christi invictam esse scmcl ntquc iterum ostcndisset. Lcgalio vero jclieem exitum sortila est, cum princcps
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(jenlis illius sincero animo ad vcrcim pictalcm trcinsiisset, et très ecclesias in ea regione œdificasset. Ex illis aulcm icclesiis, unam quidcm in mciropoli tolius ycnlis quam Tcipharam (= Safor) vacant xdificavit. Aliam vero ecclesiam in eo loco in quo romanum eral emporium ad exteriorem Oceanum vergens; vocalur autem hic locus Adene (= Aden). Tcrtiam dcnique ecclesiam in altéra regionis parte exstruxit ubi Persicum est emporium célèbre, in oslio maris Pcrsici, quod inibi est situm (= Ormuz, à l'entrée du golfe Persique; cependant cette contrée ne faisait pas partie du royaume homérite).
At Thcophilus, cum apud Homeritas singula proul poterut et prout temporis ratio sinebat, ordinassel et ecclesias dedicavissel, cl ornamentis quibus poterat exornasset, ad insidam Dibous navigasset, atque ad alias Indiie regiones perrexil mullaque quœ apud illos non rite fiebant emcndavil. Nam et lectiones Evangelii audiebant sedentes cl alla qusedam peragebant quibus dioina Icx repugnabat. Theopliilus vero, cum singula apud eos, juxta sanctiorcm rinim Deoque magis aceeptum correxisset Ecclcsiœ quoque dogma confirmavil : neque enim circa divini Numinis eultam alla egebant cmendatione, utpote qui ab ultima antiquitale constanlissime Filium allerius a Paire substantiœ profilerentur.
Philostorgc semble ignorer, du reste, que la contrée des Homéritcs, où Théophile de Dibous a fondé deux gi-andes Éghses, celles de Safar et d'Aden, avait déjà reçu l'Évangile. Dès le temps d'Abd-K^elal, c'està-dire au m' siècle, ce prince, déjà chrétien, favorisait la religion nouvelle, au dire des historiens arabes Abou'1-Féda et Hamza '. Fresnel, Caussin de Perceval - et E. Carpcnlicr " admettent ce fait. Marthad et Wakia, deux de ses successeurs, furent très bien disposés envers le christianisme; c'est sous le règne de l'un d'eux que Théophile vint prêcher et demander la liberté du culte chrétien tant pour les marchands romains établis dans le pays que pour les indigènes qui désireraient se convertir. Le roi inchnait vers la vérité, dit Philostorge, mais il est évident qu'il ne se convertit pas. Le gouvernement, dans ce pays, parait avoir oscillé entre le judaïsme et l'ancien culte sabéen. La dernière inscription royale qui contienne (les formules païennes est de l'année 281 ; le judaïsme linit par prendre le dessus, les inscriptions juives se rencontrent en 378, 448, 458, 4G7. Peu après le temps où nous sommes, la dynastie locale l'avait adopté. Les chrétiens du Yémen demeurèrent fort isolés '.
"VI. Nouveaux apôtres. — Dans la deuxième moitié du v" siècle, sous le règne de l'empereur d'Ethiopie Al .\mèda (455-495), arrivèrent à Axoum des prédicateurs, appelés les neuf saints de Rome, rnmuwiàn, c'est-à-dire les envoyés de la nouvelle Rome, qui était Constantinople, ou, plus simplement, venus d'Egypte. Vraisemblablement ce n'étaient pas les seuls. Le patriarche Mendez ^ admet que AI Amèda régnait dans les années qui ont suivi le concile de Chalcédoine (451); or, on sait quel bouleversement ce concile détermina parmi les moines d'Egypte et de Syrie, quelles persécutions furent exercées contre une partie d'entre eux: il n'y a plus à être surpris de voir ceux-ci se réfugier en Abyssinie, et cette in\'asion pacifique coïncida avec les progrès du christianisme en Ethiopie et la conversion du négus . La date de cette conversion n'est pas facile à préciser. On ne saurait prendre au sérieux l'assertion des synaxaires qui nous représentent les neuf saints comme ayant r. çu l'habit religieux des mains de saint Pakhôme (t 349). Une autre indication, de pro-
' Schultens, Imper. Ject., édit. Berlin, p. de Perceval, Histoire des Arabes, 1. 1, p. 107.
— -Caussin ' Acta sanc-
venance légendaire aussi, mais plus conciliable avec les faits certains, c'est que le roi Kaleb, avant son expédition transmarine de l'année 524, alla consulter un reclus qui menait cette vie depuis quarante-cinq ans, et ce reclus serait abba Pantalewon, un des neuf saints. Ceci reporterait au delà de l'année 480 l'arrivée de ceux-ci et nous rapprocherait des temps immédiatement postérieurs au concile de Chalcédoine.
Les noms des neuf saints ont été conservés grâce au culte qui leur est rendu et aux éghses qui leur sont dédiées dans le Tigié, à Axoum et aux alentours; ce sont : abba Michaël, dit Aragûwi ou le vieillard; abba Pantalewon, abba Isaac, dit Garimà; abba Afsé; abba Gaba: abbaAlèf ; abba Yemata ou Mata; abba Likanos et abba Sàmâ. Ces religieux, dévoués aux doctrines d'Eutychès et partisans de Dioscore, envahirent l'Ethiopie et, par eux-mOnies comme par leurs disciples, implantèrent le monojjhysisme qui a duré jusqu'à nos jours '. L'orthodoxie enseignée par Frumence, écho de la parole d'Athanase, avait résisté aux prières impératives et aux tentatives ariennes de l'empereur Constance; mais après la mort de Frumence, on n'a aucun indice que les communautés fondées par lui fussent prospères; on peut croire qu'elles végétèrent sans direction bien ferme et eurent à souffrir des retours offensifs du paganisme local ou du judaïsme, dont on a retrouvé des traces si nombreuses dans l'histoire des Éthiopiens supérieurs; il est certain que les chroniques, liturgies, poésies sacrées de l'Abyssinie ne contiennent rien, de 380 à 480, qui fasse supposer la continuation et l'efriorescence d'une vie chrétienne et d'une hiérarchie ecclésiastique, dans la contrée évangéhsée par Frumence. Les conciles, tenus à Alexandrie et ailleurs, ne mentionnent jamais l'évèque ou le métropolitain d'Axoum; aucun fait de persécution ou d'apostasie violente n'est signalé dans les annales du pays. Seuls, cinq ou six noms de métropolitains de fantaisie se trouvent inscrits sur des listes dont le vague et l'incertitude le disputent au.x erreurs et aux remaniements des listes royales. On est donc autorisé à conjecturer une éclipse ou une disparition à peu près complète de l'Évangile dans ces régions abyssiniennes, dont Théophile et CjTille d'Alexandrie semblent s'être désintéressés. Pareil abandon ne pouvait que favoriser le sabéïsme et le mosaïsme, et lorsque, sous le roi Al Amâda, les neuf saints et leurs compagnons entreprirent la rcchristianisation de la contrée, ils opérèrent sans préoccupation de l'ancienne orthodoxie, dont les derniers représentants avaient probalilement disparu. L'Église éthiopienne fut monophysite.
Vers le temps de cette évangélisation, le roi d'Axoum fit la guerre au roi d'Hymiar. Voici le récit de Jean d'Éphèse, rafraîchi par Jean Jlalala : « Il arriva que les rois de l'Inde furent en guerre l'un avec l'autre, puis avec un autre roi d'Hymiar, nommé Dimioun. Le roi des Éthiopiens, nommé Aïdoug, fit vœu de se faire chrétien, s'il remportait la victoire sur son ennemi. Ayant vaincu et tué Dimioun, le roi Aïdoug demanda à Justinien un évOque et des prêtres. Un saint moine appelé Phirmounara leur fut accordé comme chef de la mission. Aïdoug reçut le baptême; une foule d'églises furent l'àties à celte occasion '. » Revisons d'abord les noms propres. Aïdoug ou .Vidog, de Jean d'Éphèse, est devenu Adad chez Théophane, Andas chez Jean Malala, et H. Sait, plus tard le P. Carpentier, l'identifient avec El Amâma '. Le roi Dimioun est le Damianos des Homérites, dilTérent de Dheu-Nowas. L'histoire de ce dernier suppose tou-
314. — ' Hisl. Ethiop.. I. I, c. xxxi sq. — ' Deramcy, op. cit.. p. 25. — 'I.Guidi,dansDic(.d'/ii.'î(.,t.i,col.212. — '.Xssémnni,
(onim,24octobre, p. 661 sq. — 'L.Duchcsne,op.cï(., p. 313- I Bibl. orient., t. i, p. 359. — 'Actasanct., oct. t. xn,p. 299sq.
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jours qu'un certain temps avant les années 520-523, une intervention éthiopienne s'était produite dans les aftaires de l'Hymiar, que le pouvoir avait été enlevé à l'ancienne dynastie et remis, par les princes axoumites, à une autre famille princièrc. Jean Pliirmounara est tout bonnement Jean le Paramonaire, c'est-à-dire le concierge ou le bedeau de l'église Saint- Jean à Alexandrie. Quant à Justinien, mis en cause dans ce récit, le plus sage est d'y renoncer, car il n'est pas bien certain qu'il fût né; on peut mettre à sa place Justin 1"'.
Au commencement du W siècle, Cosmas Indicopleustes passa à Adoulis. « Il y avait, écrit-il, des églises, des prêtres et un grand nombre de chrétiens dans toute l'Ethiopie, à Axoum et dans les régions environnantes'. » Al Amâma était mort à cette époque, et, sans prendre parti dans l'imbroglio des listes royales éthiopiennes -, on peut admettre que le roi Kaleb régnait dans le premier quart du \T^ siècle. Du moment qu'on retire à Kaleb, pour les reporter à Al Amâma, les renseignements cités plus haut d'après la Chronique de Jean Malala, il ne reste pour le règne de Kaleb-Elesbaas que le récit de son intervention armée et de ses succès dans le pays des Homérites, à la suite des massacres du Nedjran, au royaume du Yémen, par Dhii-Nowas. Cette intervention n'a rien pour nous surprendre quand on se rappelle que Kaleb était chrétien zélé et disposé à se taire le détenseur de ses coreligionnaires persécutés. Nous reparlerons de cette expédition du négus abyssin dans un prochain paragraphe.
Il n'y a guère à tirer des inscriptions axoumites pour l'histoire des progrès du christianisme en Ethiopie, si ce n'est que toutes, aussi bien celles qui sont en ghéez que celles qui sont en sabéen ou en grec, supposent le paganisme officiel. On peut constater une distance assez considérable entre les textes épigrapliiques écrits en sabéen et ceux écrits en ghéez; cette dernière langue semble fixée au v« siècle. Or, c'est du iv<: au vî siècle que la traduction des livres saints a paru en ghéez '. Quelle fut la part réelle des moines venus d'Egypte dans cette évangélisation monophysite présidée par l'évèque Jean? Les synaxaircs et les clironiques leur font une large part dans la prédication qui s'étendit depuis les bords du JNIareb jusqu'aux montagnes du Choa (Sas ou Sason dans les inscriptions). On leur fait encore honneur chez les Abyssins de la construction d'édifices importants représentés par les ruines fameuses d'Yaha (Aua), il faut renoncer ù y attacher le nom d'abba Afsé, l'un des neuf saints. Les empreintes prises par Th. Bent permettent d'affirmer que ces débris gigantesques sont d'origine sabéenne.
"VII. Chez lks Blemmyes. — Quand Dioclélien se fut résolu à ramener à huit étapes eu arrière les troupes romaines établies au delà de la première cataracte du Nil, tout le p^s ainsi évacué et désigné sous le nom de Dodécaschènc fut occupé par une peuplade barbare qui se trouva désormais proche de la frontière d'Egypte. Il y eut même deux peuplades distinctes : les Nobades, qui représentaient, à un
I Cosmographia, III, /'. C, t. Lxxxvin, col. 169. — = E. Drouin, Les listes royales éthiopiennes cl leur autorité historique, dans Reuue archéiihuiiiuc, 18S2, p. 98 sq., 153 sq., 206 sq. — ' R. Basset, Etudes sur l'histoire d' Ethiopie, dans Journal asiatique, 1881, t. xvn. — * E. Revillout. Mémoire sur les Blemmucs, p. 38;i. — ' Ihid., p. 383. — • Aminien Marcellin, édit. 1681, p. 13 pt 14; Clau- «licn, Carmen de Nilo, vers 19; Etunmhifiicum magnum, !iu mot : li/£|).ji;, édit. Sturz, p. 180. ligne 10; Siilpice Sévère, Dialog., I, c. XV. — ' Palladius, De vila S. Johamiis Clu-ysostomi : lla/Àiôiov Se Ii'i,£.\i.\i.Co)i r, AtOioitd)'/ £/. ■/ei^ôvov yjio'jpetO«i S-./V"i'' /.«A')-J|j.svov t'o /(jipiov.
moindre degré de civiUsation, les anciens Éthiopiens de Napata et de Méroé, et les Blemmyes, plus sauvages encore, vivant de rapines et ne dédaignant pas de s'abattre parfois sur les villes de la vallée du Nil.
L'horreur qu'ils inspiraient était grande et des légendes saugrenues couraient sur eux. On les faisait venir tantôt de l'Afrique centrale, tantôt du côté de Méroé et de l'Astaboras ■■. Cette denière notion était devenue classique et on la répéta indéfiniment, même au v et au vi= siècle ' ; cependant les clironiqueurs et les voyageurs, mieux renseignés, s'accordent à les placer au-dessus de Syène et des cataractes ". Palladius, parlant des évèques bannis en 406 par suite de leur attachement à saint Jean Chrysostome, fait mention de l'exil d'un évèque à Syènc, dans le voisinage des Blemmyes et des Éthiopiens '. Vers la même époc|ue (407-425), Olympiodore visita le pays des Blemmyes, qui habitaient la vallée du Nil, depuis Syène jusqu'à Primis, dernière ville de leur domination : il nomme quatre autres de leurs villes, Ph<enicon et Chiris (= Chérab?), Thapis (= Taphis, de V Ilin. Anton.) et Talmis (= Khalabscheh). Peuple nomade et errant, les Blemmyes n'ont sans doute pas tonjours occupé le même pays; leur demeure primitive était près d'Axoum et d'Adoulis, ensuite ils se répandirent vers la Nubie et finirent par se fixer dans les vastes déserts qui s'étendent à l'orient de l'Egypte vei's la mer Rouge ». On peut faire bon marché des historiettes mises en circulation par la Chronique pascale, au dire de laquelle l'empereur Dèce envoya, pour combattre les Blemmyes et les Nobades, des serpents venimeux, taudis qu'il lâchait des Uons contre les Arabes. Vopiscus rapporte, dans la Vie d'Aurélien, que cet empereur vainquit, vers l'année 274, les Blemmyes qui s'étaient mis à la solde du tyran Firmus lorsque celui-ci gouvernait l'Egypte. Aurélien les défit donc au même titre que les légions romaines qui servaient son rival.
L'instabihté d'une peuplade vagabonde ne permet pas de dire avec certitude que le nom s'applique à une race nettement délimitée, car ce nom de Blemmyes semble avoir été appliqué sans beaucoup de scrupule. On a la preuve que les auteurs du commencement de notre ère l'appliquaient à des peuples qui, euxmêmes, s'en donnaient un autre. Les anciens ne répugnaient pas à étendre le nom particulier d'un peuple à une multitude d'autres peuples dont ils ignoraient la dénomination particulière, mais qui leur paraissaient avoir les mêmes mœurs et les mêmes habitudes. Le géographe Ératosthène donnait en général le nom de Blemmyes aux peuples qui habi talent le désert entre le Nil et les Troglodytes sur la mer Rouge, depuis l'Egypte jusque vers i\léroé '■'; Théocrite, à peu près vers le même temps, les étendait jusqu'aux sources du Nil, c'est-à-dire jusqu'en .\bvssinie '" ; la même opinion se retrouve dans le vers que leur a consacré Denis le Périégète, dont l'ouvrage n'est qu'un abrégé en vers homériques de la géogi-aphie d'Ératosthène ".
Les classifications artificielles prévalurent longtemps aux dépens de la réalité historique et condui-
Baronius a mal compris ce passage, il a rapporté le génilil M"/.£|ji|j.'^i"v au mot iniTy.oîio; sous-cntendu, taudis <|ii'il dépend du iv. •r^ti-.vn.n. Ce qui a permis d'iniagcr un évfque des Cleininycs en 406. - - ■ Et. Qualremère, Mémoires géographiques sur l'Eguple, t. il, p. 131. Dans les Actes des martyrs de Raîthe, monastère près du mont Sinnï, on lit que les lîlemmyes s'enil>arqiièrent sur un vaisseau d'Aïlali. dont ils s'étaient emparés près de la cMe d'I'HIiiopie. 7//ii.s- Irium Chrisli uutrlyrum tccli triumpfii, édil. Conibefis p. 107-109. — " SIrabon, I. XVII. p. 786. — '" Tlièoerile, Idyll.. VIII, 114. — " Denis le l'iriégétc, qui véeul vers 21 S.
KTIIIOI'II.
sirent à employer le nom de Bleinmyes comme désignation générique de tcutes les peuplades répandue;; dans la vaste région située entre le Nil et la mer Rouge jusqu'au pays d'Adoulis. Mais ces peuplades ellesmêmes n'acceptaient pas du tout cette désignation en bloc et se distinguaient entre elles par des noms très différents comme nous le verrons plus loin. Le vocable commode de Blemmje a même été étendu à des peuples de l'Indoustan, puisqu'on lit dans le commentaire anonyme du Trlrabiblos de Ptolémée : ■ Les Assyriens adorent la lune; il en est de même de la plupartdes Indiens, de ceux qu'on nomme Blemmyes. » C'est toujours la confusion classique entre l'Inde et l'Ethiopie, vestige de la géographie homérique entretenue par les commentaires extravagants des grammairiens d'Alexandrie et, après eux, par les chrétiens, qui avaient besoin, pour leurs systèmes sur le:; quatre fleuves du l'aradis, d'identifier avec le Nil le Géon, dont quelques-uns faisaient l'Indus et les autres le Gange. Plîilostorge expose comme très pro- Ijable que le Nil. né dans l'Inde, passe par-dessous la mer Indienne et la mer Rouge sans se mêler avec leurs eaux, pénètre dans le continent d'.\friquc et vient ressortir par les montagnes de la Lune pour iu-roser l'Ethiopie et l'Égjpte '. Voilà comment les Blemmyes ont pu être compris parmi les Indiens. En résumé, le peuple qui s'attribua le nom de Blemmyes habita principalement dans la vallée inférieure de la Nubie, sur les confins de 1 Egypte, tù le placent Olympiodore et l'inscription du roi Silco; et les peuples au sud-est. entre le Nil et la mer Rouge, jusqu'à Adoiilis et Axoum, au.xquels les historiens et les géographes ont appliqué en général la même dénomination, s'en donnaient certainement une autre.
Les Blemmyes envahirent le sol romain sous Probas, de 276 à 280 de l'ère chrétienne. Ils traversèrent d'abord sans encombre la partie de la Nubie qui appartenait alors aux Romains, et descendirent en Égj'pte jusqu'à Coptos et PlolémaLs, dont ils s'emparèrent -. D'a])rès Zosime', ils avaient été appelés par les habitants de Ptolémaïs, alors révoltés contre Probus, et qui aidèrent de toutes leurs forces les envahisseurs. S'il faut en croire Vopiscus, Ptolémaïs et toptos avaient été soumis par la force par les Blemmyes. Ces derniers figurèrent dans le triomphe de Probus, en 281. A quelques années de là, d'autres Blemmye., envahissaient de nouveau le territoire romain et mirent en déroute celles des troupes de Dioctétien qui étaient cantonnées dan:, la Nubie.
Originaires d'une contrée située très certainement l)ien au delà du pays des Nobades, jusqu'alors seuls voisins immédiats du commilitium nubien, la poussée en avant des Blemmyes les avait amenés jusqu'aux environs de Pbihe. Dioclétien leur avait cédé la place et promis un subside annuel en or, à condition qu'ils demeurassent tranquilles. Vainqueurs des Romains, les Blemmyes se jetèrent contre les Nobades, qui avaient occupé les cantonn.ements et les forteresses évacuées par les troupes romaines. Mamertinus y découvrait dévotement la prouva de la protection providentielle, car que pouvait-on souhaiter de plus favorable à l'empire que de voir les barbares s'entredéchirer? L'excellent homme se réjouissait prématurément. Lis Nobades furent dépossédés et se tinrent cois, les Blemmyes occupèrent donc le pays qu'avaient jusqu'alors possédé les Romains et c'e;.t là qu'Olym piodore et les autres voyageurs les virent pendant deux siècles. Dès l'année 291 ou 292, Dioclétien ne pouvait douter qu'il faudrait voisiner avec ces trè-, dangereux voisins et il avait imaginé quelques précautions. Philae, devenue ville frontière, fut fortifiée avec soin par une muraille qui enveloppait l'ile en entier et reçut une garnison. En outre, l'empereur
calcula que la communauté de religion était de nature à entretenir l'amitié et il rendit commun aux Blemmyes et aux Égjptiens le célèbre temple d'Isis à Philae, en même temps qu'il ouvrait les portes du sanctuaire à des prêtres i)ris parmi les Blemmyes. Initiée à ce culte, la peuplade s'en éprit si passionnément qu'elle ne voulut plus dans la suite l'abandonner. A des époques marquées, les Blemmyes emportaient chez eux les idoles de Philae, ce qui s'explique par la proximité de Philae et de Talmis, capitale des barbares, séparées seulement par cinq journées de marche. Cette procession dura jusqu'au règne de Justinien; nous en avons raconté déjà les incidents significatifs. Voir Dictionn.. t. iv, au mot Egypte, col. 24fil.
Malgré la communauté de religion, le naturel barbare l'emportait souvent sur tout le reste et les Blemmyes opéraient une rapide et fructueuse razzia en terre d'Egypte. Au dire d'Eusèbe, on fut obligé, sous Constantin, de lutter pour les empêcher de dévaster les frontières ^. Lorsque ce même Eusèbe nous dit que, dès le règne de Constantin, le cliristianisme avait pénétré chez les Éthiopiens et les Blemmyes, ces noms désignent seulement les habitants de l'Abyssinie et de la Troglodytique. qui embrassèrent la religion chrétienne au temps de saint Frumence, et non pas des Blemmyes de la vallée du Nil. Ils étaient au contraire alors farouches païens et convertisseurs à leur manière. Souvent, leurs incursions les amenaient jusqu'auprès de Tabennisi, le grand centre monastique, et l'auteur d une des Vies de saint Pakhôme nous a conservé d'une de ces expéditions un intéressant récit. I Depuis longtemps déjà un frère importunait le patriarclie de Tabennisi par ses doléances pieuses et ses aspirations ardentes et immodérées pour le martyre : « O mon père, s'écriait-il, priez Dieu pour a que j'obtienne de mourir pour lui ! » Pakhôme reprit doucement son moine de ce zèle indiscret. 11 ne put rien obtenir. Or, un jour, poursuivi par lui dans le monastère, il lui dit : « Mon frère, j'ai obtenu ce que « vous demandez. Vous serez pris par les barbares i Tâchez maintenant de rester ferme dans la foi. » Après deux ans, il arri\a que quelques frères furent envoyés par Pakhôme vers le sud, ramasser des joncs pour fabriquer des nattes. Ce lieu était voisin de ces hommes nommés Blemmyes et non loin de là se trouvait une île couverte d'une multitude de joncs. Lors donc que les frères demeuraient en ce heu, Pakhôme destina ce moine a\'ide du martyre à porter aux frères divers objets nécessaires. Il l'avertit encore de s'observ'er lui-même avec diUgence et lui dit les paroles de l'Écriture : Ecce nunc tempus acceptabile; ecce nunc dies saluiis. Xcmini danies ullam olfeiisionem ut non vituperetur minislcrium noslrum. Cela dit, le frère reçut un âne chargé des objets et partit rejoindre ses frères. Mais arrivé plus près des déserts, des barbares, qui étaient sortis pour aller chercher de l'eau, tombèrent sur lui. Sur leur injonction, il mit pied à terre, fut garrotté et conduit à la montagne près des autres barbares, tandis qu'on soulageait l'âne de son chargement. Dès que les barbares aperçurent le moine arrivant en compagnie de l'âne, ils dirent en riant : « Viens vite, moine, et adore nos dieux comme ils le ' méritent. » Ils tuèrent alors des victimes pour les offrir à leurs idoles, firent approcher le moine et voulurent le forcer à sacrifier. 11 refusa, mais ils se précipitèrent sur lui, furieux et l'épée haute, le menaçant de mort s'il ne sacrifiait. Le moine fit une libation de vin, mangea des chairs consacrées. Après cela les 1 Blemmyes le renvoyèrent. »
\ ' Phllostorge, His[.. 1. III, c. x. ^ ' Vopiscus, ViUi I l'robi. — ' Zosirac. 1. I, c. Lxxi. — ' Eusèbe, De vita Con- I stanlini, 1. I. c. vin.
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Palladius nous apprend dans l'Histoire lausiaque que les Blemmyes quittèrent momentanément les environs de Syène pour recommencer en Egypte leurs ravages: dépassant beaucoup Tabennîsi.ils poussèrent jusqu'à Panopolis, où Palladius les vit, tandis qu'il visitait un des monastères de cette dernière \ille. Sans nous éloigner de Panopolis, patrie de l'apa Schnoudi, nous trouvons quelques renseignements utiles dans une chronique copte, au sujet d'une invasion de Blemmyes.
» 11 arriva un jour que les Blemmyes allèrent vers le nord pour s'emparer des villes et emmener avec eux les hommes et leurs bêtes de somme, lis retournèrent ensuite vers le midi avec tout leur butin et s'arrêtèrent dans le nome de Psoï (= Ptolémaïs). Alors, mon père, l'apa Schenouli, voulut aller vers eux, à cause des captifs qu'ils avaient faits. Il traversa le fleuve et marcha du côté de l'orient vers eux. Ceux qu'il rencontra d'abord levèrent leurs lances, voulant le tuer. Dans cet instant leurs mains se roidirent et se desséchèrent comme du bois. Elles restèrent étendues sans qu'ils pussent les ramener à eux. Il en fut de même pour la seconde troupe et pour la troisième, jusqu'à ce qu'il parvînt au chef. Celui-ci. ayant vu que la puissance de Dieu était avec lui, se prosterna, l'adora et le pria de guérir les mains de ses hommes. Notre père miséricordieux fit sur eux le signe de la croix et les guérit. Le chef lui dit : » Demande moi ce que tu veux. « Notre père, l'apa Schenouli, lui dit : > Donne-moi ces hommes, ces pri- I sonniers ! » Une grande crainte venant du Seigneur était descendue sur lui et sur la multitude qui l'accompagnait. Il lui accorda gratis les pauvres captifs. Schnoudi leur fit traverser le fleuve; il les mena au monastère, il les guérit tous. Quant à ceux qui avaient levé contre lui leurs lances et leurs javelots, il leur donna à tous des provisions pour la route; il se fit leur guide, les embarqua et les renvoya chez eux en paix '. »
L'évêque Palladius nous apprend que, banni en raison de son attachement pour saint Jean Chrysosfome, il fut exilé « à Syène dans le voisinage des Blemmj'es ou Éthiopiens », tandis que l'évêque Déuiétrius fut déporté « dans l'oasis près des Massiques ». Nous avons déjà parlé de cette peine de la déportation (voir ce mot) et fait allusion à l'événement qui arrriva à Xcstorius, déporté dans l'oasis que les Coptes appellent toujours l'oasis de Ptolémaïs : oye^oc -d'oi. à une époque où les Blemmyes ravagèrent cette contrée qu'ils mirent à feu et à sang. Emmené, puis relâché, Nestorius se trouvait dans un cas fâcheux, car ses ennemis pourraient arguer contre lui qu'il avait rompu son ban; par précaution, le vieillard écrivit au préfet de la Thébaïde : « Nous demeurions dans l'oasis qu'on appelle aussi Ibis, quand cette oasis, mise à feu et à sang par une invasion barbare, fut totalement dévastée. Ces barbares Blemmyes, qui venaient si subitement de se précipiter sur nous, nous relâchèrent je ne sais comment, par miséricorde. Mais en même temps ils nous effrayaient par leurs menaces en nous assurant qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour partir, parce que les Massiques devaient venir immédiatement après eux et occuper l'oasis. Nous vînmes donc en Thébaïde avec les autres captifs que les barbares, on ne sait pour quelle cause, avaient amenés avec nous. Quant à eux, ils s'en allèrent où ils voulurent; et nous, ouvertement, nous nous rendîmes à la ville de Panos -. »
Ce qu'étaient ces visites des Blemmyes, nous le
' G. Zoega, Calalogus codicum Musœi Borgiir, in-Iol.. Romx, 1810, p. 36. — ' EvaRriiis, Hisl. eccl., I. I, c. vn. - ' C. Zoega, op. cil., p. 393. • — * Peut-être fait-il allusion i.
savons aussi par un passage d'apa Schenouti ' : « N'avez-vous pas vu ou entendu, écrit-il, ce qu'ont fait les barbares à des congrégations semblables à celle-ci, à une ville voisine de nous, à d'autres bourgs et à tous lieux ''? La douleur, la destruction et le pillage apportés par ces ennemis aux fils de l'Église suffisent certes pour châtier et corriger les coeurs des sages, surtout après la mort violente de tant d'hommes. Il n'y a pas de doute que vous ne sachiez qu'une grande multitude est allée se submerger au fond du fleuve, que beaucoup sont morts dans la montagne, qu'on en a pris beaucoup comme esclaves, qu'on a violé les vierges, qu'on a brûlé certaines églises, pillé d'autres et que de grands maux ont été faits à nos amis, à nos frères. » Un autre fragment qui pourrait être également de Schenouti ° ne manque pas, suivant l'usage, d'expliquer que ces épreuves sont envoyées aux chrétiens en expiation de leurs péchés. II est curieux que cette expUcation serve toujours à justifier les pires violences en invoquant les plus affreuses perversions pour des époques qu'on ne manque pas, quelques siècles plus tard, de représenter comme celles de la plus pure ferveur. Il suffira de renoncer aux égarements et tout rentrera dans l'ordre, car Dieu, qui se sert des Blemmyes, n'attend que le moment de les accabler à leur tour « car ils ne croient pas et ne viennent point participer au corps et au sang de Jésus-Christ ».
Avant d'aller châtier les Blemmyes, Maximin, général de l'empereur Marcien, serait allé consulter saint Jean de Lycopolis et lui demanda s'il devait, oui ou non, combattre les Blemmyes voisins de Syène. Le saint homme, qui avait sans doute une bonne connaissance du paj's et des ressources des adversaires, répondit sans hésiter : « Si tu montes de ce côté, tu les prendras, tu les vaincras, tu les subjugueras et tu te rendras illustre auprès des empereurs. • La prophétie était trop honorable à la clairvoyance du prophète pour que le biographe de Schenouti n'ait pas tenté de l'attribuer à son héros. Le seul fait à retenir, c'est probablement ceci : le comte Maximin, avant de se mettre en campagne contre les Blemmyes, chercha à tirer quelques renseignements utiles de Jean et de Schenouti, qui, établis, le premier à .\ssiout, le second à Athribis se trouvaient à proximité des barbares et en mesure de donner quelques bons avis.
Lors de leur prise de possession de l'oasis de Ptolémaïs, les Blemmyes n'avaient fait que passer, annonçant la prochaine arrivée et l'occupation par la tribu des Massiques; de là ils avaient pénétré dans le cœur de la Thébaïde et la démarche de Schenouti auprès d'eux l'avait conduit dans le nome de Ptolémais. Ceci ressemblait moins à une razzia et à un campement qu'à une installation. Dans ce cas, ils se trouvaient aux portes de l'Heptanomide et la Thébaïde proprement dite était perdue pour les Romains. Il est possible que l'arrivée de ces barbares, qui s'étaient acclimatés en Nubie aux mœurs et au culte des païens, ne fut pas du tout appréhendée i)ar les païens de la Thébaïde, nombreux et menacés par l'intransigeance d'apa Schenouti. Le péril fut jugé assez grand pour réclamer l'envoi d'une armée sous la conduite de Maximin. D'après le récit de Priscus, ([ui accompagnait Maximin. avec lequel il était très Ué °, le général romain remporta une grande victoire. Les indicnlions fournies par Jean de Lycopolis ne lui avaient peutêtre pas été inutiles : « Si tu montes de ce côté, lu les prendras... »; s'il fallait accorder créance à la 'Vie de âchcnoull, cette victoire aurait réparé deux engagements assez défavorables; quoi qu'il en .soit, Maximin
l'incursion qui rendit nécessaire rc.Ypédltion de Maximin en 451. — * E. Rcvllloiit, op. ri(., p. 402 sq. — • l'ribtus, édit. Nicbuhr, p. 153.
KTHIOIMI.
fut en état d'imposer, en 451, une paix avantageuse. Kn premier lieu les Blcmniyes ne voulaient consentir qu'à une trêve dont la durée serait celle du séjour de Maximin en Egypte, ensuite à une trêve qui durerait autant que sa vie ; le général refusa et exigea une paix de cent ans, qu'ils acceptèrent. Ils s'engagèrent à rendre sans rançon les prisonniers qu'ils avaient faits dans cette incursion et dans la précédente, ainsi que les bestiaux enlevés et le prix de ceux qu'on avait consommés, ils obtinrent en retour la permission, selon l'ancienne loi, y.y~i. tov TraXatov vôjxov, de se rendre sans nul obstacle au temple d'isis à Philse et de transporter dans leur pays, à une époque déterminée, les images de la déesse pour en tirer des oracles, s'engageant, contre la remise d'otages, à les rapporter ensuite intactes dans leur sanctuaire. Letraité en question fut, pour ajouter à son caractère sacré, ratifié dans le temple lui-même. Nous ne reviendrons pas ici sur cette clause, dont nous avons donné déjà l'explication. Voir Diclionn., t. iv, au mot Egypte, col. 2460. Maximin mourut peu de temps après sa victoire et, dès qu'il eut succombé, les Blemmyes tentèrent de nouveau la fortune. Ils se jetèrent sur les troupes romaines, reprirent les otages qu'ils avaient livrés et leconunencèrent la guerre. Mal leur en prit, car Florus, commandant les forces militaires de l'Egypte, accourut et, après une courte campagne, obligea les barbares à solliciler de nouveau la paix, en 452; nous ignorons les conditions de cette paix, mais on peut supposer qu'elles différaient peu, si elles différaient, de celles accordées l'année précédente; le transport périodique des statues d'isis fut certainement au nombre des clauses consenties cette fois encore. Depuis lors, sauf quelques actes isolés de brigandage, les Blemmyes n'envahirent plus l'Egypte et se contentèrent d'occuper le territoire qu'ils avaient conquis depuis Ptiilae jusqu'à Ibrim. C'est là que, vers le début du v» siècle, Olympiodore, païen fervent, les a visités, « enlevé », ditil lui-même, par les prêtres de ces barbares, avides de jouir de la conversation d'un si savant coreligionnaire. Il paraît, d'après les expressions dont il se sert, que Talmis était leur chef-lieu religieux. Nous y reviendrons bientôt.
Talmis, sous la domination romaine, reçoit le titre de » bourg sacré » dans un édit du stratège d'Ombos (11 décembre 248) et cette ville jouissait dès lors d'une sorte de prééminence reUgieuse. Le temple de Talmis était consacré au soleil, qu'on y adorait sous le nom de Mandoulis, connue en témoignent les inscriptions qui y ont été recueillies. Procope nous apprend que les Blemmyes étaient adorateurs d'isis et d'Osiris, et t sacrifiaient des hommes au soleil «. Quoi qu'on puisse retenir de cette alTirmation, la coïncidence vaut la peine d'être notée, et permet de conclure, à tout le moins, qu'au temps de Procope le temple de Talmis était encore consacré au culte égyptien.
Ces Blemmyes, que l'on avait crus impénétrables à l'infiuence hellénique, réfractaires même à la civilisation égyptienne, se sont, à un moment donné de leur histoire, servis de la langue grecque. Bien plus, ces sectateurs convaincus d'isis, privés par Justinien de leur idole chérie et que l'on croyait disparus dans les ruines du paganisme, reparaissent après leur dispersion et leur refoulement par Silco et ils reparaissent indubitablement convertis, cette fois, au christianisme. En 1887, le musée de Boulaq est devenu acquéreur de textes achetés à un fellah de Gebeleïn, dans la haute Egypte. Ce sont des peaux de gazelle, assez blanches, d'une extrême souplesse, un peu déformées et sur lesquelles on lit un contrat et deux nominations de fonctionnaires rédigés en grec. L'écriture est cursive. Le mélange de formes onciales et minuscule invite à en placer la date entre le vi" et le vni° siècle.
limite que d'autres considérations permettront de resserrer. Les éléments des lettres sont souvent disjoints et rattachés aux éléments de lettres voisines; certains traits sont communs à deux lettres. Il n'y a ni ponctuation ni accentuation; l'écriture ne se trouve que d'un seul côté. La pièce portant un contrai est peu lisible, l'encre a disparu ne laissant qu'une légère empreinte jaunâtre; les deux nominations sont mieux conservées et offrent un véritable intérêt historique. Les voici ' : Eyco Xapaxo^ paotXsioxoç twv PÂe|JLU£ov Ypaçcij TOiç -rexvoti; Xapa/'^v XapaTtaT/oup xai Xapaî^ie eoi; t£ xeXeuo) xai SESwzEvai T-^ç xoijpaxopiaç ttjç v/]ctou Xzyo\xzMr)c; ïavapî y.at o'jSstç xeXsuETat xcoXuaa!. ufxaç eavSe ATH O M OnO N EYHA I PQ M E IZ [XT] Tcapezouat r, a'jvrflz'.y. 0 9'/A'zpyo!; eu xcoXuaexai ouSs o UTtOTupavoç KPATHZAI PQWIEII ecoç TrXïjpwvsTat Ta; O'jv-/)0î'.a; T'/j; vr^ao'j [xou Xapa//^v fiaCTiX£tax((jç
Aat^ts So(J.£CTTi(xO(;) [j.ap(T'jpoj)
noUTlXTiCt So|jt(ECTTlXOç) lJ.ap(TUpto)
Al î(J.ou ScovcvMç EYp(a'^a), |xr)(voç) C>aco(pi x8' ivS'ôc).
« Moi, Kharakhen, roi des Blemmyes, j'écris à mes fils Kharakhen, Kharapatkhour et Kharazié. J'ordonne que la curatelle de l'île appelée Tanaré vous soit donnée; et personne ne reçoit l'ordre de vous susciter des obstacles. Mais si... [l'on] ne vous fournit pas ce qui est d'usage, le pylarque ni le vice-roi ne seront empêchés d'user de la force... jusqu'à ce que les coutumes de mon île soient pleinement observées.
« Kharakhen, roi;
r Laizié, officier de la maison royale, témoigne;
I Poutikéa, officier de la maison royale, témoigne.
« Écrit par moi, Sousnos, le 24 du mois de Paophi, en la 1'= indiction. »
E-.-oj fTAKATIMNE ETtiç /paaiXtaxou Yp3(tf<a nOAE to
c'jycvEaTaxco tepôt T/,'/ xoupaxopiav ttjç vr,GOu Tevcnp Xsyojjisvr; Tavaps
zti<x>y.y. CTOi AnOKPATQN a.-'j TO'j v'jv xai stç ~o Si'^vexei; «Tiav-a asi xp'^""^''
Xat aTOlXEl. [iOt COÇ 7tpOX(£lT0(l)
Eve.) "i'p{oi<lici.) ayaOcv o eypC^'^'O') A6up xy tvS • la.
Moi, Pakatimné, épiphylarque du roi, j'écris à Poaé le très noble prêtre. Je t'ai donné, en étant maître, la curatelle de l'île de Tensir appelée Tanaré, a partir du moment présent et pour toute la durée du temps à venir à jamais, et j'adhère à ce qui est éc.it ci-dessus. *
» Moi, j'ai écrit, ce que j'ai écrit est bon, le 23 d'Athyr de la 11'^ indiction. »
Ces deux documents ont été écrits par le même scribe. La première et la dernière lignes du décret de Kharakhen sont précédées d'une petite croix; il en est de même dans l'autre décret. Le contrat, qui a été rédigé par le même scribe, porte aux mêmes places une des formes du chrisme. Enfin, les noms des deux témoins sont suivis de deux croix, différant l'une de l'autre par la forme des extrémités. La présence de ces croix indique que le scribe et les témoins étaient chrétiens. Le roi même, qui s'entourait ainsi de chrétiens et laissait inscrire les emblèmes du christianisme sur un acte émané de lui et signé de son nom, devait être chrétien comme son secrétaire et ses ministres. La supputation du temps par indictions, à l'exclusion même du comput par années de règne, confirme cette remarque. Ce roi nous apprend qu'il règne sur les Blemmyes, dont il nous atteste la survivance postérieu-
' J. Baillet, Sur plusieurs textes grecs récemment découverts, relatifs à Vliistoire des Blemmyes, dans Comptes rendus de l'Acad.des inscriptions, 1888, p. 326-336.
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rement aux coups que leur portèrent le roi des Xobades Silco, et le général byzantin Narsès, vers 540-543. Postérieurement à cette date, la monarchie bleinmye a donc subsisté ; elle se trouvait confiée au roi Kharakhen, à une date qui semble devoir être postérieure mais d'assez peu.
Kharakhen confiait à ses fils le gouvernement de l'île de Tensir appeléeXanaré. Évidemment les épreuves avaient incliné les Blemmyes vers la civilisation byzantine; nous voyons ici un phylarque, des domestiques, une curatelle. Avant les fils du roi, ce fut autom- d'un prêtre paien, Poaé, de recevoir le gouvernement de l'île Tensir, qui serait peut-être Esar, aujourd'hui Saba-Doleb, entre Khartoum et Sennaar; peut-être la conversion des Blemmyes n'était pas alors assez avancée pour confier à un autre qu'à un païen un poste officiel, et le décret de nomination en sa faveur ne porte aucun signe de christianisme; mais après cette conversion, le roi, conscient des difficultés possibles que rencontreraient ses fils, donne avis que personne ne pourra s'opposer à la mission des princes, oùSsiç xzXzùz-3.'. y.(o'/S}Gy.i ùtxàç, le phylarque et le vace-roi pourront, au besoin, recourir à la force.
VIII. Chez les Nob.\des. — Les Blemmyes étaient les maîtres de la vallée intérieure de la Xubie depuis Primis (= Ibrim) jusqu'à la trcntière d'Egypte. A Ibrim commençait le territoire d'une peuplade à peine moins sauvage et qui portait le nom de Xobades, tiré sans doute de Xapata; elle représentait, mais à un moindre degré de civilisation, les anciens Éthiopiens de Xapata et de SIéroé. La position géographique rendait Blemmyes el Xobades alliés pour ainsi dire naturels, aussi voyons-nous presque toujours ces deux peuples Ugués ensemble dans leurs incursions sur la haute Ég\ pte et dans les guerres avec les Romains; ils étaient païens et allaient célébrer leur culte en commun au temple de Philse.
On ignore les Umites des terres nobades au midi. Un de leurs princes dit s'être retiré dans !n partie supérieure » de ses États, ce qui est probablement le pays de Dongola; et il parle de ses guerres avec les autres peuples situés a au-dessus des Xubiens », qui ont voulu se mesurer avec lui; ce sont peut-être les peuples du côté de Méroé, du Sennaar et du Fazokl, jusqu'aux frontières orientales du pays d'Axoum.
Il semble qu'il y ait eu dans ces parages pas mal de peuplades distinctes que, nous l'avons dit, les chroniqueurs ont tout simplement nommées Blemmyes, comme un terme générique comprenant tous les habitants répandus dans la région située entre le X'il cl la mer Rouge jusqu'au pays d'Adoulis.
L'inscription dans laquelle le roi d'.Vxoum commémore ses succès énumère tous les peuples conquis; on y rencontra des Tangaïles, dont le territoire s'étendait jusqu'aux frontières de l'Égyple et qui ont laissé leur nom au fertile pays de Taka entre l'Atbara et Souakim. On rencontre aussi des Bugaïtes, dont on reconnaît le nom dans celui de Bcdja, dont le Taka fait partie. (;es Bugaïtes formaient six peuplades ayant chacune des ,chefs particuliers : paoïXtozoï, roitelets. Evagrius nous a montré les Blcnmiyes annonçant l'approche des Massiques, qu'un récit copte nous représente comme venas du coté de l'occident, c'est-à-dire des Lybiens de race berbère et, pensc-t-on, les ancêtres des Taraacheks. Dès lors, on conçoit sans trop de peine le titre de « roi des rois » dont aiment à se parer ces princes nubiens. Celui d'Axoum, Aizanas, se tlisait o roi des rois j et Silcu, roi des Nobades, se i)roclanic « roi de tous les Étliiopiens », ce qui signifie à peu près que ce chef avait
' Mémoires géographiques sur l'Éguple, t. ii, p. .">! sq. — ' Rcnnudot, llist. des patr. <l'Alexandrie, p. 178. — ".Assi-
imposé sa suzeraineté à quelques brigands de sou espèce. Les inscriptions d'Axoum, d'Adoulis et de Talmis, confrontées avec les textes orientaux rassemblés par E. Quatremère, montrent que la plus grande partie des peuples si nombreux qui habitaient le bassin supérieur du Xil étaient alors soumis à l'un des doux grands royaumes de Xubie et d'Abyssinie '. Ces deux grands empires pesaient lourdement sur les roitelets tributaires et rivalisaient constamment pour s'agrandir l'un aux dépens de l'autre: ce qui appuie cette conjecture, c'est la lettre écrite par Isaac, patriarche d'Alexandrie, en C87. aux rois de Xubie et d'Ethiopie, pour les exliorter à la concorde -. Cet état de rivalité contribua VTaisemblablement pour une large pari à empêcher le christianisme de pénétrer de l'Abyssinie dans le pays des Xubiens; ceux-ci ne le reçurent que deux siècles après, et par l'intermédiaire de l'Egypte.
Grégoire Bar Hebraîus, dit Abulfaradj. dans son Histoire universelle, rassemblant confusément les noms des diflérents peuples qui avaient reçu le christianisme sous le règne de Constantin, nomme les Coptes, tous les Xigrites, tels qu'Ethiopiens, Xubiens et autres. Cela est exact en ce qui regarde les Coptes et les Abyssins, mais demande des réserves en ce qui concerne les habitants du Xoubah. Des individus affiliés au christianisme ont pu y ])énétrer dès le temps de Constantin ou même beaucoup plus tôt, de même que l'apostolat de Frumence parmi les Abyssins a [lU être précédé de quelques conversions particuUères de chrétiens dans ce pays: mais ces individualités, sur lesquelles on ne sait rien de positif, ne peuvent être comptées pour des évangéli:.tes et il faut s'en tenir aux affirmations de Priscus et dcProcoiu-. d'après lesquelles les Xobades, leurs contemporains, adoraient Isis et Osiris. Dans sa Chronique syriaque des jacobites, Abulfaradj nous fait un récit circonstancié de la conversion de son peuple ' :
Il Dans ce temps-là — entre 540-548 — il y avait un prêtre dont la foi était pure et dont le nom était Julien, qui se trouvait à Constantinople au service du pape Théodose, d'Alexandrie ■■. Il avait un grand zèle pour la nation noire des Nobades, qui habite sur les confins supérieurs de la ïhéba'idt. et il aspirait à la convertir; car ce peuple était encore idolâtre et il dévastait souvent les terres romaines. Lors doniqu'il eut indiqué ce dessein à la pieuse impératrice Théodora, celle-ci se réjouit beaucoup, et. dans la simplicité de son cœur, elle fil connaître toute l'alTaire à l'empereur, en lui demandant d'avoir soin d'envoyer Julien en Xubie. Mais l'empereur chercha un évCquc chalcédonien pour l'y envoyer, et il fit accompagner cet évèque de légats et de présents précieux pour le roi de Xubie. L'impératrice, ayant appris cela, se hâta d'expédier Julien et elle écrivit au duc <le Thébaïde une lettre ainsi conçue :
« Il nous a paru bon à l'empereur et à moi, d'envoyer Il une ambassade près de la nation des Xobadis;. Pour 1 moi, j'y ai destiné le prêtre Julien, et l'empereur doit « en expédier un autre avec des présents. Prends donc « soin, quant à toi, que nu^n légat parte le premier, el •1 prépare la voie pour les autres. •
« Lorsque le duc eut lu la lettre de riini)ératricc, il fit exactement connue elle avait ordonné. Il retarda donc le dépari du légal de l'empereur jusqu'à oc que Julien lût arrivé au lieu de sa destination. Celui-ci montra la lettre de l'impératrice. Il instruisit et haptisa le roi et les grands, cl. en même temps, il leur fit connaître l'inanité du culte des cludrédoniins, comment ils avaient opprime des hommes saints et établi une foi nouvelle, destructive de celle île Nicee. Quand
mani, Bibliotheca orientalis, t. ii, p. 330. interné à Alcxundrie.
' Ttiiodxsc était
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donc vinrent les ambassadeurs de .lustinien avec des lettres et des présents, et qu'ils dirent : « N'adhérez « pas à des hommes rejetés et condamnés », le roi de Nubie, ainsi que ses grands, répondit : Nous acceptons les présents de l'empereur, et nous lui envoyons en retour, des présents d'une double valeur. Mais nous n'adhérons pas aux persécuteurs ni aux oppresseurs. Nous avons reçu la purification par le saint baptême des mains d'un homme digne et distingué. Nous n'en recevrons pas d'autre. — Ainsi le peuple entier de Cousch se trouva instruit dans la foi droite, et fut soumis au siège d'Alexandrie '. Julien resta là encore deux années. »
La conversion des Nobades fut donc une conversion à la doctrine monophysite. Le roi converti était-il le le roi Silco? Ceci paraît probable et ce Sileo, comme beaucoup de néophytes, paraît avoir été plein de zèle et surtout plein de mépris pour les croyances qu'il venait d'abandonner. L'inscription qui nous le fait connaître sous ce jour particulier est postérieure à la mission du monophysite Julien et, de toutes façons, à l'année 5 10. D'autre part, elle ne peut être reportée à une date trop récente et trop éloignée de celle-là; car Ergamène, qui, lui aussi, élait roi des Nobades et chrétien, était un cont emporain de Théodore, évêque de Philïe, qui tut installé dans cette ville sous le règne de Justinien. L'inscription grecque de Silco semble avoir dû être gravée dans l'intervalle qui s'étend entre 540 et 555, à peu près. ,
L'inscription de Silco, roi nubien, jusqu'alors inconnue, fut recueillie par Gau au cours de son voyage en Nubie, sur un des murs intérieurs du temple de Talmis, aujourd'hui Kélabshéh. Cette inscription, publiée pour la première fois sur la copie de Gau et commentée par Niebuhr, parut d'une grande importance parce que, étant écrite en grec, elle semblait se rattacher aux célèbres inscriptions d'Adoulis et d'Axoum; ce fut J.-A. Letronne qui, par un commentaire admirable, assigna à cette inscription une valeur historique de premier ordre :
èyù) rsiKxcb paaiXîaxoç vou[ià8cov xal oÀcov twv atOiOTTtov ï;X6ov eîç TàÀ(J.iv xal Ta'-piv â-aj Sûo èno XÉpirjaa y-evi -rcôv PXe[xùcùv xal ô Osôç eScoxsv (xoi tô vtxï)[ia (xexà Toiv xpicov ôcTraÇ- £vîx-/)ca TtâXiv xal év.pi. Tr\aix. xàç TtoXeiç aÙTÛv ÈHaÔéaÔYjv [iz-cà. xwv oxXwv (xou TÔ [xèv TtpôJTov (XTia^ • èvLX7)<ja aÙTÙv xal aÙTol ■i]Z,i(i)ai,v y.z ÈTrot'/jaoi Elp'/jv()v ]j,£t' aÙTcôv xal (jjjioaàv (xot xà e'iScoXa aOxcôv xal sTïiGXzuaa. xôv ôpxov aùxcôv ûç xaXût Etoiv àvOpcoTroi àvaxcop'/i6/|V EÎç xà àvu [xépv] (iou ôxs è\'z-fO'jé[j.-i)'^ paaiXtaxto O'JK aîi^XOov ùXtoç OTXÎuco xwv aXXcov paatXÉcov
àXXà àx(i7)v ï[i7rpoCT0£v aùxcôv oî yàp çi,XovixoOat.v |xex' È|xoO oùx àçôi aùxoùç
xaOEÎ^ô[ii£| vol zlq xcôpav aùxoiv eî [it] xa-vj^iursàv [xz lx]a[l] rcapa-
xaXoOcrw ÈY" "l'àp eIç xâxo> [Xop/] XÉcov s'iul xat, eî: avco yLzp'r]
ap5 El[jt.t ÈTroXÉfXïjaa jiExà xciv fiXEitùcov àîrô ;rpi[x(£<jjç) Ëcoç
réXrikzciç £V mai, xal ol àXXoi vou[3à(5cùV àvtoxÉpco STrôpÔTjaa xàç Xcipoç aùxôiv ÈTTEiSv) ÈcpiXovixTjaouaw (aex' è[j,oû oi SECî7rox(ai,) xûv oîXXcov ÈOvcôv oî çiXovEixciijatv
[JIEX' È|XO0
oùx àçcô aùxoùç xa6E<j6î)vai, eîç xrjv crxiàv eî [x'i) ûtto rjXîou [eÇ&)] , xal oùx ëSojxav v/jp6v Icjco eIç t-Jjv olxîav aÙTÛv
ot yàp àvxtSixoL (iou àpTiâî^td xûv Yuvatxâjv xal xà ;r«tSia aùxcôv
Ligne 10 : pxaiXlaxoç, Lctroniu:; I. 11 : oùxî, Lelr.; àXX', Le^r ; 1. 12 :• çtXovEi.xoi)ai,v, Lelr.; 1. 14 : a'ÎE,
' J.-A. Letronne, op. ci(., p. 41.
LetT.; 1. 15 : xeX[X£coç; I. 16 : sxi. Loir.; I. 19 ùttoxXivou f oiv ; 1. 20 : [ioi] . xal, Lelr. ; eTTCoxav, Lelr. ; 1. 21 : àTT^xooL
« Moi, Silco, roi puissant des Nobades et de tous les Éthiopiens, je suis venu deux fois jusqu'à Talmis et à Taphis, j'ai combattu contre les Blemmyes et Dieu m'a donné la victoire une fois avec trois autres. J'ai vaincu de nouveau [les Blenmiyes], et je me suis complètement établi la première fois avec mes troupes.
" Je les ai vaincus, et ils m'ont imploré; j'ai fait la paix avec eux, et ils m'ont juré par leurs idoles (de l'observer), et j'ai cru à leur serment, parce qu'ils sont gens de bonne foi. Je m'en suis retourné dans la partie supérieure de mes États. Depuis que (ou puisque) je suis roi puissant, non seulement je ne vais point à la suite des autres rois, mais encore je marche devant eux; et ceux qui veulent lutter avec moi, je ne leur permets pas de rester tranquilles chez eux, à moins qu'ils ne me demandent pardon; car je suis un lion pour les pays de plaines et un ours pour le pays de montagnes.
« J'ai fait la guerre une seconde fois contre les Blemmyes depuis Primis jusqu'à Talmis; j'ai ravagé les terres des peuples qui habitent au-dessus des Nubiens, parce qu'ils m'ont cherché querelle.
« Quant aux chefs des autres nations qui entrent en guerre avec moi, je ne leur permets pas de se reposer à l'ombre, et ils ne peuvent se désaltérer dans l'intérieur de leurs mains, à moins qu'ils ne se soumettent à moi; car ceux qui se révoltent contre moi, j'enlève leurs femmes et leurs enfants, etc.. » (Traduclion de J.-A. Lelronne.)
Bibliographie : Niebuhr, Inscripliones Nubienses, in-fol., Romae, 1820, p. 5, pi. i, n. 1; reproduit à la fin du volume de Gau, Antiquités de la Nubie, in-foL, Stuttgart, Paris, 1821-1827; J.-A. Letronne (d'après les copies de BaiUe et de Caillaud), dans Journal des savants, 1825; Mémoires de l'Acad. des inscr., 1832, t. IX, p. 3; Mémoires pour l'histoire du clirislianisme en Égygte, en Nubie, .n Abijssinie, contenus dans (rois mémoires académiques sur des inscriptions grecques des v et vj" siècles, in-4°, Paris, 1832, p. 1-59 : Premier mémoire. L'inscription grecque déposée dans le temple de Talmis en Nubie par le roi nubien Silco, considérée dans ses rapports avec l'introduction du christianisme et la propagation de la langue grecque parmi les peuples de la Nubie et de l'Abyssinie; J.-A. Letronne, Œuvres choisies, assemblées par Fagnan, l'^ série : Egypte ancienne, in-8°, Paris, 1885, t. i, p. 3 sq.; Caillaud, Voyage à Méroë... fait dans les années 1S19-1S22, in-8», Paris, 1826-1828, t. m, p. 378; Lepsius, Denkmàler aus ^Egyplen und ^Elliiopen, in-fol., Berlin, 1849- 1860, t. xu, p. 6, pi. xcv, n. 377; Lepsius, dans i/ermés, 1876, t. X, p. 129 (= Monatsbcrichle d. Preuss. Alcad., 1876, t. xxi, p. 217); D'après les précédents : Welckcr, dans Rheinische Muséum, 1835, p. 336; Franz, dans Corp. inser. grœc., t. m, n. 5072; Van der Hsgen, dans Revue archéologique, 1864, 2" part., p. 202; Francke, Richtersche Inschri/ten, p. 419; A. Dumont, Mélanges d'archéologie et d'épigraphie, in-S", Paris, 1892, édit. Homolle, p. 589; S. Reinach, Traité d'épigraphie grecque, p. 62, note; Dittcnbcrgcr, Orientis grœci inscripliones selcclœ, 2 vol., Leipzig, 1903, t. I, p. 303; par amour du copte, E. Révillout, Mémoires sur les Blemmyes, 1874, p. 431, a donné une transcription copte de cette inscription; E. Révillout, Une page de l'histoire de la Nubie, dans Revue égyptologique, 1885, t. iv, p. 168-172; G. Lcfcb\Te, Inscriptions grecques chrétiennes d'Egypte, in-fol., le Caire, 1907, p. 118-119, n. 628, suit le texte donné par Lepsius, avec rectifications par Eiscnlohr, d'après un estampage pris par Lepsius.
Letronne a montré que les deux allusions au dieu Mars étaient des lectures fautives, l'inscription n'offre
ETHIOPIE
aucune trace de paganisme; au contraire, elle témoigne du christianisme de Silco, qui reconnaît que Dieu lui a donné la victoire. Or, si on trouve employé dans le style philosopliique les mots ô 6î6ç, ~ô Gstov, employés absolument pour désigner la divinité en général, ces mots n'ont pas été employés dans les monuments qui tiennent à la religion positive ou au culte spécial de telle ou telle divinité, excepté dans le cas où, pur ce qui précédait ou ce qui suivait, il était clair que ces mots se rapportaient à la divinité particulière du temple: et, par exemple, dans les inscriptions païennes d'Egypte, les mots ô ÔeÔç sont toujours accompagnés du nom de la divinité : Ammon, Sérapis, Hermès, etc. 'O Ôeôç, pris absolument et sans désignation quelconque, ne se rencontre que sur les monuments chrétiens.
Bien plus, Silco dit que Dieu lui a donné la victoire et ajoute : » J'ai fait la paix avec eux, et ils m'ont juré par leurs idoles. « Il est de toute évidence que l'expression leurs idoles est d'un chrétien. Dans toute l'antiquité grecque, avant le christianisme, il n'y a que les Septante qui emploient le mot eïScoXov dans le sens que les chrétiens donnent au mot idole, et c'est pour opposer les images des faux dieux à Jéhovah. Ici, Silco oppose évidemment aux idoles, objets de l'adoration vainc de ses ennemis, le Dieu souverain qui lui a donné la victoire.
Ces idoles, nous les connaissons, ce sont celles que les Blemmyes transportaient de Phil^ à Talmis pour en tirer des oracles et les ramener ensuite à Philse. Or c'est à Talmis et dans le temple même que Silco, comme par bravade, a voulu affirmer l'impuissance de ces faux dieux. Pareille attention semble s'expliquer par le détail des faits consigné dans l'inscription. Après une première campagne victorieuse, Silco avait accordé la paix jurée de par les idoles ; mais ce serment fut mal tenu, Silco forcé de recommencer la guerre. Cette fois, plus de ménagements, dévastation complète et, l'inscription étant incomplète, nulle mention d'un deuxième traité de paix. Silco a-t-il occupé une partie du territoire conquis et la capitale religieuse Talmis, c'est possible et même probable; ce qui invite à l'admettre, c'est que l'inscription passablement impertinente du basiliscos s'étalait dans le temple de Talmis. Or, ce serait, à coup sûr, prêter aux Blemmyes une longanimité fort étrangère à leur caractère que de supposer que, rentrés en possession de leur capitale, ils se soient distraits en allant lire et relire ce monument témoin de leur humihation.
La double défaite des Blemmyes, l'occupation probable de leur capitale les mettait, ou peu s'en fallait, en état de ne plus résister au vainqueur. Celuici se proclamait sérieusement [ÎDtaiXttjxo; et se plaçait avant tous les reis, ce qui serait plaisant pour un « roitelet », fùl-il » roitelet des Nobades et des Éthiopiens », si ce glorieux vainqueur n'avait été induit en erreur sur le titre dont il se parait par le rédacteur qu'il a employé. Lepsius a montré que ce dernier était un Copte ', lequel se sera imaginé que le mot 3aotX'la/Co;, étant plus long, disait plus que paatXeùç et se rapprochait d'autant du litre nubien, grand roi, roi puissant, selon l'usage du protocole pompeux de tous ces rois bronzés. Le rédacteur a pris un diminutif pour un augmentatif; le digne homme « parlions tout drè comme je parlions chez nous » et il a employé un autre mot du cru qui a fort embarrassé Lctronnc lui-même. • Je suis, déclare Silco, un lion pour les pays de plaine, et ap5 pour les pays de montagne. » Niebuhr avait lu "Api;; et Silco se comparait au dieu Mars, mais
> Lepsius, dans llcrmis, 187G, t. X, p. 12'J. — » névillouf, dans Miin. sur les Ulemmyes, p. 433, noie 1. — * J.-A. Letronne, op. cil., p. 41;. — • Ibid.. p. 37. — • E. RévUlout,
les copies de Gau et de Caillaud étaient formelles et donnaient ap5, dont Letronne fit aïÇ, une chè\Te, mais non sans ajouter : « on peut trouver que la chè\Te, n'étant point un anima! féroce, ne doit pas être opposée au lion; mais le rédacteur s'est arrêté à l'idée principale, celle de légèreté et de facilité à gra\ir les défilés des montagnes, où les ennemis pouvaient espérer d'échapper à Silco. » En réalité, il faut maintenir oepH, qui est un mot particulier au grec égyptien de celte époque, d'où il a passé dans la langue copte avec une multitude de mots analogues. Il signifie ours '.
L'inscription nous laisse encore entrevoir des imitations des li\Tes saints, des fautes grossières contre la syntaxe, des manières propres de parler à la grécité du bas empire et du grec moderne.
Letronne a conjecturé que les Blemmyes, à la suite de leur défaite par Silco, s'étaient peut-être alors convertis au christianisme ^ On n'a pas la preuve que des tentatives dans ce sens n'aient été risquées auprès d'eux, mais le succès en reste douteux. Ce serait alors que plusieurs des temples païens de la Nubie inférieure furent convertis en églises chrétiennes. On a la certitude que le temple de Talmis fut affecté au culte chrétien, de même que ceux de Dekké. de Tefah, d'Essaboua, d'Amadou, d'Ibsamboul et, en général, presque tous les temples anciens de la Nubie *. D'après une conjecture de E. Révillout, après le règne de Silco il n'existait pas plus de Blemmyes à Talmis que dans aucune des villes qui, précédemment, leur avalent appartenu. Ils auraient été dépossédés ; c'est possible, et la présence de l'inscription de Silco invite à l'admettre, mais le texte de Procope nous apprend que ce ne fut que sous Justinien que le culte païen fut définitivement détruit à Pliilœ et que les Blemmyes étaient encore païens à cette époque. Il semble que le moyen de faire accorder ces textes se trouve dans le fait que Silco aura maintenu à Talmis un corps d'occupation en état de faire respecter son autorité et tolérer les vantardises de son inscription, mais sans expulser la population et sans lui imposer un changement de religion.
Après avoir évangélisé les Nobades, le patriarche Juhen les quitta, ayant séjourné deux ans parmi eux, et retourna à Constantinople. La nouvelle chrétienté fut confiée aux soins de Théodore, évêque de Philse, et les choses semblent être demeurées en cet état pendant plusieurs années. C'est dans cet intervalle que se place la fondation d'une église chrétienne à Dendour. Le souvenir nous en a été conservé par une inscription copte. Le texte a été publié avec peu de soin par Lepsius (n. 38) et E. Revillout a pu rétablir le texte d'après un estampage donné par M. de Saulcy au Musée égyptien du Louvre. La stèle mesure 0 m. 48 de hauteur sur 0 m. 68 de largeur et les caractères sont à peu près identiques à ceux de l'inscription du roi Silco ^
Voici le texte de l'inscription copte :
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Mémoire sur les Blemmyes à propos d'une inseriplion copte trouvée à Dendiir, dans Mémoires présentée par divers savants à l'Acad. des inscr., 1" série, 1874, t. vui, p. 371-445.
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