II. ..un ujAh^ esC'ii '^«♦e
litiiic 1 ; ■fstc'.Ve'ycic, estampage; I. 2 : HprAxieiic, Révill.: 1. 0 : TSO'Y'COT, cstanip. ; \eicla du dernier mot, porte dans l'estampafîe le signe transversal des abréviations; 1. 10; nfcioifp. estamp.; 1. 11 : ncfet^&poc, Révill. ; l'estampage porte, après le dernier mot de la ligne, le signe des abréviations; 1. 12 : ai*, et dans l'interligne, après ces deux lettres, on lit dans l'estampage pKOC. Les lettres qui se trouvent entre Aiii et Aiivontété martelées; 1. 13 : co&i, estampage; plus loin,TA.o*.nH, estamp.:!. 14 : uq. après ces deux lettres l'estampage porte ^-T'^i puis deux lettres illisibles.
<i Par la volonté de Dieu et par l'ordre du roi Eirpanome (= Ergamènc, Réi'illout) et du zélé dans les clioses de Dieu Joseph, exarque de Talniis; après avoir reçu la croix de la main de Théodore, évèque de Philse, moi, Abraham, cet humble prêtre, j'ai planté la croix le jour oii ont été placés les fondements de cette église, qui est le 27 de tobé, indiction septième. Resplendissait à cette solennité [l'eunuque] avec Paphiuilé le stéphore, Epiphane le garde des ■ceaux, Marc le vérédaire. Que tous ceux qui liront CCS lignes aient la charité de prier pour moi. ;>
Le roi Eirpanomc était, il y a tout lieu de l'admettre, roi des Nobades et probablement le successeur de Silco. Mais il semble que, depuis le teftips de ce dernier prince, le basiliscos nobade avait dû composer avec des rivaux plus puissants que les Blemmyes. On voit en effet dans l'inscription, et sur un pied d'égaUté complète avec lui, un eunuque resplendissant entouré de tout un personnel administratif byzantin. Joseph porte le titre d'exartiiic de Talmis; il est flanqué d'officiers civils tels que le garde des sceaux, le vérédaire ou courrier du cabinet impérial. Il est fort possible que le basiliscos ne fut, en Nubie, autre chose qu'une sorte de représentant ofTiciel de l'empereur, avec lequel il entretenait des rapports par la voie hiérarchique. Talmis est mentionné comme le siège du gouvernement de l'exarque Joseph, mais à cette date elle dépendait, ainsi que Dendour, de l'évèque de Philse, Théodore. Cet évèque était déjà avancé en âge; il avait reçu la consécration épiscopale vers 525, des mains du patriarche Timothée III. et nous possédons à son sujet plusieurs inscriptions grecques que Letronne a publiées et commentées. Une de ces inscriptions nous apprend que Théodore vivait encore le 14 décembre 577. c'està-dire « f[uinze ans ou un peu moins » après un événement grave pour ces contrées.
Nous avons vu qu'en 451 le comte Maximin et. en 452, le préfet Florus avaient signé avec les Blemmyes une paix de cent ans, dont une des clauses reconnaissait le droit des barbares de venir faire leurs dévotions dans le temple d'Isis à Phila;. Un siècle plus tard, l'historien Procope, écrivant son hvre sur la Guerre persique vers la fin du règne de Justinien, de 560 à 505, nous dit que les Blemmyes, restés païens jusqu'à son temps, avaient conservé l'usage des temples de Phila', mais que Justinien voulut mettre fin à ce scandale. Par son ordre Narsès le Persarménien, général des troupes impériales en Egypte, abolit le culte que l'on y célébrait, mit les iirètres en prison et expédia à Constantinoplc les imai^es des dieux. L'historien ne parle de
' C. Leeinans, l'apijri grœci Musœi antiquarii Lugdimi- Bidavi, in-8°, Leidcn, 1885, p. 263 sq.; K. VVessely, Ein bilingues Majestahgesucli aus liem Jalire 391-392 nach Chr., dnus XtV Jalwcsbcricht des k. k. Staalsgiitniuis., îlcrnals, 188S; U. VVilcl<eii, dans Berliner philol. Wocliensclirift,
DicT. d'arcii. cniuiT.
ce fait qu'incidemment, il n'en domie ni la raison, ni la date. Depuis environ un siècle, le traité conclu était observé de part et d'autre, quand Justinien voulut y mettre fin et amener la disparition des derniers vestiges du paganisme. Le culte d'Isis fut aboli, les idoles enibullécs et les Blemmyes privés du moyen de leur rendre un culte. Reste à savoir si ce fut à l'occasion <lu renouvellement de la paix de 452 et des nouvelles exigences des Blemmyes que Justinien prit cette lésolution?
Narsès le Persarménien, chargé de la désaffectation du temple de Philae, est mort dans une bataille livrée au roi Chosroès le quatrième été qui a suivi la treizième aimée de Justinien, et par conséquent avant l'expilation du traité de 452, puisque c'est en 543 que mourut Narsès. Loin de refuser des exigences, Justinien a donc dénoncé le traité neuf années avant son expir.ition. Comme la conversion des Nobades par le prêtre lulien ne peut être antérieure à l'année 540, et peut se rapporter à celte année même, Silco a pu combattre les Blemmyes avant cette date et exiger de leur part un serment sur leurs idoles communes, car lui-même était païen et les tenait pour gens de bonne foi. Mais Silco converti, tout changea; les Blemmyes se liment pour dégagés d'un serment dont il bafouait les témoins et Silco leur montra que, pour être devenu chrétien, il savait encore manier l'épée. 11 arriva jusqu'à Talmis probablement en 541 ou 542 au plus tard, car en 543 Narsès mourait bien loin de là, ayant aboli le culte à Phihc. C'est donc entre 540 et 543 qu'a dû être faite l'expédition de Narsès et c'est vers le même temps que fut rédigée l'inscription de Silco, d'autant plus impertinente pour les divinités honorées jadis à Talmis que celles-ci avaient pris le chemin de Constanlinople.
Le traité de 451-452 imposait le maintien du culte idolàtrique à Philse, cependant Justinien se soustrayai t à la clause. La raison probable, c'est qu'il considérait le traité comme n'engageant plus. Silco, roi chrétien des Nobades, vainqueur des Blemmyes, n'en exigerait pas l'observation, les Blemmyes vaincus n'avaient qu'à se taire. Narsès fut envoyé et fit l'opération qui mettait lin à toute tentative de réclamation pour l'avenir.
Un document intéressant l'histoire de ces parages toujours menacés par les incursions de barbares nous a été conservé par le papyrus Z du musée de Leyde. (Quoique publié depuis 1885,11 a été rarement utilisé ' |)0ur l'histoire des établissements chrétiens de la haute Egypte. Dès la fin duiv" siècle nous savons qu'il se trouvait à Syène-Éléphanline, un évèque chrétien qui n'était pas rassuré outre mesure par le voisinage des Blemmyes et des Nobades. Ce papyrus Z de Leyde est la fin d'un rescrit impérial en réponse à une supplique de l'évèque Apion de Syène, Conlrasyène et lîléphantine. Le rescrit, qui était, comme toujours dans la chancellerie de ce temps, rédigé en latin, a disparu; la chancellerie se chargeait elle-même de la traduction et de la transcription grecque, toutefois son personnel laissait échapper quelques fautes qui témoignent que toutes ces peuplades d'Ethiopie lui étaient si étrangères qu'il en ignorait le nom et l'orthographe et c'est ainsi qu'il écrivait pXevvuco pour pXejjtiicùV et avvupâSco pour xiôv Nouj3àScov.
1 Toïç Y^ç xal OaXâaar,ç xal -ixv-càlç àv]0pa)7t(ov £6vIou|<; xal yéMouq |8)£aTro-ai; Ô|X(aoutoi(:)| 0£o8ocrùo xal BaXsv-riviavtô toïç laî|<ovlt)oii; Aùyo [ùoTOiç]
29 sept. 1888, n. 39, p. 1205 sq.; Krall, Beiirtige zur Gcschicliie der Bleimjcr und Nubier, dans Denksi lin lien d. Wien. Akad., 1900, p. xLvi, p. 11 sq.; U. WilcUoii. Ileidnischts imd Cltrisllichcs ans .Egijplen. I. Dos Christenltini nul der /lurl riiitx, dans Arcliiv, fur Papyriis/oric/mni/.lSSl , l. i.p. 39S-401.
ETHIOriE
SÉrjOit; xat txEata -ap[à] 'A--i6)Voç Itikîzô-o [u]
Âsysôvoç Su-r,VT)ç xal KevlTfaCTUïjjVTjÇ zxl
' 'EXeçavTÎvrjç STrapytaç -rr,ç ij[XE-É[pai;] "Avoj
Eïwécv Y) \}[xz-zzp(x 9(iX)av6p<o-ia ttôicteiv toî;
SeojAÉvoiç yzi?x 8eï,ià.v opÉyeiv, (5|6£V xàYco
TOÙTO aaoû; [i£[xa8y)xà)!; èrel -âcSc xàç 8[e]r;asiç È>.ï)Xlu)6a ItJoO TTpâyfilaTOç] ôvtoç èv [T]oÙTOt.ç. , èv [jtéacù TCùV àXiTYjplîjcov [3appàp[6iv (i,J£|T|à
TÔJv è[j.â>v ÈxxXr,CTi.cov Tuv/âvtov, tcôvte BXsvvJcov jjiêTa^ù xai 'Avvo'jfiàSci)|v ~à]ç ~ap'
èxstlvco-i; ] a9l ]x[aT]aSpoiJ.[à<; oj-j
[i.£VO,a£V O'jSsvÔ; OTp XTICOTOU 77pO£l(J-[a(JtÉ[VO'J TÛV
r,Li£-ipcov -rôïTcov. 'Ex to-Jto'j s jj.£Ta7:î— | rco ]
(XE-[à -cù|v ÈxxX-/)[<jJià>['u) xai (x-r; S[uvaix]£Vcov (j.r,T£ TO[î]ç a'JTaïç 7Tpoa9£'JYO'JCT£i.v èTra(xûv£iv
-poc-ÎTiToj 7rpoxuXi.vSo[j.£voç TCOV 0£Îa)V ûficov xai à7pi[vTcov îj/lvcûv û]i; xa[Tx]i'.ôiaaL Secy-tcat çpoup£tc![6]ai. Tàjç £jj.à(;l
àyiaç èxxXirjCTtai; ÛïtÔ tcov — ap' ■/;(jt£Ïv cTparua- (Tfolv x[all è-i6£CT6[ï'. ci'j-:o|ùi; £...[.... û] Traxo'jEiv TTEpl TîàvTcov xaOcbç o't Èv C>tXw [Kà]- (TTpa
xaXouji£v[(o] çpoupup t^ç ûiXETÉpaç "Av[col Mr,- Patéo[i;] xaTa[(j-a6£VT£ç] cTpaT(iôj-:a|!. û-o-jpyoOa£v (sic) Taîç èv C>îXç> àytaiç xoij 6£0[ul
èxxX7iaiai.ç. Outoj yàp Suv7)a[ôix]£[6]a àS£[ôjç
î^â>|vT£Ç [ J£CdT[....]. XCOÇ (J-ETElÉval. VO;jLO-
ÔECTÎaÇ.. ..[••••]
[îapuTà-r/jç ôp£40tJt£v/;ç xaTx t[c5]v 7La[p]a|îiv-
[-rcov. 1 ^ôJ; -ap' ûnôiv Ôeo-iç
xal
o'jvapTra-.-îii; -o\> Si' èvavTtaç j(ji.]Époui; yz'jry.t[z].
vrj[(;] YjjjLE r, a/oXaî^o'j. . . .6sîaç û[jiâ)V
[xal] IStxîii; /[àlpiTOç T:£pi. toutoo çoitcôotiç 7rp[c<|;
TÔv |jtsyaXo7r[p£iTÉaTaT]ov xal T:spi^Xsn[TO\]
x6(H.Tlaj xal SoOxa TOÙ 07]fJatxou Xi(xi,TC'j. Kal -toÙtov -:ux<ôv {)[-ô]
crjvr|0£ll]a(; £[ù|/[ to> Ôem û:ièo toù al<i)vio[u
Sià TravTÔ;.
Apion, évèque de la région de Syène, Contiasyènc et Éléphantine, a adressé une supplique aux empereurs Théodose et Valentinien, en vue d'obtenir une sauvegarde militaire pour lui-même et pour ses Eglises. Il se trouve à proximité des peuplades barbares. Blemmyes et Nobades, dont il ne peut se préserver efficacement sans le secours d'une garnison ou d'un poste militaire. En const qucnce,ilsollicite les empereurs d'ordonner que les troupes stationnées dans le voisinage lui prêtent main-Iorte en cas de besoin, également la garnison de Philîe pour les saintes églises qui s'y trouvent.
La situation à laquelle cette supplique et le rescrit qui lui répond tout allusion n'oflre rien de particulier, mais elle confirme ce que nous savons de l'insécurité des régions frontières d'Egypte. Les princes au nom desquels est donné le rescrit peuvent être les emiJereurs Théodose I<" et Valentinien II ou bien les empereurs Théodose II et Valenlinien III. Leemans avait d'abord admis qu'il s'agissait de ces dernier. ; dans l'édition du texte il est revenu aux deux autres
y L. Dachesnc, dans Êolises séparées, dont il a repris et résumé l'argumentation et les résultats dans Histoire île l'Èfllise, t III, n'admet i)as la présence du christianisme à PhilK avant la désaftcclatioii du temple d' Isis sous Justini^ii cl la mission de l'évêquc Théodore chez les Nobades en 54S, «lu'il est prudent je crois de corriRer en 510-.'>18. C'est donc entre ,")Hl et ,')77 que le cliri.stianisme aurait tait son apparition à Philie. Cependant, en M'2, il existe un évéqae
et se range à l'opinion que la supplique remonte à l'année 391-392; Wesscly adopte cette solution: Wilcken préfère la date 425-150; ni les uns ui les autres n'apportent une raison positive et l'écart chronologique entre ces deux dates est si peu considérable qu'on peut renoncer à prolonger une discus sion destinée à n'apporter aucun résultat nouveau. Sans être très prospère peut-être, le christianisme était représenté sur l'extrême frontière méridionale de l'Egypte et n'avait guère à se louer des procédés des barbares Blemmyes et Nobades; nous le savions par d'autres documents, mais celui-ci a toute la valeur d'une constatation oflicielle '.
Qu'advint-il à Philse après la désafîectation de son temple"? Peut-être l'évèque chalcédonien envoyé à Siloo par Justinien, et prévenu par le zèle du prêtre Julien, est-il le même que l'évèque Théodore, qui aurait, comme pis-aller, reçu pour destination l'Église naissante de Philae. Ce qui est certain, c'est que Théodore avait reçu la consécration épiscopale vers 525, qu'il fut le premier évêque de Phike et que rien ne s'oppose à ce qu'il ait pris possession de ce siège après l'expédition de Narsès le Persarménicn, c'est-à-dire vers 540-543. Ce fut Théodore, qui, d'après les inscriptions publiées par Letronne, accompht la transformamation du temple païen d'isis en église chrétieïine. Avant d'opérer cette transformation, il couvrit d'un enduit les images profanes sculptées sur ses murs. Les Blemni\eî, aux portes de Philae, restés païens et dévots, frémissaient à la pensée de ce sacrilège et de cette profanation. Contenus par Silco, teiuis en respect par Justinien, ils*nc pouvaient rien faire, mais devaient conserver le désir de la vengeance et ne pas trop s'en cacher: aussi les chrétiens de l'île de Philse n'étaient pas rassurés sur l'avenir et il leur fallut mettre les fortifications de Pliilse en état de défense: une inscription en témoigne, datée, nous l'avons dit, de 577.
Ainsi donc, entre 540-543 et 577, les Blemmyes constituaient encore une menace à la sécurité de la ville voisine. Il est possible que la métamorphose du temple d'Isis en égUse n'ait pas suivi immédiatement la destruction du paganisme et le départ des idoles; on peut admettre quelques années d'abandon avant qu'un évèque et des chrétiens vinssent s'établir dans l'île et pi-ofaner l'antique sanctuaire. Même au début de leur installation, ils auront pu se contenter d'un modeste abri pour célébrer les saints mystères, mais on ne saurait admettre qu'il se soil écoulé plus d'une vingtaine d'années entre la désaffectation du temple et sa réaffectation, signalée par une inscription qui mentiomie la construction d'une église à saint Etienne dans le prnnaos du temple. Ce dernier événement peut dater des environs de 555 à 560. Quant à l'inscription copte de Dendour, elle est peut-être de l'année 559. La date est le 27 tybi (22 janvier), indiction septième. Mais le terme d'indiclion doit être suppléé; si l'on était sûrement en droit de le faire, l'année indiquée ne pourrait être que 559, les autres septièmes indictions qui tombent sous l'épiscopat de Théodore étant écartées par l'histoire que nous éludions ici.
Le nouveau roi Eirpanome subit sans résistance l'ascendant de Justinien et la hiérarchie byzantine. Nous le voyons, en 559, faire bon marché des litres protocolaires dont se parait la vanité de son prédécesseur SiU'O. De monophysile qu'était Silco, Eirpa-
Marc dePhilic. quel, et roune exilait en basse l-Igypte, iiSiles. prés de l'éluse, afin de ne pas être uliliKé de le maintenir ft Phila; deux siècles avant l'évOquc Théodore. Il snfllsait de changer un i en /r, mais le papyrus de Leyde vaut pour l'évèque Marc un permis de séjour A Philie, où il n'est plus si surprenant de trouver un é\ fqnc en ;i('>2, puisqu'on y rencontre (1rs tgliscs peut-être dés H'.M et qui. nssiirément. ni' sont pas neuves, puisqu'elles ont eu à soufTrirdes linrhiircs.
ETHIOPIK
nome était devenu chalcédonien, car ses rapports avec Théodore de Phila; témoignent qu'il relevait de sa juridiction ecclésiastique. D'autre part, l'exarque impérial résidant à Talmis ne lui était pas inférieur en rien, et, comme lui, donnait des « ordres ». Cet exarchat de Talmis dura au moins jusqu'en .577, date de la construction et de l'armement du mur d'enceinte de Philée chargé de protéger les nouvelles frontières. Sa création était-elle contemporaine de la victoire de Silco vers 540-542, nous n'en savons rien, mais ce qu'il faut remarquer, c'est qu'à partir de cette deuxième campagne de Silco, combinée peut-être avec l'expédition de Narsès, la situation des Blemmjes perdit son importance de jour en jour. Non seulement ceux qui demeuraient à "Talmis avaient sous les yeux l'inscription offensante de Silco et le souvenir douloureu.x de la profanation du temple de Philae. mais Procope nous dit que le pays qui s'étend d'Axoum à Éléphantine était occupé par les Nobades et les Blemmyes; mais les premiers possédaient les rives du fleuve, les seconds l'intérieur des terres; ainsi on tentait de les refouler des lieux où les avait pu voir et décrire Olympiodore.
A partir de cette époque, les Blemmyes, sous ce nom du moins, disparaissent entièrement de l'histoire, à ce point qu'ils ne sont jamais mentionnés par les Arabes, qui, au premier siècle de l'hégire, envahirent tant de fois la Nubie et nous entretiennent si longuement de la monarchie des Nobades. Entre le Nil et la mer Rouge on croit retrouver aujourd'hui encore les descendants des Blemmyes.
Quant à Tadmmistration pohtique du pays conquis, il paraîtrait, d'après notre inscription copte, qu'elle fut en quelque sorte indi\ise, pendant quelques années au moins, entre le roi des Nobades Eirpanome et le nouvel exarque résidant à Talmis. Cet exarque porte le nom de Joseph, le prêtre porte le nom d'Abraliam et le stéphore celui de Paphnuce, tous noms alors très communs en Ég>'pte et qui inviteraient à admettre l'origine indigène de ces fonctionnaires; c'est même ce qui donnerait lieu d'expliquer Temploi de la langue grecque pour l'inscription.
Le patriarche monophysite Théodore ne se désintéressa pas de la peuplade que son intervention avait amenée à la foi monophysite. Avant sa mort (567), il désigna en quaUté de chef de la mission nubienne un de ses prêtres, nommé Longin, qui fut ordonné évêque aussitôt après sa mort. Mais la pohce impériale le retint trois ans à Constantinople et ce ne fut qu'en 569 qu'il par\nnt à s'échapper et à rejoindre sa destination; il séjourna six ans parmi les Nobades. En 575 nous le retrouvons en Ég^^ite et vers le même temps une ambassade nobade arrive jusqu'à Constantinople et rehausse grandement les actes de Tévêque Longin. Sa réputation était telle que la peuplade des Alodes, étabUe fort loin au sud de la Nubie, se déclara prête à embrasser le christianisme.
IX. Chez les Alodes. — Le roi des Alodes écrivit au roi des Nobades, qui n'était plus Eirpanome mais Awarfioula; il lui demanda de lui envoyer l'évêque Longin. : Celui-ci se trouvait alors à .\lexandrie, occupé à soutenir le patriarche Théodore, qu'il av^t lui-même sacré, contre l'opposition de son rival Pierre, élu de la population alexandrine. Au milieu de ce schisme qui agitait profondément les monophysites d'Égj pte et de tout l'empire, arrivèrent les envoyés du roi des Nobades, réclamant leur chef spirituel. Les partisans de Pierre cherchèrent à mettre la main sur les néophytes du haut Nil: mais ceux-ci tinrent bon. Les émissaires d'Awarfioula ne voulurent entendre
' Jean d'Éphèse, Hisl. eccl.. I. IV. c. Ln, Lm. — • Mon, Ccrm. hist., Aucl. antiq., t. xi, p. 213. — " Anecdota Oio-
parler que de Longin ; deux évêques, escortés d'un certain personnel, furent, il est vrai, envoyés aux Alodes par le patriarche Pierre, mais on ne voulut pas les recevoir. I^ongin, pendant ce temps-là, était rentré chez les Nobades, d'où il partait bientôt pour sa nouvelle mission. Il eut beaucoup de difTiculté à l'atteindre. Pour y aller, il fallait traverser le pays des Makourites, dont le roi, mal disposé, faisait garder toutes les routes, jusqu'à la mer Rouge. Awarfioula envoya Tévêque au roi des Blemmyes, sous la protection duquel il parvint à traverser le territoire dangereux, non toutefois sans avoir beaucoup à souffrir de la chaleur et de la soif; il tomba lui-même malade et perdit dix-sept chameaux. Arrivé enfin à la frontière des Alodes, il y fut reçu par un fonctionnaire appelé Itiko, qui le conduisit en grande pompe auprès du roi. Celui-ci TaccueilUt avec enthousiasme, se fit aussitôt instruire et reçut bientôt le baptême avec tout son entourage et une partie du peuple. La nouvelle de cet heureux événement parvint au roi des Nobades deux cents jours après le départ du missionnaire. Le^ messagers de Longin lui apportèrent une lettre du roi des Alodes et une autre de Longin lui-inême, qui le priait de la faire parvenir à Alexandrie. Le roi des Nobades expédia en effet ces pièces au patriarche Théodore, avec une lettre écrite en son propre nom. Ces curieux documents nous ont été conservés par Jean d'Éphèse '. On était alors à Tannée 579.
« Les Makourites dont il est ici question ne peuvent être différents de ceux qui envoyèrent une ambassade à Constantinople vers le temps même où nous sommes arrivés. Jean de Biclar enregistre ce fait à Tan VII de Justin (vers 573) : Legati genlis Macciirrilarum Conslantinopolim venianl dénies elephanlinos cl camelopcirdam Juslino principi munera of/ercnles, sibi cum Romanis amicitias coHocant -. Le pays de ilaqurrah ou Makouria est quelquefois identifié avec celui de Niibie, quelquefois présenté comme une de ses subdi- \isions, vers la seconde cataracte '. Cette situation, il est vTai, ne concorde guère avec les récits et documents de Jean d'Asie, d'où Ton déduirait plutôt que les Makourites habitaient au sud des Nobades. Ils pouvaient, en efîet, barrer la voie du Nil et même échelonner des postes jusqu'à la mer Rouge; mais de ce côté, en passant par chez les Blemmyes et en se faisant escorter par eux, on parvenait à leur échapper. Quant aux Alodes, ils devaient être voisins des Abyssins, car Longin marque, dans sa lettre, qu'il avait éclairé quelques Axoumltes imbus des erreurs phantasiastes de Julien (d'Halicarnasse). On ne peut s'empêcher de rapprocher leur nom de celui de la ville d'Aloa, actuellement détruite, qui s'élevait sur la rive droite du Nil Bleu, à quelques lieues en amont de Khartoum. Aloa avait hérité de la situation de Méroé; elle fut, jusqu'au xv« siècle,la capitale d'un État chrétien; ses ruines ont conservé des traces de christianisme *. »
X. Chez les Homérites. — Nous avons retracé l'apostolat de Théophile de Dibous dans le paj's du Yémen, l'introduction de Tarianismc dans ce pays, sui\ie de la prépondérance du judaïsme. Il faut attendre le règne de l'empereur Auastase (491-518) pour relever dans ces régions les premières traces d'organisation ecclésiastique. Vers ce temps, un certain Silvanus, évêque des Homérites et oncle de l'historien Jean Diacrinomenos, s'installa au centre d'une colonie chrétienne, probablement à Nedjrân, ville de l'intérieur, assez éloignée de Safar, capitale du royaume, où s'élevait une autre église. A Safar ■si-
niensia. Semitic séries, part. VII, p. 261. Églises séparées, p. 293-296.