‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 141 sur 331 · IX. La « CHAMBRE DES PIERRES DE TAILLE J · texte numérisé non relu

IX. La « CHAMBRE DES PIERRES DE TAILLE J

Le lieu du procès ne peut faire de doute. Les Actes des apôtres relatent l'accusation en ces termes : Cet homme ne cesse de proférer des paroles contre le Temple et contre la Loi; il a dit que Jésus de Nazareth détruira ce lieu : tôv tôttov toùtov '. On se trouvait donc dans l'enceinte du Temple, au lieu des séances ordinaires du sanhédrin appelé la « chambre des pierres de taille » ((jazilh). D'après la Michna, cette salle était située au sud-ouest du sanctuaire, dans les bâtiments adjacents qui formaient le hiéron intérieur, par opposition au parvis des gentils ^

' FI. Josèphe, -Iniiï. ;i»i., 1. XVIII. c.iv.ii. 1.2. — = Joh., xviii, 31. — ' L'opinion commune, écrit J. Lagrange, op. cit., p. 27, note 2, assigne pour date plus précise la fête de la Pentecôte ou celle des Tabernacles, parce qu'Etienne eut surtout pour adversaires des étrangers; mais il n'est pas nécessaire de supposer que les adversaires d'Etienne n'habitaient Jérusalem qu'à roccasion des grandes solennités qui amenaient les étrangers en foule. Vn certain nombre de ces étrangers avaient leur domicile à Jérusalem. Ne faut-il pas tenir compte de la date de la fête : 26 décembre? Cette date ne s'explique ni par la dédicace d'une église, ni par la translation des reliques, car elle était fixée avant 415. année de l'invention du corps de saint Etienne. A une époque où la fête de Noël était déjà fixée au 25 décembre, même en Orient. les homélies de saint (irégoire de Nysse, P. O'.. t. XI.VI, col. 701. et d'Astérius d'ftmésc, P. G., t. XL, lol. 3 17, prouvent que la Jêle de saint Etienne se célébrait le 20. La même date est indiquée par un ménologe syriaque, jiublié d'après un manuscrit de 412, abrégé d'im ménologe grec de la fin du iv^^ siècle, et dans le calendrier arménien, t;f. L. Diicliesne, Origines du culte clirélien, in-S», Paris, ISaS, p. 255; CnnsUI. tipnst., 1. V'IlI, c. xxxui. Les autres lètes placées après la fête de Noël ne se réfèrent pas à la date du martyre des saints qu'elles honorent, mais aussi ne trouve-t-on pas là la même mianimité entre l'Orient et l'Occident. Si l'Kglise grecque renvoie aujourd'hui d'un

X. CoMPAitCTioN d'Etienne. — Etienne présenta lui-même sa défense. Il n'entreprit pas une justification personnelle, mais il saisit l'occasion inespérée d'affirmer la doctrine de la rédemption universelle devant les adversaires les plus acharnés et les plus puissants qu'on lui connût. Peut-être rêvait -il quelque conversion éclatante, tandis que son bon sens lui disait qu'il n'obtiendrait rien. Quoi qu'il en soit, il exposa la thèse chrétienne à grand renfort de citations de la Loi, des psaumes, des prophètes et termina en reprochant aux sanhédrites la mort de Jésus. Ce long discours déroute nos habitudes modernes par le dédain de la méthode, l'abus des digressions, la lenteur et la confusion de cette argumentation bourrée d'érudition historique. On ne le laissa pas terminer; condamné séance tenante, Etienne fut entraîné hors de la ville et lapidé.

XL Exécution. - — La foule avait dû se porter d'instinct vers le lieu des exécutions. Voici ce que la recension iîde l'invention des rehques nous apprend à ce sujet : ô Se cjv Ifxoi zEt[i.£vo; aÛToç èotiv ô x'jpt; STÉçavoç. cr XiOoPoXtjGeIi; uttô tôjv 'louSaîwv èv 'lepo-jca).r,[ji y.ai Troi-/;oo((; vu/OrjjjiEpov ÈppifiÉvoç eEç -à 'EÇw- TTjXa t7)ç ttôXewç ûç èttI tov K'f,Sàp à~£p7Ô(J.EGa... ce qui équivaut à la recension B latine ; Qui aulem jacet mccum, dominas Slephanus est, qui a Judseis Hierosolymis lapidalus esl el die noctuque in exapeleo (exapoli) jacuit civilalis in via euntibus Cedar. Tillemont a été très embarrassé par cet exapeleo ou exapoli et conjecturait « quelque place qui avoit six portes »: c'est lirobablement les èÇwJi'jXa, la < voirie » de Jérusalem, les tas d'ordures situés hors des portes de la ville '. Les mots ôiç è-.l tôv K/-,8àp à-Ep/6[j,£8a semblent une glose en vue de déterminer la direction de ces èEcjttu^.x, qui devaient exister sur plusieurs points de la périphérie de Jérusalem et entre lesquels il fallait distinguer. La première recension latine dit qu'Etienne fut lapidé loris porlam quse est ad aquiloncm, qux ducit ad Cedar'. Les gens de Cédar, les Cedorcni, campaient aux environs de Damas, au sud de cette ville selon les uns, entre Damas et Palmyre selon les autres: de toutes manières, la porte de Cédar équivaut à la porte de Damas ou porte du Nord '. Une basilique élevée en 460 par l'impératrice Eudoxie marquera avec plus de précision l'emplacement traditionnel du supplice.

XII. Le lieu de l.\ lapid.^tion. — Cette question du Heu précis de la lapidation est si étroitement lice à tout ce qui va suivre qu'il est nécessaire de s'y arrêter un peu. La recension A porte ceci : El qui

jour la fête de saint Etienne, c'est que l'usage particulier de l'Église de Constantinople a prévalu sur l'usage ancien. — * Certains manuscrits portent, : y.x7x toO TÔ~o'.y toC â"':o-j TOJtrjv;cf. V^cstcott-Hort et B. Weiss. Act., vi, 13-14. — ^ .aujourd'hui dans l'enceinte du HîU"am esli-Sherif. Mairaouide, .Sanhédrin, c. xiv, dit que " quarante ans avant la tiestruction du second temple, les jugements criminels cessèrent en Israël, bien que le Temple fût encore debout. Cela arriva parce que les membres du sanliédrin émigrérent et ne tinrent plus leurs séances dans la salle des pierres taillées. ■ Peut-être le jugement d'Etienne aura-t-il été le dernier rendu? — * Ch. Clermont-Ganneau, Martyre de satnt Etienne, dans la Rcoiie biblique. l'.lOO, t. ix, p. 308- 309 : les /.o^çia sont par définition ï;o)tîj/5i, le corps du supplicié aurait été jeté (ipp'.u.£vo;) en quelque sorte aux gémonies. Nous allons, dans ùii instant, énumérer et décrire les recensions A et B. — ' Ch. Clermont-Ganneau, op. cit., a peine à croire que par Kr^o7s il faille entendre ici la région de Damas; selon lui, Krcoio peut avoir été le nom — peut-itre estropié — de quelque iioint des eD>'irons immédiats de Jérusalem. Nous y reviendrons. — • J. Lagrani^e, dans Revue biblique, 1900, p. 143; Robinson, Bihlical re.s'carc/iev, t. i, p. 321 ; J. Lagrange observe qu'il faut se garder de traduire Cedar par Cedron. Mais qui sait si ce contre-sens n'est pas l'origine du transfert de la tradition du nord à l'est, sur les pentes du- Cédron ?

ETIENNE MARTYRE ET SÉPILTURE DE SAINT

mccum esl in oricnlali parle monumenti jucens, pise est domnus Stephamis, gui lapidatus est a Judœis et principibus sacerdolum in Jcnisalem pro Cliristi fidc loris porlam qux est ad aquiloncm, qnx ducil ad Ccdar; uhi dii- ac noclc jaciiil. clc. '. La recension B porte ; ô 8à oùv Èjxol X£t[i,£vo;, aÙToç ÈoTiv ô x'jpi; SxÉça- Moç, ô XtÔopûX'^jÔsiç ûttô tcôv 'louSatcov hi 'Itpoi.(jaXYi|jt y.xl TtotrjCTaç vux8r,(i£pov èppcfiÉvoç z\- zk 'EJcô-uXa TT,; TTÔXscoç «ôç èttI tôv Kv;Sàp à7:£p7 ô(X£0a=... « Celui qui repose avec moi, est le seigneur Etienne qui, ayant été lapidé par les juifs à Jérusalem, et ayant passé une nuit et un jour aux exopyla de la ville, comme [quand] nous allons au Cédar,.. » La recension syriaque porte : « Il passa un jour et une nuit, gisant en dehors de la ville, dans le chemin de Cédar, selon l'ordre des princes des prêtres ',., » La recension B (latine) porte : Qui autem jacct mccum, domnus Slephanus est, qui n Judscis Jerosolymis lapidatus est, et die noctuquc in cxapclco jacuil civitatis, in via euntibus Ccdar, jussu impiorum saccrdotum proj'cctus est a bcsliisel avihus dcvorarctur". Le codex Germancnsis a tenté de rendre èppi[ji£voç, en séparant la lapidation et l'exposition du corps : in exapoli jacuit ciL>itatc. Inde abslraclus est in via euntibus Cedar, jussu impiorum sacerdolum, ut a bcstiis et uvibus devorarelur ^ Nulle part, dans ces quatre derniers textes, il n'est question de la direction nord de la ville, pas plus du reste que de la direction de l'est. Les deux seuls renseignements topographiques sont, d'une part, les èÇcÔTCuXa de la ville, de l'autre, le chemin ou la direction de Cédar, Seulement, il restela recension A, qui contient les mots décisifs : foris porlam quœ esl ad aquiloncm; et après la discussion qui précède sur le texte original, on n'est plus autorisé à dire aujourd'hui : « nous les tenons pour une addition postérieure »,

XIII, ExopUL.\. — Si l'on s'en tient aux textes de la recension B , le heu de la lapidation demeure imprécis. Saint Etienne est lapidé à Jérusalem, puis jeté aux Exopula. Supposons qu'on ait choisi, ce qui serait tout naturel, les Exopula les plus voisins du lieu de la lapidation : ils sont, par définition, hors des portes, et ne sont pas le lieu de la lapidation. Ces Exopula sont la voirie, les tas d'ordures situés hors de la ville» ; d'où il faut nécessairement conclure à un enlèvement du corps du lieu de la lapidation pour être jeté à la voirie, car on ne peut pourtant pas admettre, et ce serait contraire au texte de la recension B, que la lapidation a eu lieu sur la voirie,

XIV, CÉDAR, — Qu'est-ce maintenant que Cédar"? Quelque localité, une bourgade, une propriété particulière, un lieu de plaisir peut-être? En tout cas. rien n'oblige de le supposer estropié '". Le texte de A est tout à fait clair : « Saint Etienne, lapidé hors de la porte du nord, qui mène à Cédar, est demeuré là, abandonné, sans sépulture »; le texte de B est tout à fait obscur : « Saint Etienne, lapidé dans Jérusalem, a été jeté sur la voirie extérieure, comme quand nous

' P. L., t. XLI, col, 809, — ' Papadopoulos-Kcrameus, op. cit., t, V, p, 32, Le ms, SSl porte -r,-i Kr.ôïs: cf, Rev. rie l'Orient clirèlien, 190G, p. 200. — ' l. and, A iiccdola syri'arn, t, in, p, 77, — ' i', L., t. xi.i, col. 810, — »J, Lngiangc, dans Reuue de l'Orient chrétien, 1008. II' série, t, ni (t, xiii), p, 2, — «S. Vaillié, dans Revue de l'Orient citrétien, 1907, t, xii, p, 88, — 'La version syriaque, sur ce point spécial, ne se sépare pas de B latin et grec. — " J. Lagiangc, o;j, cit., p, 2 : • .Je reconnais maiiUrnant que [ccj sens (proposé par] M. Clernionl-Giinneau est le seul qui c.\pli(|ue bien ;f!f ip.évo:, ■ — * B grec cl latin, avec leur " comme [quand] nous allons au Cédar • et in via ciinlibiis Ccdar, ne conduisent nulle p.irt, Clermonl-Ganiicau, dans Rcunc bibtiriiie, l'JOO, p. 308, y avait cru voir • une glose ajoutée au texte pour déterminer In direction dos Exopyla >. AÏ. Nau. fait observer ((uc ce nom est remplacé par celui de Césaréc dans plusieurs

allons à ou au Cédar »./? a omis l'incise relative à la porte et aussitôt tout s'est brouillé et le détail expUcatif n'explique plus rien, puisqu'il ne se rattache plus à rien. Cela tient à ce que B ne parle plus de porte et parle de voirie: or, il est bien impossible de dire officiellement de la voirie que ce soit le chemin de tel endroit. Ainsi « tout est parfaitement clair dans A, si l'on reconnaît que la mention précise de la porte a été remplacée par la mention pathétique de la voirie. On ne potuait plus dire : la voirie qui conduit à Cédar; et, cependant, pour conserver ce détail, B a dit : comme quand nous allons au Cédar ", » Une première fois nous aboutissons à un résultat favorable à A, «nous avons donc le devoir de nous en tenir, sur le point précis de la lapidation de saint Etienne, au renseignement topographique de la relation authentique relatif à la porta quœ est ad aquiloncm, laissant pour ce qu'il vaut le renseignement émouvant de la voirie, dû à la relation légendaire '-. »

Abordons maintenant la question de ces diflérenles recensions,

XV, Oubli de l.\ sépulture, — Les actes du martyre d'Etienne se terminent ainsi : « Des hommes pieux ensevehrent Etienne et lui firent un grand deuil ". » Le corps fut donc inhumé et le lieu de la sépulture finit par être oublié. On se l'expUque sans peine si on se rappelle les calamités qui accablèrent Jérusalem et dispersèrent son Éghse, Après le siège de la ville par Titus, la répression et le nivellement des ruines sous Hadrien, la construction d'une ville nouvelle, les plus illustres souvenirs s'effacèrent; à tel point qu'au début du iv= siècle on ignorait l'endi"0!t où reposait la croix du Christ.

XVI, Invention de l'.\n 415. — Le corps de saint Etienne fut retrouvé à la suite d'une vision survenue à un prêtre nommé Lucien, en l'année 41.5, « Ceux qui connaissent V Invention des reliques de saint Etienne, le premier martyr, de h'icodème, de Gamalid et de son fils Habib par le prêtre Lucien savent combien la tradition a malmené ce récit déjà assez inquiétant par son fonds primitif. Écrit d'abord en grec par l'auteur responsable de la trouvaille, il fut traduit eu latin, en syriaque, en annénien, et dans les deux premières de ces langues tout au moins, comme dans la langue originale, il subit une série de transformations et d'arrangements ".

XVII, Recensions de l.\ relation du prêtre Lucien. . — Le prêtre Lucien a écrit en grec, sur l'invitation d'Avitus de Braga, une relation des visions dont il a été favorisé et qui ont abouti à l'invention des reliques de saint Etienne. Avitus a traduit cette relation. On estime depuis longtemps posséder cette traduction latine, publiée parmi les œuvres de saint Augustin. Une lettre d'Avilus explique ces faits et la traduction y correspond cxactcinent, Lucien décla rant avoir écrit sur l'invitation d'.\vilus. Il n'y a aucune bonne raison de penser que cette pièce ne nous soit pas parvenue dans les conditions normales

manuscrits de A et ïi latin. L'objection qui se présente d'elle-même contre cotte variante propre ù la tradition Inlinc. c'est qu'elle a trop l'air d'un expédient pour supprimer l'éniginatiquc Ceiinr. L'accord du grec, du syrinciuc et de la plupart des textes latins sur la leçon Ccdar est, au contraire, d'autant plus démonstratif que ce vocable est plus obscur, » P. Pcetcrs, dons Anidccla bnltundittna, 1908. t, XXVII, p. 301. note 1. ■ — " '" Clermont-daniu'au, tians Revue biblique, 1900, p. 300; Vaillié, dans Rrmie de l'Orient chrHien, 1907. p. 87, — " J, Lagrnngo. dans la Revue dr l'Orient cbrélicn, 1908. t. xni, p. 4. — " Ihid.. p, 5, - " Act,, VIII, 2, — " P, Pcetcrs, dans Anaiccta bnllundiann, 1907. t. XXVI. p. 101. Il existe une série d'attestation» recueillies par F: von IJolisclilitz, Cbristusbildcr. Unlcrsnchunacn zur eliristliclien Légende, dans Texte iind Hnlersmlningen, iiouv. série, t. m. p, 1899. p, 289**, note 2.

ETIENNE (MAinVHE ET SÉITLTURE DE SAINT)

«le Ddélilé '. Nous la désignons par la lettre .1. Il existe aussi une autre recension de la même relation, connue également par un texte latin, que nous nommerons B^ Tilleniont a fort judicieusement apprécié leur valeur respective ^ et jugé B inférieur à A. C'est A (jui est la recension commune citée par Bède et très probablement la traduction fidèle du texte grec mentionné dans le catalogue de Gennade: B est, suivant les manuscrits, adressé à l'évèque Hymesius ou à toute l'Église. Tilleniont avait conjecturé que B n'est pas l'oeuvre de Lucien, mais un remaniement, et d'après une insinuation de Photius *, il était disposé à l'attribuer à Chrysippe, prêtre de Jérusalem'. A semble perdu en grec, B a été retrouvé, et publié d'après deux manuscrits '. D'une comparaison instituée entre ces textes et la version s\Tiaque ', dont l'autorité avait été prématurément exagérée » — puisqu'il n'est pas question pour le moment de la version arménienne' — il ressort que le document A est « recevable dans son état actuel '" . C'est de lui que nous parlerons tout d'abord.

La recension B, sous une forme à déterminer, était connue d'Eustrate, prêtre de Constantinople au VI» siècle, mais Photius a eu tort de l'attribuer à Chrysippe ". Reste à donner la préférence à A ou -à B. Pour cela, il est indispensable de comparer les textes entre eux '-, en prenant pour termes de cette comparaison la recension A et le texte grec publié d'après deux manuscrits '- et qui est en substance celui de la recension B.

X'VIIL Recensions A nr B. — « Une collation minutieuse exigerait la reproduction des deux textes ; je me tiendrai, écrit le P. Lagrange, à ce qui est le l^lus significatif.

• Je note d'abord ce qu'il y a en plus dans A, puis dans B, sans tenir compte du passage topographique discuté, sur lequel il y aura heu de revenir, ni des choses qui ne sont pas dites au même endroit, mais qui se trouvent dans les deux textes.

» A a en plus : ni bête, ni oiseau, ni chien n'a touché le corps de saint Etienne; Habib avait vingt ans; les reproches de Gamaliel dans la troisième vision sont plus développés; le nom de la ville d'.Elia; Sion, la première église; le sjiiode de Diospolis; mais les deux

premiers points se trouvent dans B (latin); de sorte que A n'a vraiment en plus, comme traits positifs, que des notes historiques parfaitement conformes aux faits et au langage du temps ".

« B ignore ces particularités, mais combien d'autres choses il nous apprend! Gamaliel apparaît avec des sandales à courroies dorées. Nicodème était son cousin, il a été baptisé par les apôtres Pierre et Jean ", a été battu cruellement par les Juifs, qui l'ont laissé à demi-mort, il a été un véritable confesseur, ses biens ont été confisqués sous prétexte d'en enrichir le Temple, Gamahel et Habib ont été baptisés par les mêmes apôtres, Habib n'avait pas connu de femme et a été nourri dans le temple de Dieu; la femme et le fils aîné de Gamaliel lui ont fait de mauvaises querelles; Lucien trouvera leur tombeau vide; Gamaliel pénètre le secret du cœur de Lucien et ses doutes; il le prend par la main en extase pour le ramener dans son village, il lui répète l'endroit où il faut chercher, Lucien y fait une enquête; Lucien parle d'abord aux prêtres de Jérusalem, qui l'introduisent auprès de l'évèque, et se plaignent de tremblements de terre quotidiens ". Gamaliel apparaît à Lucien pour lui dire que ses recherches font fausse route, au lieu d'apparaître seulement au moine Mégéthios; on trouve au premier endroit des fouilles une inscription hébraïque; on fait venir un Hébreu pour la déchiffrer; texte de cette inscription : C'est le heu de la lamentation des justes'"; la vision de Mégéthios met sur les sarcophages des tapis, l'un comme un habit blanc, pour ceux qui avaient été nouvellement baptisés, l'autre orné de drap d'or et de pourpre ". Lorsque les reUques apparaissent (avant l'arrivée de Jean!), tout le monde est plongé dans un sommeil surnaturel et le parfum se répand jusqu'au dixième mille; les os de saint Etienne bondissent et se raniment ".

c Peut-être pourrions-nous nous en tenir là. Le récit de Lucien est très surnaturel, assez chargé de visions; 'cependant il a été reçu dans l'Église, où il a trouvé crédit. Il est permis de croire qu'il n'a pas paru d'abord sous la seconde forme, amplifié, embelli, jusqu'au ridicule. Pour en venir au point précis, A est-il un abrégé de B, ou B le développement de A ? La seconde hypothèse est normale dans l'hagiogra-

^ Episloîa Luciani ad omnem Ecclesiam de reuelaiione corporis Stephani martyris primi el alionim, dans P. L.,t. XLi. col. S07-S18. — = Publié en regard du précédent dans P. L., t. XI.I, col. 807-818; Bibliotheca hagiographica lalina, n. 7851, 7853. — ^Tillemont, ^Jcmoires pour servir à l'hist:)irc ccctésiaslique, in-i', Paris, 1701, t. il, p. 462-467. — «Photius, Biftiiof/iec«, cod. cLxxi, P. G., t. cm, col. 500. — ' Chrysippe, gardien de la sainte Croix, à Jérusalem, était le Irére de saint Gabriel, le premier higoumènc du monastère fondé par Eudocie près de la basilique de Saint-Étienne; en tel lieu on devait s'occuper volontiers de cl- qui regardait l'invention des reliques du premier martyr. Cette attribution mal fondée avait paru suspecte au P. Lagrange. dans Revue biblique, 1900, t. IX, p. 142 sq. — • Bibliothèque du patriarcat orthodoxe de Jérusalem. Papadopoulos-Kcramcus, Ava- "*£xra '■.zi>0'7'j'i.-ja:-:v.r,; •y-i/yj'/ o-ix:, in-8'', Saint-Pétersbourg, 1898, t. V, p. 28-53, 54-73, 74-81. M. Nau ne connaissait pas cette publication lorsqu'il a analysé dans la Revue de l'Orient chriHien, 1906, t. xi, p. 199-211, trois manuscrits de Paris qui contiennent la iiicnie recension : mss S61 du xi« siècle; 1179, xi' siècle; 1176. xii' siècle et remaniement du précédent. — ' J. P. N. Land, Zachariœ episcopi Mitglenes... scripla historica, dans Anecdota syriaca, in-8°, Leyde, 1870, t. m, p. 76-81; P. Bcdjan. Acfa mwtijrum et sanclorum, in-S", Paris, 1892, t. m, p. 188-199. On a retrouvé depuis fïans un palimpseste un frasment d'une autre version syriaque de la lettre de Lucien ; cf. Fr. Schultlicss, Clu-istlich- Paldstiniscbe Fragmente aus der Omaffaden-Moschee zu Damaskus, dans Abhandlungen der kôniglichen Gesellschatt der Wissenscha/ten m Giittingen, Philolnriisch-historisclie Klasse, nouv. série, t. vni, p. 104-105. — 'F. Nau, dans Revue de l'Orient chrélicn, 1906, t. xi. p. 210 : ' Cette version

sjTÏaque est capitale, car elle est conservée dans un manuscrit du vi« au vii^* siècle et les fautes qu'elle contient nous permettent de supposer qu'il y a eu plusieurs transcriptions antérieures •; tandis que le P. Peeters, Analecta bollandiana, 1907, t. xxvi, p. 105, corrige : . Nous n'irions pas jusqu'à trouver qu'elle est d'une importance capitale. Elle est par endroits d'une ndilitu douteuse. > — ■ • J. Dashian, Catalog, der armenischen Ilandschrilten in der Mechitaristen BiWi'olliek zu Wien, \Vien, 1895, partie arménienne, p. 12 a. — '^ P. Peeters, Le sarietuaire de la lanidalion de sainï Etienne. dans Analecta bollandiana, 1908, t. .xxvii, p. 359. — " S. Vaillié, dans la Revue de l'Orient cJwétien, 1905, t. X, p. 97-98; cf. J. Lagrange. dans même revue, 1906, t. xi, p. 123. — " Ce qu'avait fait Tilleniont, qui disait de A : » Elle a un air plus simple et plus naturel que l'autre, et on la joint avec la lettre d'.\\ite, qu'on sait l'avoir traduite en latin, et l'avoir publiée dans l'Occident. ■ — "A ces deux mss de Saint-Sabas, aujourd'hui au patriarcat orthodoxe et publiés par Papadopoulos-Kerameus, se rattache le meilleur texte de F. Nau, celui du ras. Paris, Ji7S. résumé dans le travail cité. — " Les rapports de Lucien avec Mégéthios sont aussi plus développés dans A, mais d'une immiére combien plus naturelle. • — " Et non pas seulement par les disciples du Christ. — '• Papadopoulos-Kerameus, op. cit., t. v,p.35,lign. 6sq. :TOv,;'jvv£/£:;^::^;j.oC;.roJcxsf)'r,ui;pav •{■.■io[Lho-j:. — " Ibid., p. 39, lign. 3 sq., lire : ôt a;oi/ et non ôi'xiiov. — ■' Ibid., p. 38, lign. 16 sq. : ôj; àirô ).api:;p2; £aOf,TO; È'TTpwaévr, xai (ô; vsoçtoTÎirrwv ovtwv Tf5v âv aÙTï] àvaxEiuisvwv, tj ôè aXXTj iizo yp-jirojçiDv xai jlaiJiXiXiivi x$7.o<7!ir,ii£vr.. — " Jbid., p. 39, ligne 10 : oIo-te -.ii 'niiixix ToO ifio-j iJvEîivov ffxipTfiTa! x»i ivaOi).»t . Exagération d'après Eccl., xlvi, 12; xlix, 10.

ETIENNE (MARTYRE ET SÉPULTURE DE SAINT

phie; dans la première on n'expliquerait pas ce que A a en plus, comme données précises. B sait tout, excepté ce que nous savons par l'histoire, le nom d'.Elia et le synode de Diospolis.

« Mais on peut serrer le problème de plus près, et montrer dans B des traces d'inconséquences qui montrent le peu de valeur de cette recension. Dans A, Lucien arrête les fouilles au moment où il trouve l'inscription et fait prévenir l'évêque ': dans B l'évêque vient seulement pour enlever les reliques. Or Gamaliel dit dès le début : « Va trouver l'évêque II et dis-lui: Pourquoi ne nous ouvres-tu pas?» C'était à lui de faire l'invention -.

« Autre inconséquence. L'apparition à Mégéthios complétait les révélations faites à Lucien. Dans A, Lucien, qui ne se doute de rien, veut faire la fouille à son idée; d'où le trait charmant : Écoute d'abord ce que dit Mégéthios ! Dans B, GamaUel a dit la même chose à Lucien, ce qui est tout à fait superflu; et alors il ne devait pas suivre sa première idée. Mégéthios, d'abord qualifié de « plus jeune », est ensuite « le moine ».

« Enfin, dans ,4, Nicodème est banni par les Juifs. B a retenu cette circonstance; mais elle ne s'accorde guère avec ce qu'il a ajouté, que Nicodème avait été laissé demi-mort sur place ^.

« J'insisterai sur un détail qui montre A plus fidèle au texte primitif, même lorsqu'il n'a pas compris. On y voit qu'Habib est ileratus in lege, ce que le traducteur probablement a glosé : De utero ieslimonii, id est iteralus in lege; il entendait sans doute qu'Habib, né dans le judaïsme, avait été baptisé. Mais ce n'était rien dire de particulier. Or le mol ileratus est sûrement la transcription assez fidèle de SeuTcptoT/]!;, en araméen ssn; Habib était, comme nous dirions aujourd'hui, un docte tannaïte. On se rappellera le texte de saint Jérôme : Adiui (ou audivi) Liddœ quemdam de Hebrseis, qui sapiens apud illos, et SsuTspcoTïjç vocabatur, narralam Imjuscemodi fabulam^....

« B a bien compris qu'il s'agissait d'exégèse, mais il a remplacé Sz'JTtÇKù'i]^ par Seurspoç, qui ne signifie plus rien : Kocl a'j-bç vouoGéttjç ÛTrpâx''^^ 'jS^ (iTzkp È(xÈ v.%i Sf'jTzpoc, TGJv Octcov Tpaçàiv È^'/jy/jTrjÇ^. Cela soit dit en passant pour expliquer un passage qui n'avait pas, que je sache, attiré l'attention ". D'ailleurs je ne suis point assez versé dans le byzantinisme pour décider du style de cette pièce. Je répugne néanmoins ù attribuer au v= siècle commençant des mots comme ar,[j.zi6y iiiazix, y p'jaoXbiÇ,t.va (grec et loruni courroie'?) YafXjxaTia... '; il me semble aussi que TrXvjyaïc; 8è où Taîç Tu/ousatç' est une affectation d'élégance qui détonne sous la plume de l'humlilc desservant.

« Comment se fait-il d'ailleurs que la recension B se rencontre toujours, dans les manuscrits de Paris comme dans ceux de Saint-Sabas, étroitement unie au récit de la translation des reliques de saint Etienne à Constantinople? Ce dernier morceau est fort suspect. L'invention des reliques, telle qu'elle est racontée, est certainement la relation de Lucien, mais il est si évident qu'elle a été retouchée pour figurer dans ce

' P. L., t. XLI, col. 815, lire : qui cnm aperuisscnt, et non apparuissait. — ' Papadopoiûos-Keraineus, op. cit.. p. 38, lign. 1 sq. : spo'jpfica; tov tottov «ùtov et' ÉajTCiC. OTi'iMijx: 01 ô'.i T'.vfj; jriCTOJ Ypii;i.iiaTCi?dp ;•./..■ le latin A : sedens custodi loctim^ et manda mitii per diaconiinu... ce diacre vaiit-iï pas mieux que le " fidèle porte-lettre ^? — * I..ors de sa première vision, Lucit^a est à la fois endormi et éveillé, puis il se réveille. //>i(/., p. .^1, ligne 12; p. .31, ligne 10; p. :;i, liane 1. — ' P. 1.., t. xxv, col. 1301. — ' Papadopoulos-Kcrameus, op. cit., p. SS, li«n. 18 sq. ; cf. p. 30, li«nc 22. — • Scliultlicss, Christlicli-l'idicstinisclir Fragmente, iîerlin, 1905; le texte syriaque de la recension

contexte, que le recenseur a répété deux fois en plus de A <• moi l'humble Lucien » et qu'il a même mis dans la bouclie de Gamaliel : • à Kaphargamala, où Lucien « a eu la charge du sacerdoce' »! Cette relation figure donc ici comme un document employé par quelqu'un qui raconte une autre histoii'e, peut-être par un orateur, comme Photius en avait le sentiment '°.

• Si ou voulait aller tout à fait au fond des choses, il faudrait même se demander si nous pouvons [larler d'une recension B attestée au vi'^ siècle par Eustrate? Oui. sans doute, s'il s'agit d'une tradition difl'érente de .4; mais son texte était-il établi? La traduction syriaque est un abrégé; la traduction latine diftère très notablement du texte de M. Papadopoulos- Kerameus; des trois manuscrits de Paris, l'un est une revision métaphrastique qui fait apparaître saint Etienne à la place de Gamaliel. Ces faits montrent clairement avec quelle hberté cette recension, qui n'avait rien d'authentique, était modifiée au gré de celui qui s'en servait. Peut-on, après cela, conclure de la présence au vi= siècle de certains éléments de cette légende, que le texte de Papadopoulos existait déjà et tabler sur un de ses détails ou une de ses omissions? Cela est au moins fort douteux. Mais je n'insiste pas. .le me contente de signaler les excroissances exubérantes et suspectes du texte grec. Certes l'examen interne ne fait que confirmer cette conclusion " sur le texte latin A, attribué par tout le monde à .\vitus de Braga : " Jusqu'à nouvel ordre, c'est sa traduction « latine qui représente l'original disparu, réserve faite, Il cela va de soi, de cert aines phrases qui forment comme « des parenthèses du traducteur '-. •

Nous avons dit que la recension }l offre en substance le récit contenu dans les textes grecs des deux manuscrits de Saint-Sabas et des trois manuscrits de Paiis; la comparaison qui vient d'être instituée entre B et A offre un moyen de contrôle de la valeur historique de ces deux recensions et il ne paraît plus guère routenable que le compilateur de ii a o inséré textuellement dans son récit la rédaction grecque originale du prêtre Lucien et nous l'a ainsi conservée " ».

« Tout d'abord, il est clair qu'un des deux traducteurs a utilisé le travail de son devancier. Entre les deux versions la ressemblance est, en maint endroit, trop littérale, pour être fortuite, à moins que leurs auteurs n'aient opéré connue les .Septante, au dire d'i^jistée. Le fait matériel de cette ressemblance est d'ailleurs si manifeste qu'il se passe de toute démonstration. Il n'est pas moins évident qu'iiucunc des deux versions n'est un simple remaniement de l'autre. Selon les propres termes du P. Vailhé, la recension A « a conservé aussi des traits qui doivent être originaux '■• ». D'où il suit que A a dû être collationné sur un exemplaire grec différent de la recension qui a servi à l'auteur la recension B latine. Un copiste occidental, abandonné à son propre génie, n'aurait pas retrouvé d'instinct les passages omis et l'ordre interverti par le traducteur. Or, en maint endroit 'S la recension A s'accorde avec les recensions greccjues et syriaques beaucoup mieux que la recension B. D'autres fois, ;ui contraire, c'est B qui se rapproche

porte un mol qui parait réjiontlie précisémeul ù l'action du Tanna. Malheureusement il ne reste en tout i|ue quelques lignes; assez poiutuiil pour qu'on rcconuuisse une recension particulière, plus voisine ccpc-iulunt île Ii. — ' l'a|>ndoputdo!>- Kcrameus, op. ci(., p. 31, lisii. 1 1 sq. — ' Ibid., p. 33, lign. 5 sq. — » Ibid., p. 32, lign. 22 sq. — • '"/'. (V., t. cm, col. 500. — "Celle du 1'. V. l'ectcrs, diuis .\nalectu bnlltuidiiuia, 1007, t. XXVI, p. 105. — " J. Lagrangc, dans Heiiuc de l'Orient citritien, 1007, t. xu, p. 42 1-428. — " T. Nau, dans lu Hcime de l'Orient clirétien. 1000. t. .\i. p. 203-201. — " Revue de l'Orient chrétien. 1007. Il' série, I. ii (l. xn), p. 85. — " l'nr exemple ; § Il lin, § 8 lin.

ETIKNNK f.MAIiTYiiK KT SKlMI/niiE UV. SAINT

•p plus des ivdactioii'i orientales. Au total, voici donc en présence deux versions latines, dont l'une a été copiée sur l'autre et révisée sur un texte grec que rien ne permet d'identifier. Dans ces condition;, il paraît bien malaisé — je dis malaisé poiu- moi — de déterminer la plus ancienne en les confrontant avec des receasions hétérogènes, dont on ne connaît pas le rapport au texte original.

• Mais cette tâche peu engageante est inutile. Vouloir authentiquer la rédaction primitive d'.Vvitus à l'aide de parallélismes relevés dans Eustrate de Constantinople, dans Bède. dans Pholius, dans les te-xtes grecs et syriaques dérivés de Lucien '. c'est aborder par un biais mal éclairé une question qui se présente de front et en pleine lumière. La relatioii de Lucien tut portée à Braga, en même temps que les reli([ues de saint Etienne, par Paul Orose, l'ami de saint .\ugustin. Avitus y avait joint, pour son évèque Palc'nonius, une lettre d'envoi que l'on possède encore et dont l'authenticité est on ne peut mieux garantie par un double témoignage de Gennade -. Elle affirme en propres terme; que Lucien écrivit son récit pour .\vitus et .sur la demande de ce dernier : ipsiim ad vos subdilam scriptis mcis sancti presbgleri, citi h;ec revclata sunl, rpislalam conscriplioiiemque Iransmisi.qiiani pro me flde v.ritalis plcnius rscognoscendx roganle cl expclenle, diclavil grstco primuni ipsc sermon:; sed per me poslea in lalinum versa est =. Or, des deux recensions latines, l'une répond à ce signalement et l'autre pas. Qu'on en juge. Dans la [ireraiêre. A, le narrateur déclaie qu'il s'est mis à l'œuvre iniploratus ac magis iussus a siincto et Dei cuUore, paire Avito presbglero... *. Voilà pour l'inspirateur de la lettre. Le traducteur, de son côté, s'y révèle d'abord par sa connaissance vécue de la langue grecque. On sait <)u' Avitus possédait le grec assez parfaitement pour comprendre au vol une harangue dialoguée; à preuve le service qu'il rendit à son ami Orose au synode de Jérusalem ^ Or. dans tous les passages où .1 se sépare de la seconde recension. ou lui trouvera un tour d'expression plus rapide et plus dégagé. Par lui-même, cependant, un tel indice ne fournit qu'une présomption assez vague. Mais en certains endroits, le traducteur intervient dans le récit, aussi à découvert que s'il déclinait son nom. Deux au moins de ces parabases de l'interprète méritent d'être notées. f,a i)rem)ère a lieu à propos de l'inscription funéraire de Kephar Gamià, Lucien vient de transcrire cette bizarre épitaphe et sa non moins bizarre traduction. Le texte latin poursuit : Hoc interprelatus est papa jQhjnnes, sicut et ipse audivi ab ipso sancto episcopo . Distingue-t-on assez nettement l'accent d'Avitus. qui coupe la parole au narrateur pour placer son mot à l'appui des faits racontés"? Dans la bouche de Lucien cette manière emphatique d'insister sur un détail connu par ouï-dire, ou plutôt l'information elle-même, démentirait son origine. Lucien était présent quand l'inscription fut déchiffrée; il savait mieux que personne à quel épigraphiste en revenait la gloire, et,

* S, Vailhê, dans la Revue de l'Orient chrétien^ II» série, t. II, p, 72 sq. — ' Gennade, De viris iidustribiis. c. XKXIX, c. -xLix, édit. C. Bcmouilli, 189.>, p. 75, 7S. — ' S. Augustin, Opéra, édit. Maurinor., t. vu (1683), .-ippcndix, col. 1-4. —

♦ Ibid., col. .") — 'P. Orose, J.iher (ifmlogetictis, édit. C. Zangnieistcr, Vindolmna-, ISS'i, p. lilo : Ad quod ille diit disputons et nostris propter imperitiam iqnoti nobis itderpretis — quem sirpissiine viri primarii et religiosi Passerio et Avitus presbyteri et Domnus ex duce vel pnwc interpretantem vel plura supprimcntem vel ala ex uliis suggerentem con/utaperunt — nosfri.s. i/( dixi,... episcopus Joliannes ait... —

* Opéra S. Aiigustini, t. vu, col. 'J. — ' Jean de Jérusalem est apprécié fort sévèrement par Orose, qui a réussi à lui lairc une réputation assez peu avantageuse. Daniel, Histoire du concile de Palestine ou de DiospoliSy dans Recueil de

d'après l'ensemble du récit, il semble même que l'évcque ait eu deux raisons plutôt qu'une de ne pas la revendiquer devant lui '.

<■ La seconde intervention d'.\vitus est, s'il se peut, plus manifeste encore. Les mots du J 0 : Ex his eryi reliquiis transmisi beotiludini vcstrœ...' ne jjeuvent pas être de Lucien, comme le prouve l'embarras où ils ont jeté les éditeurs. Ils sont, au contraire, tout à fait naturels, si on les attribue au prêtre de Braga, qui les aura insérés dans la relation, pour authentiquer les reliques qu'il envoyait .à son évoque.

» -\ ces deux exemples, nous serions tenté d'en ajouter un troisième, qui se trouve dans le voisinage immédiat de celui que nous avons cité en premier lieu : Stalim ergo renuntiavi episcopo, cum esset in Lyddc, quai est Diospolis, in sijnodo agcns. Avitus, en effet, ne pouvait ignorer où Jean de Jérusalem se trouvait à la date indiquée, et il y avait certains motifs pour que son attention fût attirée sur ce concile de Lydda, auquel les controverses pélagiennes ont donné une notoriétéassez tapageuse '. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que c'est tout justement notre texte qui a permis d'en fixer la date précise ". Indépendamment de cette source, on savait parles témoignages les plus clairs qu'un synode de quatorze évêqucs de Palestine tut tenu à Diospolis vers la fin de l'année 41,5 ". L'aisance et !a netteté avec lesquelles cette donnée s'encadie dans la recension latine sont hautement caractéristiques. Le samedi 18 décembre, lendemain du second vendredi après la Icria sexta, qua; est tertio nonas decembris '-, Lucien va trouver son évèque à Jérusalem. Deux ou trois jours après, il l'envoie chercher à Lydda ". Ou je me trompe fort, ou ce détail porte la marque de son authenticité. On remarquera aussi avec quelle propriété de termes est indiquée la place de Jean au synode : in sijnodo agens, disent les manuscrits, que les éditeurs ont eu tort de corriger en sijnodam agens. En effet la présidence du synode de Palestine appartenait, non à l'évèque de Jérusalem, mais à celui de Césarée ". Que conclure de tout ceci"? Que la version .\ nous a conservé ici une information authentique"? C'est trop peu. La mention du concile de Lydda manque dans toutes les autres recensions; donc, de deux choses l'une : ou bien elle a été intercalée par .\\itus, ou — ce qui revient au même — Lucien l'a insérée, pour garder la VTaisemblance, dans l'exemplaire destiné à son correspondant, quitte à la biffer ensuite, soit comme inutile, soit peut-être comme évoquant des souvenirs peu glorieux : l'éplscopat de la Palestine seconde ne semble pas avoir fait brillante figure in illa miserabili sgnodo Diospolitana, comme parle saint Jérôme ''.

« Rien de semblable dans la recension B. Nous venons de dire qu'elle ne nomme pas le synode de Lydda. Pour tout le reste, elle n'est qu'une version impersonnelle d'une relation sans destinataire spécial. Quelcpies manuscrits veulent qu'elle soit adressée Domino sanclo cl venerabili Ilymesio (al. Genesio)

divers ouvrages. Paris, 1721, 1. 1, p. 643 sq. ; Hefelc-Leclercq, Histoire des conciles, in-S», Paris, 1908, t. u, p. 17ti sq. — ' S. Augustin. Opéra, t. vn, col. il. — ' .\vitus doit avoir été mêlé aux incidents que ralTaîre de Pelage provoqua en Palestine, comme le prouve son intervention au s>'nodc de Jérusalem en juidet de la même année (voir note ô). — " Noris. llisloriu pelagiana, Lovanii, 1702, p. 33; Hardouin. Concil. coll., t. i, col, 2009-2010 (lire 1209-1210); Daniel, op. cit., p. 651. — " Hcfele-Leclercq, op. cit.. t. il, p. 177 sep Paul Orose n'a\-ait pas quitté la Tem- Saint? avant l'ouverture du synode de Ly<!da. — '- S. .Augustin, Opéra, t. vu, col. 7. — " S. .\ugustin. Opcra, t. vu, col. 9. — " Hefele-l.cclcrcq, Histoire des conciles, t. ii, p, lOS. — "S. Jérôme, Epist.. CXLIII (al, LXXix), P. L., t. xxii, col. IISI ; cf. Hefelc-Lcclcrcq, op, cil.

ETIENNE (MARTYRE ET SEPULTURE ])E SAINT

(piscopn K .Mais cet intitulé n'est qu'un expédient du copiste, pour donner un sens aux mots ex his crr/o reliqaiis transmisi br.alitudini vcstrœ, qu'il s'est permis d'emprunter à la recension A =. Rien ne s'oppose pourtant à ce que E reflète également, à sa manière, la rédaction authentique de Lucien. Comme nous l'avons insinué, celui-ci a fort bien pu tirer de la lettre écrite pour Avitus une sorte de relation encyclique appropriée aux milieux où elle devait circuler. Jusqu'à plus ample informé, libre à chacun de croire que R est de meilleure qualité que les textes grecs, syriaques, et autres, qui, de très bonne heure, ont pullulé sur le récit primitif de l'invenfion. ;\lais son désaccord et moins encore son silence ne peuvent en aucune façon prévaloir contre le témoignage de A ». •

XIX. Textes grecs. — Les textes grecs, représentés par cinq manuscrits au moins, peuvent se ramener ii deux textes principaux : 1" les deux manuscrits de Saint-Sabas et le ms. gr. 1179 de Paris, du xi= siècle, — lems. giec 27; S de Paris, du xn« siècle, n'étant qu'uu remaniement du précédent. L'auteur de cette rédaction semble s'être proposé de grouper tous les récits relatifs à saint Etienne. D'abord il donne le martyre non pas tout à fait tel qu'il se trouve dans le ms. grec SSl de Paris, du xi^ siècle, mais depuis la citation des Actes des apôtres jusqu'à la mort du sénateur Alexandre. Vient ensuite le récit de la prétendue translation à Constantinople, sous le dixième consulat de Constantin Auguste, dont nous parlerons plus loin, et enfin cette rédaction ajoute que la déposition de saint Etienne dans l'oratoire bâti à Constantinople eut lieu le 2 août [ce qui nous fournit l'origine de la fête de saint Etienne fixée à cette date dans l'Église de Constantinople et reproduit un prétendu discours prononcé à cette occasion par l'évéque Métrophane. Comme nous ne trouvons qu'un évèque de Byzance nommé Métrophaue (dont l'épiscopat prend place depuis l'année 306 ou 307 jusqu'au 4 juin 31 1 '), nous voyons que l'auteur de la rédaction métaphrastique ajoute encore aux anachronismes, déjà respectables, que contient !e récit de la prétendue translation et qu'il nous semble superflu de noter en détail..\u reste, l'homélie imputée à ^Métrophane ne renferme aucune allusion à l'invention des reliques ni à leur translation, elle se borne à commenter le texte des Actes. Notons encore que les deux manuscrits de la rédaction métaphrastique ne sont pas identiques. Le ms. IITS transcrit le récit de Lucien, tandis que le ms. 1176 modifie ce récit. Ce dernier semble avoir inspiré Iiî résumé du Synaxaire de Constantinople ', car celui-ci suppose que c'est saint Etienne et non Gamaliel qui apparut à Lucien. Le Synaxaire raconte aussi l'invention par le prêtre Lucien, le transfert à Sion, puis au marlijriam d'.Mexandre, puis le transfert à Constant inople, qu'il place aussi sous l'épiscopat de Métrophane, mats il ne fait i)as allusion à l'homélie que 1176 et 1179 attribuent a ce dernier''. — 2° Le ms. grec S»l de Paris, du xi' siècle, est en réalité une compilation des Actes des apùtres et de la lettre de Lucien '. L'auteur commence par transcrire les Actes des apôtres (VI, 8-vni, 2). Ses particularités les plus remarquables sont : une omission de v[, 11 eIç à 13 prj|jiaTa, puis vn, 21, IxTcOévTa Se aÙTiv h -r/) Ol|3ïi; — 26 àYx-r,v

» S. Auguslin, Opéra, t. vu, col. 3. — ' Ibid., col. 11; cf. Analecla /)oHa;i</iana,1892, t. xi, p. 312. — ' P. Pectcis. Ac sanctuaire de la lapidation de saint Etienne, dans Anulecla bollandiana, inOS, t. xxvu, p. 304-367. — \ H. Lcclercq. Dictionn. d^irchéologie ctircticnne, t. n, col, 136S. . — * Synaxariuni Ecclesiie Constantinopolilcma', in-fol., liruxclles, 1902, édit. II. Deleliaye. — • F, Nau, dans la liiuue de l'Orient chrétien, 190G, II« série, t. i, p. 212-214. — ' Ibid., p. 203-209, en donne un résumé > en tflcliant de

(au lieu de Elp/;v/]v), etc. Arrivée au chap. vin, 2, l'autre préparc la découverte des reliques de saint Etienne en racontant que les fidiles l'enterrèrent une première fois, puis Gamaliel le transporta dans son village et l'y enterra de nouveau.

Voici le commencement de ce texte de transition : 'EyévETO 8è êv èxeivf) tTj YiixÉpa ôicuYHÔç (J-éyaç èm Tr,v èxxXïjCTÎav tTiV èv 'lîpoaoXùfiO'.; • nràvTEç Se Sieo- 7tàp-/]cav xarà -ràç X"P^Ç 'louSaiaç xal SajiapEtaç TrÂTjV TÔJv àjToaTOAcov. ^uvzy.ùu.r^niv te tôv àyiov TrpojTO(jt.àpTupa STÉcpavov, âvSpEç cùAapeïç xal iTtoi-r,aav yXuCTaoxojxov TiÉpaivov, y.xl x.aTÉÔevTo aÙTÔv èx TiV-ayiocç toû Pouvo'j, ypâ'J^avTS- zal titXov, éppaixoîç ■{pà[i.ijiini'^ ■ X'.Xi.ï)X, ànb Trjc, SuptaxrjÇ pî^Xoi) (•/•Xciaoï)?, 1176), xal ÈTTOÎïjoav (ÈTTO'.rjaavTO, S81) xo- TTETÔv [iÉyav èiz' aÙTcTj (aÙTÔv, 1179), xai TÙjrTOVTEç êauTMV Ta aT^QÔr, (aTiÔEi, SSl) 'j-jcTOEçp&v Et; 'IspouaaXT)(x.

FafxaXiïjX SE Tiç... ctjvePoùae'Jcïv... àrEvÉyxai eIç To ÏSiov xcùptov TÔ ètû' ôv6(iaT'. avToG xXrj6Év. Kal xaTà TÔ EÎÔtajjtÉvov (ï)8-/]a[XÉvov, 1110: rjGttjfjiÉvov, 1179), aÙTOï; ûtiô (8St om. û-ô) toO vo|j.oj ÈTTE-ÉXEaav 7)(i.£paç TEaaoepàxovTx, xxl tï ûrèp -roj xorsToû àvaXicsxôfiEva, EX -ôjç ToO rafiaXiYjX Sarâvrjç ÈS60r], xal ouTtoç aÙT6v xaTEÔÉvTo èv Tw xa'.vôi aùxoO (xvy)fX££<p TCO (i7)SÉ7tOT£ TSXE'.OlOÉvTt EX S'.aoTrjjjtaToç {1176, 1179 aj. OVTWÇ) T^Ç TToXecùÇ à^TO ïixOCTTûÛ (7/](jtEtOU

(1176 om. Tôj (j.v)S. TsX. et place la suite (èx StaoT. oÙTûi; T-^ç o'/jjx.) après xXt,Oév).

A cette nouvelle, Nicodènie, cousin germain de GamaUel, se fait baptiser par Pierre et Jean. Les Juils veulent le mettre à mort, comme ils l'avaient fait |iour Etienne, mais, empêchés par Gamaliel, ils arrêtent Nicodème, le flagellent, confisquent ses biens et le chassent de la ville. Réfugié auprès de Gamaliel, il meurt et est enterré auprè; d'Etienne. Habib est, a son tour, enterré près d'eux.

Vient ensuite sans transition le récit de Lucien. • A la troisième heure de la mut, ù la X' indiction », sous le dixième consulat d'Honorius et le troisième de Théodose... •> .\près avoir raconté la translation â Sion, on ajoute la translation au martyrium bâti par .\lexandre le sénateur, dans lequel celui-ci fut également enterré.

XX. Version svmvQiTE. — La version sjTîaquc n'a point le prologue tiré des Actes des apôtres, elle commence au récit de Lucien et elle est conforme au grec '. On l'a représentée comme « capitale » » parce que conservée dans un manuscrit du vi'^ ou vu' siècle '". . Sans vouloir déprécier cette version syriaque, nous n'irions pas jusqu'à trouver qu'elle est d'une importance capitale. Elle est, par endroits, d'une fidélité douteuse — que le coupable soit le traducteur de Zacharie ou quelque autre. Car il est assez probable que l'Invention des reliques de saint Etienne a été rajustée à la recension syriaque de V Histoire ccclésinstiqiie, comme la légende de saint Silvcstre, celle des Sept Dormants, et d'autres épisodes du premier livre <iui existent à l'état isolé dans la même langue. AI. F. Nau a fait remarquer qu'clic omet une indication topographique, contenue dans le ms. SSl " et dans la traduction d'.Vvitus, recension A. Or, on a retrouvé, dans un palimpseste, un fragment d'une autre version syriaque de la lettre de Lucien où la

n'omallrc aucun détail onomastiiiuc uu topograpliiquo iiilêrussant >. C'est inic partie de ce résumé qui va suivre. ' .I.-P-.N. Land, Anecdala syriaca, in-8'>, Leyde, 1870, t. ni, Zacbariœ episcopi M ilulcnc'i... si'ripta historica, p. 7*»- Sl; P. Bcdjan, Àcla.marluriim et sanclnriim, in-8», l'.irls, IS92, t. m, p. 188-199. — • P. Nau, dans neuuc de l'Orient ihrctien, 1906, t. xi, p. 210. — "Ibid., p. 207; cf. Wrinhl. Calnlogiie ol syriuc mss, p. 1046. — "F. Nau, op. eit., p. '^07.

ll.NNK iMAUTYliF. F.T SIMMI.Tl RE DE SAINT

phrase en question est conservée tout au long '. Il n'est donc pas téméraire de supposer que la légende des reliques de saint Élienne dans le Zacliarie syriaque n'est qu'une copie plus ou moins exacte d'une tra duction antérieure. Son témoignage est sujet à caution, au moins pour le détail -.

XX I. RiiCiT DE Lucien. — Voici maintenant le récit de Lucien, d'après la traduction (t'.Avitus(recension A).

■i Lucien, par la miséricorde de Uieu, pauvre et le moindre des honimmes, ])rèlre de l'Eglise de Dieu dans le village de Caphargamala (Kephar-tlamlà) ' au territoire de Jérusalem, à la sainte Eglise el à tous les saints qui sont en Jésus-Christ, dans le monde entier, salut en Notre-Seigneur.

" ,I'ai cru nécessaire de faire connaître à votre dileclion en Jésus-Christ la triple vision qui m'est apparue de la part de Dieu, au sujet de la révélation des reliques du bienheureux et glorieux protomartyr Élienne, jjrcmier diacre du Christ, de celles de Xicodème, dont il est parlé dans l'évangile, ainsi que de Ganlaliel, mentionné dans les .Jictes des apôtres. Je l'ai fait, à la prière ou plutôt sur l'ordre d'un saint, d'un serviteur de Dieu, de notre père le prêtre .\vitus. Obéissant comme un fils à son pOTe, j'ai dit, pour répondre à ses questions conformes à la foi consomm.ée, toute la vérité, en toute simiilicité, telle que je la connais, sans hésiter et sans l'allérer.

XX IL Première msion. — » Le jour donc de la Parascève, c'est-à-dire un vendredi, le l{ décembre *, sous le dixième consulat d'Honorius et le sixième de Thèodose, augustes, je m'étais endormi, à la nuit tombante, sur ma couche, dans le saint lieu du baptistère, ofi j'avais l'habitude de coucher pour garder les objets servant au ministère. A la troisième heure de la nuit, qui est le premier quart de garde des veilles, je tombai dans une sorte d'extase, un demisomnu-il.cl je vis un vieillard à la taille élevée, prclre ])lein de dignité, aux cheveux blancs, à la barbe longue, revêtu d'une étole blanche ornée de glands d'or avec une croix au milieu. Il tenait une crosse d'or à la main. Il s'approcha de moi et. se plaçant à ma droite, il me toucha de sa crosse d'or: iniis, m'appelant trois fois par mon nom : Lucien, Lucien, Lucien, il me dit en arec : « Kendez-vous à la ville d'.Elia, qui n'est autre

• que Jérusalem, et dites au saint homme Jean, qui en ' est l'évcque, ces paroles : Combien de temps serons- " nous retenus enfermés et tarderez-vous à nous ouvrir " les portes'? Or. c'est sous votre cpiscopat que nous

• devons cire révélés. Ouvrez sans retard le tombeau

• où nos restes ont été déposés sans soins, afin que,

■ par nous, Dieu, son Christ e( son Sainl-Hsprit ou- < vrent la porte de leur clémence sur le monde, car

■ les chutes nombreuses dont ce siècle est témoin tous » \e< jours le mettent dans un grand danger. D'ailleurs, « c'est beaucoup moins de moi que des saint s si dignes de « tout honneur qui sont avec moi que je me préoccupe ..

« Je lui répondis en ces termes : « Qui ètes-vous donc,

• seigneur, et qui sont ceux qui sont avec vous'? » Voici sa réponse : « Je suis Gamaliel, qui ai élevé « Paul, l'apôtre du Christ, et qui lui ai enseigné la loi

• à Jérusalem, (^elui qui est placé près de moi, dans « le tombeau, du côté de l'Orient, est le seigneur

• Etienne, que les princes des prêtres et les Juifs ont

• F. SchuUhcss, ChrisUicli-Palxalinische Fragmente iitis ilcr Onmfjiiden-Moscbee zti Damasktis, dans Abhundlimfieii lier kôniglichcn Cesellsclia/I <Ur Wisscnsclmlleii zii Cutliiigen. l'hilot. Iiistor. Klusse. nouv. série, t. viii, p. l()4-10.î. — - P. Pceters. dans AntiUrta Imllaiitliana^ lUUT, t. xxvi, p. 105-106. — ' D'après Avitus, ù 20 milles de Jérusalem. l>ttc localité n'est pas identifiée avec certitude. On avait proposé le village de .Temniala. situé <k sept lieues au nordouest de Jérusalem, (^'est peut-être, d'après le 1*. Peeters. la localité actuelle de Ucït-ljimâl, non loin de Hanilch.

DICT. D'.VRCII. CHF.ÉT.

« lapidé à Jérusalem, pour la foi du Christ, hors de la « ville, à la porte du Xord, sur la route de Cédar, où « il demeura un jour et une nuit, étendu par terre, • sans sépulture, afin de devenir, selon l'ordre impie « des princes des prêtres, la proie des bétes sauvages '. « .Mais Dieu ne voulut point qu'il reçût leurs atteintes. " Les bêtes sauvages, les oiseaux de proie et les chiens « respectèrent ces restes précieux. Et moi, Gamaliel, « plein de compassion pour le sort du ministre du « Christ, cl de hàle pour recevoir ma récompense el « avoir part avec ce sainl homme dans la paix, j'ai « envoyé, pendant la nuit, tous les hommes relif-'icux " que je connaissais croyant en Jésus-Christ et habi- « tant Jérusalem, au milieu des Juifs, et leur fis toutes « mes recommandations. Je leur donnai tout ce qui « leur était nécessaire et les déterminai à se rendre " secrètement sur le lieu du supplice pour enlever le II corps et le porter, dans un de mes chars, à ma maison « de campagne appelée Caphargamala, c'est-à-dire « maison de campagne de Gamaliel, à vingt milles de « la ville. Là je lui fis des funérailles qui durèrent « quarante jours, et je le fis déposer dans le monu- « ment que je m'étais fait faire en cet endroit, dans « la case située du côté de l'orient, el j'ai fait donner « à ces gens de quoi subvenir à tous les frais de ces « funérailles. Dans l'autre case fui placé le seigneur « Xicodème, le même qui alla trouver .Jésus pendant « la nuit et qui entendit ces paroles de sa bouche : « Quiconque ne renait par l'eau et le Saint-Esprit ne « peut entrer dans le royaume des cieux. et qui fut « baptisé par les disciples de Jésus-Christ après son « entrelien avec lui. Quand les Juifs en eurent connais- « sauce, ils le privèrent de son litre de prince, l'ann- •< thématisèrent et le chassèrent de la ville. C'est moi. " Gamaliel, qui l'accueillis dans ma propriété, comme « une victime de la persécution pour le Christ. J'ai « pourvu à sa nourriture et à son entretien jusqu'à la « fin de ses jours, et, à sa mort, je l'ai fait enterrer 1 avec honneur à côté du seigneur Etienne. J'avais « un fils bien-aimé appelé Habib, il avait reçu avec « moi le baptême du Christ des mains des disciples « du Seigneur: il mourut à l'âge de vingt ans, avant « moi, el fut déposé dans la case supérieure, où je fus « placé moi-même après ma mort. Quant à ma femme « Ethna et à mon fils aîné Sélemias , n'ayant point « voulu devenir disciples du Christ, ils ont été enterrés « à Capharsémélia, maison de campagne apparte- « nant à ma femme. « Et moi, l'humble prêtre Lucien, je fis cette question à Gamaliel : « Eu quel endroit « devons-nous vous chercher'? » Gamaliel me répondit : « .\u milieu du faubourg », ce qui peut s'entendre d'un champ très voisin de la maison de campagne, appelé Delagabria, c'est-à-dire champ des hommes de Dieu XXIII. Deuxième ^^s^oN. — « Sur ce, je me suis éveillé et j'ai adressé cette prière au Seigneur : « Seigneur Jésus-Christ, si cette vision vient de vous « et n'est point une illusion, faites qu'elle se renou- « velle une seconde et une troisième fois, quand vous « le voudrez et de la manière qu'il vous plaira. » Je me mis donc à jeûner el à ne me nourrir ([ue de fiuits secs jusqu'au vendredi suivant, .\lors le seigneur Gamaliel m'apparut de la même manière, avec le même aspect el le même costume que la première

Vue phrase de Lucien peut en effet sa comprendre comme si Kcphar-Ganilâ n'était pas éloigné de Diospolis-Ly<lda. Le ms. ,S 4 /donne 22 milles; la version syriaque 20 milles et demi. — * Le syriaque porte : Le trois du premier Connuii (décembre), XIV' indiction; SSI et 117!): X' in liction : 1I7G omet les dates. — ' Syr. : " II passa un jour et une nuit, gisant en dehors de la ville, dans le chemin de Cédar, selon l'ordre... ■> Lancl, op. cit., t. ni. p. 77. — • Cf. F. Nau. dans la Revue de l'Orieitt clirMicii, lOOl», t. xu p. 21)7, n. :i.

ETIENNE (MARTYRE ET SEPULTURE DE SAINT

GVi

fois, et me dit : » Pourquoi avez-vous négligé d'aller • dire ce que je vous avais prescrit au saint évèque « Jean? » Je lui répondis : « Je n'ai pas osé, seigneur, « annoncer ce que j'avais vu tout de suite après lapre- « mière vision que j'ai eue, de crainte de passer pour « un séducteur. Mais j'ai prié le Seigneur, si c'était « lui qui vous envoyait vers moi, de faire que vous « m'apparussiez une seconde et une troisième fois. » Gamaliel reprit : « Croyez-moi, croyez-moi, croyezmoi. » Puis, il ajouta de nouveau : « Comme vous « m'avez demandé où vous trouveriez les corps ck- « chacun et dans quel ordre ils sont posés, prètez-moi « toute votre attention et remarquez bien ce qui va « vous être montré. — Oui, seigneur, » répondis-je. Alors il apporta quatre corbeilles, dont trois d'or et une d'argent. Les trois premières étaient remplies de roses ; deux d'entre elles avaient des roses blanches, et la troisième, des roses rouges de sang: la quatrième qui était d'argent était pleine d'un safran qui exhalait une odeur excellente. Il les i)laça devant moi. Je lui dis : « Qu'est-ce qu2 cela, seigneur'? « Il me répondit : " Ce sont no; rchque.>. La corbeille aux roses rouges, = c'est le seigneur Etienne : il est placé dans le tom- . beau à droite, du côté de l'orient en entrant. La « seconde corbeille, c'est le seigneur Nicodème, placé « contre la porte. La corbeille d'argent, c'est mon > fils, Habib, né du sein du témoignage, c'est-à-dire « régénéré dans la loi; il a quitté ce monde avec l'in- « nocence immaculée qu'il avait puisée dans le sein «1 de sa mère. Voilà pourquoi il est représenté par une « corbeille d'argent d'une extrême pureté. Xe scntez- ' vous point l'exquise odeur dusafranqu'ellerenferme'.'

• Il est placé avec moi, au haut du monument; nous « reposons ensemble comme deux frères jumeaux. « .\yant ainsi parlé, il disparut de nouveau à mes yeux.»

XXIV. Troisième vision. — « Quand je fus éveillé, je rendis grâce au Dieu tout-puissant et me remis au jeune en attendant une troisième révélation. La troisième semaine écoulée, le même jour et à la même heure, le même homme m'apparut, avec un air menaçant et frémissant, et me dit : « Pourquoi avez-vous « gardé le silence jusqu'à ctte heure et n'avcz-vous n pas voulu aller rapporter à l'évéque Jean ce qui « vous avait été dit et montré'.' Quelle sera votre « excuse auprès de Dieu, et quel pardon espérez-vous « de lui pour ce dédain, au jour du jugement'? Ne •< voyez-vous point la sécheresse extrême qui désole le « monde et les tribulations dont il est plein'? Or, vons " vous conduisez avec néghgence. Xe considérez-vou; « point qu'il y a, au disert, beaucoup d'hommes plu; 1 saints et meilleurs que vous, que nous avons négligé; " parce que c'est par vous que nous voulons parvenir •< à la connaissance du monde'? Car si nous avons

■ voulu que vous quittassiez un autre hameau pour « devenir pasteur de celui-ci, c'est afin que ces choses « fussent découvertes par vous. Levez-vous donc et

■ allez dire à l'évéque de nous ouvrir la porte et de

• faire un lieu de prière en cet endroit, afin que, par

• notre intercession, le Seigneur ait pilié de son pcu- « pie. » A CCS paroles, je répondis tout tremblant : « Ce n'est point par négligence, seigneur, que j'ai agi « comme je l'ai fait, mais j'attendais que vous vous « montrassiez à moi une troisième fois. .Mais à pré- « sent, sans attendre un jour de plus, je vais exécuter •' tout ce que vous me direz. » Puis, comme il se tenait duvant mol, avec un air indigné, il me sembla que je tombais dans une autre extase, .l'étais à Jérusalem et en présence de Jean, et je lui racontais toute ma vision. Il semblait m'écoulcr, puis il me dit :

' P. de L»l>riollc, Une esquisse de l'histoire ilti mol « i>ai>a ». (Unis le niillclin d'uncienne lillMiliire el d'archîol'mie clirflienncs, lUll, t. i, p. 21.V22I). — ' IMiis luiiit o:i ;i lu Delan-

« Mon cher ami, si les choses se sont passées ainsi « que vous le dites et si le Seigneur vous a tait cette « révélation, dans ce siècle où nous sommes, il faut « que j'aille prendre, dans ce domaine, ce grand bœuf « de labour qui peut aller aussi bien au chariot qu'à « la charrue, ensuite je vous abandonnerai le domaine « avec tout le reste. » Je lui répondis : « Seigneur, que « m'importe le domaine, si je n'ai point de bœuf qui « me permette de le régir et dele labourer? » L'évéque me répondit : « Il me plaît qu'il en soit ainsi, mon cher « ami, parce que notre ville est administrée à l'aide « de chariots, et le grand bœuf, que vous dites caché « dans votre domaine, fait grand défaut à notre atte- « lage. Il vaut mieux qu'il se trouve dans notre im- « portant domaine que dans votre modeste propriété. « n'est-ce pas assez pour vous des deux autres petits « bœufs que je vous laisse pour labourer la terre de « votre exploitation"? »

« Ayant entendu cela dans mon extase, c'est-à-dire dans mon transport, je m'éveillai inconlinent, je bénis le Seigneur et me rendis sur-le-champ à la ville, auprès de l'évéque Jean. Je lui rapportai toute ma vision, mais je me tus sur ce qui avait rapport au bœuf et attendis ce qu'il allait me répondre. J'avais bien compris que ce grand bœuf n'était autre que saint Etienne et que les chars dont il avait été question étaient les saintes Éghses, tandis que le grand char était la première Église même do Sion. Or, comme le saint évèque pouvait me demander les reliques du bienheureux Etienne, je ne voulais point, à cause de cela, lui parler de ma vision du bœuf. En cnlendant ce récit, l'évéque Jean se mit à fondre en larmes de joie et s'écria : « Béni soit le Seigneur Dieu, Tils du Dieu « vivant! Si Dieu, ô mon cher ami, vous a révélé « tout ce que vous dites là et avez entendu, je dois faire « la translation des reliques du bienheureux Élienne, « premier martyr et archidiacre du Christ, de l'endroit « où il est, en cette ville. Il a le premier combatlu les « combats du Seigneur contre les Juifs, et, sur la « terre, il a aperçu, dans le ciel, Jésus-Christ se tenant .< dans sa majesté pendant que lui-même semblait « comme un ange dans l'asseniblée des hommes. » Le saint évèque me dit donc : « Allez, faites des fouilles « dans le champ, et si vous trouvez quelque chose, « faites-m'en part. » .Alors je lui dis : « J'ai parcouru « le champ, et j'y ai vu, au milieu, un tas de pierre « de petite dimension, et je pense que c'est là que se » trouvent les corps. » Le pape ' me repartit : « Je « vous l'ai déjà dit : .\llcz, faites des fouilles, et, si vous « trouvez quelque chose, demeurez pour garder l'en- « droit, puis envoyez-moi un diacre pour me chercher.» Ayant ainsi parlé, il me congédia. Lorscpie je fus arrivé au village, j'envoyai des crieurs publics engager les habitants du lieu à se lever de bonne heure et à fouiller le tumulus.

XXV. Vision dk Mf.gkthios. — « La même nuit, le seigneur (lamalicl apparut à un moine nommé Mcgethios, homme simple el innocent, sous les mêmes traits qu'il m'était apparu à moi-même, el lui dit : « .\llez, dites au prêtre Lucien : Vous perdez vos « peines à fouiller ce tumulus, nous ne sommes plus la, « mais nous avons été déposés dans un autre lieu pcn- « dant qu'on pleurait sur nous à la manière des anciens « et qu'on élevait en cel endroit un tumulus en ténioi- « gnage du deuil célébré en notre honneur. .Mais clier- " cliez-nous dans un autre endroit, du côté d'où souille « le vent de Moréc à l'endroit appelé en syriaque Uebii- « /((/(((, ce qui veut dire en grec àvSpôjv àyaOtôv ou les « braves =. » Dès l'aube, en me levant pour le chani des

gabria sine iJelmlItalia. L.C syriaque porte : • ('.hcri'lip-iioiis nu nord du village, à cMi du chemin, el mesure, depuis le tuniiiliis. -n.'j cotiilécs. «

ETIENX:

MAl'vTYHE ET SEPULTURE UE SAINT)

hymnes, je trouvai ce moine en train de prêcher à tous les fidèles. Quand les hymnes furent terminées, je dis ; « Allons à ce tumulus et faisons-y des fouilles. » Alors on me dit: «Prenez donc connaissance aupara- 0 vaut de ce que raconte le moine Mcgethios. » Je le fis venir et je lui demandai quelle vision il avait eue. Il me dit tous les signes que j'avais vus du seigneur Gamaliel et me raconta comment il avait vu un champ situé au sud, où se trouvait un sépulcre comme abandonné et tombant en ruine, dans lequel il avait aperçu trois lits d'or, dont un plus élevé que les deux autres, sur lequel deux corps reposaient ensemble : l'un était celui d'un vieillard et l'autre celui d'un jeune homme. Il n'y avait qu'un corps sur chacun des deux autres lits. Or, celui qui reposait sur le lit le plus élevé me dit : « Allez dire au prêtre Lucien que c'est nous qui a avons été les propriétaires de ce fonds. Si vous " voulez trouver un saint, un juste, il est placé du « côté de l'orient. » En entendant ces paroles de la bouche du moine, je glorifiai le Seigneur d'avoir trouvé un second témoin de la révélation.

XXN'l. DÉCOUVERTE DES RELIQUES. » NoUS nOUS

dirigeâmes donc vers le tumulus, mais nos fouilles ne nous y firent rien décou\Tir: alors nous nous rendîmes au tombeau que, la même nuit, notre moine avait vu en songe, et après y avoir fait des fouilles, nous trouvâmes trois cercueils, selon ce qui m'était apparu sou; la forme de corbeilles. Nous trouvâmes une pierre tombale sur laquelle on lisait en très grosses lettres : KEAYEA CELIEL c'est-à-dire serviteur de Dieu, et APAAN, DARDAN, ce qui veut dire Nicodème et Gamaliel '. C'est la traduction que nous donna de ces mots le pape Jean, ainsi que je l'ai appris de la bouche même de ce saint évèque. Je m'empressai donc d'aller annoncer la chose à l'évêque, qui était alors à Lydda, qui n'est autre que DiospoUs, où il présidait un synode ^ Il prit avec lui deux autres évêques : Eusthone de Sébaste et Éleuthère de Jéricho, et tous trois se rendirent sur les Heux. Quand ils ouvrirent le cercueil de saint Etienne, la terre trembla, et il se répandit une odeur si douce et si suave que nul ne se souvient d'en avoir senti une pareille ou d'avoir entendu dire qu'on éprouva jamais rien de semblable; c'était au point que nous nous croyions transportés dans un paradis de délices. Il y avait avec nous ime foule de gens dont plusieurs étaient atteints de différentes maladies. A l'instant où ils sentirent cette douce odeur, il y en eut soixante-treize qui recouvrèrent la santé. Chez d'autres, les démons

' Avitus ne parle que des noms inscrits sur la pierre tombale. On trouve pour ce détail une grande variété dans les deux recensions latines et leurs manuscrits; 1" Keai/ea (It'lifl t/uod interpretuttir seruiis Dei, et Apaan Dardan, qnod interprelatur Xicodemus et Gamaliel ; 2- Celiel quod interpretatlir Stepliuniis Dei et Xordam quod interprelatur Xicodemus; 'A" Celeliely Xasoon. Gamaliel. .ibbibabel, hebraica qiiidem verlHi, Utteris aulein tjraecis. Itderpretatio iwro twminum liœc est : Celeliel Stephanus quidem dicitur, Xilsooii vero NirodemuSt Abibabel /ilium Ganialielis signifteat; 4" Clieliel, Nasuam, Gamaliel, Abbiba. Pour le ras. SSl, on trouve : ■/.■x'tzo i7:'.-{p0i.t}.u,x x-'j-ùv/ ï'/j^n o*jt(ij;" \ù.'.r^^.. SxfjMX)j., V x\xxi.vf{t, xai ".\otôo; 6 u'io; a'JTOù 'l>paT,v£-j£Ta'. Z'z ô ,\./.;Ti). éx tr,; T'jptx/.f,; —risavo;, y.ai ô NaT^oota, Nc/.oî'.u.-i;. Toute cette onomastique baroque a fait l'objet d'un essai d'interprétation trop ingénieux, dans Rcv. de l'Orient chrétien, 1906. t. xi, p. 203, note 3, en vue d'interpréter cet liébreu par l'étymologie syriaciue. I-es trailucteurs et copistes syriens eux-mêmes n'ont vu que du feu à ces voi-ables hybrides et les ont reproduits d'après le libellé de Lucien. Les recensions grecques et syriaques mentionnent sans la citer littéralement la découverte <l'une autre inscription « hébraïque », dont ni Lucien ni .\vitus ne disent rien, et qui aurait été interprétée par on ne sait ((ui : tojto Tfi yiti'jiryj y.o~'.'0\j 0'./.x:/ov (al. '.■./.ï-.'iv): cf. F. Xau, op, 'i/., p. r!IIS et note 7; l^apadopoulos-Keranieiis. Awilerta,

I qui les possédaient furent chassés; là c'est une perte de sang qui s'arrêta, ici ce furent des écrouelles et des I furoncles qui se trouvèrent guéris; ceux-ci furent guéris d'une fistule, ceux-là de fièvres tierces ou quartes. Les uns se sentirent délivrés de la fièvre et d'autres de la jaunisse; ici c'est une céphalalgie qui I disparut, et là une migraine; plusieurs se trouvèrent ' guéris de douleurs secrètes d'entrailles; enfin il se j fit beaucoup d'autres guérisons qu'il me serait trop long de rapporter en détail. .\près avoir baisé les saintes reliques, on referma le cercueil, et on porta celles de saint Etienne, en chantant des psaumes et des hymnes, à la sainte église de Sion, où il avait été ordonné archidiacre. On nous abandonna quelques parcelles des membres du saint. Que dis-je, des parcelles? de très grandes reUques, de la terre et de la poussière de l'endroit où toute la chair de son corps s'était consumée, et on emporta le reste.

XXVI!. Envoi de reliques. — • J'envoie donc de ces reliques à votre béatitude : quand vous les aurez reçues, priez pour mon humble personne, afin que je sois trouvé digne aux jeux du Seigneur, quand j'apparaîtrai devant lui, appuyé sur les mérites du bienheureux martyr saint Etienne et sur vos prières. La translation de ces reUques s'est faite le vingt-six de décembre. A cette époque régnait déjà depuis longtemps une sécheresse désolante, mais à l'heure même de la translation, la pluie tomba en abondance et abreuva la terre. Tout le monde glorifiait le Seigneur, à cause de son saint martyr Etienne, et à cause du trésor céleste de grâce et de miséricorde que le Seigneur Jésus-Christ daignait ouvrir au monde en péril, lui qui \it et règne dans les siècles des siècles. .\men. »

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