‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 142 sur 331 · XXVIII. D.\TE DE LA LETTRE DE LuaEN. Cette · texte numérisé non relu

XXVIII. D.\TE DE LA LETTRE DE LuaEN. Cette

lettre n'est pas datée, mais il ne semble pas douteux que sa rédaction et son envoi ne doivent se placer sous un délai très rapproché de la translation. La chronologie du prêtre Lucien est parfaitement homogène. Les événements qu'il raconte seraient survenus sous le dixième consulat d'Honorius et le sixième de Théodose le Jeune, c'est-à-dire en 415. Or, cette annéelà, le 3 décembre tombait bien un vendredi et on tenait, le 20 décembre, un concile à DiospoUs '. C'est en effet très peu de temps après ces dates que saint Augustin a prononcé son traité cxx sur saint Jean ♦ et son sermon cccx\^II •■, dans lesquels il fait allusion à l'invention des reliques comme à un fait récent : mndo, nuper. La lettre du prêtre Lucien avait rapide-

t. V, p. 39; Land, op. cit., p. 83; Bedjan, op. cit., p. 198. C'est une nouvelle preuve d'altération, » voire d'altération inlL-ntionnelle •. P. Peeters, dans ^4no/. bail., 1907, t. xxvi, p. 106. — ' llefele-Leclercq, Histoire des conciles, 1908, t. n, p. 179, note 1. — * Xicéphore Calliste rapporte l'invention à l'année 399. Entre cet écrivain du xii** siècle et le document contemporain, l'hésitation est impossible. Marcelin suit la chronologie de Lucien. Bèdc donne la 7"^ année du régne d'Honorius; c'est un lapsus, puisque lui aussi suit Lucien. — * S. Augustin, Tract., cx.v, In Joh., 4, P. L., t. x.vxv, col. 1954 : Intclligenduni est ad Jesum, non tune solum, sed tune prinium uenisse Sicodemum; ventilasse uutem postea, ut fieret audiendo discipulus; quod certe modo in revelatione corporis beatissinii Stcphani fere onuiibus gentilms dechwatur. Les traités In Joltannem sont de 416- 417; cf. Portalié, dans Dictionn. de Utéot. catliolique, t. i, col. 2314. — * S. .\ugustin, Serm., cccxvni, 1, P. L., t. x.\xviii, col. 1437 : llujus corpus ex illo usque ad ista tempora îatuit; nuper autem apparuit sicut soient apparcre sanctorum corpora niartijruni, reiKlatione Dei... Pnvccden' tibus eninl signis. locus demonstratus est; et quomodo /uerat reiK'latum sic et invenlum est. Multi itutc reliquias acceperunt quia Ueus volait et hue vénérant. Cf. Serm., ccc.xix, 6, P. L., t. xxxvnt. col. 1441. Latuit tanto tempore corpus efus; processit quando Deus vnluil. Vers 423; cf. P. /.., t. xxxix, r.il. 1437, note h.

ETIENNE (^L\RTYRE ET SEPULTURE DE SAINT

ment pénétré en Occident, grâce à une traduction latine qu'en fit un prêtre espagnol nommé Avitus, réfugié en Palestine, qui adressa son travail par Paul Orose, son compatriote, à Palchonius, évèque de Braga ^

XXIX. Dispersion des reliques. — Lucien annonçait, en terminant sa lettre, l'envoi de reliques. Il dut se montrer libéral, puisque saint Augustin nous apprend que mulli reliquias acccpcninl -. Prayle, successeur de révèque Jean de Jérusalem, ne se montra pas avare, lui non plus, puisque, à la demande de l'impératrice Pulchérie, il envoya à Constantinople parle diacre Passalion la main droite de saint Etienne'. Le prêtre Sévère écrit une lettre circulaire sur les miracles opérés par les reliques dans l'île de Minorque. Les Églises non enrichies de ces précieuses reliques en sollicitaient et l'Occident, où des germes de sécession avec l'Orienl grandissaient rapidement, oubliait ses préventions *. Aussi peut-on dire que « l'invention des reliques de saint Etienne à une époque de foi, mais aussi de doute et de critique, de compétitions acharnées et de controverses interminables, acceptée par tous les partis et toutes les Églises, nous paraît un des faits les plus certains de l'histoire '. »

XXX. Tr.a.xsl.\tion du corps a Sion. — Le corps de saint Etienne demeura dans l'église de Sion depuis le 2G décembre 415 peut-être jusqu'au 14 janvier 4G0. Ce jour-là, les rehques durent être transférées avant la vigile nocturne probablement dans la nouvelle b.isilique destinée à les recevoir et dont la dédicace devait avoir lieu le lendemain 15 janvier^ Cette basiUque, non encore terminée, était l'reuvre d'une princesse dont la vie connut d'étranges extrémités : l'impératrice Eudocie, femme de Théodose II. En 438, au cours d'un pèlerinage à Jérusalem, Eudocie avait revu quelques reliques de saint Etienne, qu'elle rapporta à Constantinople '. Disgraciée, exilée, revenue à Jérusalem, protectrice du parti monopliysite moins par conviction sans doute que par besoin d'opposition à sa rivale Pulchérie, devenue à son tour impératrice, Eudocie finit par renoncer à ce rôle, souscrivit au concile de Chalcédoinc, rentra eu connnunion avec révèquejuvénal et. réconciliée avec la cour de Constantinople. se livra aux bonnes œuvres et aux constructions; la plus importante fut la basilique de Saint- Étienne. Entreprise avec l'agrément de l'évOquc Juvénal, qui mourut en 458, cette basilique fut

* Gennadius, Liber de scriptoribit:i ecclesiastieis, c. xlvi, XLvm.P. I.., t. Lviii.col. 1084,1083. La traduction d'.Vvitus. contemporaine, à quelques jours près, de l'original gi-cc, possède pratiquement la même valeur documentaire. • P. Peeters,dans^4r!aIfc(a6o!(andiaiia,190S, t. xxvu, p. 36S. — » S. Augustin, Serin., cccxviii, 1, P. L.. t. x.xxvni, col. 1437. — ' Le P. Lagrange, op. eit.. p. 54, note 1, écarte avec toute raison le lait » d'une prétendue translation de reliques de saint Etienne à Constantinople, dont le récit est contenu dans une lettre d'Anastase à Lauduleus. évèque de Capoue, et soi-disant traduite du grec. » Cette pièce prétend ramener les laits de 415 sous le dixième consulat de Constantin, lequel ne lut que huit fois consul. Les énormités chronologiques suiTiraient à elles seules à discréditer une pièce que remplit un merveilleux de mauvais aloi. Ce récit, signalé par Montfaucon comme antérieur au Métaphraste, Palœotjr. gnve., p. 273, dans le manuscrit de Paris siippf. -'41. et publié d'après ce manuscrit par Banduri, Imperium orientale, t. ii. p. G46-647, était déjà connu par un résumé de Xicépliore Calliste, 1. XIV, c. ix, et par une traduction latine d'.-\naslase, P. G., t. xi.i, col. 817-822. En, voici le début et le résumé, d'après les manuscrits de Paris â4S et loSii, du xi' et du xu' siècle : Mr,vi Tùi aJ7(f> li (2 août). H i-r.-riui'iz tOj /î-.ioivoj toO âyio-j "/.al évGÔ-fi-j 7ipa)To5ta'/.ôvo-j (-rwtojAapT'jpùç, lôSti) xai TrpwTOjiipT^jpoç «Tsoivou ê; 'UpûcoÀ-^jJ-wv sv KfovTTav- Tivou;TÔ).£t, Êv r,p.£pa:; K-jp;/.)o'j tiziT /.6tzo-j 'l£p0(70>.'j[j.a)v xai èv ïjijiÉpai; ÈCmôzio-j ('.\p!ivo-j. ô4S en marge) iuiT/.'J- TToy KwvcTavTtvo'j^rdÀeti);, év CiTraTeta toO vitjioifj-i-rt;* (iaut/iiii; K<i)V<jTiVT:'vo-j vloC toû [lî-ji'i.o-j KwiczoLiii-zo-j (iv Cit. KoïvffT. ToO eut, fiao".» 15S6) x'o ô'/Tcoy-atSÊxaTOv. 'Eyi-nxo (lE-à t'o £'iT)tO[iti70r|Vai to Xeéiavov toO àf io'j i^t;çivovi -rjC 7tpoiTO|xipr-jpoî iv 'IspoT'j/.-JtiOi: £v -■;, ày.-i ^Hiùn, VI T,|j.£pai; 'lioàvvo'j iit'.c/.ôso-j 'Isp'jTo'/.'ja'jv. '.X/.EjavSs'i; Tiç (T*jYit).ï5Tixb; (T'jvéGîTO èv t^ a'JtoO Stavot'x y-'i^naa iC/.- -rp-.ny oîxov To-J àviou Srssi'vcv)... Jean, évêquc de Jérusalem, mit le corps de saint lïtienne dans l'oratoire construit à .Jérusalem par Alexandre : ceci cul lieu le 14 de cembre, indiction V,sous le dixième consulat de (Constantin .\uguste. Cinc] ans après, mourut .\lexandre, et sa femme .Julienne mit son cercueil près de celui de saint lïticnne. Huit ans plus lard, elle demanda à l'évêque Cyrille la permission de transporter le corps de son maît à Byzance. Cyrille refusa d'abord, mais Julienne obtint une lellrtiT^p/.av) de l'enï-pcreur et elle prit le corps de saint Etienne, croyant prendre le corps de son mari..\près divers miracles on arriva aux détroits, à Clialcédoine. à Sosas et enfln à Byzance. Jiusèbe, archevêque de Constantinople, et Constantin, flls du grand C<mstantin, envoient un juif pour lire l'inscription et des nudes pour amener le corps du saint à Byzance; o:i le met sur un char, mais, arrivés à l'endroit iv KitivîavTiavai;, le> mules refusent d'avancer et l'on doit y laisser le corps de saint l'Etienne. M. Nau, .Vod'.v .■iur («M mois Tt'ii'.ri/.'i; cl tt'<> it£-.ou.=vo; cl sur p/iiMciir.v textes grecs reltiti/s à saint fltienne, dans In lieriie île l'Orient ihr.Hien. lOdO, l. xi. p. 1 '.19-200, ^i.mal.• dans lu Vie rl'Kaac,

supérieur du monastère de Dahuate ;i Constantinople, une phrase incidente ajoutée par un copiste et qui présuppose une translation du corps de saint Julienne à (Constantinople antérieure à l'an 383. Cette phrase ligure dans la Vie transcrite dans le ms. grec de Paris 14Ô3, fol. 223 v»-22(), et ne se lit pas dans les deux Vies du même personnage éditées par les Aeta sanet., maii t. vu, p. 247, 2.58. Isaac serait mort en 383 (145.1 : le .30 août: Aeta saiicL, p. 2.58, 260 : '20 mai). Après sa mort, l'emperein" Théodose le Grand Ht porter le corps à la grande église, où on le veilla toute la nuit et. à l'aïuore, l'évêque Xectaire avec son clergé et le peuple de la ville sortirent en procession pour le conduire, au chant des psaumes, à sou tombeau. '■ Mais im honuue illustre, nommé .\urélianos. avait construit en face et au sud du monastère d'Isaac un martyrion sous le vocable du saint premier martyr Etienne [fce qui suit est particulier au ms. 14Ô.3) pour y déposer son saint corps apporté de Jérusalem, puis ne l'ayant pas obtenu — car par la permission divine il fut placé iv IvwvTTavTiavif; — il forma le projit de mettre à sa place le corps du bienheureux isaac]. Ce qui fut exécuté. »■ Ce récit a été interpolé sous l'influence de la pièce contenue dans les mss Paris 54 S et 158IÏ et transcrite ou résumée dans la présente note, .\joiitons qu'on ne trouve pas trace d'invention du corps de saint l'Uienne dans saint .lean Chrysostome, P. <!., t. i.ix, col. G!l9-702. et t. LX, col. 145-147; ni dans saint Grégoire de Nysse. P. C, t. xi.vi, col. 701-721 et 721-730. ni dans Proclus, P. C, t. i.xv. col. 8U9-817. Il ne sejuble pas y avoir trace ancienne d'une invention antérieure à celle de l'année 415. — ' Marcellin. i:hrimicim, P. L., t. Li, col. U'iO. — ' J. Lagrange, op. cit., p. 5G. On a soulevé une objection relativement au rôle et au christianisme <ie (îanïaliel. que le Tainnid fait mourir dans le judaïsme et auquel il attriliuc une Bénédiction qui est, en réalité, une malédiction contre les chrétiens. Mais l'autorité historique du Talmud e>t assez mince et, en outre, la Bénédiction en (pu'stion est l'ouvrage de Simon ha-Kattan. Le Gamaliel dont le nom s'y trouve associé s:ms plus de précision peut être Gamaliel le jeune, président du sanliédrin après le transfert de celui-ci à Janmia.et fds du Gamaliel ilont parlent les .Vcles, connue d'un lionune modéré et ilont les /tiro(;iii(ii)ni\s, I. I.c. xxxv, P. a., t. I. col. 1228, font un dnéticn en secret : (lanuiliel princciis fiopnli (qui Intenter /rater noster erat in fuie). * Nous verrons dans im instant que les reliques tint peutêtre quitté le mont Sion, vers -1:18. — " A Gonslanlinttple. où nous avons vu le diacre Passalion apporter de la part de l'évêque Prayle la main droite <lu uuirlyr, une église avait été construite sous le vocable de celui-ci; c'est dans cette église (pie la jeune impératrice Hudoeie fut baptisée en 421. Le comte Marcellin atteste un nouveau don île reliques en 43'.) : liudocia uxor 'J'heodosii prineipis ab nieri>soliiinis itrbein reyiani rcineauit, beati Stephani firinii ntartyris reliqnitis qmv in basitiea sancti Laurentii positif oene. runtnr. srcnni de/crens. /'. /,., t. Li, col. ()2(>. Ces ri4i<|ues furent transférées à Koine.dans l'église de Sainl-I.aurent-

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dédiée le 15 janvier 400 et Eudocie, qui mourut quatre mois plus tard (mai 460), y fut enterrée. C'est cette basilique dont l'emplacement a été retrouvé, identiTié et le vaisseau relevé sur un plan inspiré du plan primitif. Ici deux questions se posent : Cette basilique est-elle incontestablement celle d'Eudocie? Sur ce point l'accord est parfait, parce que les textes sont formels et le doute impossible. — Cette basilique est-elle celle de la lapidation? Ici surgit une grave discussion '.

XXXI. Trois centres dl" culte. - - A Jérusalem, la mémoire de saint Etienne a été honorée en trois lieux dilTérents, à trois points cardinaux hors de la ville actuelle, au sud, à l'est, au nord. .\u sud, dans l'église de Sion, comme nous venons de le voir; à l'est, dans la vallée de Gethsémani, où on montre un rocher sur lequel Etienne aurait été lapidé: au nord, dans la basilique construite par Eudocie.

XXXII. HiEX jusqu'en 415. — Jusqu'en l'année 415, nulle indication ni allusion, car on peut à peine tirer parti de ce mot de saint .\stère d'Amaséc, vers l'an 400 : « .Ayant placé le trois fois bienheureux sur un lieu au sol égal, ils l'accablèrent de pierres -. » Pendant plus de quatre siècles on s'abstint de désigner extérieurement le lieu de la lapidation, de même <[u'on oublia le lieu de l'inhumation; aussi, ne savonsnous à quels témoignages, à quels souvenirs on fit appel pour déterminer le lieu de la lapidation. Incontestablement on crut le connaître avec certitude, et nous devons nous en rapporter au témoignage de l'Église de Jérusalem '. Sur ce point tous furent d'accord.

XXXIII. B.\siLiyUE .\u NORD. DÈS l'.^nnée 438. — Dès l'année 438 il existait au nord de Jérusalem vme église consacrée à saint Etienne, que nous trouvons mentionnée dans les Vies de sainte Mélanie et de l'icrre l'Ibère '. La Vie de sainte Mélanie nous apprend <iue, le 26 décembre 439, peu de jours avant sa mort, la sainte descendit avec son biographe du mont des Oliviers visiter le mar/yrium de saint Etienne et qu'elle remonta ensuite à son couvent °. Le texte prouve seulement qu'il existait à Jérusalem un sanctuaire dès l'an 439, son emplacement étant laissé indéterminé

par le biographe. Il est à peu près certain qu'il s'agissait dès lors d'un édicule élevé sur l'emplacement de la lapidation; ce point a été mis en lumière par un texte de la Vie de Pierre l'Ibère. Voici ses paroles :

XXXIV. Vie de Pierre l'Ibère. — • C>Tille (d'.Mexandriel avait été invité par la fidèle et orthodoxe reine Kudocie à venir pour la déposition des os vénérés de l'illustre et très glorieux Etienne, le premier des martyrs et le premier des diacres, et pour accomplir la dédicace du beau temple qu'elle avait bâti en dehors des portes septentrionales de la ville, et il accepta volontiers cet appel. Et lorsqu'il fut arrivé, avec une foule d'évèques de toute l'Egypte, et qu'il eut accompli avec honneur la déposition des saints os du premier des martyrs, le quinzième jour du mois de Ijàr (mai), il fit, le Ifi du même mois, sur l'inWtation de sainte Mélanie, la déposition des saints martyrs perses, des quarante martyrs avec eux au mont des Oliviers, dans le vénérable temple qui avait été aussi élevé brillamment par la reine Eudocie. elle-même, comme il est attesté cl écrit dans une inscription sur la paroi =. •

Eudocie fit, nous l'avons vu, un premier voyage à Jérusalem, probablement en 438. Nous lisons en effet dans la Chronique du comte Marcellin : Ind. VII Theodosio XVII el Fesl coss. (en 439!) : Eudoxia, uxor Theodosii principis, sex II ierosolymis urbem regiam remeavil. beatissimi Slephani primi marlyris reliquia quœ in basilica sancti Laurcnlii posila vencrantur, sccum deferenS '. Un passage tiré de la chronique de Jean, évcque de Nikious, en Egypte, au VU'' siècle, confirme le fait de la présence de Cyrille à Jérusalem en même temps qu'Eudocie : " L'empereur, lui ayant donné son consentement (à Eudocie). écrivit aux gouverneurs de toute la province, leur ordonnant de recevoir l'impératrice d'une manière digne d'elle, et il la fit accompagner à Jérusalem par Cyrille. patriarched'.\lexandrie.pourqu'il la bénît...». •

Eudocie, Mélanie et Cyrille ont donc pu se rcnconlier à Jérusalem en 438 '. Mais dans ce premier voyage, l'impératrice n'a pas dû séjourner longtemps dans la Ville sainte, puisqu'elle n'y est allée qu'après le

' Cette discussion a une portée historique en même temps qu'archéologique. Nous en exposons ici toutes les phases et tous les arguments, citant longuement les travaux parus, notamment ceux du P. Lagrange, à qui appartient la fixation définitive de ce'tle question topographique. i'.t. J.-M. Lagrange, l'ne iraditiùn biblique à Jérusalem. Suint Étienne,dans Revue biblique, 1894, t. m, p. 452-481.

— = S. .\stère, d'Amasêe. In laudem S. Stéphanie P. G., t. Li, col. 347: .7Tr,'73ivT:; iï tov Tpi^jui/.is'.'.v i-.\ t;vo;

^fjT^iZ't'-j yfitpio'j... k'oa/ov '/:'jo':. — * Sous les êvéqucs Jean, Prayle et surtout sous Juvénal, l'opposition était assez bruyamment représentée ù' Jérusalem pour ne pas perdre une occasion qui se lût présentée de critiquer la décision épiscopale, si celle-ci n'avait été au-dessus de la discussion, par l'évidence ou par une tradition indiscutée.

— * Dans ces deux Vies il est question quatre lois d'un sanctuaire ou d'une chapelle Saint-Étienne. De ces quatre textes, deux sont mis tout <le suite hors de cause, puisqu'ils désignent, l'un, l'oratoire de Saint-Étienne qui se trouvait (hms le monastère d'hommes de sainte Mélanie (cf. S. ^telunite junioris acta gru-ca. dans ,lna/ec(a bollandiunn, 1903, t. .xxii, p. 45. n. 63), l'autre, l'oratoire de Saint-Éliennc du monastère de femmes de la même sainte (op. cit., p. 33, n. 48 ; p. 41 , n. 57). — * S. Vailhé, Les monastères et les églises, .Saint- Etienne à Jérusalem, dans les Échos d'OrienI, 190.Î, t. viii. p. 85, ne pense pas que, par ce martijrium, il faille entendre la crj'ptc de la future basilique eudocienne. • Mélanie dut se rendre soit à une petite église ou chapelle, construite sur le lieu de la lapidation et près de laquelle [où en remplacement de laquelle] s'éleva bientôt la grande i>asi!iquc d'Eudocie, soit à la chapelle du mont Sion où depuis 415 re[)osait le martyr, ^"oici le texte de la Vita, dans Anal, bolland., 1S89, t. viii, p. 58 : ,l((cra vero die cum CAset in collecta beati Stephani prtdomartyris, cum non pro- <edcret ad vigiliasdilucuto vadens in eodem martyrio, prœcepit

oblationem de monasterio suo fieri... Igitur reuerlens, vigilat cum .uiis virginibus. — * Petrus der Iberer, traduction du texte syriaque de la p. 33, édit. Kaabe. J. Lagrange, Le sanctuaire de la lapidation de saint Etienne à Jérusalem, dans la Revue de l'Orient chrétien. 1908, t. xin. p. 10, écrit à propos de ce texte : ■ C'est catégorique, Pierre l'Ibère est mort vers 485 et le biographe est un de ses disciples, contemporain d'une partie au moins des faits. » On a trop tiré parti d'une remarque du P. P. Peeters dans ,4na(. bolland., 1905, t. XXIV, p. 137. faisant observer que * cet épisode ne se lit point dans la Vie ibérienne ou géorgienne de M. N. Marr », dés lors l'intervention de Cyrille ne serait qu'une " fiction monophysite, à l'elTet de mettre Pierre en rapports personnels avec le grand docteur dont se réclamaient les antichalcédoniens. » .\ y regarder de plus prés, la Vie géorgienne de Pierre, qui est certainement une traduction du syriaque, ne dépendrait pas du texte publié par M. Raabe, mais d'un autre qui reste à trouver. On voit dans quelle mesure l'omission du passage en question peut être mvoquée. — ' P. /.., t. 1,1, col. 926. — ' Chronique de Jean de yikiou, trad. Zotenberg, dans Xotices et crtraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale. 1SS3, t. x.xiv, p. 470 : "... elle arriva à .Jérusalem, restaura les églises et les habitations, et fit construire un couvent pour les vierges et un hospice pour les pèlerins et leur attribua de grands liiens, elle fil aussi relever les murs de .lérusaleni,qui étaient tombés en ruine depuis longtemps. ' Il est donc vraisemblable, remarque le P. Lagrange, que l'activité d'Eudocie. dès sa première visite aux lieu.x saints, a été plus considérable qu'on ne le supposait jusqu'à présent. — 'Le \iiyagc du patriarche d'Alexandrie :\ Jérusalem ne peut être contesté, .;>; ÔlÉTp'.r.OV h -f, .\r/.i£f.>v., P. G., t. LXXVII, col. 341. et d'après Tillemont précisément en 438. Cf. J. Lagrange, dans Revue de l'Orieid chrétien, 1908, IP série, t. m (t. xiu) p. 12.

ETIENNE (MARTYRE ET SEPULTURE DE SATNT

mariage de sa fille, qui eut lieu en 437 '. Comment a-t-elle eu le temps de bâtir une grande église, sans parler du témoignage de Cyrille de Scythopolis? I.a diiïicullé parait insoluble, et il n'est peut-être pas sans intérêt de remarquer que la Vie de Pierre l'Ibère ne dit pas expressément que cette consécration a eu lieu. Cyrille est invité à faire la déposition des reliques et la consécration de l'église : il ne fait que la déposition =. Où se fit-elle? Peut-être commença-t-on les travaux par une crypte qui fut en quelques mois prête à recevoir les refiques du martyr. Car elles étaient renfermées dans une sorte de cavité! C'est un renseignement précieux que nous devons encore au document syriaque, et qui fait remonter aux origines de l'Église la constatation de ce magnum cainim dont parlait Théodoric au moyen âge et dont on a retrouvé les traces de nos jours.

Au moment où Pierre l'Ibère, parvenu à un âge avancé, allait quitter les environs de la Ville sainte, un de ses disciples crut le voir en songe accomplissant un dernier pèlerinage aux Lieux ;.aints. Parti d'un village situé au nord de la ville, « il entra en premier lieu au martyrium de Saint-Élienne, qu'il rencontra en premier lieu. Il descendit dans la grotte et pria devant l'urne funéraire^. «Voilà deux fois que cet auteur contemporain des faits place l'église d'Eudocie au nord; faisons remarquer, en outre, cette grotte qui pourrait être la partie la plus ancienne du sanctuaire, où saint Cyrille aurait déposé les ossements du premier martyr. La tète de la dédicace comportait la translation des reliques du saint, lorsqu'elle n'avait pas encore eu

' Eudoxie, fille unique d'Eudocie, épousa Valentinicn III, empereur d'Occident. Tout ce qui suit est la propre (iiscussioii du P. Lagraiige dans Revue biblique. 1S9G. t. v. p. 457 sq. : 1904, II» série, l. i, p. 469 sq. — - .\ quoi se serait donc réduit le rôle de Cyrille d' .Alexandrie s'il ne célébra pas la dédicace de l'église? .\ une simple déposition de reliques? Mais cette cérémonie semble avoir été, à parler exactement, ce qui consacrait une église et permettait d'y célébrer le culte; on réservait — en Palestine «lu moins — le terme de dédicace, iy/.aivia, à une solennité spéciale. « Dans la rigueur du terme, on faisait les encénies de temples détruits ou profanés : c'est ainsi qu'après la grande persécution de Dioclétien et de Maximin, on fit en Orient des con.v('(r«(ion,s de temples nouvellement construits, et aussi des encénies^ donc de temples anciens. Ce terme à'cneénies. employé par le biograplie de Pierre l'Ibère, n'est donc pas tout à fait propre, comme l'a noté l'éditeur M. Raabe; au contraire, si Eudocie a fait faire les encénies de l'église Saint-Étienne. dont les travaux avaient été interrompus, qui avait peut-être été détruite en partie ou profanée pendant les troubles religieux, le terme serait absolument exact. Loin de s'étonner de cette seconde dédicace, il faudrait >■ reconnaître ime parfaite propriété de termes. La Vie de sainte Mélanie. parlant de la solennité du mont des Olivier*, au lendemain de celle de Saint-Étienne du nord, emploie bien en latin le mot dedicutio^ mais le grec dit seulement déposition des saintes reliques et non pas évy.iiv.a. » J. Lagrange, dans lieuue de l'Orient chrétien. 1908, t. xni,p.20. — ' Petrusder Iberer.édil. Raabe. p.99. .S. Vadhé, Les monastères et les églises de Saint- Étienne à Jérusalem, dans les Hchos d'Orient. 1905, t. vin, p. 7S-81, tire parti du texte de la Chronique de .lean de Nikloa« cité plus haut, p. .S, noie f)5(i , pour montrer que le " couvent pour les vierges ■ (lui s'y trouve mentionné doit être le monastère de Saint-Etienne. .lean de Nikious ne précise pas, c'est vrai, et même Cyrille de Scythopolis, qui donne des détails dans la Vila H. Euthymii sur cette fondation, ne fait aucune allusion ù des nonnes. Il y eut là un monaslére d'honunes sous l'higouméne Gabriélos, qui gouverna vingt-quatre ans. L'analogie entre Saint-Étienne et d'autres monastères de Jérusalem, celui de Sainl-.Menas et ceux de Sainte-Mélanie, permet d'admettre que la fondation d'Eudocie concernait, comme le dit .lean de Ndiious, des femmes et. outre cela.il y avait sans doute un petit monastère d'hommes, une aumôneric, charges de veiller aux besoins et fournir à la célébration du culte le personnel indispensable. L'épitaphe d'un diacre trouvée dans les

lieu, mais la translation pouvait être antérieure, la dédicace n'étant, à celte époque, qu'une solennité sans rite spécial. Au reste, le biographe de Pierre ne dit pas que Cyrille d'Alexandrie ait consacré l'église: quant à Eudocie son premier séjour à Jérusalem a été trop bref pour lui donner le temps matériel de faire construire une basilique. .\ qui, d'ailleurs, fera-t-on admettre qu'Eudoeie ait bâti au nord de Jérusalem deux églises, complètement distinctes, dédiées toutes deux au même martyr, toutes deux enrichies de ses refiques, alors que les pèlerins et les auteurs ecclésiastiques n'en mentionnent jamais qu'une? Le principal titre d'honneur d'Eudocie, dans ses constructions à Jérusalem, est la basilique de Saint-Étienne. Si on tient absolument à mettre au nord de la ville deux bâtisses, il faudra dire que la première, jugée pour une raison quelconque insuflisante, a été remplacée par la seconde, et que c'est pour cela qu'on ne parle jamais que de cette dernière *; mais n'est-il pas beaucoup plus simple de supposer que la construction, entreprise avec beaucoup d'entrain au premier voyage d'Eudocie, est demeurée ensuite en suspens. L'éghsc de la Résurrection a demandé environ dix ans de travail, à une époque fiorissante, quand Conslantin. maître absolu, activait les travaux. Est-il étonnant qu'on ait mis une vingtaine d'années à construire l'église de Saint-Étienne? Eudocie revint à Jérusalem en 444 ou en 450, mais elle était en disgrâce. Elle passa ensuite environ quatre ans dans l'hérésie. Ce n'est donc que vers 4.5.5 qu'elle put s'occuper de nouveau de l'église du proto-martyr ^

fouilles de la basilique eudocierme ne contredit en rien celte trop ingénieuse interprétation. P. Peeters. dans Anal, bolland.. 1908, t. xxvn. p. '.idO. note 4, fait observer que le texte éthiopien de Jean de Nikious dit tout simplement qu'Eudoeie' restaura (sic,' les églises, les maisons, une congrégation de moines ascètes, etc. \oliees et extraits des manuscrits, t. xxiv, p. 240. La correction du traducteur Zotenberg ne change rien au ternie qui importe ici. « Il faut donc renoncer à combiner le texte de .lean de Nikiou avec le témoignage précis de (Cyrille de Scythopolis, pour en inférer que le monastère de Saint-Étienne, fondé à Jérusalem par Eudocie. était un monastère double. >• — * La ^'ie de Pierre l'Ibère prou\'e seulement que la basilique eudocienne est moins récente qu'on ne l'avait pensé tout d'abord. En efTet, î\ peine convertie par saint Euthymie, Eudocie lui demande un supérieur, Gabriélios, pour le monastère de Saint-Étienne. l'ila Euthymii, c. i.xxxvii : raôpLT.y.Ko Êi Tr,v to-j spovtcyTrjpîO'j xi'yt£-v£t i-tTtaatav i;-£ii-/Oj TciC ■TisdiTouioT./i'j;. Le monastère existait donc. Plus tard, quand Eudocie fait dédier l'église du protomarl\ r. elle s'occupe de lui assurer des revenus et elle confie la gante de cette église à Gabriélios. Vita lïullufniii. c. xci.x. Paut-il supposer qu'elle l'a pris à Saint-Étienne l'.Xncicn pour le placer à Sainl-Étienne le Nouveau? N'est-il pas évident qu'il s'agit du même monaslére. au supérieur du(piel est confiée l'église nouvcllenienl consacrée? — * Il serait en tout cas bien hardi de s'appuyer sur le pseudo-Basile de Séleucic pour conclure à une première église de proportionsniodestcs, car celle dont il parleest ■ digne de la mémoire d'Etienne, de ses travaux et de ses illustres combats ». P. O., t. lxxxv, col. 409 : '.AwoTiOcTai Ô£ ToC paxapni'j T'olEi'iavov xïto to «Ctoj tov St£sïvoj Oé).r,|ia jrpb twv xif/éiav tt,; 'l£p'<-j<7a>r,!Ji. ïvOi Xtlian'Arfii:;. T'jv àT.avT»-/oJTf,; oty.ox<ii.6vr,: (Jo/.'ijievov JKiôo- Çm; irjià:\i.<fi imofiinm Oïvarov, tuÙ; ).a[j.i:pOîj; tou (lapTi.ptou âv£o/ia TO i7t£53tvo'j; ' £7Ta;fa; Tf,; âxeivov (Avr.ijLriÇ, •/ai Tiov Èxît'vou itoviiiv. -/.ai toiv £0'x';££OT£piiiv à-ùvcnv 'lv/.x).v-,Ti3t;oi7.o5o(tT|(lE!'jT,; ùi;o toC vCv é'vS'jïov y.at -î£piB>.£irrov Opôv'iV 'I axiôrlo-j ^tav.OTOoOvTo: 'lou'ÎEva'/ :ov. Ainsi l'égfise était déjà bfltie du temps de .luvénni, mort en 458. La dédicace du 13 janvier 4(iO est attestée pur Cyrille de Scythopolis. qui remarque qu'il manquait encore quelque clioseàsay.aTauy.;v/T,, l'ila £ii(/i|;mii, c. xcix: xainpinTa (itv Tov im i^TEjivii) Tiô zpcuToiJiipvjp; ToO Xpurroù vabv é),(.:iit<i); £Tt ty;; Trapaaxâ'jf); Ë/ovTa. ntfintr, £vxa;vt^et xs 1 fi^xaTr, (it.vô; 'lavio'jap^iv; dès ce moment Eudocie s'occupa ilnssu'rer de» revenus à sa fondation: ei-a xai no/'/.ov aJTiii îtpoT'iSov i-ovei|jia<ra. xai tt,v iiepi aCxov npovotav itx'liîai \'atiçiir,'>.w...

ETIF.NNE MARTYRI-: V.T Sl^fM' I/IT H F. D F SAINT

XXXV. Psel'do-Basm.e dk SÉLEuaE. — Un panégyrique de saint Etienne, attribué sans fondement à Basile de Séleucie '. mais certainement prêché, au plus tard, le 26 décembre 457, sous l'épiscopat de Juvénal -. contient cette première indication : • Les restes du bienheureux sont déposés, selon la propre volonté d'Élicnne, devant les murs de Jérusalem, à l'endroit où, lapidé et soufTranl une mort célébrée sur toute la terre par d'illustres louanges, il avait ceint la brillante couronne du martyre: Juvénal, qui orne maintenant le trône glorieux et illustre de Jacques, lui bâtissant une église digne de sa mémoire, de ses travaux et de ses luttes admirables '. •' On le voit, ce texte ne parle ni de l'est ni du nord; simplement il atteste que l'on se croyait assuré du lieu de la lapidation et que, vers le première moitié du iv siècle, on bâtissait sur ce point une église.

Si nous identifions momentanément cette église avec la basilique d'Eudocie, nous ajouterons qu'un monastère considérable s'éleva au même endroit '. Évagre enveloppe toutes ces constructions dans le terme dont il fait usage : temenns. • Eudocie éleva, dit-il, un très grand sanctuaire, remarquable par ses proportions et sa beauté, à Etienne, le premier des diacres et des martyrs : il est distant de Jérusalem de moins d'un stade '. •■

XXXVI. Théodose. — Théodose, en 530, distingue déjà deux mémoires de saint Etienne : celle du mont Sion. celle de la basilique eudocienne : De Golyolha iisque ad sancUim Sion quie est mater omnium ecclesiiirum... et ibi est lapis ille, unde lapidatus est sanclus Stephanus. puis venant à la basilique : Sanetus Slephanus forts portam Galilée lapidatus est. Ibi et ecclesia ejus est quam jundavit Eudocia *.

XXXVII. Pseudo-.Xntonin de Pl.usance. — Pscudo-.\ntonin de Plaisance rapporte ceci : Basilica i y.ancte Sion et monasterium. Ibi est corona spinea, qua Dominus fuit coronatus et laneea de qua in lalcre percussus. et lapides multi. cum quibus lapidatus est Ste- ] phanus. Puis la basilique : Fons Siloa modo inlra civilatem inclusa est (sic), quia Eudocia, imperatrix. ipsa j addidit muros in civitate. et ipsa munivit basilicum et | sepulcrum sancti Stephani et ipsa suum liabet sepul- i erum juxla sepulcrum sancti Stephani, et inter sepulchra sunl gressus sex '■. Et ipse sanclus Stephanus requiescit foris portam sagitte jactu, ad viam quœ res-

' P. G., t. L.vxxv, col. 461-474; cf. Tillemont, Mémoires pntir servir à l'tiist. ecclés., t. xv, p. 345 : ■ Il me semble qu'il y a très peu de génie et d'esprit dans cette pièce. Le style en est aussi trop long et le grec trop barbare pour croire qu'elle soit de lui. • — 'P. G., t. L.xxxv, col. 469. S. Vailhè, Les églises de Suint-Étienne, dans la Rcuite de f Orient chrétien, 1907, II< série, t. n. p. 80-82. prétend faire préclier celte homélie sous l'épiscopat de .Juvénal. très prés de l'année 422. date de l'avènement de Juvénal. dont le successeur Anastase monta sur le trône patriarcal en juillet 458. — ' . Bâtissant ■ ne rend pas avec assez de précision ;/.■/./ r/r: :;; o'xoôo'jLY*Ji;Tr;-*-e passé n'est pas un parfait, mais un aoriste. L'action est passée par rapport au verbe principal; il est possible qu'elle ne soit pas tout à fait achevée. Le sens est que .Juvénal avait conunencé cette construction pour y déposer les reliques; il se pourrait qu'elle ne fut pas terminée; tout ce que ce passé exige. c'est que l'église fût assez avancée pour recevoir des reliques; cf. J. Lagrange, dans la lievue de l'Orienl clirélien, 1908. Il' série, t. m (t. xni), p. 5. note 1. — * J. Lagnmgc, .Saint Etienne et son sanctuaire à Jérusalem, in-S», Paris. 1894, p. 75-76. — » Évagre, Hist. eccles., 1. I, c. xxii. P. 6'., t. Lxxxvi, col. 24S3 : y.»; Tiu.;vo; fifC.r.o'i (ivi(7Tr,. it'j/r, -i ■/.%•. /.■j.i'n: T,yi-j,b'i. toO T.pù>:tyj Gtoty.ôvwv TE xai aasi-jp'iiv — t£C3vû-j. o'jtî 'îTotÇ'.ov 'l;po- ToVûu-oiv ôtETTo');- — ' Itinera et descri/ttiones Terrœ Sanctsr, 2- édit., Tobler, Genève. 1877. p. 60. La porte de Galilée (au nord) s'appelait dés lors» porte <le Saint-Étienne ■, on le voit un peu plus loin... dum ad portam sancti Slepluini veni-

picit ad occidentem quie descendit ad et ./oppen Cesaream Palestine vel Diospolim civitatem, quse Antiquitus dicebatur Azotus : in qua requiescit sanctux Georgius martyr ". La porte du nord regardait le couchant, car c'était là qu'aboutissait la route romaine venant de Joppé par Diospolis et remontant par Bcthoron et Gabaon '.

XXXVIII. Le Bbeviarium. — Le Breviarius de Hierosohjma '" ne parle que de Sion : L'nde venis ad sacriftcium ubi est ille lapis, unde lapidatus est Stephanus sanclus ".

.Jusqu'à cette date, les témoignages n'ont parlé que du sanctuaire de Sion et de celui d'Eudocie ou de la lapidation: on n'entrevoit entre eux aucune rivalité, l'un possède la pierre de la lapidation '-, l'autre abrite le lieu où s'est passée la lapidation. L'ne tradition si bien implantée ne pouvait désormais disparaître. Sur- \'ient la conquête; en 614, Jérusalem est détruite par les Perses, l'église de Saint-Étienne aurait-elle été épargnée "?

XXXIX. P.\ssioN DE LX M.ARTYBS. — On lit, en effet, dans un récit de la passion de soixante martjTS torturés à Ccsarée et crucifiés à Jérusalem, vers 723, qu'ils furent ensevelis par Jean de Cèsarce, près de l'église Saint-Étienne de Jérusalem : Dci amore flagrantissimus Joannes, cum Csesarea Jerosolymas perrexisset, in suburbiis ad sacras sedes sancti Stephani mercatus locum, cujus vicinum sancti exoptaranl, posl aliquot dies precibus impetravit ut corpora sanrtorum sexaginta martyrum e cruce detraherentur, qax in preedicto loco deposuit '•. 11 est fort douteux que l'église de Saint-Étienne ait pu échapper aux ravages des Perses. Les fouilles ont lait constater partout une couche de cendres témoignant de l'incendie; mais nous sommes fondés à croire que. peu d'années après 614. l'église de Saint-Étienne avait été relevée. Une autre passion de soixante soldats martyrisés en Palestine '', conservée dans un manuscrit du x'-ki' siècle, contient, entre autres traits notables, le détail suivant :... iratus Ammiras eicit sanctos foras civitatem anie portas et jussit decollari... Quos et tollens sanctissimus palriarcha Sophronius sepelioit eos in ununt locum et condidit oratorium sancti Stephani primi martyris ". Condidit marque sans doute la restauration, en proportions moins vastes, de la basilique eudocienne ruinée en 614 '". Cette restauration, attribuée à Sophronios, ne pourrait être postérieure à 638, année

rel. P. Geyer, Itinera hierosotymitana, in-S", Vindobon:e, 1898. p. 141. — ' Des manuscrits indiquent vingt pas, d'autres vingt-six pas. P. Geyer, Itinera Iiierosoïyniitana SfCculillll-vni, in-S»,Vindobon3e,1898, p. 176, écrit : gressus XX. — ' Itinera et descripliones, p. 103, 105, 127. — • Elle est bien connue par l'itinéraire de sainte Faute, et on peut la sui\Te encore presque sans interruption. — '" D'après Tobler, vers 530; d'après Rôlu-icht, vers 590. — " On dirait que la pierre se trouve dans l'autel : en tout cas. elle lait partie du trésor de l'église; .^lle est désormais inséparable de la colonne de la Flagellatton et de la Couronne d'épines.

— '■ Pseudo-.\ntonin cro;t avoir vu plusieurs pierres, lapides multi; dès lors la tradition oscille entre l'unité et la multiplicité, beaucoup plus favorable cependant à l'unité.

— " J. Lagrange, Église de Saint-Étienne, dans la Reuue biblique, 1900, t. ix, p. 481 ; 1904. t. xni. p. 635, mentionne l'hypothèse de M. Couret, qui hésite entre la conser\ation et la réédiflcation bien avant Charlemagne. — " .4cla sanil., 3' édit., octobr. t. ix. p. .361, n. 10; cf. p. .359. n. 7;p. 360, n. S; Itinera et descript.. p. 335. — " 11. Delohaye. Passio saiietorum sexaginta martyrum, dans .\natectu bollandiana,

1904. t. xxni. p. 289 sq. — '• Ibid., p. 3t)2. Cf. .J. Pargoire, Les LX soldats martyrs de Gaxa, dans les Échos d'Orient,

1905. t. VIII. p. 40-43. — " C'est précisément dans le temps qui suivit la victoire d'Iléraclius que les monuments détruits et non compris dans la première restauration de Modeste ont pu être le plus aisément réparés sur des proportions plus humbles.

ETIENNE (MARTYRE ET SEPULTURE DE SAINT

Gl6

où l'on place assez généralement la mort de révéque '. |

XI . Arculfe. — Ainsi on s'explique que désormais, par rapport à saint Etienne, l'église de Sion I attire surlout l'attention; une humble chapelle n'attire pas les p;lerins comme le pouvait faire jadis la basilique eudocienne. Vers 670, Arculfe fit son pèlerinage et il nous laisse de l'église du mont Sion une description et un plan précieux - : Hic petra monstralur, super quiim Slephanus lapidalus extra cwitatem obdomiivit. Extra banc supra descriptam grandem ecclesium, que intrinsecus lalia sancta complectilur Inca, alla memorabilis cxtal ad occidenlalem partent ejus petra, super quam, ut Icrtur, Stephanus lapidatus est ■'. Arculfe semble parler de deux églises ■ en réalité — et son plan le montre — il ne s'agit que d'une sorte d'annexé à la grande église. De la basilique eudocienne il n'est pas question, mais Arculfe mentionne la « porte de Saint- Élienne » dans une direction qui ne peut être que le nord, entre la porta ville Fullonis, et la porte de Benjamin.

XLI. BEDE. — Vers 720, Bède ne parle que de Sion : tlic monstralur petra, super quam lapidalus est sanctus prutomarlyr Slephanus extra civilatcm '.

XL II. WiLLiBALD. — Vers 723-726, "Willibald ne parle pas de saint Etienne, d'après la relation de la religieuse de Heydenheini. D'après l'anonyme, dont la recension est bien inférieure, il vénère saint Etienne au mont Sion : Quam dcvole translatum illuc cjusdem ccclesie archidiaconum cl protomartyrem Stephanum imploravit ».

XLIII. Le Co.m.memoratorium de c.\sis Dei. — Vers 808, une sorte d'Inventaire des étabhssements chrétiens de Jérusalem, le Cuinmemoralorium de casis Dei.vel miinastcriis. menl'ionnc deux endroits consacrés à saint Etienne. L'un est dans la vallée de Josaphat, c'est par excellence la terre des petits couvents, depuis sainte Hélène ■. L'autre est ainsi conçu : In sancloStepliano,ubisepultus luit,clerici Iljcprosi X V '. On a prétendu voir ici la mention de l'église du mont Sion pour des raisons sans valeur. 11 faut vraisemblablement » entendre ce texte de la chapelle relevée par Sophrone sur les ruines de la basilique eudocienne.

XL IV. Le moine Bernard. — Vers 850, le moine franc Bernard parle d'une église de Sainl-Étienne au mont Sion, mais son texte assez confus doit être interprété selon le plan d'.Arculîe : Esl pnvlerea in ipsa civitate alla ecclesia ad mcridiem in monte Sijon, que dicitur sancli Symeonis. ubi Dominus lavil pedes discipulorum suorum, in qua pendel spinca corona Dnmini, et in hac dejuncln traditur esse suiula Maria. Juxta quam versus orientem est ecclesia in honore sancli Stephani, in quo locu lui)idatus esse asserilur '. Ce qu'il nomme ici église ne peut être que leTTapEzxXTjaiov des grecs, une chapelle. C'est ainsi qu'.\rculfe avait vu les lieux, c'est ainsi que les verra en 1 1-15 un anonyme I Innominalus VII ) qui dit : a sinistro laterc est allare sancli Slrphani, ubi luit sepullus ".

.Vrculfe indiquait pour remplacement de cette chapelle l'occident, Bernard désigne l'orient, l'anonyme parle de la gauche. Un anonyme slavon de 1360 nous

' On obtiendrait de la sorte, dit le P. Lagrange, un point de départ précis pour l'histoire du petit monument annexé à la grande é;ilisi-, détruit cl relevé au temps des croisés et ilont les ruines ont dû être supprimées dans la restauration récente de la liasilupic primitive. — - Voir /^ic/ionri, d'archéol. clirél. et île liliir<iie, t. n,au mot Cénacle, flg. 23.'i8. — ■ Gcyer, llinerii lliiroxnlymilunu, in-8", Vindobona*. 18'JK, p. 2-1,3. — * Itincra et deserifitiimcs, édil. Tohler, p. 219. — ' lïnd., p. 291. — • C'est la première fois que le nom de saint Etienne esl prononcé à propos de lu vallée de .ïosaphal. C'est un petit sanctuaire parmi beaucoup d'autres, relativement important, puis<|u'il a trois prêtres : In valle Jusapliat... in sancio Slcplmmi IIJ. — • llinera et dcscripliuncs, p. 302. — ' J. Lagrange, dans lievae biblique, 1894,

dira que « le tombeau de saint Etienne existe encore à Sion du côté du nord. " •> Il était donc assez difTicile de s'orienter dans l'église du Cénacle ou mont Sion, mais en tout cas il n'y avait pas là d'église séparée en l'honneur de saint Etienne. Nous sommes ici prés de toucher à la confusion au sujet du heu de la lapidation. Quand, pendant des siècles, on montre une pierre sur laquelle saint Etienne a été lapidé. Il ne faut qu'un pas pour dire : C'est ici qu'il a été lapidé. Ce faux pa.. la tradition ne le fait que dans le récit de ce moine Bernard, elle se redresse aussitôt et, avant l'arrivée des croisés, un auteur inconnu, que Rôhricht place en l'an 1095, la représente fermement : Contra seplentrionem extra portam civitalis est locus ubi sanctus Slephanus esl lapidalus'-.

En résumé, écrit 1: P. Lagrange, dans cette époque obscure saint Etienne est surtout vénéré dans l'église du mont Sion, lieu de sa sépulture provisoire: il possède un oratoire dans la vallée de Josaphat et il parait plus que probable qu'on en a relevé un autre au Heu de la lapidation, sur les ruines mêmes de la basilique d'Eudocie ■'. « .\lnsi les témolgiuiges unanimes et constants depuis le xni" siècle nous font remonter sans interruption jusqu'en 455, au moment de la construction de la basilique. Cette basilique est retrou\ée; l'emplacement de la lapidation, tel qu'on croyait 1? connaître au v« siècle, nous est donc connu. Les premiers témoins de la fausse tradition ne datent, au contraire, que du xii« siècle '. » C'est l'origine, le progrès et les fortunes diverses de celte fausse tradition que nous allons exposer.

A côté de la tradition orTicielle, de droit pubUc, attestée par la quasi-unanimité des témoins, il se formait à GethsémanI une tradition locale, grecque d'origine, qui dut naître probablement après la ruine de la basilique d'Eudocie, comme elle avait failli naître au mont Sion, et qui, mieux conservée parce qu'elle était encore moins en vue, lut assez forte pour se maintenir |)endant l'époque des croisades ^. Four la tradition ofTicIclle, les témoignages abondent; leur précision, leur nombre, leur variété ne laissent rien à désirer : historiens, pèlerins latins et orientaux, descriptions de la ville, plans, chartes. .Mors que les occidentaux, maîtres du pays, peuvent librement communiquer avec les indigènes et examiner les traditions à loisir, aucun doute ne se lait jour en ce qui regarde le sanctuaire au nord de la ville. Pendant deux siècles les textes se suivent, se complètent, qui nous permettent de suivre l'histoire du sanctuaire de la lapidation, réduit à une modeste chapelle élevée par le patriarche Sophrone.

XLV. -Alrert d'.\ix. — .Mbert d'.\ix mentionne l'oralorium protoniartyris SIepliani, proche ilu camiJ de Robert de Normandie", et Raymond d'.\guilers donne le nom d'éghsc à l'ecclesia S. Stephani quir est quasi ad médium civitalis a scptcntrionc". Nous pourrions citer encore Guillaume de Tyr, Robert le Moine, Baudry de Dôle. les desta Francorum, Gulberl de Nogent, Tudcbœuf, qui ne doute pas que ce soit l'église de la lapidation : liobcrlus qauque Xormannus obs'^dil

t. m, p. 138. — • /(iiicrael (/e.'Jcrip/ionc.v.p. .'il.). — " Ilineni et descriptioncs, édition Tohler, Lipsia', 1874, p. 1114. — " .4rc/iitic.s (Je l'drieni lidin. l'aris. 1884, Documents, p. 391. — '• ()ii(diler situ esl civilus .lernsidcm. édil. 'J'oblei-, p. 349. — " Les croisés rencontrent eel oratoire un nord de la ville, au moment du siège de .Jérusalem, 'l'udebienl, 1. XIV, c. IV, dans Kecneil de.'i bislnricns des iriiisude.t, t. ui ; c'est prés de li'i qu'on tente In dernière alla(|ue et que la brèche esl ouverte r.\lbci-t d'Aix). — " S. Vaiilié, Acs iiionaslfres et les èglise.'i de SainI- P.lienne o ./cTii.viilrai. dans les ficlios d'Orient. 1905, t. vni. p. 78. — " .). Lagrange, <lnns la Revue biblique, 18'.)4, t. ni. p. 41)0-472: on y trouver» les textes cités intégralement en majeure partie. — '* /'. /.., t. CLXVI, col. 389. — " I'. L., l. C.I.V, col. Ô91.

KTIK.NNE fMAHTYIiK

Si;i'l l/n HE DE SA IM

G.-hS

a aeplpnlrinnc. jiixla sancli proUinuirliiris SIeplumi ecclcsiam, ubi gaudenler pro numinc Chrisli rccepil lapides '.

XLVI. HiGouMÈNE Daniel. — Voici les pèlerins. En 1100, l'higoumène russe Daniel arrive à Jérusalem, venant de Néby Samwil, qu'il nomme .Armât hem, tlireclion du nord. 11 aperçoit la Ville sainte des hauteurs dites du Scopus » et tous se dirigent vers Jérusalem avec une grande allégresse. A gauche, près de la roule, se trouve l'église de Saint-Étienne, premier martyr; c'est là qu'il fut lapidé par les Juifs et on y voit son tombeau - «. Ce qui subsistait rappelait — peut-être aussi des ruines encore en place — la basilique détruite '.

XLVII. Seowui.f.— En 1102-1103, Seowulf écrit : Lapidalin sancli Slephani /uil extra munini, quanlum arcus balisla Itis vel 1er jactare polesl, ubi ecclcsia pulcherrima cunstruebatur a parte aquilunis; ilia ecclesia (imnino est a piiyanis deslrucla. On n'a donc pas relevé la basilique eudocienne, on a élevé un oratorium sur l'emplacement ou à côté •.

XIAIU. Ruine. — En 1113, les gens d'Ascalon attaquent .Jérusalem, en l'absence du roi Baudouin; ils échouent et prennent leur vengeance en détruisant une partie de l'église Saint-Étienne hors la ville et en brûlant les moissons.

XLIX. Anonyme. — Vers 1130, un anonyme nous apprend que la porte de Saint-Étienne s'ouvrait rarement : Ab aquilone est porta quœ voealur porta S. Slephani eo quod sit dejoris lapidatus et rare aperitar^.

L. Je.\n de Wurzeourg. — Vers 11 05, Jean de Wurzbourg parle des translations de saint Etienne. De plus, la tradition du mont Sion se développe. On veut que Xicodème, Gamaliel et .Abibon y aient été ensevelis, tandis que la relation de Lucien dit nettement que le corps d'Etienne seul a été transféré à Jérusalem : Ante portam Jérusalem, qux respie.it ad occdsum. qua parte libcruta luit iirbs sub seeondo Israël saxis o bru lus beatus Stephanas protomarlyr occubuit; inde InuisUdus in Sion et sepullus inler Nicomedum et Ganialielem et Abibon postea Co ns tant i no poli ad ultimum Romie beato Laurentio tamulalus. Onde et irt tumulo : quem Sion occidit, nobis Bisancia misit '.

LI. Chanson de Charlemagne. — Vers 1175, la chanson de Charlemagne suppose que l'empereur demande des reliques de saint Etienne au patriarche de' .Jérusalem ".

Hcspont li partriarches : " ,\ plantai en avrcz. Le brez saint Siniéon aparmaines avrez; E le chief saint Lazare vus ferai aportcr. K dcl sanc saint Estefne Ici inartir fu pur Deu.

LU. Anon'y.me. — Vers 1185, un anonyme venant .le Nazareth : Postea veniens ad civilatem Jérusalem ixira rnuros, et ibi inventes locum ubi sanctus Stcphanus luit lapidatus '.

En 1187, le siège et la prise de la Ville sainte par

I Tiulebirut. I. XIV, c. i, dans Recueil des historiens des rndsmlcs. t. m. — - Itinéraires russes, traduits par Mine U. de Kliitiowi), (.enève, 1889, p. ll;c{. J. Lagrangc, dans Kcvuc Inhliquc. 1 SU 1. 1. III, p. 461-402. — ' .J. Lagrange, dans Keiiue bililiiiiie, l,Si)4, t. II, p. 402 : ici encore, au nord, :\ environ 300 mètres de la ville. — ' C'est celui de Sophronios, de Jean ileCèsarèe,d'.AIbertd'-\ix,de Raymond d'.Agnileis, deTudebœuf. — ' De Voj^iié. Les églises de la Terre Suinte, in-8", Paris, tSfiO, p. 412. — • Descripiiones. édil. Tobler, Lipsiœ, 1874, p. 1U5. — ■ Ilinéraircs à .lérusnlem, in-S", Genève, 1882, 1>. 5. — * Descriptiones, édit. Tobler, Lipsia», 1874, p. 193. — " De \oHi!é. Les églises de Terre Sainte; cf. J. Lagrange, dans liemie biblique, 1894. t. m, p. 466. — i» K. Rôhricht. Kiirlcn und Plane zur Palàstinakunde aus deni vu bis XVI Jahrluniderl,ûans Xeitsehrijl des deulsehen Puldslina- IVrcins, 1892. t. xv. pi. i. — >' Ibid.. pi. m; cf. en outre le plan de Paris, vers 116(1, copié au xiiif-MV siècle. Ibid., pi. V. — '■ Bidlu Religionis uolis, Palcrmc, anli. civico

Saladin vont entraîner la destruction de l'oratoire de Saint-Étienne. .\vant de rapporter cette destruction, nous avons à citer divers documents qui lui sont antérieurs, ce sont des plans et des chartes.

LUI. Plans de JfinisALE.M. — Vers 1150. Plan de Bruxelles. A l'extrémité de la rue droite qui conduit du mont Sion à la porte du Nord, se trouve l'inscription : Porta S. Stejihani septenirionalis. Audessus, l'église de Saint-Etienne, avec inscription, placée précisément en droit de la porte, en dehors de la ville '.

Date et origine incertaines, peut-êlre Florence. Sur la rue droite du sud au nord : Vicus porte sancli Slephani, et en dehors, en droit perpendiculaire : Hic beatus Slephanus a Judieis l(t[)idalus est '".

Vers 1170. Plan de La Mayc. Vicus porte sancli Slephani, au nord. En dehors de la porte, du côté oriental, on a dessiné des personnages, dont l'un tient une énorme pierre; au-dessous un personnage agenouillé, nimbé et priant; faute de place, tout l'espace étant occupé, on a relégué l'eeclesia beali Slephani où l'on a pu, dans un coin. Évidemment, la place des personnages marque le lieu de la lapidalion en droit de la porte du Nord ".

L IV. Bulle. — Le S mars 1173, une bulle d'.\lexandre III confirme à l'abbé de Sainte-Marie-Latine : stationes que sunl Latine conligue, lurnum, palatium juxla portam S. Slephani a plaqa australi, quasdam domos pust illud palatium, domos supra niurum urbis juxtu ibidem, usque ad secundum turrim murorum; et altéra parle, ecclesiam S. Slephani. juxla l'iam quœ ab Hyerusalem ducit ^eapolim: hosjiitale juxla eamdcm viam; hortum inler eamdcm ecclesiam et Ili/erusalcm; alios horlos el vincas quas habelis in tcrrilorio Hyerusalem cum decimis enrum '-.

LV. r^LAN. — Vers 1180. Plan de Copenhague. On lit seulement : Viens porte Slephani "; et vers la même date, plan de Stuttgard : V'icu,s ]mrtc S. Slephani. Porta S. Slephani, au nord ". Au-dehors, en droite ligne : Ecclcsia S. Slephani et immédiatement commence la vallée de Josaphat, en forme' de boudin, qui part à l'est de l'éghse.

LVI. Ernoul. — Après la bataille de Hattin, lorsqu'on apprit à Jérusalem que Saladin approchait de la ville, les chrétiens craignirent que l'église de Saint-Etienne offrît un abri aux Sarrasins : ils se décidèrent à la détruire. Voici le récit de cet événement par Ernoul '=.

« Or vous dirai des autres deux portes dont l'une est en droit de l'autre. Celle deviers aquilon, a nom porte saint Estevene. Par celle porte entrolcnt li pèlerin en la cité, et tout cil qui par deviers Acre venoient en Jhérusalem, et de par toute la tiere dusques al flun, desci que à la mer d'Escalone. Dehors celle porte, ains c'on i entre, à main destre, avoit un moustier de monseigneur saint Estevenes. Là dist on ([ue

Qq. IL Kl; cf. Rev. bibl., 1894, t. m. p. 467; incnlionne deux autres chartes, non connue des picu\ es bien claires de la tradition, mais comme renseignenuiits sur la situation de l'église Saint-Étienne. — " /.eilschrift des deulsehen Pnlastina-Vcrcins. 1892, t. xv, pi. ii. — " Ibid., pi. iv. — " Cette description de Jérusalem fut en partie composée avant 1187, en partie remaniée par Krnoul dans son Estât de la cité de Jérusalem vers 1231. Itinéraires à Jérusalem. par Michelant et Kaynaud, (lenèvc. 1882, p. 41 sq. In autre estai de lu cité de Jhérusalem. qui figure dans le même recueil, semble antérieur à la prise de la ville en 1187. Ce morceau ligure seulement dans les ■ Estoires d'Oullrcnier et de la naissance Salchadin , qui contient d'abord le roman de la prétendue origine de Saladin, puis, sans transition le texte d'Ernoul, tantùt abrégé, tantôt augmenté et en somme assez profondément modiné. Dés lors, il y a peu d'attention ù prêter aux innovations graves de ce récit en matière topograpliiqiic.

ÉTIE^^^■E (MARTYRE ET SÉPILTURE DE SAINT)

saint Estevenes fu lapidés. Devant ccl mouslier, à main senestre, avoit une grant maison c'on appelait l'Asnerie. Là soloient gésir li asne et li sommier de l'ospital; pour çou avoit à nom l'Asnerie. Cel moustier de Saint Estevene abalirent li crestien de Jliérusalem devant chou que il fuscent assegié, pour che que li moustier estoit près des murs. L'Asnerie ne fu pas abatue: ains ot puis grant mestier os pèlerins qui par treuage venoient en Jliérusalem, quand elle estoit as Sarrasins, c'on nés laissoit mie herbegier dedens le cité. Pour çou l'or et li maison de r.\snerie grant mestier. A main destre de la porte Saint Estevene estoit li maladrerie de Jhérusalem, tenant as murs. Tenant à le maladrerie avoit une posterne ç'on apeloit le posterne Saint Ladre. Par là metoient li Sarrasin les crestiiens en la cité pour aler couvert ement al Sépulcre, que li Sarrasin ne voloient mie que li crestien veissent l'afaire de la cité: et les metoit oii euz par le posterne qui est en le rue le Patriarce el moustier del Sépulcre. Ne les metoient l'en mie par le maistre porte. »

LVIL AViLLEBR.WD ET TmETMAR. — Ce texte est capital pour fixer la position du moustier des croisés en l'honneur de saint Etienne qui était à l'orient du chemin '. .\insi disparut l'église: il ne resta, pour conserver la tradition, que la porte de la ville et Vf asnerie » située en face du moustier détruit. Cette a asnerie >■ était une sorte d'auberge dans laquelle on recevait les pèlerins. L'un d'eux, venant par le nord, de Bettenobele, se trouve parqué dans l'asnerie, vers 1211, c'est un nommé Willebrand : Ad quam [urbem] accedentes curiam quaiuiam juxia muros cii'ilulis silcim inlrare comprllcbamiir. In hoc luco fuit marlyrizatus berilus Slejihanus, in cajiis honore nnsiri fideh-s ccclesiani sicut apparet, el archiepiscopidam fundai'erant. Cbi mine lemporis asini Soldcini cumpellunlur. Quomodo igilur obscaratum est aitrum, mulalus est color oplimiis, quia de ecclesiœ matériel, de loco rcliqaiarum lovas stercorum est ordinatiis? El nota, quia iste locus extra muros est, quia secundum Actus aposlolorum, ejicientes eum extra portam civitatis lapidabanl-. A quelques années de là, vers r217. Thietmar fut fait prisonnier par les Sarrasins en venant de Gabaon, à trois milles de Jérusalem, et retenu dans cette «asnerie » : .Sic caplivus delinebar duubus diebus et una nocte extra portam civitatis, uhi sanctus Stephanus prothomartir lapidatus fuit. In quo loco quondam coiistruclu est ecclesia, sed nunc a Sarracenis /undilus ciwrsa '.

LVIII. PÈLERINS. — Puis les lémoignagcs reprennent, ou plutôt continuent :

Vers 1201 : « En ccl jour doivent entrer eu Jhérusalem par la porte Saint-Estienne : devant celé porte fu il lapidés '. •

Vers 12.31 : « Sus la Monjoie est l'yglise Saint Samuel le prophète: si a trois lieues jusques en Jhérusalem à entrer par la porte S. Esliene, et doit estrc par droit ilucc le Saint-Sepulcrc de Xostrc- Seigneur ^ »

-Vvaut 1265 : « E qui dreilcment vot entré, si deit entré par la porte Saint-Estevene. là où il fu lapidé •'. »

Vers 1280 : « Et d'yleque (.Montioie) à la cité de .Jérusalem sunt 2 Uwes de bel chvmvn, c le entré en la

' L'higoiiinéne Daniel l'a vu à pauchc. parce qu'il a pris l'embrancheniciit qui conduisait au nord-oucsl île la ville.

— ' Peregrinalores, édit. Laurent, in-8", I.ipsia-, 1873, p. 184; ce que Willebrand dit ilc Tarclicvêché est une erreur.

— ■ Peregrinutnres. p. 2H. Ce dernier renseignement, fait remarquer le P. Laçrans?e. ne concorde pas avec celui d'Krnoul, cl il est, en somme, plus uncien qu'Ivrnoul. qui, en se servant de sources unlérieures à 1187, les a renuiniées lil)rement. Les Sarrasins on! pu ilélriiire l'église en haine lie lu religion el conserver l'asnerie au point de vue ulililalre. Si les chrétiens ont détruit l'église et ppiirgné l'aMicrir. c'est

cité est parmy la porte où saint Estevene fust lapidé '. » LIX. BuRCH.VRD. — En 1283, le dominicain Burchard : Tercia porta est ab isla contra aquilonem, et dicilur porta El/raijm... Dii'itur nunc porta sancti Stephani qui extra cam luit lapidatus \

LX. Conclusion. — De tous les textes qui viennent d'être cités, une conclusion s'impose avec évidence. A l'époque des croisades, le culte de saint Etienne se concentrait au lieu que l'on croyait être celui de la lapidation, celui-là même où s'était fixée la tradition du milieu du v siècle. La certitude était telle qu'on ne disait pas seulement, comme au vi^siècle, « porte de Saint-Étienne ". mais « moustier >• et « église de Saint-Étienne », « rue Saint-Étienne », « carrefour de Saint-Étienne -. Rien n'indique que l'église ait été considérable. On disait le moustier Saint-Étienne^ comme si l'église avait été enfermée dans un corps de bâtiments: telle est du moins la coutume invariable en Orient. Ce qui paraît certain, c'est qu'elle était bâtie près ou au milieu des ruines de l'ancienne basilique, que l'on voyait encore, et que par conséquent elle n'en était pas une restauration.

Cette tradition unanime se soudant à la tradition unanime des temps précédents est désormais fondée sur le témoignage de plus de douze siècles. Elle peut se perdre ou s'altérer : il suffira de remonter au temps où elle était en pleine vigueur pour la ressaisir et sceller la chaîne brisée au point où elle était rompue.

LXI. Fouilles en 1882. — L'événement archéologique de l'année 1882, à Jérusalem, fut la découverte d'une petite église, située au nord de la ville, le long de la route de Naplouse. Des négociations délicatement conduites permirent d'acc|uérir ce terrain où, par une sorte de pressentiment, plusieurs personnes des plus éclairées croyaient retrouver le lieu de la lapidation. Il fallut plus tard entamer de nouvelles négociations et couvrir des frais considérables pour acquérir l'emplacement de la basilique d'Eudocie.

Le point de départ fut les fouilles commencées et qui faisaient connaître un petit oratoire long de 21 mètres dans œuvre, sur 7 m. 40 de large. 11 ne restait guère que le pavement, sufTisant toutefois pour faire reconnaître la main-d'œuvre des croisés; quant au.x dimensions, elles étaient trop restreintes pour permettre un instant de les identifier avec celles de l.-i basilique eudocienne.

LXII. En 1883. — En 1883, quelques tr.mchées dans la direction de l'ouest à l'est amenèrent plusieurs découvertes imércssanles. D'abord celle d'un vaste corridor voûté de 18 m. .")0 de long, appuyé sur le roc taillé qui forme le mur : ensuite, dans la paroi est, on rencontra deux alcôves surmontées d'une arcade qui se rapproche de l'ogive. Puis, un peu à gauche, on découvrit un seuil de porte resté en place, un caveau contenant quatre tombeaux taillés dans le roc en forme d'auge, enfin quelques fragments d'un pavage en mosaïques admirablement conservées cl d'un caractère évidemment chvélien.

LXIII. En 1885. - - En 1885, fouilles du côté sud donnant de nouveaux fragments de mosaï(|ues semblables aux premières par le dessin el la couleur, mais

doni- i|uo ce dernier liAlimenl était bien néKligeabln. Il est vrai qu'Ivrnoul n'impute aux chrétiens que la destruction du nioutier. Thietmar n'impute de son cf>té aux Sarrasins que la clcstructinn complète, /iindiliis rvcrsii de l'éRlise; l'un et l'autre ne disent rien des destinées de rnsnerie que son insinnillance aura peut-être sulli à protéRcr. .\u demeurant, peu impiirle pour la question lopogrupliiiiiie. — • * Ilinéruircs ù .lériisulem. par Michelant et neynaud. (ienéve, 1882. — ' Ibid.. p. )(i:i. - • Ihid.. texte H. copié pur un .\nglais. p. 102. — ' Itiirt.. p. XW. - • /Vrcf/rimi/iiris. édit. Laurent, in -.S'. I,ip>^i;r, l.S7:t, ]>. 74.

KTIKNNE (MAIiTYRI-; ET SKIMLTIRF. DE SAINT)

plus étendues, l.cur caractère ne permet pas de douter qu'on se trouve sur l'emplacement d'une église.

LXIV. En 1887. — En 1887, fouilles du côté nord et découverte de mosaïques semblables aux précédentes, mais sur une plus grande étendue. Puis on voit apparaître une colonne monolithe de 80 centimètres de diamètre, d'autres fragments d'égale dimension; puis une colonne de marbre blanc plus

onze mètres environ de longueur sur huit de largeur et une profondeur de cinq mètres. Le ciment qui en couvre les parois indique qu'elle a servi de citerne: mais sa situation à l'intersection du transept et au sommet de la nef principale, l'absence de communication avec l'extérieur, un reste d'escalier, et, dans un angle, une ouverture en forme de cheminée, destinée sans aucun doute à l'aération, démontrent que primitivement ce n'était pas une citerne, mais une

4206. — Plan des ruines de la basilique eudo D'après .T. M. Lagrange. Saint-l'iticnric et son

t-hlicnne de .Icriisaleni.

Jéritsalcin, l'aris. 1S94, p.

1, 2, 3, 4, 5, 6, mosaïques.

7, pierre h la place du maître-autel.

8, pilier avec revêtement de marbre, il, seuil présumé du chœur.

in, seuils de la basilique (in situj.

11, rocher taillé marquant la tin de l'abside et des murs.

Il', ancien crépissage vertical extérieur des murs.

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