rocher taillé marquant la limite de l'annexe
14, excavations verticales, ancieime crj^pte présumée changée en carrières et en citernes.
15, rocher taillé pour les bases des colonnes.
16, citernes.
17, entrée d'iui caveau voûté avec quatre tombeaux.
18, long caveau voûté : place présumée des tombeaux des deux Eudocie.
19, entrée.
20, soupiraux modernes.
'Jl, tombeaux creusés dans le roc.
petite; sur la droite, tui soubassement de marbre rouge, accompagné d'un degré, qui détermine la place occupée par le chœur de la basilique et qui devait être surmonté d'un cancel en marbre blanc; cette balustrade servait à séparer le chœur de la nef latérale. Tout près de cet endroil, le rocher qui forme le fond de la basiUque présente une arête vive : on creuse et l'on découvre une vasle excavation remplie de décombres. C'est une crypte entièrement taillée dans le roc; elle forme un rectangle à peu près régulier, de
' Et cette supposition est d'autant plus naturelle que ce fait se renouvelle encore de nos jours dans la campagne aux environs de .JèrusaU'in. L'n i)ropriètaire cpii possède
crypte funéraire. Il ne reste pas, à vrai dire, d'autres indices de celte destination première, mais tout porte à croire que cette crypte a été remaniée dans les temps qui ont suivi, qu'on a brisé les cloisons qui séparaient les chambres sépulcrales et isolaient les tombeaux et qu'on l'a convertie en citerne, après avoir recouvert les parois d'une épaisse couche de ciment '. Mais quels tombeaux renfermait cette crypte'? Sa place dans la basilique, en face de l'autel et tout proche du sanctuaire, indique que ce devait être la
ù l'extrémité de sa maison un tombeau antique n'hésite pas à briser tout l'intérieur pour s'en faire uji réser-
ETIENNE (MARTYRE ET SÉPULTURE DE SAINT
CGi
confession du saint martyr et que là ses restes précieux avaient été déposés.
Cette crypte déblayée, suivons les fouilles qui se continuent toujours vers l'est. .\u bout de peu de temps, on découvre une dalle de marbre blanc longue de 1 m. 10 sur 0 m. 65 de largeur, sillonnée par plusieurs petites rigoles qui communiquent les unes avec les autres, jusqu'à une dernière plus large et qui aboutit à un pavé de marbre. Qu'était-ce que cette pierre? Faisait-elle partie de la basilique'? Un usage des premiers siècles nous aide à trouver la réponse, (^omnie on ne célébrait la messe sur l'autel principal qu'à certains jours déterminés, chaque fois l'autel était lavé et l'eau s'écoulait au-dessous pour se perdre dans la terre. Les découvertes postérieures n'ont fait que nous confirmer dans cette supposition, car cette pierre est bien à sa place, juste au milieu du sanctuaire et orientée avec la plus grande exactitude '.
" Quelques jours plus tard, on atteignit l'extrémité de la basilique. Elle se termine à l'intérieur par une abside semi-circulaire, dont il ne reste qu'une portée, et, à l'extérieur, par un min- de forme polygonale. Les trois côtés de ce mur, ainsi que celui qui termine les deux nefs latérales, sont faciles à reconnaître... [car] tandis qu'on arrachait les pierres des murs l'une après l'autre, l'enduit épais et solide qui les recouvrait au d:hors, soutenu par l'amoncellement de terre qui s'était formé autour, a résisté jusqu'à une hauteur de deux mètres, et a conservé très nettement l'empreinte des pierres sur lesquelles il était appliqué. C'est peu de chose, mais cela du moins nous donne une idée exacte des dimensions et de la forme de la basilique. L'abside une fois dégagée, tout s'explique : les deux côtés, recouverts en partie de mosaïques qui s'ajustent avec la rectitude du cordeau, sont bien les deux nefs latérales, un peu moins longues que l'abside. Celle de gauche se termine par un fragment de rocher taillé qui commençait le mur dans cet endi;oit. 11 est forcément resté en place, ainsi qu'un soubassement de colonne taillé aussi dans le roc et qui est entouré d'un revêtement de marbre blanc retenu par des crampons de cuivre. Cette plaque de marbre, dont un angle est écorné, a été heureusement néghgée dans les pillages successifs. »
Le plan (fig. 42(iG)ofIre un relevé exact des lieux; la légende qui l'accompagne permet de ressaisir la disposition générale de la basilique cudocicnnc. Elle était précédée d'un ulrium carré mesurant 20 m. 50 de côté. Il était dalle. Sur les bords, le pavé est plus élevé de 0 m. 10 sur une largeur de 3 m. 25, ce qui Indique que les côtés étalent occupés par un portique ; cette vérification ne peut se faire qu'à l'est et au nord. Le long de ce portique s'échelonnaient des tombeaux. Il faut observer que le rocher s'élève ici du sud au nord. Les tombeaux du côté du sud, n'étant pas creusés dans le roc, n'ont laissé que de faibles traces. Au nord, le rocher se relève tellement qu'il dépasse le sol et forme la base du mur qui fermait l'atrium. De ce côté on a découvert deux tombeaux. N'y en avait-il point devant la basilique elle-même, regardant l'orient'? On le conclurait par simple
' .1. Lasrange, Saint lUieiinc et son sinidniiire ù Jérusalem, in-K", Paris. ]S'J4, p. 108, p. l.iC et ligure. Cf. L. de Vaux, Mémoire relaii/ aux /imilles entreprises par les R. P. doniinieains dan:> leur tlomtiine de Saint-I'itieniie, /très la porte de Damas à Jérusalim, ilans Revue urchéologique , 1888 b, p. 32-60. — ' Théodoric, Libellas de l.ocis sanriis, in-8», San-Oallcn, 18G5, p. 65. • — ' .1. Lagrange, op. ci(., p. 132, 133, flg. — ' Ibid.. p. 130, 131. I\g. — ' Ibid.. p. 133, 134, fig. — • Ibid, p. 1(17, 135 et planehe en cduIcuis, p. 101. — ' Ibid., p. 1.35. ng. — • Ibid.. p. 130. - • Ibid.. p. 1.36. — •'■ Ibid., p. 136.— " Ibid., p. 137,rig. - '■ Gernici-Uuranil.
analogie, et ce soupçon devient une certitude si l'on observe que, sur presque toute la largeur de l'atrium, le rocher est taillé à pic sur une profondeur de 3 mètres dans la direction du nord au sud. Il y avait donc là une crypte plus grande que les autres tombeaux, c'était d'ailleurs la place d'honneur (voir le point 18 du plan). An centre de la cavité, on voit encore deu.x voûtes en arête : elles paraissent modernes, mais leur emplacement conviendrait bien pour le tombeau d'Eudocie et de sa petite- fille. Entre ce point et le trou situé devant l'autel où, selon toute probabilité, furent renfermés les restes du premier martyr, il y a juste vingt-six pas. distance assignée par pseudo-Antonin à l'intervalle qui séparait le corps d'Eudocie des reliques de saint Etienne.
La basihque avait son entrée sur Vatrium, ses dimensions sont 20 mètres de largeur sur 40 mètres de longueur, avec une annexe au nord (voir le point 13 du plan). Le rocher taillé marquant le contour de l'abside et les nefs latérales (voir le point 1 1 du plan), les seuils (voir le point 10-10. du plan), les débris de mosaïques, des socles de pierre marquant la place et l'alignement des piliers (voir les points 8-15-15 du plan), une base de pilier encore debout avec son revêtement de marbre, parfaitement en place puisqu'il fait échancrure dans les degrés des plulci qui isolent le sanctuaire (voir le point 8 du plan), sont des éléments si assurés que le tracé du plan n'offre pas matière à discussion. Le trou carré (voir le point 14 du plan) figure dans son état actuel; on a vu dans le récit des fouilles qu'il y avait là probablement une confession; un texte de Théodoric, pèlerin du xn' siècle, confirme cette hypothèse : Est aulem in ipsa ceclesitt média hcus (/roi/f'éiis datas, paricte jerrcu scpliis, in cujus medio attare vcncrandiim et maf/niim caimm hubetur. ubi locns lapidationis ijus juit, et cœli super ctun aperlionis -.
Quelques débris provenant des fouilles présentent en eux-mêmes peu d'intérêt; chapiteaux', fûts de colonnes^, pilier avec revêtement de marbre S mosaïques', moules eucharistiques", fioles', lampes", cubes de mosaïques dorées '», fragments épigraphlques ".
LXV. TiiAiHTioN DK i.'kst. - L'oratoIrc de Sophrone avait eu le sort de la basilkpie eudoclenne: «après cette double ruine, la tradition tiiiit par s'égarer, et les chrétiens, après tiuelque temps d'hésitation, en vinrent à vénérer le lieu du martyre d'Etienne dans la vallée de Josa])hat, non loin de la porte de l'Est '-, » car, tandis ([u'une tradition unanime, ofTiciellc, plaçait le lieu de la lapidation au nord, une autre tradition se formait dans la vallée de Cethsémanl, très i)robableiiienl autour de rancieu oratoire de Salnl-Etlenne ^'.
LXVI. Raoii, de Caen. - Chose étrange, c'est un chroniqueur des croisés qui la jiroduil pour la première fois, Raoul de Caen, qui écrit les récits c|ue lui a faits Tancrède. C'est cclul-cl qui lui a raconté sa reconnaissance au mont des Oliviers et sa rencontre d'un ermite : Obtutcrat aiitem ei sors ad liirc discerncnda ojtportunum dcctorem liirriculam, consulliini sibi ercmitain : ipii ipsiiin iibi priiturinm C.aiiphu; li/'l
Découverte des ruines de lu hnsilititu- de .Suinl-Ùlienne. à Jérusalem, dans la Revue bénédictine. IS'.lO, t. vu, p. :i32. — " Cet ornloiie ou marluriuin est iiientiiiniiè par Pierre Diacre (1137) : Item in munie Olivcli est spelunca, et in ru uUarium, bene lucidum, in ipui solebal Dimiinus docere di.'icipulos suos : super qiuun speluncam est .■ciiriefa ecclesia grandis, et non longe est marliirium saneti .Stepliani; iiule non longe est liicus ubi nravil Dominas, odit. ('■aiiuirriiii, Ronia, 1887, p. 121. Cet <)r»l<iiie se trouvait diiiu- l'iilnla grotte dite du Credo ot le lieu (le l'.\gonie, sur le ouiiit des Oliviers, à une cirlaiue liauteur.
ee.-
l'-.TiKNNE iMAin^in': i;r si;im lti rk dk saint
suspenclium Jiitlie, quœ porlarum Aure». quie. SpecUisii; iinde Jacobus in prœceps dejectus; qua Slepliaiius ad lapides éjectas, el hajusmodi. Cet ermite ne se contente pas de répondre, il interroge; Il apprend le nom de l'étranger el reconnaît en lui l'ennemi d'Alexis Comnène, celui qui a dévasté sa patrie. On voit que Tancréde a reçu ses renseignements sur place, d'un Grec, ermite de cette vallée où la tradition commençait à se fonder au profit du sanctuaire local. C'est évidemment sous l'influence de ces données recueillies par Tancréde que Raoul décrit la vallée de Jo.îaphat, presque immédiatement après avoir raconté la reconnaissance opérée par son héros ; Vallis Josaphat monlem Oliveti submovel, ipsa situ humilis, conicninrum tamen dignilale prœcelleiis, contenli ibi niimque ibi Jessemaiii, ibi lorrens Crdrnn, ibi Dei aulœ ailla, cœli reginœ sc/jH/cram, ibi prolomarlijris Stephani lapidatio; ibi ciim sanguiiiis sudnrc dominica moiislraliir oralio '.
LXVII. Phoc.\s. — En flcS.ï, Pliocas mentionne trois fois le souvenir de saint Etienne : au mont Sion, près la porte Saint-Étienne, et enfin en un lieu mal précisé qui serait celui de la lapidation : Eiç yàp Sùo \J.sp''] ô OîLOç ouToç SiatpsÏTai /.ûpot; • x.al Trpôç (lèv To Toù SeEioO |3ouvo'j yQy.y.y.'koi-epo^J [lépoi; •/) àyla TTÔXtç ètpiSpuTai î]q ô TrsptjioXoç (ié/pt r/jç çâpayYoç v.aTavTà, to S' UTrepôev xaÙTT,? èotIv ôXov Ù7:A[J.t:sXo'j, èv w xat ô Xi6a(T(xôi; toû TïpwTojxàpT'jpoç àyiou 2t£oàvou ÈYÉvETO'-rô Se toutou £Ûcov'j(iOv zotl tîjç 9àpaY- •;-oç TîépaÔev tô toù 'EXatcôvoç ôpoç ÛTràp/si '. • Ce saint lieu est divisé en deux parties : la ville sainte est établie sur la partie la plus plane de la colline de droite; son enceinte s'étend jusqu'à la vallée, dont la partie supérieure est toute plantée de vignes, et où eul lieu la lapidation du premier martyr, saint Etienne. A gauche et de l'autre côté de la vallée, se trouve le mont des Oliviers. » Ce texte n'est pas trè; clair, et s'il était isolé dans Phocas, on serait tenté de l'expliquer selon la tradition commune et ofTicielle de l'époque. On dirait alors que le pèlerin parle de la situation de la ville dans son ensemble, et qu'il place la lapidation dans la partie haute de la vallée (|ui coupe la ville en deux, c'est-à-dire au nord. Mais ii faut le reconnaître, suivant le sens du co.itexte, il n'est question que d'une vallée, celle qui sépare la ville du mont des Oliviers. Est-il vraisemblatle que Phoca.s parle deux fois du même endroit, une fois pour dire que c'est le lieu de la lapidation, une fois pour dire qu'il y avait là un monastère où saint Etienne a été enseveli, après avoir été lapidé et enseveli ailleurs'? Non sans doute. Si donc Phocas place la lapidation autre part que dans le monastère du nord, autre part qu'au mont Sion, ce doit être dans la vallée de Josaphat, le troisième lieu où se rencontre le souvenir du saint, et cette présomption suffit à éclairer un texte obscur en lui-même '.
LXVIII. Pi;rdicc.\s. — Vers 1250, Perdiccas, protonolairc d'Éphèse, place la lapidation de saint Etienne entre la tarière de l'agonie et le tombeau de .lacques. C'est le troisième témoin. Tous trois mettent la lapidation dans la vallée de .Josaphat, mais ne sont pas d'accord entre eux sur le point précis. D'après Raoul, elle eut lieu entre le tombeau de Marie et l'Agonie du Sauveur; d'ajjrès Phocas, sur le versant occidental de la vallée; d'après Perdiccas, entre l'Agonie du Seigneur et le tombeau de Jacques. C'est donc un chroniqueur latin, un et peut-être deux pèle-
' Raoul de Caeii. Di' (ji^stis 7'afiiT('rfî.détUés ail palriarche .\rnulfe Ull--lll^', dans Recueil des liistoricns des eruisades. Hist. occidentaux, t. m, p. 085. — - Phocas, Compendiaria descriplio, P. G., t. cxxxiii, col. 941. — » J. I.agrange, Une trudition Inhligue à .lêrusulcni, dans la lieuuc
rins grecs, qui introduisent une tradition différente de la tradition officielle et placent la lapidation sur divers points de la vallée de Josaphat *.« Cette opinion isolée ne peut prévaloir tant que les souvenirs précis du nord gardent leur force, mais nous allons la voir se développer à l'époque suivante, quand h grand mouvement qui amène les pèlerins et les croisés par le nord, en venant de Saint-Jean-d'.\crc, est irrévocablement terminé par la chute de cette cité (1291).
« Jusqu'ici nous n'avons rien remarqué de bien extraordinaire. A côté d'une tradition ancienne, un peu oblitérée à une époque par la ruine du monument qui la soutenait, d'autres traditions se sont formées. Au mont Sion, un seul chroniqueur indique cette tendance : l'affaire n'a pas de suite. Dans la vallée de Josaphat, un petit couvent occupé par des grecs prétend, très probablement de bonne foi, avoir le vrai emplacement de la lapidation, à rencontre de la tradition séculaire soutenue autrefois par les grecs, adoptée et reconnue par les latins. Encore une fois, rien d'étonnant, le phénomène n'est pas isolé. Que l'ancienne tradition soit supplantée par la nouvelle, rien encore de trop étrange. Mais voici qui est vraiment inouï. L'ancienne tradition est transportée de toutes pièces au profit de la nouvelle. Porte de Saint- Étienne, église d'Eudocie seront installées dans la vallée du Cédron. Il n'y aura pas de victoire d'une tradition sur l'autre, mais fusion des deux en faveur de l'une d'elles, et par suite inextricable confusion.
LXIX. RicoLDO. — « C'est dans ce dédale que nous devons introduire le lecteur. Le dernier témoin de la période précédente est le dominicain Burchard. Le dominicain Ricoldo ouvre une nouvelle série. Il vient en Palestine en 128S, et son récit de voyage est de 1294 environ. Ce religieux, d'ailleurs, esprit des plus cultivés, était considéré jusqu'à présent comme étant le premier à placer la lapidation de saint Éiiennc non loin de la vallée de Josaphat : Inde (en sortant du tombeau de la Vierge) exeuntes inuenimus juxla diclum locam, campiini iibi fuit lapidalus bealus Stcphanus, el ascendenles per viani per quam ejecerunl eam exlra civitatem cum htpidibus, intravimus in Jlierusalem per portam sabbatonim, et invcnimus ecclesiam sancle Anne, malris Domini '.
LXX. M.VRixo Sanuto. — « Nul doute, les termes sont clairs : il s'agit bien de la vallée de Josaphat, mais d'un champ, situé au fond de la vallée, puisque de là seulement on remonte. Précisément au même moment, ce transfert de tradition s'opère dans les plans. Marino Sanuto écrit (1308) : lapida Slephij. le long du chemin qui descend de Sainte-Anne à. Gethsémani, du côté du nord. Sur un plan dont l'original est à Gênes (fin du xvi" siècle) la porte de Saint- Étienne est placée près de Sainte-.\nne. L'n plan de Plaisance (même époque) en fait autant. Il est inutile de multiplier les citations pour constater un fait aussi avéré. D'ailleurs, l'abandon de l'ancienne tradition ne se fit pas sans quelques protestations. Ludolphe de Sudheim (vers 1350) dit encore : Locas ubi lapidalus est Stephanus est extra portam borealem, iibi sletit ecclcsia, sed nunc est eversa •.
LXXI. QU.4.RESMIUS. — « ]^ais l'accord se fit plus tôt et plus complètement qu'on ne pouvait l'espérer. Un pèlerin arménien, Nicolas, évêque d'.\cquirniann (vers 1483), met l'un après l'autre « le lieu où naquit la sainte Vierge, celui où saint Etienne fut lapidé". »
bihii'inc, 1S!U. t. m, p. 470-471. — * Ibid.; dans ce qui va suivre, je cite lexluellenient le P. Lagrangc. — * PeregrintUnres,i:dii. I.aiirenl.in-S'*, Lipsiœ, lS73,p. 111. — • Archiva de l'Orient latin, 1SS4, t. ii, Uucumeiits, p. 355. — = Ibid.. t. II, Docum., p. 401.
ETIENNE (MARTYRE ET SEPULTURE DE SAINT
Au xvn« siècle, Quaresmius, n'ignorant pas l'ancienne tradition, entreprit de la réfuter, et cette étrange démonstration, qui aurait dû faire sauter aux yeux l'inanité de la tradition nouvelle, parut sufTîsante pour faire disparaître tous les doutes. Observons cependant les fluctuations de l'opinion récente sur l'emplacement précis de la lapidation. Ricoldo la place dans un champ, probablement la vallée du Cédron elle-même, assez élargie à cet endroit; un manuscrit slavon de l'an 1360, sur le mont des Oliviers : « Plus haut (que le tombeau de la mère de Dieu) est le lieu où Etienne, premier martyr, a été lapidé, celui d"où le Seigneur monta au ciel, etc. ' » C'était, nous l'avons déjà vu, la tradition de Raoul et de Perdiccas.
LXXII. Denis Possot. — o Le voyage de maître Denis Possot (1532) est peu précis : « De là, vinsmes au lieu où saint Etienne fut lapidé, et est en devallant la vallée de Josaphat, et sont deux rochers à l'opposite l'un de l'autre -. »
« Enfin le rocher l'emporte, cet invraisemblable rocher, sur lequel ont été taillées les marches du grand escalier dont parle Ethcria, qui descendait de Jéru- .salem et montait à l'église de l'Ascension.
« Notons encore l'ordre dans lequel les souvenirs se déplacent. On lit souvent que, le nom des portes ayant été changé, la tradition s'estdéplaeée : c'est le contraire qui est vrai. Ricoldo nomme la porte de l'Est : parla Sabbalorum; je ne puis dire avec certitude quel pèlerin la nomma le premier porte de Sainl-Étienne; mais la tradition du nord continua à lutter jusqu'à une époque inconnue, au moins, jusqu'au xvf siècle ". Au xvi^ siècle, la porte de l'Est est devenue, pour la plupart, la porte de Saint-Étienne. »
On aurait pu croire la tradition primitive rétablie imprescriptibiement dans ses droits, lorsqu'elle a semblé remise eu question.
LXXIII. Inscription de Bersabée. — En 1906 fut découverte une inscription publiée depuis 1903 et qui devait témoigner de l'existence d'une église dédiée à saint Etienne dans la vallée dite de Josaphat ou du Cédron. Un fragment de marbre découvert à Brrsabée, en 1903 ', et le fragment complémentaire découvert avant le mois d'avril 1904 ^ et transporté dès lors à Jérusalem ont donné lieu à cette méprise ': Les deux inscriptions sont gravées sur marbre. La hauteur des caractères de l'inscription relevée à Bersabée est de 0 m. 035; il faudrait des raisons bien graves pour nier que les deux fragments appartinrent à une inscription unique. Lors des terrassements entrepris à Bersabée pour créer la nouvelle ville, on
> Archives de l'Orient latin, 1884, t. ii, Docum., p. 392. — " Ibid., t. m, Docum., 1890. — » Jean Poloner, en 1422, dans Descripliones, édit. 'l'ol)k'r, p. 226 : Tertia erat porta Ejraim in superiori parle contra (ifiuilonem...Dieitur nunc porta Ste/ani, quia fuit extraeam la/iidatus. En 1584, Adriclionius, ^rlit. Colon. .Vgripp., 1588, p. 107, 108 : Porta Jîphraim quiv niinc a quibusdant sancti Stepliani appellatnr, contra septen- Irionem sita. Cependant l'opinion contraire domine : Porta vallis... nunc vero a protomartiirc qui pcr cam extra ciuitalem eductits est, el non longe ab eadeni lapidatns S. Steph(uii porta nominatiir. I] n'y a pas grandi* utilité à retirer de Niin/io dcl Vccchi.). Ihioijo delmartirio di S.Stejuniie lusuerhiese in Ccriisalvmmc, Padova. 19()'.i. - ' Revue biblique, 191).'!, t. x n, p. 428; Vincent, .1 propos d'une inscription relative à saint fiticnne, dans même revue,19ll7. nouv. s^r., t. rv, p. 270-277; cf. p. 47 1-47Ô; Encore l'inserii>lion de saint JCtienne à Oellisf- /««ni,dans mcnicrcvuc, p. 007-01 1 ;cr. Analecta bollandiana, 1008, t..xxvn,p. .360. — '«fiiiH/)iWi./»f, 1901. t. xni.p. 200; voir l'inscription entière dans la lievue de l'Orient chrétien, 1SI07, II" série, t. il, p. 417. — • C. Spyridonidis, ÏVrcCViiirr/i o/ St. Stephen, dans Palestine exploration jund. Quarterl]) stalemenl. a\r\\ 1907, p. 1:57-139; cf. .Néa l.:t,n, 10O6, t. iv, p. 247-249; J'. I.ouvaris, ' \\ii:-;Çi3l^x: il. -'j-j T'iitO'j t'j-j Map:'vpio"j toj TipioToiJxpT'jpo; 7t-.ii àpy.Staxovo'j i^TSjivoj,
écoula les inscriptions sorties du sol soit à Gaza, soit à Jérusalem ". C'est ainsi qu'un marbre du vi" siècle fit le voj'age du chef-Ueu et, avant d'aller reposer au siège du patriarcat, voulut visiter la vallée de Josaphat, s'y arrêta non loin de l'endroit où la tradition grecque place depuis le xii= siècle la lapidation de saint Etienne, s'y fit rencontrer, déchiffrer, et permit de lire le verset du psaume cxvii : « C'est la porte du Seigneur, les justes y entreront. Saint Etienne, priez... » On emporta la pierre voyageuse, qu'on mit désormais eu lieu sûr, non sans avoir pris soin de remarquer que « l'inscription paraît être une preuve sufTîsante que ceci est l'emplacement exact de l'église primitive de Saint- Étienne ; » ce qui serait en effet évident, si on avait retrouvé les ruines d'une église à l'endroit où gisait l'inscription; ce c[ui reste douteux si la pierre n'a été trouvée en ce lieu qu'après y avoir été apportée récemment. Comme ce dernier point est hors de doute, il n'y a pas lieu de s'attarder à une discussion sans objet '.
LXXIV. Discussion. — La pseudo-découverte donna occasion d'examiner à nouveau les documents positifs sur lesquels se fonde la tradition officielle ". Un peu hâtivement et sur l'indice fourni par la description équivoque, on entreprit de démontrer l'existence de l'église du Cédron élevée sur le lieu même de la lapidation. Les témoins commençaient à se grouper en sa faveur, on fit comparaître le Commenwralnrium de casis Dci, rédigé en 808 et qui disait : In valle Josaphal... in sancto Leonlio, presbiter I, in sancto Jacobo I, in sancto Quaranta III, in sancto Chrislophoru I, in sancta Aquilina I, in sancto Qiiiriaco I, in sancto Slcphano III, in sanclo Domelio I ". « C'est donc un petit sanctuaire au milieu de beaucoup d'autres, relativement important puisqu'il a trois prêtres '-, » Deux autres textes ont été apportés. Dans les Ph'ropliories '^ de Jean de Maïouma, on lit l'anecdote suivante : « Le bienheureux Etienne, prêtre, qui avait été archidiacre à Jérusalem, orthodoxe zélé, avait une sainte sœur qui, durant les jours bénis du carême, sortait tous les samedis et allait veiller à l'église de Sainl- Étienne et de Saint- Jean-Baptiste. Elle arriva à un tel degré de perfection et de pureté qu'elle vit face à face saint Etienne et saint Jean, ils venaient près d'elle, lui parlaient et la bénissaienl. .\près le concile de Chalcédoine, elle se demanda si elle devait encore, selon son habitude, se rendre à l'église (aux martijria) et prier avec les oppresseurs et surtout avec le renégat Juvénal qui dirigeait alors l'Église (de .Jérusalem). » Ainsi donc, avant l'année 151. il existait une église pUicée sous le double vocable de Saint-Étienne et
— ' C'est ainsi qu'on put croire un instant que l'ère d'Éleuthéropolis avait été employée A Jérusalem. Cf. lievue biblique. 1902, p. 437 sq.; 1903, p. 274 sq. — ' C. Spyridonidis, /oc. ci7. — ' S. Vaillié, Les églises Sainltitienne à Jérusalem, dans Revue de l'Orient chrétien, 1907, II" série, t. ii, p. 71-72, a eu le pressentiment de l'imposture que J. LaRrangc, Le sanctuaire de la lapidation de saiid /î/icniie à Jérusalem, dans même revue. 1907, II" série, t. il, p. 410-418, montre sans détours. « De la trouvaille il ne resta qu'im souvenir inquiétant pour ses deux auteurs nsponsables. » P. Pcclcrs, op. cit., t. xxvii, p. 360. — '" Je ne rentre pas ici dans toute celle discussion qui s'est passée entre les deux critiques nwnlionnés dans la note précédente et qui me semble superlluc à la suite de la démonstration contenue dans les pages qui précédent ; un résumé sulTirn. — " Tobler, Itinera el descripliones 'J'crrir Sanctir, I. I, p. 302. — ".I. LaRraniic, dans licvuc biblique, 1894, p. 458; liev. de l'Or, chrél., 1908, p. 7. Notons qu'il n'csl pas question de saint Jean-l!nptisle dans rénumération. — • "P. Nau, Les Plérophories de Jean, évoque de Maiounui, in-8°, Paris, 1899, c. Lxxix. p. 73; cet écrit contient une histoire antérieure au concile de (Jinlcédoinc, 11 fut écril sous le patriarcat de Sévère d'.Xnticiche (.Î12-51S) vers 515; cl. Hevue de l'Urienl clirélirn, 1898, p. 381.
K TIEN N K : M A U 'l' Y [{ l'. I-: l' S i: I' T I , T l R !•; I ) I'. S AIN'
Saint-Jean-Baptisle ' — en réalité, ce sont deux églises distinctes ' — qui se retrouveraient dans une anecdote ' relative au patriarche Amo:;, mort sur le siège de Jérusalem en 599 ou 000 ', fondateur d'une église à Sainl-Jean-Haptiste : ' àp5j£Tat ZTi^etv vaov Toû àyio'j 'Itoâvvo'j toO rrpoSpoao'j ë^co t?,!; ttôXeojç, xaTÉvavTi TOÛ vaoû toû àyîo'j i^TSçâvou y-aTà àvaTo- >.â;. « Donc, en se tenant littéralement au texte grec : « Amos commence à construire l'église Saint- . Jean-Baptiste, hors de la ville, en face de l'église <• Saint-Étienne, à l'est », le texte est clair, sauf peutêtre les derniers mots : xaTà àvaToXàç. A l'orient de quoi? De la ville ou de l'église de Saint-Étienne"? Pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas la discussion au sujet de Saint-Étienne, le sens obvie de ces deux mots paraît être : à l'est de la ville, et désigner par conséquent la vallée de Josaphat. I,e narrateur monastique semble même avoir voulu distinguer les deux églises Saint-Élienne tout comme le Commemoralorium de. cusis Dei. Les termes : hors de la ville, en face de l'église Snint-Élienne auraient sufTi partout ailleurs pour localiser l'église Saint- Jean-Baptiste, mais comme il y avait deux églises Saint-Étienne, l'une au nord, l'autre à l'est ('?), et toutes les deux hors de Jérusalem, le narrateur a dû ajouter : à l'est, pour bien montrer de quel Saint-Étienne il voulait parler. C'est du moins ainsi, écrivait S. Vailhé, que je comprends ce texte, tout en reconnaissant qu'on pourrait traduire à la rigueur : l'église Saint- Jean- Baptiste, qui se trouve hors de la ville, en face et à l'est de Saint-Élienne «. • « Et en etïet, si l'auteur avait voulu désigner Saint-Étienne de l'est, par opposition à Saint-Étienne du nord, il eut dû écrire : tûû y.a.zi àvaToXàç et s'il eût voulu dire à l'est de la ville, il eût dû mettre les mots zaTà ivy.-o'kiç après ttôXscoç '. »
Mais si, dès 451, il existait deux églises voisines dédiées à saint Etienne et à saint Jean-Baptiste, commenî le patriarche Amos peut-il, vers l'an 600, songer à bâtir une église à saint Jean-Baptiste près de celle de saint Etienne'? Est-ce, comme on l'a proposé, une reconstruction *'? Peu importe: elle a. en tout cas, été bien peu durable, puisque le texte cité du Commemoralorium, si explicite pourtant, n'en dit absolument rien.
Toujours est-il que ces textes, pas plus que l'inscription errante, ne font allusion à la lapidation.
A supposer qu'il y ait eu avant 451 une église dédiée à saint Etienne dans la vallée du Cédron, a-t-on le moindre indice qu'elle ait été bâtie par Juvénal, comme le veut le texte de pseudo-Basile de Séleucie '? mais voici que « toutes les rédactions grecques mentionnent un nndtijriuin bâti par le sénateur .\lexandre, dans lequel on mit les reliques de saint Etienne ". >■ Quoique d'origine très suspecte, ces rédactions grec- <iues valent bien 'le passag'.- du Geronticon relatif au patriarche Amos. Du moins, ce sont des textes qui peuvent remémorer quelques vagues souvenirs relatifs à cet .\lexandre. Si c'est .\lexandre, du temps du patriarche Jçan, cl non Juvénal, qui a bâti cette prétendue église, on ne peut lui appliquer le texte du pseudo-Basile, qui parle de Juvénal. L'existence de l'église de l'est avant 451 repose donc sur la combinaison du texte, d'interprétalion douteuse, relatif à
' lieuiie (le l'Orient clirélicn,\0()G. p. 211 : cette traduction lautivelut adoptée par S. Vailhé. dans Éclms d'Orient, 1905, p. S4; F. Xaii, diuis Rcmw île l'Orient eltrétien. 1006, p. 211, note 4, remarque qu'on peut cependant traduire par le pluriel et il reclitie sa traduction : ... se rendre ù l'église, par se rendre aux marlyriii ; si saint Etienne dès lors apparait seul à cette dame, c'est qu'elle était dans son martyrium, non dans celui de saint .lean-Haptistc. — • .1. {.agrange, dans \alieuue de l'Orient chrétien. 1908, p. 7. — ' F. Nau et I,. l'-lugnet. Vies et récits d'anacliorétes, I y- VU' siècles, &ùt\s la Revue de t' Orient
Amos, avec le texte des PUrophories qu'il contredit, du moins en apparence, et rien n'indique que cette église ait été bûtic par Juvénal.
» Nous pourrions partir de la date assignée (432-439) à cette problématique église du Cédron, et montrer qu'elle implique un véritable non-sens ". Mais la légende qui l'a fournie n'aurait-elle pas été brodée maladroitement, à propos d'un sanctuaire en réalité plus ancien"? Impossible, à moins de supprimer le témoignage capital auquel nous nous sommes arrêtés au début]. Ce témoignage est le récit de l'invention des reUques de saint Etienne écrit en latin par .-Vvitus de Braga, presque sous la dictée du prêtre Lucien de Kaphar-Gamià, l'auteur même de cette " invention ». Peu importe ici qu'il existe de ce document deu.x recensions assez dissemblables. Ces deux textes, dont l'un ou l'autre remonte à l'année 415, disent pareillement que le corps qu'on présuma être celui de saint Etienne fut, aussitôt après son exhumation, transféré i;i sanclam ecclesiam Sion, ubi cl archidiaconus fiierat nrdinalus ^-. L'intention parfaitement Iranspare'nte de ces mots est de faire remarquer qu'on s'avisa de chercher une église qui eiit un titre historique à posséder ce dépôt. Il semble de plus qu'on fut en peine de la trouver et qu'il fallut sur le moment évoquer la mémoiie de saint Etienne dans un sanctuaire étranger, au prix d'une réminiscence assez artificielle. La suite des événements confirme d'ailleurs à l'évidence que l'église du mont Sion fut choisie à défaut d'autre et provisoirement. Supposons maintenant que, dès cette époque, la vallée de Josaphat ait passé pour l'endroit où fut lapidé le premier martyr : qu'à cette place même une chapelle lui ait été dédiée, peu de temps après la découverte de ses reliques; que son corps y fut transféré du mont Sion, où il séjournait depuis plusieurs années ; que faudrait-il encore ajouter pour persuader à tout le monde que cette chapelle du Cédron fut construite exprès, à l'efïet d'abriter le tombeau de saint Etienne?
« Mais ce marlyrium doublement approprié à sa destination eût à peine été achevé qu'Eudocie l'aurait dépossédé de son trésor au profit d'un emplacement quelconque, jusque-là sans relation aucune avec le culte et le souvenir du saint '""? >' Pour achever de rendre cette histoire inextricable, on fait dire au pseudo- Basile de Séleucie que l'église du Cédron était digne de la mémoire d'un tel martyr, de ses travaux et de ses luttes et qu'elle avait été construite « selon la propre volonté d'Etienne », pour lui servir de sépulture.
LXXV. Conclusion. — « Cependant, e.\iste-t-il au moins un témoignage positif tendant à prouver que les reliques de saint Etienne furent après coup, et comme à dessein, distraites du sanctuaire commémoratif de sa lapidation"? .\ucun. Nous donnons acte du fait que la plupart des documents qui mentionnent la basiUque d'Eudotie ne font pas allusion au lieu du martyre de saint Etienne. En retour, il doit être constaté que, avant le ix' siècle, pas un auteur ne mentionne explicitement le marlyrium du Cédron. De plus, plusieurs auteurs, qui désignent sûrement l'église du nord, l'appellent tout uniment « l'église Saint-Élienne ■, sans autre qualificalif. Cette absence totale d'épithète onomastique ou topographique
chrétien, li)03, t.viii,p. O."}. — * I^e Quien, Oriens christianns, t. III, col. 216 sq. — ' Celle fondation était faite pour ex[!ii'r une plaisanterie déplacée. Le patriarche avait tait liabiller un porc en muinc. — * S. Vaillié. dans les l'îchos d'Orient. 1 i)U.j, p. 83. — ■ J. Lagrange, dans la lieunc de l'Orient chrétien, 1 DUS, p. 7. — * F. Nau. dans la Henné de l'Orient clirélien. l'JOIi, p. 212. — " /■*. 0., t. Lx.xxv, col. 461). — '" h". Nau, op. cit., p. 212 ; cf. p. 20H. — "P. Peclers, dans Analecta bollaiidiana, 1908, t. XXVII, p. .IGl. — '= S. .Augustin. Opéra, édit. Maurinor., t. vii, appcnd., col. 9. — " P. Peelers.op. ci(.,p. 361.
671 ETIENNE (MARTYRE ET SEPULTURE DE SAINT
ETIMASIE 672
prouve que le vocable ne donnait prise à aucune équivoque. Loin de se prêter à une interprétation arbitraire, le vague des documents est plutôt une raison de les comprendre tous, d'après les seules données certaines. H. Leclercq.
ETIMASIE. L'iconographie oITre fréquemment en Orient et en Italie une représentation symbolique qui a cessé depuis si longtemps d'être en usage dans l'Église occidentale, qu'on ne l'y connaît que sous son nom grec : étimasie. Nous la voyons peinte et sculptée sur des ivoires et des manuscrits, des sarcophages et des mosaïques. Cette représentation a pour objet principal de figurer le Jugement dernier : f, ÉTOttiaoCa Toô Opôvo'j, la préparation du trône: et se réduit, avec les variantes inévitables, à un trône surmonté d'une croix '. \oici quelques monuments chrétiens qui nous le font connaître.
A Tusculum, un sarcophage unique de son espèce (fig. 4207). .\u centre d'une sorte de portique droit, se trouve un siège d'honneur couvert de draperies pendantes et portant un coussin. A la place du dossier.
présentée au jugement de Dieu par ses deux saints protecteurs (voir Diclionn., t. i, col. 1509, fig. 356 )''; d'autres prétendus jugements derniers sont tout aussi imaginaires '.
D'une manière toute symbolique on avait représenté le bon pasteur séparant les brebis et les boucs; mais cette scène avait quelque chose de trop idyllique pour le goût littéraire du iv siècle et, à cette date, saint Ephrem d'Édesse s'exerce à décrire un jugement dernier dans le goût qui prévaudra pendant le moyeu âge et à l'épociue de la Renaissance. La terre et la mer rendent leurs morts, que les anges rassemblent; on prépare le trône du juge et la croix du rédempteur paraît ; alors le Christ approche, suivi des milices angéliques, les cieux s'entr'ouvrenl, les livres sur lesquels sont inscrits les actes et les pensées des hommes sont ouverts, les hiérarchies humaines comparaissent. Les justes pénètrent dans le royaume du ciel, tandis que les démons jettent dans le lac de feu les coupables, qui supplient en vain prophètes, apôtres, martyrs, patriarches, justes, d'intercéder en leur faveur. Tous
4207. Sarcophage de Tusiulum. D'après Biillcliiio ili arch. crisl., 1S72. p!
un médaillon enfermant le monogramme du Christ. Ouvrage du v» siècle.
.\ Ravenne. mosaïque de la coupole du baptistère des orthodoxes (lig. 4208). L'art chrétien primitif n'avait pas figuré la scène de la parousie, nouvelle venue du Christ sur la terre pour juger les vivants et les morts. Peut-être cette omission s'explique-t-elle par un léger embarras. Les premiers fidèles se redisaient : « Le Seigneur vient!» et ils ne doutaient guère de son apparition prochaine. -A mesure que tardait le Seigneur, ils recouraient aux Écritures et y trouvaient fies textes appropriés à leur croyance. Mais en vain. Quand il fallut se rendre à l'évidence que le Seigneur ne paraissait pas, on retarda sa venue assez loin pour n'avoir plus à s'en expliquer, on l'ajourna donc au tlébut du scpliénif millénaire, c'est-à-dire au vi" siècle; puis on relarila encore jusqu'à l'an mille. Le jugement dernier n'avait pas élé représenté, parce que le jugement particulier sufTisait aux artistes et à leur clientèle. .\ussi est-ce bien gratuitement qu'on a pensé découvrir un prototype de l'élimiisic dans une scène de la calacombe d'Hermès qui représente une âme
* C Cavedoni, Dichiarazione di tre anticlw staiiroteclte, che si consertntnn, t'una nelta i-titlt'tlnilc di Mntlenti, e Vnltrc due nrlt' abbaziatp di .Vo/iM/ifn/d.dans Mfninric di rcligione, Modcna, lH-17, t. v; P. Durand, l'-Ltiidc iconographique sur ce que les grecs désignent dans la peinture sacrée i>ar le mot KTolMACIA, dans Mémoires de la Société archéologique d' Eure-et-Loir, 1867, t. iv. p. .'iS(l-li:î; le même, tilude sur VEtimasia, symbole du jugement dernier dans V iconographie grecque-chrétienne, in-8", l'uris, I8<>7. — ' .\. Hoiiiltet, i.e
les éléments de celte scène complexe vinrent se grouper, au VU'' siècle et au ix', dans le cadre cosmogonique que leur avait préparé le célèbre manuscrit de Cosmas. Mais l'un d'eux paraît bien plus tôt : c'est le Irône où brille la croix, V étimasie. Dans la coupole du baptistère des ariens à Ravcnne, les apôtres portent vers lui le diadème. .\u baptistère des orthodoxes, il alterne avec un autel portant l'évangile *, dans la zone qui encercle le médaillon central. Dans la zone la plu^ extérieure, un motif est représenté qui apparaît ici pour la première fois dans l'art en Occident. Dans huit compartiments alternés, on voit, entre des colonnes qui portent des architraves d'or, tantôt des autels sur lesquels sont ouverts les livres des évangiles, tantôt des trônes ornés de pierreries sur les(|ucli est posée une croix. Visiblement l'artiste a voulu montrer ici la coupe transversale d'une basilique chrétienne, avec ses trois nefs, où, dans les absides latérales, sont placés aux côtés de l'autel les sièges de l'évêque et de l'empereur, où, au fond de l'abside centrale, entre des chancels de marbre, se dresse le trône symbolique sur lequel Dieu vieiulra s'asseoir au jour du jugement ■.
jugement dernier dans l'art aux douze [iremiers siècles, 18!>-l. p. .S: cf. .1. Itlancliot. dans Itrnuc archcohigiquc. I8S>.') /•. p. 207. — " -J. Wilpcrt. dons Compte rendu du Congrès international des catholiques, Paris. 181)1, .5'' sertion. .Sciences historiciues. p. 67. — • (j. Millet. L'art bi/zantin, dans .\. Micliel. Histoire de l'art dr/iuis les iiremiers tem/is chrétiens. 10(15. t. I. p. lK5-lSli. — ' Cil. I>ichl. Haiicnne. Hl()3. p. :17: dèeonitinu archileetiirak* toute seiiililalile i\ Siiiiil-lteorfies de Sulunlquc (iv* siècle) et ù la l>iisitii|iic de Uetliléeiii.
DiCT. I)'ArCHFOL<)(.IE
Letouzey * Ané, Édit.
MOSAÏQUE DE LA COUPOLE DU BAPTISTÈRE DES ORTHODOXES a Ravenne (V siècle).
ii7:i