ET I M ASIE
ETOLE
%lk
Celte alteriiaiice <lii liùiii- pDitaiit la croix et du trône nortant l'évangile rappelle la parole de saint Paul aux Ephésiens. <|u'il provoque à être 'jT:oST,aà!ji2vo'. Toùç TtoSaç èv £Toi(j.aoia toù sùaYYEXÎou t^ç eîpT,vr;(;, les pieds chaussés pour entreprendre la préparation de l'évangile de paix '. Au concile œcuménique d'Èphèse, l'évangile fut placé sur un siège d'honneur à la présidence de l'assemblée, de même au II" concile de Nicée -. Ce n'est là toutefois qu'un rapprochement suggéré au mosaïste de Ravenne; le sens complet de l'élimasic se trouve dans le trône surmonté de la croix ou du chrisme tel que nous le voyons sur le sarcophage de Tusculum, sur la mosaïque du baptistère des orthodoxes et sur celle de Sainte-Marie in Cosmedin, également ;\ Ravenne, peut-être aussi sur une gemme représentant un siège épiscopal avec le mot IXY0 pour î/Gùç, un chrisme et une couronne. Voir Dictionnaire, t. n, col. 784, n. 15: t. ni, col. 69, fjg. 2416.
Nous ne parlons pas ici du jugement dernier (voir ce mot), mais seulement de l'élimasic, qui en est comme le symbole iconographique.
H. Leclercq.
ÉTIQUETTES. On a trouvé à Castelnaudary une petite lame <le cuivre, portant un nom en relief à l'une de ses extrémités; cette lame s'amincit et se termine par un gros fil de cuivre, formé en nœud coulant -; on y lit ces mots:
L(ucii) \l(a]crii) |ou M(ibii)\ BasfsiJ.
Objet semblable trouvé dans la plaine du Graiifesen(iuc (.^vcyron): ici on lit cette inscription ' :
CIVLV^ qu'il faut lire : l',(aius) Jnl(ius) V....
C'est une étiquette, le nœud coulant permettait de la fixer et le nom était celui du propriétaire.
Nous étudierons les étiquettes de momies, dont (]uelques-unes sont chrétiennes, sous leur nom techni(pie de tablai (voir ce mot).
H. Leclercq.
ÉTOILES. X'oir liicU'inn., 1. i, au mot Astres, col. ;50U5-:i(l.-13.
ÉTOLE. I.'étole est un vêtement liturgique dont la forme actuelle laisse au moins des doutes sur sa forme et sa destination primitives. .Son nom, slohi, ctoXt), indique bien un vêtement, une robe longue, telle que les femmes la portaient dans l'antiquité, mais qu'on raccourcissait en la relevant à la taille au moyen d'une double ceinture, (^omme il est malaisé de retrouver une robe dans ce qui n'a même plus droit au nom d'écharpe, on a pensé résoudre le problème des origines de l'étole en imaginant qu'elle représentait les clavi ou bandes de pourpre qui se seraient détachés du vêtement sur lequel ils étaient teints ou cousus, (^est une inuigination intéressante, mais ce n est qu'une imagiinilion. Pour la défendre, on a la ressource de soutenir que la slola eut un sort identique a celui de la pienula, qui fut adoptée pour le vestiaire liturgique sans changer son nom. La slola aurait été .supprimée après le vn' siècle — l'évêque Maximien de Ravenne et ses clercs in font encore usage — et, en
I Kphcs., VI, 13. — = De Hossi, B»;(. i/i «n/i. cri.vf., 1872, p. 128-129. — ^Tournai, dans Hvvne des Sociétés sau«;i/cs, 1860, IV« série, t. iv, p. 481; H. Mowat, b'ibtite en bronze avec inscription, consenjée au musée de Narbonne, dans Bull, de la .S'oit, nat. des anliq. de l'rance, 1884, t. XLV, p. 103. — * Thèdenal, Instrument en bronze Irouué par l'abbé Cérès, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq.. 1885, t. XLVI, p. 142-143. ' Ammoniiis <rAlexandrit'. In Acta apost. comment., ix, 12, P. G., t. I.XXXV, col. 157G. — ' Trcbcllius Pollio, Claadius, c. XIV, XVII. — ' Vopiscus, Aurelinnus, c. XLViii. — ' Eusêbe, Ilist. ecclcs., 1. VII, c. xxx, P. G., t. xx, col. 713.
DICT. d'ahch. cubét.
disparaissant, les clavi gardèrent le nom du vêtement en perdant le leur propre.
Tout ceci n'est que spécieux. r>c vêtement de Maximien et de ses diacres n'est pas une slola, mais une dalmatique. Pour raccornir une robe au point d'en faire une lanière, il faut ne tenir aucun compte des monuments et des textes, puisqu'on n'en peut citer un seul qui autorise une si étrange transformation. En réalité, la slola n'est pas autre chose que Vorarium des anciens liturgistes.
L'orariiim était un linge qu\ servait à essuyer la bouche, à éponger la sueur ou les larmes ^; nous dirions aujourd'hui tout uniment un mouchoir de poche. Avant le iii'= siècle de notre ère, on n'en trouve guère mention chez les auteurs latins. .\u dire de Trebellius PoUio, l'empereur Galllen (259-268) faisait présent à son futur successeur Claude (268-270) de quatre oraria sarabdena '; au dire de Vopiscus, l'empereur .\urélien (270-275) distribua au peuple des oraria (juibus tilerelur fauorem ', pour le faire applaudir aux jeux du cirque, et Eusèbe nous apprend que Paul de Samosate se faisait applaudir dans son église avec des mouchoirs, ôOôvaiç, ainsi que dans les théâtres '.
Les auteurs ecclésiastiques nous parlent quelquefois de Vorarium. Saint Jérôme, écrivant à Népotien, lui dit : Non absque amiclu lineo incedere... laudabilc est; cdioqui ridiculum est, rrferto marsupio qiiod sudariiim orariumque non habeal gloriari '. Saint Anibroise, dans l'écrit qu'il consacre à la mémoire de son frère Satyre, parle d'une sorte d'orarium qui couvrait la tête de Lazare '". Dans ce même écrit, il raconte que Satyre, se trouvant sur un navire prêt à faire naufrage, plaça la sainte eucharistie dans un orarium et, nouant Vorarium autour de son cou, se lança à l'eau, plein de confiance ". Dans sa lettre relative aux reliques des martyrs Gervais et Protais, le même docteur dit que les reliques étaient enveloppées dans des oraria, qui devenaient eux-mêmes reliques '=. Saint Augustin rapporte qu'on avait bandé avec un orarium l'œil d'un jeune homme: cet œil était sauté hors de l'orbite et il s'y replaça ". Le poète Prudence ''et Grégoire de Tours 'S Grégoire I-'' '° et Isidore de Séville >" parlent tous de Vorarium comme d'un objet profane et non comme une partie du costume liturgique; ce n'est qu'au vin" siècle que ce sens' lui est appliqué.
En (jrient, nous lui trouvons ce sens dans le canon 22^^ du concile de Laodicée. Le mot orarion fut admis par les grecs ; dans le langage ecclésiastique les latins lui préférèrent slola. Le mot grec otoXv) correspondait au latin veslis, vêtement de dessus en général. Comment Vorarium. à son passage d'Orient en Occident, prit-il le nom d'un vêtement ample, la slola, c'est ce qu'on n'a pu encore expliquer d'une maniera tout à fait satisfaisante. Y aurait-il eu ignorance ou plus simplement calembour'? Le mot côpâpiov rappelait le verbe orare et celui-ci évoquait l'idée de prédication. Comme l'ordination conférait le pouvoir de prêcher, que ce pouvoir était même l'expression sensible du ministère conféré, on aurait donné à l'insigne remis un nom qui évoquait plus ou moins l'idée de la fonction. C'est possible, mais c'est compliqué. Voici qui serait plus simple. Là où le mot slola était employé
— 'S. Jérôme, Episl.. lu, ad yepotiunam, n. 9, P. L., t. XXII, col. 535. — '" S. .\nibroise. De crcessu Iratris Satijri, I. II, n. 78, P. L., t.xvi. col. 1337. — ' ' Ibid., 1. I, n. 43, P. L., t. XVI. col. 1304. — "Epist..\\u. De mir. S. Gervasii et Protasii.n. O.P. Z...t. xvi, col. 1022. — " S. .\uguslin. De ciiii(a(» Dei, 1. XXII, c. VIII, n. 7, P. 1... t. XLi, col. 765. — " Prudence, Peristepbanon, 1. I, n. 80, P. L.. t. LX, col. 289. — " Grégoire de 'l'ours. De gloriit ntnrtijruni, c. xciii, P. L., t. Lxxi, col. 787. — " S. Cirégoirc. Epist., 1. VII, cp. xxvii, P./... t. Lxxviii, col. 882. — "S.Isidore, E(!/mol.,c. xii, n. 12, P. L., t. i.xxxiii, col. 882.
ETOLE — ÉTRÉPAGNY
avec un sens moins technique qu'à Rome, on vit apparaître Vorarion et on lui a appliqué un terme un peu vague. Quoi qu'il en soit, dans l'explication de la messe gallicane, il est question d'une stola des diacres qui est peut-être l'orarium. A la fin du vm' siècle, stola se présente avec le sens d'orariiim dans la donation d'Adelgaster d'Asturie.
D'après les canons 22 et 23 du concile de Laodicée, il paraîtrait que les clercs minorés désiraient obtenir l'orarium; cependant le canon du concile de Braga en 563 assure que les diacres y ajoutaient trop d'importance. Dans certaines Églises, dit ce canon, les diacres portent l'orarium sous la tunique et se laissent confondre avec les sous-diacres. Par conséquent, dans l'Église d'Espagne du \i' siècle, la règle était de porter l'orarium sur la tunique, il était un insigne distinctit du diaconat: on pouvait le porter sous la tunique sans qu'on s'en aperçût '.
Le IV"" concile de Tolède, tenu soixante-dix ans plus tard, ajoute un renseignement -. Le canon 28 nous apprend que l'orarium était non seulement l'insigne des diacres, mais quil appartenait au costume liturgique du prêtre et de l'évêque. En oujre, au \Ti'' siècle, l'orarium sjTnbolisait l'ordination et la consécration et on le rendait à celui qui avait été destitué pour des causes justes." Le canon 40<" signale l'abus de certains diacres, qui mettaient deux oraria dorés et enluminés, au lieu de le laisser blanc et uni. Le concile tenu à Braga, en liTô, ordonne au prêtre, dans son canon 4'', de porter l'orarium pendant la messe, de manière à couvrir les épaules et à former une croix sur la poitrine ".
En Gaule, l'Exposilio de la messe gallicane entre dans peu de détails. La stula était portée sur l'aube par les diacres : c'était un ornement de fête dont on n'usait pas en temps de carême. L'orarium des prêtres y porte le nom de pallium. Le canon 6* du concile de Màcon, en 581, défend aux évêques de célébrer la messe sans pallium, mais il ne peut s'agir ici que de l'orarium * : ut episcopus sine palleo missas dicere non prœsumat.
En Afrique, la Vila de saint Fulgence de Ruspe assure que ce saint refusa obstinément de faire usage de l'orarium à l'imitation des autres évêques S mais il s'agit dans ce passage du costume quotidien du saint et, par conséquent, le mot orarium s'entend au sens profane; de même que dans le canon 20'' du concile d'Orléans de 516 ' et dans le chapitre xn"^ de la règle de saint Isidore de Séville ". Le premier de ces deux textes détend aux moines de porter l'orarium dans le monastère, la règle de saint Isidore interdit aux moines l'usage des vêtements de lin : orarium, birrhus et planeta.
A Rome, ce n'est qu'au xm'^ siècle que nous rencontrons l'usage de l'orarium, La mention d'un orarium dans la biographie du pape Agathon (678-681) et dans celle d'Élienne III (768-772) est inexacte et désigne Vomophorion". Quant au pallium limostinum mentionné dans la Vita de Silvestre, c'est simplement la mappula. L'usage romain consistait à porter l'orarium sous la dalmatique, en sorte que les monuments Tigurés n'en ofl'rent pas la représentation. Les Ordines romani mentionnent au vm' siècle l'existence de ionirium, mais il peut être antérieur à cette date. On ne saurait invoquer la mosaïque de Saint-Vital de Havenne en 517, où l'évèquc Ecclesius porte la tunique, l'étolc, la dalmatique et la chasuble; la mosa'iquc paraît avoir été refaite sur ce point. A Cividale (voirjDi'67(onn.,t.in,coL1835 lig. 3000), l'autel de Hat-
' Hardouln, Conci'J. coll., t. m, col. ,351. — ' Ilardoiiin, op. cil., t. m, col. 586-588; canons 28 et 40. — ■ IHarduuin, o/). cil., t. m, col. 10.14. — 'Conc.œuimeruuiiigicl.i.i.p. 1.17,
chis (744-749) nous fait voir le Christ portant une étole.
Ainsi donc, en Occident, l'étole fut en usage dès le M« siècle en Gaule et en Espagne; ailleurs, à partir du \-in'- siècle.
En Orient, l'ùpâpiov paraît en usage pour les diacres dès le iv* siècle: c'est du moins ce qu'on peut conclure des canons 22'' et 23'^ du concile de Laodicée. C'était dès lors un vêtement liturgique et non une sorte de mouchoir de poche. Isidore de l'éluse (vers 440) appelle l'orarium du nom d'ôÔovr, ou linleum. Les diacres devaient en faire usage pendant le ser\'ice divin. Vers 408, nous rencontrons ce mot ô66vr, dans Sévérien de Gabale et nous l'avons déjà signalé dans Eusèbe, à propos de Paul de Samosate, au dernier quart du iv« siècle.
Il y a eu un insigne en Orient qui fit de bonne heure partie du vêtement liturgique; en Occident, il n'y eut rien d'uniforme à son sujet. On le portait dessus ou dessous la dalmatique. ou en portait deux ou bien on le dissimulait. Ici on l'adoptait, là on l'imposait, ailleurs on le négligeait. D'un hnge qu'on jetait sur les épaules et dont les extrémités retombaient sur la poitrine, à l'instar des camilli et des delicali, on fit un insigne qu'on étira peu à peu. C'est à peu près tout ce qu'on en peut dire, si on se refuse à sortir de ce qui est certain pour se jeter en pleine fantaisie.
H. Leclercq.
ÉTRENNES; Voir K.\lendae.
ÉTRÉPAGNY. Deux cartulaircs de Saint-Denis sont conservés aujourd'hui, le premier, aux Arch. nat.. LL llô6. foL 12 v», et le deuxième, qui paraît n'être que la copie du précédent, à la Bibl. nat., ms. lat. ô41i, p. 10. et nous offrent, dans des transcriptions du xm' et du xiv siècle, le texte d'une charte du roi Dagobert 1", portant donation du village d'Étrépagny, en Vexin, à l'abbaye de Saint-Denis. Celte charte a eu de nombreux éditeurs et elle ne s'en est pas mieux trouvée. Dom Jacques Doublet, l'historien de Saint- Denis, l'a publiée le premier avec des erreurs et des corrections arbitraires; Bréquigny a suivi le deuxième cartulaire et son texte s'en est trouvé amélioré; Pardessus a reproduit la leçon adoptée par Bréquigny: Karl Pertz, entre deux versions, no pouvait manquer de choisir la moins bonne, il est revenu aux leçons fautives de dom Doublet, cl M. Br. Krusch déclara la pièce apocryphe, tout comme avait fait le P. Germon. Enfin Julien Ilavet a appliqué à ce diplôme son admirable critique et il l'a rétabli dans ses droits historiques et dans son texte primitif. C'est sa dissertation que nous allons suivre ou citer.
« Ce diplôme, dit Bréquigny, est mentionné dans les Gcsta Dagobcrli... Il faut donc croire cpiau ix"siècle, où cet ouvrage fut écrit, il se trouvait déjà dans les archives de Saint-Denis; nniis il n'eu faut pas moins le rejeter au nombre des actes faux. En ell'cl, le village d'Étrépagny, qui appartenait au domaine royal sous Dagobert I", continua d'en faire parlie jusqu'au temps de Clotairc III, qui y avait sa résidence, en l'an 5 de son règne, au moment où il accorda aux moines de Corbie une charte d'immunité. Toutefois, dans les actes du concile de Soissons, en 862, il est compté au nombre des possessions de Saint-Denis... D'aulrcs preuves de fausseté, tirées du style, des formules, du nom supposé du lieu où l'acte est censé donné, ont été e.xposées par Germon, chez qui ou peut les voir. •
Nous possédons, en effet, une charte de Clotairc III, du 23 décembre 661, datée d'Étrépagny, Slirpiniacu;
— ' l'i/a l'ulaentii, c. xvni, P. L., t. i.xv, col. l,3fl. — • llardiitiiM, np. cil., t. Il, col. 1011. — ' /'. /... I. i.xxxni, col. 882. — '/.i/'er;)on/i/icalis,cdil.I)iulusnc,l.i,ii.;i.''il, 172.
ETREPAGNY
mais il n'y est pas dit que ce lieu appartint au roi. Les rois mérovingiens n'étaient pas astreints à ne résider que dans leurs propres maisons, ils pouvaient faire choix, pour un séjour plus ou moins long, du domaine d'un grand ou des terres appartenant à un monastère, et à Étrépagny, chez les moines de Saint-Denis, Clotaire III pouvait bien recevoir l'hospitalité de ceux qui tenaient cette terre de la libéralité de son aïeul. L'objection est, on le voit, sans portée. Le P. Germon argue le diplôme d'inauthenticité pour trois raisons : 1° la pièce ne porte pas de date d'année. Mais c'est parce que dom Doublet l'a omise; dans le deuxième cartulaire, cette date est donnée et Bréquigny l'a reproduite. — 2° La souscription royale est annoncée par une formule insolite : après les mots manus nosiree subscriplionibus, qui sont dans toutes les chartes de cette époque, on Ut propria annolalione, adumbrare, qui ne se rencontrent pas ailleurs; ceci est exact, mais celte difficulté peut donner à suspecter la fidélité de la transcription, non l'authenticité de l'acte. — 3" Au lieu de monachi, à propos de moines de Saint-Denis, la charte parle de clercs et de pauvres, tam clerus quam pauperes inibi consistenles; or ces termes clerus et pauperes se retrouvent appliqués à Saint-Denis dans une charte originale de Dagobert I"^' relative à la donation du lieu A'Ilicina en Parisis (Ursines, près de Vélizy)
Cette dernière pièce offre les mêmes formules, les mêmes clauses que le diplôme pour Étrépagny, de sorte qu'on a signalé le parti qu'on pouvait tirer de celui-ci pour combler les lacunes du papyrus original relatif à /Or/no, mais sans paraître songer que cette observation effaçait d'un seul coup les reproches adressés à la donation d'Étrépagny. Celle-ci était condamnée et sa cause paraissait devoir rester sans appel. « Comment expUquer cette persistance des critiques à condamner un acte contre lequel on ne découvre, dans leurs jugements mêmes, aucun grief sérieux? Peut-être, répond J. Havet, par deux petites particularités, deux anomalies, si minces que l'une a été à peine signalée par Bréquigny, que l'autre n'a été mentionnée par personne, mais qui sautent aux y eux tout d'abord et qui ont dû prévenir défavorablement les lecteurs. Elles se trouvent dans les deux formules finales, la souscription et la date : la première de ces formules est ainsi conçue : Vir illuster Dagoberlus rex subscripsi. L'autre se termine, après les indications de jour et d'an, par ce nom de lieu : Sauriciagore. Il est certain que c'est là un nom peu vraisemblable, et l'on n'est pas étonné de voir Bréquigny invoquer contre l'authenticité du diplôme — tout en attribuant par erreur cet argument à Germon — le nom de heu imaginaire qu'il porte : ex conficlo loci nomine, quo dalum diploma flngitur. Mais M. Krusch a trouvé et révélé le mot de l'énigme : re n'est qu'une faute de lecture pour /d., abréviation de féliciter, et, si on élimine cette syllabe mal à propos soudée au nom, il reste une finale en iago, qui rappelle de bien près le suffixe iaco, si fréquent dans la toponymie latine de la Gaule. L'explication est évidente. Pour achever la démonstration, il reste à déterminer le nom réel qui se cache sous Saariciago. On pourrait penser tout simplement à Sauriciaco, nom qui figure dans Grégoire de Tours (Hisl. Franc, ix, 37), et qui doit se traduire par Sorcy, village détruit, près Longueval (Aisne), mais rien n'indique que ce lieu ait jamais été au nombre des résidences royales. Avant de l'ajouter à la liste de ces résidences, et pour juger des erreurs qu'on peut avec vraisemblance attribuer au copiste de notre cartulaire, jetons un coup d'œil sur quelqu'un des actes royaux du même temps qui nous sont parvenus en original. Le plus rapproché, par sa date, de celui qui nous ocupe. est une charte de Clolaire II, datée précisément d'Étrépagny, Stirpi-
niaco, et voici comment sont écrits dans cette charte, les deux mots Sliri>initiC'i frl. :
On s'explique sans peine qu'un copiste peu au fait des mystères de la minuscule mérovingienne ait accommodé un mot écrit de la même façon peut-être et probablement par le même scribe dans la charte de Clotaire II, et l'ait lu Sauriciagore.
La souscription offre une autre difTiculté qui peut se résoudre par le même procédé. On lit vir illusler Dagoberlus rex subscripsi, or on sait que les rois mérovingiens n'ont pas porté le titre de l'ir inlusier (voir Diclionn., t. m, col. 9G6, au mot Cii.\rtes); ils ne l'ont donc pas introduit dans leur signature. Le reste de la signature est au contraire bien conforme aux exemples authentiques des diplômes royaux et en particulier de ceux de Dagobert. Il est possible que nous ayons ici simplement une lecture fautive.
Si on se reporte à l'acte de Clotaire II qui a permis d'éclaircir le nom Sauriciago, on voit dans cet acte que la signature qui précède immédiatement celle du roi est celle du référendaire ; l'rsicinus oplulil et cette signature est tracée ainsi :
« Supposons, comme précédemment, écrit J. Havet, cette souscription placée sous les yeux d'un scribe peu expérimenté ; supposons ce scribe, comme devait l'être un moine de Saint-Denis au xm« siècle, ignorant des lois précises de la diplomatique mérovingienne, mais hanté de la notion traditionnelle qui voulait que tout roi de la première race se fût intitulé vir inlusier. Il reconnaîtra d'abord au commencement la première lettre du premier de ces deux mots. II prendra ensuite, assez facilement, l'r et l's tels qu'ils sont faits pour im (■ et une r. Les deux lettres suivantes, in, sont précisément celles qui commencent le second mot du titre en question. Sans continuer cette analyse, lettre par lettre, il sufTit sans doute de prier le lecteur d'examiner avec quelque attention les six lettres soplul du facsimilé pour lui faire convenir qu'il n'était pas très difficile de les lire lustcr. Ainsi l'acte de donation d'Étrépagny, comme la charte de Clotaire II. avait été dressé par le référendaire Ursinus ; comme cette charte, il portait sa signature autographe, composée exactement des mêmes traits; et ce sont ces traits que le copiste du cartulaire. paléographe plus consciencieux qu'habile, a lus vir inlusier et transcrits eu rajeunis-
j sant systématiquement l'orthographe, vir illuster.
\ « Il résulte de là que l'original sur lequel a été copiée
ETREPAGNY
la donation d'Étrépagny était bien du temps de Dagobert, car il faut que les formules de date et de souscription y aient été écrites par les mêmes mains que dans l'acte de Clotaire II; en effet, les mots Stirpiniaco lei, ne se seraient pas présentés de manière à prêter à la confusion qui les a fait lire Sauriciagore. Si les mots Ursinus op/u/, n'avaient pas été, comme dans l'acte de Clotaire II, écrits de la main d'Ursinus lui-même, ils n'auraient pas offert exactement l'aspect qu'ils ont dans cet acte, et qui, seul, explique la fausse lecture vir illuster. L'authenticité de la charte ne doit donc plus être mise en doute. >
J. Havet a pu rétablir quelques autres passages altérés par le copiste du cartulaire. grâce au diplôme d' Iticina; ce sont, à la seconde phrase, (tepo/i sumiis au lieu de devotissimus; à l'a vant-derniérc clause, commoda yi'ranlur au lieu de quod agerenlur. Il est plus difTicile, fait-il observer, de rectifier l'endroit où le roi annonce sa signature autographe, parce que cette clause est à la fois mutilée dans l'original d' liicina et corrompue dans la copie du texte relatif à Étrépagny. La formule courante est : manus nostrœ sabscriptionibus subter cam decrevimtis roborare, ou adftrmare. Au lieu de ces mots, on Ut dans le cartulaire : manus noslras siibscriptionibus inferam ul diximus propria annotalione istadiicibias adiimbrare. Il faut restituer évidemment in/ra eam au d'in/eram et probablement adftrmare. au lieu d'adambrare. Sous les syllabes istaducibius se cache peut-être une forme barbare istuduemus : en effet, le mot studuimus a été employé, à la place de decrevimus, à la fm d'une formule de Marculfe ' et de deux chartes royales de l'époque mérovingienne -; et comme l'auteur de notre charte a écrit Islirpiniacum pour Slirpiniacam, il n'y a rien de téméraire à lui imputer l'addition d'un i parasite devant studuimus. Quant aux termes insolites 11/ diximus et propria annolatione, j'avoue que je ne trouve rien à proposer pour les remplacer. »
On lit dans les Gesta Daiiobcrli, 2'2, une mention du diplôme d'Étrépagny : u( aulem eosdem martyres sibi plenius conciliaret, Slirpiniocum villam sitam in pago Wilcasino prœsentaliter per ftrmitalis suœ prœceptum eorum basilicae tradidil. Il est certain que l'auteur des Gesta, qui a fait tout son travail sur les pièces des archives de Saint-Denis, a eu le diplôme tous les yeux et, voulant en faire mention, il a choisi le paragraphe de son ouvrage dans lequel il raconte les événements de la septième année du règne de Dagobert. Comme l'acte est daté, dans le cartulaire, sub die kal. octobris anno (, regni, c'est-à-dire le 1*"' octobre de l'année 6 de Dagobert ou 628, il est clair que nous avons une indication erronée puisqu'en 628, du vivant de Clotaire 11, Dagobert, roi d^Austrasie, n'avait pas a disposer du domaine d'Étrépagny situé en Xeustrie. Il faut donc lire ; sub die kal. oclobris anno ^ [1] regni, soit le l"^' octobre de la 7"-' année du règne, ou 629, un dimanche; les actes royaux datés du dimanche sont assez nombreux pendant la période mérovingienne.
« On savait que Clotaire II avait vécu au moins jusqu'au 1" septembre 629, jour où commença la ■16' année de son règne; on présumait qu'il avait dil dépasser de très peu cette date. On ])eut maintenant l'affirmer. Dagobert, en ctTet, n'aurait pas disposé du vivant de son père d'un des domaines de celui-ci : au 1" octobre 629, Clotaire II était donc mort. Comme, d'autre part, la nouvelle de sa mort était encore inconnue, dans une petite localité de liourgogne, le 18 du même mois d'octobre, il faut croire ()u'il
* E. de J\ozii;rc, Formules ,1.11, p. 737,n.575;ZciiintT, Furmulœ, p. 13. — ' K. Pcrtï, Uiphmala. p. 18, n . 15 ; p. 88, n. 97. ' — virillusler, ms. 1166. — 'luinomcn est, ms. 11 06. — ' Sur cet abl)é,voirFrédcgiiire, iv,7!);iiriit|)ri)l)iàlilenient Icseioiul
mourut dans la seconde moitié de septembre 629. •
Voici maintenant le texte de la donation du village d'Étrépagny-en-Vexin à l'abbaye de Saint-Denis par Dagobert I'", datée d'Étrépagnv, dimanche 1" octobre 629.
Original perdu. — Copies : .\rch. nat., cartul. de Saint-Denis, LL 1156, xnF siècle, fol. 12 v° (A), et le LL 0415, xiV siècle, p. 10 et 11, copié sur le précédent. — Éditeurs : J. Doublet, Histoire de l'abbaye de Saint-Denys en France, in-J". Paris, 1625, p. 674; Diplomata, chartse, epistolœ. et alia documenta, ad rcs Francicas spectantia, edidd. L. G. O. Feudrix de Bréquigny, F. J. G. La Porte du Theil, in-fol., PiU'isiis, 1791, t. I, pars. I, p. 175, n. 103; Diplomata. charta-, epistolae, leges aliaque instrumenta ad res Gallo-Francicas spectantia, pTius collecta a VV. CC. de Bréquigny et La Porte du Theil, edidit J. M. Pardessus, in-fol., Lutetiie Parisiorum, 1843-1849, t. n, p. 53, n. 285; Monumetita Germaniie historica. Diplomatum imperii, t. i, edid. K. Pertz, in-fol., Hannovene, 1872, p. 139, n. 22; J. Havet, La donation d'Étrépagny, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1890, t. Li, p. 213-237; et 6' fascicule des Questions mérovingiennes. — Commentateurs : outre les éditeurs cnumérés : Germon, De veteribus regum Francorum diplomalibus, etc., diseeptatio II (1706). p. 114; Br. Krusch, dans Forschungen :ur deuischen Geschiclite, 1886, t. XXVI. p. 169; Fredegarii et aliurum chronica, p. 408, notes 3 et 4.
Dagubertus rex Francorum i'ir\is\ i[n]lusllribus] ' omnibus agentibus presentibus et futuris.
Optabilem esse oportet de transiloria promerere eterna vel de caduca substantia erogandum lucrare gaudia sempiterna. Igitur nos, rem ipsam considercuites prout in elernum vel in cdiquantulum mereamur justorum esse consortes, villam e[og]nomcn[anle] * Islirpiniacum sitam in pago Vilcasino, eam cum omni integritatc vel meritum a basilicam domni Dyonisii martyris pceuliaris patroni nostri, ubi ipse preciosus domnus in eorpore requiescit et venerabilis vir .\igullus ahbas custos preessc videlur^, [eoYquod ibidcmdevol[i su]mus^ per tempora bona propitiante Domino impertire, /iresciitaliter plena devotione visi fuimus conccssissc, juhentes ctenim ut villa antedicta. cum omni integritatc et solidiliUe, hoc est domibus, ediftciis, prcsidiis, mancipiis, colonis, inquitinis, accolabus, libertis, servis tam ibidem oriundis qu(un et idiundis translatis, rustieis cl ur bonis, saltis atque subjunctis. terris eullis et incultis, vineis, silvis, pratis, pascuis, aquis uquarunu'C dccursibus, pecoribus. peculiis, mobile et immobile, omneque genus pecudum et universum mérita, adpendiciis, adjacentiis tam intra terminas quum et extra terminas, omnemquc rem adexquisitas, quicquid dici aut nominare potest, vel qu«d ad ftsco itostro présente mine tempore in Dei nomine possidctur, ex indulgcntia nostra sint ad ijisimx snnctam busilie((m conecssu. Specialius ordinamus ut in imslmodum ad ipsum sanctum locum vel clerum aut pauperes inibi consistentibus pro regni stabilitate vel remedium anime nostrc, absque ullius in postmudum rcfragationc c[vi]s' tcmpuribus delectet proftcere, quo fiai ut, dum nos ad clerum vel pauperes ad ipsum sanctum imum consistentibus substantia vel in aliquinitibus depulamus, pro interccssione antedicti domni Dyonisii martyris apud Dominum in juturo merccdem \comm\oda ge[nc\renlur'>. FA ul hec concessio auctoritatis noslre tam iiresentium qu<un succcdentium tempora invi(dabilem eapial ftrmitidem, manus noslre subscri]itioi\ibus inl[ra e\ani '" ntdi-
abbé de Saint-Denis et succéda à DodciM entre le 120 avril 627 et le l" octobre 620. — • ji/c», 111». IISO. — ' iteio/i.vsimi;,v, ms. IliO. — 'ciiis, ms. 1150; wriis, Inngwvus. n'/crniis. Pu Canine. — 'quoil iigcrrnUir, ins. lIJU. — ■ " iii/cndii, ms. llic.
ETREPAGNY — EUCHAHISTIK
ximiispriipriii annolalinnc isl[ii]flii[rm\iis (i(l\/inii]iirc'.
i'{rs]i\niis op]l\uUl] -.
IJagobiTliis rcx subxcripsi.
r)(il\um]-' snb die kiil. octohris annn q |/|' refini \noslri\- S\lirp\i[nitic\ii \l\e.\licile.r\'\
H. Leci.ercq.
ETSCHMIADZIN. \'o\r Caucase et Évanoi^:-