‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 145 sur 331 · I.IAIIII.S · texte numérisé non relu

I.IAIIII.S

1 . EUCHARISTIE. L'importance du rôle del'eui-li;irislie dans la vif spirituelle du chrétien suffirait à faire comprendre les discussions infinies soulevées à propos de ce même rôle dans l'histoire de l'alTermissement et du développement de la foi en Jésus dans l'Église primitive. Après avoir soumis les textes aux tiraillements et aux interprétations, après y avoir découvert ce qui ne s'y trouve pas, on éprouve une satisfaction véritable à revenir à ces textes eux-mêmes et ;\ leur demander ce qu'ils nous apprennent.

Au cours d'un repas solennel fait en commun avec ses disciples, Jésus soude au rite pascal un rite nouveau qui leur servira de mémorial de sa passion imminente et de sa mort prochaine. « Faites ceci, leur dit-il, en mémoire de moi»; et ils n'y manqueront pas, puisque nous les voyons célébrer ce rite nouvellement institué dans les maisons privées où ils tiennent leurs premières assemblées. Très naïfs, apôtres, disciples et fidèles n'ont pas seulement soupçonné les boisseaux de mystères philologiques, linguistiques, critiques, cxégétiques que le Maître jetait en pâture à leur incuriosité. On les eût bien étonnés et encore plus ennuyés si on leur eût dit tout ce que, depuis un demi-siècle, on leur prête de subtilités et de raffinements à propos de ce repas eucharistique. Ils pensaient tout uniment recevoir le corps et le sang de Jésus, ne possédant pas les loisirs nécessaires aux divagations que chaque année voit naître et périr. Cette foi robuste, point contentieuse ni ergoteuse, est celle qui se retrouve dans les écrits de l'apôtre Paul. Grâce à lui. nous savons comment se comportent les premières assemblées chrétiennes à l'occasion du repas eucharistique. Des abus tendent â s'introduire, notamment à Corinthe; pour y porter remède, il ne compose pas des règlements, il renouvelle le récit du repas typique — celui de Jésus — qu'il suffira de reproduire, et tout ira bien. Remarquons que les Corinthiens, qui en prenaient fort à leur aise avec l'institution eucharistique, ne se posaient aucune des questions saugrenues que l'érudite exégèse teutonne imagine à leur intention. » Lorsque vous vous réunissez au même lieu, ce n'est plus le repas du Seigneur que vous mangez, car chacun, en se mettant à table, prend à part son propre repas et l'un a faim tandis que l'autre est ivre. » Le désordre est fâcheux, mais il est réparable : « Ainsi, mes frères, lorsque vous vous assemblez pour le repas, attendezvous les uns les autres. Si quelqu'un a faim qu'il mange dans sa maison » au préalable. Manifestement, les fidèles de Corinthe étaient répréhensibles, mais comme peuvent l'être ceux qui manquent à la sobriété: quant à discuter l'institution dans son essence, ils n'y songeaient guère et saint Paul ne le suppose pas, car il ne les eût certes i)as épargnés. Pour les chrétiens de ce temps, l'eucharistie est un repas religieux, un rite chrétien, un acte dont l'accomplissement impose à celui qui s'y livre la pureté de conscience.

Les fidèles de Corinthe n'avaient pas su se garder comme leurs frères de Jérusalem, qui, nous dit-on, " persévéraient dans la doctrine des apôtres et dans l'union, et dans la fraction du pain. et dans les prières...

' istadticibius adiimbrare, nis. IJôG. — ' itir illiister, ms. 1150. — ' data, nis. llaS. — « <;, ms. 7/56. — * nostriy manque dans 1106. — ' sauriciagore, ms. iJôO.

(Chaque jour ils étaient assidus à aller en union d'esprit dans le temple: ils rompaient le pain de maison en maison et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu. » Ceux-ci n'obtiennent que des éloges; manifestement, c'est qu'ils en sont dignes, et ce n'est pas certes pour épilogue sur le rite qu'ils accomplissent, puisqu'ils s'en acquittent avec " simplicité de cœur », ce qui comporte au moins la soumission la plus complète de l'esprit.

Chez les chrétiens des temps primitifs, bien des révoltes se font jour, des hérésies menacent parfois de tout bouleverser; la pétulance des gnostiques inflige au dogme chrétien des secousses dont il sera longtemps à se remettre, jusqu'au jour où ij reprendra en toute sérénité son majestueux développement; cependant la doctrine eucharistique demeure indemne. 11 suffît de rappeler, il n'y a pas lieu de transcrire les répugnantes falsifications imaginées par quelques sectes plus erotiques que théologiques ; en réalité, à part un détail concernant la matière du sacrifice — les aquariens — l'eucharistie n'a fait l'objet d'aucune attaque. Les Pères et les docteurs de l'Église enseignent sans contradiction que l'eucharistie est véritablement le corps même du Christ, qu'il a pris de la vierge Marie. L'n évêque d'Asie nommé Abercius, un fidèle d'Autun nommé Pectorius font allusion à l'eucharistie sous sa forme pratique, qui est la communion. Ce ne sont pas des raisonneurs qui énoncent des arguments, mais des témoins qui rendent compte de la croyance commune. L'auteur de la Didaché se plaçait déjà à ce point de vue, il n'argumente pas, il constate et nous conserve deux formules de consécration, celle du calice et celle du pain, en vue d'un repas qui impose la même exigence que du temps de saint Paul : « Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, à l'exception de ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur, car c'est de cela que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens. >- \'oici l'idée que s'en font ceux qui mettent ce petit catéchisme entre les mains des fidèles et aussi la preuve qu'ils n'ont pas à aborder la discussion d'une idée différente, laquelle n'existe même pas parmi les chrétiens. C'est « une nourriture spirituelle,une boisson, et la vie éternelle «.

Saint Ignace d'.\ntioche parle du pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, ' celle qui a souffert pour nos péchés, celle que le Père a ressuscitée i' (Smijrn.. vu, 1). Saint Justin décrit à deux reprises la liturgie eucharistique et, parlant du pain et du vin, il dit : > Nous appelons cet aliment eucharistie. Nul ne peut y participer s'il ne croit à la vérité de nos doctrines, s'il n'a été auparavant purifié et régénéré Dar l'eau du baptême, s'il ne vit selon les préceptes de Jésus-Christ. Car nous ne regardons pas cette nourriture comme un pain et un breuvage ordinaires. Mais de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur s'est fait chair, a véritablement pris chair et sang pour notre salut, de même, d'après l'enseignement que nous avons reçu, cet aliment eucharistie par la parole du Christ est sa chair et son sang, qui nourrit notre chair et notre sang » (ApoL, I, 66).

Saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien, Clément d'Alexandrie, Origène et tous ceux qui les suivront vont proclamer unanimement et diversifier indéfiniment leur témoignage identique. Les textes extraits de leurs ouvrages sont trop facilement abordables pour que nous songions â les transcrire une fois de plus': ce que nous voulons retenir de cette imposante série de témoignages, c'est la preuve d'un enseigne-

— ' G. Bareillc, J.'eucharistie d'après les Pères, dans Vacant et Mangcnot. Dicd'onnairc de théologie catholique,

t. v, col. ii-ji-iis;î.

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