‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 15 sur 331 · ENTRÉE A JERUSALEM · texte numérisé non relu

ENTRÉE A JERUSALEM

burgonde de La Balme (Haute-Savoie), consen'ée au musée de Genève. Elle mesure 0 m. 107 sur 0 m. 07 de hauteur et a été coulée dans un moule et renforcée par quelques coups de burin. La scène représentée est celle de l'entrée de Jésus à Jérusalem. Voir Diclionn.. t. n, col., 1360. fig. 1751. Un personnage, monté sur un âne, bénit des deux doigts quatre hommes s'inclinant devant lui et dont le premier jette à ses pieds une couronne. Au-dessus apparaissent, dans des ouvertures, sept tètes humaines dont les corps se dissimulent derrière une sorte de remparts. Ces onze personnages représentent ou bien les apôtres.

ceinte du nimbe crucigère, vêtu d'une longue robe quadrillée, assis de face sur l'ânesse, qui s'avance lentement vers la droite. Quatre personnages, deux devant l'animal et deux autres par derrière, sont debout et présentent de longues palmes au Sauveur qu'ils acclament. Cet objet peut être attribué au vn' ou au vin« siècle *. Son lieu d'origine est inconnu. M. E. Babelon, se fondant sur un rapprochement avec une pierre gravée du Cabinet des médailles de Paris, de style analogue et portant une inscription syriaque des environs du vn« siècle ', paraît disposé à croire qu'elles sont toutes deux à peu près contem-

40SU. — Évangéllairc de Rossano.

D'après Haselof, Codex purptireus Rossanensis, Berlii

189S. pi. II.

à l'exception de Judas, ou bien la foule accueillant Jésus à son entrée dans la ville. L'encadrement de la scène porte, en bas, deux longs poissons ou peutêtre des serpents enroulés, et sur les autres faces, six animaux fantastiques à tète de taureau et queue de poisson. Un érudit allemand a découvert dans ces figures décoratives le symbole des « païens venant adorer le Christ ' »: c'est une interprétation parfaitement déraisonnable.

Le Cabinet des médailles de La Haye possède une intaille sur cornaline qui représente l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. On voit le Christ, la tète

• Gosse, dans Anzeiger fur schwsizerische Alterlhamskunde, Zurich, 1873, p. 455. — ' E. Babelon, Intaille sur cornaline représentant l'entrée du Christ à Jérusalem, dans Bull, de ta Soc. nat. des antiq. de France. 1896, t. Lvii, p. 19-4-195. — • E. Babelon, La grauure en pierres fines, p. 204, fig. 155. — ' .\ringhi, Roma sublerranea, in-fol., Romae, 1651-1659, 1. 1, p. 277, 295, 329, 331, 621, 62i; t. ri, p. 159, 161. —

poraines et originaires de Syrie, sinon même d'Édesse, en Mésopotamie, où l'art chrétien et la littérature syriaque étaient si florissants au début du moven âge (flg. 4079).

Nous avons déjà fait connaître ce sujet tel qu'il est représenté sur les sarcophages ' et sur quelques diptyques, notamment celui de Milan ', et sur la couverture d'évangéliaire d'Etschmiadzin, (t. ii, flg. 2230); enfin une mosaïque de la basilique de Bethléem " et dans l'évangéliaire de Rossano ' (flg. 4080).

H. Leclercq.

' G. Bugati, Memorie sloriche intorno le reliquie ed il culto di S. Celso mcœlire, iii-4«, .Mihino, 1782. — • M. de Vogué, Les liglises de la Terre Sainte, 10-4», Paris, 1860, pi. v; cette mosaïque est du xn» siècle, mais reproduit vraisemblablement un modèle plus ancien. — ' Voir Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. v, pi. 313, 365; t. vi, pi. 451. 4')S; l.c Hlant, Sarcophages d'Arles, pi. xii, xxvi.

ENTRELACS

ENTRELACS. L'entrelacs forme le motif principal et caractéristique de l'ornementation celtique; on pourrait, presque sans exagération, dire : exclusif. Les enlumineurs et les sculpteurs en ont tiré un parti inépuisable. On est surpris, dérouté, amusé devant ce déploiement de rubans, de lanières qui se déroulent, se croisent, se recroisent, vont, \iennent sans désordre ni emmêlement. Ce motif se diversifie de la manière suivante : entrelacs enchevêtrés comme des lanières ou bien enroulés les uns autour des autres et offrant Taspect de serpents. Ensuite viennent les ornements à base de T; en dernier lieu, les spirales. Grâce à l'expansion du monachisme irlandais en Angleterre, en France, sur les bords du Rhin et jusqu'en Lombardie, le style irlandais et anglo-saxon compta un grand nombre d'ateliers dans lesquels on reproduisit sans lassitude comme Sans innovations le même choix de motifs avec la même perfection '. Longtemps on a fait honneur de ce genre d'ornementation aux moines des îles Britanniques comme d'une création véritable qui,

4081. — Kntrelacs à Sainte- Sabine.

D'après R. de Lastc^Tie, L'archiiecUire religieuse,

p. 207, fig. 194.

au sein de l'universelle décadence des aits en Occident, les établit, du v« siècle à la fin du\Tn« siècle, comme les législateurs, les maîtres et les mainteneurs d'un art concentré tout entier entre leurs mains-. Non seulement ils ne communiquaient avec personne, mais ils ne procédaient de personne, sine gcnealogia. Ni influence franco-germanique, ni influence pré-carolingienne: tout au plus .se résignait-on à quelque lointaine influence égjptienne ou chinoise, mais si vague qu'il valait mieux n'en pas parler, La réalité est très différente.

Après de t longues et impartiales recherches «, E, Miintz ' a scientifiquement démontré « que ce sont les Romains qui ont fait de l'entrelacs l'usage le plus étendu, le plus exclusif et que les pavements en mosaïques sont le domaine dans lequel ce motif de décoration s'est maintenu le plus longtemps et avec la faveur la plus incontestable. Ce n'est pas cependant en Italie que l'entrelacs a pris naissance, mais il a com-

' E. MUnt/., l.a miniature ir/onrfni.ve et anglo-saxonne au /X' siide, dans les Études iconographigues et archéologiques, in-12, Piiris, 1887, p. 135-105; 1". Ktllcr, Bilder und Schriftziige in den irisclien Manuscriplen der schweiurischen Bibliotheticn. dans Mitllwilungen der antiquaristlien Gesellclia/t in Zurich, 1851, t, vni. — ' ,J. O. Westwood, Facsimilés ol Ihe miniatures ami ormuncnU: of anglo-saxon nnd irish manuscripts, in-fol., London, 18GS, p. v. — ' E. Miintz, op. cit., p. l-lfj; cf. Jlrvue archéologique, 1S7G-1S77; Recherches sur l'origine des ornements connus sous le nom d'entrelacs, dans lievue celtique, 1887, t. ni, p, 21.3-2-I5, — ' Strada drir Abundanza, n.8. Maisondu sanplier;ct. Mazols, Kuines de l'ompèi, II' partie, pi. XL. — ' Localités et réK'renccs dans E. Miintz, J.a miniature, p, 150-151 ; cf, J, Clédat, Le monastère de liaoutt, 1902: lUctionn. t. il, i\g,. \2M, 1275. Pour les manuscrits coptes, voir IL Ilyvernat, Album de

mencé à s'y généraliser. Dès le premier siècle de notre ère, nous le rencontrons à Pompéï *, Sa fortune est rapide ; de simple bordure de cadre, il en vient à occuper une place prépondérante et à envahir la mosaïque entière. La diffusion de cet ornement dans les diverses provinces du monde antique est un autre sujet de surprise : on le rencontre de bonne heure à Rome, en Italie, en Gaule, à Cologne, à Trêves, en Espagne et dans la Grande-Bretagne. L'époque chrétienne s'arrange de cette combinaison de lignes, elle qui accorde généralement ses faveurs à toutes les figures géométriques formant remplissage: et l'entrelacs fait bonne figure sur les mosaïques de pavements en Afrique, comme sur les peintures du monastère de Baouït, en Égjpte ^, « L'entrelacs entre pour une part considérable dans la composition de deux des plus anciens pavements chrétiens parvenus jusqu'à nous : celui de la cataconibe de Saint-Hélène, découvert en 1838', et celui du d(3mc de Santa Maria di Capua ": il en forme la note dominante» »; de même sur la mosaïque d'un petit oratoire antérieur à la persécution de Dioclétien, trouvé à Parenzo, en Istrie' (voir fig. 4081, 4082),

L'entrelacs paraît encore dans les pavements de Casale, de Crémone, de Vérone, de Pesaro, de Saint- Jean-l'Évangéliste à Ravenne: de Saint-Laurent-horsles-Murs, à Rome: en Afrique on le retrouve à Orléansville, à Constantine, à Djemila : en Palestine, à Jérusalem; en Phénicie, à Sour. Ce n'est pas tout; les mosaïques n'offrent qu'un aspect du sujet, La sculpture sur pierre, du \T= au ix<: siècle, prodigue l'ornement natté. Je citerai à Rome, au Forum, les fragments provenant de la basilique Julia; dans la basilique de Sainte-Praxède, qui est du ix= siècle, la porte de la chapelle Saint-Zénon; dans l'église San Sebastiano, au Palatin, un fragment conservé dans la cour; un autre fragment exposé dans le chœur de l'église des Santi Quattro Coronati et bien d'autres. L'orfèvrerie, à son tour, a fait usage de l'entrelacs: fibules, boutons, boucles d'oreilles, agrafes, plaques de ceinturon et le reste, où qu'on les découvre, en Normandie, en Germanie, en Hongrie, nous montrent l'entrelacs vivace et exubérant '°. Or, en étudiant l'orfèvrerie barbare, nous aurons l'occasion de sui\Te les étapes des tribus et nous convaincre qu'elles ont apporté leurs types et leurs procédés d'art de régions lointaines de l'Asie antérieure. L'étude de l'émaillerie et principalement de la verroterie cloisonnée nous conduira dans les mêmes régions voisines de la Perse, de l'Assyrie, de la Chaldée et jusque dans ces pays mêmes. C'est là aussi que nous entraîne le motif de l'entrelacs, Auguste Bertrand écrivait : « J'oserai presque dire que ces ornements sont celto-scj'thes. Nous en retrouvons quelques-uns chez les Celtes du Danube et en particulier chez les populations primitives de la Hongrie dès le i\" ou v« siècle avant notre ère, sinon antérieurement. Puis chez les Goths, Burgondes, Wisigoths, avant leur entrée en Gaule, ainsi que chez les Saxons, avant

paléographie copte, pi. 22, 31 , 34, 35, 37, 38, — * L. Perret, Les catacombes de Rome, in-fol,, Paris, 1855, t. u, pi. Lxm, Lxiv; G, Marclii, .A/oniimen(i délie arti crisl., 1841, t. i,

— ' Salazaro, Studi sui monumenti delln Italia méridionale, in-8», Napoli, 1871, p, 46, 48, — • E, Miuitz.op, cit., p. 15.1.

— • U. Leclercq, Manuel d'arch. chrét., 1907, t, il, p, 203- 204, fig, 221, — '" Cochet, Sépultures gauloises, romaines, tronques et normcuides. in-8°, Paris, 1857, p, 181, ,301 ; Le tombeau de C/iiW<'ric /", in-S", Paris, 1859, p, 198-231, 249- 250. 26-1, 287; La Seine-Inférieure, in-»', Paris.l8G4, p, 85, 140, 142, 195, 331, 350-531, 404, 524; I.indcnschmUit, Ilandbuch der deutsrlien Altertlmmskunde, in-S», Uraiinschwcig, 1886, t, l; Hampel, Die Gnldjund non Nagy-Szenl- Miklos, ln-8», Budapest. 1886, p, 79, 172, 179; S, Guycr, Die cliristlichcn Denkmitler des crstcn Jahrlauscnds in der Schmeiz, dans J. Flcker. Studien. Leipzig. 1907, llg. 30-31.

ENTRELACS

leur prise de possession des côtes d'Angleterre '. » C'est exactement les itinéraires que nous marquerons pour les étapes de l'orfèvrerie cloisonnée. E. Miintz a publié un cylindre en hématite d'origine chaldéenne svir

40S2. — Entrelacs à Milan.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 207, fig. 105.

lequel les entrelacs sont nettement caractérisés et qui, à nos yeux, résout la question d'origine ^ .

« L'entrelacs eut dans le milieu britannique une vie prolongée à transformations sans nombre. Beaucoup plus compliqué dès l'origine que sur le continent, il a connu les arrangements les plus divers, issus de l'art de la vannerie ou du tisserand, depuis la simple tresse aux anneaux réguliers jusqu'au nattage fait

furieuses et inextricables mêlées d'êtres informes, oiseaux ou quadrupèdes, aux membres étirés, amincis, passés comme au laminoir, n'ayant pour ainsi dire plus de corps, à plus forte raison de caractères

4084. — Entrelacs à Bordeaux.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 209, flg. 199.

distinctifs de race ou d'espèce, devenus tous semblables à des serpents qui se tordent et se nattent les uns les autres, mordant ce qu'ils rencontrent, flanc, patte ou cou, dans le plus invraisemblable et presque toujours le plus géométrique enchevêtrement. C'est

40s:'>. — Panneau de chancel à Vence.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 208, (Ig.

de plusieurs cordes qui s'entrecroisent et se nouent, en carrés, en cercles, en triangles, en boucles de toute forme et de toute grandeur, souvent même de la plus irrégulière fantaisie. Il n'est pas rare de le voir s'accrocher partout où il y a matière à un prolongement parasite. Parfois il se termine en bec d'oiseau, en tète de monstre. Mais la folie calligraphique du système éclate surtout dans les entrelacs d'animaux. Bien que les files de monstres orientaux s'entredévorant aient probablement servi de premiers modèles, on ne s'en souvient plus guère devant ces

» Cité par Mûntz, op. cit., p. 148. — ' Ibid., p. 147; G. Perret et Ch. Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, in-4», Paris, 1887, t. iv, p. 771 ; cf. Heuzey, dans Gazette archéologique, 1887, p. 62; H. Leclercq, Manuel d'arcltéa-

un des triomphes de l'art irlandais. En des manuscrits déjà tardifs, comme le Book of Kells, les êtres humains eux-mêmes se disloquent de façon identique pour obéir aux lois de l'entrelacs. Souvent aussi, à cette époque, une tète d'homme ou d'animal formera le bout d'une lettre ou d'un morceau de cadre, les jambes ou pattes étant à l'autre bout. Il serait impossible de donner une idée, même approximative, de l'inépuisable richesse des combinaisons '. » « On trouve des bras, des jambes, des chevelures, des barbes entrelacées et nattées. Sur la pierre de Meigle (Perthshire),

logie chrétienne, in-8. Paris, 1907; t. n, p. 625, flg. 395. — ' P. Leprieur, La peinture en Occident du V" au IX' siècle en dehors de l'Italie, dans A. Michel, Histoire de l'art, iii-1, Paris, 1903, t. i, p. 318-319.

ENTRELACS

quatre hommes nus sont disposés en forme de swatiska, chacun tenant la jambe de son suivant, les jambes s'entrecroisant à angle droit '. Dans l'évangéliaire de Mac Regol, deux individus nus ont leurs jambes et leurs doigts immensément allongés entrecroisés en diagonale -. »

On s'est extasié devanll'artifice . Giraud le Cambrien écrivait qu'« à regarder superficiellement et comme à la dérobée ces peintures, on est plus frappé de leurs défauts que de leur beauté, et nulle subtilité ne se remarque dans cet art. où cependant tout est subtil. Que si, au contraire, on fixe attentivement le regard sur ces pages et que l'on s'attache à en scruter minutieusement les arcanes, on aperçoit des entrelacs, si déliés et si subtils, si ténus et si serrés, si entrecroisés et entremêlés et d'un coloris si frais, que ces beautés semblent plutôt attribuables à la diligence des anges qu'à une main d'homme. Plus de fois et plus atten-

4085. — Entrelacs à Blcsle.

D'après R. de Ijsteyrie, op. cit., p. 210, fig. 202.

tiveraent je considérais ces merveilles, plus mon étonnement redoublait et plus j'éprouvais le désir de les admirer encore et encore ". » Que n'a-t-il vécu de nos jours, l'excellent homme! Il eût trouvé sa voie dans le « cubisme ». Car c'est bien à de pareilles aberrations que conduisent — si elles n'en procèdent — des pages telles que le crucifiement de l'évangéliaire de Saint-Gall (voir Diclionn., t. ii, fig. 2336) ou le chapiteau d'Inchagoile (fig. 2314). Dans le jiook of Deer, cet art maladif aboutit à représenter le corps humain par un rectangle surmonté d'un cercle; la plaque de bronze d'.\thlone adopte ces schémas pour figurer le Christ, mais la tète a cinq fois la hauteur du corps. Qu'on ne s'y trompe pas. Entre l'entrelacs classique et cette végétation folle de l'art irlandais il y a toute la distance du goût à la virtuosité, et toute celle de la science à l'ignorance. Le dessinateur qui étire, efflanqué et lamine les membres, oreilles,

' J. Romilly Allen, Cellic nrl in pafian and Christian limex, in-S», London, 1904, pi. en face ilo la p. 2S8. — « Archa.'oIo(iif.aI journal, t. .\, p. 18, pi. en face de la p. 291 ; L. Goiigaïul, Ac.v rlirétientés celtiques. 1911, p. 342. — • Giraud, Topographia Jlibernica, II, 38, dans Opéra, t. v, p. 123-124; Romilly Allen, .Voles on enlerlaced crosses, dans

langue, queue, aigrette, se dérobe à une difficulté qu'il est incapable de résoudre. Il est incapable de dessiner le modèle vivant; s'il tente de faire un animal ou un homme au naturel ou isolément, c'est un désastre

40SG. — Entrelacs ù Vienne.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 213, fig. 210.

et une caricature; alors il se jette dans l'incongru, dans l'incohérent et l'entrelacs irlandais ne trouve guère de point de comparaison que dans les grylles gnostiques.

L'art carolingien a fait usage de l'entrelacs partout où il a pu l'introduire; il serait matériellement

4087. — Entrelacs à Marseille.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 212, lip. 207.

impossible — autant qu'inutile — <le cataloguer des monuments parvenus jusqu'à nous, la plupart, sous forme fragmentaire. Il suffit d'en énumérer quelquesuns. — .\ Vcnce (cathédrale), un panneau de cliancel avec entrelacs mêlés de rosaces, de grappes de raisin, de croix et d'oiseaux (fig. 4083)*. -- .\ Bordeaux crypte de Saint-Seurin (lig.4084) ». — A Glanfcuil

Journal o/ Ihe arclwological association, t. xxxiv, p. 352- 3.VJ; Ch. ,1. Ilerrinijham, JVie snalic pattcrn in Jrclaml, tlie Mcditerninean and (Uiina. dans Burlington magazine, 1908, t. XIU, p. 132-137. — ' R. de Lasteyrie. L'architecture religieuse en h'rance à l'époque romane, in-8". Taris, 1912, p. 203, ng. 156. — • Ibid., p. 203, Qg. 199.

ENTRELACS

(Maine-et-Loire) • et dans diverses églises de l'Anjou • (voir flg. 4(185).

La variété des combinaisons est assez limitée : tresses, nattes, etc. ; ce qui ofire plus d'intérêt, ce sont les rapprocliements qu'on peut établir entre des monuments rencontrés à de grandes distances et qui

vcnce, et en Italie, à Ravenne, à Torcello, à Sainte- Sabine de Rome etc. ». De même, la croix d'entrelacs du pignon de l'église de Glanfeuil est du même style que les fragments conservés à Coire et dont on a composé un devant d'auteL

Le baptistère de Vintimille est pavé de fragments ■

40S8. — Entrelacs à Venise.

D'après R. de LastejTie, op. cil., p. 212

pourraient mettre sur la voie ou bien d'ateliers exportant au loin leurs produits ou bien de cahiers de modèles circulant dans des ateliers très éloignés les uns des autres. M. R. de LastejTie a fait remarquer que l^p anneau de chancel de la cathédrale de Vence rappelle des panneaux conservés àOrvieto et à Rome (Santa Maria jn Losmtdm) Lu fragment de Bordeaux

408» — ■ 1 inneau de Sunt Ouiilicni du Dcseit D après i:.niart, Mannci aarcn., p. 189, lîg. 56.

est, dit-il, proche parent d'un panneau du vin=- IX" siècle conservé à Sant'Abondio de Côme; un autre fragment de la même crypte de Saint-Seurin reproduit « un motif très répandu à l'époque carolingienne et que l'on retrouve en France', à Aix en Pro-

' Urseau, dans Bull, archéol. du Comité, 1898, p. 138-139. — ' De Farcy, Les entrelacs carolingiens de l'Anjou, dans Bulletin monumental, 1906, t. lxx, p. 82-91.— ' Stùckelberg, Longobardische Plastik, in-S», Zurich, 1896. — 'R. Cattaneo,

dont les motifs ornementaux se retrouvent à Vienne en Dauphiné (fig, 4086), à Sainte-Marie du Trastévère de Rome', à Marseille (fig. 4087), à Aix, à Reims. Parmi plusieurs fragments conservés au musée Borély, à Marseille, un des plus importants montre un dessin d'entrelacs qu'on retrouve à Vintimille et à Aix et sur un panneau dt la première moitié du ix" siècle, à Saint-Marc de Venise (fig 4088). « Nul doute qu'avec un peu de patiente on ne retrouve au delà des monts presque tous les motifs que nous avons en I rance à Samt Pierre de Vienne, à Saint-Guilhem-

4090 — Fntrelacs au Puy.

D oprés R de Laste\Tie, op. cit., p. 214, fig. 211.

du Désert(fig J089) », au musée du Puy (fig. 4090), au musée d \Mgnon, au musée d'Arles (fig. 4091), i Saint M irtin d' \ngers (fig. 4092), dans la crypte d'Apt. Il importe surtout, pour une période encore si mal connue, de ne négliger aucun morceau, si petit soit-il, car les dispositions symétriques qu'affectent la plupart de ces dessins permettent souvent de restituer à coup sur des débris qui semblent au premier abord totalement dénués d'intérêt. » Un humble fragment découvert à Poitiers et recueilli

L'archilettura in Italia del secolo VI al mille circa, 111-4», Venezia, 1899, Qg. 93 c. — » Le même motit se retrouve ù Spalato; et. U. Monncret de Villard, L'archilettura romanica in Dalmazia, MUano, 1910, p. 48.

ENTRELACS

au musée des antiquaires de l'Ouest est identique à un panneau plus complet, du même modèle, trouvé à Saint-Remi de Reims (fig. 4093), un troisième exemplaire a été rencontré dans le bas-côté nord de Saint-Nazaire de Carcassonne, et un quatrième à Saint-Oreste, près Narni, en Italie. On a de même pu rapprocher des motifs rencontrés en Suisse, à Moutier-Grandval, à Romainmôtier, à Coire, et en Allemagne à lUmuiister et à Ratisbonne.

« L'entrelacs en est l'élément le plus typique. Il se présente en Italie et en Gaule avec des caractères communs tellement marqués, que l'on ne saurait contester qu'au delà comme en deçà des Alpes, cet art ait eu les mêmes origines et ait obéi aux mêmes tendances. C'est un point intéressant et qu'on ne semble pas avoir suffisamment mis en lumière, écrit M. R. de Lasteyrie '. Cattaneo lui-même n'a rien dit des analogies de style existant entre les entrelacs italiens du vm» et du ix» siècle et ceux qu'on faisait en France à la même époque. Il a qualifié ces œuvres

î i&vN.

4091. — Entrelacs à Arles.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 214, fig. 213.

d'italo-byzantines et s'est efforcé de prouver que ce sont des artistes grecs, chassés par les persécutions religieuses, qui ont apporté les premiers éléments de ce style dans le nord de la péninsule '. Riais cette thèse soulève de nombreuses objections. La première, c'est qu'on constate dès le début du vra» siècle, au plus tard, l'existence de ce style en Italie. Ainsi le ciborium de Valpolicella en offre un spécimen bien caractérisé qui porte la date de 712 '. Or la querelle des iconoclastes n'est arrivée à l'état aigu que plusieurs années après, et l'édit de Léon l'Isaurien, qui fut le point de départ des persécutions dirigées contre les artistes, n'est que de l'an 726. Il est bien vrai que les artistes byzantins n'ont cessé depuis le vi« siècle d'aflluer en Italie et que les entrelacs, qui forment l'élément le plus caractéristique de la décoration sculptée dans les monuments occidentaux du vui" et du ix= siècle, sont également communs dans les monuments byzantins. Mais l'entrelacs pris en luimême ne prouve rien, car c'est un genre d'ornement qui n'est particulier à aucun pays et à aucune civilisation, on en trouve des exemples chez les peuples

' R. de Lasteyrie, L'arcliiteclure religieuse en France d l'époque romane, 1912, p. 200. — ' Cattaneo, op. cit., p. 75. — 'Jbid.,ng. 27; Rivoira, Urigini tlclV arcliitetlura lomburda, t.i,flg. 271,272. — 'Cattaneo, op. cil., flg. 141 ù 144, comparées à flg. 147 It 151. — • Rivoira, op. cit., t. I, p. 1'.)'.) si]. — 'Rivoira, op. cit., 1. 1, p. 127. — '"On a voulu en faire un ethnique désignant le lieu d'origine de ces constructeurs,

les plus divers, depuis les Grecs et les Romains jusqu'aux Arabes et aux Mexicains, et les variétés en sont infinies. En réalité, les entrelacs byzantins diffèrent de ceux qu'on trouve dans les monuments francs ou lombards, autant que ces derniers diffèrent de ceux que les Romains dessinaient dans leurs mosa'i'ques du n" et du m« siècle. On peut s'en rendre compte à Venise, où les deux influences se sont exercées et où l'on trouve des entrelacs de pur style barbare à côté d'autres visiblement copiés sur des modèles byzantins, pareils à ceux dont on a orné les édifices de Constantinople *, de Salonique ou du Mont-Athos jusqu'à une époque avancée du moyen âge. Cela est si frappant que le dernier auteur qui ait étudié la question, Rivoira ^, s'est refusé à admettre l'origine byzantine du style que Cattaneo appelle italo-byzantin. Mais il est tombé dans une

£7 «iwmmiBu^j

4092. — Entrelacs à Angers.

D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 215, flg. 214.

autre erreur, car il en attribue l'invcntion'^eic/usiDe aux artistes du nord de l'Italie, à ces magistri comacini dont il est question dans les lois lombardes du roi Rotaris (6.36-652) et dans lesquels on a voulu voir une puissante association de maîtres habiles formée dans la ville de Cùme, d'où elle aurait rayonné sur toute l'Italie et jusqu'en Gaule et en Espagne ". Or il y a dans ce qu'on nous raconte de ces magistri comacini une grande part de légendes provenant d'une fausse interprétation du mot comacitms '. La vérité est que les barbares qui envahirent l'empire romain, et tout particulièrement ceux qui s'emparèrent des Gaules et du nord de l'Italie, Francs, Burgondes, Wisigoths, Lombards, avaient un art qui leur était propre et dont l'élément essentiel était l'entrelacs. Il nous en est resté des preuves innombrables dans les dessins dont ils couvraient leurs bijoux, leurs armes, leurs plaques de ceinturon. C'est surtout dans les pays occupés jadis par les peuples de race celtique,

sans remarquer que la forme mCme du nom donné A la ville de Corne dans les textes du moyen Sge exclut cette hypothèse. Le mot comaciniis est, en réalité, un nom commun servant à désigner les corporations de niuçons, en quel<iuc ville qu'elles existassent; rien n'autorise A croire qu'il y en ait eu ù Cûme qui aient inventé un mode de construction ou un slylc de décoration particulier. •

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