ENTRELACS — ENTREPRENEURS
c'est-à-dire en Gaule, en Angleterre, en Irlande et dans l'Italie du nord, que le goût pour les entrelacs prit un développement extraordinaire du vm« au x'- siècle. Or ce sont précisément les pays sur lesquels Pépin et Charlemagne étendirent leur domination, ou avec lesquels les Francs carolingiens entretinrent les relations intellectuelles et artistiques les plus suivies. Dans toute cette vaste région, l'entrelacs est%levenu à cette époque l'élément décoratif par excellence. Il n'est plus confiné aux armes et aux bijoux, il a envahi les peintures des manuscrits, les objets d'orfèvrerie, les ivoires et les monuments d'architecture. Ce style ne doit donc être appelé ni italo-byzantin ni lombard; il faut le désigner sous le nom de style barbare, car il s'est spontanément développé dans les pays comme la France et le nord de l'Italie, où les barbares de race germanique ont fondé leurs royaumes les plus florissants, ou sous le nom de style carolingien, car il est arrivé à son apogée à l'époque carolingienne et a pénétré dans tous les pays où la dynastie carolingienne a établi son pouvoir ou exercé son influence. C'est ainsi que, de la vallée du Pô, où nous le trouvons en grande faveur au vra« siècle, sous les derniers rois
4Û93. — Panneau de Saint-Remi.
D'après R. de LastejTie, op. cit., p. 211, fig. 206.
lombards, cet art s'est répandu jusqu'à Rome à la suite des conquêtes de Pépin et de Charlemagne, et sous l'influence des artistes que les papes demandèrent à leurs puissants protecteurs. Au contraire, dans les régions de l'Italie méridionale, où la domination byzantine a été plus durable, la rareté des monuments empreints de ce style est en raison directe de la durée de cette domination. Et si nous trouvons jusque dans les provinces illyriennes, à Cattaro et à Zara. des spécimens de cet art datés de 809 et de 812, c'est qu'à cette date précisément ces provinces étaient des dépendances de l'empire de Charlemagne, qui s'en était emparé en 804 et en rétrocéda une partie à l'empire de Bj'zance en 812. Or, on peut d'autant moins contester ici l'influence des Francs que nous avons le témoignage formel de Fortunatus, patriarche de Grado, qui nous apprend qu'il avait fait recouvTir sa cathédrale aux frais de Charlemagne et fait venir des artistes francs pour en restaurer le baptistère qui tombait en ruines '. »
H. Leclercq.
ENTREPRENEURS. Les grands constructeurs étaient tout ensemble architectes tt entrepreneurs. Peut-être cette rencontre dans un même individu des dons techniques qui se complètent et se contrôlent a-t-elle grandement servi l'art monumental. Ce qu'il
' Feci ventre magislros de Francia. Codex Treuisanus, dans Ughelli, llalia sacra, t. v, col. 1102; R. de Lasteyrie. op. cit., p. 205-215.
DICT. d'arcm. chrét.
y avait d'audacieux à l'excès chez l'architecte devait se tempérer au contact des réalités que l'entrepreneur ne peut ignorer sous peine d'échec. Il s'est ainsi formé des hommes d'une habileté remarquable parce qu'ils devaient restreindre leurs projets aux conditions de l'exécution pratique. Sachant qu'ils ne pouvaient songer à majorer le prix des édifices par des charrois trop coûteux, ils avaient à s'accommoder avec les ressources locales, à tirer de celles-ci tout le parti possible, et c'est ainsi que ces entrepreneurs se révèlent à nous si ingénieux. Ce fut ainsi que se formèrent des écoles locales, douées, dans chaque province, d'une physionomie à part. Mais cette localisation est postérieure à la période des grandes entreprises.
Au contraire, pendant la période classique et même après, dans ces grandes basiliques voûtées de l'Asie Rlineure qui s'élevèrent à Philadelphie ou à Sardes, entre 313 et 330, on retrouve un caractère d'universalité technique. Loin de se confiner dans les ressources particulières d'une région, les constructeurs attirent à eux les moyens variés que mettent à leur disposition des princes bâtisseurs, sans jamais lésiner sur les frais entraînés par le charroi. Dans ces grandes basiliques, on sent que la rupture ne s'est pas encore accomplie avec les traditions du haut-empire; les voûtes sont construites d'après le principe nouveau, mais le monument conserve, dans son ensemble, ces proportions qui attestent des moyens presque sans limites en fait de main-d'ceuvTe et de matériaux.
La première Constantinople, celle de Constantin, si hâtivement construite, si vite détruite qu'elle semble moins une ville qu'un décor de féerie, marque l'abandon des anciennes méthodes. Pour la première fois l'empire est réduit à compter avec ses ressources matérielles et celles-ci semblent s'engloutir, à peine rassemblées, dans le gouflre de cette entreprise sans précédent. Les architectes eux-mêmes font défaut. « Il nous faut des chefs de chantier, écrit l'empereur dans le préambule d'une loi; il en faut le plus possible, et ils nous manquent. » A la place de ces praticiens bien au fait de leur art, on va recourir à des hommes rapidement et incomplètement formés, pour lesquels il s'agit de faire vite et clinquant. Premier résultat, ils abandonnent la construction voûtée, trop longue, trop dispendieuse, et remplacent les voûtes par de simples charpentes. De même que Constantin improvise une capitale, des palais, des basiliques, de même les particuliers veulent profiter des primes, des récompenses, des faveurs qui doivent désintéresser en partie ceux qui auront montré leur empressement à concourir au projet impérial. De cette ville née d'un caprice et éelose par surprise, il ne subsiste rien dès le règne de Justinien. Les entrepreneurs ne pouvaient faire vite et faire solide en même temps, ils ont fait vite et ils ont recouru aux vieilles recettes. La capitale est marouflée.
Cette fièvTe passée, l'art nouveau eut le temps de se recueillir et il en profita pour se dégager de plus en plus de l'élément romain. Les constructeurs cherchèrent dans le jeu des poussées un principe nouveau d'équilibre, réduisirent la masse de leurs voûtes, adoptèrent le profil surhaussé, inaugurèrent des plans d'édifices inconnus à l'antiquité : ils devinrent euxmêmes et l'art byzantin se constitua entre leurs mains. Au w siècle, l'évolution est accomplie. Toutes les méthodes de construction se sont fixées, tous les types d'édifices se sont produits et tous se montrent appliqués à la fois, sans exclusion, sans parti pris : le plan polygonal se renouvelle à Saint-Serge et à Saint-Vital; le plan en basilique se retrouve à l'église de la .Mère-de-Dieu à Jérusalem; le plan en croix à cinq coupoles apparaît dans la reconstruction V. — 3
ENTREPRENEURS — ENVERMEU
de l'église des Saints-Apôtres; Sainte-Sophie se révèle et son homonyme de Salonique réalise le tj'pe des églises à coupole centrale. Jamais l'art ne s'est montré plus libre, les entrepreneurs, plus ingénieux, plus audacieux.
Ce noble effort dure peu de temps et, une fois terminée l'impulsion donnée par Justinien, une sorte d'assoupissement et de routine envahit tout. A certains moments, on constate encore comme un désir de tenter des œuvres nouvelles. Grâce à la prospérité intérieure que donne à l'empire la dynastie macédonienne, les entrepreneurs s'essaient à de grands ouvrages, telle l'église du Palais, décrite par Photius. Mais il n'y a, dans tout ceci, que l'application, à peine retouchée, des principes anciens. La seule innovation, et ce n'en est pas une en vérité, est la surélévation du tambour donnant au dôme plus de légèreté. Puis l'immobilité reprend, si obstinée que plus rien ne la troublera plus. D'ailleurs, les entrepreneurs seraient bien mal avisés de chercher à suivre des voies nouvelles. Dès le vm= siècle, le deuxième concile œcuménique de Nicée recommande la soumission absolue de l'artiste aux types traditionnels. Il ne s'agit encore dans ce texte que des peintures et de la représentation des figures sacrées, mais l'extension était fatale et elle se produisit sans retard.
A ces conditions défavorables, il faut ajouter celles que crée l'insécurité croissante et l'appauvrissement chaque jour plus sensible. On bâtit moins qu'on ne répare, qu'on n'entretient, et les gens de métier savent qu'ils doivent se contenter des ressources que leur olïre la province, la région dans laquelle ils végètent. Ainsi, ils ne sont plus que des chefs d'ateliers locaux, de plus en plus spécialisés dans les méthodes et les moyens de l'école provinciale qu'ils dirigent.
Ainsi s'établissent et s'affirment les différences de style et les différences de procédés.
Le style se reconnaît sans trop de peine. Une église de l'Attique se distingue d'une église contemporaine appartenant à l'école monastique de l'Athos; question de proportion, de souplesse, de finesse. L'école syrienne, caractérisée par le plan en basilique et l'arc outrepassé en fer à cheval, ne se laisse confondre avec aucune autre école.
Les procédés de construction sont encore plus sensibles. La méthode d'exécution des voûtes, par tranches, qui n'exige comme matériaux autre chose que des briques et du mortier de qualité fort ordinaire, eût pu se pratiquer dans les diverses contrées de l'empire où ces éléments existent : or, cette méthode, partout également possible, est fort loin de se montrer partout également en faveur. Et même, en Syrie, on ne rencontre pas un seul exemple de la voûte par tranches; c'est un type spécial à Constantinople et à l'Asie Mineure.
Pour les voûtes d'arêle, même distinction d'écoles : la solution normale, c'est la voûte par tranches dont le parement est une surface de révolution ayant comme directrice une courbe diagonale en arc de cercle. Mais ce type n'a rien d'absolu; et les exceptions, elles aussi, offrent un caractère local. Les coupoles donnent lieu, de leur côté, à une distribution géographique. A l'Athos, presque toutes les voûtes sphcriqucs sont exécutées par assises annulaires; hors de l'Athos, dans le reste de la Turquie d'Europe et dans l'Asie Mineure, les voûtes byzantines se partagent entre les deux modes de construction, procédé par lits et procédé par tranches.
f^es voûtes sphériqucs sur trompes, très usitées dans la presqu'île grcc(|\ie et la Syrie, ne se retrouvent qu'à l'état d'applications isolées dans le reste du territoire byzantin; à Constantinople on ne les voit apparaître qu'avec la domination ottomane. En Syrie,
un type propre de voûtes sur pendentifs en pierre, comme on en rencontre à Djerach et à Jérusalem. Enfin, l'emploi des poteries rangées en spirales ou posées comme voussoirs ne se révèle que dans les édifices byzantins de l'exarchat, et n'a guère laissé de tradition en dehors de la Palestine- Tout ceci peut s'expliquer en partie par la variété des matériaux mis en œuvre et spéciaux à une province, mais cette explication n'est que partiellement applicable aux faits. La véritable explication est celle qui rend compte des distinctions d'écoles dans l'art du haut-empire; elle réside dans l'organisation toute locale des provinces et des villes de l'empire grec. « De même que les divers peuples ont leurs mœurs propres, écrit l'empereur Constantin Porphyrogénète, de même aussi doivent-ils avoir leurs règlements à part et leur organisation individuelle : garder les caractères qui les distinguent. »
A propos des entraits, nous avons signalé l'emploi du fer pour ces matériaux employés dans la construction de Sainte-Sophie. L'emploi du métal dans la construction antique est un autre trait de différenciation de pays à pays et d'école à école. Les charpentes en bronze étaient rares, mais non sans exemple. Le portique du Panthéon de Rome a conservé jusqu'au xvu» siècle une charpente en bronze que Serlio admirait, que dessinaient Labaceo et Philibert Delorme, que le pape Urbain VIII faisait détruire, afin de fabriquer les canons du château Saint-Ange.
A la tête des ou\Tages publics trois classes de préposés répondaient jadis de l'ordonnance, de l'exécution, de la forme : le mechanicus, le geometra et l'architeclus. Mais cette hiérarchie, toute romaine, s'appliquait exclusivement à de très grands travaux. Pour les constructions ordinaires, qui ne comportaient pas une surveillance ainsi partagée, les trois fonctions d'ordonnateur, de géomètre et d'architecte se réunissaient en une même personne et ce directeur unique prenait tantôt l'un, tantôt l'autre des trois titres dont il remplissait les rôles. Mais le classement hiérarchique des trois fonctions de mechanicus, geomclm, architectus, se confirme par le taux même de leurs services : il existe des architectes, des géomètres et des mccbanici enseignants : or, le mechanica: professor était exempt des tarifs; seuls, le géomètre et l'architecte étaient compris dans l'édit du maximum, et cet édit accordait au géomètre une rétribution double de celle de l'architecte : on ne peut guère souhaiter de rangs mieux accusés. A Rome, l'architecte est l'auxiliaire du curalor. Après avoir été englobé dans les corporations, il parvint, semble-t-il, à s'en dégager, mais il ne paraît pas qu'il soit arrivé à se soustraire entièrement à leurs charges. Exempt de contributions personnelles, il reçoit de l'État une sorte de traitement, mais comme toujours, c'est en échange d'une servitude. Il paraît bien être soumis à une résidence fixe : artifices... per singukis civitales morantes; il doit élever ses (ils dans la pratique de son art : ab universis muneribus vacare praccipimiis... quo magis cupiant... suos filios erudire; il paiera la taxe.
H. Leclehcq.
ENVERMEU. — I. Vallée de l'Eauliio. 11. Site d'Envermcu. 111. Campagnes de fouilles. IV. Eosscs. V. Cercueils. VI. Violations de sépultures. VII. Attitude des cadavres. VIII. Vases en terre. IX. Vases en verre. X. Plateau en cuivre. XI. Seau ou baquet. XII. Haches. XIII. Clés en fer. XIV. Clés en bronze. XV. Couteaux. XVI. Sabre ou gtand couteau. XVII. Ceinturon. XVIII. Boucles. XIX. Plaques d'argent avec relief. XX. Ciseaux. X.N.I. Chaînettes. XXll. Anneaux. XXIII. Bracelets. XXIV. Styles. XXV. l'ers de flèches. XXVI. Monnaies. XXVII. Vrilles. .\XVIII. Épées. XXIX. Boucliers. XXX. Crampons.
ENVERMEU
XXXI. Putére. XXXII. Mors de cheval. XXXIII. Fibules ou broches. XXXIV. Bouton émaillé. XXXV. Colliers. XXXVI. Boucles d'oreilles. XXXVII. Épingle à cheveux. XXXV III, Quelques tombes (angon, lance). XXXIX. Dernière campagne. XL. Le vase de sang. XLI. Les coquillages. XLII. Bibliographie.
I. Vallée de l'E.\ulne. — La vallée de l'Eaulne, une des plus agrestes, des moins fertiles de la Seine- Inférieure, est aussi une des plus riches au point de vue archéologique. On y a rencontré des cimetières francs nombreux et d'une importance capitale pour l'histoire du passé : Douvrend,Envermeu, Londinières, Lucy, Parfondeval. La vallée de l'Eaulne avait joui, à l'époque romaine, d'une civilisation dont témoignent les monnaies, les tuiles, les poteries, les murs d'Epinay- Sainte-Beuve, Lucy, Londinières, Douvrend, Angreville, Envermeu. Les diplômes, les chartes font connaître les noms de Martin-Église, d'Envermeu, de Douvrend, de Clais, de Londinières. En 734, Tcutsinde, abbé de Fontenelle, donna au comte Rathaire : medietalem de Edremau. Une charte de Charles le Chauve, délivrée de 872 à 876, place panni les biens de la cathédrale de Rouen : in pago Talano... Martini ecclesiam ciim appenditiis suis... Lundinarias cum appendiliis suis. Une charte de Robert l" mentionne : Cleidas et Lundinarias cum omnibus appenditiis suis quse sunt in pago Talou... de Douvrend citeriorem partem cum Angerivilla et ecclesiam quse in ulteriori aqum ripa sita est... et in prœfato comitatu Talou... in Envremau '. Plus et mieux que personne l'abbé Cochet (voir ce nom) a travaillé à rendre à la science des antiquités nationales les richesses archéologiques enfouies dans les cimetières de la vallée de l'Eaulne, qui lui a dû une sorte de renommée '.
II. Site d'Envermeu. — Après le château de Mortemer, placé aux sources mêmes de la rivière, Envermeu semble avoir été, dès l'époque franque, le point le plus considérable des bords de l'Eaulne; la population du bourg d'Envermeu dépassa certainement en importance celle de Mortemer, celle de Douvrend ou celle de Londinières. Au vm^ siècle, Envermeu appartient à Teutsinde, abbé de Fontenelle, un soudard qui céda, en 734, au comte Rathaire, la partie du fief qui avait appartenu auparavant à Géson : medietatem de Edremau qui fuit Gesonis '. Ce sont les serfs et les feudataires du seigneur Géson, de l'abbé Teutsinde et du comte Rathaire qui ont été exliumés au lieu dit la Tombe. Tous ceux qui sont venus s'y coucher sont plus ou moins contemporains de Thierry II, de Charles-Martel, de Charlemagne et de Charles le Chauve, depuis le vn= jusqu'au ix-x« siècle. A cette époque les cimetières viennent se ranger autour des églises '. Il est fort probable que le seigneur d'Envermeu a dû posséder dans le bourg un atelier monétaire, comme il en existait à Jumièges, à Quentevic, à Veules même, croit-on, et dans plusieurs autres localités '. Envermeu était alors un fief puissant, une terre importante *, dont les titulaires, prépondérants au temps de Guillaume le Conquérant, remplissent de leur nom l'histoire de Normandie du xi= et du xn« siècle '. Du château d'Envermeu il ne reste dans la prairie que la motte du Câtel qu'occupèrent encore au xi^ siècle des seigneurs, dont l'un fonda, sur les
* .\. Le Prévost. Anciennes divisions territoriales de la Normandie, dans Mém. de la Soc. des antiq. de Normandie, 1837, t. XI, p. 9-10. — ^ Cochet, La Normandie souterraine ou notice des cimetières romains et des cimetières francs explorés en Normandie, 1S55, p. 202. — ' Chronieon Fontanellense, c. x, dans A. Le Prévost, op. cit., t. xi, p. 7. — ' Ue Gerville, Essai sur les sarcopliages, in-S", Poitiers, 1836, p. 6. 33, extrait des Mém. de la .Soc. des antiq. de l'ouest, 1836. — ' Cochet, Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, faisant suite à La Normandie souterraine, 1857,
rives de l'Eaulne, le prieuré de Saint-Laurent, qui pourrait passer pour la chapelle du château et qui fut bâti sur des substructions gallo-romaines encore reconnaissables. Hugues et Turold d'Envermeu passèrent en Angleterre avec Guillaume le Bâtard; Turold, devenu prêtre, fut appelé vers 1100 par Guillaume le Roux, à remplacer sur le siège de Baveux, Odon, son oncle, dont l'épiscopat laissait beaucoup à réparer. Turold d'Envermeu était lié d'amitié avec saint Anselme de Cantorbéry; en 1107, il se relira à l'abbaye du Bec. Nous retrouvons le nom d'Envermeu dans une charte du roi Robert, confirmant les possessions de l'Église de Rouen, dont faisait partie le flef d'Envermeu : In preefato comitatu Talou illam parlem Alodii quam Richieldis et propria fdia ipsius in Envremau et prsesente Richardo comité XX fructuorisantes ad hanc ecclesiam donaverunl ». Un mot significatif, ta Tomfre, restait attribué à un champ labouré, au pied d'une colline à cinq cents mètres de l'église. C'est là qu'une tranchée ouverte, en 1850, amena la découverte du cimetière.
III. Campagnes. — Appelé sur les lieux que signalait la présence des cadavres et du mobilier, l'abbé Cochet estima que le terrain fut jadis une tombe, tumulus ou tertre élevé, surmontant un cimetière, détruit ensuite, nivelé pour les besoins de la culture et gardant néanmoins son vocable de Tombe. Ce fut là que l'abbé Cochet conduisit plusieurs campagnes de fouilles en juillet 1850, mars 1851, septembre 1852, octobre 1853, septembre 1854, septembre 1855 et septembre 1856.
IV. Fosses. — Le cimetière n'a pas été exploré dans sa totalité, mais il était certainement très étendu; la région explorée mesure au moins 80 mètres de long sur 40 de large, elle a donné entre 450 et 500 squelettes de tout âge et de tout sexe; des enfants, bon nombre de jeunes gens, beaucoup de sujets entre vingt et quarante ans, peu de vieillards au crâne épais et durci. Tous les ossements furent rassemblés dans une partie réservée du cimetière paroissial. Dans un vase rougeâtre de pâte et de forme mérovingienne on trouva des os calcinés, mais il a été impossible de dire si c'étaient des restes humains. Tous les corps étaient déposés dans des fosses taillées, soit dans la terre végétale, soit dans la craie marneuse, à une profondeur qui variait de 0 m. 50 à 1 m. 50 et même jusqu'à 2 mètres. Dans la campagne de septembre 1854, on rencontra une fosse mesurant 2 m. 40 de large sur 2 m. 80 de profondeur. Le terrain qui remplissait les fosses était de la craie mêlée à la terre végétale ; mais la dernière fosse était pleine de gros moellons. A différentes reprises on trouva à Envermeu, comme à Haulchin (Hainaut) et à Védrin, près de Namur, des fragments de tuiles à rebords, des morceaux de pierre de liais, taillés et polis, qui paraissent avoir servi de pavés ou de corniches. Dans une douzaine de fosses, on retrouva des tuiles broyées et même du ciment mêlé à la terre de remblai. La fosse qui renfermait un plateau de bronze contenait un cadavre couvert d'une couche de ciment de 0 m. 15 d'épaisseur. Quelques-unes des fosses contenaient deux ou plusieurs corps allongés parallèlement, ou même superposés, ce qui s'est vu aussi au cimetière de Londinières et ailleurs.
p. 254; A. de Longpérier, Liste, par ordre alphabétique, des noms de lieu oit Von a battu monnaie depuis l'invasion des Francs jusqu'à la mort de Charles le Chauve, dans Annuaire de la Société de l'histoire de France pour 1S41, p. 210-230. — ' B. Guérard, Provinces et pays de France, dans .liimiaire pour 1837, p. 138, indique Envermeu comme le chef-lieu (lu Talou. — ' Orderic Vital, Hisloria ecclcsiastica. 1. XIII, édit. A. Le Prévost, t. IV, p. IS. — ' A. Le Prévost, dans Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XI, p. 10.
ENVERMEU
V. Cercueils. — Deux cercueils seulement en pierre furent trouvés. Le premier, en calcaire du pays, d'un seul morceau, parfaitement taillé au dedans et au dehors. Le couvercle, fort épais, était de forme plate, seulement les angles des bords avaient été abattus; le bas était un peu moins large que le haut. N'ayant remarqué sur le couvercle aucune trace de sculptures ni d'inscriptions, le cercueil a été enfoui de nouveau sans être déterré complètement. Mesuré en dehors, le cercueil avait 2m.50delongueur et Om.45 de profondeur, sur une largeur qui, des pieds à la tête, variait de 60 à 70 centimètres. Il n'était qu'à 0 m. 75 du sol arable. Le deuxième cercueil était en pierre de Saint-Leu; l'auge, d'un seul morceau, allait se rétrécissant de la tète aux pieds. Mesuré à l'intérieur, il avait 2 mètres de long, Dm. 48 de large à la tête, 0m.30 aux pieds et 0 m. 45 de profondeur. Le couvercle, en trois morceaux, avait été brisé sur plusieurs points par la culture. Ce couvercle n'était pas tout à fait plat, mais l'inclinaison était à peine perceptible. Ce sarcophage n'était qu'à 0 m. 40 du sol et renfermait un
cette garniture composée du manipule et de la verge de fer soutenant l'écu, rien ne devait être plus aisé à détacher.
Outre ce cercueil de pierre, une douzaine de fosses environnant ce sarcophage furent violées; on en a relevé les indices certains. Pour éviter cette violation ou du moins pour en faire aux juges la preuve indéniable, le cas échéant, les Francs d'Envermeu s'avisèrent de recouvrir les corps d'une couche de cimentrouge de quinze centimètres d'épaisseur; cette couche a été retrouvée intacte dans la tombe au plateau de bronze.
VIL Attitude des cadavres. — On a trouvé au cimetière de Saint-Mathurin (Maine-et-Loire) un squelette enterré les bras en croix; pour ce faire, il avait fallu établir deux ouvertures dans la tombe '; en 1831, à Couvert, près Bayeux, M. de Gerville vit un squelette couché la face contre terre (adens) avec une croix audessous et une chaînette au cou '. Hugues Capet fut inhumé à plat ventre ^; à Envermeu, presque tous avaient été couchés sur le dos, la face vers le ciel.
4094. — Vases en terre à Envermeu.
D'après Cochet, La Normandie souterraine, pi. ix, xi. xii.
squelette bien entier. Vers les pieds se trouvait un amoncellement de fémurs et de tibias provenant de précédentes inhumations. Cette masse d'ossements desséchés remplissait ce cercueil de famille où venait, à tour de rôle, reposer le dernier défunt. Le seul objet recueilli était un pot noir placé aux pieds.
VI. Violations de sépultures. — Le premier de ces deux cercueils avait été celui d'un chef, à en juger par sa beauté et par les débris qu'il renfermait encore. Les voleurs l'avaient ouvert et refermé avec le plus grand soin. Le couvercle était parfaitement en place, seulement la partie supérieure avait été légèrement cITondrée par la charrue et par les voitures : les os avaient été replacés à l'intérieur, mais sans beaucoup d'ordre. Ainsi deux fémurs barraient le sarcophage par le milieu. Le crâne était à sa place naturelle, mais il fallait aller chercher près du bassin la mâchoire inférieure. Les titir.s seuls n'avaient pas bougé. C'était le mobilier que les voleurs avaient on vue; ils cassèrent l'épée dont l'oxyde avait déteint sur le fond du sarcophage, emportèrent la lame et laissèrent la poignée, la garniture et la pointe du fourreau. Le bouclier avait été enlevé, puis rejeté dans la fosse, où il fut retrouvé sur le couvercle, par-dessus le cercueil. Lin détail permet de constater que la violation avait eu lieu peu de temps après l'inhumation : en effet, la garniture du bouclier était encore à sa place naturelle et adhérente à Vumho, or rien n'étant plus fragile que
' E. Le Blant, Étude fur les sarco;>lmaes chrétien uli- la Gaule, 1886, p. 70, n. 86. — ■ De Gerville, dans Mémoires
Quelques-uns seulement avaient été mis sur le côté, dans l'attitude du sommeil. La direction générale des corps allait, à très peu d'exceptions près, de l'est à l'ouest, mais l'orientation des pieds paraissait avoir suivi le cours du soleil, .\ssez généralement les ossements étaient alignés régulièrement, cependant plusieurs paraissaient avoir été inhumés ployés ou assis. Un d'eux avait été enterré accroupi, car il n'y avait de distance, de la lance au vase et de la tète aux pieds, que la longueur d'un tronc humain. Les fémurs, les tibias, les radius, les cubitus étaient entassés en paquet le long des côtes. Le 19 septembre 1854, à trois heures et demie, on trouva un squelette qui avait été enterré ployé, la tête touchait aux pieds, les fémurs et les tibias ne faisaient qu'un seul faisceau. Aucun ornement ne manquait et ne semblait avoir été dérangé, pourtant la longueur totale était à peine de cinquante centimètres. Les squelettes ainsi ployés ne possédaient ni hache, ni armes de guerre, ce qui a fait conjecturer que ce pouvait être des femmes. En .Angleterre, dans le tumulus de Great DrilTield, on trouva, en 1849, le squelette d'un guerrier, sur les genoux duquel une femme était littéralement assise. VIII. Vases en terre. — l'n grand nombre de Francs avaient les pieds posés sur des vases en terre légèrement inclinés vers le corps: dans une tombe, un de ces vases contenait plusieurs osselets tombés de l'extrémité des pieds. Parmi ces vases, plusieurs
de la Société des antiq. de l'ouest, t. ii, p. 195. — • E. l'i ydcau, dans Anualcx archéologiques, 1855, t. xv, p. l'.i.
ENVERMEU
paraissaient avoir subi préalablement l'épreuve du feu et gardaient des traces de fumée. Le plus grand nombre des vases est d'une couleur noire, appliquée au moyen de la mine de plomb. Ces derniers, qui sont toujours les plus élégants et les plus légers, sont ornés sur la panse de dessins estampillés et en creux qui reproduisent des zigzags, des croix de Saint-André, des dents de scie, des feuilles de fougère, des cercles, des godrons, des ovales, des pointillés, des imbrications, des dentelures, des reines-marguerites et tous les motifs des ornements saxons et carlovingiens. Le plus grand nombre des vases avait une forme qui approchait de celle de nos sucriers; une douzaine au moins ressemblaient à nos bols modernes et ceux-là étaient en terre rouge et très épais. Un seul de ce genre figurait une petite écuelle. Quelques-uns seulement avaient des anses et un bec comme nos pots d'aujourd'hui (fig. 4094). Généralement ces derniers étaient en terre grise et paraissaient avoir servi à des usages domestiques. La plupart des coupes ou des vases étaient encore recouverts d'un tartre rouge ou d'un résidu
4095-4097. — Coupes en verre à Envermcu. D'après Cochet, op. cit., pi. x, n. 2, 3; pi. xi, n. IS.
brun qui ressemble à de la lie de vin desséchée. Un des seaux de bois avec garniture de bronze exhalait encore, au moment de la découverte, une forte odeur, comme d'une boisson femientée, on eût dit de la bière.
IX. Vases en vebre. — A Envermeu on a trouvé sept ou huit vases de verre, ce qui est rare dans un cimetière franc; sur ce nombre étaient cinq coupes à boire, un bol et deux ampoules. Les ampoules, ou petites bouteilles, d'un style entièrement romain, avaient la panse ronde, le cou étroit et allongé; une ampoule reposait sur la poitrine du défunt, l'autre aux pieds. La première de ces ampoules, vide de terre végétale, était remplie d'un sédiment cramoisi que l'analyse chimique a montré être des élytres ou ailes supérieures d'un coléoptère appelé calandre ou charançon des blés. Le vase avait été rempli de ces insectes préalablement à l'inhumation. De ce fait on peut rapprocher celui-ci : un vase trouvé dans le cimetière franc de Flixecourt ou Flichecourt près le Camp-de-V Étoile, qui était rempli de petits os de rats d'eau, de musaraignes, de pies, de geais et de grenouilles, avec une arête de perche. Ce vase accompagnait un corps qui avait une hache de fer et quatre têtes autour de lui. A Charnay, H. Baudot trouva deux plateaux de bronze, à bord perlé, qui contenaient des restes de nourriture.
Cinq des autres vases de verre sont des coupes à boire, sans pieds ni anses, et ne pouvant tenir debout, ainsi que les amphores romaines ou les cornes du moyen âge.
^ Roach Smith, The antiquilies o/ Richhorough, Reculvcr and Lymne, in Kent, in-4», London, 1850, p. 77. — ' De Widranges, dans Mém. de la Soc. philomat. de ^'e^dun,
Deux d'entre elles sont coniques et rappellent no» verres à vin de Champagne, appelés i flûtes », dont on aurait supprimé le pied (fig. 4095-4097); toutes deux sont munies, autour de leur embouchure, d'une dizaine de cercles en émail blanc. La première, rayée dans toute son étendue, est complètement irisée et recouverte à l'intérieur d'une couche de tartre rouge, semblable à de la lie de vin. Ce genre de vase se rencontre non seulement en France (à Charnay) mais en Germanie, en Scandinavie, en Danemark dans les sépultures du Seeland, en .Angleterre, à Richborough '. Les trois autres coupes découvertes à Envermeu, en 1853 et 1854, sont fort élégantes et d'un type très original (fig. 4095) : elles ressemblent étonnamment à des coupes trouvées dans les tombes de Selzen, en Germanie, et, fait remarquable, à Selzen et à Envermeu, une de ces coupes a été trouvée dans un plateau de cuivre (fig. 4098) placé aux pieds du squelette du guerrier armé d'une lance et d'un bouclier. Une coupe absolument semblable, pour la forme et la couleur, a été trouvée, en 1851, dans le cimetière franc de Vicq, près Montfort-l'Amaury; comme celles d'Envermeu, elle était placée aux pieds d'un squelette, armé d'une lance; autre qui devait être peu différente, mais de couleur verte et brisée, trouvée aux pieds d'un sque-
4098. — Plateau de cuivre trouvé à Envermeu. D'après Cochet, op. cit., pi. xv, n. 7-
lette de Sainte-Marguerite-sur-Mer ; autre encore, vers 1850, dans le cimetière franc de Verrières, près Troyes. Elle était renfermée dans un vase de terre. Les parois étaient salis d'un résidu de couleur brune, absolument comme à Envermeu; autre encore dans le cimetière franc de Remennecourt (Meuse), de couleur verdâtre et striée comme celle de Selzen '.
En Angleterre, Douglas avait trouvé dans un cimetière saxon un verre semblable, qu'il a dessiné dans ses Nenia Britannica. Akerman publia le dessin d'une coupe de verre semblable à celles d'Envermeu : « Elle a été trouvée, disait-il, à Woodnesborough, près Sandwich (Kent), dans un tumulus où il en existait plus de trente semblables, au rapport de Douglas. Celle-ci est la seule qui ait survécu. La couleur du verre est celle d'une feuille morte. Le dessin en est gracieux et elle ne pèse pas dans la main. Sous les bords sont des filets en pâte de verre et au fond est un bouton de la même substance '. »
Trois des coupes d'Envermeu sont arrondies par le fond comme un pois légèrement aplati; cette particularité se remarque aussi sur celle de Vicq; pour l'embouchure, celles de Vicq et de Selzen sont unies, tandis que celles d'Envermeu et de Woodnesborough sont ornées de six petits filets en pâte blanchâtre. Le verre d'Envermeu est très blanc, comme celui de Vicq, celui de Selzen est vert *. Une couche de tartre, d'un rouge très foncé, couvre les vases d'Envermeu, au dedans comme au dehors ; on dirait de la lie de vin desséchée.
X. Plateau en cuivre. — L'ne des coupes était posée sur le plateau de cui\Te figuré ici, d'un millimètre
t. m, p.220, pi. II, fig. 21. — • .\kcrman. Remains o/ pagan Saxondom, p. 33, pi. xvii, fig. 1. — ' Roach Smith, Collectanea antiqiia, t. n, pi. Li, fig. 4.
ENVERMEU
d'épaisseur, profond de 9 centimètres sur 29 de diamètre. Ce plateau, sans pieds ni anses, offre une étroite ressemblance avec celui qui a été trouvé à Douvrend. en 1838, et ceux de Selzen, 1845. Dans la campagne de 1854, le 26 septembre, on trouva dans une tombe un grand plateau de bronze (flg. 4099).
XI. Seau ou baquet. — En 1852, aux pieds d'un squelette, fut trouvé un seau ou baquet en bois, au milieu de fragments de tuiles à rebords. Ce seau, qui devait avoir près d'un mètre de circonférence, était garni, de haut en bas, de quatre ou cinq cercles de fer. Deux de ces cercles étaient larges et aplatis comme les nôtres. Les autres étaient fins et carrés. L'anse,
4099. — Plateau de bronze trouvé à Enve D'après Bull, du Comilé des langues... de la France, 1855-1856, t. m, pi. x. n. 9.
également en fer, était hémisphérique, mais la verge en était carrée comme quelques-uns des cercles; ses deux extrémités s'emboîtaient dans des attaches également en 'fer. En 1838, à Douvrend, on avait recueilli les cercles de fer d'un seau et un petit baril en bois garni de cercles de cuivre; à Charnay, anses et cercles de seaux dans les sépultures burgondes; « il y avait même, dit l'abbé Cochet, une garniture qui paraissait fleurdelysée » (voir Fleur de lis). A Houdan, à la butte des Gourgans. un joli vase de cuivre jaune trouvé dans le cimetière franc était couvert d'une belle patine verte très brillante; il était orné, à l'intérieur et à l'extérieur, de lignes circulaires et parallèles, très légèrement tracées, et pourvu d'une anse mobile; le fond parait avoir été exposé au feu. D'autres seaux, baquets ou tonnelets de bois du même genre ont été trouvés en Allemagne et en An-
Marlborough, orné de cercles de métal, relevés en bosse avec des figures d'animaux; un autre encore
4100. — Anse de seau et oreillon, à Envermeu. D'après Cochet, Sépultures gauloises, 1857, p. 164, 165.
entre Sandgate et Douvres ». En 1843, on trouvait un seau en bois d'if aux pieds d'un squelette, dans le tumulus de Roundway Down, près Devizcs '; et
4101. — Haches trouvées à Envermeu.
D'après Cochot. La S'ormandie souterraine, p\. ix et xi; et Sépultures gauloises, p. 207
gletcrre, à Fairford et à Sclzcn, caries restes de seaux en bois ou de baquets sont communs dans les tombeaux saxons; on en a rencontré' à Ash (Kent), à Fairford, à Strcetway Hill (Cambridgeshire), parmi des armes en fer, des perles de verre, des monnaies romaines percées; un autre dans un fcarrou',' près de
' Roach Smith, op. cit., t.n, p. IGl. — — • Akcrman, op. cit., part. I, p. 2.
'ifcid., t. II, p. 161.
— * Procecdinys
deux autres semblables dans le cimetière anglo-saxon de Wilbrah.Mm (Cambridgeshire) *. Enfin un seau trouvé ù Cuddesden (Oxfordshirc) ', pourvu d'une anse, ressemblant à s'y méprendre aux seaux de cuivre servant dans nos églises de campagne à l'aspersion dominicale de l'eau bénite; mais tandis que l'abbé
0/ thc Socielg o/ antiquarics, t. ii, p. 109. cit., part. VU, pi. xm.
> Akcrman, op.
ENVERMEU
Cochet incline à voir dans ces seaux des vases à eau bénite, le protestant Akerman ne consent à y reconnaître qu'un récipient pour la boisson.
Dans une tombe, vers les pieds, furent trouvés deux seaux de bois, avec garniture de bronze. Tous deux étaient de même taille, tous deux avaient des anses de bronze et chacun trois cercles de fer à la partie inférieure. Les douves en bois étaient petites, étroites et noircies par le temps ; un des seaux, au moment de la découverte, exhala encore une forte odeur, comme de la boisson fermentéc; on eût dit de la bière. Le premier paraît avoir beaucoup souffert dans la terre où il avait été mis raccommodé; le cercle s'est trouvé brisé et un des oreillons cassé. Il y avait sur le bois quatre points dentelés, détail qui ne s'est pas retrouvé sur l'autre seau. Voici un des oreillons qui était intact (fig. 4100). Le second seau paraît avoir été doré ; il est plus fm et plus orné que le premier, quoique tort ressemblant en ce qui est de l'anse et des oreillons. La bande supérieure en bronze est large et bien conservée; au-dessous d'elle règne un petit cercle en bronze très orné. Puis venaient trois cercles de fer étroits et peu distancés. Ils n'ont pu être tirés que par morceaux.
XII. Haches. — Sur les jambes était placée la hache de fer, touchant, d'une part, au bois du cercueil et, de l'autre, aux vêtements de laine dont elle avait gardé l'empreinte. On en a trouvé une trentaine dans les cinq premières campagnes et quelques-unes de plus dans les deux dernières (fig. 4101). Le plus souvent elles étaient seules; mais une douzaine de fois environ elles s'accompagnaient d'une lance, qui alors était placée aux pieds, la tête en bas; dans ce dernier cas, la hache et la lance ne touchaient pas au squelette. Les sépultures de Selzen nous montrent plusieurs fois ces deux armes dans la position ici décrite. Le manche n'a jamais été retrouvé \ attendu que le temps en avait dévoré le bois. Une seule fois, à Lède, en Belgique, on a recueilli un manche de hache, mais il était en fer. Une des haches d'En vermeu avait conservé une toute petite portion de son emmanchement, protégé par une couche de rouille qui ressemblait assez à de la tôle ou à du fer battu. Le manche d'une autre hache se terminait par une espèce de massue, garnie de pointes de fer, piquantes et aiguës comme des épines. En 1854, on trouva deux haches d'un modèle nouveau ' (fig. 4101), elles n'étaient point recourbées, par la lame, mais le tranchant s'ouvrait comme pour former un quart de cercle. Une hache entièrement semblable fut trouvée, en 1840, à Manneville (Calvados) dans un cercueil de pierre '. Une autre a été trouvée au mois de mars 1856, dans le cimetière francmérovingien de Séraing, près Liège, et les ouvriers qui l'ont découverte ainsi que cinq francisques ordinaires ont assuré que « le manche de bois des haches avait pu être placé dans les mains du guerrier ' ». Une troisième hache faisait partie du cabinet de M. V. Simon, de Metz '; la plus belle fut trouvée à Rue-Saint- Picrre, près Beauvais, dans le cimetière franc. A l'opposé de la lame principale qui s'ouvre comme une hallebarde, on voit jaillir une forte pointe en fer qui faisait de cette hache une arme redoutable «. Le manche était en fer. Les haches des Francs étaient placées aux pieds des morts '.
XIII. Clés en fer.— Le long des fémurs et un peu avant d'arriver au bassin, on trouva, en 1853, trois objets qui paraissaient être un trousseau de clefs. Ces
• Lindenschmidt, Dos ffcrmanisc/ie Todtenîagcr, pi. xvm, XXI. — ' Cochet, Sépultures romaines, gauloises, 1857, p. I(i0, 163. — ' Mémoires de la Société des aniiq. de Normandie, t. xii, p. 495, pi. v, fig. 9. — ' G. Hagemans, Rapport sur la découverte d'un cimetière frank-mérovingien à Séraing. in-8°, Liège, 1856, p. 22, pi. il, fig. 11 à 15. —
trois pièces sont toutes différentes l'une de l'autre, ce qui nous donne un échantillon des diverses clés de ce temps. (VoiraumotCLÉ.) La plus petite et la mieux caractérisée, celle du moins qui se rapproche le plus de la forme actuelle, a 0 m. 12 de longueur et deux dents bien accusées de chaque côté (fig. 4102). La seconde, d'une longueur semblable, présente, au lieu de crochet, un ovale ou cercle aplati. La troisième, longue de 0 m. 18, montre au bas de son manche un crochet très prononcé de chaque côté (fig. 4102). Chacun des bouts supérieurs des trois objets est percé d'un trou dans
4102. — Clés trouvées à Envermou.
D'après Cochet, Normandie souterraine, p!. xiv, n. 3, 4, 5.
lequel était passé un anneau de fer dont on voit les restes. Les tissus se sont imprimés sur ces trois clés au moyen de l'oxyde. Cette particularité est encore plus visible sur une autre clé de fer trouvée dans la même fouille d'Euvermcu.mais qui n'a que 0m.l5 de longueur. Cet objet était tellement enveloppé dans les vêtements, qu'il garde l'empreinte de deux tissus différents : une toile de lin ou de chanvre très fin au dessous, un tissu de laine par dessus. D'cutrcs clés en fer conservées au musée de Rouen proviennent de Lillebonne, de Maulévrier, de Vieil-
« V. Simon, Observations sur des sépultures antiques découvertes dans les Gaules, dans Méw. de l'Acad. de Mets, 1S50- 1851, p. 3, pl. II. fig. S. — • Mémoires de la Soc. acad. de VOis'e, 1856. — ' E. del Marmol. Cimetières de l'époque franque découverts aux lieux dits le Tombais et les Minières à Védrin. p. 1". pl. m. fiR. 9. 13.
ENVERMEU
Évreux ';on en a rencontré aussi dans les sépultures anglo-saxonnes de la Grande-Bretagne -, notamment à Stowe Heath et dans le Lcicestershire '; puis encore dans les tombes helvètes de Bel-Air «, où on trouva trois clés dans une même tombe, ainsi que cela s'est produit à Envermcu. En France, outre les fouilles de Normandie, des clés en fer ont été trouvées à Serupt, en Champagne, dans un cimetière franc ', à Courceroy, à Méry, à Arcis et à Verrières (localités de l'Aube). Ces clés paraissaient se trouver surtout dans les tombes féminines ^.
XIV. Clés de bronze. — Une clé de bronze fut trouvée à Envermeu en 1851, une à Londinières en 1850 (fiy. 4103). Celle d'Envermeu est une sorte de languette rectangulaire, massive, percée d'un trou ovale et qui semble destinée à soulever un loquet; celle de Londinières imite un trèfle ajouré, elle a le talon foré comme la clé d'une montre ou d'une horloge. Le tj-pe est romain.
XV. Couteaux. — Sur plusieurs squelettes on a trouvé, à la ceinture, un couteau de fer, parfois sur
4103. — Clés d'Envermeu cl de Londinières. D'après Cochet, Normandie soulerraine, pi. xvi, n. :
les os du bassin, parfois à côté. Un de ces couteaux avait été muni d'un manche en bois; la lame, ne se repliant pas, devait être introduite dans une gaîne de cuir ou de peau. Lors des fouilles de septembre 1854, dans la grande fosse, on trouva un squelette ayant à la ceinture une petite boucle de bronze rattachant un petit couteau placé en travers du corps; sur le côté, le long des hanches, se trouvait un grand couteau, espèce de poignard, mais moins grand qu'un scramasax. On a trouvé près de deux cents couteaux à Envermeu, également à Ouville et à Martot, ainsi que dans les autres cimetières francs. Quelques-uns étaient courts ou petits comme les caqueux de nos pêcheurs, d'autres longs et larges comme des couteaux de bouchers. Ils devaient se rattacher au ceinturon au moyen d'une courroie fermée par une boucle
de bronze (fig. 4104). Le couteau se trouve sur tous les sujets, riches et pauvTes, hommes et femmes, adultes et enfants; lorsqu'un défunt n'a rien, il a du moins un couteau. La loi salique en parle : Si guis cullellum alienum furaverit sexcenlis denariis, qui /aciunt sol XV, culpabilis jadicetur '.
A Farébersviller, en 1854, on trouva au moins huit couteaux ayant de 0 m. 08 à 0 m. 15 de longueur; à Manne\ille (Calvados), un couteau possédait encore son manche et sa ^^^ole "; à Seraing, près de Liège,
4104. — Boucles de bronze à Envermeu.
D'après Cochet, iVormandie souterraine, pi. xm, n. 11, 12,
on a trouvé un grand nombre de couteaux; parmi ceux qui n'ont pas été brisés par les terrassiers, il s'en est trouvé qui mesuraient 6, 11, et même 21 centimètres '. Mêmes trouvailles dans les tombes du Kent, à Gilton, à Kingston, à Silberswold, comme à Londinières, à Lucy. à Parfondeval et à Envermeu. Dans cette dernière localité on a même rencontré un étui muni à son extrémité inférieure d'une garniture en argent de forme arrondie; une garniture entièrement
4105-1106. — Garnitures d'étuis à couteaux. D'après Cochet, SépiilUires, p.213, 21 1.
semblable mais en bronze a été trouvée à Londinières (fig. 4105). Ce que cette garniture d'Envermeu i)résente de particulier, c'est que la feuille de métal n'était appliquée que d'un seul côté, celui qui était en vue. Dans le cimetière du Col de la Madeleine, en Savoie, on a trouvé un couteau placé dans un étui
' Cochet, Normandie souterraine, p. 330; Bonnin, Antiquités gallo-romaines du Vieil-Éureux, atlas, pi. xxxix, flg. 1 , 4, 5, 6. — ' \V. M. Wylic, Sonic arcoiinl o/ the merovingian cemeteru o/ Envermeu, dans Archicologia, 1854, t. xxxv, p. 223-231. — ' Boach Smith, Cnllectanea antiqua, t. n; pi. xxxix, flg. 1, 2; pi. XM, (IK. 4; pi. XLn, lit?. 7, 8, 13, p. 165-166. — ' F. Troyon, Description des tombeaux de Bel-Air près Cheseauz sur jMusanne, ln-4'', Zurich, 1841, pi. I, flg. 9, 17, 18, p. 8. — ' De Widrangcs, don» Mémoires
de la Société philomathique de Verdun, t. m. p. 237, pi. n, ng. 15. — * Séances générales du Congrès archéologique de France, tenu à Troyes en IS53, ln-8». Cacn, 1854, p. 92, 120; Cochet, op. cit.. p. 337. — ' I.ex !:alica. lit. xxix, art. 12, dans Bnluze, Capitularia ri'gum Francorum, t. I, col. 2ïi!>. ' .\. de Caumont, dans .Mémoires de la
Société des antiquaires de Normandie, t. xn, pi. v, fig. 7. — ' Ilagcninns, Rapport sur la découverte d'un cimetière /rancmérovinyien. in-S", I.iéne, l.S.'id, p. 2.')-2t).
ENVERMEU
de cuir, lequel était orné de beaucoup de petits clous de bronze et dont l'extrémité était garnie d'une demi-lune en bronze '. Enfin, à Envermeu, en 1854, on trouva la garniture de fer d'un manche de couteau. Cette garniture consistait en un cercle placé ûu sommet du manche en bois (fig. 4106). Dans ce cercle était renfermé un morceau de fer percé d'un tenon assez large pour laisser passer une lanière en cuir. Au moyen de cette lanière, le couteau se rattachait à la ceinture, ainsi que le font les bouchers de nos jours.
Entre le couteau domestique et le grand couteau appelé scramasax, on doit ranger le couteau-poignard. On en a rencontré trois dans le cimetière fianc du Vieux-Driencourt, conservés aujourd'hui au musée de Neufchâtel-en-Bray. La lame se termine en pointe, mais ne coupe que d'un seul côté. Elle a 3 centimètres de largeur et une longueur totale de 30 centimètres, dont 10 pour la soie. Les lames, longues de 20 centimètres, étaient enfermées dans des étuis de bois dont est restée trace sui les deux côtés.
XVL Sabre ou grand couteau. — On rencontre parfois des couteaux de grande taille, de ceux que Roricon, cité par Du Cange, nomme cuKellos per maiimos quos vulgariler scramasaxos nominamus. Ces couteaux-sabres se retrouvent partout : dans les cimetières d'Auffargis et de la Butte des Gargans (Seineet-Oise), de Lorraine, du grand-duché de Luxembourg, de Belgique ; on les rencontre encore chez les Burgondes, à Chamay ; en Picardie, en Helvétie et en plus grand
4107. . — Poignard à rainures.
D'après Cochet, La Normandie souterraine, pi. xvi, n. 7.
nombre encore dans la Rhénanie. Les Saxons enterrés en Angleterre ont connu et employé le scramasax et Godefroy de Viterbe imagine que le vocable saxo vient du couteau saxa dont ils ne se séparaient jamais :
Ipse breois gladius apiid illos saxa vocatur, Unde sibi saxo nomen peperisse notalur.
Grégoire de Tours raconte que Frédégonde fit fabriquer duos cullros ferreos et qu'elle ordonna caraxari profundius et veneno infici, en sorte que si mortalis adsultus vitales non dissolveret fibras vel ipsa veneni infcclio vilam possil velocius exlorqaere; ailleurs Grégoire parle encore de ces poignards empoisonnés : cum cultris validis quos vulgo scramasaxos vacant, inlectis veneno, utraque lalera ci feriunt, et encore : gladiatores percusserunt regem in alvum scramasaxis. Le poison était logé dans les rainures de la lame, le long du dos. Dans la campagne de 1853, on trouva deux de C3s poignards avec deux rainures de chaque côté (fig. 4107). Longue de 0 m. 41 et de 0 m. 55 avec le manche, la lame se termine en pointe effilée et sa plus grande largeur est de 0 m. 05. Toute rongée qu'elle est par la rouille, elle pèse encore un kilogramme. Assurément celui qui recevait ce couteau dans la chair n'avait pas besoin de poison. Le scramasax est toujours l'arme la plus commune, bien qu'à Envermeu on n'en ait rencontré que quatre ou cinq en 1854 et un en 1855; trois à Ouville; quatre ou cinq à Martot; un à CoUeville, près Fécamp;deuxàSigy, le long du mur
' Gosse, Notice sur d'anciens cimetières, pi. vi, Tig. 2. ^ ' Dufresne, Note sur des sépultures gallo-frankes trouvées en 1854, p. 4: V. Simon, Observations sur des sépultures antiques découvertes dans les Gaules, 1850-lSSl, p. 2; ^fémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. xii, p. 425, pi. V, fig. 12; Gosse, Notice sur d'anciens cimetières trouvés soit en Savoie, soit dans le canton de Genève,
de l'église, tous de môme type : longs deOm. 40 environ, larges de 0 m. 05 ou 0 m. 06, tranchants d'un seul côté, portant deux rainures sur le dos. Les scramasax trouvés à Farébersviller ont une longueur totale de 0 m. 60 à 0 m. 70; ceux de Suisse et de Savoie varient de 0 m. 45 à 0 m. 75 sur 0 m. 04 à 0 m. OG •.
A Envermeu, à Ouville-la-Rivière on a trouvé des scramasax avec une forte entaille qui semble avoir été faite volontairement, soit pour signifier que l'arme du mort ne doit plus servir après lui, soit pour détourner les violateurs de tombes de l'emporter et d'en trafiquer; à Eslettes les épées étaient ploj'ées; à La Rue-Saint-Pierre près Beauvais, elle était brisée en plusieurs morceaux, de même à Selzen '.
XVII. Ceinturon. — Couteau, épée, scramasax étaient attachés au ceinturon de cuir ou de tissu dont la trace a été reconnue sans hésitation. En de nombreuses tombes, le ceinturon de cuir était orné à chacune de ses extrémités de petits clous de bronze, intéressants par leurs formes (fig. 4108). Quelquesuns avaient la surface unie, d'autres étaient striés. La forme de la tète variait beaucoup, tantôt elle était ronde, tantôt carrée ou pentagonale; parfois elle était aplatie et parfois bombée; très souvent elle était
4108. — Clous de bronze et ornements de ceinturons. D'après Cochet, Normandie souterraine, pi. vn, xi, xm.
décorée. Tous ces clous avaient été étamés ou argentés, rarement dorés, l'imagination pouvait se donner libre cours à leur endroit. On en a trouvé un très grand nombre à Londinières et à Envermeu, mais on retrouve cette décoration en Suisse, en Angleterre, en Rhénanie, à Selzen, à Bel-Air, et déjà M. de Caumont les avait signalés dans un cercueil de pierre à Banville (Calvados), ainsi que M. de Widrange, en Lorraine.
Il est encore un genre d'ornement fort commun dans les sépultures franques. C'est un petit objet de bronze de forme aplatie, terminé en pointe à une des extrémités, tandis que l'autre est une espèce de tête arrondie (fig. 4108). Cette pièce, constamment étamée et polie sur sa face, présente toujours au revers un tenon percé pour y passer une goupille, au moyen de laquelle elle se trouvait fixée au cuir ou au tissu. Cet ornement de ceinture se retrouve non seulement en France, mais encore en Allemagne, en Angleterre, et en Suisse. Cochet en avait rencontré près de cent vingt dans les tombes de la vallée de l'Eaulne. L'opinion générale est que cet objet servait à décorer l'ex-
p. 11-12; Bryan Faussett, Invcntorium sepulchrale, edit. y Roach Smith. London, 1856, pi. xv, fig. 1-2; G. Hagemans, Rapport sur la découverte d'un cimetière franc-mérovingien à Séraing, p. 25, pi. n, fig. 21. — = Mémoires de la Société académique de l'Oise, t. m, pi. ni, flg. 6; Lindenschmidt, Die germanische Todtenlàger bel Selzen, pi. 7.
ENVERMEU
trémité du ceinturon qui était passée dans la boucle et qui probablement restait pendante.
XVIII. Boucles. — La ceinture fermait sur la hanche au moyeli d'une boucle (voir Fibules), dont l'ardillon était souvent usé au milieu par le frottement du cuir. A Envermeu seulement on a trouvé entre cent cinquante et deux cents boucles; la majeure partie était en fer. les autres en bronze ou alliage de bronze recouvert d'étain. Une d'entre elles avait été
4109. — Plaque de ceintui'oa.
D'après Cochet, Normandie souterraine, pi. xn, n. 4.
dorée. Quelques autres, en bronze, possédaient de jolis appendices du même métal étamé, recouverts d'ornements en creux et garnis sur les bords de tctes de clous très saillantes. Quelques-uns offraient des verres rouges, verts, jaunes, découpés et appliqués sur cet appendice; d'autres avaient des croix ou des quatre-feuilles percés à jour. Une boucle de bronze était recouverte d'une feuille d'argent assez épaisse que l'oxydation du métal inférieur avait soulevée et détachée, ce qui a permis de constater que l'argent était allié à du cuivre avec des traces de fer ^
XIX. Plaques d'argent avec relief. — Le plus curieux ornement de ceinturon trouvé à Enver-
nation connue. Un de ces tas contenait un gi'and anneau de cuivre et une grosse boule de verre.
XXII. Anneaux. — Une douzaine d'anneaux dont deux en or, deux en argent, les autres en bronze.
XX III. Bracelets. — Quelques bracelets sans grand intérêt, mais un dont la forme est identique à celui cjui fut trouvé dans le tombeau de Childéric; à Envermeu il appartenait probablement à une femme. D'autres bracelets étaient composés de perles de verre ou de terre cuite. L'n bracelet comptait huit perles ; un autre, cinq perles de verre, une perle de succin et trois médailles romaines percées et attachées au fil principal par un minuscule anneau de laiton. La plus petite de ces monnaies était un bronze quinaire de Constantin le Grand, la seconde une pièce de billon de Posthumius, la troisième un moyen bronze effacé. Cette dernière pièce, outre le trou de suspension, possédait une échancrure, en forme de croissant, dans laquelle était passée une perle de verre. Le point le plus remarquable de ce» bracelets, c'est que l'anneau dans lequel étaient passées les perles était de fer.
Autre bracelet, en verre noir, d'une seule pièce, c'était du verre ordinaire, coloré par de l'oxyde de fer. Un bracelet de verre fut trouvé également dans un tombeau en plomb de Picardie, proche de l'ancienne Samarobriva.
XXIV. Styles. — Neuf styles en bronze et un en argent ; un dixième style en bronze fut trouvé pendant la sixième campagne. Ces styles ressemblent, à s'y méprendre, à ceux qui furent trouvés à Lucy, à P.ufondeval, à Londinières. Le plus long mesurait 0 m. 22; sa boule, de forme carrée, est ornée d'une croix; celui que nous donnons ici (fig. 4110). avec son manche percé à jour, vient de Verrières (Champagne).
XXV. Fers de flèches. — On en a trouvé à Dou- \Tend. à Londinières, à Parfondeval, à Eslettes, à Envermeu. Ici ce fut d'abord un fer isolé, puis un paquet de quatre, ce qui semblerait indiquer la provision d'un carquois; ces fers différaient d'ailleurs entre eux : deux avaient la lame en losange et une en ovale ; le quatrième ressemblait à un dard dont les deux ailes se composeraient de pointes acérées (fig. 4111). C'est
411(1. — Styles d'Envermeu et de Verrières. D'après Cochet, SépuUures, p. 350 et Normandie soulerraine, pi. xni, n. IG.
meu est une plaque de fer très mince, à laquelle est adhérente une petite planchette de bois, maintenant oxydée et vermoulue (fig. 4109). Sur celle planchette avait été appliquée une hime d'argent assez mince, mais qui n'a point été altérée. Cette lame est entourée de petits ronds dans son pourtour. ,\ l'intérieur de cette guirlande, sur deux côtés seulement, le haut et le bas, se voient deux branches à feuillage lancéolé. Sur le fond, au centre, un trépied supportant un objet ovoïde entre deux paons.
XX. QsEAUX. — On a trouvé six à huit paires de ciseaux de fer enveloppés dans des étuis de bois ou de peau, aussi bien dans les tombes des hommes que dans celles des femmes.
XXI. Chaînettes. — Ces chaînettes ou mailles de fer trouvées en paquet, très oxydées, sont sans desti-
' Girardin. Analyses de plusieurs produits d'art d'une haute antiquité, dans Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen pour 1S52, p. 174. — ' Lambert, Essai sur
une sorte de flèche barbelée, une «fléchette», comme on a dit de nos jours, qui a été trouvée en compagnie de trois fers de flèches de formes différentes. Celte sorte de javelot barbelé a reçu communément et gratuitement le nom d'angon, mais ce javelot est aussi bien un harpon et on le rencontre à Envermeu (Srine- Inférieure), à Greisch (Luxembourg), en Suède et en Norvège. Nous y reviendrons plus loin.
XXVI. Monnaies. — Dans la campagne de 1851, rapporte l'abbé Cochet, on trouva une monnaie gauloise pesant six grammes moins trois décigr.immos '; elle est percée d'un trou disposé pour la suspendre au cou ou .lu poignet; elle a pu recevoir une autre destination, puisque.au moment de la découverte, la partie concave était remplie d'un mastic assez dur, ainsi que le trou. La partie convexe a dû représenter une
la numismatique gauloise du nord-ouest de la France, pi. vi, n. 3,4,5,6,7: pl..xi bis, n. 11, 12, dans Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. xiil.
ENVERMEU
tête d'Apollon, qui a été polie et unie comme un miroir. Sur les bords, on remarque une légère saillie, ce qui donne à cette pièce l'aspect d'un bouton. Dans le tombeau de Childéric on trouva quatre monnaies forées qui avaient sans doute été portées au cou.
Les monnaies romaines sont nombreuses; on a trouvé une vingtaine de pièces, la plupart très frustes, surtout celles du haut-empire; il y en avait une en billon. le reste était en grand, petit ou moyen bronze. Huit au moins appartenaient aux césars des trois
4111. — Flèche barbelée.
D'après Cochet, Normandie souterraine^ pi. xvi, n. 5.
premiers siècles : un Alexandre-Sévère, quelques Constantin bien conservés. Deux monnaies du hautempire, trouvées ensemble au milieu d'objets de bronze, semblent avoir été enchâssées dans des montures de cuivre et avoir servi d'oinement, ce qui s'est trouvé ailleurs.
Les monnaies franques sont les plus intéressantes. On en comptait cinq, mais une d'elles a péri, tombant en poussière quand on la manipula. Toutes ces monnaies étaient dans des fosses et à la ceinture même des morts, ce qui porte à croire qu'elles se trouvaient dans des bourses ou cachées sous le ceinturon. Elles ont été recueillies au milieu de couteaux, de boucles et de pierres à feu. Le dernier carolingien était dans la
2° ANCVA80 buste diadème à droite; R? OVTVI- SIRVI et à l'exergue C- Guerrier franc debout tenant de la main droite une lance, et de l'autre une couronne (fig. 4112). Dans l'« informe assemblage » de lettres, j. de Pétigny croit pouvoir encore retrouver quelques éléments du nom d'Anastase et la légende de Victoria Augusla.
3° Débris informes de légende olTrant de nombreuses traces de surfrappe; tète diadémée à droite; R7 personnage assis à droite sur une chaise curule, derrière lui un trophée sur lequel il semble s'appuyer; devant lui, une étoile (fig. 4112). Cette pièce est la plus dégradée; paimi les débris de la légende, J. de Pétigny croit reconnaître quelques lettres ayant appartenu au nom de Justinien.
4° DN Giés) I..0.-. Tète jeune, diadémée, à droite; R? AVA--ANI; à l'exergue OONO- Un roi assis, tourné vers la gauche, tenant une longue croix appuyée sur la terre ; derrière lui, une lance garnie de son amentum fichée la pointe en bas dans le sol. En réalité, une Victoire assise; au droit on lit DN, sans plus, et, au revers VANANI ce qui semble avoir appartenu au nom de Justinien.
Toutes ces pièces étaient fort oxydées, leur poids variait de 0 gr. 19 ou 3 grains 6 10 à 0 gr. 23 ou 4 grains 1 3. Un fragment soumis à l'analyse donna le titre d'environ 800 1000 d'argent fin. On peut considérer comme d'agréables rêveries les explications données de l'ange cruclgère en souvenir de Tolbiac ou de Vouillé, de la chaise curule du préfet de Trêves Egidius et du roi Théodebert assis avec une lance dont la pointe est fichée dans le sol!
5° + CARLVS REX FR. ;R/ + NOVIOM. Denier carolingien, argent, poids 1 gr. 77 ou 33 grains 3/10, monogramme de Karolus (fig. 4112).
XXVII. Vrilles. — Au cours des premières explorations, Cochet avait rencontré un instrument en ter.
4112. — Monnaies Iranques trouvées à Envermei.'. D'après Cochet, Normandie souterraine, pi. xvii,
coupe des terrains, à 0 m. 75 du sol et à 0 m. 75 du squelette '.
1° t VACIVMAVIT : buste, diadème et drapé; R7 VOMFI. Ange crucigère, debout dans un char, à droite; devant, une étoile, et au-dessus, une couronne (fig. 4112). En réalité c'est une Victoire crucigère marchant à droite, et ayant devant elle une étoile. Les légendes de cette pièce, comme celles des trois autres, avaient été rendues presque indéchiffrables par la barbarie du travail et l'oxydation du métal. Les caractères visibles sur le dessin semblent donner les lettres NASIVS, débris du nom de l'empereur Anastase. .Vu revers on peut trouver les éléments de la légende Victoria Augusta. C'est aux monnaies du même empereur que le type de ce revers semble emprunté.
* Thomas, Description de cinq monnaies franques inidiies trouvées dans le cimetière mérovingien d'Envermen. précédée de considérations Itistoriques sur les systèmes monitaires en usage chez les Franks aux V et ri' siècles, dans
ressemblant à une clé et dont la destination restait problématique. En 1854, il rencontra un nouvel exemplaire le long d'un fémur et au nom de « fichepatte » substitua celui de vrille ou tire-bouchon en spirale entouré de cuir. Cet outil devait servir probablement à percer le cuir ou le bois.
XXVIII. Épées. — Dans la grande fosse de 2 m. 40 sur 2 m. 80, qui contenait plusieurs corps couchés en double assise, le premier objet qui ait apparu était une gr.ande épée, dont le fourreau en bois recouvert de peau est encore très reconnaissable (fig. 4113). Sur les côtés étaient des tringles ou garniture d'argent ou de bronze étamé; l'extrémité arrondie est recouverte d'un lame d'argent très brillante. Cette garniture, comme on l'a déjà dit, n'existe que d'un côté, celui
Normandie souterraine, 1" édit., 1S54. ch. xxv, p. 353-397; 2« édit., 1855, p. 357-363 (résumé); cf. J. de Pétigny, dans Revue numismatique, 1855, t. XX, p. 65-81 ; E. Cartier, ibid., p. 297-300.
ENVERMEU
qui était vu du public. L'épée elle-même était rattachée au ceinturon par une très belle boucle de bronze. Chez les Francs, l'épée était une arme réservée aux guerriers d'élite, ce qui explique sa rareté dans les tombes. A Ouville, sur cent squelettes, on n'en trouva aucune; à Envcrmeu, en 1854, deux sur soixante indi\idus; en 1855, une sur soixante-cinq fosses. La longueur totale de l'épée figurée ici est de 0 m. 89; la lame, rompue par le milieu, mais non diminuée, mesure 0 m. 78 de long sur 0 m. 05 de large. Vers le sommet deux tringles de cui\Te rayées, étamées ou argentées décoraient le fourreau, dont la garniture d'argent, à l'autre extrémité, était longue de 0 m. 10, et munie également de deux tringles argentées ou d'argent pur.
Dans le cimetière de Farébers\iller, près de Saint- Avold (Moselle), sur six sabres, huit couteaux et cinq lances, on a trouvé quatre épées à deux tranchants, mesurant entre 0 m. 80 et 0 m. 90 de longueur. C'était probablement l'arme de la cavalerie, ce que tendrait à prouver la présence d'un éperon de bronze près d'une de ces épées. « La lame de ces épées austrasiennes a une longueur totale de 0 m. 90 sur 0 m. 05 de large. La poignée en bois ou en corne, de Om. 05 de haut, était fixée à la lame par deux plaques de fer, retenues par des clous de cui\Te. Le pommeau, d'une forme triangulaire, est également en fer, il est long de 7 centimètres et se trouvait séparé de la plaque supérieure
squelettes. Une de ces épées mesure 0 m. 80, l'autre Om. 87,1a soie comprise. Sur la lame, dont la largeur est de Om. 04, on reconnaît «les vestiges d'un fourreau en bois qui fut probablement recouvert de cuir ' ». L'épée trouvée, en 1845, dans les sépultures à La Rue- Saint-Pierre, près Beauvais, garnie d'or, d'argent et de verroteries, mesure 0 m. 88 *. Dans le cimetière du Mont-Lupfen,près d'Oberflacht (Wurtemberg), huit épées furent exhumées, mesurant toutes 0 m. 80 de longueur sur Om. 04 de largeur, ayant la lame à double tranchant. « Toutes étaient généralement placées à droite du mort, sauf une à gauche et deux près de la tête; toutes se trouvaient dans des fourreaux. Les plus simples de ces gaines étaient en écorce de bouleau, d'autres y ajoutaient du cuir et quelques-uns une garniture d'argent au bas, à la tête et sur les côtés. L'une d'elles a présenté un pommeau en pierre '. » Parmi les trois épées provenant du cimetière de Gilton Town (Kent), une possède un ponuneau en bronze de forme à peu près sphérique, offrant quatre petites têtes en relief, placées dans des niches, ce qui semble être d'un travail romain ».
XXIX. BoucuERs. — En 1850, 1853, 1854, on a trouvé à Envermeu des umbo, généralement placés à la hauteur du genou. Le manche ou armature était brisé, mais il est facile de reconnaître que la branche de fer était unique. Les clous à tète plate, qui rattachaient Vumbo à l'appendice, étaient encore revêtus
4113. — Fourreau d'épée. D'après Cochet, Sépultures, p. 162.
de la poignée par une légère bande de corne garnie d'une feuille de cui\Te.La boucle du ceinturon,également en fer damasquiné en argent, avait été appliquée sur le cui\Te par de larges clous en cuivre, à tête bombée et aux rebords guillochés; sa longueur est de Om. 12 sur 0 m. 06 de largeur. Le fourreau de l'épée consistait en deux planchettes de bois, recouvertes en cuir, le tout ajusté entre des tringles de cuivre, dont deux fragments existent encore '. » Au cimetière du Tombois, à Védrin, près Namur, on trouva « deux épées en fer, à double tranchant. L'une, longue de 0 m. 69 et large de 0 m. 04 à 0 m. 05, était entre les jambes du guerrier. La poignée, brisée en partie, était garnie à sa base d'une sorte de garde en bionze. Le dessus de la poignée paraissait avoir conservé aussi un ornement du même métal. L'autre, longue de Om.72, était également large de 0 m. 04 à 0 m. 05, on l'avait trouvée le long de la jambe droite. Des parcelles de bois, provenant du fourreau, étaient encore adhérentes à l'épée, que soutenait à la ceinture une forte boucle en bionze '.» Dans le cimetière de Séraing, près Liège, on a trouvé deux épées pour un total de deux cents
' Dulresnc, Notice sur des sépultures gallo-lrankcs trouvées en 1SS4, p. 6. — ' E. del Mamiol, Cimetières de l'époque franque découverts aux lieux dits le Tombais et les Minières, à Védrin, p. 9-10, pi. m, flg. 6,7. — 'G. Ilagemans, Kupport sur ta découverte d'un cimetière franc-mérovingien, à Séraing, in-8», Liège, 1856, p. 2t-25, pi. il, «g. 17. — ' Bulletin de la Commission archéologique du diocèse de Beauvais, t. i, p. 41. — 'F. von DUrrich, Die Ueidengraber am Lupfen (bel Oberflacht), in-4», Slultgart, 1847, p. 111, n» 2, 7, 28, 30, 34, 38 et planches. . — ' Bryon Faussett, Invmtorium sepulclirale, editeil by C. Roach Smith, London. 1896, p. 7, 11, 20; pi. X, ng. 5, 6, 7. — ' Cochet, Normcuidie souterraine, pi. VIII. — ' Lindenschmitit, Dus Germanische. Todtenlager bei Selzcn in der J*riwinz Ttheinhessen, in-S", Mainz, 1848, pi. vu et pi. générale. — ' W.Wylie, l'air/ord
d'une lame d'argent très brillante; mais on ne peut affirmer que Vumbo fut également recouvert d'argent. Ces pièces n'égalent pas en intérêt celle de Londinières, trouvée en 1852, où Vumbo a conservé sa monture de fer '. Il n'est guère de cimetière barbare qui n'ait donné sa récolte d'umbo. Deux à Selzen ', douze à Fairford ',quatre à Ozingell (Kent) ">, cinq à Charnay (Saôiie-et-Loire) ", un à Émérange, un à Mondorf (Luxembourg), d'autres à Lède (Belgique) ". A Misérj' (Somme) fut trouvé un bouclier de fer dont Vumbo et l'appendice étaient revêtus d'une lame d'argent doré, sur laquelle était estampillé le nom de rorfè\Te"; à Bâle, on a trouvé un umbo damasquiné, et à une lieue de Verdun, non loin de la Meuse, fut trouvé un umbo que Schœpflin prit pour un casque ". Les artistes ou les archéologues n'ont guère eu d'autre souci que de reproduire les umbo parvenus à leur connaissance. A Harnham Hill, près Salisbury, Vumbo est accompagné d'une barre de fer "; à Ozingell un des umbo garde sa poignée "; on y voit le creux où l'on plaçait la main et les deux clous qui fixaient cette traverse à Vumbo. Disposition semblable sur une pièce de
graves, a record o/ researcties in an Anglo-Saxon burial place in Glocestershire. in-l", Oxford, 1852. — " Roach Smith, Colleclanea antiqua, etchings and notices o/ ancicnt remains, in-S», London, 1854, t. m, part. 1, pi. ii. — " H. Baudot, Description d'objets antiques découverts, en octobre 1832 dans le territoire de Charnay, dans \téni. de la Comm. des aniiq. de la Cùte-d'Or. 1832. 1833. — " Namur, dansPiiftlications de lu Soc, etc.rfi' Luxembourg, t. vni, p. 36, 45, 47, pi. IV, tig. 23, 24. — " Higollot, dans Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, t. X, p. 220. — " Muséum Schœptelini. in-4», ArgentoratI, 1773, t. i, p. 143-144, pi. xvi. — " Akernian, An account o/ excavations in an Anglo-Saxon burial ground at Harnham Hill, ncar Salisbury, London, 1.S54. p.2,pl.i,ng.2: Ï7if arr/inolo9i(i,t..\xxv, p. 259-278. 1 — " Hoach Smith, "(). cit.. t. m, part. 1, pi. ii, (Ig. 5, 6.
ENVERMEU
Charnay, une bande de fer, creuse et arrondie, traverse la cavité, de même à Selzen. Sur un Jjouclier de Cliarnay adhérait une branche de fer destinée à soutenir l'appendice, ainsi à Envermeu en 1853, où une verge unique partant de chaque extrémité dn manipule s'avance et dépasse l'u/nfto jusqu'à une distance de 0 m 15 d'un côté et 0 m. 07 de l'autre. La longueur totale de la verge et du manipule était de 0 m. 50, il faut ajouter que les deux extrémités étaient brisées (fig. 4114). Du cimetière franc de Verrières, près Troyes, vient un umbo entièrement semblable à ceux d'Envermeu, muni comme eux de cinq clous à tètes plates, destinés à rattacher ses bords à la planchette de l'appendice. Cet umbo a également conservé son armature, qui consiste dans un manipule de fer terminé à droite et à gauche par une verge unique finissant au clou qui l'attachait à la garniture. Cette armature est entièrement semblable pour la forme à celle trouvée à Envermeuen 1853. Les verges de l'armature de ce bouclier ne dépassent pas le clou d'attache, tandis qu'à Envermeu elles le dépassaient. Ce qui fait rimportance°'du bouclier de Londinières, c'est l'arma-
ham Hill; à Selzen, l'uméo était àhauteurdu bras droit.
Le bouclier est rare dans les sépultures franqu''s: à Londinières, un sur quatre cents squelettes; trois à Envermeu sur quatre cent soixante tombes; pas un seul à Parfondeval, à Lucy, à Neufchâtel, à Douvrend;cinq à Charnay pour plus de deux cents squelettes et ils étaient réunis deux par deux '. Dans les tombes de la Suisse française, le bouclier est également rare, plus' commun dans la Suisse allemande. Les antiquaires anglais en ont rencontré fort peu relativement au nombre de cimetières fouillés : douze à Fairford pour cent quarante squelettes, un à Harnham Hill sur soixante-sept squelettes, plus tard deux pour cent squelettes. Tout porte à croire qu'au temps de l'heptarchie anglo-saxonne le bouclier était d'un usage fréquent; il paraît qu'en 996, sous le roi Ethelred il existait à Winchester une Shield- Wright' s streel : « rue des fabricants de boucliers * ».
Mesurés avec soin, les trois umbo de la campagne de 1854 ont présenté les mêmes dimensions, une proéminence de 10 centimètres sur une largeur de 17 à la base. Cinq clous les attachaient à la planchette de
4114. — Bouclier trouvé ù Envermeu.
D'après Cochet, Normandie souterraine, p!. xvi, n. 1,
Inre de fer complète, tout d'une pièce, présentant au centre une lame de fer ployée afin de permettre au guerrier d'introduire son bras; tandis que la paume de la main saisissait le dos de la plaque, les doigts pénétraient dans l'ouverture et s'y accrochaient. Cette lame de fer était fixée sur le bord de l'umbo au moyen de clous dont les têtes plates sont restées visibles. Le côté convexe était en dehors de Vumbo et la partie concave tournée à l'intérieur; mais à partir des deux clous le manche de fer se partageait de chaque côté en trois verges plates terminées par un amortissement. La longueur totale de l'armature du bouclier de Londinières était de Dm. 50. Le diamètre de l'umbo n'était que de 0 m. 07, sa hauteur de 0 m. lia 0 m. 12. La place du bouclier dans les sépultures franques ne semble avoir rien de constant, tantôt près de la tête ', tantôt à hauteur des genoux, parfois sur la poitrine. Un des boucliers trouvés à Ozingell était posé sur la poitrine et l'extrémité de sa circonférence allait des yeux jusqu'au bas des côtes, ce qui suppose un diamètre deOm. 70 ^; à Fairford, huit umèo turent trouvés à hauteur des genoux, un autre à la même place àHarn-
'Akerman, Remainsof pagan Saxondom principally front tiimiili in England, in-4'>, London, 1852-1854, p. 14. — ^ Roach Smith, CoUcctanca antiqita, t. m, part, i , p. 3: Cochet, Normandie, p. 201. — ' Baudot, Note sur tes sépiil- Itires mérovingiennes de Cimrnag, p. 312. — * Akerman, An account of excanations in an anglo-saxon bitrial ground, p. 2, 11 ; Remains, p. 20; Cochet, op. cit., p. 292. — ' Tlie
l'appendice. Les têtes de ces clous de fer étaient recouvertes, tantôt d'une lame de cuivre, tantôt d'une lame d'argent, toutes deux très minces. Si un de ces umbo a été letrouvé à sa place primitive, sur la poitrine qu'il recouvrait entièrement, les autres avaient pu être déplacés par les anciens spoliateurs des tombes. Il semble d'ailleurs que la poitrine était bien une des places où l'on disposait le plus fréquemment le bouclier du défunt; un autre exemple en a été trouvé dans une tombe de Long Willenham (Berkshire) '. Dans le cimetière franc de Bénouville-sur-Orne, en 1838 et en 1839, on trouva deux squelettes dont la poitrine était entièrement couverte d'un fer tellement oxydé qu'on ne put le lever que par petits morceaux. Ce fer descendait jusqu'à la ceinture et reposait sur une grosse toile dont on reconnaissait encore le tissu ". Quoique ceci puisse très bien s'appliquer à une cuirasse, genre d'armure connu des Francs -', il semble être question d'un bouclier et desonarmature.D'après les écrivains anglo-saxons, le bouclier était généralement en bois, surtout de tilleul, ce qui explique comment il a disparu dans l'humidité '.
arcliieological journal, t. v, p. 291-292. — * Durand, dans les Mémoires de la Société des antiq. de Normandie, t. xn, p. 325, 329. — ' On lit dans un capitulnire : De armis in/ra patriam non portandis id est scutis et lanceis et lorieis. — • Th. Wright, On Anglo-Saxon antiquilies witlt a particiiUir référence (o Uie Faussett collection, in-8°, Uverpool, 1855, p. 10, 11.
ENVERMEU
XXX. Crampons. — On a trouvé à Envermeu un très grand nombre de crampons de fer qui se rattachaient au bois du cercueil et devaient ser^^r à en faciliter le transport. Le cercueil de bois était d'usage chez les Francs, même pour les riches : Childéric avait été enterré dans un cercueil de bois dans une fosse de 2 m. 30 de profondeur. On trouva à Envermeu une douzaine de ces crampons de fer (flg. 4115); un objet de même tj-pe a été trouvé dans les sépultures saxonnes de Little Wilbraham (Cambridgeshire) ^.
XXXI. P.\TÈRE. — Avec le mobilier de la tombe qui contenait deux seaux en bois, fut trouvée une
4115. — Crampon de cercueil.
D'après Cochet, Sépultures, p. 164.
patère ou coupe de bronze plate et ayant un manche terminé en cou de cygne (flg. 4116). Ce genre de vase, tout nouveau, ressemblait à une petite poêle qui serait un peu profonde. De petites poêles ou casseroles de bronze absolument semblables à celle-ci ont été trouvées dans le Wurtemberg '. La poêle d'Envermeu était encore enveloppée dans la mousse qui l'avait recouverte et n'était pas consumée. Dans le cimetière du Mont-Lupfen, à Oberflacht, près Stuttgart, tous les coffres de bois des morts étaient encore remplis de mousse ou de paille ' et, au x\Ti« siècle, vers 1653, lorsque l'on ou\Tit à Saint-Germain-des-Prés le tombeau de Childéric II et de Bilihildc. son épouse, la
4116. — Patère en bronze.
D'après Cochet, Sépultures, p. 165.
tète de cette reint mérovingienne reposait » sur un coussin d'herbes odoriférantes * ».
XXXII. Mors de cheval. — Dans la même fosse, vers la tète, on trouva un mors de cheval et deux anneaux de bronze qui se rattachaient sans doute à l'équipement du cheval. Ce mors, semblable à ceux que l'on a rencontrés dans les établissements romains, notamment au Vieil-É\Teux, n'est guère qu'un lilet. Un petit objet en forme d'arc pourvu d'une pointe semble être un éperon.
XXXIII. Fibules ou broches. • — Les premières campagnes de fouilles à Envermeu donnèrent au moins cinquante fibules de bronze, toutes diverses dans leur forme. La plupart avaient conservé la trace de la brillante couche d'étain ou d'argent dont elles avaient été recouvertes. Plusieurs, parmi les plus petites surtout, aftcctaient la forme de poissons, d'oiseaux et même de vers de terre (flg. 4117). Quelques
' R. C. Nevllle, Saxon obsequies, illustraled bu ornnmenis and weapons, in a cemelery near Little Wilbraham, London, 1852. pi. XL. — ' \tém. de la Soc. royale d'arch. de Stuttgart,
personnes ont cru voir, dans ces signes zoomorphiques, des traces de l'ancienne idolâtrie des Francs que Grégoire de Tours nous révèle par ces mots : Generalim sibi sylvarum el aquanim, aoium, besliarumque et aliorum quoque elementonim fecere formas. Une des plus petites fibules, trouvée en 1851, parut ressembler a une abeille. Malheureusement elle n'était pas entière; la tète, atteinte par la pioche, avait disparu; il ne restait que le corps et la queue imitant tout à la fois un
4117. — Fibules trouvées à Envermeu.
D'après Cochet, Normandie souterraine, pi. xi, xin, xv.
poisson ou une abeille; finalement Cochet avait presque abandonné l'idée d'une abeille. L'ne fibule hexagone était émaillée d'un beau bleu d'azur avec un cercle d'œillets blancs et rouges. Beaucoup de fibules avaient été recouvertes d'émail. En 1852, on trouva cinq ou six paires de fibules, dont une digitée. Deux paires, entièrement semblables entre elles, avaient la forme d'une croix de Saint-André, et ressemblaient aussi au petit bijou appelé « bouton de chemise ». En 1853, encore trois ou quatre paires de fibules; parmi les plus jolies sont deux perroquets, dont les pattes joignent le bec très recourbé et dont l'œil rouge est
4118. — Fibule émaillée.
D'après Cochet, Xonnandie soitierraine. pi. xii, n.3.
formé par un grenat. Toutes deux conservaient des traces de dorure. Toutes, de quelque forme et de quelque nature qu'elles fussent, avaient une épingle ou un ardillon de 1er; elles furent trouvées ordinairement sur la poitrine, une fois même deux paires étaient étagécs et très régulièrement distancées sur le pectoral. Aux fibules se rattache une feuille de vigne en émail cloisonné d'or (fig. 4118). Celte jolie pièce se compose de deux petites plaques de verre superposées, l'une blanche et l'autre violette. La surface violette, la seule visible au dehors, présente au milieu une feuille de vigne en émail, verte comme au prinU-mi)s. La bordure de la feuille est un lilct d'or enchâssé dans le vert avec un art exquis et un goùl parfait; le tout
1854, p. 14. — ' F. vonDUrrich.Die/ioidcnflrafciT ain Lup/cn, bei Oberllachl,p. 11, 12. — ' Monltaucon, Les monuments de lu monarchie française, in-fol., Paris, 1725, t. i, p. 17.3-175.
ENVERMEU
était encadré d'une garniture d'argent rehaussée de dessins •.
XXXIV. Bouton émaillé. — L'a admirable bouton de bronze dont la surface, ronde et large de 3G millimètres, est couverte d'une délicate mosaïque en émail polychrome. Trois cercles concentriques de bronze
4119-1122. — Bouelos d'oreilles à Envermeu.
D'après Cochet, Normandie souterraine, pi. xi, xii, xni,
et Sépultures, p. 173.
cloisonnent ou séparent les dessins, qui sont d'une grande variété. Les couleurs employées sont surtout le rouge, le bleu, le blanc et le jaune '.
XXXV. CoLUERS. — t^'ne quinzaine de colliers, tous de perles de verre de pâte de verre ou d'ambre jaune. La plupart se composaient de perles de verre, alternées de bleu, de vert ou de jaune; un d'eux était formé avec quinze perles en pâte rouge ornées de
ce dernier collier était au cou d'une jeune personne de vingt à vingt-cinq ans, laquelle portait au poignet gauche un bracelet de 5 perles d'ambre ou de succin. 11 est intéressant de rappeler que nous lisons, dans la Vie de sainte Geneviève, que saint Germain d'Auxerre lui défendit de porter des colliers de perles : Ne margarilarum monilibas ornaretur admonuit.
On devrait encore mentionner un grand nombre de boules de verre, plus de soixante-dix; les plus grandes se trouvaient souvent le long des fémurs, à la hauteur de la main.
XXXVI. Boucles d'oreilles. — Pour les premières campagnes de fouilles, Cochet comptait vingt-deux paires de boucles d'oreilles à Envermeu; d'autres sont venues plus tard s'y ajouter. Quelques-unes étaient petites et n'excédaient pas la grandeur d'un anneau. Parfois on trouve enfilée une perle d'ambre jaune (lig. 4119) ou bien une perle en pâte de verre (fig. 4122) Chaque boucle avait un nœud, parfois mobile, mais plus souvent fixe et en métal orné de pierreries ou de verroteries (fig. 4120); la plus distinguée était en argent allié à beaucoup de cuivre et à un peu d'or, et torse comme on en voit encore de nos jours ; sa circonférence n'était que de 0 m. 10, tandis que celles de bronze avaient souvent 0 m. 20. La boule ou chaton mobile dont elle était ornée était de forme ronde, garnie de tous côtés de lames d'argent très fines et présentant quatre facettes de verre violet. Chacun des côtés, pris isolément, offrait une tête de dragon, à la bouche béante et enflammée. Dans la campagne de 1854, on trouva une admirable boucle d'oreille en or, pesant 7 grammes (fig. 4121). Il paraît bien qu'alors tout le mondeportaitcetornement,mèmeles enfants, car dans la fosse d'un enfant de six à sept ans on a trouvé un très petitcouteauet,prèsd'uncrànetrès tendre,une minuscule boucle d'oreille en bronze de forme un peu allongée.
4123. — Objets divers trouvés à Envermeu. D'après Cochet, Normandie souterraine, pi. xn, n. 1; et Sépultures, p. 180-182
guillochures blanches et jaunes d'une très grande variété; un autre comptait dix-huit perles dont une d'ambre jaune, les autres en verre noir ou blanc, mais petites comme un grain de mil; elles rappelaient par leur exiguïté les petites perles blanches qui bordent les rabats ecclésiastiques. Un collier était composé de vingt-deux perles, dont quatorze rouges et jaunes et huit entièrement vertes. Un collier comptait quarante-deux perles de verre et de pâte de verre;
' Roach Smith, Collectanea antiqua, t. il, pi. xLix, p. 221 ; de Laborde, Notice des émaux, bijoux et objets divers, déposés dans les galeries du Musée du Louvre, in-S", Paris,
XXXVII. Épingle a cheveux. — Épingle en argent, longue de Cm. 20, parfaitement conservée; la tète représente une sorte de perroquet; la partie dorée était d'une fraîcheur exquise; l'œil de l'animal était figuré au moyen d'une petite pierre ou verroterie rouge (fig. 4123). Cette épingle fut trouvée près de la tète ».
XXXVIII. Quelques tombes. — L'abbé Cochet pubfia les procès-verbaux de ses trois dernières cam-
1853, p. 95. — = Roach Smith, Collectanea. t. m, pi. xxxv; Cochet, Normandie, pi. xv, n. 4. — ' Ibid., t. il, pi. xt.ix. p. 210; Cochet, op. cit., pi. xn, n. 1.
ENVERMEU
pagnes de touilles en 1854 ', 1855, et 1856. Nous allons citer largement ces deux derniers journaux, qui contiennent de précieux détails.
fi septembre 1855 : Une fosse profonde de 2 m. 50, longue de 2 m. 20, large de 0 m. 60 à 0 m. 70, ayant les pieds au nord-est et la tête au sud-ouest, ayant probablement reçu deux corps. Le premier, d'une jeune fille de douze ans environ, dont il ne subsiste aucun ossement, mais seulement les bijoux. D'abord deux boucles d'oreilles à cercle de bronze, avec pendants ovoïdes en or : ces boules ou pendants, semblables à des œufs d'oiseau, avaient été formés au moyen de deux petites coques jointes par le milieu et remplies de mastic (fig. 4123). .\utour de chaque boucle d'oreille on trouva bon nombre de fils d'or qui paraissaient avoir fait partie d'un tissu détruit par le temps et l'humidité; en voici quatre des mieux conservés. Sur la poitrine, ou à la place où elle devait être, se trouvaient deux fibules en or. Celle qu'on reproduit ici (fig. 4123) se compose de trois feuilles métalliques, la première en or massif pesant 7 grammes, la seconde en argent, fine et légère, la troisième en bronze, et l'ardillon en fer. La surface est ornée de filigrane reproduisant un natté et dont la forme était celle d'un perroquet aux ailes déployées. Près d'elle se trouvait une grosse perle en pâte de verre dont les dessins de diverses couleurs imitaient une mosaïque: c'était probablement une amulette suspendue au cou.
et an squelette avec un bouclier defer, àclousde cuivre revêtus d'une lame d'argent, posé sur la poitrine. La pointe de l'umfto légèrement aplatie était revêtue d'argent, le manipule et la garniture étaient brovés, la trace du bois était encore visible dans le creux du manipule. A la ceinture était une boucle de bronze, deux couteaux croisés (?), une pince à épiler en bronze, une petite balance en bronze dont l'aiguille jouait encore (voir Fléau); enfin, toujours à la ceinture, un fermoir de bourse composé de verroteries rouges (voir Fermoir). Divers débris à l'état de fragments. Vers les pieds, au côté droit du corps, un angon placé la pointe en bas.
Ajfooy. — C'était le deuxième angon trouvé à Envermeu (1854 et 1855). Jusqu'à cette date le tj'pe de l'angon, communément désigné sous le nom d'angon d'Agathias, restait problématique. La lance, en forme d'hameçon ,conser\'ée au Musée d'artillerie ^ ne paraissait pas remplir les conditions voulues. Ce n'était, en effet, qu'une javeline pointue dont le corps et les ailes sont aplatis; le manche est court, incomplet, mais n'a jamais dû être long. L'angon d'Envermeu, trouvé en 1855, a Dm. 95 de longueur;la douille et la hampe sont arrondies, mais la pointe en est carrée. Cette pointe quadrangulaire est longue de 10 centimètres, et les deux ailerons qui l'accompagnent ont en<:ore 0 m. 05 de longueur. L'angon de 1854 a un mètre de longueur, la hampe et la douille sont rondes comme
4124. — .\iigon trouvé à Envermeu. D'après Cochet, Sépultures, p. 2'. 6.
A la ceinture s'est trouvée une boucle en bronze, accompagnée de têtes de clou, du même métal, qui ont dû décorer un ceinturon de cuir. Là aussi une petite chaînette de fer, de six à huit anneaux (fig. 4123); de petits ciseaux en fer renfermés dans un étui de cuir ou de peau dont un côté était orné de dentelures découpées carrément (fig. 4033); un petit couteau tenu dans une gaine, deux petites clefs en fer retenues par un anneau pour les attacher au ceinturon (fig. 4123) et présentant, l'une, deux dents d'un seul côté, l'autre une dent à droite et l'autre à gauche (cette dernière rappelle la croix ancrée des monnaies mérovingiennes)". Enfin une perle noire et des restes de cuir qui pourraient bien provenir d'une bourse. Au lieu où devaient être les pieds, s'est rencontré un beau vase de verre, petite carafe ronde encore pleine d'eau d'interposition et de craie descendue des terrains supérieurs. A l'intérieur, sept coquilles de clausilies et quatre ou cinq squelettes de petits rongeurs. Cette ampoule a pu être déposée dans une caisse de bois garnie de fer, dont on a retrouvé les angles et les pentures.
A l'est de la tombe de la jeune fille, un squelette ayant les pieds au sud-ouest, la têle au nord-est. Ce squelette avait à la ceinture un couteau et une boucle de fer; aux pieds, un vase en terre noire qui fut cassé par les ouvriers.
Au bout delà tombe de la jeune fille, en allant vers le nord-est, on trouva une fosse profonde de 1 m. 50
' Procés-ucrbal journalier de la /ou ille archéologique d'Envermeu (Seine-Intérieure) en se/ilembre 1854, dans Bulletin du Comitéde la langue, del'liisloireet desurLsde lal-'rance.lHôb- 1850, t. III, p. 54I-5G0, pi. x; réimprimé dans Sépultures, p. 157-177. — ' Deux clolsaniilogufs trouvées en 1851 à Little Wilbraham ont été publiées par Coclict, Sipulluns. p. 1S2. — • WyUe. Jiemarks on llie angon or harbed jaorlin o/ tlie Franks as describedbyAgalhias, dans The Arcliaologia.lSb'.i, t. XXXV, p. 48-53; Cochet, Normandie souterraine, 2' édit., p. 352. — ' De Widranges, Sépultures antiques découvertes
celle du précédent. La pointe, aussi quadrangulaire, est moins longue et moins prononcée. Les ailerons sont également soudés par l'oxyde (fig. 4124). Un véritable angon avait déjà été rencontré à Remennecourt (Meuse) *; celui-ci, long de 90 centimètres, se termine aussi par une pointe carrée, mais elle est munie de quatre ailerons recourbés comme un hameçon quadrangulaire. Outre l'angon d'Envermeu ', on peut citer un angon provenant de la Champagne •; on peut aussi classer parmi les angons une arme longue d'environ 1 mètre, trouvée dans le tombeau d'un chef franc près de Verdun ". La Rhénanie a donné d'autres angons, trouvés sur le territoire des anciens Ripuaires ' et conservés dans les musées de Mayencc, de Wiesbaden et de Darmstadt. Les pointes quadrilatérales de ces javelines • sont très remarquables. Elles diffèrent de toutes les autres têtes de lance de cette période, et ressemblent aux pointes de flèches et de hallebardes du moyen âge, et aussi aux pointes de différentes épées et de poignards faits pour percer des armes défensives. Dans presque toutes les têtes de lance, les barbes sont serrées contre la hampe, comme si elles y eussent été appliquées forcément par quelque corps solide. Celles de Wiesbaden et de Dannstadt sont aussi ployécs conmie si elles avaient servi à la guerre. Sur les pièces d'or au t\-pe de Théodebert, ce roi est représenté tenant de la main droite une javeline dont le manche perlé pose sur l'épaule droite, passe derrière le cou et reparaît du côlé gauihc
à Remennecourt et sur la côte de Venise, territoire de Varneij (Meuse), dans les Mémoires de la Société philomalhiquc de Verdun. 1846. t. m, p. 231. pi. m, 11g. 311. — * \V. M. Wylio, liauarks on thc angon o/ the Franks and the pilum o/ Vegelius.(lansTheArchwologia,ïSÔ3.i.XK\\i,p. 80-.SI. — 'Ibid. — ' Musicum Sclvepllin i, p. 146. pi. xvi, (lu. 7. — ' J. Y. Alicrnian,A'o(con tlie angon o/ Agathias, dans The Arcliœologia, 1855, t. XXXVI, p. 78-7'J. — * Ce qui provoque naturellcnieirt la comparaison avec la l)aîonncttc ù quatre rainures <lu fusil ntodéle 1886.
de la tête (fig. 4125). Là est la pointe de l'arme, munie de deux ailes absolument conmie les angons d'Envermeu, de Wiesbaden, de Mayence et de Darmstadt '. Lance. — ■ Toujours dans cette môme tombe se trouvait un fer de lance, long de Om. GO, placé aussi la pointe en bas. La lance ou tramée est d'ailleurs une des armes les plus communes des cimetières francs. On la trouve aussi dans les tombeaux romains du bas-empire et parfois à côté des incinérations. Elle est surtout fréquente dans les tombes franques, où deux places lui sont assignées, la tète et les pieds. Chaque fois que la lance est accompagnée de la hache, on la trouve toujours aux pieds. Ces deux armes ont dû être déposées croisées dans la tombe; quand la lance est seule, elle est toujours près de la tète ou au côté droit. A Envermeu, en 1854 et 1855, on a trouvé de quinze à seize lances; une fois ou deux, la lance seule était aux pieds des squelettes, mais dans des tombes violées depuis longtemps. La longueur des lances est toujours très variable, aucune ne se ressemble, toutes affectent une fonne diverse. Chacune d'elles possède une douille circulaire à laquelle le bois est presque toujours resté adhérent. Les plus longues ont de 45 à 55 centimètres, celles-là sont assez rares; les plus courtes, très communes, ont de 25 à 30 cent., la longueur totale est de 34 centimètres. Une moitié
4125. — Pièce d'or de Théodebert.
D'après Cochet, Sépultures, p. 21S.
des feuilles est large de 25 à 30 millimètres; l'autre obtient de 40 à 45 millimètres dans son plus grand développement. Une seule a présenté, en sus de la douille, deux petites lames de ter qui descendaient au-dessous comme moj'en de consolidation '. A Farébersviller (Moselle), cinq fers de lance mesuraient de 35 à 40 centimètres de longueur ^; à Védrin (près Namur), runea50 centimètres, les deux autres 25 centimètres '; à Séraing, sept lances ou tramées dont la longueur variait de 15 à 30 centimètres ^.
La lance qui, en 1740, fut trouvée près de Verdun dans le tombeau d'un chef franc, n'avait que 25 à 26 centimètres '; elle était en bronze et sa feuille ressemblait beaucoup plus aux lances gauloises et romaines qu'aux lances franques, burgondes, allemaniques ou anglo-saxonnes. Parmi les lances recueillies dans les tombeaux de Bénouville, le bois du manche était encore logé dans la douille '. Quant aux lances du cimetière allemand de Nordendorf (Bavière), elles sont tellement semblables aux exemplaires d'Envermeu, pour la taille et la forme, que l'on pourrait croire ce faisceau dessiné aussi bien dans la vallée de l'Eaulne qu'au delà du Rhin. A Little Wilbraham (Cambridgeshire) ' une quarantaine de types, tous différents
* Cochet, Sépultures gauloises, romaines, fauques et normandes, p. 216-218. — * Mêmes dispositions à Rue-Saint- Pierre (Oise). Cf. Danjou, Note sur quelques antiquités mérovingiennes conservées au musée de Bcauvais, dans Mémoires de la Société académique de l'Oise, IS.'îti, t. ni, p. 16-26.
— ' Dufresne, Xote sur des sépultures gallo-frankes, p. 5,
— * E. dcl Marmol, Cimetières de l'époque franque, p. 10, pi. ni, fij;. 8, 11, 15. —■ ' Hagemans, Rapport sur la découverte d'un cimetière franc-mérovingien à Séraing, p. 23. — * Musœum Scliœptlini, part. I, p. 145, pi. xvi, fig. 4. — ' Duranfl, Notice sur des tombeaux trouvés à La Hogue, près le port de Bénouville (Calvados), dans Mémoires de la Société des
DicT, d'arch. chrét.
les uns des autres, se rapportent on ne peut mieux à ceux d'Envcrmeu et de Londinières; Cochet disait impossiblededistinguer les lances des Saxons de celles des Francs. Dans ce même cimetière de Little Wilbraham, on a trouvé une fois deux lances sur le même sujet "; la même chose est arrivée à Envermeu et on la signale dans le cimetière ripuaire de Seizen '°. Dans le Kent, la lance se trouvait généralement près de la tête ". Dans le cimetière helvéto-burgonde du Petit- Huningue, près Bâle, une lance ressemble aux types les plus longs d'Envermeu'^; dans la gravière de Severy (canton de Vaud), une lance, contemporaine de la précédente, est munie de deux crochets placés prés de la douille ", comme sur les exemplaires rencontrés à Douvrend, à Lucy, à Neufchâtel et à Londinières ". L'anneau sigillaire de Childéric montre ce prince la lance à la main; le trésor de Saint-Denis consersait la lance de Dagobert I" et chaque année, aux processions de Saint-Marc et des Rogations, un moine vêtu de l'aube portait cette lance : unus e matriculariis in alba ferai lanceam régis Dagobcrti ".
Revenons encore à la tombe. A hauteur des pieds, les débris d'un coffret de bois, une anse de bronze et des fragments de feuilles de cuivre attestant la présence et la destruction d'un de ces plateaux que l'on rencontre parfois dans les sépultures franques. Cette journée se termina par la visite de deux autres sépultures sans grande importance.
10 septembre : Visite de treize fosses orientées de diverses manières. La direction des pieds allait de l'est au nord-est, selon le lever du soleil. Les fosses, peu profondes vers le sud-est du champ, le devenaient beaucoup plus vers le nord et le nord-ouest. Presque toutes avaient été violées, une seule gardait un squelette presque entier. Tout le reste avait été pillé. D'autres fosses ne furent pas plus rémunératrices; on ne peut compter pour quelque chose une perle de verre verdâtre, un style, une fibule en bronze, une agrafe en fer, six perles d'émail vif, etc.
13 septembre : Visite de treize fosses, alignées du sud au nord. Les têtes à l'ouest et les pieds à l'est. Quati'e vases en terre entiers, dont un blanc et trois noirs; les autres vases brisés; une petite coupe de verre ayant la forme d'un coquetier. Ces fosses avaient été violées; dans une fosse on trouva une bague d'argent avec chaton sigillaire présentant un monogramme, une boucle, un anneau de fer et des objets de peu d'importance. Dans une fosse, un squelette de cheval. Déjà, au cours des explorations précédentes, on avait rencontré un mors de cheval (fig. 4126); on en rencontra un deuxième très curieux dont nous figurons ici la moitié (fig. 4127). La bibliothèque d'Abbeville conserve des chaînettes, des ronds et des mors de cheval. A Charnay, on trouva également un mors de cheval; à Conflans (Aube), on trouva « un homme, un cheval enterrés ensemble ». A Seizen, une tète de cheval reposait aux pieds d'un guerrier, de même à Douvrend, ce qui rappelle l'information donnée par Tacite à propos des Germains : Quorumdam igni et equus adjicitur. Comme une prolongation de cette coutume germanique, on trouva
antiquaires de Normandie, t. xii, p. 329. — " R. C. Nevillc, Saxon obsequies, illustrated by ornaments and weapons, in-fol., London, 1852, pi. 53, n. 36, p. S. — ' Ibid., p. S. — ^0 Lindenschmidt, Z)as germanische Todtenlager bei Sehen, pi. I, II, XII. — " Th. Wright, On Anglo-Saxnn antiquilies with a particular référence (o the Faussett collection, in-S">, Livcrpool, 1855, p. 9. — "G. de Bonstettcn, Recueil d'antiquités suisses, in-S", Berne, 1855, p. 47, pi. xxv. fig. 4 et 5. — " Recueil d'antiquités suisses, p. 46, pi. xxiii, fig. 6. -— " Cochet, La Normandie souterraine, 1" édit., p. 236, 246, 305; 2° édit., p. 283, 285, 298, 350-353, 385. — " E. Marténe. De antiquis nionactiorum ritibus, p. 472, 592.
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dans les sépultures helvéto-burgondes d'Echallens, près Lausanne, de nombreux squelettes entiers de chevaux, de vaches, de moutons, de porcs et de chiens ; et dans les tombes, des agrafes damasquinées, des coutelas, des ornements et des sjnnboles chrétiens. Enfin, dans la tombe de Childéric, on a rencontré le crâne, la mâchoire et les dents de son cheval, avec un des fers du pied, fer identique à ceux d'aujourd'hui '. Voir Fer a cheval.
Les autres fosses de cette journée donnèrent un mobilier insignifiant.
n septembre : Quatorze fosses, presque toutes violées, ossements dispersés ou détruits, quelques vases. Quelques tombes de très jeunes enfants, dont un de six ans et de qui la dentition était à peine terminée. Les tombes d'enfants montrent que la mortalité
4126-4127. — Mors de cheval à Eiiverniou. D'après Cochet, Sépultures, p. 176, 189.
infantile était considérable : dix à Gilton; vingt-deux à Silberstwold, quarante-quatre à Kingston, huit à Little Wilbraham.
20 septembre : Encore treize à quatorze fosses taillées dans la craie, presque toutes violées. Dans une tombe, près des pieds, beaucoup de fiches plates en os décorées de disques et de raies, avec clous d'attache en os, débris d'un coffret.
Dans une sépulture voisine qui semblait être celle d'une femme, la tête à peu près conservée était comme retombée sur la poitrine. Dans celle région furent trouvées deux fibules en bronze doré et eu forme de
' Montfaucon, Monuments de ta monarcliie française, 1725, t. I, p. 10-14, 16, pi. VI, flg. 4. — ' W. M. Wylie, jT/ie graves o/ (fte Allemani al Oberftacli in Siiabia, dans The Arcliœologia, t. XXXVI, pi. xiv. Un. G. ■ — ' Caylus, lieciieild'anliquilés, I. VII, p. 222, pi. Lxi, ng. 1, donne un ressort romain rond, à cinq cercles, mesurant 3 pouces de haut, sur 2 pouces 8 lignes de diamètre, avec un développement de 3 pieds, 7 pouces de long, sur 7 lignes de large. — * A Silberts<lowai, 1772, dans une tombe, Bryan Faussctl trouva une cuiller à potage. Jnvenlorium seputctirale, par Ch. Hoacli Snîith, p. 112, pi. .XII, lig. 10. — ' Ce journal n'a pas èlè inséré
vers de terre, comme il s'en rencontre parfois et notamment semblables aux deux fibules d'Oberllacht *. Voici la fibule d'Envermeu (flg. 4128). Puis encore seize perles d'ambre jaune mêlées avec sept perles d'émail ou pâte de verre. Toutes réunies, elles formaient un collier de vingt-trois perles; non loin d'elles était un petit bout de bâton entouré de cinq à six cercles de bronze assez minces, espèce de ressort compose d'une bande large de 3 millimètres tournant cinq fois autour d'un bâton de bois qui paraît avoir eu 7 centimètres de circonférence ' ; une chaînette à huit mailles rondes; à la ceinture, un anneau de fer encadrant une boucle de bronze étamé destinée au ceinturon, une plaque triangulaire destinée à terminer la partie retombante du ceinturon (fig. 4129). quelques objets de minime importance, une cuiller en f er *, et un vase en terre noire. Quelques autres tombes sans intérêt archéologique.
24 septembre : Quelques tombes sans intérêt archéologique.
XXXIX. Dernière campagne. — 10 septembre 1856 ' ; Sept sépultures. La première était taillée dans
4128-4129. — Fibule et plaque pour ceinturon. D'après Cochet, Sépultures, p. 195, 196.
la craie et descendait jusqu'à deux mètres de profondeur. Elle était orientée est et ouest, suivant la coutume générale du temps, intacte et telle qu'au jour de l'inhumation (sauf la corruption du cadavre). Selon toutes les vraisemblances, cette fosse appartenait à un jeune guerrier déposé avec toute sa parure. Le corps était encaissé dans sa longueur totale par une couche de noir qui ressemblait assez â du charbon de bois. Cette braise fine et non mélangée semblait retracer les planches consumées du cercueil '. Les faces latérales du crâne verdies par l'oxyde avaient été en contact avec des boucles d'oreilles en argent, à bas titre, dont le cercle, grand et tors, fermait à l'aide d'un anneau placé à un bout et d'un crochet qui s'y eniboîlait par l'autre. La boule ou pendant, de forme carrée, à angles rabattus, était composée avec une
dans la Normandie souterraine, ni dans les Sépultures gauloises, etc., il a été publié sous le titre de Note sur la sépulture d'un jeune guerrier franc découverte à Envermeu (Seine* Inférieure), le 10 septembre 1856, dans Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, 1857. t. IV, p. 342-348. — • L'analyse chimique de substances semblables, recueillies dans des circonstances analogues, a lait voir un bois pourri ou lignite lossile là où on croyait ne voir que du charbon. J. Glrardin, Analyses de plusieurs produits d'art d'une liante antiquité, p. 38; Précis analiitique des travaux de l' Académie de Itouen, I851-18i>2.
ENVERMEU
pâte ou mastic recouvert de feuilles d'argent fines et légères. Ces boules encliâssaient sur leurs quatre pans principaux des verroteries vertes taillées en losanges. Des triangles du même verre décoraient aussi les huit angles rabattus du pendant. A chacun des bouts de cette boule saillaient, sur le plan de l'argent, quatre petits tubes du même métal fermés par de fines lentilles de verre bleu d'un charmant effet.
Au côté droit de la tète, se trouvait une lance en fer, longue de 24 centimètres, et une partie du manche, longue d'environ 20 centimètres, se reconnaissait encore à une traînée rougeàtre de bois oxydé. C'est cette arme qui fait supposer qu'il s'agit ici d'un guerrier. Au cou du jeune soldat, immédiatement au-dessous de la mâchoire inférieure, quatorze perles en pâte de verre qui avaient dû former un collier. Ces perles, simples ou doubles, sont arrondies et oblongues. Douze sont d'une pâte rouge et dure, recouvertes d'incrustations d'émail jaune dont les dessins imitent des yeux, des dents de scie, des godrons et des guillochures; deux sont en verre verdàtre et foncé, enveloppées comme des barils dans des cercles d'émail blanc. Sur la poitrine un style en bronze étamé ou en argent à bas titre, car il brille encore et pourrait servir comme autrefois; ce style est long de Om.23. A la ceinture se trouvait le couteau de fer, long de dix-sept centimètres avec la soie, ayant la lame plongée dans un étui de cuir. Plusieurs boucles : une carrée, d'un bronze étamé, brillant comme l'argent. Cette boucle était neuve et avait fort peu servi; évidemment elle avait servi à fermer le ceinturon, qui était de cuir ou de peau. Deuxième boucle en bronze, également carrée, mais fort petite, qui devait servir à rattacher l'étui du couteau à la courroie principale. Deux boucles en fer, un grand anneau qui a dû posséder une courroie de cuir. A côté et plus bas, un bout déchaîne composé de trois anneaux, dont un plus grand que les autres. Un fermoir de bourse placé un peu au-dessus du col du fémur. Ce fermoir est en bronze ', comme celui de Lupfen, près Oberflacht ', mais beaucoup plus travaillé. Il est long de 0m.09 et large de 0m.012, épais de Om. 001, et orné sur toute sasurface de dessins creux gravés au trait. Au milieu, c'est un quatre-feuilles incrusté, vide maintenant, mais qui probablement autrefois fut rempli d'émail. Ensuite on remarque çà et là quatre groupes composés de trois ronds et disposés [lerpendiculairement. On y observe enfin six trous percés dans toute l'épaisseur du métal. Ces trous ronds, triangulaires ou polygones, sont garnis de verroteries doublées de paillons. Au milieu inférieur de la pièce sont deux tenons de cuivre, dans lesquels est passée une petite boucle de même métal et qui recevait probablement une lanière de cuir ou de tissu fermant la bourse de tissu. Ce fermoir, au moment de sa découverte, était tout enveloppé de matières oxydées, qui ont paru être du tissu ou du cuir passés à l'état de rouille. A présent encore, on reconnaît fort bien la trace d'une toile tissée très finement. Chaque bout du fermoir figurait un profil de tête d'oiseau de proie, aigle ou perroquet. Les narines et les yeux de l'animal étant figurés par des inscrustations de, verroteries, tandis que la boucle reproduit les serres ou les pattes.
Le long des cuisses, du côté gauche, on recueiUit huit boutons de bronze à tète pentagone, jadis ar-
' Ils sont généralement en fer. Ch. Roach-Smith. Colleclanea anliqua, t. m, p. 16; Inoentorium sepulchrale. p. 42.
— ' F. von Dilrrich et W. Menzel, Die Heidengràber am Lupfen, ç, 9, pi. x.flg. 11. — 'Cochet, Normandie souterraine, l"édit., p.298:2''édit., p. 375. — ♦ Lindenschmldt, Dos germanisclie Todtenlager bei Selzen, pi. vni. — ' Cochet, Mormandie souterraine, 1" édlt, p. 298; 2« édit., p. 375.
— • The arcliœological journal, t. ir, p. 81 ; Cochet, op. cil. ,
gentés ou étamés avec soin, car ils brillaient encore; les tètes étaient de bronze, mais les pointes étaient de fer; ces pointes devaient traverser le cuir du ceinturon, dont elles formaient l'ornement terminal, ainsi que de petites lamelles de bronze, qui devaient garnir les bords et en former la frange.
Enfin, on recueillit deux défenses de sanglier, placées, l'une dans les jambes, entre les fémurs, l'autre aux pieds, auprès des talons. Attributs de chasseur. Déjà, en 1852, on avait trouvé à Envermeu une défense de sanglier ', une semblable avait été trouvée à Selzen *; les trois défenses d'Envermeu ne présentaient aucune trace d'industrie humaine.
On peut rapprocher cette trouvaille de celle d'un bois de cerf dix cors, à Envermeu, en 1850 ', au-dessus d'un squelette. En 1810, à Dale Parte, près Arundel, dans un cimetière anglo-saxon, un squelette avait, à ses pieds, deux cornes de cerf ".
XL. a Le vase de sang ». — Xous avons déjà montré que les monuments et les textes n'autorisent en aucune manière l'interprétation pseudo-édifiante qui transforma par centaines et par milliers les vases funéraires trouvés dans les catacombes de Rome en témoins d'un martyre imaginaire. Voir Diciionn., t. i, au mot Ampoules de sang. Le cimetière d'Envermeu va déposer dans cette question où la crédulité ignorante des uns n'a d'égale que la fourberie impudente des autres.
Une excavation faite à Inchcvilie, près Eu (avril 1856), fit découvrir quatre ou cinq fosses dans lesquelles se trouvaient des corps accompagnés de vases en verre et en métal '. Les vases de verre sont de couleur verdàtre, mais d'un vert sale et enfumé, la teinte est celle de l'olive ou de la sépia. Au dedans et au dehors on remarque un tartre rouge, couleur de sang caillé. Trois coupes découvertes à Envermeu, en 1853 et 1854, arrondies par le fond qu'amortit une boule de verre, étaient de même couvertes au dedans et au dehors d'une couche de tartre d'un rouge très foncé, semblable à de la lie de vin '. Des constatations analogues ont été faites dans le cimetière franc de Verrières, près Troyes ", et sur une coupe trouvée à \Voodnesborough(Kent)'°. En 1855, Envermeu donnait encore une toute petite coupe de verre ressemblant à la coquille d'une patelle et une grande fiole d'un verre très blanc et très fin, portant les mêmes traces de tartre rouge. Ajoutons enfin une fiole de verre trouvée dans le cimetière franc de La Hogue, couverte d'« un sédiment presque noir et fortement attaché aux parois du vase " ». Incidemment, fait remarquer l'abbé Cochet, il n'a jamais remarqué ce tartre rougeàtre sur les nombreux vases de verre gallo-romains du haut-empire, recueillis dans les tombes à incinération du pays de Caux. Je ne l'ai rencontré, dit-il, que dans les inhumations franques ou gallo-romaines du bas-empire, mais il n'est que juste d'ajouter que ces tombes à incinération se trouvaient dans l'argile ou la terre végétale, les inhumations postérieures dans des fosses de craie et à une certaine profondeur.
A Paris, chez Louis Perret [voir Diciionn., t. ii. Catacombes (Art des)\, l'abbé Cochet vit un vase rapporté du cimetière de Cyriaque '% couvert de ce tartre rouge et exposé sous un reliquaire. Désireux, racontet-il, de connaître les causes qui avaient pu, au sein de la terre, produire des effets si étranges et si universel-
p. 376. — ' Cochet, Sépultures, p. 417 sq. — * Cochet, Normandie souterraine, 2» édit., p. 328-330. — ' Cimetière antique de Verrières découvert en 1S49, <lans Mém.dc la Soc. d'ugric., des sciences... de l'Aube, t. xvu, p. 561. — '• .\kcrman. Remains o/ pagcut Saxondom, p. 33, pi. xmi, flg. 1. — " Mémoires de la Soc. des antiq. de Normandie, t. xn, p. 326. — " Ce bibelot est reproduit dans Les catacombes de Rome, t. iv,p. 118, pi. xviii, n. 6.
ENVERMEU
lenient remarqués, Cochet soumit ses vases francs et leur résidu à l'analyse chimique. En voici le résultat : « Aujourd'hui 23 octobre (1856], j'ai examiné, conjointement avec M. Guéniot, professeur de chimie au collège de Dieppe, deux fragments de verre provenant de deux fioles trouvées dans des tombeaux franks. Ces fragments, que nous avons numérotés 1 et 2, étaient incrustés, le n" 1 d'une matière brune, et le n» 2 d'une matière rougeâtre.
« Une fraction de chacune de ces substances a été mise en contact avec de l'acide azotique pur, qui aurait déterminé leur coloration en jaune, s'il se fût agi de matière animale; il n'y a pas eu de réaction. « Une autre fraction a été essayée par l'acide sulfurique pur, qui aurait noirci et carbonisé une substance végétale, il n'y a pas eu de réaction.
« Les substances incrustantes devaient donc être minérales, et leur couleur indiquant du sesquioxyde de fer hydraté, nous avons mis une troisième fraction de chacune des deux substances n" 1 et n" 2, dans deux capsules de porcelaine, et nous les avons traitées par l'acide chlorhydrique pur, qui a immédiatement dissous les matières de l'incrustation et a produit une liqueur jaune foncé qui était du perchlorure de fer, car l'addition, au soluté, de ferrocyanure de potassium a développé une belle couleur bleu de Prusse, réaction qui n'appartient qu'au fer.
« Nous avons fondu au chalumeau une portion de fragment des deux fioles chargés de la matière incrustante, et nous avons obtenu un verre coloré en jaune topaze.
Cl II n'y a donc aucun doute sur la nature des incrustations brunes et rougeàtres des fioles trouvées dans les tombes gallo-romaines et frankes placées dans le terrain crayeux de la Normandie; ces incrustations sont formées par une couche de sesquioxyde de fer hydraté qui existe abondamment dans la terre végétale supérieure, où les eaux pluviales l'enlèvent et, après avoir filtré à travers la craie, le déposent sur les substances qu'elles imbibent.
« Outre le sesquioxyde de fer, le fragment de verre n" 1 portait extérieurement un peu d'adipocire provenant évidemment de la décomposition du cadavre de la tombe.
« Delattre, docteur en médecine et ancien professeur de chimie. »
D'autres parcelles soumises également à l'analyse chimique de M. Girardin, de Rouen, donnèrent diverses réactions d'où l'opérateur conclut : 1° qu'il n'y a aucune matière organique végétale ou animale dans les plaques ou croûtes recouvrant les vases de verre en question; 2" que ces croûtes sont formées, quand elles sont brunes et ternes, par de l'oxyde de fer mélangé d'autres matières minérales;... 4° que le phénomène de la coloration provient uniquement de l'altération de la surface vitreuse, qui s'exfolie, absorbe entre ses lames de la vapeur d'eau et présente alors toutes les conditions qui font paraître le verre coloré et irisé par suite de la décomposition de la lumière. »
XLI. IvES coQuiLLAGiis. — La présence de coquillages dans les tombes a été mentionnée sans attirer beaucoup l'attention. La série des tombes qui ont fourni des spécimens semblables n'a pas été étudiée et ces témoins d'une ancienne migration ou de rapports avec l'Orient n'ont pas été assez remarqués. Il serait cependant instructif de dresser la liste des sépultures où des coquilles de celte provenance éloignée ont été déposées. Non seulement, d'après J. de Baye ',
* J. de Baye, Le tombeau de WittisUiigen au musée national, bavarois (Miuiich), liam (SazeUc archéologique, IKSi), t. XIV, p. 21. — ' l'Ii. IJaiitzenbcrg, De la présence d'un
elles font généralement partie de riches mobiliers funéraires, mais elles sont plus spécialement associées à des objets caractéristiques, fibules digitées, bijoux avec cloisonnage de pierres et de verre (Oyes et Joclies, Marne ; Nordendorf et Andernach, Hesse rhénane; Reischenhall et Wittislingen, Bavière; Revogne, Belgique). La Cyprea tigris (venue de la mer des Indes) et la Cyprea panterina (venue de la mer Rouge) étaient d'un grand prix au jugement des barbares, mais elles nous indiquent des rapports, soit ethniques, soit commerciaux, avec les contrées de l'Orient^. Ces coquilles, parvenues en Occident par voie d'échange ou avec un afflux de population, accompagnaient sans doute les éléments des paruVes que nous admirons : l'or, les grenats, le lapis-lazuli, les perles de verre polychrome, etc. On a remarqué que la présence de ces coquillages, associés fréquemment à des objets typiques, caractérise une certaine catégorie de sépultures barbares.
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Cypnva vinosa Gmelin dans une sépullurc Iranca-mérouingienne (à Nesles-les-Verlinclluim ) . ilnns Bulletin de la Sociéli académi'quedeBou/oBnc-sur-Mer, 1904-1907, t. viiip-iiOS-r)!'!?.
ENVERMEU
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ENVERMEU — ÉPAONE
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H. Leclercq.
ÉPAONE. En 1875, on découvrit à Saint-Romaind'Albon, arrondissement de Valence (Drônie), les restes d'une basilique et un cimetière de l'époque mérovingienne; des fouilles postérieures apportèrent quelques renseignements nouveaux. Parmi les débris anciens on doit signaler un fût de colonne de 1 m. 05 de hauteur et Im. 25 de circonférence, utilisé aujourd'hui comme piédestal pour une croix, une tète de femme, un pied en marbre blanc, une petite auge funéraire d'enfant creusée dans une corniche antique en marbre blanc.
A peu de distance du cimetière on mit au jour deux carrelages en mosaïques grossières, formées de cubes de pierre blanche et grise de quatre ou cinq millimètres de côté.
On a pu retrouver deux aqueducs souterrains dont l'un amenait à Saint-Romain-d'Albon les eaux de la fontaine dite de Claude, située à 200 mètres environ; l'ouverture des conduits, faits en béton et brique pilée, avait 0 m. 15 au carré. L'autre aqueduc, dont on peut suivre la trace pendant 1500 mètres environ, conduisait à Saint-Romain d'Albon les eaux de la rivière de Bancel; il est construit dans les mêmes conditions que le précédent etade0m.25à Cm. 30 d'ouverture au carré.
La basilique et le cimetière se trouvaient dans un terrain planté de vignes. On a d'abord mis à jour les fondations de la basilique, dont il ne reste plus que l'abside et une partie de la nef et du bas-côté; la façade a été détruite par des ouvriers qui, depuis longtemps, extraient de la marne à cet endroit. La largeur de la nef est de 10 mètres, y compris les murs, qui ont un mètre d'épaisseur environ. L'abside est formée par une muraille plus que double de la précédente, ce qui prouve qu'elle était voûtée. La largeur de l'abside est de 6 mètres et sa profondeur de 4 mètres. Il n'existe de bas-côté que sur le côté gauche, et encore était-il très étroit puisqu'il n'a que 1 m. 50 de largeur. Sur le côté gauche de l'abside était un espace entouré de murs recouverts d'un crépissage rougeâtre et entièrement vide; c'était sans doute le sacrarium qui devait communiquer avec l'abside par une porte dont la trace a disparu. On ne relève pas non plus la trace des piliers ou des colonnes qui devaient séparer le bas-côté de la nef. Dans le bas-côté lui-même on a trouvé deux tombes de petite dimension, et, chose plus curieuse, trois autres tombes plus tard engagées sous les fondations de la muraille qui séparait la nef du bas-côté.
Sur le côté droit de l'abside, on a mis à jour les fondations d'une construction quadrangulaire rattachée par son angle inférieur gauche au mur de l'église, avec laquelle elle ne parait pas avoir de communication directe. Elle contenait cinq tombes rangées symétriquement, plus une sixième posée transversalement sur les précédentes, et enfin une petite auge sépulcrale d'enfant, en marbre blanc, creusée dans une corniche. La régularité avec laquelle sont placées les tombes anciennes dans cet endroit invite à croire que c'était la sépulture du clergé de la basilique. Du même côté droit de l'église, on a trouvé huit autres lombes,
' J. Roman, Basilique et cimetiire de l'époque mérovingienne à Sainl-Homain-ii' Albon, dans Bull, de la Soc. nnl. des ont. de France. 1881, t. XLU, p. 12C; Allmer, InxcriiiUims de Vienne. 1. Supplèm., p. 3, n. 'MiS; Corp. inscr. lai., t. .\n.
toutes orientées dans le sens de l'église et placées irrégulièrement, soit isolées, soit par deux ou trois ensemble. Les murs de la basilique sont construits eu matériaux vulgaires, sans trace d'appareil; les auges sépulcrales sont en molasse, et généralement monolithes; l'une d'elles cependant est en pierre dure de Crussol et quelques autres en maçonnerie recouverte de briques à rebords. Les plus grandes ont de 2 m.l4 à 2 m. 27 de longueur et de Om. 51 à Om. 58 de largeur. On n'a trouvé dans ces tombes que des ossements, mais deux d'entre elles, l'une placée contre la muraille de droite de la nef, l'autre contre l'espace
ŒTTT^
rHlCREQVIlScm inPACeconstaHi
TiO/AQVlVIXlT AHN^S XX MENI
4130. — Inscription de Saint-Romain-d'Albon. D'après E. Le Blant, .Voui;eaiirccuciMS92,p.l54. n. 134
quadrangulaire qui servait de sépulture, portaient des inscriptions.
La première est datée du 21 février 467, gravée sur une dalle de 1 m. 80 sur 0 m. 58 • (fig. 4130) :
A Icj
HIC REQVI ISCIT IN PAGE CONSTAN TIOLA QVI VIXIT A N NOS XX MEN 5 SESIIIRECES
SIT Slll KL MARTI AS PC III LEONIS
L'inscription du jeune l.evanius se lit sur une grande dalle de pierre qui avait autrefois fermé entièrement la tombe, mais que l'on avait déplacée plus tard pour y introduire les reste d'un jeune homme; elle est datée du 22 février 516 et mesure 0 m. 85 sur 0 m. 70 = (fig. 4131) :
-^ HICREQVIESCIT
IN PAGE BONEME
WIORIAE ADOLIS
CENS LEVANIVS
5 QVI VIXIT ANNOSXVI